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Andaloussiate, Nouba printanière…un miracle de beauté

21052009

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Miracle de beauté que ces airs venus d’un âge d’or perdu mais qui demeurent vivants et toujours aussi émouvants.Régulièrement depuis six ans avec le printemps, à l’initiative d’Arts & Culture, le rendez-vous est devenu incontournable : Andaloussiate, Nouba printanière. Tout y est. Les programmes sont joliment imprimés, le personnel attentif et avenant. Dans la grande salle d’exposition d’art, Redouane Mohammedi, le directeur, en vrai maître de cérémonie, accueille en personne les spectateurs le six mai, 20h 30. L’animateur Djalal apparaît. C’est le signe d’un début imminent. Vêtus de leurs plus beaux atours, les membres de l’association El Djazira venus en nombre pour le plus grand plaisir des amoureux d’El Andalous. Famille, amis, mélomanes, musiciens des autres associations et des autres genres, tous sont là. Nous voici partis à la découverte d’une nouba « mixte » Rasd raml maya. Tout au long de la soirée, nous suivons une association qui a mûri, s’affirme et compte de belles voix pleines d’avenir. Les membres ont quasiment tous suivi une formation au conservatoire de Kouba. Bachir Mazouni, en charge de la direction technique, aime l’innovation en musique et il a su transmettre son répertoire sans altérer son héritage. Il y a même un hautbois parmi les instruments traditionnels ! La direction est confiée à Amel Bessaoud une des plus talentueuses élèves. En fin de programme, El Djazira, généreusement, donne du plaisir à l’assistance avec un retour à des grands classiques tels que Lamta yahna qalbi et El qalb bet sali. Des youyous fusent de la salle, des spectateurs chantent. Un sentiment de nostalgie nous unit. L’émotion synchrone des rythmes monte crescendo. Le public est tenu en haleine. Un tonnerre d’applaudissement s’élève dès la dernière note de ce concert qu’on aurait voulu plus long. Incontestablement, El Djazira a joliment marqué l’ouverture.

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Le lendemain, venus tout droit de Béjaïa, Ahbab Cheikh Sadek El Bedjaoui. Pour leur première partie de spectacle, une nouba sika dans le genre « madih ». Le répertoire un peu « parallèle » n’est pas très exploré et c’est une belle surprise. Suivra une série de aâroubis et du haouzi, très sereinement servis par Cheikh Mohamed Raïs, élève du grand maître béjaoui et chef d’orchestre. Les Béjaouis ont fait la preuve, s’il en fallait, de leur maîtrise à percer les secrets de la nouba. Mardi 12 mai. Effervescence et affluence inhabituelle aux alentours du Théâtre de Verdure. Bien avant l’heure de début du concert, la salle est comble. Artistes et familles entières sont venus tôt pour s’assurer d’une bonne place. Et pour cause, El Djazaïria El Mossilia, la doyenne des associations d’Alger, a rendez-vous avec son public. Dans la salle, il n’y a plus la moindre place de libre. On ajoute même des chaises dans les allées. Les retardataires sont assis à même la moquette. D’autres sont debout au fond. Sur scène, ils sont trente-deux. On reconnaît Sabéha, Rachida, Hédia, Karim, Mohamed, Halim, Sedddik et bien d’autres. On fait silence et c’est dans cette atmosphère, mélange d’extase et de recueillement, qu’un « tac-tac » de derbouka donne le signal de début de la nouba sur le mode ghrib, choisie par le maestro Nacereddine Benmerabet. Un enchantement qui va durer plus de quarante-cinq minutes. La nouba ghrib est interprétée dans la plus pure tradition algéroise. Rien ne lui manque et rien n’y est ajouté ; aucune pièce rapportée ni importée. Les mélomanes et admirateurs d’El Mossilia sont aux anges. On est emporté par le rythme qui s’accélère au fur et à mesure qu’on arrive à la chanson finale. Et là, surprise ! A peine la dernière note émise, les musiciens se lancent dans Touchiet el kamel . Youyous et applaudissements nourris. Le rythme s’accélère de nouveau. Il monte, monte encore pour retomber à la dernière mesure de la dernière phrase musicale pour nous laisser encore plus heureux. Pour sa seconde partie de concert, El Mossilia interprète une série d’inquilabate sur le mode sika, suivis d’insirafs et d’une pièce réputée plaire à son public Ya rouh el noufous, empruntée au répertoire constantinois, et qui amène l’assistance à entrer dans le spectacle en marquant le tempo des mains et en encourageant les musiciens de youyous. On est à la limite de la transe…

L’interprétation est précise, légère, le mode sika est un mode à la tonalité fraîche. D’ailleurs, il fait chaud dans la salle mais c’est à peine si on s’en rend compte. Pour la troisième et dernière partie, la grande association fait une fois de plus un retour aux sources et à la tradition. Elle puise dans le répertoire des aâroubis algérois Men ibate iraâi lahbab, ce beau chant de l’exilé à la recherche du messager qui transmettra pour lui son message d’amour, de tristesse et de manque, à sa famille, ses amis et à El Djazaïr… Que d’émotions et de souvenirs qui remontent et réchauffent le cœur et l’âme. On ne savait plus qui d’El Mossilia ou du public rendait hommage et honorait l’autre. C’est la fin du concert, du moins le croit-on. Les applaudissements ne cessent pas et un bis repetita est alors demandé par l’animateur au nom de la nombreuse assistance. Grands seigneurs, les musiciens reprennent place et nous offrent un autre genre, toujours algérois, dans le registre medh. Il est naturel de rendre gloire à Dieu et Son Prophète pour ces moments de bonheur et d’amitié retrouvés. El Mossilia est royale. La sortie de concert se fait dans un formidable et joyeux encombrement des portes. Tout occupés à prendre place, les uns et les autres n’ont pas eu le temps de repérer les présents dans la salle. Ce sont alors des retrouvailles et des embrassades à n’en plus finir. On veut voir les musiciens, leur parler, les féliciter et surtout les remercier de leur générosité et du plaisir qu’ils nous ont donnés. A Alger, El Djazaïria El Mossilia est un des cœurs de la cité. Chacun d’entre nous est reparti la tête pleine de notes de musique et de souvenirs appelant de nombreux commentaires. On a dû se coucher tard ce soir là. Jeudi 14. En arrivant au Théâtre de Verdure, le parfum nommé « rencontre » flottait de plus belle. Le temps d’une nouba, l’est et l’ouest du pays sont venus se retrouver à la capitale : Mouhibi el fann de Constantine et Nassim el andalous d’Oran.

C’est beau une salle pleine. Djallal annonce nos amis de Constantine et, pour ne pas nous faire languir plus que de raison, il s’éclipse et laisse les dix-sept membres de cette glorieuse association entamer avec assurance un splendide bachraf sur le mode h’sine. Le malouf et son charme ancestral bercent l’auditoire pour le mener peu à peu vers des rythmes plus marqués plus vifs et s’arrêter d’un coup sur un dernier temps fort. La nouba suit sur le mode raml maya. Pour le plus grand bonheur des férus de poésie andalouse, c’est un récital de textes plus beaux les uns que les autres : Rit el qamar qad ghass, Bah istibari… Un soliste interprète un istikhbar avec une voix d’une rare puissance et un souffle tel qu’il coupe celui des spectateurs. Chacun se tourne vers son voisin et les regards traduisent le mélange de contentement et d’admiration. Le concert fini en apothéose sur les airs célébrissimes de Rabi ya moudjib abdou. Le plaisir des spectateurs pourra se prolonger chez eux grâce aux coffrets de 2 CD apportés par Mouhibi el fann et généreusement offerts au public ! En deuxième partie de soirée, Nassim el andalous prend place. Ils sont superbes dans leurs costumes traditionnels « seroual qaâda arabi » noir, chaussures à l’ancienne, gilets marrons, chemises immaculées et tabanis tlemcéniens sur la tête. Sous la direction de Zakaria Chiali, et avec la dextérité qui a fait le succès de Nassim el andalous, voici les vingt-deux musiciens partis explorer l’Andalousie par la magie d’une nouba en mode h’sine. Une des noubas les plus riches du répertoire. Entre Koula youm bachaïr et Ayou dhabyin aâl el ousdi, c’est un hommage rendu à la beauté, à l’amour et à la nature. Précédé d’une touchia et surtout d’une m’chalia comme seuls les natifs de l’Ouest savent l’interpréter, cette nouba h’sine de Nassim el andalous restera longtemps dans les mémoires. Le charisme des musiciens, la générosité et la chaleur des voix, ont à coup sûr gagné l’adhésion et l’admiration du public qui, dès la dernière note, s’est levé pour applaudir longuement les artistes, eux-mêmes ravis de l’accueil des Algérois. Des habitudes commencent à se prendre. Les inconditionnels sont présents, même le vendredi. De Cherchell, arrive la joyeuse troupe d’Errachidia, Ils sont jeunes et beaux. L’animateur les prend en sympathie, il les taquine un peu et raconte le courage qu’ont eu les garçons d’accepter de faire la route de Cherchell à Tamanrasset pour simplement prêcher la bonne parole musicale. Ils se sont arrêtés en chemin et on donné de nombreux concerts, juste pour le plaisir. A cœur vaillant rien d’impossible.

L’ouverture choisie est le Tchambar aârek. La pièce musicale en elle-même est une merveille, admirablement servie par une Errachidia énergique. Pas d’hésitation, ils sont sûrs d’eux ces jeunes prodiges. Pour les textes, ils choisissent des poèmes qui glorifient un peu plus ce jour Ya m’barek nahar el riara Qataâtou saïfa ouel kharif. Que dire de cette jeune troupe si ce n’est qu’elle a amené une vague de grâce dans la salle et réchauffé les cœurs par les superbes sourires. Auparavant, les textes chantés avaient été distribués pour que nous soyons tous attentifs et chantions avec eux sous la direction de Kamel Sebbagh. Nous leur souhaitons le meilleur et surtout de trouver le financement qui leur permettra de se rendre à l’invitation qu’ils ont reçue pour participer au festival d’Istanbul en juillet prochain. Ils seront pris en charge là-bas, mais encore leur faut-il de quoi payer les billets d’avion… Ibn Bajja (1095-1138), philosophe, médecin, musicien, poète. C’est ainsi qu’est nommée l’association de Hadj Moulay Ahmed Benkrizi qui nous vient tout droit de la charmante Mostaganem. Sous la direction du Dr Benkrizi Sidi Mohamed Fodil, le public est emporté très vite et très haut sur les notes d’une nouba zidane, Tahia bikoum koulou ardin tenzilouna biha, la plus belle manière d’accueillir un être cher. Un poème parmi les plus beaux du répertoire. Juste avant le derdj, Fayçal Benkrizi nous offre un formidable istikhbar Daâou mouqlati tabki lifaqdi habibiha. Un frisson parcourt la salle. Le spectacle d’Ibn Bajja est un réel enchantement. Des voix justes et bien placées, un chant de groupe harmonieux. Une nouba « pur jus ». Nous n’en attendions pas moins et nous en avons même eu plus encore. En deuxième partie, Fayçal Benkrizi qui excelle dans le haouzi et le aroubi chante Men kan adib yahtel et El houb yaâti el qahra. Quel spectacle ! Parmi les présents, Si Mohamed Kheznadji. Un vibrant hommage lui ait rendu par la salle et par le Dr Fodil Benkrizi qui reconnaît en lui le maître de son maître. Mercredi 13 mai. Dans un splendide caftan bleu, Zakia Kara Terki se présente plus radieuse que jamais. Née dans une famille d’artistes de Tlemcen, elle est une grande professionnelle. Elle connait parfaitement les répertoires de Tlemcen et d’Alger, fruits d’une fréquentation assidue de leurs écoles auprès d’El Djazairia El Mossilia, El Fakhardjia et Essoundoussia. Elle s’est encore plus épanouie depuis qu’elle a décidé de travailler avec son propre orchestre. Pour cela, elle fait appel aux meilleurs. On retrouve Nacer Rahal, virtuose du violon, un des meilleurs de son temps et Brahimi Mohamed El Mansour, génie de la mandoline qui vient de sortir un CD en solo. Zakia a choisi une nouba dans le mode rasd, parfait pour la tessiture de sa voix. Une très jolie suite d’aroubi et du haouzi vient en deuxième partie de soirée pour le plus grand plaisir de tous. Un petit plus est offert en fin de soirée Chems El achiya. Bravo Zakia ! Des journées féeriques viennent de passer et ce n’est pas fini…(El Watan- 21.05.09. 







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