La face obscure de Blackwater
14082009*Des mercenaires pour tuer le plus grand nombre de «sales Arabes» possible.
La Presse
(Los Angeles) Des armes de contrebande emballées dans des sacs de nourriture pour chiens. Des tueries spontanées. Des employés dépressifs dépendants des stéroïdes. Une licence pour tuer le plus grand nombre de «sales Arabes» possible.
Le fondateur de la compagnie Blackwater est accusé par deux ex-employés d’avoir mené en Irak une opération «corrompue», «violente» et «raciste», financée par les contribuables américains.
C’est ce que stipule une déposition produite dans un tribunal américain par deux ex-employés de Blackwater, la firme de mercenaires privée dirigée par Erik Prince, un ancien marine proche du parti républicain. Blackwater a reçu des centaines de millions de dollars en contrats du département d’État pour son travail en Irak depuis l’invasion américaine, en 2003.
Les deux hommes, qui ont requis l’anonymat en raison des menaces qui pèsent contre eux, affirment aussi qu’au moins un ex-employé sur le point de dénoncer les agissements de la firme a été tué «dans des circonstances floues».
Dans leur déposition faite sous serment plus tôt ce mois-ci, «John Doe no1» et «John Doe no2» affirment que les mercenaires à l’emploi de Blackwater vont en Irak comme des chasseurs partent dans les bois.
«Aller en Irak et tuer le plus d’Irakiens possible était vu comme un sport, un jeu», indique le rapport.
Plusieurs des mercenaires employés par M. Prince avaient des problèmes psychologiques, d’alcool ou de drogue. «Des employés disaient être venus en Irak pour tuer le plus de « sales Arabes » possible», note John Doe no1.
Vidéos effacées
Certains directeurs régionaux de Blackwater refusaient d’envoyer ces hommes sur le terrain, mais leurs décisions étaient infirmées par la direction de Blackwater aux États-Unis, qui avait peur de «perdre de l’argent».
Les débordements violents étaient monnaie courante. Dans un des cas, John Doe no1 affirme que le convoi dans lequel il se trouvait s’est rangé sur le bord de la route en raison d’une crevaison. Une voiture civile avec deux personnes à bord est passée sur la route. Un employé de Blackwater s’est mis à tirer sur le véhicule. «De l’angle où j’étais, il était évident que le tireur avait blessé et sans doute tué le passager, et probablement blessé le conducteur.»
Les deux hommes notent que tous les véhicules de Blackwater étaient munis d’une caméra vidéo qui filmait les missions durant la journée. «Chaque soir, les dirigeants de Blackwater regardaient les vidéos. Celles qui étaient jugées compromettantes étaient effacées.»
John Doe no1 soutient qu’Erik Prince faisait du trafic d’armes en Irak. Il dit avoir personnellement déballé des sacs de nourriture pour chiens remplis d’armes semi-automatiques. Les armées arrivaient en Irak à bord des avions privés de Prince. Ce dernier tirait «des revenus substantiels de sa participation dans le trafic illégal d’armes», note le témoin.
«En plusieurs occasions après mon départ, la direction de Blackwater m’a personnellement menacé de mort ou de violence, déclare-t-il. De plus, selon des informations provenant d’anciens collègues, il semblerait que M. Prince et ses employés aient tué une personne qui avait fourni de l’information aux autorités fédérales, ou qui prévoyait le faire.»
Des Irakiens poursuivent
La déposition des deux employés fait partie d’une poursuite civile intentée en Virginie contre Blackwater par les familles d’Irakiens tués par des agents de la firme.
Erik Prince, 40 ans, vient d’une famille milliardaire proche du parti républicain. Ancien marine, il a fondé Blackwater en 1997, et a construit un centre d’entraînement en Caroline-du-Nord, financé à même sa fortune personnelle. En 2007, M. Prince a dû témoigner devant le Congrès pour expliquer une fusillade impliquant plusieurs de ses agents, et qui avait fait 17 morts à Bagdad. Depuis, la compagnie a changé son nom pour Xe.
Un rapport du Congrès américain montre que, entre janvier 2005 et septembre 2007, les employés de Blackwater ont participé à 195 fusillades en Irak, et qu’ils avaient été les premiers à faire feu dans 163 cas.
Après les scandales, le département d’État a annoncé qu’il annulait les contrats de Blackwater en Irak. Or, l’administration Obama a payé 174 millions à Blackwater pour ses services de sécurité en Irak et en Afghanistan cette année, selon une enquête du magazine The Nation.
M. Prince a déclaré que son entreprise n’avait rien à se reprocher ….(La Presse-13.08.09.)
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*Les experts de l’ONU confirment…
| Agence France-Presse Washington |
Des experts de l’ONU estiment que l’utilisation d’agents de sécurité privés en Irak ou en Afghanistan par le gouvernement américain pose «encore problème», au cours d’une conférence de presse à Washington.
«Nous avons constaté qu’une réglementation avait été mise en place et que ce qui s’est passé en Irak ne pourrait probablement plus se passer en Afghanistan», a déclaré Shaista Shameem, rapporteuse d’un groupe de cinq experts indépendants qui ont travaillé deux semaines sur l’utilisation de mercenaires par les Etats-Unis.
L’experte faisait référence à la société américaine Blackwater, dont des agents ont été impliqués dans une fusillade qui a fait 17 morts à Bagdad en 2007.
«Malgré la réglementation qui a été mise en place, il y a encore des problèmes qui méritent davantage d’éclaircissement», a-t-elle ajouté, citant le recours à des agents privés dans des vols que la CIA affrétait pour transporter des détenus vers des prisons secrètes, dans le cadre de la «guerre contre le terrorisme».
Ces vols, qui ont fait scandale sous la présidence de George W. Bush, ont été interdits par la nouvelle administration américaine, dès l’arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche.
«Nous avons reçu des informations selon lesquelles des sociétés de sécurité privées étaient utilisées lors de vols secrets, nous voulons savoir si c’est le cas. Les informations que nous avons réunies nous laissent penser que des agents qui était censés être des interprètes étaient en fait des interrogateurs, ce qui n’est évidement pas normal», a affirmé Mm Shameem.
Le groupe de travail a émis une dizaine de recommandations à l’adresse des autorités américaines. Les experts suggèrent ainsi au gouvernement de préciser le nombre de sociétés de sécurité privées avec lesquelles il est lié et le nombre d’agents privés qui ont été tués ou blessés. Ils recommandent d’établir un système de licence pour ces entreprises.(La Presse)
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*crimes de guerre
| Associated Press Washington |
Le président Barack Obama a ordonné l’ouverture d’une enquête sur des informations accusant les troupes de l’Alliance du nord, alliées des Etats-Unis en Afghanistan, d’être responsables de la mort de quelque 2 000 talibans lors des premiers jours de la guerre dans ce pays, en novembre 2001.
Dans un entretien diffusé dimanche sur CNN, le chef de la Maison Blanche explique vouloir un compte-rendu précis des faits avant de décider de la marche à suivre.
«Je pense qu’il y a des responsabilités pour chaque pays dans une guerre», déclare-t-il. «Et s’il apparaît que notre conduite a, d’une certaine manière, soutenu des violations des lois de la guerre, alors je pense que nous devons le savoir».
Barack Obama réagissait à un article du New York Times qui, citant des responsables gouvernementaux et d’organisations humanitaires, accuse l’administration Bush de ne pas avoir enquêté sur l’exécution de centaines, voire de milliers, de prisonniers talibans en novembre 2001.
Le New York Times souligne les liens entre l’armée américaine et la CIA et le général afghan Abdul Rashid Dostum, accusé par certaines ONG d’avoir ordonné ces exécutions. Selon le quotidien, ni le département de la Défense ni le FBI n’ont enquêté sur ces accusations.
Celles-ci remontent à novembre 2001, lorsque environ 2.000 prisonniers talibans sont morts après s’être rendus aux forces de l’Alliance du nord, soutenue par Washington contre les fondamentalistes religieux. Selon des témoins, les soldats de l’Alliance du nord ont placé les prisonniers dans des conteneurs pour les transférer vers la prison de Sheberghan.
Ils les auraient alors étouffés et enterrés dans un charnier à l’aide de bulldozers, selon un rapport du département d’Etat datant de 2002. Des soldats de l’Alliance du nord ont par ailleurs affirmé que certains d’entre eux avaient directement ouvert le feu sur les conteneurs.
Des responsables américains ont affirmé que les Etats-Unis n’étaient pas légalement compétents pour enquêter sur ces morts, puisque seuls des ressortissants étrangers étaient concernés, et que les faits s’étaient déroulés dans un pays étranger.
Dans l’entretien diffusé dimanche, Barack Obama a affirmé que son administration prendrait «probablement une décision sur la manière d’agir une fois que tous les faits auront été rassemblés».
Le général Dostum a, par le passé, démenti ces accusations. Soupçonné d’avoir menacé un rival politique, il avait été suspendu de ses fonctions militaires l’année dernière. Mais le président afghan Hamid Karzaï l’a récemment confirmé à son poste.
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