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La BD-2ème Festival International d’Alger

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La commissaire générale du festival, Mme. Dalila Nadjem, avait affiché la couleur une semaine avant le rendez-vous, à la faveur d’une conférence de presse : «Cette deuxième édition sera un succès sans précédent!», avait-elle lancé à l’adresse des journalistes.
Durant cinq jours, le public algérois, de tous âges, s’est rué sous les chapiteaux, spécialement aménagés pour l’occasion, pour faire le plein de BD et rencontrer des bédéistes de renom. En effet, la présence de ces derniers n’a pas laissé indifférents les nombreux visiteurs, tel que le Belge Etienne Schreder, invité d’honneur du FIDBA, la Polonaise,  Marzena Sowa, les Français : Jacques Ferrandez, Mathieu Maudet, Alexandre Daniel et Laurent Galandon, l’Espagnol, Javier DeLsusi, le Mauricien, Rasoanaivo William, ou encore, Francis Groux, le président du Festival d’Angoulême (le festival de BD le plus prestigieux dans le monde !), sans oublier bien sur notre bédéiste national, Slim dont une exposition lui a été dédiée en marge du festival.

Trop tard, diront certains mais ne dit-on pas : mieux vaut tard que jamais ! Tout ce beau monde mérite d’être souligné. D’autres sont venus des Etats-Unis, du Yémen, de Palestine, du Liban, du Bénin, de Turquie, du Congo, de Pologne, de Canada, d’Allemagne et même d’Afrique du Sud, car, ce festival se veut, avant tout, une «une rencontre culturelle importante entre les jeunes bédéistes africains avec leurs homologues internationaux», souligne Mme. Nadjem.
Comme l’année passée, de nombreuses manifestations étaient programmées : débats, rencontres, tables rondes, ateliers, conférences, etc.
L’on retiendra, en particulier, la table ronde intitulée «La femme à l’assaut de la bande dessinée». Cependant, on notera la quasi-inexistence de femmes bédéistes dans le monde arabe mis à part quelques «exceptions» qui essaient de se frayer un chemin dans ce «monde d’hommes».

La spécificité féminine
Le 9e art serait-il un domaine réservé à la gente masculine ? Certainement pas et pour cause, les conférencières présentes à ce débat s’accordent à constater que, bien que les filles n’aient pas beaucoup de place dans ce domaine artistique, elles ne manquent pourtant pas de talent.  Il y a un côté intimiste et une façon de se raconter chez les femmes dont la moyenne d’âge varie de 20 à 35 ans. Néanmoins, la seule façon de percer c’est de trouver une spécificité», note Pascale Bourguignon, éditrice canadienne. Nsana Jussie du Congo-Brazzaville explique, pour sa part, qu’il y a beaucoup de femmes bédéistes dans son pays mais que «le poids de la tradition constitue un frein à l’épanouissement des femmes dans les métiers artistique».
Quant à la tunisienne Jihen Benmahmoud, elle estime que la BD en Tunisie n’en est qu’à ses premiers balbutiements. Pour elle, les pouvoirs publics n’encouragent pas assez la BD au féminin.

Décidemment, le seul pays du monde arabe qui «sort du lot» est le Liban. Lina Merhej, auteur de plusieurs BD, indique que beaucoup de maisons d’éditions publient chaque année des bédéistes féminines et que celles-ci ont un lectorat à part entière, sans omettre de préciser que «cela reste encore très minoritaire par rapport aux hommes».
Autre conférence intéressante, ayant pour thème «Cinéma et bande dessinée», animée par le cinéaste algérien Djilali Biskri et Etienne schreder. Les conférenciers ont donné moult exemples sur l’adaptation d’une BD en film de cinéma : «Une excellente BD ne fait pas forcément un bon film», résument les deux intervenants. Peut-on espérer un jour l’adaptation de la BD Zid Ya Bouzid au cinéma ? Qui sait ?

La communication de Francis Groux portant sur «son» Festival d’Angoulême a attiré, elle aussi, beaucoup de monde. Retraçant l’histoire de la création de ce festival, le directeur a commenté son succès, «Si Angoulême est devenue à ce point incontournable, c’est certes grâce aux institutions qui se sont installées sous son impulsion au bord de la Charente : le Festival, le Centre National de la Bande Dessinée et de l’Image (CNBDI), le Musée national de la Bande Dessinée, ou encore l’Ecole supérieure de l’Image (ESI), mais aussi grâce à un tissu d’entreprises privées présentes dans le dessin animé, le jeu vidéo ou l’image de synthèse…». Pas mal pour un festival créé voici plus de trente ans par des bédéphiles bénévoles qui continuent aujourd’hui encore à animer cet évènement avec une inextinguible passion. En effet, avec près de 200 000 visiteurs chaque année, le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême est devenu un évènement incontournable de la bande dessinée, au coeur de l’hiver, à la fin du mois de janvier de chaque année.

«40 ans de Bouzidisme», qui dit mieux !
L’évènement «phare» de cette deuxième édition a été incontestablement l’hommage des organisateurs à Slim à travers une exposition intitulée «Slim, 40 ans de Bouzidisme». Qui d’entre-nous n’a pas lu, au moins un album de Slim dans sa jeunesse ?! Et de rire aux aventures de «Bouzid», de sa chérie «Zina» et du «Gatt M’digouti». En tous cas, ceux qui ont eu la chance de visiter l’exposition n’ont pas été déçus car elle résume, à travers des planches, des tableaux et des affiches de films, 40 de carrière de celui qu’on présente comme le bédéiste algérien le plus doué de sa génération, (il est également le concepteur de nombreuses affiches de films de cinéma, «Omar Gatlatou», entre autres).

Mais 40 ans, c’est à la fois peu et beaucoup. 40 ans au cours desquels les personnages de Slim (Bouzid, Zina et Gatt M’digouti) n’ont jamais cessé d’incarner un certain idéal algérien. Cette grande rétrospective rend hommage à cet indémodable classique de la bande dessinée algérienne! A la vie, à la mort, au rire et à la BD, Slim a certainement encore beaucoup de rêves à réaliser. De la BD encore et encore dans la tête, dans les veines. Le virtuose de la BD algérienne ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, alors, chiche ! Rendez-vous dans 40 ans pour fêter vos 80 ans de carrières ! Gageons que ces 40 «premières» années de carrière ne soit pas une fin mais un magnifique «début».

Le commissaire de l’exposition sur Slim, Saâdi Chikhi, ne pouvait pas mieux résumer l’oeuvre de l’artiste en ses termes : «Si l’on a envie de faire un voyage dans le temps et avoir une idée de l’Algérie des années 1960 à ce jour, alors, lisons les albums de Slim». D’ailleurs, ses admirateurs étaient nombreux à acheter le dernier livre d’Omar Zelig, «Slim, le Gatt et moi», (éditions Dalimen), (deux fois en rupture de stock pendant le festival), une manière de ramener chez soi, pour les nostalgiques, un bout de l’Algérie de notre jeunesse. «…A son humour défendant, Slim est devenu un peu l’historien du vécu collectif de tout un peuple», peut-on lire dans le catalogue du festival de la plume d’Ameziane Ferhani. Le public a pu découvrir d’autres expositions programmées tout au long du festival, comme celle d’Etienne Scheder «Seul est certain le mot fin», de Marzi «La Pologne vue par les yeux d’une enfant», ou encore  l’exposition collective «L’Algérie vue par des bédéistes étrangers». La Palestine n’a pas été oubliée puisque les organisateurs ont voulu lui dédier une exposition «Clin d’oeil à la Palestine».

La cérémonie de clôture du FIBDA à laquelle a assisté la ministre de la Culture a été marquée par l’hommage de Khalida Toumi à deux grandes figures de la BD algérienne, feu Sid Ali Melouah, décédé le 4 juin dernier, l’un des fondateurs de la revue M’quidech, première revue algérienne dédiée à la bande dessinée dont le premier numéro est sorti en 1968.

Le défunt a reçu à titre posthume le «prix Patrimoine» et Saïd Zanoun, doyen des bédéistes algériens, récompensé par le «prix de la Reconnaissance». Saïd Zanoun est surnommé par les auditeurs algériens «L’Alfred Hitchcock algérien» et par la presse «Le père du policier radiophonique en Algérie». Au cours d’un demi-siècle d’écriture (1955-2005), il a été traduit par 14 traducteurs de part le monde. Quant au «prix d’Honneur», il a été décerné à Slim pour l’ensemble de sa carrière. «Slim a accompagné le parcours des Algériennes et des Algériens, son oeuvre est un précieux témoignage. Il nous a appris la dignité dans l’humour, évitant ainsi la haine de soi», a souligné  Khalida Toumi, qui a promis de traduire l’ensemble de l’oeuvre de Slim en arabe et en kabyle.

Pour ce qui est des lauréats du Concours international du festival, présidé d’ailleurs par Slim, le prix du Meilleur album (le plus notable), a été attribué à Laurent Galandon et Daniel Alexandre pour Tahya ElDjazaïr. Une excellente nouvelle qui consacre deux auteurs d’une oeuvre remarquable.
Victoire amplement méritée ! Le prix de la Meilleure bande dessinée en langue arabe est revenu à Maher Ali Samra et Lina M’haredj (Liban). Le Centrafricain Didier Kassai a été récipiendaire du prix du Meilleur projet en langue internationale pour son album Pousse pousse. Enfin, le prix du Meilleur fanzine a été attribué conjointement à la revue algérienne Fourre-tout et à la revue libanaise El Samandel.   
Par ailleurs, Youcef Benali a reçu le prix de la Meilleure affiche, cette dernière sera l’affiche officielle du prochain FIBDA. Tandis que le «premier prix Jeunes talents» est revenu à Tahar Aidaoui.

Quant à la jeune Narimène Mezghiche, elle a reçu le prix «Espoirs scolarisés». Ce beau palmarès était assez attendu mais tout de même bien équilibré. Il met une nouvelle fois en avant des genres très variés du 9e art. Le 2e FIBDA s’est terminé en apothéose par un concert de Gaâda Diwan de Béchar. Côté organisation, cette deuxième édition a été, de l’avis de tous les participants, une parfaite réussite. «Nous constatons que le festival multiplie les «choix souvent judicieux» : ouverture à toutes les bandes dessinées, décentralisation des activités, multiplication des colloques et conférences, etc. Tant mieux pour les amateurs du 9e art», nous confie une participante étrangère. Pari gagné pour le comité d’organisation, conduit par Dalila Nadjem.

Durant cinq jours, le 2e Festival international de la bande dessinée d’Alger a fait découvrir ou redécouvrir, aux plus petits comme aux plus grands, les aventures de leurs personnages préférés à travers la sélection de nombreux albums. Alors, rendez-vous l’année prochaine pour le prochain FIBDA pour (re)vivre la magie de l’imaginaire ! (Le Cap-n° 33-nov.2009)

**** Slim,  journaliste, bédéistes et caricaturiste de presse…Entretien.

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  Du haut de ses 64 printemps, Slim (de son vrai nom Menouar Merabtene), reste une référence dans la caricature algérienne. Ayant plusieurs cordes à son arc, journaliste, bédéistes et caricaturiste de presse, il est l’auteur de nombreux albums BD édités en Algérie et en France. L’invité d’honneur du FIBDA revient, dans cet entretien, sur sa carrière et ses futurs projets. Entretien politiquement correct !

 Le Cap : D’abord, quelle est votre appréciation sur cette seconde édition du FIBDA ?
Slim : Mieux que celle de l’an dernier  -plus de participations mais encore trop timide-  pas assez de visiteurs mais c’est ça les débuts.

l C’est la première fois qu’une exposition, retraçant vos 40 années de carrière, est organisée dans votre pays. N’avez-vous pas le sentiment qu’elle vient trop tard ?
—Pour les 20 ans de Zid ya Bouzid, que j’ai intitulés «20 ans de bouzidisme», ça s’est passé en 1989 à Riadh el Feth -ce n’était pas une grande manif mais ça a permis au gens de faire une halte avec moi et de regarder le trajet- les «30 ans de bouzidisme» ont été fêtés à Paris au Centre culturel algérien -de mémoire de directeur du (CCA), jamais il n’a été aussi plein de visiteurs- un grand succès surtout avec les interventions d’artistes invités comme Plantu, Fellag ou encore wolinski. Cette année, c’est les «40 ans de bouzidisme» et ça m’a fait plaisir de voir que les gens ne m’ont pas oublié malgré tout ce qui s’est passé et les séparations dans le temps.

l Dans l’exposition qui vous est dédiée, l’on remarque que les thèmes changent mais la plume reste la même. Selon vous, qu’est-ce qui a changé dans vos caricatures ?
— Le trait, le graphisme, ma manière de raconter avec des dessins et du texte c’est quelque chose que j’ai acquis au fil du temps et aussi à force de lecture et de comparaisons avec d’autres dessinateurs. Les thèmes changent et c’est normal : quand je fais un flash-back avec ma production (maigre) on peut revoir ou revivre les grands moments qu’a traversés notre pays. Mes caricatures ont pris de l’assurance surtout dans le graphisme qui a changé avec mon passage à l’étranger, je voulais passer dans une étape d’universalisme. ça a été difficile mais ça a pris.

l Vous fixez-vous des limites dans vos desseins (une sorte d’autocensure) ?
— Bien sûr ! On vient d’un pays autoritaire, il ne faut pas l’oublier. Il y a beaucoup de susceptibilité, moi je me suis attaqué à des gens via les médias de l’Etat -donc intouchables et moi avec- mais tout a une fin ; parfois la censure aussi a du bon, elle vous évite le cachot car l’artiste ne mesure pas toujours ses distances et peut déraper ; mais de là, je n’irai pas jusqu’à dire «vive l’autocensure».

l Un mot sur la décision de la ministre de la Culture de traduire vos oeuvres en arabe et en tamazight ?
— Grande décision que celle prise par notre ministre de la Culture. Il faut trouver les hommes capables de me traduire ou tout au moins de rester proche de ma façon de dire. J’ai une BD qui a été traduite en arabe et je suis tout excité à l’idée de voir mes BD traduites dans la langue de mon personnage fétiche Amziane  «Amuck ??»

l Le personnage de « Bouzid « peut-il aussi changer comme la société algérienne ?
— Changer un peu. Il doit rester aussi un personnage imaginaire qui ne vieillit pas comme tout le monde. Il doit s’adapter à la société à laquelle il appartient, sinon ce sera un Martien en dehors du temps. Son rôle c’est d’aider le peuple à s’en sortir même dans le capitalisme débridé que nous vivons.

l Quel regard portez-vous sur la nouvelle génération de bédéistes algériens? Selon vous, la relève est-elle assurée ?
— C’est la génération «manga» qui triomphe. C’est le style de leur époque et je le respecte. Moi personnellement, je ne suis pas accro de ce genre de littérature mais pourquoi ne pas tenter de faire progresser ce genre avec nos réalités ? En 1980, personne ne pensait qu’un jour le raï (la musique) avait faire un tabac à une époque où c’était dangereux de fumer.

l Quels sont vos futurs projets ?
— Un recueil de dessins en couleurs dans l’immédiat et aussi une BD sur Bouzid et les Turcs que j’ai commencée en 2003 et que j’ai interrompue. Les quelques pages exposées lors de la rétrospective ont montré tout l’intérêt des lecteurs pour cette histoire en couleur. (Le Cap-n° 33)







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