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Les jeunes générations vivront-elles moins bien ?

10122009

**« Il y a un risque de déchirement entre classes moyennes privées et publiques. »


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 Perdre son travail, ses amis, sa maison… Le « déclassement » fait peur, même à ceux qui semblent à l’abri. L’économiste et sociologue Éric Maurin explique pourquoi.

Entretien. Éric Maurin. Directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (Paris). Ancien administrateur de l’Insee, il est diplômé de l’École polytechnique et de l’Ensae. Auteur de « La peur du déclassement : une sociologie des récessions. »

Qu’est-ce que le « déclassement » ?

Une perte de statut qui casse une trajectoire individuelle ou familiale, la perte d’un emploi stable qui s’accompagne d’une dégringolade dans l’échelle sociale. Cela peut également être la conséquence d’un échec scolaire conduisant à une rupture dans une « biographie » familiale.

Plus que le déclassement, c’est sur la peur de l’être, un jour, que vous avez travaillé…

Le déclassement réel, l’accident survenu qui fait de moi un déclassé par rapport à mon passé ou à mes parents, ne touche qu’une petite partie de la population. Alors que la peur d’un déclassement futur, pour moi ou pour mes enfants, est, elle, très largement partagée.

Comment expliquez-vous ce décalage ?

Nous vivons dans une société « à statuts ». Or, leur hiérarchie est toute petite dans le monde du travail : on est soit en CDI, soit en CDD, soit au chômage. Et il est très difficile de passer d’un statut précaire à un emploi stable. Si vous avez un CDI aujourd’hui, vous avez 97 % de chances d’être toujours en CDI dans un an. En CDD, vous n’avez que 35 % de chance d’être en CDI dans un an. Au chômage, vos chances tombent à 15 %. Dans ces conditions, la perte d’emploi devient vite synonyme de mise à l’écart définitive. C’est ça qui fait peur.

Est-ce un mal français ?

Pas du tout. Cette peur est forte dans tous les pays où l’emploi est protégé. Plus il l’est, plus les durées de chômage sont longues, plus ceux qui ont un travail risquent gros en le perdant. Du coup, même ceux qui n’ont que peu de chances d’être touchés ont peur.

C’est pire en temps de crise ?

Avant de licencier, on commence par geler les embauches. Les premières personnes concernées sont donc celles qui sont déjà à l’écart du système. Le fossé se creuse avec les salariés protégés, la peur s’accroît mécaniquement. Les crises promettent toujours un accroissement considérable des inégalités sociales. Ce que tout le monde tente de conjurer.

Comment cela se traduit-il ?

Au travail, c’est du stress, des tensions entre collaborateurs, la pression des employeurs. À l’école, les classes moyennes et supérieures se mobilisent pour mettre leurs enfants à l’abri. Et les jeunes diplômés, faute de débouchés dans le privé, s’orientent vers la fonction publique. On échange ses efforts scolaires contre la protection des statuts du public. C’est ce qui s’est passé lors de la crise de 1993.

Doit-on s’attendre au même phénomène avec la crise actuelle ?

Tous les ingrédients sont là pour que les jeunes échangent de nouveau leur « capital scolaire » contre une protection plutôt qu’une qualification. À terme, il y a un risque de déchirement entre classes moyennes privées et publiques.

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Pourquoi ?

En période de récession, les salariés du privé sont frappés de plein fouet. Certains, dans l’automobile ou l’agriculture, sont objectivement en cours de déclassement. En réaction, les protections des salariés du public sont remises en cause, alors qu’ils les ont payées en monnayant leurs diplômes. Ils acceptent d’autant moins les agressions symboliques dont ils font l’objet.

Un exemple ?

Le non au référendum sur la constitution européenne. Entre le « oui » à Maastricht en 1992 et le « non » de 2005, c’est le vote des classes moyennes du public qui fait la bascule. Entre les deux, elles ont commencé à voir l’Europe comme quelque chose d’injuste, qui mettait la pression sur la fonction publique.

Peut-on encore espérer un avenir meilleur pour ses enfants ?

Les chances d’accéder à une classe sociale supérieure n’étaient pas terribles il y a quarante ans. Ce n’est pas pire aujourd’hui. Ce qui change, c’est l’énergie nécessaire pour éviter la chute. Plus on est diplômé, plus on a de chances d’y échapper. Les inégalités étant plus fortes que jamais, la valeur des diplômes explose.(Ouest-France.22.11.09.)

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