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Le torchon brûle entre l’Algérie et l’Union européenne

17122009

*CHAKIB KHELIL MENACE DE COUPER LE GAZ À L’UE

 Visiblement entre l’Algérie et l’Union européenne, le torchon brûle. Plusieurs points de friction et de divergence en sont la cause. Toutefois, le plus substantiel et le plus récent a été révélé, hier, par le biais du ministre de l’Énergie et des Mines, Chakib Khelil, lors de son passage sur les ondes de la chaîne III concernant la conclusion d’un accord stratégique entre l’Algérie et l’Europe en matière d’énergie. Le ministre conditionne, en effet, la signature de cet accord par une panoplie de conditions dont la libre circulation des personnes entre l’Algérie et le continent européen. “Qu’est-ce qu’on obtiendrait en retour de la signature de cet accord stratégique dans lequel nous nous engageons à assurer l’approvisionnement et la sécurité énergétique de l’Europe ? Il y a donc d’autres conditions. L’Algérie demande la libre circulation des personnes entre le pays et l’Europe. C’est un élément important. Il ne s’agit pas de vendre uniquement le gaz. Il est possible de vendre ce gaz aux États-Unis également”, a déclaré le ministre. Encore plus, Chakib Khelil conditionne l’adhésion de l’Algérie à cet accord par l’application de ce dernier à tous les pays membres. «Cet accord a été discuté, mais la question qui se pose est la suivante : « Est-ce qu’une fois signé par les deux parties, cet accord sera appliqué sur chacun des États membres de l’Union européenne ? Nous avons posé cette question, et la réponse était “non”. Par conséquent, pourquoi signerons-nous un accord avec l’Union européenne s’il n’est pas appliqué à chacun des pays membres?», s’est interrogé Khelil. Il faut dire que grâce à sa proximité de l’Europe, ses grandes réserves de gaz et la réalisation de nombreuses infrastructures gazières, l’Algérie est sur la voie de conforter davantage sa place parmi les principaux fournisseurs de l’Union européenne en gaz dans les années à venir. La montée en flèche de la demande sur le GNL est largement tirée, notamment, par l’Union européenne, où la production locale de gaz est en déclin conjuguée à une tension générée par le conflit entre l’Ukraine et sa voisine la Russie. Tout cela a fait en sorte que l’Algérie occupe une place privilégiée dans la politique énergétique européenne. Et c’est exactement cette place d’alternative aux autres fournisseurs, que l’Algérie est en train de faire son arme redoutable afin d’imposer ces choix, notamment, en ce qui concerne la libre circulation des personnes. Une question qui tient à coeur aux Algériens depuis deux décennies de restriction sur l’accès des personnes à cet espace, si proche historiquement et commercialement soit- il, de notre pays. Il faut dire que le problème de la libre circulation entre les deux rives reste un des problèmes majeurs qui se pose à l’heure actuelle. Plus d’un Algérien sur deux possède un parent dans cet espace, notamment, en France. Les mesures de restriction en matière de délivrance des visas n’ont pas arrangé les choses. Les pays de cet espace sont soumis à un protocole européen très strict en matière de contrôle de l’immigration. Ce qui a agrandi le fossé entre l’Algérie et les pays européens. À noter que cette sortie de Chakib Khelil vient emboîter le pas à celles du ministre de l’Intérieur Yazid Zerhouni et du ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, Abdelkader Messahel portant sur la même question. Yazid Zerhouni avait indiqué récemment qu’il n’était pas possible de construire un espace méditerranéen de prospérité commun si les citoyens ne peuvent pas y circuler librement. «L’idéal est d’arriver à la libre circulation des personnes dans l’espace méditerranéen », avait-t-il dit. « Les procédures actuelles de délivrance de visas ne sont pas à la mesure du dessin affiché par les pays méditerranéens du groupe 5+5 pour créer un espace de prospérité commun », a estimé le ministre. Par ailleurs, et tout en pointant de l’index la politique sélective des candidats à l’émigration, prise en compte par les pays européens, dans l’encouragement de l’immigration clandestine, Abdelkader Messahel a indiqué que «les approches répressives s’inscrivent à contre-courant du développement naturel et souhaitable des rapports entre les deux rives», estimant qu’«elles alimentent des lignes de rupture et élargissent chaque jour davantage les fossés qui séparent les peuples et les économies de cet espace commun». À la lumière de tout ce qui est en train de se dire par le biais de nos ministres à l’encontre de l’Union européenne, on ne peut être que persuadé que la donne a réellement changé et que l’Algérie, vigoureuse et forte, des années 70 a ressurgit. Revenant au ministre de l’Énergie qui a été interrogé sur l’éventuelle imposition d’une taxe carbone sur les hydrocarbures et qui aurait des retombées négatives sur le prix de ces produits et qui réduirait la demande, Khelil a indiqué que les pays développés nous posent déjà des taxes très importantes sur les produits pétroliers de l’ordre de 80% par exemple pour le Royaume-Uni et 60% pour la France. Pis encore la taxe, qui s’applique sur le gaz et le pétrole mais qui ne s’applique pas au charbon qui est beaucoup plus polluant, est discriminatoire. «Cette taxe carbone aura des implications à long terme sur les revenus des pays producteurs, puisqu’elle provoque la diminution de la demande pour ces produits, notamment le gaz et le pétrole, parce qu’ils vont coûter plus cher, avec en conséquence des revenus plus faibles pour les pays producteurs de gaz et de pétrole», a souligné Khelil. Autrement dit, si cette taxe venait à être imposée sur le gaz et le pétrole, le ministre dira que ces produits seront beaucoup plus chers, et si ces produits sont plus chers, les consommateurs s’orienteront vers d’autres sources d’énergie comme le nucléaire, le solaire et même le charbon. Par ricochet, un fort impact sur la demande. Néanmoins, «nous sommes un pays souverain qui peut rejeter toute taxe qu’on risque de lui imposer, parce que ce n’est pas dans l’intérêt de notre pays d’avoir une taxe sur un produit qui génère 98% de ses devises», a-t-il rassuré, tout en ajoutant que « l’UE défend ses intérêts, nous aussi nous défendons nos intérêts.»

 

D’UN BRAS DE FER À UN AUTRE
Il faut souligner que ce bras de fer entre l’Algérie et l’Union européenne n’est pas naît d’aujourd’hui. Sur le plan économique, l’Algérie a complètement brouillé les cartes européennes en matière d’investissement. La mesure qui leur est restée à travers la gorge, rappelle- t-on, c’est en évidence celle obligeant les sociétés étrangères d’importation à ouvrir leur capital à un partenaire algérien à hauteur de 30%. Pis encore, les mesures prises dans le cadre de loi la de finances complémentaire 2009 en ce qui concerne la réduction des importations, le transfert de capitaux et sur l’investissement a engendré des pertes colossales à l’économie européenne. Autre bras de fer qu’il faut signaler, celui ayant trait à l’adhésion de l’Algérie à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). L’Union européenne n’a cessé d’adresser des requêtes entravant ainsi l’accession de l’Algérie à cette organisation. Ce qui a amené l’Algérie à revendiquer la renégociation de l’accord d’association, entré en vigueur depuis 2005, entre notre pays et l’UE. À cela, il faut ajouter également les divergences liées au grand projet de production d’électricité solaire, intitulé « Désertec » et pour lequel, Chakib Khelil, dans une de ses déclarations a mentionné une liste de conditions devant lesquelles les européens doivent se soumettre, afin que l’Algérie accepte ce projet sur son sol. «Notre politique est claire en matière d’énergie solaire. Les conditions sont, tout d’abord, qu’il y ait un partenariat entre les sociétés algériennes et étrangères et qu’il y ait un transfer de technologie concernant l’engineering, les équipements, les matériels et la construction. Si ces conditions ne sont pas remplies on n’est pas intéressé », a-t-il indiqué. (Le Courrier d’Algérie-16.12.09.)

****le domaine de l’énergie n’a de sens que s’il fait de la libre circulation des personnes un de ses articles essentiels…

On ne peut que souscrire aux propos tenus mercredi par le ministre de l’Energie, dans un entretien à la radio, selon lesquels un partenariat stratégique avec l’Union européenne dans le domaine de l’énergie n’a de sens que s’il fait de la libre circulation des personnes un de ses articles essentiels, dont le non-respect par une des parties entraînerait la rupture. Autrement, ce serait là un banal accord commercial, dont les termes s’épuiseraient en entier dans la fourniture d’une marchandise, somme toute comme une autre, en contrepartie d’espèces sonnantes et trébuchantes ; il n’aurait rien de stratégique.

 On peut douter cependant que ce soit sur ce point précis qu’achoppent les négociations en vue de la conclusion de ce partenariat, qui durent maintenant depuis des années. Ce qu’en a dit Chakib Khellil donne en effet par moments le sentiment que parce que l’Algérie s’est montrée intraitable à cet égard que ces négociations traînent en longueur, avec le risque plausible qui plus est, qu’elles n’aboutissent pas au bout du compte. Mais quand il soutient, non sans aplomb, que pour l’Algérie, l’important ce n’est pas tant de vendre son gaz que d’imposer le principe de la libre circulation des personnes, bien loin de convaincre son public, il ne fait au contraire que lui permettre de mesurer la distance qui reste à parcourir pour que ce partenariat aboutisse, à supposer qu’il le soit jamais, en tout cas dans les formes que les négociateurs algériens voudraient lui voir revêtir.

 On peut toutefois croire aisément le ministre de l’Energie quand il dit que les négociateurs algériens soulèvent toujours la question de la libre circulation des personnes. Mais qu’ils en fassent le point nodal de la discussion avec leurs partenaires européens, voilà qui dépasse la mesure, une intention que personne n’est assez naïf pour leur prêter.

 Pour une raison bien simple : ce partenariat stratégique existe déjà, sauf qu’il est appelé différemment, c’est l’Accord d’association, dont on ne sait pas qu’il fait de la libre circulation des personnes un de ses piliers.

 Les négociateurs algériens, répétons-le, ne demanderaient sans doute pas mieux que d’obtenir le droit pour leurs concitoyens de se déplacer librement en Europe, mais ils ne sont pas en position de force pour ce faire. L’opinion nationale le comprend très bien. Chakib Khellil n’était pas obligé de lui raconter des histoires.

 Ce qu’on appelle le partenariat stratégique dans le domaine de l’énergie devrait découler tout naturellement de l’Accord d’association, qui en constituerait le cadre de référence. L’Algérie n’a de toute évidence conclu le second que dans la perspective du premier. Depuis le début elle militait pour l’ouverture du marché de l’énergie devant ses produits pétroliers et gaziers, et donc pour la possibilité accordée à Sonatrach de les livrer directement au consommateur européen. Et depuis le début les Européens se sont évertués à faire échec à ce calcul.

 Pour l’heure, ils semblent d’accord pour inaugurer un partenariat dans le domaine de l’énergie, à la condition toutefois qu’il n’oblige aucun pays européen individuellement ; autrement dit, pour autant qu’il n’ait de stratégique que le nom. Ce qu’ils veulent, c’est un partenariat qui ne serait contraignant que pour la partie algérienne.

 Ce que les négociateurs n’ont pu obtenir au moment de l’élaboration de l’Accord, ils n’ont aucune chance de l’imposer dans le cadre d’un partenariat touchant un domaine particulier. Et ce n’est pas de libre circulation des personnes qu’il s’agit, mais de celle des produits énergétiques eux-mêmes, quand du moins ils  traversent la Méditerranée. Car une fois qu’ils ont passé la mer, libre à eux de circuler d’un pays à l’autre, l’Algérie ayant été contrainte de supprimer la clause de destination….(Le Jour d’Algérie-19.12.09.)

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**** L’intérêt national d’abord Depuis l’arrivée du président Abdelaziz Bouteflika à la tête de la magistrature suprême en 1999, la diplomatie algérienne a été empreinte d’une note de pragmatisme jamais connue auparavant. Même la notion d’intérêt national a pris une autre proportion et une autre dimension et il faut dire même de vision. Il est vrai que l’élection de Bouteflika à la présidence de la République est intervenue après dix années de terrorisme et surtout de presqu’isolement sur la scène internationale qui a fait perdre à l’Algérie sa place dans le concert des Nations. Pour un terme à une telle situation, le chef de l’État a montré la voie dès ses premières sorties internationales. Elle se résume en un mot : l’offensive. Il a d’abord mené une campagne d’explication de la véracité de la situation en Algérie balayant sur son passage toutes les ornières et prismes à travers lesquels le monde s’est fait une vision déformée de la réalité algérienne n’ayant pour optique qu’un seul objectif : L’intérêt de l’Algérie. Pour ce faire, il a sorti la diplomatie algérienne de la position défensive vers celle revendicatrice. Il l’a sorti aussi du seul champ politique à celui économique et culturel, la mettant ainsi au diapason des mutations qui ébranlent la communauté internationale. Et en dix ans, Bouteflika a réussi à «vendre» l’image de l’Algérie, la bonne et réelle image. Celle d’un pays émergeant, confiant en ses capacités, s’inscrivant dans la modernité et surtout fermement engagé à réussir et à relever tous les défis. La dernière déclaration de Chakib Khelil ministre de l’Énergie concernant les conditions de l’Algérie pour répondre favorablement à la demande européenne relative à la sécurité énergétique du vieux Continent confirme ce caractère offensif et pragmatique dont a été empreinte la diplomatie algérienne sous l’ère de Bouteflika. Désormais, l’Algérie consciente de ses atouts ne se contente plus du volet pécuniaire, elle veut être présente sur les marchés internationaux, comme elle veut à ce que les restrictions imposées au déplacement de ses citoyens soient levées, pour jouir de la même liberté de mouvement dont jouissent les citoyens des pays dits développés. Ce nouvel esprit et cette nouvelle stratégie dans la gestion de nos relations internationales devraient devenir le credo de nos chancelleries, de nos hommes d’affaires et de tout algérien. À bon entendeur !  (Le Courrier d’Algérie-16.12.09.)







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