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Brésil,nouvelle locomotive économique

22122009

*Les effets contrastés au Brésil ont produit un pays nouveau, dynamique et sûr de lui-même, qui compte sur l’échiquier international.

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 Brésil = football. Cette image qui a longtemps collé au plus grand pays d’Amérique latine est aujourd’hui largement dépassée. Comme est oubliée la période de la dictature militaire, la période du commissaire du nom de Sergio Fleury, à la tête de groupes qu’il a baptisés « Escadrons de la mort », pourchassait et assassinait impunément dans les années 1970 tout démocrate, tout homme de gauche qu’il trouvait sur son chemin au nom de « la lutte contre le banditisme ».

Ce Brésil-là est un souvenir du passé. Aujourd’hui, la démocratie est en train de se consolider, les institutions fonctionnent admirablement, même si tout n’est pas encore parfait, que beaucoup de choses restent encore à faire, surtout en matière de sécurité et de lutte contre les inégalités sociales. Le pays a des atouts immenses, des potentialités inimaginables. Longtemps chasse gardée des multinationales américaines, il a réussi progressivement à se libérer du poids trop pesant et trop envahissant de son puissant voisin du Nord et qui n’a guère laissé de bons souvenirs. Longtemps en proie à une inflation à trois chiffres, il a réussi des réformes audacieuses en matière financière dans les années 1990 sous l’impulsion du président Cardoso, un homme pragmatique et efficace qui a créé une nouvelle monnaie, le real, afin d’effacer les séquelles du passé. En un temps incroyablement court dans la vie d’une nation, le Brésil est devenu un pays incontournable sur l’échiquier international. Que l’on aille à Rio de Janeiro l’ensorcelleuse, Sao Paulo la trépidante ou Brasilia la jeune capitale, on sent la prospérité. Elle est palpable, visible, débordante, insolente. Mais qui a dit que le Brésil a été un pays du Tiers-Monde ? La région de Sao Paulo à elle seule a un revenu égal à celui de l’Argentine. Le Brésil est en train de connaître un boom qui a fait de lui un moteur de l’économie mondiale. La réussite touche tous les secteurs, que ce soit l’agriculture, l’industrie, l’énergie, l’aéronautique, la recherche…

Le stimulant agricole

La réussite de l’agriculture est à mettre à l’actif du Brésil nouveau. Les institutions internationales spécialisées prédisent à ce pays le rang de première puissance agricole mondiale dans un proche avenir. Vu d’avion, le Brésil donne déjà un aperçu de ses immenses richesses hydro-agricoles, de ses forêts avec son Amazonie qui est considérée à juste titre comme le poumon de la planète. Les chiffres à ce sujet donnent le tournis. Le Brésil a la chance de posséder 12% de l’eau potable de la planète, ce qui lui a permis, grâce à une gestion rigoureuse et scientifique, une agriculture performante : 48 millions d’hectares sont cultivés actuellement et les autorités travaillent pour mobiliser à l’avenir 145 autres millions d’hectares. Et c’est ainsi qu’il a réalisé, en 2007, une récolte historique de 145 millions de tonnes de produits agricoles. La production de soja a fait un bond extraordinaire, encouragée en cela par une très forte demande de la Chine. Stimulé par le marché mondial, le Brésil ambitionne ainsi de devenir le grenier de la planète. Il est devenu aussi le premier exportateur mondial de jus d’orange avec une production de 1,3 million de tonnes. Désormais, il exporte pour 70 milliards de dollars de produits agricoles par an, un chiffre prévu à la hausse régulière. Cette réussite dans le domaine agricole, les Brésiliens la doivent à Embrapa, une sorte de société publique spécialisée dans la production et la recherche agricoles, et consacrent à cette dernière 650 millions de dollars/an. Grâce à ses recherches, Embrapa a réussi à développer des territoires semi-arides et qui étaient totalement improductifs il y a quelques années. Grâce au travail de ce centre, le Brésil est devenu l’un des leaders dans le monde dans le domaine de l’exportation : 1er pour le jus d’orange, 1er pour le café, 2e pour le soja, 1er pour le sucre, 3e pour le bœuf, 2e pour la volaille et 5e pour le maïs. Le secteur privé se taille la part du lion dans ce domaine. Par contre, le ministère du Développement agricole s’occupe de ce que l’on appelle « l’agriculture familiale ». Un plan national de réforme agraire a été mis en place pour ce faire. S’il y a eu, par exemple, distribution de terres aux plus démunis, l’Etat n’a pas nationalisé les grosses propriétés terriennes. Il a acheté de la terre pour la donner aux petits paysans. Cette politique prudente a évité des heurts et a donné les résultats positifs que l’on connaît aujourd’hui. Evidemment, la politique agricole faisait partie de la stratégie globale initiée par le président Cardoso. Il a mis en place une politique macroéconomique avec notamment un ambitieux plan de relance pour juguler l’inflation et la porter à 1%/jour. Le taux d’intérêt de base, qui était de 26%, est passé de 19,75% en 2005 à 8,75% en 2009. Lula le trotskiste avait mis à la tête de la Banque centrale et au ministère de l’Economie deux hommes, grands adeptes du libéralisme. Et les résultats sont là. Pour ne citer que les derniers chiffres, le taux de croissance a été de 5,3% en 2007 et de 5,7% en 2008. Malheureusement, la crise économique mondiale a donné un coup de frein à cette expansion. De ce fait, la croissance n’est que de 1% pour cette année, mais le Président brésilien a promis qu’elle sera de 5% l’année prochaine. L’économie est devenue tellement solide que la crise internationale n’a pas profondément ébranlé le Brésil. Il faut dire que le commerce extérieur a triplé en 6 ans. En 2008, par exemple, le pays a exporté pour 197 milliards de dollars et a importé pour 173 milliards de dollars. Pour 2006 et 2007, la balance commerciale a été excédentaire respectivement de 6 et 40 milliards de dollars. Les potentialités du pays sont telles que le taux de croissance pourrait être à 2 chiffres, estiment les analystes. Mais la pression fiscale est trop lourde et les dépenses publiques trop élevées. Ces dernières représentent 35% du PIB. La crise de cette année n’est pas faite pour arranger les choses. Elle a provoqué une chute des activités industrielles avec pour conséquence une aggravation du chômage. D’où le ralentissement dû à une raréfaction du crédit. Mais le système bancaire est resté stable parce que tout simplement pas pollué par les produits toxiques.

Des ambitions énergétiques

Mais le défi le plus significatif auquel est confronté le Brésil est incontestablement celui de l’énergie. Ses besoins en la matière sont en croissance permanente. Le choc pétrolier de 1973 a poussé les dirigeants brésiliens à réfléchir à des énergies alternatives. Il se trouve que le pays est un très grand producteur de sucre, auquel est consacré environ 8 millions d’hectares, soit 2% des terres cultivables avec un coût de production très bas. Les pouvoirs publics se sont lancés, dès 1975, dans la production de l’éthanol avec de la canne à sucre, une initiative qui permet aujourd’hui au pays d’économiser 11,5 milliards de dollars/an, soit l’équivalent de 550 millions de barils de pétrole. Parallèlement, le pays s’est lancé dans la production pétrolière. Pour cela, il a créé la société Peprobras, l’équivalent de notre Sonatrach. Elle a connu une expansion rapide au point qu’elle est aujourd’hui présente dans 29 pays et elle n’a plus rien à envier aux grandes multinationales. D’ores et déjà, elle produit 2 millions de barils/jour au pays et 230 000 baril/jour à l’étranger. Mais pour l’instant, c’est du pétrole lourd. Le Brésil est ainsi obligé d’importer son pétrole léger, dont une partie d’Algérie. La société s’est ainsi lancée dans la recherche offshore et, en 2007-2008, elle a découvert des gisements à 7 km au large de Copacabana. Les réserves sont estimées à 11 milliards de barils, mais d’autres sources parlent de 50 à 70 milliards de barils, ce qui en fera un candidat potentiel à l’Opep si cela venait à se confirmer. Ce qui est sûr, c’est que le Brésil se suffira en pétrole léger avec les nouvelles découvertes. Mais l’investissement est lourd. Petrobras a un programme d’investissement de 172 milliards de dollars. Les Chinois ont décidé d’y concourir pour 10 milliards. Le coût de production sera en outre élevé car les puits se trouvent à 3000 mètres de profondeur et la technologie nécessaire pour extraire le pétrole n’est pas prête, mais la société brésilienne estime que cela n’est pas un problème. D’autres sources d’énergie sont exploitées et le Brésil mise également sur l’énergie nucléaire. Il possède déjà deux centrales nucléaires et une troisième est en construction. Il faut dire que ses réserves en uranium sont les sixièmes du monde, au point que les militaires ont été tentés de fabriquer l’arme nucléaire lorsqu’ils étaient au pouvoir. Mais Brasilia a fini par signer le TNP pour mettre fin à toute spéculation. Et comme tout pays qui se respecte et qui ambitionne d’être une puissance qui compte, le Brésil investit dans la recherche scientifique. Il lui consacre 15 milliards de dollars par an (qui dit mieux !) et mobilise pour cela 100 000 chercheurs ! (El Watan-21.12.09.)

**L’envers du décor brésilien…

Rio la belle n’arrive pas à masquer les centaines de favelas qui l’entourent telles des plaies purulentes.

Tout n’est pas beau dans le meilleur des mondes. Le Brésil n’échappe pas à cette règle, malgré son extraordinaire vitalité, la gentillesse et l’hospitalité de son peuple. Si tout le monde est d’accord pour dire que le Brésil est la nouvelle Californie sinon plus, certains connaisseurs du pays, par contre, n’hésitent pas à être très critiques.

Certes, le Brésil n’est pas un pays du tiers-monde, « on peut y vivre très bien », disent-ils. Mais ils reconnaissent que les inégalités sont criantes. Il existe bien une institution pour la protection du consommateur appelée Procom. Les droits des petits employés sont respectés et la justice est vraiment au service du justiciable. Les femmes sont biens protégées et il y a même des commissariats qui ont été créés à cet effet. Toutefois, les inégalités sont criantes. Le système de santé publique est catastrophique. Les hôpitaux fonctionnent très mal. La médecine y est certes gratuite. Malheureusement, il faut avoir de l’argent pour pouvoir se soigner.

A cela s’ajoute une bureaucratie extrêmement paralysante. A cause de la paperasse exigée, il faut par exemple une année pour pouvoir se marier. L’école publique n’échappe pas au délabrement. L’enseignement privé est de qualité, mais n’est pas à la portée de n’importe quelle bourse. Un résident de Brasilia nous affirmé qu’il paye 1200 dollars/mois pour la scolarité de sa fille. La sélection est rude. L’école est classée en 5 catégories : A, B, C, D et E. Lula s’est bien battu pour favoriser le renforcement de la classe C, c’est-à-dire les couches moyennes. Mais les classes D et E restent les laissés-pour-compte du système.

Même l’agriculture pose problème. La terre appartient à ceux qui la travaillent, mais la commercialisation des produits agricoles est sous le contrôle des multinationales. Heureusement que pour soutenir les plus pauvres, l’Etat subventionne le riz, les haricots, le sucre, le lait et le pain, qui sont des aliments de base. Un diplomate européen rencontré chez un ami est, lui, très réservé à l’égard du Brésil. « Il faut voyager à l’intérieur du pays, dit-il. Vous verrez que ce pays est encore sous-développé. Rio de Janeiro et Sao Paulo ne reflètent pas le Brésil réel. » Il cite l’exemple d’un ami à lui qui s’est fracturé la main : « Il a attendu 5 jours pour recevoir les soins nécessaires. Moi-même je n’ai pas pu avoir les soins adéquats à l’hôpital militaire où j’ai été me faire soigner en tant que diplomate. Je considère que le Mexique est plus développé. » « C’est vrai que Lula a beaucoup de charisme, reconnaît ce diplomate. Il est intelligent. Il a beaucoup fait pour les pauvres. Mais il y a beaucoup de taxes. La pauvreté alimente la criminalité. »

Pour ce diplomate, les taux d’intérêt bancaire sont exorbitants et reflètent le sous-développement du pays. Il sont de 3% par mois et de 15%/an, ce qui n’est guère fait pour assurer un décollage économique sûr. La faute, explique-il, incombre aux militaires qui ont abandonné le pouvoir en laissant derrière eux une inflation de 50% et ont lancé des projets qui n’ont jamais abouti. Malheureusement, les autorités ont échoué contre les inégalités, pour ne pas dire qu’elles entretiennent certaines d’entre-elles. Qu’on paye ! Le Sénat compte 81 membres. Ils ont un salaire à vie de 15 000 dollars/mois, sans compter d’autres indemnités aussi exorbitantes. Un universitaire a constaté que le Sénat emploie 8 travailleurs pour un sénateur, entre femme de ménage, serveurs et autres. Une aberration à laquelle personne ne songe à remédier.

Démission de l’état

Est-ce là que se trouve le talon d’Achille du Brésil ? Les iniquités peuvent-elles être source de colère, de corruption et de violence ? Car, autant l’Etat se consolide sur les plans économique et politique, autant il est incapable de faire face aux fléaux qui gangrènent la société. C’est vrai que Lula a hérité des écuries d’Augias en la matière et ce n’est pas de sitôt que le grand nettoyage sera fait. Le pourrissement a atteint certaines institutions à l’époque du pouvoir des militaires. Aujourd’hui, la moitié des policiers sont liés au grand banditisme. Une étude très sérieuse a montré que 50% des policiers sont en réalité des bandits. Des militaires, des pompiers, des flics jouent aux miliciens dans les favelas. Ils prélèvent à leur profit des taxes sur l’eau, la télévision et d’autres choses encore à une population qui ne bénéficie d’aucune protection de l’Etat. Rio la belle, avec ses magnifiques plages, n’arrive pas à masquer les centaines de favelas qui l’encerclent telles des plaies purulentes.

Chaque favela (elles sont plus d’un millier) est dirigée par un gang, lequel désigne une sorte de « maire » assisté de truands pour faire la loi. Ils sont si puissants et influents que l’Etat n’a pas pu imposer une loi interdisant la vente libre des armes. Ils possèdent même des armes lourdes. Cela a été vérifié récemment lors d’une guerre entre deux gangs à Rio. Un hélicoptère de la police a été abattu et quatre de ses occupants tués lors de l’opération. Aucun coupable n’a été arrêté. Il n’est pas question pour un touriste ou un journaliste de visiter une favela. C’est strictement déconseillé. « Vous pouvez y entrer, nous a-t-on dit, mais vous n’en sortirez jamais, sauf si vous êtes pris en charge par un gang. » Ainsi, la prospérité brésilienne n’arrive pas à être accompagnée par une lutte réelle contre le bandistime. Le pays a fini par s’accommoder de 50 000 morts par armes à feu par an.

Le gouvernement est-il ligoté par un quelconque phénomène ? Il se dit que les écoles de samba sont financées par la mafia. Et sans la samba, il n’y a pas de carnaval de Rio. Un carnaval prestigieux qui attire des millions de fans du monde entier et que personne ne voudrait voir disparaître.Tout le monde y trouve son compte, y compris les touristes auxquels l’association brésilienne de l’industrie hôtelière recommande dans une brochure distribuée à chaque visiteur les conseils suivants : « Ne portez pas votre passeport sur vous. Il n’y a pas besoin de le faire, emporter la photocopie suffira. » « Changez toujours votre argent pour la monnaie locale, le real. Evitez l’utilisation des guichets automatiques hors des centres commerciaux ou des banques. » « Evitez de porter de grandes sommes d’argent. Les cartes de crédit sont très répandues et acceptées. » « Ne portez pas de bijoux ou de montres de valeur. Gardez vos bijoux et objets de valeur dans le coffre de votre chambre. » « Pour votre sécurité, en cas de perte des clés, informez immédiatement la réception. » « En sortant, portez vos appareils photo ou vidéo dans un petit sac. » « A la plage, ne jamais laisser vos objets personnels. » « Pendant la nuit, promenez-vous sur le trottoir. Ne marchez pas au bord de la mer. » « Pour les taxis, demander toujours à la réception de l’hôtel. »

Malgré ces conseils de prudence, une personne de passage à Rio, Sao Paulo ou Brasilia n’a pas du tout l’impression d’être en situation d’insécurité. Jamais on ne remarque une quelconque agressivité chez le Brésilien. Il est toujours affable, souriant. Les chauffeurs de taxi, contrairement à ce qu’on voit ailleurs dans le monde, ne sont pas des arnaqueurs. Comme le Christ qui ouvre les bras du haut du Pain de Sucre à ceux qui débarquent à Rio, le Brésil reste une terre d’accueil pour tous ceux qui s’y rendent. (El Watan-22.12.09.)

****************Lire aussi…Rio à l’heure du carnaval 

 







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