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Une décennie s’achève,une autre commence

31122009

S’il fallait exprimer en peu de mots comment sera la deuxième décade de ce siècle pour l’Algérie, on dira simplement: « Tel le phénix, elle renaît de ses cendres. » Car, en effet, l’Algérie revient de loin. 

algerieoq91.jpg La première décennie du troisième millénaire s’achève. Quel bilan en tirer? Pour bien faire, il nous faut remonter à la décennie qui l’a précédée, celle de la fin du deuxième millénaire. Un vent soufflait sur la planète qui allait changer le cours de l’histoire. Un vent marqué par la chute du mur de Berlin et la perestroïka en URSS. La bourrasque a emporté, en Roumanie, le chef de l’Etat, Ceausescu, qui s’est fait froidement liquider avec son épouse, devant les caméras. En Algérie, on enterrait le socialisme. Une nouvelle loi fondamentale décréta la démocratie et un gouvernement dit des «réformateurs» était mis en place. Un grand tumulte s’ensuivit. Une tragédie, car l’Algérie et les Algériens entraient dans une période qui, au fil des ans, devenait de plus en plus tragique.
La décennie rouge et noire à la fois, pouvait commencer. Les Algériens découvraient dans leur chair et dans le sang le terrorisme. Un terrorisme d’une rare violence allait s’abattre sur l’ensemble du pays. L’objectif étant l’effondrement de la République. Si le scénario a échoué, nous le devons à l’Armée nationale populaire (ANP), seule institution qui a héroïquement résisté et réussi à préserver l’intégrité du pays. Malgré tout, le terrorisme ne voulait pas lâcher prise. Chaque jour qui passait à l’époque était un jour de douleurs et de deuils pour les Algériens. C’est dans cette terrible et tragique situation que l’Algérie a traversé la dernière décennie du deuxième millénaire.
En avril 1999, un homme que les Algériens de moins de 30 ans ne connaissaient pas bien, accepta de se présenter aux élections présidentielles. Cet homme, hors du commun, Abdelaziz Bouteflika, avait été officier de l’ALN durant la guerre de Libération avant d’être ministre de la Jeunesse et des Sports puis des Affaires étrangères jusqu’à la mort du Président Houari Boumediene, en 1978. Ecarté des affaires de l’Etat, malmené jusqu’à la souillure, il s’imposa le silence et une traversée du désert qui durera 20 longues années. Revenu se mettre au service du pays, il fut élu donc, à l’orée du troisième millénaire, président de la République. Il s’attela aussitôt à sortir le pays du tourbillon qui menaçait de l’emporter. Il réussit à «renverser la vapeur» grâce à sa grande «hikma» (ingéniosité) comme l’a relevé dernièrement le Premier ministre, Ahmed Ouyahia. Sa priorité fut de ramener la paix par la voie de la réconciliation des Algériens entre eux. La Concorde civile puis la Charte pour la réconciliation nationale donnèrent leurs fruits. Le terrorisme dut reculer et le chemin de la paix tracé.
Abdelaziz Bouteflika passa au deuxième volet de son programme de sauvetage du pays dès son second mandat en lançant un ambitieux plan quinquennal de développement. Les Algériens reprirent goût à la vie. Ce président hors du commun réussit par faire renaître l’espoir chez tous les citoyens au point qu’ils le plébiscitèrent pour un troisième mandat, à telle enseigne qu’une minorité de détracteurs excédés ont mené leur campagne avec un curieux slogan: «Tout sauf Boutef.» Un slogan qui s’est retourné contre ses auteurs et que les Algériens, emportés par la joie de la qualification de l’Equipe nationale de football à la Coupe d’Afrique et du Monde, en ont profité pour crier leur désir de voir le Président Bouteflika rempiler pour une «Ouhda rabiaâ» (quatrième mandat) alors même que les prochaines élections présidentielles ne sont prévues qu’en…2014. D’ici là, un second plan quinquennal, encore plus ambitieux, va être réalisé par le président de la République et viendra consolider la renaissance de l’Algérie pour la hisser à une place de choix dans le concert des nations.
S’il fallait exprimer en peu de mots comment sera la deuxième décennie de ce siècle pour l’Algérie, on dira simplement: «Tel le phénix, elle renaît de ses cendres.» Car l’Algérie revient, en effet, de loin. De très loin. Ceci ne veut pas dire qu’il faille baisser notre vigilance. Bien au contraire, car nos succès font, proportionnellement, rager les détracteurs dont nous parlions. Bonne année à toutes et à tous! (l’Expression-31.12.09.)

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*Des vœux pour une décennie

Une décennie s'achève,une autre commence spacer

Les années se ressemblent. Autant présenter des vœux pour une décennie, en une seule fois.

La première décennie du vingt et unième siècle s’achève, pour l’Algérie, dans un scepticisme général. Car même si le pays s’accroche, de manière tenace, à des espérances qui lui permettent de tenir, il sera difficile de sortir du gris, voire du noir, lorsqu’il faudra faire le bilan de la décennie écoulée. Et ce n’est pas une victoire tardive en éliminatoires de la coupe du monde de football, ni un pétrole suffisamment cher pour permettre au pays de ne pas mourir de faim, qui vont changer ce tableau. Les grands moments de la décennie sont là pour en témoigner. Des dix années qui se sont écoulées, l’histoire retiendra en priorité des évènements déplorables, des faits négatifs, parfois honteux, ainsi que des symboles qui marqueront durablement les esprits. Certes, il y a eu une baisse sensible du terrorisme, ce qui constitue une différence fondamentale avec les années 1990. Mais la baisse d’intensité de la violence ne peut, à elle seule, occulter tout le reste, avec notamment l’apparition de phénomènes dangereux qui menacent le pays, comme la violence sociale et la corruption, mais surtout, cette incapacité du pays à y faire face. Ce qui donne l’impression que le pays s’est résigné à admettre la violence comme facteur central de la régulation politique et sociale.

De la décennie qui s’achève, on retiendra de grands symboles de la déchéance morale. Avec, en premier lieu l’affaire Khalifa, un scandale dans lequel ministres, hauts dignitaires et responsables syndicaux se sont révélés d’une indignité et d’une amoralité insoupçonnées. Pire que l’indignité, l’impunité qui a prévalu, aux yeux de l’opinion, a disqualifié justice et personnel politique, tout en détruisant définitivement toute idée de banque algérienne privée. Ceci a évidemment laissé le marché financier algérien aux banques étrangères, auxquelles le gouvernement a offert toutes les facilités, avant de se rendre compte que sa politique allait permettre à ces banques étrangères de prendre le contrôle de l’économie nationale. On notera dans ce parcours que ce sont les mêmes responsables qui ont pris les décisions d’ouverture avant de se raviser, sans que personne ne leur demande des comptes. Le plus célèbre d’entre eux est sans doute M. Chakib Khelil, qui a défendu une option, celle de l’ouverture tous azimuts dans le domaine des hydrocarbures.

 Il a même fait avaliser une loi en ce sens, avant de se raviser et de changer de cap sous la pression des évènements. M. Khelil et son collègue de l’investissement, Abdelhamid Temmar, symbolisent d’ailleurs la régression de la pensée économique effrayante durant la décennie écoulée. Gérant leurs secteurs à coups d’annonces farfelues et de décisions contradictoires, différentes équipes ont réussi l’exploit de ne pas faire décoller un pays qui avait pourtant tout pour réussir : l’Algérie avait de l’argent, un marché, et du personnel avide de formation. Tout ceci a été orienté, par incompétence ou par bêtise, vers un seul créneau, le fameux « import-import ». Jusqu’au jour où on s’est rendu compte, là encore, que les importations ont atteint un seuil insupportable : elles ont été multipliées par près de quatre en dix ans, alors que les exportations hors hydrocarbures ont stagné. C’est le signe évident que tout l’argent injecté dans l’économie a eu très peu d’efficacité.

 Il sera toujours possible de dire que l’Etat a massivement investi dans les infrastructures de base, qui ne donneront leur plein effet qu’à long terme. Mais ces grandes infrastructures, lancées à des coûts exorbitants, ne peuvent à elles seules sauver la mise. D’autant qu’elles, sont, à leur tour, entachées par de nouveaux scandales. Les révélations concernant le projet phare de la seconde moitié de la décennie, l’autoroute est-ouest, risquent d’ailleurs d’occulter le projet lui-même, et de donner lieu à l’affaire judiciaire de la prochaine décennie. Mais c’est sur le volet politique que les craintes les plus sérieuses persistent pour les années à venir, tant il est difficile de dire ce que sera l’Algérie de 2020. Aura-t-elle avancé sur le terrain de la démocratisation, et de l’édification d’institutions viables ? ou bien continuera-t-elle à être gérée selon l’humeur du moment ? De la réponse à ces questions découle tout le reste : aucun développement durable n’est possible sans institutions viables, et sans règles du jeu affichées et respectées par tous. A contrario, un gouvernement qui change les lois au gré de la variation des prix des hydrocarbures est définitivement disqualifié : il constitue le premier obstacle au développement.

 La décennie écoulée devait combler, au moins partiellement, le fossé qui s’était creusé entre les Algériens et leurs institutions. Elle l’a élargi. L’Algérie officielle s’est éloignée, de manière presque irréversible, de l’Algérie réelle. La société a évolué, générant de nouvelles règles, de nouveaux mécanismes, parfois positifs, le plus souvent destructeurs, alors que les institutions restaient figées, incapables de s’adapter à cette nouvelle Algérie qui émerge. On a alors abouti à une situation ridicule, avec des ministres et des responsables faisant des discours creux dans une Algérie fictive, alors que les citoyens vivaient ailleurs.

 Ils vivent dans une société où la violence est devenue omniprésente, et où l’argent a pris une place prépondérante. Mais le pouvoir est resté incapable de produire la régulation nécessaire face à ces bouleversements sociaux, car sa préoccupation était ailleurs : il cherchait les moyens d’assurer sa propre survie.

 Ceci est symbolisé jusqu’à la caricature par le troisième mandat de M. Abdelaziz Bouteflika. Celui-ci avait la possibilité, en 2009, de se retirer en établissant des règles d’accès et d’exercice du pouvoir. Il a préféré adapter les règles à son propre itinéraire, en amendant la constitution.

 On aurait tort de penser que ceci n’a qu’une influence limitée sur l’économie. L’Algérie devrait, avec ses capacités, connaître une croissance à deux chiffres. Elle aurait du doubler son PIB hors hydrocarbures en six ou sept ans. Elle n’a réalisé que la moitié de ce qu’elle pouvait faire. Les raisons sont connues : instabilité, manque de visibilité, corruption, etc. Pourra-t-elle faire mieux d’ici 2020? Rien ne permet de l’affirmer pour le moment. Pour une raison centrale: en l’état actuel des choses, rien ne laisse envisager un changement du personnel, ni des règles de gestion. Et lorsque M. Abdelaziz Bouteflika arrivera à la fin de son quatrième mandat, l’Algérie aura à, peine doublé son PIB, alors qu’elle aurait pu le multiplier par cinq.

Bonne année et bonne décennie tout de même. (Le Quotidien d’Oran-31.12.09.)

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*Des personnalités qui ont fait l’évènement en 2009.

Nul ne peut nier que les évènements sont du fait de personnages et que d’autres évènements créent des personnalités. L’année 2009 fut une année remarquable et différente des autres. Jugez-en

.image Bouhired : Une crise…..qui est passée.L’affaire de Djamila Bouhired aura fait couler beaucoup d’encre lorsqu’Echorouk a publié sa lettre, unique en son genre, abordant son état de santé grave, nécessitant un traitement rapide et rigoureux. Elle a également fait état de sa situation pécuniaire précaire qui ne lui permet guère de se soigner à l’étranger et pire encore, ne suffit pas à satisfaire ses besoins les plus élémentaires.Dans sa lettre, Bouhired a demandé l’aide des citoyens et sitôt la lettre publiée, le téléphone du journal n’a pas arrêté de sonner et son fax de crépiter, recevant quotidiennement des centaines d’appels de toutes les couches de la société exprimant leur solidarité inconditionnelle à Djamila, s’informant sur son numéro de CCP leur permettant de contribuer un tant soit peu à ses traitements.La prise en charge totale des soins à l’étranger de l’ancienne moudjahida par les plus hautes autorités a marqué l’épilogue de ce douloureux évènement.Raouraoua : L’affrontement est plus ardu que la victoire. Le président de la FIFA a signé le registre Algérie 2009, à juste titre après avoir géré son administration avec la maestria qui a permis le retour des Verts dans la cour des grands, après une absence de plus de 23 années. La stratégie de Saadane a permis la victoire des Verts sur tous les plans sans nulle interférence. Raouraoua a veillé à déjouer toutes les manigances qui auraient pu nuire à l’harmonie de l’équipe algérienne et à la prestation de nos joueurs et a soutenu le sélectionneur national envers et contre tous. Il a été l’instrument du bonheur des algériens en 2009.Hadjar : Le complot médiatique bat les  « Baltadjia »Rien ne laissait présager que le nom de l’ambassadeur d’Algérie en Égypte, Abdelkader Hadjar sortirait de la sphère politique étroite pour désigner un personnage populaire connu de tous. Un match de football a permis ce qu’aucune expérience politique dans un parti quel qu’il soit n’a pu réaliser. Les circonstances l’ont désigné comme le berger et le protecteur des algériens en terre égyptienne. Hadjar a inscrit son nom sur le registre des hommes de l’année car il a veillé sur les algériens agressés et a participé au transport des supporters du Caire vers le Soudan.

Hadjar a risqué sa vie et n’a pas baissé les bras en dépit des attaques médiatiques, un ambassadeur qui a montré les dents, bondi et résisté au souffle des complots politiques et médiatiques. Hadjar a rendu un peu de dignité aux algériens en s’adressant à Bakri et à Alaa Moubarak et en criant face au monde qu’il n’y avait aucun honneur à représenter l’Algérie en Égypte.

Sawiris : Le rêve Djezzy et la malédiction du fisc.

L’homme d’affaires égyptien, Nadjib Sawiris, est confronté ces jours-ci à la difficulté de s’acquitter à l’Etat algérien des redevances fiscales qui s’élèvent à 596 millions de dollars, après des années de gloire et de prospérité passées à pomper des fonds de la vache laitière vers la société mère égyptienne Orascom Télécom. Djezzy a réalisé des profits année après année sans que l’Etat algérien réclame les impôts des exercices 2005, 2006, 2007 jusqu’à ce que les égyptiens farfouillent dans la fourmilière, ce qui n’a pas manqué de donner de sérieux problèmes en 2009.

Sawiris ne nie pas que l’investissement égyptien fût le protégé du gouvernement algérien durant de longues années, ce qui l’a rendu sourd aux balivernes de ses compatriotes qui lui ont demandé de réduire les algériens qu’il emploie à la mendicité.

Bouteflika: Le vainqueur des présidentielles et chevalier du Mondial

Les algériens sont unanimes à désigner le personnage de l’année n’ayant aucun concurrent : le président Bouteflika, non parce qu’il a écrasé tous ses adversaires de l’élection présidentielle d’avril dernier, mais pour sa décision sans précédent d’envoyer plus de 10 mille supporters algériens au Soudan afin d’encourager l’équipe algérienne de football durant le match historique contre l’équipe égyptienne. Malgré des conditions sociales difficiles, des milliers de jeunes sont sortis pour scander des slogans en l’honneur de l’équipe nationale et du président Bouteflika dans une ambiance inouïe qui n’a pas eu sa pareille depuis le décès du défunt président Houari Boumediene.

La décision de Bouteflika d’établir un pont aérien entre Alger et Khartoum a suscité l’approbation et l’admiration de tous, et la perplexité et l’étonnement de parties étrangères.(Echorouk-30.12.09.)

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*La jeunesse, le football et le drapeau

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En cette fin d’année 2009, aucun bilan ne saurait faire l’économie de la « campagne de Khartoum » qui mérite amplement la Palme de l’événement de l’année, et qui est parti pour marquer durablement de son empreinte l’histoire de notre pays. S’il ne s’agit objectivement que d’un « simple match de foot », force est pourtant de constater que son impact sur la société algérienne est très profond. Aussi nous a-t-il paru utile de revenir encore et encore sur les effets du match du 18 novembre pour en examiner les effets et en tirer tous les enseignements.

C’est à n’en pas douter l’événement de cette année 2009. Celui qui aura suscité le plus de passion, d’agitation et de remous au sein de l’opinion. Oui, ce fameux match du 18/11. Depuis Khartoum, l’Algérie n’est plus tout à fait la même ; le pays tout entier semble planer sur un nuage. Et à voir le « boom » provoqué par le but de Antar Yahia qui a laissé battu (et abattu) l’excellent gardien Issam El Hadari, il nous paraît pertinent de revenir un peu sur les effets psychologiques et sociologiques de ce match. De mesurer son impact sur le moral de la nation en nous interrogeant sur la possibilité de pérenniser cet état de grâce et capitaliser l’exploit. En ce sens, des questions s’imposent : d’abord, un match de foot peut-il à ce point galvaniser une société, la soulever, la transformer en profondeur ? Le match du 18/11 est-il le début de quelque chose (l’Algérie qui gagne), la fin de quelque chose (la guigne, le deuil, le fatalisme) ? L’essai peut-il être durablement transformé ? Donner naissance à une société nouvelle qui croit en son destin et capable de se transcender pour appréhender l’avenir avec opiniâtreté et optimisme ?

Une médaille pour les jeunes

L’un des aspects qui auront fortement retenu l’attention à l’occasion de cette « campagne de Khartoum », c’est l’attitude des jeunes. Ainsi, ces mêmes jeunes dont beaucoup sont présentés comme des « nihilistes », des « loosers » et des « harraga en puissance » auront obtenu un 10/10 question patriotisme. Il ne serait pas juste, en effet, de diminuer leur rôle dans l’expédition soudanaise. Souvenons-nous qu’avant même la mise en place du « plan Khartoum » par le cabinet Bouteflika, les Algériens, fidèles à leur légendaire sens de la débrouille, commençaient déjà à se préparer. « L’Etat n’a fait que surfer sur la vague », fait remarquer à ce propos le sociologue Rachid Sidi Boumedine (lire interview). Il est vrai que les billets étaient largement subventionnés, mais il faut dire aussi que beaucoup n’attendaient pas de telles libéralités de la part de l’Etat pour agir. Certains n’hésitaient pas à vendre leur téléphone portable ou quelque autre effet de valeur pour pouvoir payer leur billet. Ce qu’il y a surtout lieu de relever, au demeurant, c’est que, loin de s’avouer vaincus le moins du monde après le but encaissé à la dernière minute du match du Caire, les jeunes ont eu un sursaut de fierté en montrant une farouche détermination à défendre l’honneur de l’EN au Soudan.

Par-delà le fanatisme belliqueux des plus excités, choqués par les images des Lemmouchia, Halliche et autres Saïfi sauvagement agressés par une poignée de hooligans égyptiens, il faut s’attarder sur l’esprit qui animait ces aficionados. « Ce qui s’est passé dans ce match est quelque chose de profond. C’est une lame de fond. Les jeunes n’ont pas attendu l’Etat pour réagir. Ils se sont pris en charge. Leur message était : occupez-vous du match, nous, on s’occupe du reste », souligne Sidali Aoun, vieux militant syndicaliste. Il flottait comme un air libertaire, dans ces fols moments : « Les jeunes ont investi la rue en force en bravant les autorités. Ils ont chanté les chansons qu’ils voulaient en signifiant : ‘‘la rue est à nous’’. Ils avaient un rapport différent au drapeau. Leur drapeau à eux n’est pas le même drapeau que celui du pouvoir. Ce n’est pas le drapeau étatique, le drapeau des édifices publics et des cérémonies officielles.

C’est le drapeau du cœur et de la dignité. C’est le drapeau du peuple », ajoute Sidali Aoun. Dans la foulée, les Algériens se découvraient de nouveaux sentiments, empreints de fraternité. « Le peuple entier est devenu une équipe nationale », résume le sociologue Rachid Sidi Boumedine. De leur côté, les femmes, habituellement en proie à la pire expression du machisme à l’algérienne, étaient soudain l’objet de marques de bienveillance fort touchantes de la part des « hitistes » d’Alger et d’ailleurs. Partout régnait une ambiance douceâtre, mélange d’euphorie psychédélique, de joie diffuse, et, de… oui, c’est cela, de fraternité. « Les Algériens se sont retrouvés en tant que ‘‘chaâb’’, en tant que peuple », dira R. Sidi Boumedine. En guise de bonus, ils ont même eu le sentiment d’avoir enfin un Etat. Un Etat qui les respecte et qui les écoute.

Tout le monde l’aura constaté : le jour de l’agression contre notre équipe nationale, le 12 novembre, au JT de 20h, l’ENTV paraissait plus sonnée et désarçonnée que les joueurs. Tout le monde aura remarqué aussi que c’est Canal + et son journaliste Guillaume Pivot (devenu un héros national), qui a « vengé » l’honneur bafoué des Verts. Même topo face aux flots d’incivilités déversés par les plateaux du Nil où, là aussi, l’ENTV paraissait aussi tétanisée et embarrassée que le pouvoir politique – son tuteur et employeur – et l’ensemble de notre appareil diplomatique qui ne savait plus comment réagir ni quels mots choisir, avant de se murer dans un silence gêné ponctué de déclarations hasardeuses. Un fiasco colossal, donc, en matière de com’, même si la FAF peut se targuer d’avoir marqué des points en laissant le soin à Canal Plus et autre France 2 de répondre. Relevons aussi le rôle de l’italo-tunisienne Nesma TV et la franco-marocaine Medi 1 Sat dans la promotion de l’image des Verts en pleine campagne hystérique de Samir Zaher & Co.

Au final, l’ENTV et ses clones auront brillé par leur incapacité à couvrir convenablement la crise multidimensionnelle entre Alger et Le Caire. Cette indigence ayant été abondamment déplorée, plusieurs voix se sont succédé pour appeler à l’ouverture du champ audiovisuel. En parallèle, et pour revenir au génie créatif de nos compatriotes qui s’est remarquablement signalé dans cette houleuse conjoncture, il y a tout lieu de saluer la qualité des contenus proposés via des canaux parallèles, et où nos « DZ Youtubeurs » et autres « facebookistes » inspirés ont rivalisé d’inventivité dans leurs répliques à Amr Adeeb et consorts. Certains d’entre eux sont même devenus des stars du Net, à l’instar de « Algerien Zenda » dont les messages vidéo sont soigneusement disséqués par les médias égyptiens. On a vu ainsi des amateurs faire sensation sur les sites de partage, avec une habileté étonnante, et un sens inné de la communication, simplement parce qu’ils s’expriment d’une façon naturelle et décomplexée.

Citons, en l’occurrence, le « buzz » provoqué par deux jeunes à l’humour décapant et à la gestuelle inimitable. En l’espèce, leur vidéo postée sur Youtube sous le titre (éloquent) Zoudj msagher iremontiw el moral (littéralement : deux gamins vous remonteront le moral) est un morceau de bravoure. Certaines de leurs tirades sont déjà devenues cultes sur le web, comme cette boutade : « On n’est pas des Africains, on est des professionnels ». Cela résume toute le piquant, toute la saveur de notre culture, pour peu qu’elle soit libérée du carcan officiel. Cela donne également un infime aperçu des talents cachés dans nos chaumières, et des dizaines de Abdelkader Secteur qui attendent leurs quinze minutes de gloire, pour ne pas dire leur… Jamel Comedy Club.

Si l’ENTV, comme l’a laissé entendre son staff, est prête à « boycotter » les « films massar » et autres « moussalssalate » égyptiens, elle ne peut se contenter de se rabattre sur les productions syriennes, jordaniennes ou khalidjia. Elle devrait plutôt songer à encourager et promouvoir la production algérienne, qu’il s’agisse de séries télé, de sitcoms, de films documentaires, de spots publicitaires ou de longs métrages. Il va sans dire qu’une telle production doit d’entrée se débarrasser des « ouzid bezyada el amr rahou fi ghayate el ahamiya » et autres billevesées de ce type confinant à l’aliénation linguistique. Bref, une tâche que l’ENTV ne peut de toute évidence assumer à elle seule, ce qui milite une nouvelle fois en faveur de la mise en place d’une véritable industrie de l’image.

Autre « gain » ramené dans le vol Khartoum-Alger, en sus des trois précieux points du match : la fierté identitaire. Pour une fois, l’amazighité n’est pas embarquée dans la soute à bagages. Elle n’est pas un passager clandestin dans le moi caché de l’Algérien. Elle voyage même en première classe. Les contributions auront été nombreuses, avons-nous noté, qui vantaient nos origines berbères, ceci pour répondre aux polémistes égyptiens qui, dans leur stratégie de dénigrement, répétaient inlassablement que les Algériens sont des « barbares », et que nous n’avons d’arabe que notre appartenance à la… Ligue arabe. L’une des plus remarquées est celle de l’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports et ancien ambassadeur, Kamel Bouchama. Sous un titre ouvertement ironique (« Ah, si le Pharaon ‘‘barbare’’, pardon le Berbère Sheshonq 1er, revenait ! »). K. Bouchama écrit : « J’ai en mémoire d’illustres chefs berbères dont le pharaon Sheshonq 1er, fondateur de la première dynastie berbère d’Egypte, en 945 avant J. C et les autres qui lui ont succédé, tel le pharaon Osorkon II qui régna de 874 à 850 av. J.-C ou Karomama, la reine berbère dont la statuette d’or, aujourd’hui conservée au musée du Louvre, compte parmi les chefs-d’œuvre de l’art égyptien.

Il y avait d’autres souverains assurément aussi célèbres que ceux qui les ont précédés, dont Nitocris qui portait le titre prestigieux d’épouse d’Ammon et fille du pharaon Psammétique 1er qui régna de 664 à 710 avant J.-C ». Et de renchérir : « Savent-ils également ces intellectuels, ces poètes, ces écrivains, ces journalistes et ces artistes qui se mobilisent au moyen de l’insulte que les Koutama, des tribus berbères vivant au nord-est de l’Algérie, ont entrepris, sous la bannière fatimide, une expédition réussie en Egypte en 969, et transféré leur cour de Mahdia à Fustat qui deviendra le Caire ? » (In El Watan du 30 novembre 2009) Dans une autre tribune, le journaliste et opposant Arezki Aït Larbi écrit pour sa part : « Près d’un demi-siècle après l’Indépendance, l’équipe nationale remet la balle au centre. Après une glorieuse prestation sur un terrain de football, ce concentré d’une identité décomplexée qui revendique l’arabe, le berbère et le français et chante Zehouania, Matoub Lounès ou Diam’s, a isolé, dans la rue, les mercenaires de ‘‘l’anti-Algérie’’ autoproclamés gardiens exclusifs du temple national et de ses intérêts supérieurs » (Lire : « Assumer la rupture idéologique pour restaurer nos libertés » in El Watan du 12 décembre 2009)

L’Algérie qui gagne…

On l’a vu : l’Etat sait sortir le grand jeu quand la volonté politique est au rendez-vous. C’est ce que relève le sociologue Rachid Sidi Boumedine pour qui « la première chose que révèle le fait Oum Dourmane, c’est la réactivité du pouvoir quand il le veut ». Revenant sur l’extraordinaire « Opération Khartoum », le ministère de l’Intérieur parle de 10 313 supporters transportés au Soudan en trois jours grâce à un pont aérien impressionnant qui a mobilisé une cinquantaine de vols. En outre, 850 tentes, 82 tonnes de produits alimentaires, 90 000 bouteilles d’eau et 800 matelas, ont été transportés à Khartoum. « Bouteflika a deux choses à son actif : la carte militaire et le débarquement de Khartoum », concède un supporter qui était du voyage en se félicitant que l’Etat soit enfin en phase avec le peuple.

Lors d’une cérémonie tenue à la Direction générale de la Protection civile deux jours après le triomphe de Khartoum, Zerhouni a eu ces mots : « Le peuple algérien est capable de réaliser des miracles dans les différents domaines. Nous sommes fiers de ce qui vient de se réaliser. Nous avons les moyens de reconstruire une Algérie moderne. Une Algérie qui gagne. » D’où, précisément, l’incompréhension des Algériens devant le décalage qui existe entre lesdits moyens et le potentiel humain et matériel dont jouit notre pays, d’un côté, et son indice de développement de l’autre. Il faut souligner par ailleurs que l’un des aspects du match Algérie-Egypte se situe sur le terrain des réformes démocratiques, les deux pays accusant de lourdes carences en matière de bonne gouvernance. « La ferveur qui entoure l’équipe nationale pour l’accompagner jusqu’à Johannesburg, ne doit pas être détournée à la gloire du régime par de subtiles manipulations de l’ombre. Depuis octobre 1988, jamais conjoncture n’a été aussi favorable pour (re)mettre le pays sur les rails de la démocratie », plaide Arezki Aït Larbi. Car, c’est sur ce terrain-là que se joue, en définitive, le grand match, le vrai match entre l’Algérie et l’Egypte. Entre l’Algérie et l’avenir : un match dont l’enjeu est la qualification à la… Modernité.(El Watan-31.12.09.)

 

 







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