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Sur les traces des Touareg

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*Une escale dans le grand sud algérien…

« La vue est plus belle qu’on ne peut le dire ou l’imaginer. »

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 On a du mal à détacher notre regard des paysages. L’Assekrem nous fait plonger dans une autre dimension. Charles de Foucault qui a établi son ermitage en fait une description fidèle : « La vue est plus belle qu’on ne peut le dire ni l’imaginer.

Tamanrasset. De l’envoyé spécial d’El Watan. 

Rien ne peut donner une idée de la forêt de pics et d’aiguilles rocheuses qu’on a à ses pieds, c’est une merveille, on ne peut la voir sans penser à Dieu. » En effet, les visiteurs qu’on a rencontrés ont de la peine à détourner leurs yeux de cette vue admirable, dont la beauté et l’impression d’infini rapprochent tant du créateur. Quel bonheur d’assister au coucher de soleil lorsque la boule rouge caresse les montagnes avant de disparaître progressivement ! Certains ont eu le courage de se lever dans le froid vif et la nuit sombre pour aller voir le lever du soleil. Trois pères de l’ordre des Petits frères de Foucauld (un Espagnol, un Polonais et un Français) vivent encore là-bas, s’occupant d’observer le ciel pour la science et de prier Dieu pour les hommes. Une chapelle très simple a été bâtie ici : un autel de basalte, un toit de roseaux, point de bancs ni de chaises mais des tapis au sol. A côté, une petite bibliothèque contient des livres religieux et des ouvrages sur le Sahara. « Il n’est pas venu pour s’isoler mais pour la rencontre. A l’Assekrem, il a trouvé ses trois amours : Dieu pour la prière, les hommes pour le partage et la nature pour la contemplation », nous déclare l’un d’eux.

Pére Edouard est le plus ancien, il a la double nationalité (algérienne et française) et il est là depuis 37 ans avec comme principale activité l’accueil. Il a une retraite algérienne et avec cette petite somme, les trois « hommes de Dieu » vivotent. Tous les 15 jours, les techniciens de la météo changent et ils les ravitaillent. L’ermitage accueille 12 000 touristes par an dont la moitié sont des Algériens. Les touristes éprouvent un besoin de solitude et de recueillement, c’est pour cela qu’ils viennent ici précisément pendant cette période de l’année. L’un d’eux, un ancien appelé français pendant la guerre d’Algérie qui a servi dans les Aurès, a affirmé : « Vous avez l’un des plus beaux déserts du monde. Les paysages sont multiples et aucune région ne ressemble à une autre. » Sa femme hoche la tête : elle partage son sentiment. « Nos voyageurs qui s’y sont aventurés n’ont maintenant qu’une envie : y retourner », témoigne Maurice Freund, président du Point-Afrique. Chérif Rahmani, ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Environnement et du Tourisme, définit le Sahara comme « ces espaces immenses, austères et féeriques à la fois où le Créateur y a semé les premiers germes de la vie et fait pousser les bourgeons de l’humanité ». Le Sud algérien est une pure merveille, et pour faire partager cette émotion, Samsung Algérie a invité un groupe de journalistes à une escapade à Tamanrasset. Il s’est imprégné durant tout le séjour de ces lieux qui intriguent et attirent. Le thé nous attend partout, à toute heure. On tente d’oublier les problèmes de connexions à internet, de faibles débits et de couverture de réseau. Certains s’amusent néanmoins à chercher le « champs » ou l’ombre d’une BTS, d’autres utilisent leurs appareils photos numériques pour garder des souvenirs de ce voyage. Mobilis est de l’avis général le réseau le plus déployé dans le désert. « Logique, car les deux autres opérateurs sont obligés de compter leurs sous avant d’investir le moindre centime dans ces coins reculés alors que Mobilis a l’obligation de service public », explique notre chauffeur de 4X4. Au marché africain l’Assihar, on trouve de tout, mais la qualité n’est pas au rendez-vous. On y vend des téléphones portables made in China, des recharges, de l’électroménager, des parfums, des tissus et de la marchandise malienne et nigérienne. Les week-ends, on se bouscule, souvent en famille, pour trouver la bonne affaire. Des jeunes, visiblement au chômage, grillent cigarette sur cigarette dans les cafés.

La traversée du désert

Dans certains endroits suintent l’ennui et l’oisiveté. Tout le monde traîne et semble occupé à ne rien faire. La majorité vit de petits boulots et de débrouille, sans pouvoir se projeter dans l’avenir. « Une traversée du désert qui dure », ironise un jeune au teint basané. Les agences de voyages mettent le paquet pour glaner le maximum de commandes car la saison touristique au Sud ne durera que jusqu’à mars. Mais qui sont réellement leurs clients ? En fait, elles reçoivent actuellement des groupes de touristes, et après le réveillon, elles prennent en charge des chefs d’entreprises ou de multinationales qui veulent l’immersion dans le désert. C’est une clientèle au fort pouvoir d’achat et qui peut se permettre de louer un 4X4 pour 5000 DA/jour pendant une semaine. Dans ce cas, il s’agit de circuits touristiques (petites ou grandes boucles) avec marches avec chameliers, repas préparés par un cuisinier et nuits sous la tente ou à la belle étoile. Autre attraction : le tombeau de Tin Hinan dans la commune d’Abbalissa (90 km de Tamanrasset). Cette région est une vraie oasis en plein désert par ses ressources hydriques. Nous sommes allés sur les traces de cette reine, mère des Touareg. Le monument de Tin Hinan est unique dans tout le Sahara central et se distingue par ses dimensions : 26,25 m de grande axe et 23,75 m de petit axe et par ses structures complexes : chambres, déambulatoire et chouchets. Le tracé de l’enceinte est piriforme, ce dernier comporte 11 chambres de formes et de dimensions différentes dont deux constituent le patio et une comprend la chambre funéraire. C’est en décembre 1925 qu’a été fouillée la sépulture du monument d’Abbalissa, et il a été mis au jour un squelette humain paré de bijoux et accompagné d’un riche mobilier archéologique.

La mission comprenait des préhistoriens du Logan Museum Debeloit (Etats-Unis) et du Musée du Bardo à Alger. La seconde campagne de fouilles a eu lieu en 1933. Les travaux ont été étendus à tout le monument. 10 salles ont été dégagées et d’autres objets archéologiques ont été découverts. Durant notre séjour, nous avons pu avoir une idée sur la gastronomie touareg. Les repas sont à base de dattes, de fromage et de taguella (pain traditionnel cuit dans le sable). Le déjeuner est généralement un repas froid, composé de salade à base de légumes frais locaux, pâtes, riz, thon et fruits. Le dîner se compose de plats chauds : soupe, viande, légumes, pâtes, riz et fruits. Le thé est un véritable rituel d’accueil et de détente, on en boit non pas un, mais trois verres. Le premier thé est fort, juste les feuilles infusées, un verre est rempli puis versé et reversé dans les autres verres. Tout l’art réside dans la manière de verser le thé de très haut, créant une cascade de liquide s’étirant parfois jusqu’à un mètre pour en couper l’amertume et en favoriser la mousse. Puis on remet l’eau de la théière à chauffer en ajoutant de la menthe et du sucre ; le troisième suit le même processus, ainsi, la teneur en théine est de plus en plus faible. Tamanrasset nous a donné le goût de l’aventure, elle nous ouvre l’appétit pour aller à la conquête du Grand Sud, une mosaïque de peuples et de cultures. Il faut se présenter sans préjugés particuliers avec simplement le désir de rencontrer des hommes, leur sourire est doux comme l’aurore et leur beauté resplendit comme le soleil… (El Watan-06.01.2010.)

*****la beauté infinie du Tassili n’Ajjer  …

 Dès notre arrivée, Djanet réveille en nous l’instinct du voyage. Le chauffeur qui nous accompagne à notre lieu de séjour a l’expression qu’il faut pour qualifier cette destination : « Elle a le mérite d’être tous les déserts à la fois, des petits bouts de Ghardaïa, de Timimoun et de Tamanrasset. »

**Le Tassili n’Ajjer nous ouvre ses immensités pour découvrir la beauté infinie du Sahara algérien et son Parc national, véritable musée d’art préhistorique à ciel ouvert. Nos pas nous guident à la rencontre des hommes Bleus et de leur « désert éternel ». L’art rupestre et ses représentations soulèvent beaucoup de questions, mais les dessins sont si beaux et si évocateurs que l’imagination peut aisément remplacer la connaissance de toute théorie. C’est au milieu de ce décor féérique que le club de presse de Nedjma a convié les journalistes. Ils ont apprécié ce royaume de sable et de lumière le jour, et le ciel étoilé la nuit. Les uns ont gravi pour la première fois les dunes, puis, au sommet d’une crête, se sont arrêtés pour contempler le paysage. D’autres ont retrouvé avec plaisir les émotions que seul le désert peut procurer. Ici et malgré l’aridité des lieux, les âmes se désaltèrent d’authenticité. Les habitants sont hospitaliers. Partout, on nous offre le thé préparé minutieusement par un Targui qui nous accueille à chaque escale, les bras ouverts, comme son cœur. Dans ses yeux, on saisit l’instantané éternel d’un regard et d’un sourire généreux. D’un ample mouvement, l’homme prépare le thé. Le liquide tombe de haut dans le verre et mousse. C’est à sa mousse qu’on apprécie la qualité de ce breuvage. « L’invité est tout le temps attendu », nous déclare l’un d’eux. Le désert livre une leçon de sagesse et de bon sens : être soi et être solidaire des autres. Nous affrontons une mer de sable pour aller découvrir Essendilène, une vallée protégée par une haute barrière rocheuse. On remonte un oued jusqu’à une petite palmeraie qui marque le début d’un canyon où vivent dans l’isolement quelques familles touaregs. Nous avons rencontré trois touristes italiens qui, sac au dos, faisaient une promenade. Nous leur posons la question suivante : « Quelles sont vos impressions ? » Ils répondent sans hésitation avec un français approximatif : « C’est merveilleux ! » Les mots nous manquent pour décrire cet univers de début du monde et qui nous change de l’ambiance des grandes villes. Le Tassili, c’est une succession de déserts. On y trouve de la roche, du sable et… du silence. C’est ce type de tourisme qui a la cote en ce moment au niveau mondial. Les touristes sont à la recherche d’aventure et de découvertes, mais aussi de mieux connaître les us et coutumes des habitants locaux. L’Algérie peut, dans ce cadre, rivaliser avec les autres destinations, car notre désert est unique, peu connu et peut devenir le moteur de croissance d’un secteur qui a du mal à concrétiser sa stratégie de développement. Les ministres se sont succédé et le décollage se fait toujours attendre. Autre attraction : Tegharghart, à mi-chemin entre Djanet et l’aéroport. On suit une piste pendant 5 km pour arriver à un rocher solitaire où est représenté du bétail dont les yeux semblent déborder de larmes.

Des touristes à la recherche d’évasion

Il s’agit probablement d’un des troupeaux qui venaient s’abreuver à la guelta semi-permanente qui repose au bas de la paroi rocheuse. Il est conseillé de s’y rendre en fin d’après-midi, lorsque le soleil caresse les vaches et creuse les reliefs. Pour l’anecdote et lorsque les touristes insistent pour avoir la bonne version pourquoi les vaches pleurent (tighargharine), les guident leur répondent : « Vous saurez pourquoi les vaches pleurent quand nous saurons pourquoi la vache qui rit rit. » La seconde phase de cette saison touristique, qui s’étend du 8 février au 19 avril, n’est pas encore terminée, mais la fréquentation est loin d’être énorme. C’est ce que nous confirme Khirani Ahmed de Ténéré Voyages : « C’est une saison moyenne, il n’y a pas beaucoup de clients. C’est dû aux facteurs extérieurs, aux affaires étrangères, aux compagnies aériennes et à la concurrence. Le désert n’existe pas uniquement en Algérie, on a des concurrents comme la Libye, la Tunisie, le Maroc et le Yémen, qui offrent le même produit. Le nombre de touristes a baissé par rapport aux années 1990. Ce sont des touristes particuliers. La tendance ces dernières années penche vers les touristes sportifs qui font plus de marche à pied parce que les visiteurs viennent ici pour l’évasion, le changement de décor et échapper au stress de la grande ville, à l’outil informatique et à la télévision : ils veulent le dépaysement total, l’expédition et l’aventure. C’est ce genre de touristes qu’on reçoit. » Selon lui, les premiers touristes sont les Français, puis viennent les Italiens, les Japonais et les Allemands. Trois compagnies aériennes desservent l’aéroport Tiska (Djanet) : Air Algérie en vol régulier, généralement de nuit (vol domestique), et Aigle Azur en provenance de Paris Orly ainsi qu’Air Méditerranée en provenance de Marseille en charter. Une quatrième compagnie fait du charter épisodiquement : il s’agit d’Europe Air Poste à partir de Marseille. Quant aux nationaux, il faut reconnaître qu’ils ne viennent pas en masse : « Ce n’est pas le type de clientèle qui vient pour passer une semaine en bivouac avec un sac de couchage. Ils viennent pour rester à l’hôtel, sortir le matin et revenir le soir », explique Khirani.

Mais ce qui les empêche de venir, ce ne sont pas les infrastructures ni le type de séjours, mais plutôt les prix : le produit reste excessivement cher. Ils paient 28 000 DA en billet d’avion, c’est-à-dire 2800 DA/jour. Les Algériens comme les Italiens font de courts séjours (ils ne dépassent généralement pas une semaine ou 10 jours). S’ils passent 5 jours, ils paient 5800 DA/jour en billet d’avion uniquement ; il faudrait qu’ils mangent et qu’ils dorment, qu’ils partent en excursion, il leur faut un 4X4 qui coûte 4 millions de dinars pour la location à la journée, ils ne peuvent pas le faire à 2000 DA, (de 7000 à 9000 DA en moyenne). « Quand on travaille trois mois l’année, il faut bien l’amortir », nous déclare un propriétaire de 4X4. Ceux qui s’y aventurent viennent en groupe pour partager les dépenses. Alors au regard de ces facteurs, l’Algérien ne se pose pas trop de questions pour préparer ses vacances. Il préfère aller en Tunisie qui lui fait les yeux doux à l’approche de l’été qu’à Djanet. En fait, ce n’est pas le produit Djanet qui coûte cher, c’est la destination Algérie dans son ensemble. Si vous voulez aller à Béjaïa, Annaba ou Collo, ça coûte cher et la culture du voyage n’existe pas. Dès qu’on parle voyage, les Algériens commencent à rêver de l’Europe. Quand on lui parle d’investissement touristique au Sud algérien, Khirani sourit : « Depuis 20 ans, j’ai été branché avec le ministère du Tourisme, mais c’est lourd. Le problème, ce n’est pas le ministère, c’est tout le pays qui est lourd. Entre les opérateurs et l’administration, il y a toujours une couche isolante dans tous les domaines. Le ministère est en train de faire des projets pour l’acquisition de voitures. On existe depuis 40 ans, un nouvel entrant dans le touriste aura les avantages que moi je n’aurai jamais. Je suis Monsieur X dans l’administration. J’ai demandé une extension de terrain pour mon village touristique et je n’ai pas eu de réponse. Cela fait 13 mois que j’ai adressé ma demande à la direction des Domaines et je n’ai même pas reçu de réponse négative pour non-conformité par exemple. On a appris à attendre pour ne rien faire. »

Zineddine Zidane est passé par là !

Dans le centre-ville de Djanet, des jeunes s’attablent dans un café autour d’un thé. C’est leur endroit de rendez-vous quotidien après les heures de travail. La plupart viennent du nord du pays car la paie est plus motivante, et puis « on avance plus vite dans la carrière quand on est dans l’administration au Sud », nous confie l’un d’eux. Des jeunes du Niger viennent proposer leur main-d’œuvre. Certains se contentent de petits boulots avant d’envisager de monter au nord du pays ou carrément tenter de rejoindre l’Europe. Ils ont fui la misère dans leurs villages et souhaitent refaire leur vie sans couper le cordon ombilical avec leurs familles laissées au pays natal. Le passage de l’ex-star du ballon mondial Zineddine Zidane a laissé comme un goût amer chez certains jeunes qui n’ont pas pu l’approcher, car la sécurité autour de lui était omniprésente. A l’office du Parc national du Tassili, quelques touristes sont venus découvrir des pièces archéologiques et des photos prises de différents endroits. Le parc a été fréquenté par 3000 visiteurs. Trois circuits ont du succès : la Tadrart (sud de Djanet), le plateau du Tassili (peintures rupestres et vallées) et Ihrir. La plupart viennent par le biais des agences de voyages, mais il y a aussi, ces dernières années, des enseignants des universités d’Alger, de Sétif et de Annaba qui viennent pour de courts séjours d’études ou des séminaires. Beddiaf Mohamed, directeur par intérim de l’OPNT, nous confirme que plusieurs nationalités sont venues, dont des Français, des Suisses, des Allemands, des Autrichiens et même des Russes. Le pic de la fréquentation a été enregistré en novembre dernier avec 1354 visiteurs. Dans le livre d’or, plusieurs d’entre eux ont laissé leurs impressions. « Merveilleux, touchant, impressionnant… Nous souhaitons que ce patrimoine soit gardé intact de toutes les influences actuelles pour que nos enfants puissent admirer toutes les merveilles de nos aïeux », a écrit un anonyme. André est admiratif : « Quel trésor ! Protégeons-le ! N’égarez pas cette perle d’Afrique. » Une Française affirme : « C’est notre troisième séjour à Djanet en 17 ans. On ne s’en lasse pas. Cette fois, nous revenons éblouis de la Tadrart, de ses paysages exceptionnels et de la richesse du patrimoine archéologique, peintures et gravures. » Le site est classé Parc national en 1972 et site mixte (culturel et naturel) de l’humanité par l’Unesco en 1982 et réserve de la biosphère en 1986. Djanet fascine. Cette contrée, qui semble sortie de la nuit des temps, a tant de choses à raconter pour ceux qui savent tendre l’oreille et qui veulent se ressourcer dans le silence de ses espaces.(El Watan)







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