Le drone, une arme pour les crimes d’État

**Les incessants bombardements de drones américains sur le nord-ouest du Pakistan, sont contre-productifs.

  Ils terrorisent les populations et attisent le sentiment antiaméricain dans le pays.

Selon un groupe d’experts américains, les incessants bombardements de drones américains sur le nord-ouest du Pakistan, terrorisent la population et sont contre-productifs car ils attisent le sentiment antiaméricain dans le pays.

Un drone Predator décolle de la base américaine de Kandahar, en Afghanistan, le 31 janvier 2010.

Ce rapport publié mardi par deux universités américaines, la Stanford Law School et la New York University School of Law, juge erronée la vision américaine d’une campagne de drone « efficace et de précision chirurgicale et qui renforce la sécurité des Etats-Unis », et appelle Washington à reconsidérer cette stratégie.

Le texte intitulé La Vie sous les drones note, à l’instar de Washington, que la grande majorité des milliers de personnes tuées par ces attaques lancées en juin 2004 dans les zones tribales pakistanaises sont des combattants islamistes. Mais il souligne surtout les graves conséquences sociales et psychologiques de ces bombardements, quotidiens à certaines périodes, sur les populations.

« Les drones survolent les populations du nord-ouest vingt-quatre heures sur vingt-quatre, frappent des véhicules, des maisons et des espaces publics sans sommation. Leur présence terrorise les hommes, femmes et enfants, créant un traumatisme psychologique. Les habitants doivent vivre dans la crainte permanente de pouvoir être frappés à tout moment par un bombardement meurtrier, sachant qu’ils n’ont aucun moyen de s’en protéger », ajoute-t-il.

Par peur des bombardements successifs, les communautés locales ne se rassemblent plus guère, évitent d’envoyer leurs enfants à l’école et hésitent à porter secours aux blessés d’un premier tir, ajoute ce rapport initié par l’ONG Reprieve, basée au Royaume-Uni et qui fait campagne contre les drones.

CONTRE-PRODUCTIFS

Washington a fait ces dernières années des tirs de drones l’un des principaux instruments de sa stratégie militaire mondiale. Sa campagne au Pakistan, lancée sans l’accord officiel des autorités locales et très impopulaire dans le pays, nourrit les tensions entre Washington et Islamabad, aux relations déjà très compliquées.

Le rapport est notamment fondé sur des entretiens menés avec des habitants du Waziristan du Nord, principal repaire des talibans pakistanais et d’Al-Qaida dans la région et de loin la zone tribale la plus visée par les drones. « Avant les tirs de drones, nous ne savions rien des Américains (…) Aujourd’hui, tout le monde ou presque les hait », explique l’un d’eux. Un autre prévient : « Nous n’oublierons pas le sang versé. Que ce soit dans 200 ans, 2 000 ans ou 5 000 ans, nous nous vengerons des attaques de drones. »

In fine, ces tirs illégaux sont contre-productifs car la colère qu’ils suscitent facilite le recrutement de combattants islamistes antioccidentaux dans la région, selon le rapport, qui invite Washington à repenser sa stratégie. Le texte cite au passage un rapport de CNN estimant que seuls 2 % des personnes tuées par les drones sont des cibles islamistes « de haut niveau ».

Entre juin 2004 et septembre 2012, les drones américains ont tué dans cette région entre 2 562 et 3 325 personnes, dont 474 à 881 civils, estime ce rapport, des données établies à partir d’informations de presse rassemblées par le Bureau of Investigative Journalism, un centre d’études et enquêtes basé à Londres. Les données fiables sont toutefois rares à propos de ces régions interdites aux journalistes étrangers et travailleurs humanitaires.*Le Monde.fr avec AFP |26.09.2012

**Drones. Un ancien « pilote » américain raconte

C’était un gamin qu’on venait de tuer !

Brandon Bryant était pilote de drone au sein d’une unité spéciale de l’armée de l’air américaine. Depuis l’Etat du Nouveau-Mexique, il a tué des dizaines de personnes. Jusqu’au jour où il a déclaré forfait.

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photo: Deux pilotes aux commandes d’un drone Predator en Irak, à la Balad Air Base, en août 2007. US Air Force

Pendant plus de cinq ans, Brandon Bryant a travaillé dans un container allongé de la taille d’une caravane, sans fenêtres, à température constante de 17 °C, et dont la porte était condamnée par mesure de sécurité. Devant les yeux de Brandon et de ses collègues scintillaient quatorze écrans. Sous leurs doigts, quatre claviers. Il suffisait que Brandon presse un bouton au Nouveau-Mexique pour qu’un homme meure à l’autre bout de la planète.

A l’intérieur du container, des ordinateurs ronronnent. C’est le cerveau d’un drone. Dans l’US Air Force, on appelle cette pièce un “cockpit”. A cette différence près que les pilotes du container ne volent pas – ils se contentent de piloter.

Brandon était l’un d’entre eux. Il se souvient très précisément des huit que décrivait le Predator dans le ciel afghan, à plus de 10 000 kilomètres de l’endroit où il se trouvait. Dans le réticule du drone, une maison aplatie en terre, avec une étable pour les chèvres, se rappelle-t-il. Lorsque l’ordre de faire feu tombe, Brandon presse un bouton de la main gauche, “marque” le toit au laser, et le pilote assis à côté de lui déclenche le tir à l’aide d’un joystick. Le drone lance un missile de type Hellfire. Il reste alors seize secondes avant l’impact.“Les secondes s’écoulent au ralenti”, se souvient Brandon aujourd’hui. Enregistrées au moyen d’une caméra infrarouge orientée vers le sol, les images sont transmises par satellite et apparaissent sur son moniteur avec un décalage de deux à cinq secondes.

Plus que sept secondes, pas l’ombre d’un humain. A cet instant, Brandon aurait encore pu détourner le missile roquette. Trois secondes. Brandon scrute le moindre pixel sur l’écran. Soudain, un enfant qui court à l’angle de la maison. Au moment de l’impact, le monde virtuel de Brandon et le monde réel d’un village situé entre Baghlan et Mazar-e Charif se télescopent.

Brandon voit une lueur sur l’écran – l’explosion. Des pans du bâtiment s’écroulent. L’enfant a disparu. Brandon a l’estomac noué.

“On vient de tuer le gamin ?” demande-t-il à son collègue assis à côté.
“Je crois que c’était un gamin”, lui répond le pilote.
“C’était un gamin ?” continuent-ils de s’interroger dans la fenêtre de messagerie instantanée qui s’affiche sur leur écran. C’est alors que quelqu’un qu’ils ne connaissent pas intervient, quelqu’un qui se trouve quelque part dans un poste de commandement de l’armée et qui a suivi leur attaque : “Non, c’était un chien.”

Ils se repassent l’enregistrement une nouvelle fois. Un chien sur deux jambes ? Lorsque Brandon Bryant sort de son container ce jour-là, le cœur de l’Amérique profonde s’étale devant lui : l’herbe drue de la steppe à perte de vue, des champs, l’odeur du lisier. A intervalles de quelques secondes, la tour de radar de la base de Cannon [au Nouveau-Mexique] de l’US Air Force projette un éclair dans le crépuscule. Une guerre est en cours.

La guerre moderne est invisible, la distance lui ôte de sa gravité. C’est une guerre larvée, contrôlée, téléguidée depuis de petites unités high-tech disséminées en différents points du globe. La guerre nouvelle se veut plus précise que l’ancienne. Pour cela, beaucoup la disent “plus humaine”. C’est la guerre d’un intellectuel : plus qu’aucun autre avant lui, Barack Obama l’a encouragée. *Der Spiegel-03.01.2013.

**Devant ces assassinats qui s’enchaînent, le crime d’État est devenu une banalité.

Le drone, une arme pour les crimes d’État Capture3

Dimanche, ce sont une douzaine de personnes qui auraient été tuées par des missiles tirés depuis des drones américains, faisant au passage de nombreux blessés. Mercredi dernier, un chef taliban, le mollah Nazir, a été tué par un drone américain. L’affaire n’a pas fait les gros titres. Et pourtant, cet homme a été assassiné par des tirs qui auraient fait au moins une dizaine de victimes. Le lendemain, ce sont quatre autres insurgés qui auraient été abattus. Pour les USA, ces hommes étaient une menace, tandis que pour le Pakistan (leur allié), Maulvi Nazir était plutôt considéré comme un précieux auxiliaire dans leur lutte contre les talibans locaux. 

Comme beaucoup de gens, j’ai du mal à comprendre ce qui se passe réellement dans cette région du monde. J’ai l’impression que chacun place ses billesavant le départ de la coalition militaire, l’année prochaine. Pourtant, devant ces assassinats qui s’enchaînent, on doit se rendre à l’évidence : le crime d’État est devenu une banalité.

Et l’arme quasi invisible de ce mécanisme inquiétant est le drone.

Depuis 2004 (le second mandat de George W. Bush), la CIA aurait effectué des centaines de frappes au Pakistan, tuant 2 560 à 3 325 personnes, selon les estimations, dont 474 à 881 civils. « Les drones survolent les populations du nord-ouest vingt-quatre heures sur vingt-quatre, frappent des véhicules, des maisons et des espaces publics sans sommation. Leur présence terrorise les hommes, femmes et enfants, créant un traumatisme psychologique. Les habitants doivent vivre dans la crainte permanente de pouvoir être frappés à tout moment par un bombardement meurtrier, sachant qu’ils n’ont aucun moyen de s’en protéger », peut-on lire dans le rapport d’un groupe d’experts américains cité dans Le Monde. Si l’on compte les autres opérations, notamment au Yémen, en Somalie et aux Philippines, combien de personnes ont ainsi trouvé la mort, alors que ces pays ne sont pas en guerre contre les États-Unis ? De plus en plus de voix s’élèvent d’ailleurs Outre-Atlantique contre ces actions répétées. Sont-elles toutes justifiées ? D’autant que depuis l’arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche, les raids de drones se sont multipliés. C’est aujourd’hui l’un des principaux volets de sa stratégie militaire mondiale.

M. Obama restera peut-être dans l’histoire comme le Prix Nobel de la paix qui a le plus de morts innocents sur la conscience. Car non seulement les dégâts collatéraux sont inévitables, mais en plus, ces assassinats ciblés sont souvent fomentés sur des hypothèses bâties par les services secrets. Des mises à mort sans procès. C’est une guerre d’intellectuels qu’il a déclenchée, disent ses détracteurs. En pointillé, une guerre sans honneur. Durant la récente campagne pour son second mandat, afin de leur couper l’herbe sous les pieds, il s’est plus ou moins engagé à « régulariser » la procédure de ces pratiques meurtrières. Ce à quoi Amnesty international a répondu qu’il n’y avait pas à fixer de nouvelles règles mais à appliquer les règles existantes : les droits de l’homme et les lois humanitaires reconnus internationalement. C’est-à-dire, en langage non châtié, la ligne qui sépare l’action de guerre du crime de guerre. De leur côté, les Nations unies pourraient cette année ouvrir un bureau, à Genève, pour enquêter sur les victimes civiles des attaques par drones. Plusieurs familles de celles-ci auraient d’autre part déposé plainte contre la CIA.

Dans le Courrier International, on peut lire les confidences troublantes de Brandon Bryant, 27 ans, un ancien pilote de drones… Le Predator, un avion délicat et argenté, décrit des huit dans le ciel afghan. À plus de 10 000

kilomètres de là, Brandon est aux commandes. Il attend les instructions. Lorsque l’ordre d’ouvrir le feu tombe, il fixe la cible dans son viseur laser : une étable pour les chèvres. Près de lui, le deuxième pilote actionne alors un joystick. Il reste 16 secondes avant l’impact. Soudain, sur l’écran, un enfant apparaît au coin de la bâtisse. Une lueur. L’explosion.  « On vient de tuer un gamin ? » demande Brandon à son collègue. « Je crois », lui répond celui-ci. Quelqu’un qu’ils ne connaissent pas, enfermé ailleurs, dans un poste de commandement, intervient alors sur les ondes : « Non, c’était un chien ! »

Lorsque Brandon sort de son conteneur, ce jour-là, sur la base de Creech, au Nevada, à une cinquantaine de kilomètres de Las Vegas, l’Amérique lui paraît sans doute moins belle. Jamais il n’aurait imaginé tuer tant de gens.

Lors d’un récent débat à l’ONU, les représentants de plusieurs pays ont souligné le mauvais exemple donné par la plus grande puissance militaire mondiale. Un engrenage qui pourrait s’avérer ravageur. Car le drone va se « vulgariser ». Que se passera-t-il lorsque les armées des grandes puissances seront toutes dotées de drones de combat ? A l’opposé de la Kalachnikov, arme symbolique des combattants les plus pauvres, le drone pourrait bien devenir le symbole de leur hégémonie.

À ce jour, il semble que l’armée française ne possède que des drones de surveillance. Mais le mois dernier, Dassault Aviation a présenté le Neuron (qu’il faut parait-il écrire nEUROn), un drone de combat de 10 mètres de long et de 12.50 mètres d’envergure issu d’une coopération européenne dans l’industrie de défense. D’ici deux ans au maximum, nos militaires seront donc équipés de ces engins. Comment les utiliserons-nous, alors que la France est le pays d’Europe le plus engagé à l’étranger ?  Lors de la campagne de Libye, le général Vincent Tesnière a insisté sur le rôle déterminant des drones américains. « Si on avait eu 30 ou 40 drones armés, on aurait fait ce qu’il y avait à faire », a-t-il déclaré.

On dit d’ailleurs que c’est un drone américain qui aurait repéré Kadhafi lors de sa cavale. Nos alliés dans la coalition ont-ils passé l’information à la France ? Cela pourrait expliquer le mystère qui entoure la mort du dictateur. Mais alors, s’agirait-il d’un crime d’État ? *Monde-Blog.07.01.2013.

Réactions des internautes:

*Le bilan des drones tels qu’ils sont utilisés actuellement par Obama apparait aussi largement aussi douteux que ceux des gaz de combats et des sous-munitions. Ne pas être sur place signifie ne pas pouvoir évaluer rigoureusement sur qui on tire, qui sont les victimes. La règle est simple, dans les rapports tous les adultes de sexes masculins sont estimés être des combattants ennemis, seules les femmes et les enfants sont comptés en victimes collatérales. Et pourtant même avec cette définition, le pourcentage de victimes collatérales est extrêmement élevé.

**Un barrage d’artillerie sur des populations civiles, préparations d’opérations aéroportées ou pas, est un crime de guerre. La subtilité vous échappe peut être mais c’est pour cela qu’il y a une cour internationale dédiée.
Mais vous le dites fort bien, la guerre n’est pas un tournoi chevaleresque, même s’il se trouve qu’elle est réglementée et qu’il existe des lois internationales pour « organiser » la tuerie

**Existe-t-il une guerre, une seule, ou il n’y pas eu de « crimes », de civils tués, de populations massacrées ? A chaque fois qu’on ouvre la boite de pandore de la guerre, on amène la mort, la destruction et la négation de l’individu. Je ne fais pas beaucoup de différences entre un civil afghan de 2013 et un jeune conscrit de 1914. Aucun des 2 n’a exercé son libre arbitre pour finir comme chair à canon ou à drone, fauché dans son jeune age par la guerre décidée dans des salons dorées.Ceci dit depuis le Vietnam on croit que la guerilla de paysans hirsutes armés de kalashnikov est capable de vaincre une armée dominante organisée.

**Dans l’esprit des patrons de la guerre, on espére que le drone soit capable de changer complétement le rapport de force, en réduisant l’espérance de victoire de la guérilla…Le drone permet une frappe en profondeur, sans exposer de pilotes ou de troupes au sol…

**démocratie, quelle blague, ce ne sont plus les élus qui mènent ces guerres mais les services secrets et le militaires , les parlements ne décident rien …La paix n’est pas la liberté par ailleurs..Eh oui, au nom de la démocratie – ou de tout autre cause, même douteuse – ‘tout’ est permit. C’est désolant cette façon de penser, car elle tue la ‘vrai’ démocratie !

**Ce ui se passe dans la zone tribale actuellement n’est ni une surprise, ni une nouveauté. C’est l’application à plus grande échelle de ce que les Israéliens (premier pays à faire un usage militaire du drone) font contre les Palestiniens et les Libanais depuis plus de 20 ans.

**D’un point de vue légal, on peut bien sur discuter de telles pratiques, mais elles s’inscrivent dans le cadre d’opérations quasi-clandestines qui, par définition, sont plus regardantes sur l’efficacité que sur la légalité. Que ce soit la CIA, longtemps exemptée des Conventions de Genève, qui conduise ces opérations n’est d’ailleurs pas un hasard. Là encore, les drones font aujourd’hui ce que les agents secrets auraient fait avant eux, sans plus de légalité (les assassinats de dirigeants ou les putsches « à l’ancienne » pilotés à distance étaient-ils plus soucieux du droit international?), mais avec de plus grands risques.

**AUCUNE raison ne justifie, ce que les États-Unis(ou tout autre pays ou organisation) pratiquent comme agression unilatérale, et encore moins si on est la plus grande puissance du monde qui se targue de ‘répandre’ la ‘démocratie’ en tuant des dictateurs et en ne laissant sur place que désolation et guérilla.et pour beaucoup de dirigeants, la démocratie n’est qu’une dictature qu’ils réussiront bien à imposer le temps que leurs bons éléments soient en place

**C’est curieux comme, depuis fort longtemps, nous aimons (tous) à nous affranchir des Droits de l’homme pour (prétendons-nous) les défendre.

**Et, ah oui, les conflits « asymétrique », ça n’a rien de nouveau : la France (comme l’Angleterre) en a mené quasiment sans arrêt entre 1830 et 1962. On appelait ça des « pacifications », car, officiellement, ce n’était pas des guerres. Quoique quelques uns appelaient pourtant ça des « guerres coloniales », et on ne respectait aucun des Droits de l’homme non plus. Déjà.De toute façon, on les a perdues, nous aussi…

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*Ce n’est que le début… la « dronaïsation » du territoire américain s’accélère

les drones envahissent le ciel américain, après l’Irak et l’Afghanistan

*Utilisés par l’armée américaine dans ses guerres dans le monde arabe et musulman , les drones surveillent désormais aussi les citoyens américains, ce qui inquiète les défenseurs de la vie privée.

Demain, le futur ? Le ciel des Etats-Unis pourrait bientôt être envahi de dizaines de milliers de drones. 30 000 d’ici 2020. Leur mission : surveiller les citoyens américains.

On connaît les drones pour leur utilisation par l’armée américaine en territoire étranger. Des bombardements à la télécommande qui ont fait beaucoup de morts dits « collatéraux ».

Mais ils sont aussi utilisés dans le ciel américain. La police des frontières les utilisent depuis 2005 pour repérer les immigrants clandestins et le trafic de drogue entre les Etats-Unis et ses deux voisins, le Mexique et le Canada. A quelques reprises, et sous des conditions restreintes, le FBI (le Bureau fédéral d’investigation) et la DEA ( l’Agence de lutte contre les trafics de drogue) ont été autorisés à emprunter les robots volants de leurs collègues. En juin 2011, les forces de l’ordre du comté de Nelson (Dakota du Nord), procédaient à la première arrestation de citoyens américains assistée d’un drone.

Espions-robots

Ce n’est que le début… la « dronaïsation » du territoire s’accélère. En février de cette année, le congrès a voté une loi pressant l’Administration fédérale de l’aviation (la FAA) d’élargir les conditions de survol du territoire domestique aux drones. En plus de l’armée, le secteur privé et les agences civiles du gouvernement (au niveau fédéral, des Etats et local) seront autorisés à faire flotter les engins dans l’espace aérien américain.

Selon le Christian Science Monitor, il y aurait déjà plus de 110 bases d’activité pour les drones, actuelles ou en construction, dans 39 Etats. La Electronic Fontiere Fondation a établi une carte répertoriant les autorisations données, ou en attente, pour leur utilisation. Le pays entier est quadrillé.

D’un point de vue technologique, les drones sont de redoutables espions. De la taille d’un avion ou aussi petit qu’un colibri, ils peuvent être équipés de caméras infrarouges, de détecteurs de chaleur, de GPS, de détecteur de mouvement, d’un lecteur automatisé de plaque d’immatriculation et on leur prête un prochain système de reconnaissance faciale.

Le scénario de science-fiction ne fait pas sourire les défenseurs de la vie privée, qui s’inquiètent d’un « Etat de surveillance ».

Surveillance non-consensuelle

Dans son article sur l’imminente « attaque des drones » pour le Guardian, Naomie Wolf publie un document non-classifié de l’armée de l’air américaine, clarifiant les limites de la « surveillance dronaire ». On y apprend que les robots-espions ne pourront pas « mener de surveillance non-consensuelle sur des personnes américaines spécifiquement identifiées, sauf si approuvé expressément par la secrétaire à la Défense. »

Une bonne nouvelle… jusqu’à ce qu’on lise entre les lignes. Tout d’abord, cela veut dire que la surveillance contre leur gré des citoyens américains ne dépend que de l’approbation de la secrétaire à la Défense. Comme l’écrit Naomie Wolf :

« Le Pentagone peut désormais envoyer un drone domestique rôder autour de la fenêtre de votre appartement, recueillir des images de vous et de votre famille, si la secrétaire de la Défense l’approuve. »

Cela veut dire aussi que des personnes américaines non « spécifiquement identifiées » – « une détermination si vague qu’elle en perd son sens » – pourraient être surveillées à leur insu. Comme par exemple « un groupe de militants ou de manifestants », interprète l’auteure américaine.

La fin du 4e amendement

La surveillance des citoyens par les drones a déjà commencé. A titre d’entraînement. C’est ce qu’à découvert un journaliste du New York Times lors d’un reportage (en groupe) sur la « drone zone », une base d’entraînement pour les « pilotes » de drones.

« Cela n’a pris que quelques secondes pour comprendre exactement ce que nous regardions. Un véhicule blanc, roulant sur l’autoroute à côté de la base, arrivait dans le viseur au centre de l’écran et était traqué alors qu’il roulait vers le sud le long de la route déserte. Quand le véhicule sorti de l’image, le drone commença à suivre une autre voiture.

“ Attendez, vous vous entraînez à traquer l’ennemi en utilisant des voitures de civils ?”, demanda un journaliste . Un officier de l’armée de l’air répondit que ce n’était qu’une mission d’entraînement et le groupe (de journalistes, Ndlr) a été précipité hors de la pièce. »

Si les informations peuvent être collectées à l’insu des citoyens américains, sous des conditions vagues, que deviennent-elles ensuite ? Là encore, le document de l’armée de l’air réserve quelques surprises.

Il indique qu’en cas d’informations sur un citoyen américain « reçues par inadvertance », l’unité en question peut conserver ces informations jusqu’à 90 jours, pour déterminer si elles peuvent être gardées de façon permanente. « Ce qui en finit pour de bon avec le quatrième amendement », – amendement qui protège les citoyens américains contre les perquisitions et saisies non motivées et non justifiées –, juge Naomie Wolf.

1984

Les américains accueillent les drones avec méfiance. A la question « A quel point seriez vous inquiet si les forces de l’ordre américaine commençait à utiliser des drones avec des caméras haute technologie ? » posée lors d’un sondage réalisé par l’université de Monmouth, 42 % ont répondu qu’ils seraient « très inquiets ».

Ils s’opposent également en masse (67 %) à l’utilisation des drones lors de dépassement de vitesse. Ils sont cependant largement favorable à l’utilisation des robots pour contrôler l’immigration illégale, pour poursuivre des criminels ou encore pour des missions de recherche et de secours (respectivement 64 %, 67 % et 80 %).

Dans un article de la Stanford Law Review, le spécialiste de la vie privée et la robotique, Ryan Calo, s’excuse de l’inévitable référence au livre 1984 de George Orwell et écrit :

« Les citoyens ne bénéficient pas d’une intimité raisonnable en public, même pas sur les portions de leur propriété, visible depuis un lieu public. En 1986, la Cour Suprême n’a pas estimé qu’il s’agissait d’une fouille lorsque la police vola au dessus du jardin d’un suspect avec un avion privé. Quelques années plus tard, la Cour a accepté des preuves obtenues par un officier qui avait regardé depuis un trou dans le toit d’une serre depuis un hélicoptère. Ni la constitution, ni la “ common-law ” ne semblent interdire aux médias ou à la police de faire de la surveillance quotidienne avec des drones. »

*Rue89-29/12/2012

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*Entre la bombe humaine et le drone

Peut-on espérer pour demain un monde sans guerre ? Sans doute pas, tant la guerre reste une donnée constante de l’histoire humaine. Mais ici et ailleurs, elle devrait prendre de nouveaux visages…

Consultez le sommaire du magazine La guerre des origines à nos jours

Douze ans après le début de ce siècle, sommes-nous bien placés pour en deviner la suite en ce qui concerne la guerre ? L’exemple du siècle précédent n’est pas encourageant. Certes, en 1912, les nationalismes montaient, certains états-majors préparaient la guerre, et quelques auteurs prédisaient qu’elle serait funeste pour les vainqueurs comme pour les vaincus. Mais personne n’aurait pu prévoir les deux guerres mondiales, les totalitarismes, l’ère nucléaire, la guerre froide et sa fin, tandis qu’ailleurs guerres et révolutions continuaient de plus belle et entraînaient de nouveaux dangers : une grande puissance montante (la Chine) et un problème permanent, la prolifération nucléaire, se combinant avec une évolution économique, sociale et démographique génératrice de violence potentielle.

Pour prévoir l’avenir de la guerre, nous sommes à la fois mieux et plus mal placés qu’il y a un siècle. L’accélération des révolutions scientifiques et techniques et de leurs conséquences militaires, ainsi que celle de la globalisation économique, nous rend plus conscients de la difficulté de prévoir. Cependant, certains éléments nouveaux sont bien engagés depuis la fin du XXe siècle et nous permettent au moins d’identifier un certain nombre de changements décisifs.

Tout d’abord, le pouvoir souvent déclinant des États est remplacé moins par des institutions supranationales, ou par une « communauté internationale » mythique, que par des réseaux et des solidarités souvent sub- ou transétatiques, qui sont loin cependant de représenter un point de vue universel. De même, l’interaction stratégique et diplomatique des États est fortement influencée par l’interdépendance de leurs intérêts et par l’interpénétration de leurs sociétés, mais il s’agit là de facteurs de conflit autant que de coopération, surtout quand ils se combinent avec l’hétérogénéité des cultures et des situations. Nous sommes à une époque de déstructuration permanente et de restructurations successives, partielles et provisoires.

Il nous faut donc relativiser sinon rejeter les théories unilatérales et catégoriques sonnant le tocsin de « l’ensauvagement » du monde au XXIe siècle (1) ou, au contraire, s’efforçant de démontrer le déclin de la violence dans l’histoire (2). L’existence même des horreurs récentes montre bien l’importance des résistances au processus de civilisation cher à Norbert Elias. L’expérience du terrorisme apocalyptique nous enseigne également qu’il existe encore ou à nouveau des antagonismes absolus.

 Des guerres qui ne disent pas leur nom

La tendance des sociétés développées, industrielles et libérales, est d’accorder une place moins centrale à la guerre et à l’armée. À partir du moment où il ne s’agit plus principalement de défendre le territoire national contre une invasion militaire, le rôle de l’armée est moins évident. La dissuasion nucléaire est la posture idéale pour une société civile qui fait confiance à un équilibre fondé sur un mécanisme que, surtout en France, elle a tendance à considérer comme automatiquement assuré, et qui n’exige pas l’engagement ou le sacrifice personnel du citoyen. Après la fin de la guerre froide, de la défense du territoire et du service national dans la plupart des pays occidentaux, le lien entre armée et société s’est rompu.

Restent, d’une part, les guerres civiles ou d’indépendance liées à la fin des empires coloniaux et, d’autre part, les interventions extérieures déclenchées le plus souvent dans le cadre d’une alliance comme l’Otan ou du Conseil de sécurité de l’Onu. La Charte de l’Onu réserve ainsi à ce dernier le monopole de la violence légitime (jadis apanage de l’État moderne), sauf en cas de légitime défense, et encore provisoirement.

Les guerres postcoloniales des pays développés, même victorieuses sur le plan militaire, aboutissent à des défaites sur le plan politique, et souvent au sentiment chez les militaires d’être lâchés par l’arrière, d’où un autre fossé entre armée et société. Les guerres se nomment « interventions humanitaires » au nom du « droit d’ingérence » ou de la « responsabilité de protéger », mais aussi « opérations de stabilisation ou de pacification ». Délégitimée, la guerre n’ose plus dire son nom : les Américains parlent d’opérations autres que la guerre (operations other than war) et de conflits de « basse intensité ».

N’engageant pas le salut de la nation, la guerre n’est pas totale, et souvent l’effort de la puissance intervenante n’est pas à la hauteur du défi, ni en nombre d’hommes, ni en ressources, ni en soutien de sa propre opinion publique. Celle-ci se lasse vite à mesure que le succès se fait attendre et que d’autres crises surgissent. Ou elle s’insurge devant les bavures que la révolution des communications révèle aussi bien à la métropole qu’aux populations lointaines, qu’il s’agit de convertir ou de protéger.

Pour les adversaires locaux, il leur suffit de ne pas perdre, en se fondant dans un territoire qui leur est familier ou en déplaçant leur action dans d’autres contrées similaires, voire dans la métropole même de l’État intervenant. De nouveaux ou de très anciens personnages apparaissent ou refont surface – terroristes, pirates, trafiquants, kidnappeurs. Surtout, ce qui apparaît comme l’arme absolue, c’est la « bombe humaine », c’est-à-dire le terroriste qui ne peut être dissuadé ou acheté, car il appelle de ses vœux le suicide, annonciateur de l’apocalypse. « Celui qui ne tient pas à sa vie tient la tienne en otage », dit Sénèque. Du coup, la dissuasion, qui repose sur la crainte du suicide mutuel, se trouve dévalorisée dans l’esprit de ses fidèles, qui craignent, à tort jusqu’ici, que l’attaque suicidaire apocalyptique soit le fait d’États fanatiques comme d’individus et de groupes.

 Les petits conflits génèrent les grands

Pour Martin Van Creveld, théoricien fameux de la « transformation de la guerre », la prolifération nucléaire garantit la fin des grandes guerres, qui accompagne la fin ou la décomposition de l’État lui-même. Désormais, déclare-t-il, l’époque n’est plus aux guerres clausewitziennes, trop rationnelles, politiques et étatiques, mais aux conflits de basse intensité entre groupes sub- et transnationaux qui continuent à entretenir l’éternel instinct guerrier lié à la nature humaine (3).

Il se pourrait qu’il néglige le facteur technologique, par lequel les petits conflits peuvent devenir grands. Le progrès des moyens de destruction et leur accessibilité de plus en plus répandue, comme les progrès des moyens de communication facilitant la contagion, peuvent contribuer à cette escalade.

Si l’attentat suicide est l’arme absolue des fanatiques, des nihilistes ou des désespérés, les sociétés riches et individualistes, soucieuses de minimiser les risques et les sacrifices, recherchent l’arme absolue dans les progrès de la technologie militaire. Depuis la guerre du Viêtnam, une hubris technique s’est ainsi emparée des États-Unis, autour de l’utopie d’une supériorité leur permettant des interventions fulgurantes, aveuglant et paralysant l’adversaire, avec un minimum de victimes parmi les populations et encore moins parmi les combattants américains, tout en évitant l’enlisement au sol. L’objectif est d’obtenir des victoires initiales rapides, avant tout par l’arme aérienne.

Mais, lors des conflits afghans et irakiens, les résultats se sont fait attendre à mesure que les missions se prolongeaient et que leurs objectifs devenaient de plus en plus ambitieux : après les attentats du 11 septembre, l’administration Bush entendait bâtir des États (state-builing), voire des nations (nation-building), et y installer la démocratie et les droits humains. On assista alors à un curieux renversement, l’armée américaine se mettant à l’école des traditions coloniales françaises, s’inspirant désormais des colonels de la guerre d’Algérie comme David Galula (4). Il s’agissait de gagner le cœur des populations en les protégeant et en les isolant des insurgés, ce qui impliquait un rôle accru et nouveau pour l’armée de terre au détriment même de l’appui aérien. Et cela, au moins en Afghanistan, avec un nombre de troupes bien inférieur à celui de la France en Algérie et une absence de familiarité culturelle incomparablement plus grande.

Malgré plusieurs augmentations des troupes (les surges), impliquant un nombre croissant de mercenaires dont le comportement est loin d’obéir aux lois de la discipline et de l’honneur militaires, les États-Unis du président Barack Obama sont revenus à une stratégie antiterroriste plutôt qu’anti-insurrectionnelle, fondée sur la précision plutôt que sur le nombre, et centrée sur des assassinats ciblés. Ce qui est étonnant et porteur d’avenir, c’est l’intervention croissante et centrale des drones, avions sans pilotes téléguidés à des milliers de kilomètres de distance, observant et frappant des cibles individuelles.

 L’ère des drones

Commencé sous la présidence de George W. Bush, l’usage des drones s’est considérablement amplifié sous Obama. C’est devenu le centre de sa stratégie et comme sa marque de fabrique. Des fuites ont montré qu’il sélectionnait lui-même les cibles de ces drones. Le repérage et le lancement eux-mêmes relèvent de la CIA autant que de branches de l’armée comme la marine. Mais la notion même d’armée perd beaucoup de sa signification, ainsi que celle de contrôle parlementaire et judiciaire des activités militaires, ou la distinction du public et du privé, du collectif et de l’individuel.

En un sens, le drone est le contraire absolu de la bombe humaine : dans les deux cas, la notion de risque partagé, centrale pour la conception classique de la guerre, est éliminée. Dans un cas, elle est remplacée par la certitude de la mort recherchée, dans l’autre elle ne se pose pas puisqu’il s’agit d’un objet inanimé, même s’il est doué d’une capacité d’autoguidage. On peut remarquer cependant une inquiétante parenté entre certains auteurs d’attentats suicide (comme ceux de Mumbay, dont tous les mouvements étaient dictés et exécutés quasi automatiquement) et le robot préprogrammé. L’image inversée de la bombe humaine est celle du « guerrier de bureau » qui, après un déjeuner en famille, envoie quelques drones à des milliers de kilomètres et retourne chez lui le soir pour dire bonne nuit à ses enfants.

L’ombre des robots, terrestres ou marins, qui ont déjà commencé à opérer, notamment pour les déminages, se profile à l’horizon. De même, celle des combinaisons, chères à la science-fiction, entre l’humain et le robot, par exemple par des implants, qui évoque également les possibilités de manipulation génétique. Les ingénieurs comme les auteurs de science-fiction imaginent des guerres de drones contre drones, ou de robots contre robots, qui commenceraient sous direction humaine, mais dont celle-ci perdrait le contrôle.

 Cyberguerres

Une autre dimension révolutionnaire qui s’impose dans le débat stratégique est celle de la cyberguerre. Là encore, un progrès qualitatif de la communication à distance et du calcul peut se transformer en arme de destruction, par exemple en bloquant le fonctionnement de tout un pays.

Si l’hypothèse de cyberguerres globales est aujourd’hui écartée, l’espionnage et le sabotage cybernétiques sont des réalités quotidiennes. Le blocage des ordinateurs estoniens par la Russie, les intrusions chinoises dans le cloud  de Google, voire dans les ordinateurs du Pentagone, les attaques américano-israéliennes par virus contre les centrifugeuses iraniennes ne sont que le sommet de l’iceberg. Une caractéristique commune des drones et des attaques cybernétiques est leur caractère anonyme. On a la certitude que ces dernières ont pour origine parfois des États, parfois des individus et des groupes, que les uns se cachent derrière les autres et réciproquement, ce qui entraîne les possibilités de guerre par accident ou par provocation volontaire d’un tiers. Il y en a deux autres : d’une part, si la grande vertu des deux est la précision, le risque de dommages collatéraux n’en est pas moins très élevé : les virus destinés à l’Iran ont par exemple infecté nombre d’ordinateurs occidentaux. D’autre part, l’origine ambiguë et souvent secrète de leur action rend extrêmement difficile de la limiter, de la contrôler, ou de la réglementer. L’autorité des États à l’intérieur et leur confiance réciproque s’en trouvent gravement affectées. Les États-Unis ont dans une certaine mesure l’initiative et sans doute une avance dans les deux domaines. La Chine est pourtant extrêmement active sur le plan de la compétition et de l’intrusion cybernétique. 
En grande partie, les efforts et les progrès américains ou israéliens sont « une réponse asymétrique à une situation asymétrique » créée par le succès des attentats suicide et plus généralement par le terrorisme. Mais cette asymétrie pourrait bien se réduire. Les avances technologiques ne sont jamais définitives et certains regrettent que les États-Unis, en donnant l’exemple, encouragent d’autres États, d’autres groupes, voire d’autres individus à les suivre. Israël a été le premier pays à utiliser des drones, le Hezbollah le premier groupe non étatique à en faire autant. Au bout de la logique de ces instruments, on aurait la vision de Francis Fukuyama, qui a construit son propre drone et qui prévoit que, dans un avenir où les drones auront la taille de guêpes, des individus pourront les lancer sur des ennemis lointains. Ce serait un retour à la guerre hobbesienne de tous contre tous (5).

Technologie et fanatisme

L’unité de l’ensemble nation-État-gouvernement-armée-citoyens est en tout cas gravement mise en cause par ces évolutions de la guerre. De l’individu à la planète, la multiplicité des acteurs et des victimes de la violence risque d’entretenir une incertitude et une méfiance qui encourageraient la paranoïa. Cela ne veut pas dire que les grandes guerres entre puissances sont devenues impossibles : entre la Chine et les États-Unis, une course aux armements des plus classiques est visiblement en cours. Mais il suffit de lire La Guerre hors limites, ouvrage de deux stratèges chinois, pour deviner la multiplicité de ses formes, incluant des domaines apparemment civils ou privés (6).

Le danger le plus fondamental reste celui de la dialectique et éventuellement l’union, selon la formule pour une fois heureuse de G.W. Bush, de la technologie et du fanatisme. Platon disait que les cités seraient bien gouvernées quand les philosophes deviendraient rois et les rois philosophes. On pourrait dire que l’humanité sera en proie à des guerres catastrophiques lorsque les fanatiques seront devenus maîtres de la technologie et que les maîtres de la technologie seront devenus fanatiques. Espérons que ce cauchemar restera aussi improbable que le rêve de Platon.*Pierre Hassner-scienceshumaines.com-03/12/2012-Pierre Hassner: Directeur de recherches émérite au Centre d’études et de recherches internationales (Ceri/IEP-Paris). Auteur notamment de La Violence et la Paix, 2 vol., Seuil, 1995-2003.

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Des drones dans le ciel européen en 2016 ?

Pendant qu’elle occupait l’attention des médias – forcément moins attentifs en période de trêve estivale – avec les solutions aberrantes qu’elle persiste à préconiser contre la crise financière qui perdure, la Commission Européenne s’employait beaucoup plus discrètement cela va sans dire, à faire avancer les réflexions sur un sujet nettement moins consensuel : les systèmes de pilotage d’avions à distance (ou RPAS pour Remotely Piloted Air Systems) autrement dit, les drones.

Le sujet fait déjà débat aux USA où le Président Obama, en difficulté dans les sondages, a exigé lors du vote du budget de la FAA (Federal Aviation Agency) que l’espace aérien américain soit ouvert aux drones dès 2015.

La polémique prend de l’ampleur outre-Atlantique dans la mesure où les drones militaires de l’Oncle Sam sont déjà utilisés à l’étranger pour éliminer sans procès inutile les ennemis présumés des USA, même s’ils sont citoyens américains, dès lors que leurs noms figurent sur la « Killing List » présidentielle.

Un monstre du Loch Ness administratif ouvertement évoqué par William Daley Chef de Cabinet d’Obama en 2011 et Dennis Blair Directeur du Renseignement Intérieur, et auquel Obama, récemment interrogé par un journaliste de Fox News dans le cadre de l’émission « Reality Check » et manifestement très mal à l’aise, a fait allusion de manière assez sibylline (« …D’abord, cela repose sur des rapports émis par les médias que je n’ai jamais personnellement confirmés et je n’ai pas pour habitude de traiter des questions de sécurité nationale de cette façon ») avant de faire volte face et d’en confirmer virtuellement l’existence en indiquant que « plus largement, notre objectif est de nous concentrer sur Al Qaida… » …

On ne savait l’Union Européenne tourmentée à ce point par l’ennemi intérieur yankee pour partager ses vieux démons, ayant revêtu de beaux costumes civils dans le cas européen. Les Indignés qui manifestent un peu partout sur le vieux continent contre les mesures d’austérité prônées par la bureaucratie bruxelloise dont la légitimité démocratique n’a jamais été la qualité dominante, seraient donc bien avisés de se pencher sur le document « de travail »  publié ce 4 septembre par la Commission, sobrement intitulé « vers une stratégie européenne pour le développement d’applications civiles des Systèmes de Pilotage d’Avions à Distance (RPAS) ». Bakchich-12/09/2012

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