L’ image du prince

 «je suis président des bisous»

Les hommes politiques sont de moins en moins des politiques et de plus en plus des saltimbanques. Sans projet, se hâtant d’oublier leurs promesses dès qu’ils sont élus, ils n’ont qu’un souci : se faire aimer – et réélire.

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«Conforter la belle image que le prince a de lui-même et la mettre au service de ses intérêts personnels.»

«Avec Yvonne, c’est du sérieux !» ? Ou bien, lors d’un meeting électoral, se trémoussant et chantonnant Les feuilles d’automne, qui tournent dans le vent… ?  De Sarkozy à Jospin, de Hollande à Obama ou à Xi Jinping, les hommes politiques sont de moins en moins des politiques et de plus en plus des saltimbanques. Sans projet, se hâtant d’oublier leurs promesses dès qu’ils sont élus, ils n’ont qu’un souci : se faire aimer – et réélire.

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Cette obsession, Michel Schneider, écrivain et psychanalyste, l’analyse avec brio dans un essai, Miroirs des princes, l’un des ouvrages les plus lucides, les plus féroces, qu’on ait écrit depuis longtemps sur le personnel politique international. Il y eut un temps, de l’Antiquité au Moyen-Âge, où les princes accueillaient avec intérêt les manuels que des clercs rédigeaient à leur intention et qui leur suggéraient comment gérer au mieux la cité. «Les miroirs d’aujourd’hui, écrit Michel Schneider, sont des écrans. Ils s’appellent télévision, facebook, Twitter.» Leur
fonction ? «Conforter la belle image que le prince a de lui-même et la mettre au service de ses intérêts personnels.»

Sans pouvoirs réels face aux marchés qui décident des choix économiques et politiques des Etats, les dirigeants n’ont désormais qu’un seul programme à vendre – eux-mêmes. Cédant tous au «vertige de Narcisse», «ils ne politiquent pas, ils communiquent», et sur leur personne d’abord, sinon exclusivement : de leur enfance, de leurs amours, de leurs blessures, de leur compagne, les citoyens savent quasiment tout. Leur moi s’exhibe en permanence, qu’il s’agisse de leur taille – «je mesure 1m74, je pèse 79 kg» – (Mélenchon), de leur famille,  de leurs petits-enfants, qu’ils exposent dans Paris-Match, de leurs occupations domestiques – l’un d’eux se montre lavant la vaisselle –, de leur accouchement (Ségolène Royal), de leurs capacités musicales – presque tous disent leur «passion» pour la musique, citent leur chanson préférée – pour F. Hollande, Avec le temps, de Léo Ferré – et jouent éventuellement de l’accordéon lors d’une interview.

Leur exhibitionnisme ne connaît aucune limite : «Depuis une vingtaine d’années, écrit M. Schneider, toutes les grandes démocraties sont marquées (…) par l’abolition de la frontière entre public et privé. La présidence de Sarkozy ne fut pas un cas isolé : Clinton, Blair, Schröder ou Berlusconi se sont tous prêtés au jeu délétère d’exposer leur vie privée au regard du public.» Tous tiennent à se montrer avec leur femme, qui n’hésite pas à souligner leur «bonté», leur «désintéressement» (sic). Sylviane Jospin se réjouit que «Lionel» ait vraiment adopté son jeune beau-fils, «Lionel», en écho, nous apprend qu’il ne serait pas autant attaché à Sylviane «si elle n’avait su (lui) faire de bonnes purées».

L’épouse de J. Chirac évoque leur souffrance devant la maladie de leur fille aînée, Valérie Trierweiler raconte que F. Hollande adore les hamburgers et lui demande en public : «Embrasse-moi sur la bouche.» Familialisme tous azimuts : Barak Obama ne manque jamais une occasion d’apparaître entouré de sa femme et de leurs enfants ; Hugo Chavez décline, dans une allocution, l’amour qu’il porte à tous les membres de sa famille, qu’il cite, et l’ex-président chinois Wen Jibao  apparaît «vêtu d’un tablier vert pomme, farcissant des petits pains à la vapeur à côté de trois paysannes joviales». «La politique, constate Michel Schneider, était naguère une scène : meetings, estrades, arène du Parlement. Elle est devenue une loge de maquillage».

L’omniprésence de la vie privée dans la sphère publique a pour conséquence le dépérissement du politique. La plupart des responsables ne sont porteurs d’aucune vision d’avenir, d’aucun «projet», ils n’ont guère d’idées, sinon débiles et de basse police, telles que celles de Manuel Valls sur les Roms, et leur langage est fréquemment incorrect : platitudes, fautes grammaticales, style insipide abondent dans leurs interventions. Faute d’avoir un projet, ils s’exhibent. Pour se vendre, ils ont un besoin absolu et continu des «médiatiques», communicants et journalistes, qui les mettent en valeur et leur donnent «le sentiment trompeur, mais infiniment démultiplié, d’exister pour de vrai». Le temps n’est plus des plumes assassines et des voix vengeresses : à force de fréquenter les politiques et de recevoir des «confidences» – «en off, bien sûr » -, bien des journalistes se sentent valorisés et perdent leur esprit critique.

Sans être nécessairement serviles, leur plume perd de sa pertinence : s’abstenant de juger, ils se contentent de rapporter. Et se croient «objectifs». La plupart des médias les incitent également à la plus grande «neutralité» : l’existence d’un journal, le maintien d’une émission dépendent de leurs actionnaires, des publicitaires et des aides de l’Etat – 20% de leur chiffre d’affaires. Soucieux de ne pas déplaire à ceux qui les financent comme à ceux qui les lisent, les regardent ou les écoutent, les médias ont comme premier objectif de satisfaire l’exhibitionnisme des dominants et le voyeurisme des dominés.*La chronique de Maurice Tarik Maschino*El Watan-07.11.2013

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**En France, sur les murs des écoles primaires et des mairies, dans un cadre de taille modeste, apparaît le président de la République debout devant une bibliothèque regardant de face le citoyen. Depuis la IIIe République, les présidents se succèdent mais l’image demeure fidèlement accrochée, et souvent avec le même décor et la même pose fixe, projetant l’image de la durabilité des institutions dont il constituerait l’incarnation.

Cette représentation du président, loin d’être une invention de la IIIe République, soucieuse de consolider l’attachement symbo-lique à un mode de gouvernement1, s’enracine dans la longue tradition du portrait d’Etat dont celui de Louis XIV par Hyacinthe Rigaud constitue l’apogée et l’archétype.

Au-delà de leur vertu pédagogique, ces images du président – et originellement du roi – s’avèrent de précieux instruments de pouvoir et de légitimation dont les enjeux et les usages ne seront véritablement perçus qu’au début du XVIe siècle. L’époque moderne constitue en effet un tournant dans le recours systématique à l’image par les souverains, qu’il s’agisse de la France ou de l’Allemagne.

*source: socio-anthropologie.revues.org

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**Quand les élus soignent  leur image

On se souvient tous du changement de look de Ségolène Royal, du régime de François Hollande, du col Mao de François Fillon ou des lunettes rouges, puis vertes d’Eva Joly. Les politiques travaillent leur image, mais point n’est besoin d’être président de la République ou membre du gouvernement pour vouloir faire de l’effet par l’apparence.

Qu’ils soient maires de petites communes ou conseillers municipaux, la question de l’image les taraude aussi.      

Réunis à l’occasion du congrès des maires des Yvelines, qui s’est déroulé aux Pyramides, maires, adjoints et conseillers municipaux se sont laissés tenter par l’atelier « valoriser son capital image ». « Bien sûr que j’accorde de l’importance à l’image que je renvoie à mes concitoyens », lâche Jean-Luis Flores, maire (SE) de Boinville-le-Gaillard, petite commune du Sud-Yvelines de 600 habitants. Il faisait partie de la trentaine de participants à cette formation encadrée par Catherine Sexton, coach professionnel, et Joséphine Kollmannsberger, formatrice d’acteurs.Les deux femmes, vêtues de noir et blanc, couleurs sobres et sérieuses, questionnent l’auditoire : « Quel est votre atout séduction? » « Le sourire », s’exclament la plupart d’entre eux. « Si je porte ce gilet coloré et ce béret rouge, quelle image avez-vous de moi? Me prendriez-vous autant au sérieux? » poursuit Joséphine Kollmannsberger. « Vous pourriez être adjointe à la culture! » répond immédiatement un des adjoints présents. « Ça tombe bien, je suis adjointe au maire de Plaisir, déléguée à la vie culturelle! »Si des ateliers de ce type attirent autant de monde, c’est parce que tous les élus s’accordent à dire que les gens font plus attention à la forme des annonces qu’au fond. Mais ils ne veulent pas pour autant passer par la case « relooking » ou se fondre dans le « discours politique formaté ». « Il faut que le paraître corresponde à l’être, mais il faut que nos administrés soient fiers de nous », conclut Laurent Richard (UMP), maire de Maule.*Le Parisien-le 16.10.2012

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