Mer Rouge,Yémen,Pays du Golfe

**Les impacts géostratégiques et économiques du conflit au Yémen

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Selon les observateurs internationaux, après le Liban, l’Irak, la bande de Gaza, la Tunisie, la Libye et la Syrie, sans oublier l’Afrique  avec les tensions au Sahel et le groupe Boko Haram qui multiple les attaques au Nigéria et dans les pays voisins, nécessitant une  coopération étroite  de la communauté internationale  et nécessitant  l’engagement des Etats menacés  qui doivent avoir plus de moralité  pour contrecarrer les menaces, le Yémen entre à son tour dans la tourmente  régionale pas tant motivée par des raisons religieuses que par la  suprématie géopolitique au niveau d’une région très sensible carrefour du monde. A l’issue  du sommet de la ligue arabe, le 29 mars 2015, les  chefs d’Etat de la Ligue arabe ont annoncé le 29 mars 2015 leur intention de créer une force militaire conjointe pour combattre les « groupes terroristes », notamment l’Etat islamique (EI), se donnant quatre mois pour s’accorder sur ses modalités et sa composition. D’une manière générale, n’est ce pas la mise en opération de la théorie du chaos (bouleversement systémique par des chocs externes pour aboutir à un  nouvel équilibre à terme) de la stratégie américaine au Moyen Orient, stratégie cristallisée à travers le Grand MO  que je développerai dans une prochaine contribution. L’objet de cette présente contribution est d’analyser l’impact des tensions au Yémen, tant sur le plan géostratégique que sur l’évolution des cours du pétrole qui a été clôturé le 27 mars 2015 à 56,41 dollars le baril  contre 59,19 la veille.

1.-Situation socio-économique du Yémen

Le Yémen, avec la proclamation de la République unifiée  en 1990,  avec la capitale Sanaa , les autres populations étant concentrées  principalement à Aden, Taëz, Hodeïdah, Mukalla  occupe le sud de la péninsule Arabique étant entouré à l’ouest par la mer Rouge, au Sud par le Golfe d’Aden, et par la mer d’Oman, à l’est par le Sultanat d’Oman (frontière de 288 km)   et au nord par le Royaume d’Arabie Saoudite (frontière de 1 458 km) , quelques kilomètres  le séparant de Djibouti   et de l’Erythrée. Il occupe une  superficie de  527 970 km², inclus les  iles  de Perim  et l’archipel de Socotra et la  population au 01 janvier 2013 était estimée à environ 25 millions d’habitants, 60% à 75% de sunnites de rite Chaféite, 25% à 40% de chiites Zaïdites (nord du pays). Malgré ses richesses naturelles, avec un climat aride, c’est un pays très pauvre. Outre un pays où la sécurité et la stabilité restent les deux préoccupations majeures, il est caractérisé par un faible taux de scolarisation, une malnutrition chronique et une absence d’accès à l’eau potable pour près d’un tiers de la population. Selon l’ONU, le nombre de personnes vivant en deçà du seuil de pauvreté serait passé de 42% de la population en 2009 à 54,5% de la population en 2012,  61% des enfants souffrant de malnutrition (au lieu de 58% en 2006) et que 45% de la population se trouve en situation d’insécurité alimentaire (au lieu de 32% en 2009). Le produit intérieur brut est estimé au 01 janvier 2013 à 36,35 milliards de dollars ( agriculture et pêche, 7.9% , industrie en majorité petites PMI/PME : 40.6%, services : 51.5%%), le PIB par habitant de 1470 dollars , le taux de chômage officiel de 17% mais selon le FMI et la banque mondiale de 40% et  l’indice du PNUD le donne pour la même date au 154 ème position sur 187 pays. Le taux d’inflation dépasse  les 12% et le taux de change flottant depuis juillet 1996, en 2013 un  euro dépassait les 280 rials  yéménites, et la dette publique par rapport au PIB avoisine les 50%. Le secteur pétrolier (entre 100.00 et 150.000 barils jour)  représente 90 % des recettes d’exportation et 65% des recettes budgétaires de l’Etat en 2012. Les revenus pétroliers se sont chiffrés à 1,673 milliards de dollars en 2014, contre 2,662 mds USD en 2013, selon  la Banque centrale dans un rapport publié par l’agence officielle Saba, ayant  baissé d’environ 37% en un an, les raisons principales étant la chute des capacités de production au Yémen, la baisse des prix du pétrole, ainsi que les attaques contre des oléoducs reliant les champs pétrolifères de la région de Maarib à la zone côtière d’Hodeida. Rappelons que le Yémen a obtenu, en août 2014, un prêt de trois ans du FMI, au titre d’une Facilité élargie de crédit d’un montant de 560 millions de dollars et  les « Amis du Yémen » se sont également engagés à apporter une importante aide financière au pays, qui devait atteindre avant les  événements récents a environ 8 milliards de dollars, dont la plus importante est celle de l’Arabie saoudite de 2 milliards de dollars.

2.- Les événements  du  Yémen et le cours du pétrole

Les cours après avoir retombés le 26  mars 2015 après l’attaque contre le Yémen sont repartis à la baisse le 27 mars 2015 car les fondamentaux n’ont pas changé et le rapport sur l’état des stocks de brut aux Etats-Unis a affiché en mars 2015 une progression bien supérieure aux attentes. Comme cela s’est passé et qui se passe en Libye l’offensive de l’EIIL en Irak et Syrie n’a pas affecté la capacité d’exportation du brut irakien, les exportations se faisant uniquement au sud du pays, par les ports pétroliers de Bassora et de Khor Al-Amya, sur le golfe Persique, ou par ses terminaux offshore, la  seconde voie d’exportation, l’oléoduc qui relie Kirkouk au port turc de Ceyhan, étant très peu  plus utilisée du fait de la multiplication des attentats et des actes de sabotageAvec 3,4 millions de barils par jour, dont 2,5 millions à l’exportation, l’Irak est devenue le deuxième producteur mondial au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), derrière l’Arabie saoudite, les ventes de brut représentant plus de 75 % de son PIB et plus de 90 % des revenus de l’Etat irakien. Tout en rappelant que  l’EIIL contrôle certaines zones pétrolières et gazetières en Irak et Syrie lui permettant selon certaines estimations un revenu de plus d’un million de dollar par  jour, vente au noir et en destination notamment de la Turquie à un baril entre 30/40 dollars. Il en est de même, pour les affrontements au Yémen ont eu un impact limité sur les cours du pétrole. Car il faut tenir compte des  enjeux géostratégiques, (tension avec la Russie , cas Ukraine, négociation avec l’Iran ), des facteurs économiques ( déséquilibre entre l’offre et la demande  du fait des mutations économiques et énergétiques mondiales),  la faible croissance d e l’économie mondiale, notamment des pays émergents, la forte production  tant de la Russie, des USA  et de la majorité  des pays OPEP ( représentant que 33% de la part commercialisée mondiale)  et hors OPEP,  malgré les déclarations officielles -augmentation de la production physique- pour parer à la baisse des prix. Ainsi , le cours du WIT  48,83 en baisse  de 2,5 dollars par rapport au 26/03/2015, celui du Brent  56,41 une baisse de 2,78 dollars par rapport au 26/03/2015 , le cours de l’or étant coté à 1999 dollars l’once et le cours de l’euro  qui a approché étant coté à 1,088 soit une hausse de  près de 4%,par rapport aux jours précédents, haussant le cours du WIT et du Brent qui avec 1,05 dollar un euro serait coté encore plus bas.  D’ailleurs le récent conflit au Yémen bien qu’étant à court terme peu touchés du fait de la faiblesse de leur population  et  également d’importantes  réserves de change en plus  dont des fonds souverains qui leur procurent d’autres ressources, peut pousser l’Arabie Saoudite ( et également pour affaiblir l’Iran)  et les pays du Golfe qui totalisent  plus de 60% de la part commercialisée OPEP , pour l’effort de guerre  à accroître  la production  et dans ce cas permettre   un cours inférieur à 60 dollars le baril.

 3.- Le Yémen et les  enjeux géostratégiques

Mais le conflit au Yémen pourrait influer davantage sur le secteur car le Yémen contrôle l’accès au stratégique détroit de Bab-el-Mandeb. Le détroit de Bab-el-Mandeb, qui sépare le Yémen et Djibouti, est l’une des voies maritimes les plus stratégiques de la planète, carrefour entre l’Asie, l’Europe les Etats Unis. Situé entre la mer Rouge et le golfe d’Aden, près de 40% du trafic maritime mondial le détroit de Bab el-Mandeb fait tout l’intérêt de Djibouti, où la France, les États-Unis et le Japon disposent de moyens militaires, et où la Chine et la Russie cherchent à s’y implanter. Reliant le Golfe d’Aden et la mer Rouge et conduisant au canal de Suez, il est vital pour l’approvisionnement en hydrocarbures. Près de quatre millions de barils, à destination de l’Europe, des Etats Unis et de l’Asie transitent en effet tous les jours par ce détroit, qui relie le golfe d’Aden et la mer Rouge. Car le  contrôle des espaces stratégiques notamment maritimes a souvent été une des clés de la puissance. Dans l’Antiquité, il s’agissait du contrôle de la Méditerranée. Depuis l’époque moderne, la domination des mers conduit à la puissance. On parle ainsi de « thalassocratie » (thalassa = « mer » en grec) pour l’Empire britannique au début du xxe siècle. Aujourd’hui, les 70 % de la surface du globe recouverts de mers et d’océans constituent un enjeu majeur. Ces espaces sont à la fois des lieux d’échange et des lieux où les États affirment leur puissance.  L’Arabie Saoudite est le principal État côtier du Golfe d’Aden.   A ce titre, une éventuelle prise de contrôle du détroit  de Bab al-Mandeb    par les miliciens chiites houthis rallongerait les temps de transit sans toutefois interrompre les approvisionnements, les tankers pétroliers se voyant alors contraints de faire le tour de l’Afrique. L’US Government Energy Information Agency déclare ainsi que «  la fermeture de Bab el-Mandeb empêcherait les pétroliers venant du Golfe Persique d’atteindre le Canal de Suez et le complexe du pipeline de Sumed, les forçant à contourner la pointe sud de l’Afrique. Le détroit de Bab el-Mandeb est un goulet d’étranglement entre la Corne de l’Afrique et le Moyen-Orient et un lien stratégique entre la Mer Méditerranée et l’Océan Indien.  » L’Iran contrôle déjà le détroit d’Ormuz, par lequel transitent 40% du trafic pétrolier mondial, d’où son importance stratégique et l’Occident ne tolérait pas que via les miliciens chiites Houthis, que le régime iranien, contrôle le pouvoir au Yémen dont encore le détroit de Bab el-Mandeb situé entre la mer Rouge et le golfe d’Aden. L’Arabie Saoudite craint de voir ses exportations de pétrole vers l’Asie bloquées mais touchant également les intérêts de  l’Égypte étant donné qu’il donne accès au Canal de Suez, ainsi qu’Israël, qui, avec Eilat, dispose d’un port donnant sur la mer Rouge ainsi que pour l’Arabie.

4.- Les évènements au Yémen : peu d’impacts sur les  cours du pétrole

Dans ce cadre, l’opération militaire menée par l’Arabie saoudite au Yémen a mobilisé 150.000 militaires et 100 avions de combat avec  une coalition : les Emirats arabes unis avec 30 avions de combat, Bahreïn et Koweït 15 appareils chacun et le Qatar 10. Ces monarchies arabes du golfe Persique, voisines du Yémen, ont reçu le soutien d’autres pays sunnites, alliés de l’Arabie Saoudite : l’Egypte avec quatre navires de guerre pour sécuriser le golfe d’Aden, la Jordanie, le Soudan, le Maroc, le Pakistan et également le soutien logistique du Soudan, de la  Turquie, des USA et de l’Union européenne. C’est dans ce cadre que l’Egypte a abrité le 28 mars 2015  le sommet annuel de la Ligue arabe, à Charm El-Cheikh qui  a été dominé par le projet de création d’une force militaire arabe commune. A ce sommet le 29 mars 2015, les  chefs d’Etats de la Ligue arabe ont annoncé leur intention de créer une force militaire conjointe pour combattre les « groupes terroristes », notamment l’Etat islamique (EI), se donnant quatre mois pour s’accorder sur ses modalités et sa composition Certains pays, une minorité au niveau de la ligue arabe ont émis des réserves. L’Algérie selon la voix officielle ne saurait faire intervenir son armée en dehors de ses frontières, pouvant contribuer pour la formation militaire,  financièrement et logistiquement dans certaines conditions, privilégiant la solution politique. Mais contrairement à certains soi-disant experts au lendemain  des événements au Yémen, dans la précipitation, ne maîtrisant pas le sujet, et induisant en erreur l’opinion algérienne, qui annonçaient une forte reprise des cours du pétrole, les cours de brut (le prix du gaz étant indexé sur celui du pétrole ), comme le montre les cours boursiers en repli 24h après  les événements, ne devraient bénéficier que d’un coup de pouce temporaire, avant d’être à nouveau plombés par la situation de déséquilibre entre une offre excessive et une croissance économique mondiale en berne. Pour l’année 2015, en moyenne annuelle, le cours  devrait se situer entre une fourchette large de 55/65 dollars le Brent  et 45/55 dollars le WIT, donnant un chiffre d’affaires à Sonatrach d’environ 35 milliards de dollars et un  profit net après déduction des charges d’environ 26 milliards de dollars. Elle devra  puiser dans les réserves de change si elle veut réaliser le programme d’investissement annoncé de 100 milliards de dollars entre 2014/2020. Et se pose la question, quelle sera la rentabilité au vu des coûts et du vecteur prix international ? Sur le plan géostratégique, l’Iran présent à Lausanne dans le cadre des négociations sur le nucléaire qui doivent s’achever avant mardi 31 mars 2015, a mis en garde contre une escalade militaire tout en assurant que les événements en cours n’auraient aucune répercussion sur la question nucléaire. Car l’Iran du fait de fortes pressions de forces sociales et politiques internes souhaite la levée de l’embargo et la reconstruction son économie largement dévastée. Par ailleurs, si l’insurrection des Houthis chiites est soutenue indirectement par Téhéran, il faut différencier les Chiites en quatre branches  dont les Imamites majoritaires en Iran, les Zeidites du fait que si 70% de la population yéménite est sunnite et à 30% zaïdite, une branche du chiisme, la secte Houthie ne représente que 8% de ces Zaïdites, surtout présents dans le Nord du pays. Aussi, avec une nouvelle carte géostratégique qui se dessine au Moyen Orient, également en Afrique du Nord et en Afrique noire, la Russie et la Chine étant également présents,  l’Iran pourtant acteur stratégique incontournable,  est affaibli économiquement,  avec une dette publique en croissance. Elle  a des  potentialités avec une importante élite (la ressource humaine facteur stratégique) , plus de 15% des réserves mondiales de gaz traditionnel, pouvant produire plus de 4/5 millions de barils jour de pétrole  fonctionnant sur la base d’un cours de plus de 120 dollars le baril. Avec la chute des cours  et l’embargo, l’Iran  sera appelé à des compromis. Car, si l’Arabie saoudite peut  s’accommoder des prix bas du baril, Téhéran n’a probablement pas envie de se voir entraîner dans un conflit militaire coûteuxD’autant plus que selon bon  nombre d’experts militaires, le Yémen, à l’extrémité de la péninsule arabique et chasse gardée de l’Arabie saoudite via les USA, n’est pas une priorité stratégique pour Téhéran, bien moins en tout cas que l’Irak ou la Syrie, où  l’Iran est un acteur majeur des crises en cours. ademmmebtoul@gmail.com

Professeur des universités, expert international, Dr Abderrahmane MEBTOUL

Professeur des universités, docteur d’Etat (1974) expert international en management stratégique, auteurs de plusieurs contributions internationales –  et membre de plusieurs organisations internationales  spécialisées dans la géostratégie.

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*Intox et désinformation pour induire en erreur

Un activiste algérien connu pour sa haine de l’Algérie a été convoqué pour les besoins de la campagne.

Intox et bataille médiatique

L’offensive arabo-occidentale contre les Houtis au Yémen, avec en sous-main la constitution d’une force arabe d’intervention, a constitué le sujet-phare du dernier Sommet de la Ligue arabe. La position de l’Algérie qui milite pour une solution négociée au problème n’arrange pas la coalition constituée essentiellement de monarchies arabes du Moyen-Orient plus le Maroc, soutenue par les Etats-Unis et la France. La salve des critiques arabes n’est pas frontale, les gouvernements ne pouvant obliger l’Algérie à changer de doctrine sur la question de l’intervention en dehors de ses frontières. La mission de «confondre» l’Algérie est, de fait, laissée aux médias de la région qui n’hésitent pas à trouver «quelques contradictions» entre la position officielle de l’Algérie et son appartenance à la «grande famille sunnite». les propos ne sont pas ainsi formulés, mais cette insistance à évoquer le danger chiite, en mettant en avant les déclarations des partis islamistes algériens, participent d’une volonté à induire l’opinion algérienne en erreur, en voulant faire accroire que l’intérêt de la société algérienne est dans la défaite de l’islam chiite, considéré par les monarchies du Golfe comme plus périlleux pour la survie de la nation musulmane qu’Israël. Le discours de ces médias est très insidieux et joue sur les confusions ethnique, religieuse et géostratégique.

La désinformation comme arme
L’Iran est ainsi décrit comme une puissance malfaisante qui tente de placer ses pions dans tout le monde islamique. Sans le dire ouvertement, les experts invités par les médias moyen-orientaux à s’exprimer sur les enjeux que présente la situation du Yémen insistent lourdement sur la nécessité de l’union arabe contre les Houtis. L’Algérie étant la seule voix discordante dans le concert arabe, est pointée du doigt et accusée, à défaut de faire le jeu des chiites, au mieux de neutralité négative dans le conflit qui fait rage au Yémen. Les explications de certaines émissions vont plus loin que la seule critique et tentent de trouver des interlocuteurs algériens pour appuyer la thèse d’un islam sunnite, mis à mal par l’hégémonie du chiisme, en Algérie même. Les commentateurs «politiques» de ces chaînes ne s’embarrassent pas de citer des formations politiques algériennes d’obédience islamiste qui seraient contre l’option de non-intervention choisie par les autorités officielles du pays. Les commentaires vont bon train et il semble que la campagne n’est qu’à ses débuts.
Ces médias prennent la chose très au sérieux. On en a pour preuve, la convocation pour les besoins de ladite campagne de l’activiste Anouar Malek. Ce dernier a tenté de marquer son allégeance aux puissances de la région, en tirant à boulets rouges sur l’Algérie. «Cette décision de l’Algérie de s’opposer au consensus arabe aura des conséquences néfastes sur la place de l’Algérie sur les scènes arabe et internationale», lance ce défenseur des thèses fissites sur un plateau de télévision. Ce genre d’intervention vise à «mobiliser» l’opinion islamiste algérienne et la montée contre l’idéologie chiite. Il faut dire que le courant salafiste algérien, qui développe une haine assumée envers le chiisme, mène sa propre campagne dans les mosquées du pays, allant jusqu’à justifier les massacres de Daesh, en les assimilant à une revanche contre les chiites, plus «cruels» encore. C’est d’ailleurs en ces termes que les actions des terroristes en Syrie sont expliquées aux jeunes Algériens. Les massacres de chiites relèvent de «la guerre sainte», disent les salafistes ici et ailleurs. C’est cette thèse qui est accréditée, sous couvert de géostratégie et de rétablissement de la légalité institutionnelle au Yémen, dans de nombreuses émissions de télévision portant sur l’offensive de la coalition arabo-occidentale contre les Houtis.
Dans la case «stratégique», les médias moyen-orientaux font dire au même Anouar Malek que «c’est le rapprochement de l’Algérie avec l’Iran qui est à l’origine de cette non-position.» de l’Algérie. Et l’activiste de supposer que l’influence de l’Iran chiite est en train de devenir une réalité en Algérie, notamment dans la ville d’Oran où, dira-t-il, cette confession se développe. Il va jusqu’à préconiser «une guerre préventive» que devrait mener l’Algérie pour mettre un terme à «l’expansionnisme iranien» en Algérie. C’est ainsi que la position doctrinale de l’Algérie de ne pas intervenir militairement en dehors des limites territoriales du pays est transformée en réaction à une influence néfaste d’une puissance chiite sur l’Etat.

L’Otan en embuscade
Le «témoignage» de Anouar Malek est «corroboré» par des «informations» relayées par ces médias attestant d’un prétendu mécontentement au sein de la classe politique algérienne proche du pouvoir. Bref, les médias du Golfe veulent faire accréditer la thèse selon laquelle le gouvernement est isolé.
Il reste que tout ce qui se dit sur cette offensive arabo-occidentale contre les Houtis cache des considérations autrement plus «pernicieuses». Il y a certes, la détermination des monarchies «sunnites» à réduire de l’influence du chiisme, mais il y a aussi Israël et l’Otan en jeu. L’expert en lutte antiterroriste et en stratégie, Abdelhamid Larbi Chérif, estime que cette guerre est motivée par le contrôle du détroit d’Aden, dont la partie africaine, à Djibouti, est déjà sous la mainmise israélo-américaine. La prise par les Houtis de la ville d’Aden n’est pas envisageable pour l’Otan, sachant que ce détroit contrôle 68% du commerce international. «L’Otan contrôle le détroit de Gibaltar à l’ouest et celui d’Aden à l’est. Il n’est pas pensable pour les pays occidentaux de perdre partiellement le contrôle sur Aden», note M.Larbi Chérif. Et d’ajouter: «Si les Houtis entrent dans Aden, la guerre cessera et la coalition devra négocier», ce qui n’est pas concevable. Pour ce qui concerne la campagne dirigée contre l’Algérie, notre interlocuteur estime que les monarchies du Golfe ont Daesh comme moyen de pression.*Par Saïd BOUCETTA - Lundi 30 Mars 2015-L’Expression

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**Mer Rouge, escalade de Londres et Washington

Usant de la menace terroriste, les États-Unis et la Grande-Bretagne vont accroître leur intervention au Yémen, avec l’aval des autorités du pays. Une escalade de nature à aggraver l’instabilité régionale.

En guise de vœux, des bruits de bottes. Depuis l’attentat suicide avorté contre le vol Amsterdam-Détroit le 25 décembre, le président des États-Unis, Barack Obama, ne cesse de hausser le ton. Le Yémen, et désormais la Somalie, sont dans le viseur de la « lutte contre le terrorisme » de Washington. Vendredi, le prix Nobel de la paix a vertement accusé le réseau islamiste d’al-Qaida d’avoir installé ses quartiers dans le pays le plus pauvre des États arabes. De quoi justifier, selon lui, une intervention musclée dans cette région multi-conflictuelle. À cet effet, les États-Unis et la Grande-Bretagne sont convenus de financer « une unité spéciale de police antiterroriste au Yémen », ont indiqué par communiqué, les services du premier ministre britannique, Gordon Brown. Mais aucun détail sur la nature de son mandat n’a été spécifié, Barack Obama se limitant à parler de « la formation et l’équipement des forces yéménites de sécurité, le partage de renseignements (…) pour frapper les terroristes d’al-Qaida ». Le général David Petraeus, qui commande les forces états-uniennes au Moyen-Orient, s’est envolé pour Sanaa où il devait rencontrer les autorités yéménites. De l’autre côté du golfe d’Aden, en Somalie, en proie depuis 1991 à une guerre civile où s’affrontent chefs de guerre islamistes et gouvernement fantoche, Washington et Londres renforceraient la force de maintien de la paix (actuellement composée de 5.200 soldats ougandais et burundais), en saisissant à cet effet le Conseil de sécurité de l’ONU. Mais là encore, sans plus de détails.

Un scénario à l’ irakienne …

Reste que les déclarations répétées de Barack Obama ont cela d’inquiétant qu’elles ressemblent au scénario irakien. Pourtant un renforcement militariste, voire un passage à l’acte comme les 17 et 24 décembre, où des supposés sites islamistes yéménites auraient été détruits avec le concours de l’armée US, a de fortes chances d’accentuer l’instabilité dans cette région poudrière. Le sentiment antiaméricain est déjà à son comble, la Maison-Blanche étant accusée d’alimenter les conflits de la Corne de l’Afrique depuis sa base militaire de Djibouti, le seul centre opérationnel qu’elle possède sur le continent. Son financement conséquent depuis 2001 de la Task force 150, une flotte censée sécuriser le golfe d’Aden, un des axes maritimes les plus stratégiques de la planète, s’avère contre-productif au vu de la piraterie croissante.

L’un des principaux bénéficiaires de cette escalade belliciste n’est autre que le président Ali Abdullah Saleh. Dirigeant le Yémen-Nord depuis 1978 d’une main de fer, il essuie, au sud, un front rebelle qui combat l’unification du pays de 1990, et au nord, une guerre ouverte menée par la minorité chiite. Tandis que la production du pétrole s’est effondrée, Sanaa espère tirer son épingle du jeu, en recevant des aides étrangères en augmentation. Un porte-parole des autorités s’est d’ailleurs félicité d l’organisation d’une réunion internationale sur le Yémen et contre le terrorisme, le 28 janvier à Londres, en marge de la conférence sur l’Afghanistan, espérant y voir là une manne financière. En Somalie, les fous de Dieu se sont fait pressants. « Nous allons traverser la mer (…) et arriver jusqu’à (nos frères musulmans du Yémen) pour les aider à combattre les ennemis d’Allah », a averti Cheikh Mukhtar Robow Abou Mansour, leader de la milice Chebab, bras armé des ex-tribunaux islamiques. Hier, les États-Unis ont fermé leur ambassade. (L’Humanité-04.01.2010.)

 

 

24 réponses à “Mer Rouge,Yémen,Pays du Golfe”

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