Une autre civilisation s’impose

*Le  Conseil de sécurité, devenu une institution inadaptée à l’évolution du monde

**Le véto: privilège ou responsabilité?

L’ancien secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, à l’entame du troisième millénaire, avait fait de la réforme de l’ONU, et notamment du Conseil de sécurité, l’une de ses priorités. Une institution désormais inadaptée à l’évolution que connaît le monde. Or, la tentative de redonner un sens à l’organisation des Nations unies et à son organe exécutif avait échoué. Pouvait-il en être autrement quand des pays ont, par leur seul vouloir, le pouvoir d’annuler des décisions prises par la majorité?. Ainsi, le Conseil de sécurité agit comme un gouvernement mondial dominé, cependant, par les cinq pays détenteurs du droit de veto. Un «veto» qui a déformé le sens de sa dotation et corrompu ses détenteurs. Il est patent que le «veto» pose problème. Les 15 Etats membres du Conseil de sécurité, y compris les 5 permanents, sont conscients que les blocages induits par le «veto» aboutissent à des dérives qui éloignent l’institution exécutive de l’ONU de ses missions. D’où les timides tentatives de changer le mode de fonctionnement du Conseil de sécurité. Tentatives qui se sont toutes heurtées au non-recevoir de la première puissance mondiale. La France est revenue à la charge en relançant l’idée de réforme du Conseil de sécurité et de la pratique du veto. «Nous avons des comptes à rendre à l’opinion publique. Nos populations ne comprennent pas le mode de fonctionnement du Conseil de sécurité» a déclaré, jeudi dernier, le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius. En fait, c’est là une initiative pertinente, mais qui pêche plutôt par omission. Mais, ce sont les raisons invoquées par le chef de la diplomatie française qui laissent perplexe. Il met en exergue, pour illustrer son propos, le cas de la Syrie et le veto qui aurait été brandi par la Russie et la Chine pour stopper, selon lui, des résolutions du Conseil. L’exemple de M.Fabius est à tout le moins contrefait et peu représentatif de la réalité des blocages qui effectivement paralysent cette institution. Le chef de la diplomatie française précise donc que la Chine et la Russie auraient usé à quatre reprises du veto. Comment, la France a-t-elle pu compter les «4» veto russo-chinois, mais n’a pu comptabiliser la soixantaine brandis par les Etats-Unis interdisant depuis 50 ans à l’ONU de prendre réellement en charge le dossier israélo-palestinien. Cela sans évoquer les maints veto qui ont fait éviter à Israël les condamnations pour les crimes qu’il a commis dans les territoires palestiniens occupés? Il est patent que le veto qu’il soit utilisé une ou 1000 fois, reste rédhibitoire, dès lors qu’il consacre outre le non-droit, la suprématie de celui qui le brandit au visage des 14 autres membres du Conseil. C’est donc au privilège du veto qu’il faut s’attaquer afin d’obtenir sa suppression, et non point, comme le suggère la France, seulement sa pondération. Dans un Conseil de sécurité qui fonctionne normalement et sans entrave, les crimes de génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité seront condamnés sans rémission. Or, combien de fois Israël a été condamné pour ses crimes en Palestine? Toute la problématique est là, dès lors que ce sont les puissants, c’est-à-dire les détenteurs du veto, qui imposent leur lecture des évènements – les crises en Syrie et en Ukraine sont exemplaires de ce fait – au même titre que leur «solution». Ainsi, les Etats-Unis se sont attribués le droit de décider en toute «souveraineté» sur ce qu’il convenait de faire, dans un contexte marqué par la tension et les troubles. Washington est ainsi passé outre en 2003 au refus du Conseil de sécurité d’une action militaire en Irak. Dans leur logique de guerre contre le terrorisme, les Américains ont ainsi ignoré les mises en garde, comme ils ont refusé d’autres alternatives à la force qu’ils emploient sans considération pour la vie des gens et de leurs biens, sinon celle de parvenir à leurs fins. Il est donc urgent, non pas de dépoussiérer l’ONU et son Conseil de sécurité, mais de revoir de fond en comble son fonctionnement afin de rétablir un certain équilibre des forces qui permette à l’organisation internationale de fonctionner sans diktat. Or, les Etats-Unis se sont substitués à la légalité internationale, représentée par l’ONU, outrepassant leur pouvoir en faisant de l’usage de la force le principe, sine qua non de règlement des conflits dans le monde. Comme le rappelle M.Fabius, les Etats ont des «comptes à rendre» à l’opinion publique. Or qui, dans le contexte actuel de l’ONU et du Conseil de sécurité, exigera des Etats-Unis qu’ils rendent compte de certains crimes commis en Irak, notamment? S’il faut réformer l’ONU, sans toucher au pouvoir exorbitant de certains de ses membres, autant ne rien faire. Un signe: les Etats-Unis ont accueilli froidement l’initiative française. C’est tout dire! *Par Karim MOHSEN - Dimanche 28 Septembre 2014 *L’Expression

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*La 17ème Conférence ministérielle des pays non alignés- Palais des nations à Alger 

Redonner au mouvement son rôle d’antan au sein de la communauté internationale.

Lamamra lors de l'ouverture de la conférence ministérielle des pays non-alignés

*Les travaux de la 17e Conférence ministérielle du Mouvement des Non-alignés se sont achevés jeudi 29 mai 2014 au Palais des Nations par l’adoption de la Déclaration d’Alger. A l’issue de cette conférence de deux jours, placée sous le thème « Solidarité renforcée pour la paix et la prospérité » et qui a vu la participation de plus de 60 ministres des Affaires étrangères, les Non-alignés ont souligné la nécessité de renforcer la coopération au sein du Mouvement.

***Après les experts, les ministres des Affaires étrangères des pays non alignés se retrouvent aujourd’hui autour de la même table au Palais des nations à Alger. Près de 80 ministres et des présidents des organisations régionales participeront aux travaux de cette réunion. Le président de la République plurinationale de Bolivie, Evo Morales Ayma qui assume la présidence qui en exercice du Groupe des 77, est également parmi les hôtes de la conférence. Au menu: l’examen de la nouvelle feuille de route qui identifie les missions du MNA. La 17ème conférence d’Alger entend redonner au mouvement son rôle d’antan au sein de la communauté internationale. Etant pays fondateur du mouvement, l’Algérie veut saisir cette opportunité pour remettre en marche le mouvement, lequel lui permettra de se repositionner davantage sur la scène internationale. Vu le succès qu’a connu le sommet des NMA d’Alger en 1973 sous la président défunt Houari Boumediene, cette rencontre aspire à marquer un nouveau tournant dans l’histoire du mouvement. Le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a mis en exergue la viabilité du Mouvement des Non-alignés (MNA) qui a pour vocation d’ «être un artisan et un bénéficiaire d’une recomposition des relations internationales» dans le contexte mondial actuel. S’exprimant à l’ouverture de la conférence au niveau des hauts fonctionnaires lundi dernier au Palais des nations, M.Lamamra a déclaré que cette conférence, placée sous le thème «Solidarité renforcée pour la paix et la prospérité» se veut un message d’espoir et de renouveau dans la fidélité aux idéaux afro-asiatiques et tiers-mondistes qu’exprimera la célébration l’année prochaine, du 60e anniversaire de la Conférence de Bandoeng». Devant les conflits qui déchirent de nombreux pays, le mouvement des Non-alignés peut être une force de proposition. «Le MNA se doit de redoubler de vigilance et de vision pour être une partie prenante aux changements qu’il est nécessaire d’opérer et aux nouveaux équilibres qu’il est indispensable d’édifier», a insisté le chef de la diplomatie algérienne. Une thèse partagée par les experts. «Le MNA se trouve aujourd’hui face à de nombreux défis qui ne sont pas totalement différents de ceux de ses deux premières décennies d’existence», ont estimé les spécialistes en relations internationales, Mohamed Bouacha et Mokhtar Mazrag, Ces spécialistes pensent qu’il est urgent pour le mouvement de se focaliser sur les questions de développement économique et humain, la stabilité politique et sécuritaire, et sur la restructuration des instances de la gouvernance mondiale pour mettre en place un système international plus équitable et faire sortir le tiers-monde de la pauvreté et de l’instabilité. «La revendication d’un nouvel ordre économique international, la mise en place d’une coopération Sud-Sud et bien d’autres revendications du 4e Sommet du MNA, tenu à Alger en 1973, sont toujours d’actualité en dépit de la fin du choc idéologique entre l’Est et l’Ouest», à relevé M.Bouacha à la veille de la tenue de la 17e Conférence ministérielle du MNA à Alger du 26 au 29 mai. Cette réunion est l’occasion pour les ministres des Affaires étrangères de se concerter sur les différentes questions, entre autres la situation en Syrie, la crise en Libye, la Palestine, le Sahara occidental et de sortir avec des positions communes.*L’Expression-Par Nadia BENAKLI - Mercredi 28 Mai 2014

**De Bandung à Alger, réinventer la gouvernance mondiale

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	Photo de famille des Non-Align&eacute;s &agrave; Alger le 28 mai 2014.  » src= »http://www.elwatan.com/images/2014/05/29/7j1_2210324.jpg » /></a></p>
<p><span style=La 17e Conférence des pays Non-Alignés à Alger peut marquer une nouvelle dynamique pour la diplomatie algérienne face à un monde en plein bouleversement, mais qui reste porteur des mêmes défis de développement et de justice sociale entre le Sud et le Nord qu’après 1945.

«Le monde a évolué, mais les menaces contre le Tiers-Monde ont-elles changé ?» Hocine Meghlaoui, ancien secrétaire général des Affaires étrangères, en est convaincu : la 17e Conférence du Mouvement des pays non-alignés, qui s’est tenue à Alger de lundi à hier soir, réunissant près de 80 délégations étrangères, n’a rien de désuet. Alors que la crise syrienne a vu se reformer de nouveaux blocs, d’un côté le bloc sino-russe, de l’autre, les puissances occidentales sous influence des Etats-Unis, avec obligation d’allégeance à un groupe ou à l’autre, l’ancien diplomate Sid Ahmed Ghozali, remarque que «l’esprit qui a animé le mouvement en 1955 — l’indépendance vis-à-vis des grands blocs — reste le même. Mais il faut le reformuler».

Amazit Boukhalfa, un journaliste qui a couvert de nombreux sommets, estime aussi qu’il n’y a dans cette rencontre rien «d’anachronique». «Les problèmes actuels, complexes, liés à l’économie, à la redéfinition des espaces nationaux, comme au Moyen-Orient, aux nouvelles ambitions des grandes puissances, nécessitent une concertation très large. Il faut que quelqu’un pose les questions du moment. Par exemple : allons-nous laisser les Nations unies et cette obsolescence qu’est le Conseil de sécurité continuer à s’occuper, comme il est en train de le faire, de la crise syrienne et ukrainienne ?»

Le ministre des Affaires étrangères l’a clairement dit cette semaine : «Le mouvement a un passé, un présent et un avenir tant que le projet auquel il s’identifie, ce serait-ce que celui de la démocratisation des relations internationales, de la démocratisation des Nations unies et celui de la réforme du Conseil de sécurité, n’aura pas abouti. Tant que ces chantiers n’auront pas abouti, la mission du Mouvement des Non-Alignés ne sera pas terminée.»

Arrière-pensée

L’ancien diplomate Abdelaziz Rahabi rappelle par ailleurs que les pays du MNA constituent «le groupe le plus puissant au sein de l’ONU». «Le mouvement, qui, à sa création, pesait par le nombre de pays (ils étaient 77 en 1956, ndlr) représente aujourd’hui aussi une force économique.» Selon une étude de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, le commerce Sud-Sud a progressé de 12% par an en moyenne entre 1996 et 2009, soit 50% de plus que les échanges Nord-Sud. Quant aux Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), ils représentent à eux seuls 40% de la population mondiale, plus d’un cinquième de la production mondiale et près d’un cinquième des échanges commerciaux et des flux des IDE dans le monde.

«Le fait qu’il y ait encore 120 Etats membres qui représentent les deux tiers de l’humanité signifie que le mouvement n’a rien perdu de sa pertinence malgré les mutations profondes dans les relations internationales, en pleine recomposition des équilibres géostratégiques», a aussi souligné Taos Ferroukhi, directrice générale des affaires politiques et de la sécurité internationale aux AE. Plus sceptique, l’ex-diplomate Kamel Bouchama reconnaît que «si la Syrie a ressuscité sans le vouloir un non-alignement qui ne dit pas son nom, le temps n’est plus à ce genre de grand rassemblement. Les pays peuvent s’accorder sur des textes, des valeurs communes, mais ce ne sont que les ingrédients d’une mayonnaise. Cela ne signifie par pour autant que cette mayonnaise prendra.»

Hocine Meghaloui ne se fait aussi aucune illusion mais nuance, «Je ne crois pas que le sommet d’Alger aura des effets directs sur les grandes questions internationales actuelles. Mais le fait de se réunir et de rappeler les principes du non-alignement est positif et ce sera un poids lors des prochaines assemblées générales à l’ONU.»

Tâcheron

L’Algérie pourrait aussi tirer bien des dividendes de cette rencontre. «La conférence d’Alger peut, si les principes diplomatiques deviennent des principes politiques, amorcer quelque chose d’inédit, souligne Amazit Boukhalfa. Car contrairement aux sommets de Sharm El Cheikh (2009), où les Egyptiens visaient un siège à l’ONU, et de Téhéran (2012) où les Iraniens cherchaient aussi à obtenir plus pour les pays de l’OCI, l’Algérie n’a aucune arrière-pensée. Elle se veut la voix de tous les pays, pas seulement celle d’Alger.»

Un cadre des Affaires étrangères estime que le contexte est particulièrement favorable au retour de l’Algérie sur la scène internationale. «L’éclatement de la Libye, – qui suppléait l’Algérie en Afrique avec sa diplomatie de l’argent pendant que nous faisions de la diplomatie sous-terraine, elle passait derrière et arrosait tout le monde – peut également nous permettre de jouer un rôle de premier plan.» Abdelaziz Rahabi, d’habitude plutôt critique sur la politique extérieure du régime, trouve dans cette rencontre les signes d’un renouveau  : «Cette conférence montre surtout que l’Algérie aurait dû en organiser une plus tôt ! Je suis heureux que l’actuel ministre des  Affaires étrangères marque une nouvelle orientation de la diplomatie algérienne, plus pragmatique, plus à même de servir les intérêts du pays, en se positionnant comme le porte-parole des Non-Alignés, sur des sujets aussi importants que le Sahel, et puisse un jour revenir à la question palestinienne.»

Un conseiller du ministère considère aussi que la personnalité de l’actuel chef de la diplomatie peut impacter plus encore cette politique. «On aurait tort de croire que ce qui se passe à Alger est de l’ordre du nostalgique. Lamamra n’est pas un nostalgique. Il fait partie de l’école de New York. Comme de nombreux diplomates qui ont appris la diplomatie aux Nations unies, en tâcheron des relations internationales, il est convaincu qu’il faut changer de l’intérieur les équilibres qui prévalent depuis 1945 à l’ONU. »

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Un «message politique fort» pour les Libyens

Les consultations tenues à Alger sur la crise en Libye, en marge de la 17e Conférence ministérielle des Non-Alignés sont «un message politique fort» pour toutes les parties libyennes pour travailler à  la réconciliation nationale, a déclaré hier à Alger le ministre libyen des  Affaires étrangères, Mohamed M’hamed Abdelaziz. Ces discussions, ayant réuni les pays voisins, la Ligue arabe et l’Union  africaine (UA), ont véhiculé «un message politique fort» qui souligne la nécessité «d’entretenir les contacts avec les élites politiques en Libye à tous les niveaux que ce soit avec le gouvernement, le Congrès national général  (Assemblée) ou avec les organisations de la société civile pour encourager le lancement d’un dialogue national afin de parvenir à la réconciliation», a-t-il affirmé. Il a appelé les deux représentants de la Ligue arabe et de l’Union africaine pour la Libye à «coordonner les efforts pour élaborer les mécanismes permettant de réactiver les recommandations et le soutien promis par les pays voisins».

A ce propos, le chef de la diplomatie libyenne a rappelé «le rôle axial» de l’Algérie dans les efforts en vue de résoudre la crise Libyenne. «Je n’ai  aucun doute que l’Algérie jouera un rôle essentiel dans les discussions qui  se poursuivent pour trouver les solutions à la crise en Libye». Réunis les 27 et 28 mai à Alger, les ministres des Affaires étrangères des pays voisins de la Libye ont réaffirmé le soutien de leurs pays à toutes les démarches et initiatives libyennes visant à asseoir un dialogue national  et consacrer la Justice transitionnelle.(APS)******

*Adlène Meddi, Mélanie Matarese-*El Watan-30.05.2014

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**Mouvement des pays non alignés 

Alger accueillera du 26 au 29 mai 2014, la 17è Conférence ministérielle

Les nouveaux

Plus de 40 ans après avoir abrité avec succès, le 4è sommet du Mouvement en 1973, Alger accueillera du 26 au 29 mai la 17è Conférence ministérielle des pays non alignés dans un contexte marqué par l’émergence, la réapparition ou l’exaspération de crises économiques, politiques et diplomatiques dans plusieurs points du globe.

L’Algérie, qui a survécu aux révolutions arabes, à la crise financière qui a touché la planète, aux différents changements politiques nés de la chute du bloc soviétique, est sans doute le seul pays d’Afrique qui a su garder intacte son authentique vision sur la position politique du mouvement des pays non alignés. Alger, remet, à cette occasion, en selle les principes fondateurs d’un mouvement né d’un besoin d’établir un système mondial multilatéral plus apaisé et moins inégalitaire. Elle renoue avec ce rassemblement grâce à une diplomatie dynamique, initiée par le président Bouteflika et menée d’une main de maître par le ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra. L’Algérie a imposé, du haut de la tribune des Nations unies, l’idée révolutionnaire d’un nouvel ordre international au sein duquel les deux hémisphères traiteraient en partenaires au service du développement, de la paix et de la concorde dans le monde. Mais que reste-t-il du mouvement des Non-alignés, 25 ans après la chute du bloc de l’Est? La réponse est venue du président Abdelaziz Bouteflika à l’un des derniers sommets du Mouvement: «Le non-alignement n’est pas une philosophie circonstancielle dont la durée de vie serait liée à la période de la Guerre froide et dont la pertinence serait tributaire d’une équidistance géométrique par rapport à deux blocs antagonistes.»
Le thème choisi pour la conférence du 26 mai: «Solidarité renforcée pour la paix et la prospérité») avec un ordre du jour ouvert, mais centré sur les problématiques interdépendantes de la paix et du développement, interpelle les 120 pays membres dans leur quête assumée d’une vraie solidarité internationale, hier empêchée par la confrontation Est-Ouest, à présent mise à mal par de nouveaux défis aux retombées tout aussi hasardeuses pour l’avenir de l’humanité. En prévision du sommet des chefs d’Etat qui doit avoir lieu en 2015, les ministres des Affaires étrangères tenteront, dans leurs résolutions, de donner au Mouvement plus de vigueur et de cohésion, y compris en lui recommandant de tisser des alliances avec d’autres groupements d’Etats, pour qu’il puisse faire face, de façon solidaire, aux nouveaux défis qui divisent le monde et qui risquent d’affecter en premier lieu les pays dits du «tiers-monde». Regroupement politique sans pouvoir autre que celui d’être une force indépendante de proposition et de réaction, le Mouvement qui représente la moitié des habitants de la planète a, en effet, cherché au fil des 16 réunions au sommet déjà tenues depuis sa naissance en 1955, à s’adapter sans cesse aux nouvelles donnes qui marquent les relations internationales, sans jamais perdre de vue ses objectifs et idéaux originels de coopération internationale en faveur de la paix et du développement.
Après avoir axé ses efforts sur les problèmes de décolonisation, de conflits nés de la période de «Guerre froide» entre superpuissances et de développement économique harmonieux à l’échelle planétaire, le Mouvement s’emploie aujourd’hui à traiter des priorités très actuelles et d’une autre nature pour pouvoir renforcer son rôle et devenir une force importante qui pèse sur la scène internationale. Pour les Non-alignés, les défis qui se posent aujourd’hui au monde sont multiples et rappellent les différents protagonistes à leur responsabilité de coopérer pour y faire face au nom de la préservation de la paix et de la sécurité mondiales: conflits internes exacerbés, terrorisme transnational, pandémies, mouvements migratoires illégaux, trafics en tous genres, environnement naturel dégradé, famine, pauvreté, méfaits de la mondialisation, système financier prédateur, retards technologiques, problèmes de gouvernance et de respect des droits humains. A ces nouvelles réalités, s’ajoutent la permanence ou la résurgence de conflits remettant en cause les équilibres géopolitiques à l’échelle, tant régionale, qu’internationale, à l’instar des «Révolutions» arabes depuis 2011, les blocages du processus de paix au Proche-Orient, l’instabilité sur le continent africain, au Sahel en particulier, ou encore la crise ukrainienne qui a fait soudain ressurgir le spectre du conflit Est-Ouest et de la Guerre froide.
Le message des Non-alignés semble ainsi se résumer à ceci: sans développement universel et collectivement assumé, les plus riches sombreraient dans les crises et les pauvres, non seulement s’appauvriraient davantage, mais deviendraient pour ainsi dire des «exportateurs nets» de fléaux (terrorisme, immigration clandestine, maladies, problèmes environnementaux…) vers le reste du monde, ce qui viendrait alimenter, sinon aggraverait les déséquilibres mondiaux.*Par Salim AGGAR – L’Expression-Samedi 24 Mai 2014

*Non-alignés: le retour

Moment fort. C’est le plus grand regroupement international du monde. Le mouvement des pays non alignés compte 120 pays membres et 17 autres pays y participent en observateurs. La dernière fois que l’Algérie avait abrité les travaux de ce grand regroupement mondial, c’était en 1973. En septembre de cette année-là s’était tenu, à Alger, le sommet de ces pays non alignés sous la présidence de Houari Boumediene et totalement animé par son ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Bouteflika. A partir de lundi prochain, tous ces pays seront de nouveau présents à Alger où se tiendra la 17ème conférence ministérielle de ce mouvement qui revient en force sur la scène internationale. Comme au temps des blocs. De la Guerre froide. De la bipolarité. De l’afro-asiatisme. Du tiers-monde. Au fil du temps, de 1955 à Bandoeng en Indonésie où a eu lieu la première conférence afro-asiatique à laquelle une délégation algérienne conduite par Aït Ahmed a participé, six mois seulement après le déclenchement du 1er Novembre 1954, à 1961 dans l’ex-Yougoslavie du maréchal Tito qui a abrité le premier sommet du mouvement élargi aux pays d’autres continents, la ligne directrice est restée la même. A savoir le non-alignement aux puissances étrangères. A l’époque c’était l’Union soviétique et les Etats-Unis. Aujourd’hui c’est moins tranché. Les pays d’Afrique et d’Asie qui avaient été rejoints par d’autres pays d’Europe et des Amériques affirmaient ainsi leur désir d’indépendance, leur opposition à toute ingérence étrangère et leur solidarité avec les pays encore sous domination coloniale. Il faut dire qu’après la décolonisation, mais surtout après le mur de Berlin et la fin de la bipolarité, le mouvement s’était fait plus discret sur la scène internationale. Mais comme les mêmes causes produisent les mêmes effets, le monde aujourd’hui vit une grave crise politique, économique et sociale similaire par beaucoup d’aspects à la situation qui avait prévalu après la crise de 1929. La crise de 2008 aux Etats-Unis a gagné l’Europe où la récession entraîne la montée des extrémistes qui n’est pas sans rappeler celle des années 1930. L’Ukraine est venue remplacer la Pologne. La seule différence est qu’une catastrophe serait aujourd’hui autrement plus dévastatrice que les deux Guerres mondiales réunies avec l’arsenal nucléaire détenu par plusieurs pays. Dans ce contexte s’ajoutent la situation au Moyen-Orient qui ne parvient pas à trouver le chemin de la paix, l’instrumentalisation des religions et la montée de la violence terroriste, notamment dans les pays arabes et africains. Autant de nouveaux facteurs aggravants qui menacent les plus faibles sans mettre à l’abri les puissants. Le mouvement des pays non alignés regroupe précisément tous les pays des quatre continents qui s’inquiètent de la nouvelle menace à leurs portes. Hier, la Thaïlande est passée sous contrôle militaire. L’Ukraine est en devenir incertain. La Syrie n’en finit pas de compter ses morts tandis que la Libye se disloque chaque jour davantage. Le Mali, la Centrafrique et le Nigéria ne voient pas le bout du tunnel dans lequel ils ont été plongés. Le feu couve en Turquie et au Brésil. Le terrorisme gagne la Chine. Bref, la contagion se répand dangereusement. D’où l’impérieuse nécessité d’une renaissance du mouvement des pays non alignés avec la force et la vigueur qui étaient les siennes pour endiguer le péril menaçant pour ses membres dispersés. La réunion d’Alger, lundi prochain, est une réelle opportunité à la reconstitution de ce bloc des Non-alignés qui a pesé de tout son poids durant la période de décolonisation des années 1960. Alger était la capitale de tous les mouvements de libération qui existaient à travers le monde. Elle redevient, cette semaine, la capitale du «tiers-monde» revu et corrigé. Un grand moment d’histoire! *Par Zouhir MEBARKI - L’Expression-Samedi 24 Mai 2014

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*Le 12e Forum social mondial à Tunis- du 26 au 30 mars 2013

Le long combat pour un nouveau monde

Les nouveaux programmes de logement intéressent les entreprises étrangères dans actualité h-20-1402304-1233078986

*Marche «mondiale» à Tunis qui renoue avec les chants révolutionnaires

*La cause sahraouie en force au  Forum social mondial de Tunis

**Des eurodéputés dénoncent la politique extérieure de l’UE en direction de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient

Présents au Forum social mondial à Tunis, des eurodéputés de la gauche unitaire et de la gauche verte du Nord (GUE/NGL) ont dénoncé, hier au cours d’une conférence de presse, la politique de «deux poids, deux mesures» adoptée par Bruxelles vis-à-vis du conflit du Sahara occidental et de la question palestinienne.

L’Espagnol Willy Mayer, connu pour son engagement en faveur du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination, a vilipendé une Europe qui ne travaille pas en direction du règlement des conflits. «La politique extérieure de l’Union européenne doit être dictée par les valeurs des militants en faveur de l’émancipation des peuples opprimés et colonisés. Elle doit jouer un rôle important pour l’achèvement du processus de décolonisation du Sahara occidental. Elle doit être clairement en faveur de la création d’un Etat palestinien. Malheureusement, elle met au centre des préoccupations ses intérêts géostratégiques aux dépens du droit international». L’eurodéputé, qui a été refoulé avec trois autres parlementaires à l’aéroport de Rabat, empêchés par les autorités marocaines de se rendre à la ville de Layoune occupée, a dénoncé «le silence de l’Union européenne sur les violations des droits de l’homme au Sahara occidental. Au lieu d’exiger du Maroc un strict respect des droits humains, tel que stipulé dans l’article 2 de l’accord d’association, Bruxelles accorde un statut avancé au Maroc pour mieux exploiter les richesses appartenant au peuple sahraoui»

M. Mayer, vice-président de la commission des affaires étrangères au Parlement européen, a appelé l’Espagne «à exercer sa responsabilité administrative pour le parachèvement du processus de décolonisation et elle ne doit continuer indéfiniment à fuir cette responsabilité, car elle est entièrement engagée dans ce conflit». De son côté, l’eurodéputé Soren Bo Sondergaard (Danemark), qui a pu se rendre dans les territoires sahraouis occupés, dit «ne pas comprendre comment l’Union européenne continue de favoriser des accords avancés avec un gouvernement (le Maroc) qui opprime un peuple et spolie ses richesses». Il estime que pour permettre au peuple sahraoui de recouvrer son indépendance, «il faut qu’on arrive à mobiliser les opinions publiques partout dans le monde afin d’exercer des pressions sur les gouvernements pour les amener à reconnaître l’Etat sahraoui».

Le soutien intéressé de l’UE au Printemps arabe

Après avoir soutenu les régimes arabes avant le vent de révolte qui les a ébranlés, Bruxelles apporte son appui politique aux nouveaux pouvoirs. Mais, «fondamentalement, rien n’a changé dans l’approche de la politique extérieure de l’Union à l’égard de ces pays. Derrière les mots gentils, se voile une vision opportuniste. Ce qui intéresse Bruxelles, ce sont les marchés qu’elle pourrait obtenir des nouveaux régimes. C’est un soutien intéressé», selon l’eurodéputé d’Irlande Paul Murphy. Pour lui, l’Union européenne «pousse vers la libéralisation des économies des pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient pouvant permettre une libre circulation des marchandises à travers les accords d’échanges». C’est une politique qui conduirait à l’appauvrissement des populations et l’étranglement des économies de ces pays. Le parlementaire irlandais a par ailleurs dénoncé «la realpolitik de l’Union en apportant un soutien sans faille à l’Etat d’Israël. Il y a des financements européens accordés à Israël pour l’achat d’armements qui servent à tuer les Palestiniens et construire des colonies».

Le conférencier estime que l’establishment européen est «soumis au diktat de la politique étrangère des USA pour promouvoir le rôle d’Israël dans la région». Sur un autre plan, la députée portugaise, Inès Zuber, estime que l’UE est engluée hypocritement dans «des contradictions en matière de politique étrangère». Elle en veut pour exemple, «l’inquiétude qu’elle exprime à l’égard des radicaux islamistes au Mali, et elle les finance en Syrie. Elle s’alarme de la prolifération des armes nucléaires en Iran, pendant que l’Etat d’Israël, une puissance nucléaire, refuse d’adhérer au Traité de non-prolifération». Enfin, les quatre parlementaires européens estiment que face à une Union européenne mue par des intérêts «bassement étroits, il faut opposer une solidarité des peuples de tous les pays pour instaurer un autre monde».
C’est l’esprit du Forum social mondial. 

Autour du FSM :

- Procès contre l’universitaire Raja Benslama

Visiblement les attaques en règle contre les opposants au pouvoir tunisien n’en finissent pas. Dans la ligne de mire des nouveaux détenteurs du pouvoir, la militante féministe Raja Benslama. Elle est poursuivie en justice par le rapporteur général de la Constitution au sein de l’Assemblée nationale constituante, Habib Khader. Professeur de lettres à l’université de Manouba, Mme Benslama avait dénoncé sur un plateau de télévision «l’abus de confiance» dont s’est rendu coupable le rapporteur en modifiant «profondément» le texte adopté par les députés. Le rapporteur a vivement réagi en intentant un procès contre l’universitaire pour diffamation. Une accusation «absurde», selon Raja Benslama. Elle estime que la mouture telle que proposée par le rapporteur général de l’ANC contient des articles «liberticides».  

- Des altermondialistes égyptiens empêchés de se rendre au FSM

Des militants égyptiens devant participer au Forum social mondial de Tunis ont été empêchés par le gouvernement égyptien de se rendre en Tunisie. Ils sont poursuivis en justice dans l’affaire des affrontements du siège des Frères d’El Moukatam, banlieue du Caire. «Ils sont nombreux les militants à ne pas pouvoir se rendre en Tunisie pour participer à ce rendez-vous altermondialiste, car accusés arbitrairement par la justice d’être impliqués dans les évènements d’El Moukatam», déplore Mohamed du courant populaire égyptien. Même le leader de ce mouvement d’opposition, Hamdine Sobahi, se trouvant à Tunis, risque aussi d’être convoqué par la justice dès son retour au pays.

- Les Algériens retenus aux frontières font le buzz au FSM

Les militants algériens au Forum social mondial, retenus pendant des heures aux frontières algéro-tunisiennes par la police, font l’objet de beaucoup de commentaires des altermondialistes. A chaque fois qu’un militant algérien intervient au cours d’un débat ou est croisé dans les stands du FSM, il est vite pris d’assaut par les participants pour en savoir plus sur les raisons du blocage.
«On ne comprend pas pourquoi le déplacement des militants algériens en Tunisie panique les autorités !», s’interroge Javier, un syndicaliste bolivien. De nombreux participants cherchent après les militants algériens pour leur exprimer leur solidarité. L’affaire a fait le buzz au Forum. Les autorités algériennes, qui ont cru empêcher la parole algérienne libre de s’exprimer au FSM, ont eu droit à l’effet contraire.*El Watan-28.03.2013.

**voir plus bas d’autres articles sur le Forum social mondial de Tunis

       «Dessine-moi un monde sans frontières»

** un passeport de citoyenneté universelle

Au Forum social mondial qui se tient à Tunis du 26 au 30 mars 2013, les militants viennent des quatre coins du monde pour partager leurs rêves et faire entendre leur voix.  Belles rencontres.

Bonose Niyonzima – Actionaid (Burundi) : dans mon pays, les ménages financent 75% des recettes fiscales

Je viens d’un pays ravagé par la pauvreté dont l’une des causes est l’injustice qui caractérise le prélèvement des impôts. Plus de 75% des recettes fiscales proviennent des ménages, alors que les multinationales travaillant dans notre pays sont exonérées d’impôts. C’est qu’elles engrangent des bénéfices pouvant réduire la pauvreté dans le pays. Nous sommes présents au FSM pour sensibiliser l’opinion des pays développés afin qu’elle puisse porter notre voix dans le monde.

Sabine – mouvement Utopia (Espagne, Catalogne) : un passeport de citoyenneté universelle

Nous sommes ici au Forum social de Tunis pour défendre l’idée d’un passeport de citoyenneté universelle pouvant permettre à tous les habitants de la planète de circuler et de s’installer librement où on le souhaite. Nous militons pour mobiliser un maximum de gens autour de la saisine de l’ONU pour amener des pays à signer une charte de la libre circulation des personnes sans visa. Nous sommes des citoyens du monde et la planète appartient à tous ses habitants. Certains trouveront cela utopique. Mais nous rendrons cette utopie possible !

Thiwathriwin – militante amazighe de Libye : la Libye n’est pas seulement arabe

Nous sommes venus dire au monde entier que la Libye n’est pas seulement arabe. Elle est avant tout amazighe, contrairement à ce que pense beaucoup de peuples. Nous avons pu maintenir notre identité, notre culture et notre civilisation durant les années de dictature. Les Amazighs de Libye étaient en première ligne lors de la révolution, et aujourd’hui ils devront trouver leur place dans la nouvelle Libye. Nous comptons partager ici dans ce village planétaire nos valeurs avec les autres cultures. Un village dans lequel nous vivons en communion, où chacun est fier de son appartenance sans que cela ne choque personne. C’est le monde que nous voulons. Nous l’aurons un jour.

Hassan Mohamed Ali – organisation kurde syrienne : mon peuple se bat pour sa liberté

Je suis venu au Forum social mondial dans le but de faire connaître le combat du peuple kurde. Un peuple éparpillé entre différents pays, la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran. Je suis ici pour sensibiliser les mouvements sociaux du monde entier de l’existence d’un peuple qui se bat pour sa liberté. C’est une occasion aussi pour lancer une pétition internationale pour exiger la libération de notre leader Abdullah Öcalanm arbitrairement emprisonné par l’Etat turc.

Fortune – organisation internationale des Touareg (Lili) : notre peuple ne reconnaît pas les frontières imposées

Je suis indo-touareg. Une partie de moi est indienne et l’autre touareg (Niger). Je suis l’exemple d’un monde sans frontières. Les peuples doivent vivre libres et indépendants. Je mène, avec beaucoup d’amis, une lutte pour arracher le respect de la culture et de la tradition amazighes des Touareg. Nous sommes un peuple qui ne reconnaît pas les frontières imposées. Nous somme un peuple libre et le demeurons. Nous vivons en paix entre les peuples, mais dès que les logiques d’Etat se mêlent, c’est la pagaille assurée.

Abla Sa’âdat – Epouse du secrétaire général du FPLP emprisonné (Palestine) : mon mari me raconte l’enfer

Un autre monde est possible. Une Palestine libre aussi est possible. Je suis ici pour porter la voix des Palestiniens, dont les enfants, les frères, les maris sont dans les prisons de l’occupant israélien. La question des prisonniers est centrale dans notre combat. Ils sont des milliers à souffrir dans les geôles de l’occupant. Je suis en contact avec mon mari, il me raconte l’enfer dans lequel vivent les prisonniers. Les altermondialistes nous donnent du courage avec leur solidarité.

Ailton Krenak – mouvement Primo (Brésil) : un réseau mondial pour notre médecine traditionnelle

Je viens du fin fond du Brésil. J’ai fait un long chemin pour arriver au Forum social de Tunis. Je suis porteur d’un message : celui de préservation de la biodiversité, car dans nos régions lointaines, nous ne connaissons pas la médecine moderne. Nos habitants, quand ça leur arrive de tomber malade, sont soignés avec la médecine traditionnelle à base de plantes. Nous sommes de tradition orale, d’où la nécessité de créer un réseau mondial pour transmettre ce savoir efficace et qui protège le climat. Avec cette médecine traditionnelle, nous soignons les êtres humains et la nature à la fois.

Abbas El Kaâbi – vice-président du mouvement pour l’indépendance du peuple d’El Ahwaz : le monde dans lequel nous vivons est cruel

Le monde doit savoir qu’il existe un peuple au sud-ouest de l’Irak, occupé par l’Iran depuis 1925 : c’est le peuple d’El Ahwaz ; nous sommes 10 millions d’habitants, 90% musulmans et 10% chrétiens. Un peuple brimé, spolié de ses richesses. Le régime iranien, depuis 1925, tue, torture et humilie notre peuple. Nous subissons dans l’omerta totale une épuration ethnique. Nous voulons vivre libres et heureux. Le monde dans lequel nous vivons est cruel, il faut le changer nécessairement. C’est le message que nous portons ici, dans cette planète réunie dans un campus.

Kamaphew Tawa – Rastafari Black entité (Ethiopie) : je veux perpétuer le courant de la pensée de Bob Marley

Je suis originaire de Addis-Abeba, mais je vis au Brésil. Je milite pour la reconnaissance des droits des Noirs africains d’origine. Comme vous voyez, je suis un Rastafari. Un mouvement messianique né dans les Caraïbes. Nous pensons qu’un jour nous retournerons tous au royaume de Addis. Beaucoup de gens, ici au Forum, connaissent Bob Marley, mais pas son mouvement de pensée. Donc, j’essaye de le perpétuer. Chaque soir, je donne un concert de reggae. Les gens sont heureux et moi avec. C’est l’esprit du monde dont nous rêvons.

Noria – Lucha internationalista (Espagne, Catalogne) : il faut éviter de s’enfermer dans des logiques nationales

C’est notre première participation au Forum social mondial. L’expérience de la transition démocratique en Tunisie ressemble à celle de l’Espagne après la chute de Franco. Nous sommes venus échanger nos expériences surtout avec les militants révolutionnaires tunisiens. Le passage de la dictature à la démocratie est un processus parfois semé d’embûches. Il faut tirer les leçons des autres expériences. Il faut éviter de s’enfermer dans des logiques nationales pour éviter justement la montée des nationalismes, comme c’est le cas en ce moment dans beaucoup de pays du Nord. Nous avons un ennemi commun, c’est le capitalisme mondialisé. Donc, il faut tous ensemble lui opposer une résistance internationale.*El Watan-29.03.2013.

Quoi de neuf pour l’audiovisuel en Méditerranée ?

La Tunisie abritera la conférence annuelle de la Conférence permanente de l’audiovisuel méditerranéen (Copeam) en 2014. Lancée en 1996 au Caire, la Copeam se veut un forum de dialogue et de coopération entre les acteurs de l’audiovisuel dans la région de la Méditerranée. Elle réunit plus de 130 entreprises audiovisuelles de 26 pays méditerranéens, parmi lesquelles l’Union européenne de radio-télévision (UER) et l’Union de radiodiffusion des Etats arabes (ASBU).

De nombreux projets ont été créés dans le cadre de la Copeam, tels que «Ondes de la Méditerranée» qui vise à renforcer la coproduction radiophonique dans la région, le projet «Euro Med News», portail internet qui facilite l’échange d’informations audiovisuelles et de documentaires dans la zone Euromed, le projet «Med Mem» dédié à l’échange de l’archive audiovisuel méditerranéen à vocation culturelle, éducative et scientifique ainsi que le projet «Université audiovisuelle de la Méditerranée», réseau d’universités d’enseignement audiovisuel et de cinéma dans le bassin méditerranéen.    APS

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*Une Journée Mondiale du Vivre Ensemble 

Cheikh Khaled Bentounes, le guide spirituel de la Tariqa Al Alawiya et président d’honneur de l’Association Internationale Soufie Alâwiyya (AISA), ONG Internationale, participe depuis le 9 mars 2015, à la 59ème session de la commission « Statuts de la Femme » du Conseil Économique et Social de l’ONU (ECOSOC), au siège des Nations Unies à New York.

A cette occasion Cheikh Khaled Bentounès demandera  que soit décrétée par l’ONU une Journée Mondiale du Vivre Ensemble (JMVE).

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La délégation conduite par Cheikh Bentounes est arrivée à New York le 8 mars. L’ouverture de la 59ème session de la Commission « Statuts de la Femme » de l’ECOSOC a débuté comme prévu lundi 9 mars et va se poursuivre jusqu’au 20 mars. Cheikh Bentounès participé à l’ouverture de la plénière à laquelle ont participé le Secrétaire Général de l’ONU Monsieur Ban Ki Moon, ainsi que de nombreuses délégations. Le guide spirituel de la Tariqa Alawiya a eu de nombreuses rencontres avec des responsables des ONG ainsi que des membres du bureau de coordination et support de l’ECOSOC.

Cheikh Bentounès a rencontré également  Mme Mounia Meslem, Ministre de la solidarité nationale de la famille et de la  Condition de la femme qui a prononcé une brillante communication dans le cadre de la table ronde « Femmes et politique », ainsi que la Ministre chilienne, Mme Claudia Pascual.

La délégation conduite par Cheikh Bentounes a aussi eu des entretiens avec l’Ambassadeur du Chili Christian Barros à qui il a été remis le dossier JMVE afin d’obtenir son soutien.

Pour sa part, Sabri Boukadoum, Ambassadeur d’Algérie ainsi que son épouse Mme Sabria Boukadoum, Consul Général à New York, ont  invité Cheikh Bentounes avec la Ministre  Mme Meslem et ses conseillers, à leur résidence. Les discussions ont porté principalement sur le manque de communications sur une vision positive de l’Islam, en tant que religion, qui prône les valeurs de tolérance et d’humanité et, sur la nécessité urgente de faire connaître au reste du monde et aux musulmans en particulier les préceptes universels prônés par le Coran.

À cette occasion, il a été remis à l’ambassadeur Boukadoum le dossier  de la Journée Mondiale du Vivre Ensemble (JMVE) dont il est souhaité vivement l’adoption par l’ONU. Il a été également remis à Madame la Ministre, le film « Islam, voix de femmes » réalisé dans le cadre du Congrès International Féminin, qui s’est déroulé à Oran du 28 au 31 octobre. Mme Meslem et l’ambassadeur Boukadoum ont assuré Cheikh Bentounes de leur soutien et leur encouragement.

’autres rencontres sont prévues avec d’autres délégations de plusieurs pays, entre autres celles de la  France, la Belgique et les États-Unis.

Pour rappel, c’est lors du Congrès International Féminin intitulé « Parole aux Femmes », organisé par AISA ONG Internationale, qui s’est tenu du 27 octobre au 2 novembre 2014 à Oran, que l’association a lancé une campagne de mobilisation mondiale pour que l’ONU décrète une «  Journée Mondiale du Vivre Ensemble » !

Une pétition a été initiée sur Internet dans ce but.Cheikh Khaled Bentounes a appelé les personnes de bonne volonté et tous les hommes et les femmes épris de Paix à signer cette pétition (JMVE) en signe de conviction que leur participation est une première pierre posée dans la construction de la culture de Paix.

«Et pour cela, nous avons décidé de vous demander de nous faire l’aumône d’un nom et d’une signature, pour proposer aux Nations unies, à son concert des nations, de poser cette première pierre, d’accepter et de décréter une journée mondiale pour le vivre ensemble (JMVE), qui sera le premier acte effectif, social, politique, humain, tout simplement, pour marquer ce moment solennel que nous vivons ici», avait affirmé le guide spirituel de la Tariqa Alâwyia.

« Cette pétition à l’intention de l’ONU est lancée pour démontrer aux autorités politiques de tous les pays notre DÉSIR DE PAIX. Chacun d’entre nous qui souhaite voir notre monde changer est invité à signer cette pétition. Plus nous serons nombreux à choisir de mieux vivre ensemble plus notre engagement changera le monde » a ajouté Cheikh Bentounes.*Par Khidr Ali | 12/03/2015 | algerie1.com

*voir vidéo Cheikh Khaled Bentounes au congrès international féminin à Oran

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Une autre civilisation s’impose

*Aprés l’échec de la civilisation actuelle

«Mission civilisatrice», disaient-ils, et nous avons eu les enfumages en Algérie, le massacre à Sétif, au Cameroun, à Madagascar et au Kenya.
«Sortie de la barbarie par l’évangélisation», clamaient-ils, et nous avons eu l’esclavage et la traite négrière.
«Supériorité civilisationnelle», écrivaient-ils, et nous avons eu deux guerres mondiales et les bombes atomiques sur Nagasaki et Hiroshima.
«Fin de l’Histoire», affirmaient-ils, et nous avons eu l’Afghanistan, l’Irak, la Libye et la Syrie….

**Frantz Fanon: «Allons, camarades, le jeu européen est définitivement terminé, il nous faut autre chose.»

Une autre civilisation s’impose bombe-atomique1

Il nous faut comprendre ce qui relie ces différentes dimensions : lorsqu’ils nous parlent de civilisation, il faut d’abord saisir- si nous voulons l’évaluer- son acte de naissance. 
Cette civilisation dominant aujourd’hui le monde est née par le mensonge, le pillage et la violence. Voilà son véritable acte de naissance. Les conditions qui ont permis l’accumulation des richesses permettant l’industrialisation, n’auraient pas vu le jour au nord de la planète s’il n’y avait pas eu la destruction des civilisations amérindiennes. Elles n’auraient pas pu croître comme elles l’ont fait s’il n’y avait pas eu l’esclavage comme péché originel. Elles n’auraient pas pu perdurer s’il n’y avait pas eu la colonisation comme âge  de maturité. Et aujourd’hui, nous avons l’impérialisme comme âge de sénilité.

Pour couvrir cela, depuis 4 siècles maintenant, nous avons de manière systématique les mêmes procédés de falsification de l’histoire. Le premier procédé utilisé consiste à nier les interactions, c’est-à-dire le lien entre la naissance de leur civilisation ici et la destruction d’autres civilisations, la négation du lien entre le développement économique ici et l’imposition d’une misère et d’une paupérisation massives dans d’autres aires de la planète. Le second procédé consiste à occulter les emprunts que l’Europe a faits au reste du monde, masquer l’apport philosophique de nombreux espaces de la planète qui ont été pillés et réintégrés dans une logique dominante ici.

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 *Pendant le colonialisme français, on massacrait les Algériens de sang froid !

De cette manière, se légitime une vision euro-centrique du monde et aujourd’hui une vision occidentalo-centrique posant les uns comme civilisés, ou plus civilisés, et les autres comme barbares, ou moins civilisés, construisant les uns comme dotés d’une dynamique historique et situant les autres en-dehors de l’histoire, inscrivant les uns comme dotés d’une rationalité scientifique et les autres caractérisés par une mentalité prélogique ou irrationnelle. La condition de possibilité d’une telle opération de falsification est la production d’un espace mental particulier. Rien n’aurait pu perdurer aussi longtemps s’il n’y avait pas eu la production d’un espace mental colonial, c’est-à-dire une déshumanisation à la fois des colonisés et des peuples des pays colonisateurs. Cet espace mental colonial reste encore largement dominant : il imprègne toute la quotidienneté ici et dans les pays dominés. Cet espace mental colonial, diffusé par de multiples canaux hier et aujourd’hui, continue à marquer les rapports dans le monde, les réflexes, les grilles de perception, les manières de percevoir l’autre. Cet espace mental colonial, n’est rien d’autre, comme le disait Aimé Césaire, qu’une «décivilisation». Une fois qu’il a été intériorisé et intégré, inévitablement tous les regards sur les phénomènes mondiaux et sur les peuples sont déformés.

Cet espace mental colonial produit des verrous de la pensée qui empêchent de voir le réel. Ces verrous de la pensée doivent d’abord être déracinés de nos imaginaires si nous voulons comprendre le monde et le transformer. La libération de l’espace mental colonial est une condition nécessaire (mais insuffisante) de l’émancipation collective. Une fois pris en compte cet acte de naissance barbare de leur civilisation, nous pouvons regarder son fonctionnement. Le discours dominant aime à mettre en exergue la sphère économique de l’Occident, censée être la plus efficace que l’humanité ait connue. Or, jamais l’humanité, dans aucun endroit du monde, n’a connu un système social où l’économie devient une fin en soi, au lieu d’être un moyen.

L’humanité a connu  de très nombreux systèmes économiques : il y a eu des évolutions dans l’ensemble des pays de la planète, dans lesquels on est passés d’un mode de production à un autre et tous les peuples se sont adaptés aux évolutions des contextes, mais jamais n’était apparue une civilisation qui mettait l’économie comme fin et non comme moyen au service d’autre fins, c’est-à-dire au service du bonheur de la communauté. Bien sûr, d’autres systèmes inégalitaires ont existé, mais jamais l’économie n’a pris une place aussi exclusive. La seconde dimension de cette économie «civilisée» est la marchandisation généralisée. Jamais l’humanité n’avait connu un système social dans lequel l’économie prétendait rendre marchandise l’ensemble des dimensions de l’être humain et de son environnement naturel : le sexe, les plantes, l’homme, la terre, l’air. Rien n’échappe potentiellement à la loi de la marchandisation dans un système où le profit est posé comme seul critère légitime.

Un autre aspect de cette économie «civilisée» est son fonctionnement irrationnel, dans la mesure où, dans la quotidienneté comme dans le durée, le fictif l’emporte sur le réel. Il suffit d’observer la place prise par la Bourse et le CAC 40 pour saisir la place prise par le fictif dans cette société. Eux, qui nous accusaient de venir de civilisations dans lesquelles il y avait du fétichisme, vivent dans des sociétés où l’argent est devenu fétiche, où la Bourse est devenue fétiche. La civilisation actuelle est la civilisation la plus fétichiste de toute l’histoire de l’humanité. Simplement, ces fétiches ne sont plus nos fétiches habituels qui nous reliaient aux générations passées. Ce ne sont plus les fétiches qui nous reliaient à la nature et aux générations futures.

Ce sont des fétiches qui sont uniquement centrés sur la production, sur le profit pour certains et la misère pour d’autres. Et puis, la dernière dimension de leur civilisation au niveau économique est qu’elle ne peut fonctionner sans crises. La normalité de cette économie est la crise, c’est l’absence de crise qui est exceptionnelle. S’ils mettent en avant leur supériorité économique, nous n’avons pas à être impressionnés : leur économie ne vaut rien. Cette une économie qui détruit et qui tue, qui déshumanise et qui marchandise, qui détruit les  liens humains et isole, qui nie l’homme et le producteur pour ne promouvoir que le consommateur et le propriétaire.

Un acte de naissance barbare et un fonctionnement destructeur sont les deux piliers de leur civilisation. Nous pouvons maintenant nous interroger sur les conséquences dans le rapport aux autres parties de la planète d’un tel soubassement. La réponse découle logiquement, pour peu que l’on observe la situation mondiale sur la durée et de manière lucide, c’est-à-dire en ne se laissant pas piéger par la parcellisation des faits qu’opèrent les médias. Ils n’ont qu’un moyen pour imposer leur domination : la violence et la guerre. Les guerres impérialistes d’aujourd’hui ont les mêmes causes que celles qui ont enclenché la destruction des civilisations amérindiennes et de peuples entiers avec l’esclavage et la colonisation.

Elargir la marchandisation, baisser le coût des matières premières, avoir une main-d’œuvre meilleur marché, contrecarrer les concurrents, avoir des investissements plus rentables : ce sont les mêmes causes qui produisent les mêmes effets. Tant que nous n’aurons pas touché au cœur de cette civilisation, cela se reproduira. Il en est de même des argumentaires de justifications. Bien sûr, il y a une actualisation des formes des arguments de justifications, mais, fondamentalement, ceux-ci restent les mêmes : on nous parle encore d’aller libérer les femmes de certains peuples qui seraient opprimées et pour cela il faudrait des guerres ; on nous parle encore de besoin d’intervenir pour les droits de l’homme ; on nous parle encore, comme il y a 400 ans, d’apporter un cadeau à ces sauvages en venant les violer, en venant détruire leur système-monde.

Et puis, la dernière dimension qui me semble essentiel d’avoir en tête, c’est lorsque l’on nous parle de civilisation, de nous interroger sur l’idéal du «moi». Quel idéal ces sociétés donnent-elles à leurs membres ? Disons-le honnêtement : la civilisation dominante aujourd’hui est une civilisation qui donne comme idéal à nos enfants la négation de leur hominisation, la négation de leur caractère d’êtres humains, la négation de leur caractère de personnes en lien avec leurs semblables. Voici donc une civilisation qui est basée sur un rapport philosophique, qui est l’individualisme, c’est-à-dire la négation de tous les regroupements communautaires. Or, ce qui caractérise les sociétés qui ont été violées et agressées, c’est justement le fait que l’homme est en lien avec ses communautés d’appartenance. C’est le fait que le collectif, le «nous», donne un sens à l’individu et non le contraire.

Où est la civilisation et où est la barbarie ? Les autres caractéristiques de l’idéal du «moi» de  ladite civilisation dominante vont dans la même direction aliénante. C’est une civilisation basée sur l’oubli du temps passé, c’est-à-dire des héritages et l’oubli du temps futur, des responsabilités vis-à-vis de nos enfants. C’est une civilisation qui «chosifie» la femme et l’homme avec des émissions comme Star Academy dans lesquelles l’être  humain devient une chose et cela est mis en scène et présenté comme étant une «émancipation». C’est une civilisation qui est basée sur une guerre du tous contre tous et non pas – comme la plupart des sociétés paysannes d’où nous venons – sur la solidarité comme valeur centrale.

C’est une civilisation qui oublie le lien de notre espèce avec la terre. Ce n’est pas par hasard ou par bêtise si les différentes cultures du monde, des rites berbères aux rites amérindiens, en passant par les rites du Cameroun et de Madagascar – ont célébré la terre. C’est parce qu’il y a conscience que notre passé et notre  avenir ont un lien avec la terre, non pas comme simple objet matériel, mais comme l’ensemble des héritages de l’être humain.

Et puis, c’est une civilisation qui a confondu volontairement deux notions, la nécessaire unité politique qu’il nous faut construire avec une unicité culturelle. La confusion entre unité politique et unicité culturelle est le vecteur de justification de toutes les opérations d’assimilation et d’homogénéisation mondiale, c’est à dire de la négation de toute la richesse de l’humanité. Alors que dire pour conclure ? Disons avec Marx, que cette société n’est pas «l’histoire de l’humanité », que  cette civilisation n’est que sa «préhistoire». Disons avec Césaire, que cette civilisation est chaque jour plus «décivilisée». En réalité, nous sommes dans une phase de décadence, non pas au sens moral mais au sens Khaldounien du terme, c’est-à-dire lorsque disparaît dans une civilisation le donneur de liaisons entre les parties. A son époque,  c’était l’asabiyya.

Aujourd’hui, il faut nous interroger sur ce donneur de liens que nous voulons recréer pour demain. Nous dirons avec Frantz Fanon, «Allons, camarades, le jeu européen est définitivement terminé, il nous faut autre chose.» Avec lui, nous ajouterons que ce sont les «damnés de la terre» d’ici et de là-bas qui ont cette chose à accomplir, car ils sont les seuls à avoir tout à perdre au non-changement et tout à gagner au changement. Que certains «damnés de la terre» soient aveugles, c’est inévitable : par le complexe de supériorité pour les uns, et d’infériorité du colonisé pour d’autres. Ne les attendons pas ! Ils nous remercieront plus tard d’avoir été sévères avec eux. Nous n’assistons pas à la fin d’un monde, mais à la fin de «leur monde». Oui, une autre civilisation est nécessaire ! Oui, une autre civilisation est possible ! C’est une histoire de lutte : organisons-nous pour une nouvelle civilisation plus égale !  

* Par: Saïd Bouamama. Front uni des immigrations et des quartiers populaires ( contribution parue dans El Watan-25.08.2012.)

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 Trafic d’êtres humains dans l’Union Européenne

Hausse de 18% des personnes astreintes au travail forcé  et à la prostitution en Europe.

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« Il est difficile d’imaginer que dans nos pays de l’UE libres et démocratiques, des dizaines de milliers d’êtres    humains peuvent être privés de liberté et exploités, vendus comme des marchandises », a déclaré la commissaire européenne chargée des Affaires intérieures, Cecilia Malmström dans un rapport de la Commission sur la lutte contre le trafic d’êtres humains dans les Etats membres de l’Union européenne. C’est pour la première fois qu’un rapport sur ce sujet a été présenté.
On constate une hausse de 18% des personnes astreintes au travail forcé  et à la prostitution entre 2008 et 2010 en Europe. Dans le même temps, le nombre de personnes condamnées pour trafic d’être humains, a baissé. Selon les chiffres officiels, 23 632 personnes ont été victimes du trafic d’êtres humains, dont une majorité de femmes et de fillettes et 20% d’hommes et de garçons. Deux personnes sur trois ont été asservies à des fins sexuelles, les autres étant  contraintes au travail forcé, à exercer des activités criminelles ou bien à faire des dons d’organes. La plupart des victimes, soit plus de 60%, sont ressortissants des Etats membres de l’UE,  majoritairement de la Roumanie et de la Bulgarie.
D’après Axel Dreher de l’université de Heidelberg, en Allemagne il y a  60 fois plus de prostituées qu’en Suède, où la prostitution est hors la loi. Par conséquent, les cas de trafic d’êtres humains sont également plus nombreux.
Evidemment, ce problème n’est pas propre à l’Allemagne, a expliqué à La  Voix de la Russie le vice-président de l’Union des membres de la police criminelle allemande Bernd Carstensen.

« Le problème du trafic d’êtres humains est un problème mondial. Il  est en fait très difficile d’établir le fait de l’exploitation des jeunes filles originaires d’Europe de l’Est ou du Sud en ce qui concerne les activités de prostitution en Europe de l’Ouest. Dans  certains pays, il est facile d’éviter les poursuites pénales. Voici ce qui se passe en Europe, voici ce qui se passe en Allemagne ».
Vladislav Belov, responsable du département des pays et des régions de  l’Institut de l’Europe, constate quand-même certains progrès en la matière.
« Soyons optimistes. Les milieux criminels ont toujours recherché  de gros revenus. L’Union européenne essaie de combattre ce phénomène. Je pense que les principes démocratiques sont quand-même ceux sur lesquels s’appuient les pays membres de l’UE. L’Etat russe  lutte, lui aussi, contre ce type d’activités criminelles. C’est là l’un des domaines de coopération entre la Russie et l’Union européenne ».
Selon un rapport présenté récemment aux Etats-Unis, 27 millions de  personnes dans le monde sont contraintes au travail forcé et à la prostitution. Seulement 33 Etats sur 185 sont en mesure de respecter pleinement les obligations internationales dans ce domaine.  L’Europe ne fait donc pas figure de mauvaise élève mais elle est bien déterminée à lutter contre le trafic d’êtres humains. *wikistrike.com +Voix de la Russie- Sam 20 avr 2013.

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 Les pionniers de la transition vers une société plus participative, solidaire et humaine

*Le monde compte pas moins d’un million de révolutions tranquilles

C’est avec un doux mélange de modestie et d’enthousiasme qu’elle se défend d’avoir réalisé une encyclopédie mondiale des alternatives citoyennes. Pourtant, l’ouvrage de la journaliste Bénédicte Manier (Un million de révolutions tranquilles, paru aux éditions Les Liens qui Libèrent, 324 p.) offre un survol riche et passionnant des actions menées par les pionniers de la transition vers une société plus participative, solidaire et humaine.

Lutte contre la faim, habitats coopératifs, microbanques, ateliers de réparation citoyen, financement en autogestion d’emplois ou de fermes bio, échanges de biens, de services et de savoir, etc… tout y est ! Embarquement immédiat.

Une effervescence de terrain

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Journaliste à l’Agence France Presse (AFP) depuis 1987, Bénédicte Manier s’est spécialisée au fil des ans sur les questions de développement et de pauvreté des populations. Dans ce livre, elle propose un voyage itinérant au pays des solutions citoyennes appropriées aux enjeux du siècle – de la réhabilitation du réseau des johads (bassins creusés dans la terre pour recueillir les eaux de ruissellement et recharger les nappes phréatiques) au Rajasthan en passant par les réseaux de coopératives de production en Amérique Latine, des exemples de relocalisation des modes de vie aux systèmes de santé citoyen qui existent aux Etats-Unis ou en Belgique.

« Ces révolutions, j’ai l’impression de les connaître depuis toujours, confie-telle. J’ai croisé des quantités de domaines liés au développement local et j’ai profité de mes déplacements personnels pour ne pas passer des vacances idiotes. Je suis donc allée voir sur place ce dont j’ai entendu parler ».

L’auteur confirme ainsi son intuition : ces initiatives se multiplient partout à l’identique – ou presque – en dépit de leurs domaines d’application très variés (habitat, santé, consommation, etc.) et de leurs conditions de développement, dans les pays industrialisés ou émergents. « Certains de ces mouvements existent depuis trente ans, mais la crise accélère le développement des alternatives« , note la journaliste pour qui les inspirations à l’origine de ces révolutions sont également les mêmes où que l’on soit. « Les citoyens répondent au même désir, et nous avons affaire à une effervescence de terrain qui concerne des millions de personnes dans le monde », explique l’auteur.

Pour elle, ces évolutions ne sont pas marginales : elles se développent au cœur des sociétés et les classes moyennes qui sont au cœur du changement. Et elles posent une question : qu’est-ce qui fait que les gens mettent en place des alternatives identiques sans se connaître ?

Le rôle du politique

Un élément de réponse se trouve peut être dans l’incapacité du monde politique à comprendre réellement la portée ces actions ». Les citoyens ne sont pas contents du système dans lequel ils vivent et tracent eux-mêmes les voies du changement, à tel point que leurs dynamiques prennent de vitesse le politique et le secteur privé : « alors que la défense de l’intérêt collectif voudrait que le monde politique soit plus à l’écoute, le système actuel ne répond pas à ses aspirations », regrette Bénédicte Manier pour qui cela signe la fin d’une époque, comme elle me l’a confié dans la pastille sonore suivante:

Mais si ces initiatives citoyennes sont possibles, c’est aussi par l’existence d’une démocratie qui garantit la manière dont la société civile peut prendre les choses en main. « Je ne suis pas allée enquêter en Chine ou en Russie, mais je n’y ai pas repéré pour l’instant ce type de dynamique » souligne Bénédicte Manier.

D’ailleurs, ces révolutions ne se font pas contre le politique, mais bien plutôt en parallèle. « Les citoyens qui agissent le font parce qu’il faut le faire. Bien souvent, le pouvoir politique ne les soutient pas car ils croient d’avantage dans les grosses infrastructures de développement, les moyens simples ne sont plus dans leur imaginaire« , estime-t-elle tout en soulignant qu’il est possible d’observer de la collaboration et de la bienveillance publique dans certains pays, comme au Brésil ou en Argentine. A Rosario par exemple, la municipalité a recensé les terrains et aménagé 60 hectares de terrains vacants pour y permettre le développement de 800 jardins communautaires qui nourrissent 40 000 habitants (sur les 1,2 millions que compte l’agglomération). Cela a relancé l’économie locale et prouve à quel point le soutien politique peut faire la différence.

Une « réappropriation » du monde

Au fil des pages, on mesure l’ampleur de la réappropriation du pouvoir citoyen. La journaliste explique: « pendant un temps, le citoyen s’est effacé devant le consommateur : on a tout fait pour lui, on lui a amené des supermarchés, du made in China, etc. jusqu’à ce qu’il se rende compte que ce type d’économies a des effets négatifs en terme d’emplois, qu’il engendre une perte de qualité, des crises sanitaires et autres excès« .

Le temps est venu du changement par la proximité, le partage et le collaboratif : le succès des AMAP et autres initiatives relevant de la consommation collaborative ne montre-t-il pas qu’il est possible de retrouver une qualité et une transparence? Il est aisé d’agir sur notre environnement immédiat. Le changement concret permet de la réappropriation et l’entrée dans l’ère de la post-mondialisation où les sociétés changent peu à peu leurs valeurs.

Les jeunes entrepreneurs sociaux mènent aussi des projets enthousiasmants: ils ont envie de créer des circuits, des plateformes de distribution de produits bio, des coopératives d’énergie verte, des entreprises de service de proximité – avec une économie tournée vers les besoins des population. Et cette économie est aussi profitable que l’économie traditionnelle, à la différence que ce profit est mis au service d’une logique positive pour la société.

A bon entendeur…

*Anne-Sophie Novel / @SoAnn sur twitter—-mBlog. 28.11.2012.

**consulter par ailleurs:

Les conspirateurs positifs sont parmi nous

Lionel Astruc, (R)évolutions, pour une politique en Acte, chez Acte Sud Editions (mars 2012)

Vincent Tardieu, Vive l’agro-révolution française, chez Belin (août 2012)

Vive la CoRévolution, pour une société collaborative, chez Alternatives (mai 2012)

Pierre Rabhi, Eloge du génie créateur de la société civile, chez Acte Sud Editions (janvier 2012)

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Inventer une autre société

Rencontre avec l’auteure d’un livre porteur d’espoir : partout dans le monde, des citoyens s’organisent pour subvenir à leurs besoins et inventer une autre société.

A l’heure où la phrase de Margaret Thatcher « There is no alternative » (au libéralisme, à la rigueur budgétaire) n’a jamais été autant dans la bouche des dirigeants, il est bon de rappeler la réponse de Susan George : « There are thousands of alternatives ».

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La journaliste Bénédicte Manier est partie de la deuxième assertion et, pendant deux ans, est allée voir ce qui fait bouger la société civile, les graines de changement semées partout et qui inventent un « autre monde possible ». Elle en a ramené un livre passionnant, « Un million de révolutions tranquilles » (Editions Les liens qui libèrent), qui fourmille d’utopies réalisées.

Des assemblées villageoises qui gèrent l’eau en Inde aux banques citoyennes en Espagne, elle décrit le fonctionnement de quelques-unes des solutions susceptibles de contourner la grande machine capitaliste.

Rue89 : Qu’est-ce qu’une « révolution tranquille » exactement ?

Bénédicte Manier : Ce sont des changements locaux, qui se mettent en place silencieusement pour résoudre les problèmes auxquels la population est confrontée – chômage, pauvreté, malnutrition, dégâts sur l’environnement… –, défis que les pouvoirs publics semblent impuissants à résoudre. Alors les citoyens décident d’agir eux-mêmes. Et aujourd’hui, on assiste à un foisonnement d’initiatives sur tous les continents, de solutions locales facilement transférables d’un pays à l’autre.

En agriculture, on voit émerger de nouvelles zones d’autosuffisance alimentaire, avec des réformes agraires menées par les habitants eux-mêmes ou la régénération d’écosystèmes grâce à l’agroforesterie et au bio. En Afrique, en Asie, en Amérique latine, des coopératives créent de l’emploi et sortent de la pauvreté des milliers d’oubliés de la croissance.

Une autre façon d’habiter les villes a aussi émergé, avec partout l’essor de coopératives de logement et de l’agriculture urbaine (New York, par exemple, compte 800 jardins partagés). Contre la spéculation, des filières d’épargne citoyennes se sont développées.

Pour les exclus du système de santé, des citoyens américains ont ouvert 1 200 cliniques gratuites. Contre la « malbouffe », les consommateurs japonais ont adhéré par millions aux « Teikei » (les Amap locales) et aux coopératives d’achat direct aux fermiers. Ils ont aussi créé leurs propres services (crèches, emplois familiaux…). Dans des domaines très variés, la société civile reprend ainsi en main les enjeux qui la concernent et devient un vrai moteur du changement social.

De quand datent ces initiatives ?

Certaines d’il y a vingt ans, mais depuis une dizaine d’années, les changements sont devenus très visibles dans le domaine de la consommation. Les classes moyennes des pays industrialisés ont largement adopté la « consommation collaborative », qui consiste à acheter moins, mais mieux, et entre soi : on achète d’occasion, on partage, on loue, on troque, on répare au sein d’ateliers participatifs, on échange des services sans argent…

En bref, on développe les « 4 R » (réduire, réutiliser, réparer, recycler). On se tourne aussi vers le local et le bio, pour savoir ce qu’on mange et soutenir l’économie de proximité. Et en imposant ces nouveaux comportements, la société civile a en partie réorganisé la distribution et amorcé une transition vers des modes de vie plus économes et plus écologiques.

C’est ce qu’on appelle le « penser global, agir local », que Coline Serreau avait décrit dans son dernier film ?

Exactement. C’est une évolution profonde : les gens se rendent compte que le modèle de développement actuel a trouvé ses limites et souhaitent d’autres logiques que le tout-marchand. En soutenant une coopérative locale ou une Amap, en échangeant dans un système d’échange local (SEL) ou en plaçant son épargne dans l’économie solidaire, le citoyen contribue à une activité économique qui répond mieux à ses valeurs.

Est-ce aussi ce qu’on appelle l’économie de la débrouille ?

Oui, mais pas seulement. L’« économie de la débrouille » donne l’impression que c’est uniquement déclenché par la crise. En réalité, cela fait plusieurs années que les classes moyennes ont silencieusement changé de valeurs. Par exemple, quand une petite partie d’entre elles se détache des banques commerciales pour aller vers des circuits financiers solidaires, c’est parce qu’elles cherchent du sens et veulent voir leur argent servir à autre chose que la spéculation. Ce changement d’aspiration date d’avant la crise et celle-ci n’a fait que l’accentuer.

Quels sont les profils concernés ?

On a affaire à des générations très connectées, très informées, conscientes des grands enjeux et qui ne se retrouvent plus dans l’hyperconsommation, mais davantage dans des comportements conviviaux et coopératifs.

Les consommateurs sont ainsi devenus des acteurs des filières ; en partageant leurs outils de bricolage, leurs maisons (Couchsurfing) ou en organisant leurs propres circuits de livraison de colis par covoiturage, ils mettent en place une économie collaborative, ce qu’explique Anne-Sophie Novel dans son livre « Vive la co-révolution ».

Les logiciels libres notamment sont issus de cette coopération transversale. C’est une forme de déclaration d’indépendance vis-à-vis de l’économie classique, qui se fait sans vraiment d’idéologie, mais plutôt avec pragmatisme. C’est finalement une génération post-mondialisation, qui en a adopté les outils (Internet, smartphone), mais qui les met au service d’actions citoyennes participatives et décentralisées.

Décroissants, créatifs culturels, sous quelle bannière les regrouper ?

Certains sont dans l’une ou l’autre tendance, mais beaucoup n’entrent dans aucune. Les créatifs culturels sont ceux qui dans les années 1990 ont créé une autre manière d’être au monde, en étant davantage dans l’être que dans l’avoir. Mais aujourd’hui, le changement s’est élargi à d’autres groupes sociaux. Je ne me hasarderais pas à quantifier, mais visiblement le changement concerne une bonne partie des classes moyennes.

Deux livres parus en 2010 aux Etats-Unis ( « Consumed : Rethinking Business in the Era of Mindful Spending » et « Spend Shift : How the Post-Crisis Values Revolution Is Changing the Way We Buy, Sell, and Live ») ont montré que 72% des habitants des pays industrialisés ont adopté des modes d’achat plus écologiques et plus sociaux, et que 55% des ménages américains ont mis en place une consommation « démondialisée », en adhérant à des valeurs d’autosuffisance, de « do it yourself » ou d’achat sur les marchés fermiers locaux.

Quelle peut être la traduction politique de tout cela ?

Ces changements silencieux se font en dehors des groupes constitués, c’est typique des sociétés en réseaux où l’on se regroupe entre voisins ou en groupes informels aidés par les réseaux sociaux. Il n’y a pas de relais politique : les citoyens ont plus ou moins intégré l’idée qu’on ne change pas le monde avec un parti politique, ce qui exprime une sorte de fatigue de la démocratie, comme l’explique Pierre Rosanvallon.

Et ils ne descendent plus dans la rue. La contestation des Indignés et du mouvement Occupy Wall Street a d’ailleurs trouvé ses limites et ces groupes se réinvestissent maintenant dans les initiatives concrètes. Les Indignés espagnols créent par exemple des coopératives de logement et des systèmes d’échange gratuit de services. On n’est plus dans la protestation, mais dans le passage à l’acte.

Est-ce que le nouveau réseau social Newmanity est susceptible de leur donner plus d’occasions de se rencontrer et plus d’écho ?

Il est intéressant de voir se développer des réseaux sociaux davantage liés à ce changement d’aspirations. Cette nouvelle génération de réseaux va au-delà de la simple mise en relation, pour proposer du sens : elle propose de partager les mêmes valeurs éthiques. Et si Newmanity diffuse ces initiatives de changement, il va sans doute accélérer leur progression, notamment par une logique de « translocal », une reproduction d’un territoire à un autre.

Parmi les acteurs importants, il y a le Québec. Qu’a-t-on à apprendre de lui ?

Les coopératives d’habitants se sont beaucoup développées là-bas, car la société civile a créé des structures de professionnels qui aident les gens à transformer des bâtiments désaffectés en habitats coopératifs, ou à concevoir des immeubles écologiques et conviviaux où on habite ensemble en mutualisant les charges. Les logements sont à l’abri de la spéculation et sont loués nettement en dessous du marché. Au Québec, on en compte 1 200, qui logent 50 000 personnes.

Elles se sont aussi développées en Allemagne, en Angleterre, en Suède, aux Etats-Unis… mais peu en France, pays très réglementé et plus colbertiste. Les « Babayagas » ont ainsi eu beaucoup de mal à créer une forme d’habitat coopératif : parce qu’il n’entre dans aucune case administrative, elles ont dû passer par un office HLM. De même, il est difficile ici de créer des coopératives d’énergies renouvelables, notamment parce qu’il faut revendre son électricité à EDF, qui a baissé ses tarifs de rachat. L’individualisme joue aussi sans doute un rôle.

Les initiateurs de l’expérience des éoliennes citoyennes en Pays de Vilaine ont ainsi ramé pendant dix ans ! Mais ailleurs, ça se développe : au Danemark, 86% des parcs éoliens appartiennent à des coopératives de citoyens. Et en Allemagne, une quarantaine de villages sont déjà autonomes en électricité et se la revendent entre eux, préfigurant ce que Jeremy Rifkin appelle la Troisième révolution industrielle.

Quels sont les projets les plus avancés en France ?

Chez nous, ce qui marche bien, ce sont les circuits courts, les monnaies locales, la consommation collaborative ou, dans une certaine mesure, l’épargne solidaire, avec par exemple Terre de liens pour sauver les fermes de terroir. Mais une coopérative financière comme la NEF reste bien moins importante que les grandes coopératives d’épargne américaines (les « credit unions »), ou que la Coop57– coopérative catalane grâce à laquelle les particuliers financent directement l’économie solidaire locale –, ou encore que les banques sociales et écologiques comme la Triodos Bank des Pays-bas ou la Merkur Bank du Danemark.

« Un million de révolutions tranquilles » peuvent-elles faire une grande révolution ?

Je décris une évolution des mentalités lente mais réelle, qui va certainement se développer car elle est portée par les classes moyennes, ces « trendsetters » qui fixent les normes de demain. Est-ce qu’un jour tout cela atteindra une masse critique ? Je n’en sais rien, mais on est certainement dans une transition. Les citoyens vont plus vite que les politiques, et ils inventent de nouveaux comportements parce qu’ils ont envie de vivre mieux. Ce mouvement « bottom up » est certainement amené à se développer.

Comme dirait Pierre Rabhi, changer le monde nécessite de changer soi-même, non ?

Les gens ont déjà cette intuition que les théoriciens de la décroissance comme Rabhi, Latouche, Viveret, les penseurs de la transition, Rob Hopkins, formulent. Ce sont des initiatives encore minoritaires, mais qui se multiplient maintenant d’un bout à l’autre de la planète, montrant que quelque chose est en train de bouger à la base de la société. Quand des habitants commencent à transformer l’habitat, l’agriculture ou d’autres les aspects de la vie quotidienne, on est peut-être en train de passer à une autre époque.*Rue89-30.12.2012.

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*L’Occident voit les relations entre nations sous le seul angle des rapports de force

Les Occidentaux comprennent les relations entre nations, non pas du point de vue du dialogue et de la consultation – afin de trouver des solutions consensuelles de sortie de crise et autres conflits de notre temps – mais sous le seul angle des rapports de force. Perpétuant de la sorte, le concept de «blocs idéologiques» qui a tant desservi la paix au XXe siècle. Ainsi, ces dernières années, et d’une manière systématique, l’Occident a tenté d’imposer aux autres nations sa lecture et vision spécifique des événements. Il se servit, pour ce faire, de la menace de sanctions qu’il brandit, invariablement, à chaque crise comme la panacée première et ultime. Cela a été constaté dans nombre de cas, singulièrement dans les affaires du nucléaire iranien, et dans le conflit syrien où l’Occident a d’abord, châtié sans essayer de voir s’il n’y aurait pas d’autres issues que la sanction. Ce que montre de façon saisissante la crise ukrainienne, aggravée par la menace de sécession de la presqu’île de Crimée. La situation est d’autant plus complexe que l’Occident n’a pas été pour peu dans l’ampleur prise par la crise. L’ingérence occidentale en Ukraine – plusieurs ministres européens et le chef de la diplomatie américaine se sont succédé sur le Maidan à Kiev, où les opposants au président Ianoukovitch se sont retranchés – est évidente qui, loin de calmer le jeu, a incité les opposants ukrainiens – dont nombreux étaient des extrémistes – à l’irrédentisme. L’Ukraine est une mosaïque de nationalités, parmi lesquelles celle des russophones est dominante dans l’est du pays et en Crimée. Ne tenant pas compte de ce paramètre et de ce que veulent les populations ukrainiennes, l’Occident a vite fait de réduire le conflit à une opposition entre l’Ukraine et la Russie. Ce qui est court et, à tout le moins, inexact dès lors que le conflit couvait en fait depuis la fameuse «Révolution orange» fomentée et préparée par l’agence de renseignement américaine, CIA, avec la prise de pouvoir à Kiev des pro-Occident. Le vent a toutefois tourné avec l’arrivée aux affaires des pro-Russie. C’est là un fait d’histoire. Pour dire que l’instabilité de l’Ukraine dure depuis une décennie. Les troubles dans ce pays ont commencé quand le président Viktor Ianoukovitch a refusé de signer l’accord de coopération avec l’Union européenne pour se rapprocher de la Russie. C’est ce qui a donné le coup d’envoi aux manifestations pro-européennes. Toutefois, l’accord trouvé entre Ianoukovitch et les opposants a été détruit par ces derniers qui ont fait destituer le président ukrainien, ouvrant ainsi la voie à tous les dérapages dont le plus grave reste le risque de partition de l’Ukraine avec le détachement de ce pays de la presqu’île de Crimée. Cette éventualité a été condamnée par l’Occident – les Occidentaux estimant même «illégal» le référendum prévu dimanche en Crimée – oublieux cependant que ce sont les Européens et les Américains qui ont ouvert la voie à la balkanisation de l’Europe par la reconnaissance hâtive de la scission de la province du Kosovo avec la Serbie. Néanmoins, après avoir joué au pyromane, l’Occident accuse la Russie des maux dont l’Ukraine est porteuse, envisageant même un chapelet de sanctions contre Moscou. C’est ainsi que le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, qui ne semble avoir d’autres idées que de menacer de sanctions ceux qui ne se soumettent pas aux oukases des puissants – parmi lesquels évidemment la France se compte – tente par ce biais, de faire reprendre à son pays une grandeur, hélas, à jamais perdue. Le ministre français affirma, mardi dernier, que de nouvelles sanctions, peuvent être «dès cette semaine», prises contre la Russie si elle «ne répond pas» aux propositions occidentales de «désescalade» en Ukraine. Les Etats-Unis ont, pour leur part, déjà décidé de «suspendre tous les liens militaires» entre les deux pays, comme de restreindre les visas et la possibilité de «gel des avoirs» des Russes. Les sanctions? Leurs effets sont connus et en général nuls (cf; les cas de Cuba et de l’Iran en font foi) mais en prenant ces décisions arbitraires, les puissances occidentales, outre d’abuser de leurs prérogatives neutralisent de fait l’ONU à laquelle revient normalement et de droit, l’initiative de sanctionner ses pays membres. La «trique» ne pourra jamais remplacer une politique internationale basée sur le partenariat, le respect des autres et les solutions consensuelles. La politique du «big stick» du temps de Théodore Roosevelt ne peut plus avoir cours au XXIe siècle. C’est pourtant le choix fait par un Occident qui use plus de la force que de la raison.*Par Karim MOHSEN-L’Expression-Jeudi 13 Mars 2014

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Le 12e Forum social mondial à Tunis- du 26 au 30 mars 2013

*Le long combat pour un nouveau monde

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Signe d’une démocratie naissante, Tunis se transforme, à partir d’aujourd’hui-mardi 26.03.2013., en capitale internationale du mouvement altermondialiste.

Tunis.
Envoyé spécial d’El Watan-26.03.2013.

Deux ans après la chute de la dictature de Ben Ali, la Tunisie accueille le 12e Forum social mondial (FSM), baptisé «Forum de la dignité», qui s’ouvrira aujourd’hui par un rassemblement des femmes du FSM qui se tient au campus El Manar.
C’est la première fois que le FSM se tient dans un pays arabe. Les rues de la capitale vivent depuis quelques jours déjà au rythme incessant des militants altermondialistes qui posent leurs bagages à l’antique Carthage. Le pays de Mohamed El Bouazizi – étincelle du Printemps arabe – se met aux couleurs (rouge) des mouvements sociaux internationaux. Le parfum du jasmin se mélange à l’odeur de la lutte anticapitaliste pour rendre possible un autre monde. «Un autre monde est possible» est le leitmotiv du mouvement altermondialiste. Les Tunisiens donnent la réplique : «Une autre Tunisie est possible».

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Plus de 50 000 personnes sont attendues représentant 4500 mouvements sociaux de 127 pays. A chaque coin de rue, des pancartes sont accrochées annonçant, en arabe, en berbère, en français, en anglais, en espagnol et en russe, l’événement. Des centaines de jeunes volontaires, dont la plupart ont pris part à l’insurrection de janvier 2011, font campagne d’explication sur le sens et l’objectif de cette grande manifestation mondiale. Une grande tente est érigée au cœur de l’avenue Bourguiba à cet effet. «Ça nous rappelle l’ambiance de la révolution. C’est une belle opportunité que de rencontrer la jeunesse mondiale pour échanger les expériences», glisse un volontaire. L’effervescence est totale et tout le monde y trouve son compte. Les cafés, les restaurants, les hôtels affichent complet. Subitement, Tunis se réconcilie avec le monde extérieur après les mois de doute et… «d’insécurité». «Le pays est déserté par les étrangers depuis quelques mois en raison de l’instabilité politique et sécuritaire.

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Mais depuis une semaine, nos cafés et restaurants sont pleins de monde. J’espère que ce forum rehausse l’image de la Tunisie», confie un gérant de restaurant. Trente mille participants au forum sont attendus, de quoi donner un coup de pouce à une économie en berne. Les organisateurs tunisiens, aidés par d’autres volontaires maghrébins et européens, s’affairent à apporter les dernières retouches avant le démarrage du forum. «Un défi à relever», selon Mohieddine Cherbib du Forum social tunisien. «C’est la continuité de la révolution du 14 janvier. Malgré la situation délicate que traverse le pays au plan politique, social et sécuritaire, nous sommes déterminés à réussir ce regroupement mondial et montrer que la Tunisie révolutionnaire résiste vaillamment. C’est un hommage aux martyrs de la révolution et surtout à la mémoire de Chokri Belaïd, assassiné et qui était une voix de la démocratie et progressiste. Sa voix ne sera jamais éteinte», assure résolument Cherbib, courant dans tous les sens. Il y a passé toute l’après-midi d’hier à résoudre le problème de la délégation algérienne bloquée aux frontières. «Les Algériens seront bel et bien à Tunis, parce que ce forum est dédié aussi au Maghreb des peuples», lâche-t-il.

Comme au temps de la révolution

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Les réseaux de jeunes constitués lors du soulèvement qui a renversé le dictateur Ben Ali se sont reconstitués à la faveur de ce regroupement internationaliste. Issus des différents courants qui animent la vie politique tunisienne, des militants essentiellement de gauche, mais aussi des ONG, des féministes, des artistes, des syndicalistes et des révoltés de l’intérieur du pays reprennent le flambeau de la lutte dans une Tunisie en proie à des tiraillements politiques mettant à rude épreuve la transition démocratique. L’organisation du forum a besoin d’une main-d’œuvre importante pour pouvoir organiser plus de 1000 débats, une centaine d’expositions et projections de films. Marwa Selama est l’une des centaines de volontaires, fière et heureuse de participer à une action collective mondiale. «C’est un moment historique pour moi et mon pays. Je suis mobilisée depuis plus de six mois. Nous devons réussir cette grande manifestation mondiale. C’est un honneur pour moi d’y participer et de montrer au monde entier que la Tunisie a bien changé. Nous avons besoin des expériences des autres peuples qui ont lutté pour la liberté.

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Ce forum nous permet d’échanger les expériences et de débattre, mais surtout d’essayer de trouver des réponses adaptées à notre situation. Une situation un peu difficile. Ce n’est pas évident de passer de 23 ans de dictature policière à la démocratie. Ça demande du temps, de la patience, mais surtout l’implication de tout le monde. Nous sommes conscients que cela va être un processus long. Nous sommes en train de réapprendre l’exercice démocratique», nous confie-t-elle non sans afficher son optimisme pour un monde tunisien meilleur. Tout comme elle, Abdelsetar, syndicalistes du bassin minier de Gafsa, est venu exposer l’expérience syndicale des miniers de la région. «La tenue du forum à Tunis donne un sens à notre révolution. Nous nous sommes soulevés pour la dignité et la liberté et pour une Tunisie ouverte sur le monde. Ce sont des valeurs que nous partageons avec les Européens, les Américains, les Latino-Américains, les Africains et les Asiatiques. Nous sommes tous des indignés», tonne-t-il.

Gilberto Gil en guest star

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Non loin de l’avenue Bourguiba, au 2e étage du 47, rue Farhat Hached – nom du leader syndicaliste et un des chefs de file du Mouvement national tunisien – dans les locaux du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux, quartier général de l’organisation du FSM, d’autres bénévoles travaillent sans interruption. La logistique, les questions techniques, l’organisation des ateliers, l’acheminement des participants vers le campus El Manar (nord de Tunis) qui abrite les activités du forum, autant de tâches à accomplir. Téléphone collé à l’oreille, les doigts tapant sur l’ordinateur pour la rédaction d’un communiqué, Abdeslam, syndicaliste de l’UGTT, est un peu déçu. L’ex-président brésilien Lulla ne pourra pas faire le déplacement à Tunis pour le forum. Empêchement de dernière minute. Le syndicaliste Abdeslam se console de la présence d’une autre figure brésilienne et pas des moindres : le célèbre chanteur Gilberto Gil, qui était également ministre de la Culture sous le gouvernement de Lulla avant de démissionner.

C’est lui qui animera le concert de ce soir au stade El Menzah où 70 000 personnes sont attendues. C’est dans son pays, à Porto Alegre (Rio Grande do Sul) exactement, en 2001, où est né le Forum social mondial dont l’objectif était d’apporter la contradiction au Forum économique mondial de Davos (Suisse), marquant ainsi une autre étape dans l’affrontement de deux visions du monde. Celui impitoyable, soumis à la dictature de la finance et des marchés face à un autre monde fondé sur la justice sociale, l’émancipation des peuples et la dignité humaine. Un forum qui regroupe des militants de gauche, des syndicalistes, des défenseurs de l’environnement, des militants des droits de l’homme, des paysans et tous celles et ceux partout dans le monde sont révoltés contre un monde fait de domination. Son but est de fédérer entre toutes les luttes au niveau mondial pour mieux résister à une économie capitaliste mondialisée. Depuis son lancement en 2001, le FSM a soulevé tant d’espoir pour tant de peuples.

La Palestine à l’honneur

Les organisateurs du 13e Forum social mondial de Tunis n’ont pas oublié le peuple palestinien. Sa lutte sera au cœur des débats et des manifestations qui se tiendront durant toute la semaine. Les représentants des différents courants politiques de la Palestine y prendront part. Les dirigeants du Fatah, du FPLP, du FDLP sont déjà sur place. Les organisateurs du FSM ont prévu de clôturer ce regroupement international par une grande marche populaire dédiée à la Palestine. Les journées du FSM offrent une tribune aussi à un autre peuple lui aussi sous occupation, celui du Sahara occidental. Les activistes sahraouis, des habitués du FSM, entendent saisir les différentes tribunes du forum pour faire connaître leur cause. «C’est une opportunité pour faire connaître la question sahraouie, pour échanger avec les délégations venues notamment du Monde arabe, dont de nombreux participants ne sont pas très informés de notre cause. C’est un espace idéal pour nous de dire aux participants qu’en Afrique, il existe toujours un pays colonisé : le Sahara occidental. Ses populations sont privées de liberté et ses richesses sont exploitées par l’occupant marocain», nous indique Malainine Lakhel, un activiste sahraoui. Pas moins de 200 participants sahraouis, venus des camps des réfugiés, des territoires occupés et de la diaspora sont attendus à Tunis.

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Les organisateurs du forum craignent des heurts entre Sahraouis et Marocains. «Il faut s’attendre à la provocation des Marocains qui verront d’un mauvais œil la présence des Sahraouis», craint une militante communiste espagnole proche de la cause sahraouie, d’autant des ateliers seront consacrés à la situation des droits de l’homme au Sahara occidental et même une table ronde sur le printemps du Sahara en hommage aux récents événements de Agdim Ezik. Contexte régional oblige, de nombreux ateliers seront consacrés aux processus des révolutions en cours dans le Monde arabe.En somme, le rendez-vous planétaire des altermondialistes est accueilli dans un pays en plein tournant révolutionnaire, où toutes les questions qui agitent la planète seront débattues. C’est une sorte de Nations unies des peuples où aucun veto ne sera brandi et aucune guerre ne sera déclarée. Mais plutôt défendre une résolution : un autre monde est possible. Les altermondialistes le veulent maintenant.*Hacen Ouali-El Watan-26.03.2013.

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***Marche «mondiale» à Tunis

Deux ans après s’être libérée de la dictature de Ben Ali, la Tunisie organise une des plus grandes manifestations politiques et sociales dans le monde. Dans une ambiance festive mais aussi de lutte, les pourfendeurs du système brandissent leur emblème pour exiger «un autre monde».

Tunis renoue avec les chants révolutionnaires résonnant tout au long de l’emblématique avenue Bourguiba jusqu’au stade El Manzeh. La révolution de la «dignité» a été chantée dans toutes les langues, hier, lors de la marche populaire des altermondialistes donnant le coup d’envoi du Forum social mondial qui se tient dans le pays jusqu’au 30 mars. Des milliers de manifestants, venus des quatre coins de la planète, ont repris en chœur les célèbres slogans de la révolution tunisienne dans un contexte politique intérieur incertain. La tenue de cette messe altermondialiste redonne de la vigueur à la révolution du 14 janvier et surtout relance les mouvements progressistes tunisiens mis en difficulté. «Notre révolution accueille avec joie tous les mouvements politiques et sociaux opposés à un monde inhumain et injuste fait de dominations et de guerres. Les slogans scandés par les altermondialistes rejoignent totalement ceux de notre révolution», lance un militant du Front populaire (opposition) en direction d’un groupe de militants canadiens venus porter la voix de la contestation au FSM. Le Printemps arabe embrasse le printemps érable sur l’avenue Bourguiba. 

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Deux ans après s’être libérée de la dictature de Ben Ali, la Tunisie organise une des plus grandes manifestations politiques et sociales dans le monde. La police qui réprimait brutalement durant la dictature était, hier, barricadée derrière les barbelés «protégeant» le siège du ministère de l’Intérieur, quand la marche des altermondialistes s’est ébranlée en toute liberté scandant dans les différentes langues des mots d’ordre anticapitalistes, pour la libération de la Palestine, du Sahara occidental. Dans une ambiance festive, mais aussi de lutte, les pourfendeurs du système brandissent leur emblème pour exiger «un autre monde». «De Porto Alegre à Tunis, des millions de personnes veulent rompre avec l’hégémonie de la finance et de la guerre. Le système capitaliste exploiteur est destructeur. Il n’épargne ni les êtres humains ni l’environnement. Il est temps de remettre l’homme au centre des préoccupations mondiales, si l’on veut un monde de paix et de justice», prêche un dirigeant d’une organisation de paysans indiens. La démonstration altermondialiste était une occasion pour beaucoup de mouvements de faire connaître leur cause. C’est le cas des militants sahraouis, présents avec un important carré, expliquant aux manifestants leur combat pour l’indépendance. Si certains militants des droits de l’homme marocain se sont joints à eux, d’autres participants du royaume chérifien ont tenté vainement d’étouffer les cris des Sahraouis, mais sans que cela provoque d’incidents.  

L’ombre de Chokri Belaïd

Le moment fort de la marche était l’arrivée de la militante tunisienne, Basma Belaïd, la veuve du leader progressiste, Chokri Belaïd, assassiné en janvier dernier. Entourée des dirigeants du Front populaire et de nombreux jeunes Tunisiens, elle prend la tête de la manifestation sous les cris : «Nous voulons la vérité sur l’assassinat de Belaïd.» Elle a été «prise d’assaut» par les altermondialistes venant la saluer et lui témoignant leur solidarité. D’une grande dignité, elle se plie gracieusement aux sollicitations des manifestants. Les portraits de son mari assassiné sont partout arborés par les jeunes militants tunisiens. «Chokri n’est pas mort, il est dans mon cœur et dans le cœur de chaque Tunisien. Sa mort ne sera pas vaine. Il nous donne le courage de continuer le combat pour les libertés», confie-t-elle. Les militants progressistes font le serment de reprendre le flambeau de la lutte. Depuis son assassinat, Chokri Belaïd est devenu l’étendard d’une Tunisie résistante face à la tentation «théocratique». Si son assassinat a plongé le pays dans l’incertitude et la peur, il a par contre remobilisé la société civile tunisienne qui se dresse depuis face aux tenants de «la terreur». Le mouvement Ennahda au pouvoir est montré du doigt. Il est vilipendé par les manifestants qui l’accusent «d’accointance avec le Qatar et les USA». «Le peuple tunisien est libre, ni Qatar ni les USA», scandent-ils à pleine gorge au niveau du quartier Monplaisir où se trouve le siège du parti de Rached Ghannouchi. Après trois heures de marche et de chants, les altermondialistes ont atteint le stade olympique d’El Menzah, épuisés, mais gardent tout de même quelques forces leur permettant de danser sous les airs de la star internationale Gilberto Gil. Après une journée de lutte, une soirée musicale bien méritée avant d’attaquer dès ce matin, quatre jours de débats pour tenter d’esquisser les contours d’un autre monde tant désiré. 

Les femmes au cœur du FSM

Le rendez-vous des altermondialistes se tient à un moment où les révolutions arabes sont à un tournant politique décisif, des risques pèsent sur les acquis démocratiques. Et c’est pour exprimer sa solidarité avec les femmes arabes que le Forum social leur a consacré la première manifestation.
Tôt dans la matinée d’hier, «une gigantesque assemblée de femmes en lutte» s’est tenue au campus El Manar (nord de Tunis) qui accueille les travaux du forum. Des leaders féministes se sont relayés à la tribune pour porter les aspirations des femmes. Dans un amphithéâtre plein à craquer et devant une foule galvanisée, la présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), Ahlame Belhadj, a appelé à «une solidarité internationale pour faire échec à toute tentative de revenir sur les droits des femmes». «Les Tunisiennes étaient en première ligne pendant la révolution, et aujourd’hui on veut les priver de ces droits. Comme hier, les femmes resteront mobilisées, elles seront un rempart aux tenants de la contre-révolution», en faisant allusion à la tentative d’attenter à l’égalité des sexes dans la rédaction de la nouvelle Constitution tunisienne. Elle a vigoureusement dénoncé «la violence faite aux femmes pour qu’elles quittent l’espace politique». Mme Belhadj a affirmé à haute voix que «les femmes tunisiennes ne se laisseront pas faire et qu’elles comptent défendre leur liberté avec la même détermination que le combat mené contre la dictature».

D’autres figures féministes, palestiniennes, égyptiennes, brésiliennes, polonaises et sénégalaises, ont tour à tour appelé au respect des droits des femmes. Marta du Sénégal évoque le désastre qui frappe les Africaines. «Elles meurent de famine, de viol et subissent les assauts des hommes. Pas seulement, nous endurons en Afrique le diktat des puissants, des organismes internationaux, cela ne peut plus continuer. L’Afrique n’est pas à vendre», lance-t-elle en direction d’une salle entièrement acquise à la cause. La militante algérienne, Senhadja, maîtresse de cérémonie, a clos ce regroupement féministe international sous des chants révolutionnaires. *Hacen Ouali-El Watan-27.03.2013.

**Presse internationale:

La marche du forum social mondial à Tunis : évidence des contradictions du printemps arabe”

“Le forum, qui est une réunion annuelle d’altermondialistes, se tient pour la première fois dans un pays arabe. C’est ainsi que Libération.Fr écrit, dans un article intitulé «Tunis: Forum social mondial sous le signe du printemps arabe et de la crise » que le forum « se tient à Tunis de mardi à samedi pour se pencher sur les problèmes sociaux-économiques à l’origine des révolutions arabes, mais aussi sur la contestation en Occident face à la crise et l’austérité ». La situation des droits de l’homme sera aussi abordée pendant ce forum. Dans les pays arabes, la situation des droits de la femme doit être mise en question, surtout avec la montée de l’extrémisme religieux, provoquée par le printemps arabe.  Déjà, quelques jours avant le forum, la question de viol a surgi en Tunisie avec des rapports et des témoignages qui attestent de la montée de ce phénomène. La polémique suscitée par ce sujet était, en fait, un prélude pour le forum. Le FSM compte « aborder… la condition des femmes, en particulier dans le monde arabe après les révolutions qui ont transformé la région depuis deux ans », écrit Le Point.fr dans un article paru le 26 mars 2013.  Le site français ajoute que « Cette « assemblée des femmes » vise à exprimer un « rejet du capitalisme sauvage et de tout modèle de développement qui chosifie, marginalise, violente » les femmes ». Cette assemblée a, déjà, exprimé son soutien à la femme tunisienne dans ses aspirations pour la dignité. La mobilisation des femmes tunisiennes pour réclamer l’égalité et la dignité, hier 26 mars 2013, pendant la marche à l’occasion de la première journée du Forum qui se tient jusqu’à Samedi, a été saluée par la presse internationale, notons par exemple, L’Express et Al-Kods Al-Arabi. « Les femmes au cœur du premier jour du forum social mondial à Tunis », écrit l’Express. Al-Kuds Al-Arabi explique que la crainte que les acquis de la femme tunisienne soient confisqués, par les islamites au pouvoir, est derrière cette mobilisation féministe. « La Marche du Forum social mondial est une évidence des contradictions du printemps arabe » est le titre que le quotidien espagnol Diario Publico a choisi pour un article consacré à cet évènement. El Publico fait remarquer que les slogans scandés hier étaient si multiples qu’ils devenaient parfois contradictoires : « Parmi les tunisiens, qui étaient majoritaires pendant la manifestation, on pouvait écouter, à la fois, l’international (un chant communiste) et Lā ‘ilaha ‘illā-llāhu Muhammad rasulu-llah (Il n’y a pas d’autre dieu qu’Allah et Mohamed est son prophète) » souligne le quotidien espagnol qui ajoute que quelques mètres séparaient le drapeau du régime syrien de celui de l’opposition, un geste contradictoire avec les slogans anti-guerres chantés par des manifestants japonais.  La presse anglophone, largement dominée par des intérêts capitalistes, a évité d’aborder ce sujet. Or, on remarque que les sites anglophones anticapitalistes, tel que le site américain Common Dreams, ont couvert cet évènement. « Dans un monde entrain de connaitre de nouvelles révolutions, dans un climat de crises qui s’épanouit,   et sous le règne de l’économie de l’austérité, des dizaines de milliers de personnes, venant de tous les endroits du monde, se sont réunis en Tunisie à l’occasion du Forum social mondial afin de confronter la situation actuelle, avec un appel cohérent : un autre monde est possible », écrit le site américain.  Pour sa part, et dans un article intitulé « la Tunisie marche pour la dignité », le site italien International Business Times indique que la dignité est le symbole de la marche d’hier.” *tunivisions.net-27.03.2013.

576091_preparatifs-pour-le-forum-social-mondial-a-tunis-le-23-mars-2013

**Le Forum social mondial 2013, réunion annuelle alter-mondialiste, s’est ouvert mardi 26 mars 2013 à Tunis avec un débat sur la condition de la femme deux ans après le début du printemps arabe qui a vu des islamistes, accusés de discrimination, arriver au pouvoir dans plusieurs pays.
Quelque 30.000 personnes et 4.500 organisations sont attendues pour la douzième édition du FSM, le premier organisé dans le monde arabe, un rassemblement qui se veut le pendant du Forum de Davos, la réunion annuelle du gratin économique et politique mondial.
Il a débuté mardi dans une ambiance festive au campus de l’université de Manar avec une « assemblée des femmes en lutte » contre la discrimination.
Les féministes tunisiennes ont en particulier vivement critiqué les islamistes du parti Ennahda, qui dirigent le gouvernement tunisien, les accusant de vouloir revenir sur leurs acquis, uniques dans le monde arabe au lieu de consacrer l’égalité des sexes.
« Ennahda veut instaurer la charia et priver les femmes de leurs libertés, c’est le même projet qu’en Egypte » où les Frères musulmans sont au pouvoir depuis la révolution de 2011, a martelé Zeineb Chihi, une universitaire participant à cette assemblée réunissant des centaines de personnes.
Prenant la parole devant la foule, Ahlem Belhadj, présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates, a de son côté dénoncé « la violence faite aux femmes pour qu’elles quittent l’espace politique ».
Les milieux associatifs tunisiens ont à maintes reprises accusé Ennahda de vouloir limiter les droits des femmes, bien que le parti islamiste ait renoncé à inscrire la charia -la loi islamique- dans la Constitution.
Mais une tentative avortée en 2012 d’introduire la notion de « complémentarité » des sexes au lieu de l’égalité dans la future loi fondamentale a, pour de nombreuses organisations, mis en évidence les réelles intentions d’Ennahda.
Le rôle des femmes sera au coeur de dizaines d’ateliers du FSM qui se tient à Tunis jusqu’au 30 mars. Ils toucheront non seulement aux questions économiques et politiques mais aussi à des thèmes très sensibles dans le monde musulman comme la sexualité.
L’ouverture du Forum social mondial sera aussi marquée mardi par une vaste manifestation à travers le centre-ville à partir de 15H00 GMT.
Les jours suivants quelque 1.000 ateliers sont prévus sur une myriade de thèmes. « Les processus révolutionnaires, révoltes, soulèvements, guerres civiles et contestations » seront néanmoins le thème central, selon les organisateurs.
Ces derniers soulignent la convergence des revendications des soulèvements arabes, motivés par la misère et le chômage, et des mouvements contestataires en Occident, en particulier en Europe dans un contexte d’austérité économique et de coûteux plans de sauvetages d’institutions financières surendettées.
Les autorités tunisiennes ont pour leur part déployé un important dispositif de sécurité pour assurer le bon déroulement du FSM, le pays ayant été déstabilisé par des vagues successives de violences sociales et des troubles sanglants orchestrés par la mouvance islamiste radicale.
Le ministre tunisien des Affaires sociales, Khalil Zaouia, un allié laïc d’Ennahda, a estimé que la tenue du Forum démontre l’engagement de son pays pour la démocratie.
« Le choix de la Tunisie pour accueillir le Forum prouve que c’est un pays où il y a un vaste champ de libertés », a-t-il dit à la télévision nationale.
Et sur le plan économique, le ministre a indiqué espérer que le FSM « marquera le début précoce pour la saison touristique », secteur stratégique mais sinistré depuis la révolution en raison de l’instabilité qui mine d’une manière générale l’économie tunisienne depuis la révolution de janvier 2011.*AFP-26.03.2013.

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Des militants algériens empêchés de quitter le territoire national :

 un acte grave qui porte atteinte à la dignité et à la liberté de nos concitoyens

Forum-Tunis

Deux délégations algériennes, devant participer au Forum social mondial de Tunis (FSM), ont été empêchées de quitter le territoire national par la police des frontières postée à l’est du pays. Aucun motif valable n’a été présenté aux membres des deux délégations, qui chacune d’elles comprenait au moins 100 militants issus de plusieurs organisations.

Une fois arrivés aux postes-frontières, le premier Oum Tboul, le deuxième Laâyoune, les policiers ont signifié aux chauffeurs de bus transportant les deux délégations de faire demi-tour, et ce, après de longues heures d’attente. Selon M. Dakou, syndicaliste activant à Skikda, qui voulait rejoindre la Tunisie à partir de Laâyoune (Tébessa), «nous sommes arrivés à la frontière vers 3h du matin. Nous avons donné nos passeports et tous nos papiers étaient en règle. Nous avons attendu jusqu’à 9h pour que les policiers nous disent qu’il est impossible de quitter le territoire, sans explication». Les militants ont insisté pour connaître les raisons de cet empêchement. 

«La décision vient d’en haut, nous ont affirmé les policiers», rapporte notre interlocuteur. Plus tard dans la journée, des membres d’associations ont cru comprendre que le refus est dû à l’absence d’une autorisation de sortie des bus. Selon Hacène Ferhati, membre de SOS Disparus, «les militants ont vivement protesté contre ce dépassement qui représente une atteinte à la liberté de circulation».

De son côté, le Front des forces socialistes (FFS) a dénoncé, dans un communiqué rendu public, l’interdiction formulée aux militants. «Empêcher les Algériens de participer au FSM est un acte grave qui porte atteinte à la dignité et à la liberté de nos concitoyens», souligne le parti. Le FFS ajoute que «cet acte démontre, encore une fois, que le pouvoir algérien éprouve une peur panique devant tout acte pouvant entraîner une contagion démocratique à la suite des derniers développements dans la région».
La DGSN a été contactée par nos soins pour connaître sa version. En vain.**Mehdi Bsikri-El Watan

unautremondeestpossible

**Chronique: «un autre monde est possible».

Le Forum social mondial FSM s’ouvre cette semaine. Le plus grand rassemblement planétaire de l’humanité qui lutte se tient à Tunis. Avec toujours ce slogan plein d’espérance  : «un autre monde est possible». La venue du FSM au Maghreb est une extraordinaire consécration pour le printemps arabe des peuples. Il s’était tenu auparavant sur les continents qui comptent. Le Brésil du président Lula l’a ensuite «accaparé» à Porto Alegre durant plusieurs années. Avant que les réseaux de la révolution tunisienne, soutenus par le palais de Carthage, n’obtiennent une spectaculaire délocalisation vers le Maghreb. Le FSM n’a plus le vent en poupe comme il y a dix ans.

Le mouvement altermondialiste — qui a institutionnalisé le FSM — a  été rattrapé par la crise du capitalisme mondial. Trois univers se côtoieront à Tunis. Celui des pays riches, celui des émergents et celui des exclus. Qui ne sont pas que des pays, mais aussi des pans de sociétés chez les riches et les émergents. Plus que jamais, la solidarité internationale est mise à mal par vent plat. Au cœur de la difficulté, la circulation des capitaux dans le monde. Son flux est un enjeu. Industrialisation d’un côté, la désindustrialisation de l’autre. Il y a près de quinze années déjà, la question des délocalisations avait ébréché le mouvement alter-mondialiste avant même le grand raid sur le sommet de l’OMC à Seattle en décembre 1999.

Les délocalisations sont un mal pour les pays d’origine de l’entreprise qui délocalise. Mais pas nécessairement un mal aussi pour les pays d’accueil de l’activité délocalisée. Les syndicalistes des pays du sud ont soutenu leurs «frères du Nord», pour qu’ils ne perdent pas leurs emplois du fait d’une concurrence par les coûts les plus bas. Mais du bout des lèvres. Sans les IDE, la croissance n’aurait pas eu, pour les pré-émergents de l’époque, le même contenu technologique et tournée vers les marchés extérieurs. Le FSM  est, cependant, resté, avant 2007, concentré sur l’essentiel. Pas de marchandisation de la vie des gens. Et a réussi en partie à ralentir l’extension du libre échange sur les domaines sensibles du vivant et des services publics les plus vitaux.

Tout est devenu plus compliqué depuis deux ans et le grand retour de la récession. Partout les mouvements syndicaux sont sur la défensive dans les pays industriels matures. L’accord social historique chez Renault il y a deux mois symbolise la tendance dans un pays, la France, arc-bouté sur ses acquis. Travailler plus, toucher moins, pour ne pas perdre de nouveaux sites de production. Dans un tel contexte, les politiques réclament des relocalisations industrielles. Un thème électoral qui fait partout recette.

Des Etats-Unis à l’Italie. Le FSM de Tunis devra donc réfléchir sous forte contrainte à un modèle qui diffuse de l’emploi et de la dignité, sans jeter les travailleurs du monde les uns contre les autres. Mais en gardant toujours en tête que le capital continuera d’aller là ou des besoins de marché — c’est-à-dire des besoins solvables — ne sont pas encore satisfaits. L’Afrique est par définition cette nouvelle frontière du capital. Le FSM a un coup d’avance sur le forum de Davos en se posant à Tunis. C’est d’ailleurs là sa première fonction. Anticiper les impasses du capitalisme. Pour le sauver, selon les uns, pour le liquider selon les autres.

Le fait est que le monde se porterait encore plus mal si le mouvement altermondialiste n’existait pas. Sa fonction de prévention des périls du «tout marché» n’est plus à faire. La semaine même qui a précédé le FSM de Tunis s’est écroulé le système bancaire à Chypre. Un nouveau risque systémique naissant pour la zone Euro et ses millions d’emplois. Tout le monde ou presque s’est montré, les dernières années, complaisant avec l’hypertrophie du secteur financier chypriote. 80 milliards d’euros de dépôts pour un pays qui pèse moins de 20 milliards d’euros en PIB.

Tout le monde sauf les alter-mondialistes qui ont pointé plusieurs fois les paradis fiscaux en dehors et à l’intérieur de l’Union européenne. Le lien entre Tunis et Nicosie ?  La démocratie. Elle permet d’organiser et de produire la contradiction à la folie du marché et des gouvernements intoxiqués. Elle permet de sauvegarder le long terme écologique sur le court terme de la marge brute opérationnelle. Le gouvernement algérien est bien sûr hostile au FSM. Il a fait disperser manu militari une réunion préparatoire du forum Maghreb-Machrek à Alger. Comme s’il s’agissait d’une atteinte à la sécurité nationale.

Les grandes entreprises et les  pouvoirs politiques éclairés dans le monde font l’inverse désormais. Ils concourent à aider la logistique du FSM, car une part de la vérité de l’économie et des sociétés de demain s’y devine. La délégation des associations algériennes pour la si proche Tunisie ne dépassera pas les 200 membres. Pour un événement mondial qui réunira plus de 20 000 personnes. Innovations de marché comme à Davos ; ou alternatives anti-systémiques comme à Tunis, les scellés ont été posés des deux côtés en Algérie.

**El Kadi Ihsane-El Watan-26.03.2013.

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***La cause sahraouie en force au  Forum social mondial de Tunis

Une délégation de militantes et de militants de la cause sahraouie est présente à Tunis, au Forum social mondial 2013. Les différentes problématiques liées au combat du peuple sahraoui seront abordées lors d’une série d’ateliers.

Près d’une centaine de militants et de militantes du Sahara occidental prendront part à cet événement qui se déroule pour la première fois dans un pays arabe. «Notre participation au Forum social mondial est importante à plus d’un titre.

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Nous allons pouvoir présenter dans le détail les luttes citoyennes pour l’autodétermination que mène le peuple sahraoui depuis des décennies», note Malainin Lakhal, coordinateur de la délégation sahraouie et secrétaire général de l’Union des journalistes et écrivains sahraouis. Le programme de cette délégation comprend l’organisation de plusieurs ateliers pour débattre des problématiques de l’heure : jeunesse sahraouie et printemps arabe, richesses naturelles, luttes syndicales au Sahara occidental, la non-violence sahraouie face au terrorisme d’Etat marocain : résistance pacifique au Sahara occidental du peuple sahraoui, situation des droits de l’Homme dans les territoires occupés du Sahara occidental depuis le 31 octobre 1975 à nos jours, rôle des femmes sahraouies dans la promotion et le respect des droits humains et l’autodétermination des peuples, murs dans le monde : cas du mur de sable au Sahara occidental.

Une attention particulière sera accordée à l’explication du combat pour l’autodétermination et la question de la construction de l’Union du Maghreb arabe. Ce sujet sera abordé par l’Association des familles des prisonniers et disparus sahraouis. «Il est impératif d’éclairer les organisations et les opinions publiques tunisiennes et maghrébines sur la légitimité du combat du peuple sahraoui. Ce combat ne concerne pas uniquement les Sahraouis mais l’ensemble des peuples de la région», indique Malainin Lakhal. Notons qu’un groupe de 15 activistes venus spécialement des territoires occupés par le Maroc prendront part au FSM 2013. Ils interviendront lors des ateliers de la délégation pour apporter des témoignages sur les différents aspects de la lutte sociale dans les territoires sous occupation marocaine. Reste à savoir quelle sera la réaction des autorités marocaines. En 2011, lors de la tenue du 11e FSM à Dakar, les activités de la délégation sahraouie avaient été continuellement perturbées par des participants marocains.

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«Une délégation de plus de 1 000 Marocains, dont une partie sont des militants de mouvements sociaux marocains principalement liés au Forum social marocain, au FMAS et à des syndicats ; et une partie qui serait au nombre de 200, qui ne sont issus d’aucun mouvement social mais envoyés par le gouvernement marocain pour semer le trouble, contrôler et empêcher la libre expression des Sahraouis», lit-on dans un rapport rédigé par des observateurs français présents lors de ce 11e FSM. Jeudi dernier, les responsables «d’associations officielles » devant participer au forum ont participé à une réunion de coordination au siège du ministère marocain des Affaires étrangères. Les responsables de ce département leur ont remis un «livret» comprenant des recommandations. Parmi elles, figurent trois grands dossiers à défendre : le conflit du Sahara occidental, la question des droits de l’Homme et le procès de Gdeim Izik.

«Des actes de violence de la part de pseudo-militants marocains ne sont pas à écarter. Mais nous ne répondrons pas aux intimidations. Notre participation au Forum social mondial de Tunis vise uniquement à présenter les différentes formes de combats que mène notre peuple depuis des décennies. Aussi, nous comptons faire honneur à nos hôtes tunisiens qui accordent une grande importance à la réussite de cet événement», insiste Malainin Lakhal.*Algérie360-25.03.2013.

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