Mandela et le long combat contre l’apartheid

*Mandela est mort à l’âge de 95 ans

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Nelson Madela s’est éteint à l’âge de 95 ans à son domicile de Johannesburg, jeudi 15 décembre 2013.

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*L’Algérie perd plus qu’un ami

Nelson Mandela s’est éteint hier soir à l’âge de 95 ans. Si son combat contre le régime d’Apartheid en Afrique du Sud est connu de tous, peu de personnes sont au fait de la relation que Mandela entretenait avec l’Algérie. Avec l’aide de Nourredine Djoudi, ancien Ambassadeur algérien en Afrique du Sud et du musée national de l’Armée, El Watan Week-End revient en images sur cette relation de l’ombre.

Nelson Mandela, héros de la lutte anti-apartheid, est mort à l’âge de 95 ans à son domicile de Johannesburg, a   annoncé hier soir le président sud-africain Jacob Zuma en direct à la télévision publique. «Notre cher Madiba aura des   funérailles d’Etat», a-t-il ajouté, annonçant que les drapeaux seraient en berne à partir de vendredi et jusqu’aux obsèques. Premier Président noir d’Afrique du Sud entre 1994 et 1998, Prix Nobel de la paix en 1993 pour sa lutte acharnée contre le régime d’Apartheid ; les faits d’armes de Nelson Mandela sont loin d’être un secret. Sa résilience pendant sa détention aux prisons de Robben Island puis de Pollsmoor, longue de 27 ans, en a fait un modèle de détermination et d’abnégation.

Pourtant, c’est en Algérie que «Madiba» (ndlr : surnom qu’il tient de sa tribu d’origine) reçoit sa première formation militaire en 1961 aux côtés de l’ALN, il est dirigé par le général Mohammed Lamari. La collaboration entre Mandela et Lamari devient une collaboration entre l’ANC et l’Algérie nouvellement indépendante. En effet, le premier Président algérien, Ahmed Ben Bella va offrir son aide logistique et financière à la lutte sud-africaine. Raison qui amène de nombreux soldats sud-africains à se former auprès de l’armée algérienne. «Mandela était convaincu que seule l’Algérie avait démontré sa capacité à mener avec succès une guerre de libération en Afrique contre une armée coloniale puissante, membre de l’OTAN et alliée objectif du régime d’apartheid. A bien des égards, disait-il, les conditions de domination coloniale et de l’apartheid étaient identiques», affirme Nourredine Djoudi, qui a été interprète de Nelson Mandela en Algérie lors de sa venue en 1960, avant d’être nommé Ambassadeur algérien en Afrique du Sud.

Engagement

Par ailleurs, la 29e assemblée générale de l’ONU de 1974 présidée par l’Algérie et son représentant Abdelaziz Bouteflika a proposé et obtenu l’exclusion de l’Afrique du Sud de cette même assemblée, et ce jusqu’en 1991, date qui met fin à l’Apartheid. L’Algérie s’est en effet pleinement engagée en faveur du combat mené par Nelson Mandela. Ce dernier a ainsi tenu à effectuer sa première visite officielle après sa libération à Alger, en Mai 1990. Visite pleine d’émotions dont se souvient Nourredine Djoudi : «Lors de sa première visite, après sa libération et avant son élection, sa première demande en arrivant à l’aéroport Houari Boumediene a été formulée ainsi: « Où sont les officiers qui m’ont formé ? » Il entendait par là Chérif Belkacem, et moi-même.» Un signe de reconnaissance qui est davantage marquée par la phrase qu’a prononcé Nelson Mandela «lors du meeting de la salle du Comité Olympique» pour reprendre les termes de N. Djoudi. «Madiba» a affirmé «c’est l’Algérie qui a fait de moi un homme», un homme qui aura marqué l’Histoire de son empreinte, probablement à jamais, par sa détermination, son amour pour sa nation et ses valeurs, qui, aujourd’hui encore, continuent de structurer la société sud-africaine.*Amrane Mahfoud Medjani-El Watan-06.12.2013

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*Nelson Mandela: le refus de la résignation comme héritage

Rares sont les moments dans l’Histoire où l’on assiste à une communion quasi-planétaire. L’émotion ressentie dans de nombreux pays, bien au-delà de l’Afrique du Sud, à l’annonce de la disparition de Nelson Mandela en est un de toute évidence. C’est le peuple sud-africain dans son ensemble qui est en deuil aujourd’hui. C’est l’ensemble du monde qui a le sentiment légitime d’avoir perdu l’une des plus grandes figures politiques et morales du XXème siècle.

Si l’on mesure la grandeur d’un homme à sa capacité à agir concrètement pour changer la société qui l’entoure, nul doute que Nelson Mandela fut un géant.

L’Histoire retiendra combien il aura fallu de courage à cet homme, symbole de la lutte contre la ségrégation raciale, emprisonné durant 27 ans en raison de son combat contre le système politique d’apartheid pour devenir dès son élection à la Présidence de la République en 1994  une incarnation de la réconciliation, de la paix et de l’apaisement entre toutes les populations sud-africaines.

Mais au-delà de l’indéniable force morale du personnage qui lui permit de rester jusqu’à la fin de ses jours un ciment entre toutes les communautés sud-africaines, c’est à la formidable leçon de démocratie que Frédérik de Klerk et lui ont donné au monde qu’il convient de rendre hommage. Réussir à faire d’un pays qui s’était à ce point déchiré un État libre et démocratique n’était pas une mince affaire. Les deux hommes sont parvenus à remporter ce combat que d’aucuns jugeaient perdu d’avance et à montrer qu’il n’existe aucun conflit qu’on ne peut résoudre.

Le refus de la résignation est d’ailleurs au cœur du testament politique de Nelson Mandela. Inspiré dans un premier temps  par la doctrine pacifique de Gandhi, Mandela qui se voyait comme un « serviteur du peuple » n’a pas souhaité s’enfermer dans un rôle d’icône, de prophète ou de chef révolutionnaire.

Dès qu’il en a eu la possibilité, il s’est mis au travail pour jeter les bases d’une nouvelle Afrique du Sud multiraciale et démocratique et transformer ses paroles de réconciliation en actions concrètes pour son pays.

À cet égard, la capacité qu’il a eu d’être tout à la fois un dirigeant politique respecté – qui ne s’est d’ailleurs pas accroché au pouvoir puisqu’il n’a effectué ,conformément à ses engagements, qu’un seul mandat à la tête du pays- et une autorité morale dans le monde entier apparaît presque comme une exception dans l’Histoire.

Il faut saluer la maturité du discours de Mandela qui, dès sa libération a rappelé que sa liberté nouvelle ne devait pas se faire aux dépens de l’ancien oppresseur car disait-il « être libre ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes, c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autre ». Il faut saluer symétriquement la sagesse de Frédérik de Klerk qui s’est plié à la décision des électeurs et refusa d’entretenir après l’élection de Nelson Mandela des sentiments de vengeance ou de revanche.

En tendant la main à ceux qui ont contribué à le persécuter, en réussissant à pardonner sans rien renier de ses convictions, en voulant faire de l’Afrique du Sud une nation « arc en ciel » en paix avec elle-même et avec le monde, Nelson Mandela a marqué à tout jamais l’Histoire et la conscience de celles et ceux qui sont attachés aux Droits de l’Homme et à la liberté. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’Afrique du Sud a souhaité instaurer un « Mandela day » chaque 18 juillet (jour anniversaire de sa naissance) pour saluer son apport fondamental à l’évolution démocratique de ce pays.

Alors que la saison de l’Afrique du Sud en France a débuté il y a quelques semaines (après le succès de la France en Afrique du Sud l’année écoulée), restons plus que jamais attentifs au devenir de ce pays dont la diversité et la richesse culturelle doivent beaucoup à celui que tant de femmes et d’hommes pleurent aujourd’hui de par le monde.

C’est ainsi que nous poursuivrons l’action de Nelson Mandela pour que l’on ne parle plus de l’Afrique du Sud uniquement afin de faire référence à son douloureux passé mais pour regarder avec intérêt ses perspectives d’avenir.*huffingtonpost.-05.12.2013

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**La Révolution algérienne a été une inspiration particulière pour Nelson Mandela

Le soutien de l’armée de Libération nationale (ALN) s’était, entre autre, traduit par l’intégration de nombreux combattants de l’ANC dans les camps d’entraînement aux côtés des moudjahidine de l’ALN.

Mandela dans les maquis algériens

*photo: Mandela dans les maquis algériens

La révolution algérienne a représenté une inspiration particulière pour Nelson Mandela, car, a-t-il expliqué dans ses mémoires intitulé sobrement «Le long chemin vers la liberté», elle était le modèle le plus proche du nôtre, parce que (les moudjahidine algériens) affrontaient une importante communauté de colons blancs qui régnait sur la majorité indigène». Lors de sa visite au Maroc en 1961, Nelson Mandela passa «plusieurs Jours» avec le représentant du Gouvernement provisoire de la Révolution algérienne, GPRA, le docteur Chawki Mostefai, qui l’a initié aux différentes étapes de la Révolution algérienne. Mandela a été ensuite convié à Oujda où il a rendu visite à une unité combattante de l’Armée de Libération nationale (ALN) sur le front. «A un moment, se souvenait-il, j’ai pris une paire de jumelles et j’ai vu des soldats français de l’autre coté de la frontière. J’avoue que j’ai pensé voir des uniformes des forces de défense sud-africaines». Deux jours plus tard, Mandela a été invité à assister à un défilé militaire en l’honneur de l’ancien président Ahmed Ben Bella, à sa libération de prison. En tête du cortège défilaient «des vétérans fiers et aguerris» portant «des armes qu’ils avaient utilisées au début de l’insurrection des sabres, de vieux fusils à pierre, des haches et des lances». Ils étaient suivis de «soldats plus jeunes et tout aussi fiers» dotés d’armes modernes. «C’était une armée de guérilla composée de combattants qui ont gagné leur galons dans le feu des batailles et qui s’intéressaient plus à la guerre et à la tactique qu’aux uniformes et aux défilés», notait-il. «Je savais que nos propres forces ressembleraient plus aux soldats de Oujda et j’espérais seulement qu’ils combattraient aussi vaillamment. A l’arrière, il y avait une fanfare militaire assez désordonnée, dirigée par un homme qui s’appelait Sudani (Souidani Boudjemaa, ndr). Il était grand, bien bâti et sûr de lui, il était aussi noir que la nuit. Il lançait une canne de tambour-major et quand nous l’avons vu (la délégation sud-africaine, Ndlr) tout notre groupe s’est levé et a applaudi», se remémorait-il. «J’ai vu que les autres autour de moi nous regardaient et je me suis rendu compte que nous ne l’applaudissions que parce qu’il était noir. A nouveau, le pouvoir du nationalisme et de l’ethnicité m’a frappé. Nous avions réagi immédiatement, car nous avions l’impression de voir un frère africain. Plus tard, nos hôtes algériens nous ont expliqué que Souidani était un soldat légendaire et on disait même qu’il avait capturé seul toute une unité de l’armée française. Mais nous l’avons applaudi à cause de sa couleur et non de ses exploits». Des témoins de ses premiers contacts directs avec les révolutionnaires algériens, l’ont particulièrement impressionné et déterminé dans sa démarche ultérieure. Il se souvient, écrit- il dans ses mémoires, que le Dr Mostefai «nous a conseillé de ne pas négliger le coté politique de la guerre tout en organisant les forces militaires. L’opinion internationale valant parfois plus qu’une escadrille d’avions de combat à réaction». Le soutien de l’armée de Libération nationale (ALN) s’était, entre autre, traduit par l’intégration de nombreux combattants de l’ANC dans les camps d’entraînement aux côtés des moudjahidine de l’ALN. A partir de 1965, plusieurs militants de l’ANC venaient secrètement en Algérie pour recevoir un entraînement militaire et rentraient en Afrique du sud pour y mener des opérations militaires. Et pour donner plus d’écho au combat contre lapartheid à partir de l’Algérie, l’ANC ouvrit un bureau d’informations qui a vu le passage, à sa tête, de grandes personnalités du mouvement. Tous les dirigeants de l’ANC fréquentaient Alger, qualifiée, à cette époque, par le père de l’indépendance de la Guinée-Bissau, Amilcar Cabral de «Mecque des révolutionnaires». Le soutien de l’Algérie s’était également exprimé, au moment de sa présidence de l’assemblée générale de l’ONU en 1974, par le geste historique qui a consisté à expulser de la salle le représentant du régime de l’apartheid. A sa libération, le 11 février 1990, après 27 années d’incarcération, Nelson Mandela avait tenu à se rendre à Alger en reconnaissance au soutien apporté par l’Algérie à la lutte du peuple sud-africain contre l’apartheid.*L’Expression-Samedi 07 Decembre 2013

**Mandela et l’Algérie partageaient les mêmes idéaux

La liberté des peuples et l’indépendance des nations

L’Algérie qui célébrait ses 50 ans d’indépendance (5 juillet 2012) et l’ANC ses 100 ans d’existence (8 janvier 2012), continuent de travailler en étroite collaboration pour une Afrique pacifique, démocratique et prospère.

Les relations entre Mandela et l’Algérie ne se dissocient pas des relations entre l’Algérie et l’Afrique du Sud. Mieux encore, elles ont été construites sur la base de la relation fraternelle entre le chef de l’ANC et l’Algérie à la lutte pour la libération. Car après l’indépendance en 1962 des contacts directs avec Nelson Mandela et Robert Resha, ont été établis entre les chefs de l’ANC et les responsables de l’Algérie. Lorsque les responsables du Mouvement de libération sud-africain visitaient le Mouvement de libération algérien en mars 1962 à Oujda, le chef de l’ANC donnait naissance à une relation qui allait être bâtie sur de bonnes bases. Il faut relever que l’Algérie postcoloniale et son mouvement d’avant la libération, le Front de libération nationale (FLN), ont principalement été en contact avec le Congrès national africain (ANC) et du Congrès panafricaniste (PAC) qui s’était détaché de l’ANC, le 6 avril 1959. Suite à l’interdiction de l’ANC et du PAC, un représentant du même mouvement, Patrick Duncun, a été envoyé à Alger, en 1964. A l’époque, l’Algérie était considérée la terre d’asile des mouvements de libération d’Afrique et d’ailleurs. Ce qui a fait dire au révolutionnaire de Guinée-Bissau, Amilcar Cabral, que l’Algérie était «la Mecque des révolutionnaires». Entre 1963 et 1990, l’Algérie assure une formation militaire aux membres de l’ANC tout en menant une fronde diplomatique contre l’apartheid à l’Organisation de l’Union africaine ainsi qu’à l’ONU. On se souvient que le ministre algérien des Affaires étrangères de l’époque, M.Abdelaziz Bouteflika qui présidait la 29e Assemblée générale des Nations unies en 1974, avait demandé l’exclusion de la délégation de l’Afrique du Sud. La délégation sud-africaine n’y reviendra que sous l’égide de Nelson Mandela, près de 20 ans plus tard. L’Algérie et l’ANC partageaient le même principe, celui de la lutte des pays et des peuples pour leur indépendance. C’est ainsi que l’Algérie et l’Afrique du Sud sous Mandela et ses successeurs, soutenaient l’indépendance du peuple sahraoui et ont été favorables pour le principe de l’autodétermination. L’Algérie qui célébrait ses 50 ans d’indépendance (5 juillet 2012) et l’ANC ses 100 ans d’existence (8 janvier 2012), ce partenariat est au plus haut niveau, du fait que les deux pays continuent de travailler en étroite collaboration pour une Afrique pacifique, démocratique et prospère. En outre, l’Afrique du Sud et l’Algérie travaillent main dans la main pour construire une Union africaine plus forte par ses structures. La lourde contribution de l’Algérie à la lutte des peuples africains pour la liberté et l’indépendance et son engagement de tous les instants pour la disqualification totale de l’apartheid lui valent toujours de profondes sympathies au pays de Nelson Mandela. Le soutien inconditionnel prodigué par la jeune République algérienne à l’ANC durant plus de trois décennies a été déterminant dans l’effondrement du régime raciste des Afrikaners. Pendant leurs mandats respectifs, les présidents Nelson Mandela et Thabo Mbeki ont parfaitement coordonné leurs efforts avec leurs homologues algériens sur tous les dossiers qui intéressent de près ou de loin l’Afrique. Un travail de longue haleine qui s’est soldé par le lancement d’une nouvelle initiative africaine, appelée le Nepad (Nouveau partenariat africain pour le développement). Marchant sur les pas de ses prédécesseurs, Jacob Zuma oeuvre aussi à affermir davantage ce nouveau partenariat pour l’Afrique. Il est clair que l’Afrique du Sud et l’Algérie peuvent aisément constituer un bel exemple d’intégration économique pour l’UA (Union africaine).*L’Expression-Samedi 07 Decembre 2013

*Ramtane Lamamra:Le message de Mandela demeure « éternel »

Le message de libération et de résistance du leader sud-africain, Nelson Mandela, décédé jeudi, demeure «éternel», a affirmé vendredi à Paris le ministre algérien des Affaires étrangère, Ramtane Lamamra. «Le message de Mandela demeure éternel. C’est un message de libération, de sacrifice, de résistance et de compter sur soi», a déclaré M.Lamamra à la presse en marge de la conférence de l’Elysée sur la paix et la sécurité en Afrique. Le chef de la diplomatie algérienne a souligné que «l’oeuvre de Nelson Mandela prouve surabondamment que lorsque les Africains travaillent ensemble et consentent des sacrifices ensemble, ils ne peuvent que réaliser des victoires». Il a exprimé «toute l’émotion de l’Algérie» pour la perte de Mandela, rappelant que c’était «un des nôtres et que lui-même avait indiqué que c’était l’Armée de libération nationale (ALN) qui avait fait de lui un homme». «Nelson Mandela avait reçu une première formation militaire auprès de l’ALN avant de prendre la tête de la résistance de l’ANC (Congrès national africain) contre le régime d’apartheid et avant d’être arrêté et placé en détention pendant 27 ans», a encore rappelé M.Lamamra.*L’Expression-Samedi 07 Decembre 2013

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**Un homme de paix

Tout au long de ces dernières années, il s’est appuyé sur une canne blanche pour avancer vers la mort, sereinement, à petits pas, fragile comme un cristal. Il avait perdu son fils aîné, sa première épouse, l’une de ses petites-filles, ses compagnons de vie et de luttes. «Je n’ai plus d’amis», répétait à quelques confidents cet homme très vieux et vénéré. «Madiba», comme l’appelaient affectueusement ses concitoyens sud-africains, était devenu leur prophète. Et pour une fois, la sensibilité populaire ne se trompait pas: cet homme au sourire irrésistible était véritablement plus grand que les autres.

Car Nelson Mandela, même s’il avait toujours été un familier de la mort, était bien de ces hommes qui comptent pour des millions d’autres, tant leur humanité était hors du commun. Tous ceux qui l’ont rencontré sont sortis de chez lui irradiés par son charisme de chef, et longtemps éclairés par ce regard doux et impérieux à la fois. Dans sa prison, vingt-sept années et cent quatre-vingt-dix jours durant, il n’a été que le matricule 46664, un homme qui ne comptait plus. Le chef de la rébellion des Noirs en Afrique du Sud devait disparaître, moisir. Sa vie, son combat devaient être oubliés, ne plus être qu’un sursis.Lorsqu’il sort de prison, le 11 février 1990 à 15 heures, il tient l’Afrique et l’Occident dans la paume de sa main. Un seul geste lui suffit. Le voilà qui apparaît, franchissant calmement des réseaux de barbelés entourant la prison Victor Verster, en levant le poing dans son costume élégant. Le monde est fasciné de voir, sur les petits écrans, le prisonnier le plus célèbre de tous, cet homme âgé de 71 ans. Le voilà! Et que fait-il? Il prend un enfant blanc dans ses bras, il le serre contre son cœur. On attendait un révolutionnaire. On découvre un homme de paix.

L’avenir de l’Afrique du Sud, déchirée par tant de haines, est ramené à ce geste simple et tellement difficile: celui du pardon. Mandela, qui avait tant souffert, qui fut si longtemps traité comme un paria, un «cafard», comme le disaient les Blancs les plus extrémistes, efface un demi-siècle de rivalités et de racisme par ce seul baiser donné à un enfant. Les Sud-Africains, profondément religieux, sont bouleversés. Sa grâce touche des centaines de millions d’hommes et de femmes, partout dans le monde. Ils se prennent à rêver d’une fraternité nouvelle, d’un monde réconcilié, plus juste. Ce pardon longuement mûri en prison autorisera Mandela, dix-huit mois plus tard, le 30 juin 1991 au Parlement du Cap, à signer la fin de l’apartheid. Entre 1995 et 1999, il deviendra le président de l’Afrique du Sud, pour un seul mandat, sans chercher à jouer les prolongations.

Son passage à la tête du plus puissant des pays du continent noir et les décisions historiques qu’il y prit ne suffisent en rien à décrire l’aura internationale de ce colosse de la politique. Il n’était pas un dirigeant occidental qui ne pouvait s’abstenir, sitôt élu, de lui rendre visite, de se faire photographier en sa compagnie, de lui chaparder ainsi une molécule de son autorité morale. Mandela symbolisait davantage que ce qu’il avait apporté, de façon éclatante, à son peuple divisé: la réconciliation raciale. Il incarnait l’humanisme supérieur de l’Afrique, son honneur. Il était ce Noir qui forçait le respect de tous. À ce titre, il était le pont entre notre monde de nantis et les millions de pauvres de son continent dont il représentait la dignité. Mandela a métamorphosé le regard de millions de Blancs sur les Africains. Il était le prophète d’une humanité plus éclairée.

Comme tous les hommes politiques, il est le fils de l’histoire de sa nation (1). Cette Afrique du Sud, ce pays de cocagne tellement disputé, il faut brièvement évoquer d’où elle vient pour comprendre l’existence de Mandela. Colonie britannique, elle est d’abord peuplée de protestants hollandais, les Boers, qui parlent un patois de Hollandais, l’afrikaans. À partir du XVIIe siècle, ces solides huguenots (dont beaucoup sont originaires de France) cherchent une terre promise, à l’abri des persécutions. Débarqués au Cap, ils se heurtent aux habitants ancestraux de cette terre. Les combats les plus sanglants sont ceux contre les Zoulous, l’une des deux grandes ethnies sud-africaines, avec les Xhosas (la tribu de Mandela).

Les Britanniques considèrent les Boers comme des rustiques, des sous-hommes, à l’égal des Indiens ou des Noirs. À la fin du XIXe siècle, les Boers se soulèvent contre les Anglais. Ils exigent que l’on respecte leurs droits de citoyens. La France de Napoléon III soutient leur cause, leur envoie des renforts. Cette guerre sera abominable: les Anglais raflent plus de 30 000 femmes et enfants, les familles des combattants boers. Ils les font périr dans des camps de concentration, les premiers de l’histoire.

Sur les décombres de cette sanglante défaite, les pasteurs boers réagissent au racisme des Anglais par un autre racisme. Ils promulguent des lois ségrégationnistes, fondées sur une fausse interprétation de l’Ancien Testament qui leur donnerait le droit de dominer les Noirs. Et dont la finalité est d’assurer aux Boers, cette tribu d’Africains blancs, une protection maximum contre toutes les autres races et ethnies du pays.

En 1948, cette ségrégation devient sytématique. C’est la mise en place de l’apartheid, mot afrikaans dérivé du français et signifiant «mise à part». Il est rendu possible par la victoire du parti boer aux élections. Leur premier ministre Verwoerd met en œuvre le cloisonnement de la société sud-africaine. Les mariages interraciaux et les relations sexuelles entre Blancs, Noirs, Indiens et métis. Verwoerd finira assassiné: l’apartheid, en naissant, est déjà condamné.

Nelson Mandela naît le 18 juillet 1918, dans un village du Transkei, Mvezo, à mille kilomètres au sud de Johannesbourg. Il est fils de roi. Son véritable prénom, Rolihlahla, signifie «celui qui crée des problèmes». Il a été mis au monde dans la hutte ronde du kraal de sa mère, troisième épouse du roi Henry. Le xhosa est la langue maternelle, l’enfant est initié et circoncis à l’âge de 16 ans, mais il appartient à la maison secondaire de la famille royale des Thembus. À ce titre, il recevra une éducation classique. Surtout, il s’y familiarisera avec la notion d’ubuntu («la fraternité humaine»), qui sera plus tard inscrite dans la Constitution sud-africaine.

*Séducteur

Plus tard, à l’université de Fort Hare, la seule qui accepte des Noirs, Mandela rencontrera Oliver Tambo, le futur chef du Congrès national africain, l’ANC. Nelson Mandela sera renvoyé de l’établissement pour avoir refusé de faire partie du Conseil des élèves et pour avoir fomenté une révolte contre la mauvaise qualité de la nourriture. Mais pas avant d’avoir appris à manier l’un des piliers de la culture des Blancs, le droit. Depuis 1912, l’ANC tente de s’opposer à la suprématie des Blancs. L’organisation se remobilisera en 1948, lorsque les lois de l’apartheid permettront aux Afrikaners de jeter les opposants noirs en prison ou de les contraindre à l’exil.Mandela s’implique dans l’ANC en 1943. Il a 25 ans. Il est un militant exemplaire, un bel homme mesurant 1,88 m, qui pratique la boxe, comme son idole Joe Louis. Un séducteur aussi. Sa première épouse l’ayant abandonné, il se remarie en 1958 avec l’exubérante fille d’un directeur d’école, Winnie Nom­zano Madikizela. Il se lie à celui qui restera son meilleur ami et son maître à penser: Walter Sisulu, le fils d’un magistrat blanc et d’une Xhosa. Sisulu présente Mandela à un avocat juif de Johannesbourg, Lazar Sidelsky, chez lequel il fera son stage: «Le premier Blanc, dira-t-il, qui m’ait traité comme un être humain.»

Sa réussite, dans cinq cabinets d’avocats appartenant à des Blancs, avant de s’installer avec Oliver Tambo, lui ouvre les portes des restaurants chics où les Noirs sont tolérés. Mandela se fait habiller sur mesure par Alfred Kahn, le tailleur du milliardaire Harry Oppenheimer. Élégance et sport: Mandela s’est trompé de registre. Les Afrikaners ne sont pas «sport» du tout avec les Noirs. À partir de 1957, leurs deux nationalismes entrent en collision. Les indépendances des pays colonisés se dessinent en Afrique de l’Ouest et de l’Est. Les Boers sont bien décidés à conserver le contrôle de leur pays, à écraser l’opposition noire. Au sein même de la communauté africaine, c’est la division: les partisans d’un nationalisme noir exclusif luttent contre Mandela, favorable à une société démocratique et multiraciale. Cette vision demeurera toujours au cœur de son action. Le 8 avril 1960, après des massacres de la police sud-africaine contre des manifestants africains, à Sharpeville, le premier ministre Verwoerd fait interdire les partis nationalistes noirs.

Nelson Mandela se radicalise, lui aussi. Il fait adopter par l’ANC le principe d’une organisation militaire, baptisée «La lance de la nation», dont la tactique irréaliste vise au «renversement du pouvoir blanc par la force et la violence». Pour financer ses plans, Mandela va quémander des fonds en Algérie, en Tanzanie, au Ghana, en Éthiopie, à Londres, en Tunisie, en Égypte et au Maroc. Il est arrêté dès son retour en Afrique du Sud, et condamné à cinq années de prison. En 1963, Mandela est rejugé, car on a trouvé dans une ferme de Rivonia des documents le compromettant. Dans le contexte de la guerre froide, l’accusation exhibe des citations de Joseph Staline et du Chinois Liu Shao Chi, recopiées de la main de Mandela. Celui-ci se défend brillamment: le 20  avril 1964, quatre heures durant, il explique qu’il n’a jamais été communiste, qu’il revendique pour ses frères «le droit de vivre»: «J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique dans laquelle tous les hommes vivraient en harmonie et avec des chances égales, s’exclame-t-il devant la cour. C’est un idéal que j’espère défendre ma vie durant. Mais s’il le faut, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir.»

Le 18 juin 1964, Mandela a presque 46 ans: il est condamné à la prison à vie. D’abord dans des conditions inhumaines, sur l’île de Robben Island. Sa cellule minuscule est éclairée jour et nuit, on lui sert du porridge au petit déjeuner, et sa ­seule occupation est de casser des cailloux sous un soleil de plomb. En 1982, son régime carcéral se radicalise encore: il est isolé six années durant, à la prison de haute sécurité de Pollsmoor. En 1988, hospitalisé pour une tuberculose, le voici transféré à la prison Victor Verster, juste au nord du Cap. Mais cette fois-ci dans des conditions extrêmement avantageuses! Il dispose d’une piscine privée, d’un grand jardin, d’un bungalow confortable.

De fait, l’armée sud-africaine pousse les politiques à la négociation. Acculée à la défaite en Angola (elle a perdu la suprématie aérienne contre les Cubains), elle se retrouve dans la situation de la France à la fin de la guerre d’Algérie: sa victoire militaire ne mène qu’à une impasse pour le pays, isolé par les embargos. Le pire pour les Afrikaners est l’interdiction qui leur est faite de participer aux tournois internationaux de rugby. Sous la pression des services secrets de l’armée sud-africaine, Mandela est donc préparé à sa libération: il peut recevoir et discuter avec qui il le veut dans son bungalow, pour redécouvrir la réalité de son pays. On lui livre chaque matin la presse du monde entier. Enfin, à la tête de l’Afrique du Sud, le libéral De Klerk remplace le «vieux crocodile», le président Pik Botha. Le 1er février 1990, De Klerk annonce au Parlement qu’il a pris «la décision irrévocable de libérer Mandela sans aucune condition». Les deux hommes recevront le prix Nobel de la paix en 1993.De son chemin de croix, Mandela aura tiré sa force. Il aimait à citer Invictus, le célèbre poème de William Henley : «Je suis le maître de mon destin ; je suis le capitaine de mon âme.»

Il ajoutait, au moment où il s’est retiré de la vie politique, avant de se consacrer tout entier à la lutte contre le sida: «J’ai joué mon rôle et je ne demande qu’à m’effacer dans l’obscurité.» De ce crépuscule lumineux, demeurera sa leçon de vie pour tous les hommes. Cette leçon dit que lorsqu’on ne trahit pas son rêve de dignité et de liberté, on perce les cœurs, on les transmute. «Personne ne naît en haïssant une autre personne à cause de la couleur de sa peau, ou de son passé, ou de sa religion, écrit-il dans son autobiographie. Les gens doivent apprendre à haïr, et s’ils peuvent apprendre à haïr, on peut leur enseigner aussi à aimer, car l’amour naît plus naturellement dans le cœur de l’homme que son contraire.»*Le Figaro-06.12.2013

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**Mandela: l’humanité par le pardon

Nelson Mandela est le meilleur de notre humanité. Nelson Mandela est le meilleur d’entre nous. Non content de l’être, il a réussi par son action à rendre ceux qu’il côtoyait eux aussi meilleurs. Nous devons garder à l’esprit pour toujours ce qui a fait de Nelson Mandela une légende vivante pour toute l’humanité en ce « Mandela Day ».

La fondation France Libertés, mais surtout Danielle Mitterrand, ont eu la chance de le rencontrer à de nombreuses reprises.

Pour la fondation, la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud  est un des combats majeurs avec en 1987, l’organisation avec le président sénégalais Abdou Diouf de la première rencontre internationale des Sud-Africains multiraciaux libéraux et des représentants de l’ANC à Dakar. Puis, en 1989, la mise en place des rencontres de Marly le Roy pour créer « un foyer de discussion démocratique » et aider à poser les bases qui puissent permettre à l’Afrique du Sud de sortir de l’Apartheid. Abdou Diouf rappelle cette action essentielle de la fondation

C’est avec la détermination que l’on connaissait à Danielle Mitterrand qu’elle engagea la fondation dans ce difficile processus qui conduisit à la fin de l’apartheid en Afrique du Sud. Les rencontres de Dakar en 1987 et de Marly-le Roy en 1989 avaient permis de mettre face à face des représentants de l’ANC et ceux de l’apartheid. Nelson Mandela était encore en prison, mais sa voix parvenait à Danielle Mitterrand tout au long de ces premières rencontres. Ce fut un premier pas qui permit les négociations ultérieures et le processus de paix.

Aider à la libération de Mandela et à la chute de l’Apartheid aura été plus qu’un privilège quand on sait ce qu’il fit de cette libération: un message politique de paix et de pardon. Dans un monde dominé par la violence et l’esprit de vengeance son action fut une exception extraordinaire qui doit  guider l’humanité.

Danielle Mitterrand aimait se rappeler le moment où elle est allée accueillir Nelson Mandela à l’aaéroport. Le moment ou Nelson Mandela la prend dans ses bras et l’étreint pour partager cette joie inimaginable de penser qu’enfin il est libre et qu’il va pouvoir porter un message de paix et de réconciliation pour l’Afrique du Sud qui résonne encore partout dans le monde.*huffingtonpost-18/07/2013

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*Mandela et le long combat contre l’apartheid

**Le 11 février 1990, Nelson Mandela, le leader du Congrès national africain (ANC), symbole de la lutte contre le pouvoir ségrégationniste blanc, était enfin libre au terme de 27 années de prison.
Retour sur l’une des figures les plus marquantes du XXe siècle

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Le 15 octobre 1989, sept compagnons de Nelson Mandela emprisonnés avec lui dans le sinistre bagne de Robben Islands, au large de la ville du Cap, sont libérés par le pouvoir de l’apartheid. « Je savais que je n’aurai plus longtemps à attendre », écrit Mandela dans son autobiographie, Un long chemin vers la liberté. De fait, le 11 février 2010, il y a vingt ans jour pour jour, le leader du Congrès national africain (ANC), symbole de la lutte contre le pouvoir ségrégationniste blanc, sort de sa prison. Une libération fêtée dans le monde entier par tous ceux qui se sont mobilisés depuis des années parce que c’est la première grande victoire contre ce régime honni, soutenu presque jusqu’au bout par les « démocraties occidentales ».

Lui dont on ne connaissait que quelques photos réalisées dans les années cinquante, alors qu’il n’avait que la quarantaine, stupéfait le monde entier, ému, avec sa chevelure grisonnante. Mais avec le recul, ce qui a sans doute le plus surpris lorsqu’on l’a vu avec, à ses côtés, celle qui était encore son épouse, Winnie, c’est la dignité de cet homme que le pouvoir blanc ne voulait pas seulement faire plier : il voulait le briser. Il n’y parviendra pas. En avril 1964, déjà emprisonné (il a été arrêté le 5 août 1962), devant ses juges qui le condamneront à la perpétuité, Mandela déclare : « J’ai combattu la domination blanche, j’ai combattu la domination noire. J’ai chéri l’idée d’une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie et avec des chances égales. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et atteindre. Mais s’il en était besoin, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. »

« J’ai chéri l’idée d’une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie ». Nelson Mandela.

Mandela va rejoindre sa cellule dans le bagne de Robben Island, une île au large de la ville du Cap. Il devient le prisonnier matricule 466-64. Il ne recouvrira la liberté que vingt-sept ans plus tard. « La prison ne vous vole pas seulement votre liberté, elle essaie aussi de vous déposséder de votre identité », écrit-il. « C’est par définition un État purement autoritaire qui ne tolère ni indépendance ni individualité. » Au combat politique s’ajoutait donc celui pour la dignité du prisonnier. « Toute demande de livre qui contenait le mot “rouge”, même s’il s’agissait du Petit Chaperon rouge, était rejetée par les censeurs », se souvient-il.

Lors de son premier discours, prononcé depuis le balcon de l’hôtel de ville du Cap, il dit : « Je suis là devant vous non pas comme un prophète mais comme un humble serviteur du peuple. Ce sont vos inlassables et héroïques sacrifices qui m’ont permis d’être là aujourd’hui. Je remets entre vos mains les dernières années qui me restent à vivre. » Surtout, au grand dam des dirigeants de l’apartheid et de ceux des pays occidentaux (notamment Margaret Thatcher, alors premier ministre britannique), il exprime sa profonde gratitude à l’ANC, au Parti communiste sud-africain et aux combattants de l’Umkhonto we Sizwe, la branche armée de l’ANC, plus connue sous le nom de MK. Bien que libre, à ce moment-là, Mandela, comme tous les Noirs d’Afrique du Sud, ne possède toujours pas le droit de vote et l’apartheid est toujours en place. « Je suis un membre loyal et discipliné de l’ANC, en accord total avec sa stratégie et sa lutte sur tous les fronts, lance-t-il devant une foule émue. Nous n’avons pas d’autres choix que de continuer la lutte armée. » Il demande également le maintien des sanctions économiques contre l’Afrique du Sud.

« Nos sentiments de respect et de solidarité, de notre engagement à apporter à votre combat et à celui de votre peuple ». Georges Marchais

Politiquement, les années qui suivent sa libération sont éprouvantes. Les négociations, commencées le 2 mai 1990, traînent en longueur. Il apparaît que le président blanc Frederik De Klerk, soutenu par les Occidentaux, cherche avant tout à conserver le pouvoir et à diviser l’ANC et le Parti communiste. Pendant qu’il discute, sa police poursuit d’ailleurs sa répression. Certains tentent, aujourd’hui d’oublier les manœuvres de De Klerk, voyant en lui un visionnaire et un homme de paix. C’est oublier que la lutte de l’ANC et de ses alliés et le soutien des progressistes et des démocrates dans le monde entier ont contraint ce régime à desserrer l’étau.
En France, les grands médias mettront de nombreuses années avant d’évoquer le sort de celui qui était alors le plus vieux prisonnier politique du monde et n’ouvriront guère leurs colonnes ou leurs antennes à ceux qui, ici, soutenaient ce combat : les Rencontres nationales contre l’apartheid, le Mouvement anti-apartheid, et encore moins au Parti communiste français (PCF), seul parti à s’être résolument et totalement engagé dans cette lutte. Notre journal prendra toute sa place dans cet engagement.

Le combat des communistes en faveur de la libération de Nelson Mandela, de ses compagnons et pour la fin de l’apartheid est un combat du premier jour. Dès le procès de Rivonia (1963-1964), qui devait envoyer au bagne le leader de l’ANC, c’est à la tribune de l’Assemblée nationale qu’intervient la député communiste, Marie-Claude Vaillant-Couturier en faveur des inculpés. Les manifestations vont se succéder, que ce soit à l’occasion de la terrible répression du mouvement noir, particulièrement des massacres de Soweto, ou pour dénoncer la complicité des autorités françaises qui arment l’apartheid et lui fournissent des centrales nucléaires. Des actions seront menées pour empêcher l’importation de marchandises en provenance d’Afrique du Sud, tel le charbon.
Le combat n’a jamais cessé de prendre de l’ampleur. La Fête de l’Humanité 1985 en porte la marque. Un immense concert, réunissant Max Roach, Eddy Louis, Salif Keita, Bernard Lubat et Manu Dibango, est donné. Une délégation élue par les centaines de milliers de participants, conduite par le directeur du journal, Roland Leroy, est chargée de se rendre à Matignon pour exiger que la France boycotte à 100 % le régime de l’apartheid.

En juillet 1988, Mandela fête ses soixante-dix ans en prison. Georges Marchais, alors secrétaire général du PCF, lui adresse un message l’assurant, de la part des communistes français, de « nos sentiments de respect et de solidarité, de notre engagement à apporter à votre combat et à celui de votre peuple la contribution croissante qu’ils appellent ». Il ajoute : « Nous combattons et combattrons toutes les complicités, d’où qu’elles viennent, à l’égard d’un pouvoir qui a montré à l’opinion française jusqu’où il pouvait aller en faisant assassiner sur notre sol notre camarade Dulcie September (assassiné à Paris par l’apartheid en 1988 — ndlr). » Le successeur de Dulcie, Solly Smith, se verra remettre, le 20 juillet, dans les locaux de l’Humanité, plus de 3 000 messages de soutien adressés par les lecteurs. « Le Nobel pour Mandela » : la proposition faite par Georges Marchais est approuvée par les participants au meeting de la Fête de l’Humanité 1988. Cette campagne va crescendo. Le 9 décembre, sous un chapiteau dressé au Champ-de-Mars, 20 000 personnes participent à une soirée ou se succèdent musique et témoignages. Joëlle Kauffmann, Valérie Kaprisky, Roger Hanin s’associent à cette campagne. Le 31 janvier, le Comité de défense des libertés et des droits de l’homme en France et dans le monde, que préside Georges Marchais, se rend à Oslo. Il rencontre le directeur du comité Nobel, Jacob Sverdrup. Á La Courneuve, la Fête de l’Humanité se met aux couleurs de l’ANC. Le portrait de Nelson Mandela est partout, popularisant encore plus le combat contre l’apartheid et pour la libération du dirigeant de l’ANC.

Lorsque Nelson Mandela vote pour la première fois de sa vie, il a soixante-quinze ans. C’est en avril 1994.

Le 11 février 1990, Nelson Mandela est libéré. Quelques semaines plus tard il se rend à Paris. Au sortir des rendez-vous officiels, il rencontre, au siège du PCF, place du Colonel-Fabien, Georges Marchais qu’il appelle « mon camarade » dans une interview à l’Humanité. En 1993, il reçoit le prix Nobel de la paix, consécration de son combat et de celui de ces millions de personnes qui ont manifesté pendant des années alors que les gouvernements d’Europe de l’Ouest et des États-Unis soutenaient le régime d’apartheid.
Les artistes se mobilisent également contre l’apartheid et pour la libération de Nelson Mandela. En 1974, humainement et politiquement ému par cette situation, le plasticien d’origine niçoise Ernest Pignon-Ernest recouvre les murs de Nice (que la mairie de droite a jumelé avec celle du Cap malgré la ségrégation) de ces terribles sérigraphies ou l’on voit une famille africaine derrière des grillages. Un engagement qui se poursuivra avec les artistes contre l’apartheid que Pignon-Ernest animera avec le peintre Antonio Saura. Un musée itinérant comprenant des dizaines d’œuvres des plus grands artistes sillonne la planète avec une promesse : l’ensemble sera remis au premier gouvernement démocratique. En 1996, deux ans après l’élection de Nelson Mandela comme président de la République sud-africaine, Ernest Pignon-Ernest lui remettra personnellement les « clés » de ce musée pas comme les autres, dans les locaux du Parlement, au Cap.

Lorsque Nelson Mandela vote pour la première fois de sa vie, il a soixante-quinze ans. C’est en avril 1994, à l’issue d’une campagne électorale si épuisante qu’on se demande comment un homme de son âge a pu la supporter ! Certainement grâce à cet enthousiasme qu’il avait chevillé au corps et qui lui faisait dire pendant les meetings électoraux : «  Je voudrais tous vous mettre dans ma poche. J’ai soixante-quinze ans et avec vous j’ai l’impression d’en avoir seize. Vous êtes ceux qui m’inspirez à chaque jour de ma vie. » Élu président, il se met tout entier au service de cette cause : bâtir une nouvelle nation, une nation débarrassée de l’apartheid ou le mot « race » n’a plus aucune signification. En ce sens, la création de la Commission vérité et réconciliation (TRC) a permis d’ouvrir un chemin original, « entre amnistie et amnésie », parce que, comme le répétait Mandela, « nous pouvons pardonner mais nous ne pouvons pas oublier ». (L’Humanité)

 ***Mandela, la légende…

«Mon idéal le plus cher a été celui d’une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie avec des chances égales (…) C’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir.»
Nelson Mandela

Ce 11 février 2010, l’Afrique du Sud, le monde occidental, fêtent les vingt ans de la libération de Nelson Mandela. Quel bilan pouvons-nous faire de l’Afrique du Sud et de l’action de Nelson Mandela? Avant toute chose, l’information qui nous est distillée par les médias occidentaux parle d’une réussite exemplaire de l’Afrique du Sud qui a réussi l’intégration et à créer, selon le bon mot de Mandela, une «nation arc-en-ciel» Nous allons d’abord montrer que la libération de Mandela, le 11 février 1990, ne fut pas un cadeau et qu’elle a été, par la force des choses, imposée au pouvoir raciste d’Afrique du Sud par cet Occident qui avait soutenu pendant des décennies le pouvoir. Cet Occident qui a compris que le vent de l’histoire avait tourné et qu’il valait mieux composer avec l’ANC plutôt que de tout perdre. Souvenons-nous «l’ex-président sud-africain Nelson Mandela et son parti politique, le Congrès national africain, étaient sur la liste noire des organisations que les Etats-Unis considèrent comme terroristes». Durant tout son mandat en tant que Président élu de l’Afrique du Sud, il ne fut pas reconnu et jusqu’en 2008, il était toujours sur la liste des terroristes ainsi que tous les dirigeants de l’ANC. Il a fallu attendre le 1er juillet 2008 pour que le président américain George W. Bush signe une loi en vue de retirer l’ancien président sud-africain Nelson Mandela ainsi que son parti d’une liste américaine répertoriant des terroristes.

10.000 jours de prison
La détention de Mandela pendant 10.000 jours fut l’objet d’un processus qui s’est accéléré en 1989. Le régime de l’apartheid a offert à six reprises de libérer Mandela. Ce dernier a d’abord refusé, jugeant les conditions du gouvernement inacceptables. Mais, vers le milieu des années 1980, le gouvernement de l’apartheid est aux abois. Isolé sur la scène internationale, il peine à réprimer les rassemblements anti-régime dans les townships. Le président P.W.Botha consent enfin à proposer à Mandela une solution politique négociée que l’ANC réclamait depuis toujours. Mandela rencontre en secret le président Pieter Willem Botha en juillet 1989. Le chef de l’ANC parle des Afrikaaners et de la guerre anglo-Boer, ce qui séduit le président. En détention à Robben Island, Mandela a appris la langue des Afrikaaners, il s’est penché sur leur histoire, et a lu leurs poètes. (…) Frederik de Klerk succède à Botha en août 1989. Mandela le rencontre en décembre. On le fait entrer en cachette, par le garage. Le détenu est accompagné, mains libres, dans le bureau de Frederick de Klerk. Le président sud-africain le reçoit en compagnie du chef des services secrets. C’est la première fois que De Klerk voit Mandela. «C’est donc lui, l’icône mondiale de la lutte contre l’apartheid!», se dit de Klerk. Il avoue dans ses mémoires avoir été impressionné par le calme, la courtoisie, et la confiance en lui de Mandela. De Klerk souhaite aller vite. Il sait que son parti politique est du mauvais côté de l’Histoire. Le mur de Berlin est tombé. Le gouvernement de l’apartheid ne peut plus prétendre s’opposer à l’ANC pour enrayer l’expansion communiste. Le 2 février 1990, De Klerk annonce la libération de Mandela. Le 11 février, ce dernier franchit à pied les derniers mètres de sa «longue marche vers la liberté».(1)
L’impérialisme colonial est toujours présent malgré les décolonisations. La seule décolonisation dit-on réussie est celle de l’Afrique du Sud avec un pouvoir blanc toujours présent et avec lequel Mandela a composé. Cette Afrique n’a d’Afrique que la couleur. La mentalité est encore occidentale. Ce pays est, dit-on, développé et dispose de l’énergie nucléaire. Peut-être parce qu’il n’est pas musulman. Pourtant la situation n’est pas aussi rose que l’on veut bien nous le faire croire. Les plaies sont encore béantes. Ecoutons ce qu’écrit Kholofelo Mashabela du journal: «Nelson Mandela a été libéré le 11 février 1990. Malgré les bouleversements survenus dans la société, les blessures infligées par le régime raciste restent vives et difficiles à résorber. C’est comme si c’était hier. Le 11 février 1990, des milliers de personnes avaient envahi les rues du Cap pour apercevoir la personnalité qui s’était battue si longtemps pour la liberté. (…) On ne sait pas très bien qui a écrit le scénario, mais cela a marqué le début d’une tendance à gérer le processus politique par l’hystérie. La dernière manifestation en est la fièvre qui entoure l’organisation de la Coupe du monde de football, qui aura lieu du 11 juin au 11 juillet 2010. Avant, il y a eu la Convention pour une Afrique du Sud démocratique (Codessa) et ce qu’elle a apporté. Il y a eu la violence dont ont été victimes les communautés noires. Il y a eu les révélations sur les activités du Bureau pour la coopération civile (CCB). Bien sûr, il y a eu la Vlakplaas [unité secrète antiterroriste pendant l’apartheid]. Il y a eu aussi l’établissement de la Commission électorale indépendante, qui a ouvert la voie aux premières élections démocratiques, peut-être le résultat le plus significatif de février 1990. Puis sont arrivées la reconnaissance internationale et l’acceptation de l’Afrique du Sud en tant que pays dirigé par des Noirs. Il y a eu aussi la Coupe du monde de rugby, en 1995… En somme, un mélange de bon et de mauvais. Tous ces événements ont, chaque fois, produit le même effet sur notre peuple: celui de réveiller l’hystérie collective. A ce moment de notre histoire, la communauté internationale s’est bousculée pour faire de Nelson Mandela un citoyen du monde. Le régime de l’apartheid et le Congrès national africain (ANC) s’étaient autoproclamés les acteurs les plus importants de l’accord négocié qui devait suivre. Dans l’accord négocié qui a suivi, la question de la terre fut éludée. Il fut décidé que les terres dont les Noirs avaient été dépossédés avant 1912 ne leur seraient pas rendues et que celles qui leur avaient été prises après 1912 ne seraient restituées que sur la base d’un contrat de vente volontaire. C’est probablement en partie pour cela que la société sud-africaine est aujourd’hui l’une des plus inégalitaires au monde en termes socioéconomiques. Car, après février 1990, la réconciliation est devenue une priorité. Si le concept était noble en soi, cela signifiait cependant que la justice ne serait pas rendue. Les personnes coupables de violences institutionnelles envers les Noirs ne seraient pas traduites en justice. Toujours dans ce désir de réconciliation, Nkosi Sikelele Afrika, l’hymne africain de l’espoir, a été mis sur le même niveau que Die Stem, un chant qui célèbre les objectifs de la rébellion [boer] de Slagtersnek [1816]. On a fusionné les deux chants pour créer l’hymne national sud-africain, que la plupart des gens semblent ne pas pouvoir ou ne pas vouloir chanter dans son intégralité. (…) Au moment où les élus prenaient leurs fonctions et où nous apprenions combien ils gagnaient, nous avons vu que l’éthique était jetée aux orties et que les graines de la corruption avaient été semées. Si le contenu de cet article met le lecteur mal à l’aise, c’est peut-être parce qu’il est temps que quelqu’un fasse remarquer que le roi est nu. Mais ces propos auront-ils le moindre effet, compte tenu de l’hystérie qui entoure le vingtième anniversaire de ce fameux mois de février 1990?»(2)
Dans le même ordre visant à montrer que tout n’est pas rose et net, on apprend que la mentalité d’apartheid est «exportée» vers les voisins avec justement l’assentiment, à l’époque, du gouvernement…Mandela et on l’aura compris avec cet Occident qui continue à perpétuer sa tyrannie. Ecoutons Michel Chossudovsky, professeur d’économie à Montréal: «(…) Forcés de renoncer à l’odieux régime qui les avait mis au banc des nations, les fermiers blancs sud-africains se redéploient en direction du Mozambique et de l’Angola. Fer de lance de la nouvelle puissance régionale, ils prétendent s’emparer des meilleures terres agricoles et mettent en danger, avec l’aide de la communauté internationale, la survie des communautés locales. Créer un « couloir agroalimentaire » de l’Angola au Mozambique, tel est le projet d’une organisation de la droite sud-africaine blanche, le Front de la liberté. Avec le soutien de la Chambre sud-africaine pour le développement de l’agriculture, la Sacada, l’agrobusiness afrikaner voudrait ainsi étendre sa mainmise sur les pays voisins en investissant massivement dans l’agriculture commerciale, l’industrie alimentaire et l’écotourisme. (…) Le Front de la liberté est dirigé par le général Constand Viljoen: cet ancien commandant en chef de l’armée au temps de l’apartheid fut jadis impliqué dans l’assassinat de militants anti-apartheid. Si son parti semble modéré, comparé au groupe d’extrême droite de Eugène Terreblanche, l’Afrikaner Weerstandebeweging (AWB), il n’en est pas moins un mouvement politique raciste fidèle à l’idée d’un Etat afrikaner. Paradoxalement, l’initiative commune de la Sacada et du Front de la liberté bénéficie du soutien politique de l’ANC, notamment de la bénédiction du président Nelson Mandela».(3)
«(..) Pour 0,15 dollar l’hectare, les fermiers afrikaners se verront en particulier concéder les meilleures terres agricoles de la province mozambicaine de Niassa: un véritable cadeau. (..) Les grandes banques sud-africaines, la Banque mondiale et l’Union européenne soutiennent cette entreprise. (…) Si la communauté internationale a soutenu (tardivement) le combat de l’ANC contre l’apartheid, elle aide maintenant financièrement les organisations racistes afrikaners de développement. Autrement dit, les pays occidentaux donateurs contribuent à l’extension de l’apartheid aux pays voisins de l’Afrique du Sud. L’Union européenne a ainsi financé la Sacada dans le cadre d’aides octroyées à Pretoria au titre du programme de reconstruction et de développement. Un responsable de Bruxelles considère l’initiative de la Sacada comme la meilleure nouvelle pour ce continent depuis trente ans».(3)

Soutien à la Palestine
Ce que nous retenons de Mandela, c’est aussi ses prises de postion courageuses contre l’ordre occidental, contre la guerre en Irak et son soutien sans faille à la cause palestinienne. Dans une lettre adressée à Thomas Friedmann il écrit: «Aujourd’hui, dans le monde, noir et blanc, reconnaît que l’Apartheid n’a pas d’avenir. En Afrique du Sud, il s’est terminé grâce à notre propre action de masse décisive, pour bâtir la paix et la sécurité. Cette campagne massive de défi et autres actions ne pouvait qu’aboutir à l’établissement de la Démocratie. Il est peut-être étrange pour vous d’observer la situation en Palestine ou, plus spécifiquement, la structure des relations politiques et culturelles entre les Palestiniens et les Israéliens, comme un système d’apartheid. (…) Le conflit palestino-israélien n’est pas qu’un problème d’occupation militaire et Israël n’est pas un pays qui a été créé « normalement » et qui s’est mis à occuper un autre pays en 1967. Les Palestiniens ne luttent pas pour un « Etat » mais pour la liberté, la libération et l’égalité, exactement comme nous avons lutté pour la liberté en Afrique du Sud.(…) Israël ne pensait pas à un « Etat » mais à une « séparation ». La valeur de la séparation se mesure en termes de la capacité d’Israël à garder juif l’Etat juif, et pas d’avoir une minorité palestinienne qui pourrait devenir une majorité, dans l’avenir. Si cela arrivait, cela forcerait Israël à devenir soit un Etat laïque ou binational, soit à devenir un Etat d’apartheid, non seulement de fait, mais aussi de droit.»
«Thomas, si vous suivez les sondages israéliens au cours des 30-40 dernières années, vous verrez clairement un racisme grossier, avec un tiers de la population qui se déclare ouvertement raciste. Ce racisme est de la nature de « Je hais les Arabes », et « Je souhaite que les Arabes meurent ». Si vous suivez également le système judiciaire en Israël, vous verrez qu’il y a discrimination contre les Palestiniens, et si vous considérez plus particulièrement les territoires occupés en 1967, vous verrez qu’il y a déjà deux systèmes judiciaires à l’oeuvre, qui représentent deux approches différentes de la vie humaine: une pour la vie palestinienne et l’autre pour la vie juive. De plus, il y a deux approches différentes pour la propriété et pour la terre. La propriété palestinienne n’est pas reconnue comme propriété privée puisqu’elle peut être confisquée (…) Les soi-disant « Zones autonomes palestiniennes » sont des Bantoustans. Ce sont des entités restreintes au sein de la structure de pouvoir du système israélien d’apartheid. L’Etat palestinien ne peut pas être un sous-produit de l’Etat juif, juste pour garder la pureté juive d’Israël. La discrimination raciale d’Israël est la vie quotidienne de la plupart des Palestiniens. Parce qu’Israël est un Etat juif, les Juifs israéliens ont des droits particuliers dont les non-juifs ne bénéficient pas. Les Arabes palestiniens n’ont aucune place dans un Etat « juif ». L’apartheid est un crime contre l’humanité. Israël a privé des millions de Palestiniens de leur liberté et de leur propriété. Il perpétue un système de discrimination raciale et d’inégalité. Il a systématiquement incarcéré et torturé des milliers de Palestiniens, en violation du droit international. Il a déclenché une guerre contre une population civile et en particulier contre des enfants. Les réponses de l’Afrique du Sud en matière de violation des droits humains provenant des politiques de déportation et des politiques d’apartheid ont mis en lumière ce que la société israélienne doit nécessairement accomplir avant que l’on puisse parler d’une paix juste et durable au Moyen-Orient et de la fin de la politique d’apartheid.»(4)
Pour Aminata Traoré, ancienne ministre de la Culture au Mali, «Mandela est un grand homme. Un homme de conviction et de courage qui a su libérer son pays. Nelson Mandela est aussi un grand homme qui a su quitter le pouvoir au moment opportun. Cela est important, parce que les héros des luttes de libération nationale qui s’accrochent à leur projet finissent comme Mugabe (…) Aujourd’hui, on cherche à faire la comparaison entre Mandela et les dirigeants africains actuels. Je ne poserai pas le débat dans ces termes. Parce que l’histoire de l’apartheid et la nature du combat ont changé. Aujourd’hui, nous avons affaire à un ennemi invisible. Avec l’apartheid, vous êtes en face de l’oppresseur. Vous êtes maltraité du fait, tout simplement, de la couleur de votre peau». «L’apartheid est maintenant mondial».(5)
Que peut-on retenir en définitive de la légende Mandela? Il a fait honneur à l’Afrique et à l’humanité. Il n’existe pas de personnages qui ait marqué son époque au XXe siècle comme le Mahatma Gandhi ou son héritier spirituel, Nelson Mandela. Au XIXe siècle il y eut un grand consensus pour désigner l’Emir Abdelkader comme l’une des personnes ressources de l’humanité. Curieusement, l’Occident si prompt à donner des leçons de droits de l’homme, n’a pas vu émerger en son sein des hommes de la trempe de ces géants qui nous font espérer en la condition humaine. (L’Expression-18.02.2010.)

**Pr Chems Eddine CHITOUR (*) Ecole nationale polytechnique
(*) enp-edu.dz

1.Nicolas Champeaux – Les coulisses de la libération de Nelson Mandela – 10 février 2010
2.Kholofelo Mashabela – The Sunday Independent11.02.2010
3.Michel Chossudovsky – Quand l’apartheid s’exporte Le Monde Diplomatique – Avril 1997
4.Lettre de Nelson Mandela à Thomas L.Friedman, March 28, 2001
5.Aminata Traoré: Et si Mandela…
http://www.alterinter.org/article2324.html 22 juillet 2008

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Mandela et le long combat contre l'apartheid

 

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28 réponses à “Mandela et le long combat contre l’apartheid”

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