Des Algériens spoliés de leurs terres par le Maroc

**L’affaire des Algériens dépossédés de leurs terres par le royaume du Maroc

L’affaire des Algériens dépossédés de leurs terres agricoles et autres biens immobiliers par le royaume du Maroc refait surface.  les victimes résidant sur la bande frontalière, particulièrement dans la localité de Roubane, relevant de la commune de Béni-Boussaid, appelée communément «Zouia», attendent toujours que leurs biens leur soient restitués…après que les éléments de la Gendarmerie nationale et les élus locaux aient procédé à leur recensement et à la réception de leurs dossiers, appuyés par des actes de propriété de leurs biens spoliés.

Des Algériens spoliés de leurs terres par le Maroc 300px-Carte_Michelin_Oujda

Pour rappel, ce contentieux remonte au 2 mars 1973, date à laquelle le gouvernement marocain avait rendu public un Dahir ou décret  relatif à la nationalisation des terres agricoles et immeubles appartenant à des personnes  étrangères, physiques et morales. Tous les étrangers ont été indemnisés, à l’exception des Algériens qui se sont vus dépossédés et expulsés manu militari.

Pourtant, selon les juristes, ce Dahir ne devait pas s’appliquer aux Algériens, car au lendemain de la guerre de 1963, dite guerre «des sables», une convention avait été signée entre les deux pays, garantissant, dans ses articles 2 et 3, les mêmes droits aux ressortissants installés dans les deux Etats. C’est donc un contentieux vieux de 40 années et depuis, les autorités marocaines refusent de le traiter et d’indemniser les victimes de cette injustice.

«J’ai quitté le Maroc les poches vides et la veste sur les épaules»

A Roubane, la nouvelle de cette éventuelle indemnisation est accueillie avec optimisme et appréhension à la fois. Les victimes sont unanimes à dire «que le Maroc conditionne le règlement de ce contentieux avec l’ouverture des frontières terrestres».

«A l’APC de Béni-Boussaid, les élus locaux nous ont confirmé le recensement des victimes de la spoliation, alors que les gendarmes affirment avoir reçu des instructions pour collecter les dossiers de toutes les victimes, sans divulguer la source de cette instruction».

Pour la population, «c’est la présidence de la République qui a ordonné cette enquête». Pour Hadj Mohamed Maâlaoui, une victime, «le Maroc ne pourra jamais réparer cette injustice et l’humiliation subie, après que la gendarmerie royale nous ait chassé de nos terres et de nos domiciles et saisi tous nos biens, y compris nos bêtes». Après un long silence, il poursuit : «On a été malmené. J’ai quitté le Maroc avec ma seule veste et les poches vides.»

19 000 hectares de terres très fertiles

Interrogé sur la localisation de ces terres et leur consistance, il affirme que «la majorité des Algériens avaient des terres agricoles et d’autres biens à Oujda, Berkane, Saïdia, Aguercif, Taourirt, Taza, Ahfir, mais aussi à Fès, Meknès et Casablanca», soulignant que «ces terres représentent une superficie de 19 000 hectares très fertiles, car situées dans la meilleure plaine marocaine, celle d’Ahfir et Berkane».

Il pense que ces terres valent aujourd’hui quelque 150 000 euros l’hectare, «ce qui représente des milliards que le Maroc doit aux  victimes algériennes, estimées à environ 10 000 à être dépossédées», nous dira Miloud Ameziane, qui souligne :

«Je possédais les meilleures terres et les plus beaux vergers d’orangers de Berkane. J’ai remis actes et documents de ces biens aux gendarmes, mais je suis persuadé que le Makhzen n’a nullement l’intention de régler cette affaire, car ces terres génèrent de grands revenus pour le Maroc.

Cette région est le poumon économique du Maroc d’où sont exportés tous les agrumes et les légumes vers l’Europe, générant des devises incommensurables. Croyez-vous que le Maroc acceptera de nous les rendre ou de nous indemniser à coup de milliards d’euros?

Ce serait un miracle.» Il se rappelle avec amertume du jour de son expulsion. «C’était le 12 juin 1974, quand la gendarmerie royale, accompagnée du ‘’hakem amalate Oujda’’, a commencé à recenser mes terres et tous mes biens avant de m’expulser en 1975, sans me remettre le moindre document ou récépissé de cette nationalisation.

Depuis, avec d’autres victimes, nous avons tenté plusieurs procédures près le tribunal d’Oujda pour récupérer nos biens ou prétendre au moins à une indemnisation. A chaque fois, on a été débouté et nous avons subi la moquerie des juges.»

«Des milliers d’Algériens sont enterrés dans le cimetière de Sidi Boubena»

Ayant eu vent de notre présence sur les lieux, ils sont venus nombreux à notre rencontre pour nous livrer leur version des faits avec amertume et angoisse. Pour les familles Taghedouine, Refoufi, Youbi, Benhader, Chakouki «aucune indemnisation ne peut réparer l’humiliation subie».

Pour nous rendre compte de visu, Hadj Maâlaoui nous accompagne jusqu’à la limite frontalière avec le Maroc. On est à quelques pas du Maroc et on aperçoit de l’autre côté de cette frontière invisible,  les éléments du Makhzen et les agriculteurs marocains qui labourent les terres.

«Toutes ces terres nous appartenaient.  Je vous en donne la preuve tout de suite», s’écrit Mohamed Reffoufi qui nous fait traverser la ligne frontalière sous les yeux passifs du Makhzen. Il nous fait entrer dans un cimetière situé à proximité de la frontière.

«Dans ce cimetière connu sous le nom de Sidi Boubena et qui existe depuis des siècles, des centaines, voire des milliers d’Algériens sont enterrés.

A ce jour les autorités marocaines permettent aux populations de Roubane de venir se recueillir sur les tombes de leurs proches car ils reconnaissent que ces terres appartiennent aux Algériens et la majorité de ceux qui y sont enterrés sont des Algériens. Il est temps que les autorités de notre pays fassent le nécessaire pour que justice soit rétablie».

De son côté, Hadj Youbi nous confirme l’algérianité de ces terres et du cimetière. «La clôture de ce cimetière a été faite par la population de Roubane avec le consentement et l’autorisation des autorités marocaines.»

Et d’ajouter : «Les habitants de Roubane ne sont pas les seuls à avoir subi cette injustice. D’autres notamment aux douars Ouled Kaddour, El Aachach, Chebikia, Sidi Boujenane, Bab El Assa et Mersa Ben Mehidi, situés le long de la bande frontalière ont, pour préserver leurs biens, fini par céder à la pression du Makhzen et opter pour la nationalité marocaine.

Mais néanmoins, le Makhzen a continué à les harceler et à user de moyens fallacieux pour les déposséder de leurs terres d’une autre manière en y implantant tous les projets de construction d’écoles et autres infrastructures d’utilité publique.»

Les biens du FLN représentent plusieurs milliards de dirhams

Non loin de là, nous apercevons des dizaines de mules chargées de jerricans de carburant traversant la frontière sans être inquiétées. «Elles connaissent le chemin», nous dit-on et sur le chemin, on ne croise que les véhicules des «hallabas» qui font de ce trafic de carburant leur commerce favori.

A Roubane,  Hadj Sabek, un moudjahid de la région qui a vécu durant la guerre de libération, à la base Ben-Méhidi de l’ALN, dit connaître à fond ce problème qu’il juge «comme la face apparente de l’iceberg, alors que la face cachée n’a pas encore été déterrée».

Il affirme que «durant la révolution, le FLN et l’ALN ont acheté beaucoup de biens immobiliers et des fermes entières au Maroc, où ont été installées des usines d’armements, comme les fermes de Kenitra par exemple. C’était en même temps un investissement qui permettait de financer la révolution et de subvenir aux besoins des combattants qui étaient sur le sol marocain pour diverses raisons, comme les recherchés, les blessés et ceux de la base de l’ALN.

Le FLN a beaucoup investi au Maroc pour s’assurer une autonomie financière et ne pas être dépendant des aides. C’était un choix judicieux et une stratégie, car durant la révolution on est arrivé à nourrir des centaines de familles marocaines pauvres et sans ressources».

Il marque un temps d’arrêt, se lève et de sa bibliothèque, il prend un livre. C’est l’autobiographie de Mohamed El-Khatib, le financier du FLN. Il le feuillette et nous montre des photos de nos moudjahidine dans ces fermes et dans les ateliers d’armements.

Et de s’interroger sur le sort de tous ces biens achetés avec l’argent des Algériens et collecté par le FLN. «Le contentieux avec le Maroc est très complexe et les biens des Algériens spoliés entre 1973 et 1975 ne représentent qu’une infime partie.

Les biens du FLN, dont les fermes de Kenitra et Berkane de quelque 1000 hectares, représentent aujourd’hui plusieurs milliards de dirhams. Sans compter le reste, comme les maisons achetées par le FLN pour les familles algériennes, «les mouhajirine», les commerces et les biens immobiliers. «Tous ces biens appartiennent légitimement à l’Etat algérien et le FLN en détient tous les actes de  propriétés.»

Il admet tout de même que «si le Maroc accepte d’indemniser les spoliés, ce sera un premier pas vers le règlement de tous les litiges existant entre les deux pays», avant de jeter un pavé dans la mare :

«Qu’est devenue la briqueterie de Berkane réalisée en partenariat entre les deux pays dans les années 80 ?

Elle a été tout simplement spoliée par le Maroc.» Ces révélations nous font comprendre combien le contentieux qui oppose les deux pays est complexe. Ce n’est donc point l’unique problème du Sahara occidental qui empêche la normalisation des relations et l’ouverture des frontières terrestres.

Nous quittons Roubane sur un goût d’inachevé, laissant le problème entier et des spoliés qui comptent sur la volonté politique des deux pays. La dernière visite du ministre marocain des Affaires étrangères s’inscrit-elle dans cette perspective ? * 30 Décembre 2012- Le Temps d’Algérie

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Réouverture des frontières

Pour l’Algérie, il n’y a pas que l’activité commerciale qui compte, des questions préoccupantes doivent êtres prises en charge par les deux pays.

L’Algérie n’est pas près de rouvrir ses frontières avec le Royaume chérifien. «Les frontières resteront fermées», a martelé, samedi soir, le secrétaire général de l’instance exécutive du FLN, Abdelaziz Belkhadem, invité au Forum hebdomadaire de l’Entv. Catégorique, M.Belkhadem pose des conditions: «Pas d’ouverture tant qu’il n’ y pas une action commune sur la lutte antiterroriste, l’immigration clandestine et le trafic de drogue.» Faisant référence à la tragédie nationale qu’a traversée le pays, le secrétaire général a voulu, par là, rappeler l’attitude du Royaume chérifien, lequel n’a pas du tout été coopératif avec l’Algérie. Nul n’ignore, en effet, que Rabat a cherché à sauver sa peau du phénomène du terrorisme en jetant l’entière responsabilité sur l’Algérie. Les propos du responsable du FLN traduisent parfaitement la position officielle de l’Algérie sur ce sujet. M.Belkhadem, qui s’exprimait sous la casquette du FLN, s’est appuyé beaucoup plus sur son statut de ministre d’Etat et de représentant personnel du président de la République. Afin de couper carrément le fil sur le sujet, il persiste et signe que l’ouverture des frontières n’interviendra pas sans les négociations à travers lesquelles le Maroc s’engagera à coopérer avec l’Algérie pour lutter contre les différents phénomènes. Pour l’Algérie, il n’y a pas que l’activité commerciale qui compte, des questions préoccupantes doivent êtres prises en charge par les deux pays. Ainsi, le message d’Alger semble être très clair pour Rabat qui veut à tout prix enlever les barrières pour relancer son commerce. Etouffé par cette situation et craignant le pire pour son économie, le Maroc ne cesse de lancer des SOS. Par le biais de ses responsables politiques, il a appelé à plusieurs reprises l’Algérie à ouvrir les frontières. Même le premier responsable à la tête du Royaume est revenu récemment sur le sujet pour interpeller en personne le gouvernement algérien. Par ailleurs, et à propos de l’échéance d’avril prochain, M.Belkhadem a affirmé que les partis de l’Alliance présidentielle ont collecté plus de 3 millions de signatures pour le Président-candidat. (…)M.Belkhadem a exprimé l’espoir de son parti de voir le taux de participation à l’élection présidentielle prochaine, atteindre les 65%. Pour lui, la lecture du taux de participation doit être faite dans «un cadre juste» en notant que nombre de pays méditerranéens et des pays «démocratiques», qui peuvent être pris comme référence, ont enregistré lors d’élections présidentielles des taux allant de 45 à 55%, à l’exemple de la France et lors des récentes élections américaines. Concernant le phénomène de l’abstentionnisme, M.Belkhadem a indiqué qu’ «il faut revoir ce phénomène» avant de renchérir: «Nous nous attendons globalement, au parti du FLN, à une large participation des citoyens.» «Le plus important, souligne-t-il, est de faire en sorte que ces élections soient honnêtes et transparentes et que tous les partis soient représentés dans les bureaux de vote.» Sur le plan économique, M.Belkhadem a assuré que l’économie algérienne n’est pas touchée sur le plan financier par la crise mondiale. Pour lui, en cas de poursuite de la baisse des prix du pétrole, les recettes du pays, dont 98% proviennent du secteur des hydrocarbures, seront «affectées», mais sans toutefois avoir un impact sur le financement du prochain plan quinquennal. Voulant écarter le doute, il persiste et signe qu’«il n y a pas à s’inquiéter sur les ressources de son financement»…. (L’Expression du 23.02.09.)

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* Tout porte à croire que Rabat, qui n’en finit plus de souffler le chaud et le froid, devra encore prendre son mal en patience, engranger un manque à gagner de l’ordre de 4 milliards de dollars par an, et écouler sa drogue en suivant d’autres voies que celles qui passent par notre pays. L’ouverture temporaire, acceptée par le président Bouteflika, répond tout juste à des considérations humanitaires dans le cadre de l’achminement des aides en direction de Ghaza. Abdelaziz Belkhadem, quoique s’exprimant en sa qualité de secrétaire général de l’instance exécutive du FLN, semble avoir développé le point de vue officiel de l’Algérie en revenant sur la question de la réouverture des frontières entre l’Algérie et le Maroc. Belkhadem, en effet, est également ministre d’État, représentant personnel du président de la République, ce qui n’est pas peu dire. Belkhadem a ainsi été tout aussi direct que clair en abordant ce sujet lors de son passage au Forum de l’ENTV. Pour lui, en effet, « les frontières (algériennes) avec le Maroc demeureront fermées jusqu’à ce que l’Algérie et le Maroc parviennent à un accord sur certains points ». Cela sous-entend les points, ou conditions, qui avaient déjà été mis en avant par le Premier ministre algérien ainsi que son chef de la diplomatie lorsque le Maroc, pour la première fois, avait émis le voeu que les frontières entre nos deux pays soient de nouveau ouvertes.Alger estime, en effet, que cette question doit faire l’objet d’un traitement global, dans lequel devraient impérativement être incluses les problématiques liées au processus d’édification de l’UMA, de la décolonisation du Sahara Occidental, de la lutte contre le trafic de drogue et même le terrorisme. Outre le fait que c’est Rabat qui, en 1994 avait décidé de manière unilatérale de fermer ses frontières avec l’Algérie, accentuant ainsi l’embargo qui pesait sur nous, et confirmant que l’aide que nous étions en droit d’attendre de nos « voisins » et « frères » ne viendrait jamais, il faut bien dire que le grand perdant aura été le Maroc lui-même. Après que celui-ci eut aidé pendant très longtemps le GIA, tentant de faire de l’Algérie un « laboratoire grandeur nature » (dixit Hassan II), le Maroc est en train de subir un sérieux retour de flamme liée à un comportement aussi irresponsable en faisant face à des takfiristes particulièrement déterminés et sanguinaires. Rabat, en outre, perd une bagatelle de l’ordre de 4 milliards de dollars chaque année à cause de cette fermeture. Il est inutile de préciser sans doute que l’essentiel de l’économie de tout l’est du Royaume chérifien dépend des « touristes » algériens. Alger, qui revient de loin, et qui a désormais le pouvoir de taper sur la table et de faire les choses à ses conditions, a bel et bien le droit d’exiger que la « sollicitude » marocaine soit conditionnée par au moins les quelques questions posées plus haut. D’autant que là encore c’est Rabat qui a décidé unilatéralement de bloquer le processus d’édification de l’UMA, conditionnant celui-ci à l’acception de la politique marocaine du fait accompli et de la répression afin de maintenir en l’état sa colonisation des territoires sahraouis. C’est dire que dans cette affaire, au moment où Rabat se dirige tout droit vers une crise dont elle risque de ne pas se relever, l’Algérie joue véritablement sur du velours. Il est bon de relever en outre que si Rabat organise un grand tapage médiatique à propos de l’ouverture de la frontière pour laisser passer un convoi humanitaire en direction de Ghaza, cette overture, décidée par le président Bouteflika à des fins humanitaires, est temporaire.(Le Courrier d’Algérie ..du 23.02.09.)  

 

10 réponses à “Des Algériens spoliés de leurs terres par le Maroc”

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