Ascension vertigineuse de la Chine et déclin de l’Occident

Ascension vertigineuse de la Chine et déclin de l'Occident

**L’ascension de la Chine a redessiné la carte géostratégique

Une stratégie perdante avec l’appui inconditionel et aveugle a Israél contre les Palestiniens, les pays arabes et musulmans, une politique hostile a l’Iran, en plus de ses échecs en Irak et en Afghanistan et la crise financiére, l’Amérique s’est retrouvée affaiblie face a la montée d’autres puissances et cherche maintenant à réorienter ses priorités et à se concentrer sur le Pacifique.

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Les BRICS, ces puissances mutantes de la mondialisation

Qu’est ce que l’Afrique du Sud a de commun avec le Brésil, l’Inde, la Chine et la Russie ? Ces puissances émergentes incarneraient l’avenir de l’économie mondiale. Un expert des BRICS démêle le vrai du faux.

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*Le PIB cumulé des BRICS est aujourd’hui presque égal à celui des États-Unis. Incarnent-ils pour autant l’avenir de l’économie mondiale ?

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1 – «Les BRICS constituent une catégorie à eux seuls.»

Oui et non. Nul ne remet en doute le fait que les BRICS — le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et le petit dernier, l’Afrique du Sud — sont de grands pays. Ils comptent. En termes de population, de territoire et d’économie, leurs dimensions sont impressionnantes et se distinguent clairement de celles d’autres pays. Ils constituent à eux tous 40% de la population, 25% des territoires et environ 20% du PIB mondiaux. Ils contrôlent déjà quelque 43% des réserves de change mondiales, et leur part ne cesse d’augmenter.

C’est Jim O’Neill, de Goldman Sachs, qui a attiré l’attention sur l’émergence des quatre premières de ces nouvelles grandes puissances économiques en leur donnant le nom de BRIC en 2001, au moment où leur taux de croissance a commencé à monter en flèche. Mais en réalité, leur succès économique se préparait depuis longtemps.

Vingt ans auparavant, quand j’étais à la Société financière internationale (SFI) de la Banque Mondiale, nous guettions une opportunité de rebaptiser ces pays qui, malgré leurs énormes potentiels économiques, étaient encore catalogués en bloc «pays sous-développés» coincés dans le «Tiers-Monde» avec les éternels cas désespérés. À l’époque, pour la plupart des investisseurs internationaux, les marchés financiers du Tiers-Monde n’existaient tout simplement pas, alors même qu’ils commençaient à croître ; je les avais alors baptisés «marchés émergents.» Les investisseurs locaux étaient déjà assez actifs en Malaisie, en Thaïlande, en Corée du Sud, à Taïwan, au Mexique et ailleurs, les entreprises locales prenaient de l’ampleur et devenaient plus compétitives à l’exportation tandis que les régulations du marché devenaient plus élaborées.

Mais jusqu’à ce que la SFI mette en place sa Base de données sur les marchés émergents et son indice en 1981, il n’existait aucun moyen de mesurer les performances boursières d’un groupe représentatif de ces marchés, handicap de taille comparé aux autres indices internationaux faussés en faveur des pays développés comme l’Allemagne, le Japon et l’Australie. Ces toutes nouvelles recherches sur les marchés et les entreprises donnèrent suffisamment confiance aux investisseurs pour lancer des fonds diversifiés sur les marchés émergents, après le succès de fonds individuels dirigés vers des pays comme le Mexique et la Corée du Sud.

Mais il a fallu bien plus longtemps aux BRIC pour être prêt à vivre leur grand soir. Jusqu’au début des années 1990, la Russie était encore derrière le Rideau de fer, la Chine se remettait de la Révolution culturelle et des troubles de la place Tiananmen, l’Inde était encore un cauchemar bureaucratique et le Brésil subissait des accès d’hyperinflation associés à une décennie de croissance perdue.

Ces pays s’étaient débrouillés tant bien que mal à la marge de l’économie de marché mondiale, leurs politiques économiques avaient souvent été tout bonnement catastrophiques et leurs marchés financiers inexistants, bureaucratiques ou infiniment instables. Chacun d’eux dut vivre une crise profonde et potentiellement fatale qui allait les catapulter sur une voie de développement différente. Une fois cela fait, ils puisèrent dans leur vaste potentiel économique. Leur PIB total de près de 14.000 milliards de dollars [près 10.900 milliards d'euros] est aujourd’hui presque équivalent à celui des États-Unis, qu’il dépasse même en parité de pouvoir d’achat.

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Mais voilà le problème lorsqu’on se demande s’il faut «compter» avec les BRICS : gros ne veut pas dire unis. Les BRICS font partie du G20 sans pour autant former un véritable bloc ou une unité économique, en son sein ou en dehors. Aucun de ses membres n’est entièrement accepté comme leader, pas même dans sa propre région. L’émergence de la Chine est vue d’un mauvais œil au Japon et considérée avec méfiance en Asie du Sud-Est. L’Inde et la Chine se surveillent étroitement. Si le Brésil est un grand fournisseur de matières premières pour la Chine – c’est du reste l’une des bases de son succès économique — les deux puissances rivalisent pour accéder aux ressources en Afrique. La Russie et la Chine se sont peut-être trouvé une cause commune en Syrie, mais elles sont en concurrence par ailleurs. Et bien que le commerce intra-BRICS s’intensifie rapidement, les pays n’ont pas encore signé un seul accord de libre-échange entre eux.

Et puis il y a l’Afrique du Sud, qui a formellement rejoint ce groupe politique flou en 2010. Intégrer les BRICS n’a pas fait d’elle leur égal : l’Afrique du Sud n’a pas la population, la croissance ou le potentiel économique à long terme des quatre autres. La candidature de l’Indonésie, du Mexique et de la Turquie aurait également semblé logique — tout comme celle de la Corée du Sud et de Taïwan, d’ailleurs, dont les PIB sont comparables mais dont les populations sont de taille bien plus modeste que celle des BRIC originels.

Les BRICS sont également à mille lieues de former un tout d’un point de vue économique. La Russie et le Brésil sont loin devant en termes de revenu par habitant, et battent largement la Chine et l’Inde — près de 13.000 dollars [10.080 euros] comparés aux 5.414 dollars [4.197 euros] de la Chine et aux 1.389 dollars [1.076 euros] de l’Inde selon les chiffres de 2011 du FMI. Et leurs trajectoires de croissance ont été très différentes. En outre, les BRICS doivent affronter une concurrence sévère de la part d’autres pays très dynamiques du monde en développement. Si la Chine et l’Inde ont paru avoir un avantage compétitif pendant un moment grâce à leurs coûts du travail réduits, des pays comme le Mexique et la Thaïlande sont aujourd’hui de retour dans la course. Et tandis que la croissance des BRICS semble ralentir, beaucoup de pays africains reçoivent davantage d’investissements étrangers, sont parfois plus stables politiquement et quittent enfin le camp des croissances lentes ou inexistantes pour celui des économies plus robustes.

2 – «La montée en puissance des BRICS est inexorable.»

C’est vrai, mais leur croissance marque le pas. Les prévisions de Goldman Sachs, entre autres, estiment que la Chine dépassera les États-Unis en termes de PIB avant 2030. En attendant, l’Empire du milieu éclipse les autres BRICS, dont le poids économique global ne devrait pas pouvoir rattraper le sien pendant cette période. Les BRICS vont approcher du poids total des sept économies les plus développées d’ici à 2030, et vers le milieu du siècle, ils devraient pratiquement faire le double.

Les consommateurs des BRICS commencent aussi à rivaliser avec leurs homologues américains en termes de pouvoir d’achat total. Il se vend aujourd’hui plus de voitures, de téléphones portables, de télévisions, de réfrigérateurs et de cognac en Chine qu’aux États-Unis. Même avec une croissance plus lente, le moteur économique des BRICS devrait être plus important que celui des États-Unis ou de l’Union européenne pendant la plus grande partie du XXIe siècle.

Là encore, rien ne garantit que les BRICS puissent maintenir leurs taux de croissance enflammés. Tout comme le développement de leurs économies a pris le monde par surprise ces dix dernières années, le grand choc de la décennie à venir pourrait bien être une croissance moins rapide que prévue. Le Japon, la Corée du Sud et Taïwan ont déjà démontré que les taux de croissance ralentissent une fois un niveau d’industrialisation de base atteint. L’inextinguible soif de «biens» a tendance à se modérer quand les infrastructures de base sont en place et que les consommateurs se mettent à vouloir davantage de soins de santé, d’éducation et de temps libre.

Dans une certaine mesure, c’est déjà ce qui est en train de se passer. Les principaux économistes chinois estiment désormais que la croissance annuelle de la Chine va tomber de 10 à 12% actuellement à 6 à 8% d’ici à la fin de la décennie. Les espoirs de voir l’Inde atteindre une croissance annuelle durable de 8% ou davantage ont été rabaissés à 5 à 6% après que le pays s’est heurté à la barrière de l’inflation et que la production de gaz offshore a déçu les attentes. Le Brésil lutte aussi pour retrouver son exubérante croissance d’avant la crise, tandis que la Russie a été déséquilibrée par les problèmes économiques de l’Europe. Les projections réalisées entre autres par Goldman Sachs ont toujours annoncé des croissances plus lentes pour l’avenir, mais certains enthousiastes n’ont pas lu le contrat jusqu’au bout.

Dans une certaine mesure, c’est déjà ce qui est en train de se passer. Les principaux économistes chinois estiment désormais que la croissance annuelle de la Chine va tomber de 10 à 12% actuellement à 6 à 8% d’ici à la fin de la décennie. Les espoirs de voir l’Inde atteindre une croissance annuelle durable de 8% ou davantage ont été rabaissés à 5 à 6% après que le pays s’est heurté à la barrière de l’inflation et que la production de gaz offshore a déçu les attentes. Le Brésil lutte aussi pour retrouver son exubérante croissance d’avant la crise, tandis que la Russie a été déséquilibrée par les problèmes économiques de l’Europe. Les projections réalisées entre autres par Goldman Sachs ont toujours annoncé des croissances plus lentes pour l’avenir, mais certains enthousiastes n’ont pas lu le contrat jusqu’au bout.

3 – «Les BRICS ont tiré profit de la crise financière.»

Certes, mais pas pour longtemps. Ce ne sont pas les marchés émergents qui ont été à l’origine de la crise financière de 2008. En réalité, les BRICS sont venus à la rescousse des États-Unis, de l’Europe et du Japon terrassés par leurs dépenses excessives, leur imprudence fiscale et leur trop grande dépendance à la production en flux tendu et à une économie de consommation qui s’est rapidement effondrée. Après que les BRICS ont subi leurs propres brèves récessions, dont le déclin a été aussi abrupt que la reprise, la demande des BRICS a contribué à sortir l’économie mondiale de son marasme.

Quand la crise a éclaté, son issue était loin d’être évidente. Le Financial Times avait prévenu (et beaucoup d’investisseurs craignaient) que les systèmes bancaires des marchés émergents succomberaient aux mêmes problèmes financiers gigantesques qui accablaient les États-Unis et l’Europe. Or, l’Asie et l’Amérique Latine avaient tiré les conséquences des crises financières précédentes et avaient mis de l’ordre dans leurs affaires. Les Chinois avaient d’amples réserves pour un plan de relance fiscal qui ne s’est pas seulement avéré d’une ampleur colossale mais qui, contrairement à son homologue américain, a aussi pu débloquer les fonds rapidement.

Les banques centrales des BRICS et celles d’autres marchés émergents ont contribué à l’assouplissement des politiques monétaires à l’échelle mondiale. Sans cela (et sans le rapide plan de relance de la Chine sur son territoire), le plan de relance et l’assouplissement monétaire occidentaux auraient été inadaptés et inefficaces. Grâce à cela, les demandes de matières premières se sont stabilisées et le monde a évité la dépression.

Ces interventions de crise ont cependant eu un coût non négligeable, dont le total n’est pas encore tout à fait clair aujourd’hui. La bulle immobilière, qui a joué un si grand rôle aux États-Unis et dans le sud de l’Europe, n’a pas explosé dans les BRICS. Toutefois, l’inflation a augmenté bien au-delà de la zone de confort des banques centrales chinoise, indienne et brésilienne. Si tout cela n’a pas provoqué de nouvelle crise, cela a pu semer les graines de futurs problèmes. L’histoire économique nous enseigne que la crise suivante vient en général de la région où applaudissements et autosatisfaction étaient le plus bruyants la fois précédente. Si cela s’avère une nouvelle fois, le prochain choc économique viendra fort probablement des BRICS.

4 – «Les BRICS défient toute concurrence.»

Non. Certes, les BRICS ont profité, plusieurs décennies durant, d’une main-d’œuvre bon marché, d’une productivité plus élevée, d’investissements massifs (mais loin d’être généralisés) dans les infrastructures et l’éducation, et d’une volonté farouche de rattraper leurs concurrents plus riches. Leur métamorphose a été exceptionnelle: avec des populations plus aisées, les marchés intérieurs sont enfin devenus attractifs, les échanges Sud-Sud ont explosé et de grandes entreprises qui produisaient autrefois des biens bas de gamme se sont muées en producteurs de dimension mondiale de smartphones, de semi-conducteurs, de logiciels et d’avions. Le chinois Lenovo a devancé IBM dans le secteur des PC ; des brasseurs du Brésil et d’Afrique du Sud se sont hissés aux premières places à l’échelle de la planète. Comme ce fut les cas pour les Russes après Spoutnik, et pour les Japonais dans les années 1980, les BRICS sont devenus des concurrents aussi remarquables que redoutés, même si certaines des craintes quant à leur montée en puissance étaient exagérées.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Le gaz de schiste, peu cher et abondant, draine de nouveaux investissements aux États-Unis et offre aux industries énergivores un renouveau de compétitivité. Cette source d’énergie pourrait en effet faire apparaître comme trop coûteux les forages russes en Arctique et l’exploitation du pétrole “pré-sel” brésilien. Par ailleurs, la stagnation des salaires aux États-Unis concomitante à leur forte hausse en Chine et en Inde érode l’avantage des BRICS lié au coût du travail, tandis que leur puits de main-d’œuvre apparemment sans fond semble tout à coup tari, révélant une pénurie de travailleurs qualifiés.

En outre, l’automatisation donne au monde développé l’occasion de regagner du terrain. Des robots de plus en plus abordables et sophistiqués peuvent aujourd’hui réaliser des tâches qui nécessitaient, jusqu’à récemment, dix travailleurs humains au moins. Les machines travaillent 24 heures sur 24 et n’exigent ni hausse de salaire ni bonifications supplémentaires. Si les smartphones et les tablettes numériques continuent d’être fabriqués en Asie, les BRICS savent moins profiter des gains de productivité que ces appareils engendrent. Résultat, des multinationales historiques font leur grand retour après des années de repli, de General Motors qui remporte la plus grande part de marché en Chine, à General Electric qui fait une percée dans la production de matériel médical à bas prix, en passant par Nestlé qui, avec l’immense succès des machines Nespresso, a fait d’un produit de luxe un incontournable présent dans tous les foyers. En matière de compétitivité, l’Occident pourrait ainsi reprendre la main plus vite qu’on ne le pense.

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5 – «Les BRICS sont les meilleurs pays pour les investisseurs.»

Ce n’est plus vrai. Jusqu’en 2008, les BRICS devançaient nettement les autres marchés d’actions émergents — ou développés, d’ailleurs. Et de loin : pendant cinq ans, jusqu’en 2007, le rendement annualisé dans les quatre BRIC d’origine était de 52%, comparé à seulement 16% dans les pays du G7. Mais ces cinq dernières années (en s’arrêtant au 31 août), ce chiffre était de -3% pour les BRIC et de -1% pour le G7. Phénomène dû en partie à la correction de perspectives surévaluées, qui avaient fait grimper les estimations et les devises à des niveaux insoutenables. Toutefois, il semble que l’avantage compétitif des BRICS soit remis en cause de façon plus fondamentale. Bien sûr, il est tout à fait logique que les investisseurs diversifient leurs portefeuilles et prennent en compte ce pan de l’économie mondiale si important et si prospère, mais l’euphorie aveugle a vécu.

Les BRICS composent un ensemble très hétéroclite, et leurs économies suscitent de ce fait des interrogations différentes. Pendant plusieurs décennies, les salaires en Chine ont été très inférieurs à ceux du Mexique, qui a eu le plus grand mal à lui faire concurrence malgré sa proximité avec le marché nord-américain. Cependant, avec une disparité salariale qui se réduit depuis quelques années — le coût de la main-d’œuvre chinoise est passé de 33% de celui du Mexique en 1996, à 85% en 2010 — les investissements ont trouvé le chemin du retour vers le Mexique. Du côté de l’Inde, même quand le taux de croissance crevait le plafond, la bureaucratie, les déficits budgétaires et les infrastructures défaillantes restaient de réelles entraves. Dans les années 1980, le Brésil est, lui, parvenu à raviver son économie moribonde, puis il a su tirer parti de trois vents favorables : l’appétit chinois pour les produits de base, la découverte de nouvelles sources d’énergie et un avantage compétitif conféré par son statut de géant de l’agroalimentaire. Aujourd’hui cependant, le ralentissement de l’économie chinoise et l’intérêt mondial suscité par l’omniprésent gaz de schiste changent la donne. Il y a enfin la Russie qui, à ses risques et périls, a enrayé son arme pétrole-gaz en snobant le potentiel du gaz de schiste, créant ainsi pour les États-Unis de belles opportunités d’exportation en Europe.

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6 – «Les BRICS vont dépasser l’Occident.»

Peut-être, mais pas si vite. C’est vrai, les BRICS vont rester la principale source de croissance dans le monde de demain, comme c’est le cas aujourd’hui. Ensemble, ils vont dominer l’économie mondiale au cours du siècle, comme l’Europe et les États-Unis en leur temps.

Après un mouvement déterminé en direction des BRICS, le balancier s’en est sévèrement éloigné ces dernières années. Cependant, il pourrait s’en approcher à nouveau alors que ces pays développent de nouvelles formes de compétitivité. L’essor de la recherche-développement annonce ainsi une production à toujours plus haute valeur ajoutée. Selon une enquête de IndustryWeek datant de 2007, 91% des usines nord-américaines ont plus de dix ans, contre seulement 43% en Chine. Et quand 54% des sociétés chinoises placent l’innovation parmi leurs premiers objectifs, ce n’est le cas que de 27% des entreprises américaines interrogées. Les fabricants chinois de matériel de télécommunication donnent du fil à retordre aux acteurs traditionnels du secteur; les médicaments génériques indiens creusent leur sillon ; les producteurs brésiliens de protéines imposent leur primauté sur les marchés mondiaux; et les oligarques russes réalisent des investissements réfléchis à l’étranger. Les BRICS traversent un moment difficile aujourd’hui, mais ils se tiennent prêts pour un retour en force.

Cependant, si l’ère de la suprématie américaine ou occidentale est close, la domination des BRICS n’est pas pour tout de suite. Ce qui est sûr en revanche, c’est que la nette démarcation entre pays développés et «arriérés» appartient au passé. Les multinationales occidentales cherchent à grandir au sein des BRICS, puisque la croissance est en panne dans leur marché intérieur. En parallèle, les grandes entreprises chinoises et indiennes s’épanouissent sur d’autres marchés émergents ou en Occident. Le sort économique des pays développés est donc plus que jamais lié à celui des pays en développement.

La propriété intellectuelle reste un point fort des économies avancées. Les États-Unis, le Japon et l’Allemagne sont à l’origine, rien qu’à eux trois, de 58% des demandes de brevet en 2011, selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle. Mais dans ce domaine aussi, les BRICS comblent le fossé : la même année, les demandes de la Chine ont augmenté de 33%, celles de la Russie de 21%, celles du Brésil de 17%, et celles de l’Inde de 11%. Pour leur part, les États-Unis enregistraient une hausse timide de 8%, et l’Allemagne, de 6%. Le géant chinois d’équipements télécoms, ZTE, a délogé le japonais Panasonic de la première place mondiale avec 2.826 demandes de brevet. Toujours en 2011, le chinois Huawei Technologies a décroché la troisième place, tandis que le leader américain du secteur Qualcomm a dégringolé de la troisième à la sixième place. Cela veut tout dire, car les brevets sont un indice-clé de la santé économique à venir d’un pays.

7 – «La politique pourrait causer la perte des BRICS.»

C’est vrai, et il serait dangereux de sous-estimer cette dimension. La progression de la démocratie et du libre marché dans nombre de pays d’Asie, d’Amérique latine et d’Europe de l’Est est remarquable, mais certains des pays du BRICS sont plutôt à la traîne en la matière. Dans ces pays, la légitimité repose souvent sur de fabuleux exploits économiques, même quand l’équilibre des pouvoirs en est encore à l’état embryonnaire. Il faut donc oublier toutes les louanges chantées à la gloire du «capitalisme autoritaire» que l’on retrouve dans certains éditoriaux. Ce n’est pas parce que Pékin a un aéroport flambant neuf ou que Vladimir Poutine peut raser à son gré des quartiers entiers que la situation politique en Chine ou en Russie leur confère un quelconque avantage. Même dans la démocratie indienne, la politique est minée par la corruption, et au Brésil, le régime se heurte aux chiffres accablants de la criminalité et aux scandales politiques.

Les BRICS sont peut-être stables aujourd’hui, mais personne ne sait ce que l’avenir réserve. L’admiration vouée aux oligarques se mue facilement en envie et en ressentiment. Les téléphones portables, presque tous équipés de caméra, et Internet limitent le recours à la force publique. Sans qu’elle l’exprime haut et fort, la jeune génération, si elle est fière des exploits économiques accomplis et satisfaite du mieux-être matériel, aspire maintenant à plus de sécurité sociale et de reconnaissance. Plus le temps passe, moins la quantité suffit; les citoyens des BRICS veulent de la qualité. Les élites de ces pays devront manœuvrer habilement pour éviter que ce nouvel état d’esprit ne se transforme en poudrière. En Chine, l’actuelle génération de dirigeants n’a pas oublié les leçons de la Révolution culturelle, mais qu’en sera-t-il de la prochaine ?

Le vent arrière qui a porté les BRICS ces dernières décennies pourrait bien devenir un vent debout. Ces pays ont par exemple profité des allocations relativement basses dédiées aux budgets militaires, un fruit de la Pax Americana. Mais cela pourrait changer si un conflit éclatait sur le sous-continent indien ou si l’Iran acquérait l’arme nucléaire. Or l’instabilité politique pourrait facilement menacer l’ascendance des BRICS : l’affaire Bo Xilai en Chine, les soulèvements consécutifs au Printemps arabe et la panne d’électricité géante en Inde nous préviennent des énormes répercussions que peuvent avoir les événements imprévus.

Cela étant, les BRICS ne semblent pas décidés à changer de voie. Ils devront naturellement procéder à des ajustements rigoureux afin de s’adapter à des perspectives de croissance moins célestes tout en satisfaisant des populations plus exigeantes. Quoi qu’il en soit, une chose est certaine : ces grandes économies émergentes marqueront de leur sceau le XXIe siècle.

Antoine van Agtmael, fondateur et ancien président de Ashmore EMM, est l’auteur de The Emerging Markets Century.

*Slate Afrique…**fortune.fdesouche.com/ 26.11.2012.

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**Les Etats-Unis confrontés à l’émergence de rivaux ambitieux

« Notre nation vit un moment de transition », annonçait le 5 janvier dernier le président Barack Obama, avant de dévoiler la future stratégie de défense des Etats-Unis. Celle-ci prévoit de réduire la taille de l’armée et de mettre fin à certaines missions, notamment les combats au sol mécanisés en Europe et les opérations contre-insurrectionnelles en Afghanistan et au Pakistan. Le but est de mieux se concentrer sur d’autres régions — en particulier l’Asie et le Pacifique — et objectifs : la cyberguerre, les opérations spéciales et le contrôle des mers. « La force interalliée américaine sera allégée, précisait le ministre de la défense Leon Panetta, mais elle sera plus agile et flexible, prête à se déployer rapidement, innovante et technologiquement perfectionnée . »

Selon MM. Obama et Panetta, cette nouvelle orientation reflète une situation intérieure et extérieure morose. Affaiblis par la crise économique, les Etats-Unis ont vu leur dette publique exploser ; en vertu du Budget Control Act adopté en 2011, le budget du ministère de la défense sera amputé de 487 milliards de dollars au cours des dix prochaines années. Des coupes plus importantes sont encore possibles si républicains et démocrates ne parviennent pas à s’accorder sur d’autres mesures d’économie. Sur le plan international, le retrait d’Irak n’a pas diminué la pression militaire. Washington fait face à de nouveaux conflits potentiels, par exemple avec l’Iran ou la Corée du Nord, ainsi qu’à l’affirmation de la Chine.

De prime abord, cette politique qui vise à constituer une force militaire plus restreinte, mais mieux adaptée aux futurs dangers potentiels, peut donc être perçue comme une réponse pragmatique à un contexte économique et géopolitique mouvant. A y regarder de plus près, cependant, on peut déceler des objectifs plus vastes.

Des rivaux ambitieux

Confrontés à l’émergence de rivaux ambitieux et à l’inévitable érosion de leur statut de seule superpuissance, les Etats-Unis cherchent à perpétuer leur suprématie mondiale en maintenant leur supériorité dans les conflits décisifs et les zones-clés de la planète, c’est-à-dire dans les périphéries maritimes de l’Asie, selon un arc qui s’étend du golfe Arabo-Persique au nord-ouest du Pacifique en passant par l’océan Indien et la mer de Chine. Pour cela, le Pentagone va s’employer à conserver sa supériorité dans les airs et sur les mers, mais aussi dans le domaine de la cyberguerre et des technologies spatiales. Aspect central de la politique de défense américaine, le contre-terrorisme sera en grande partie délégué à des forces d’élite, équipées de drones tueurs et de matériel ultramoderne.

Gérer la contraction de sa présence à l’étranger — ou, pour le dire autrement, gérer le déclin d’un empire — n’est jamais chose aisée. Plusieurs pays confrontés à ce défi, notamment le Royaume-Uni et la France après la seconde guerre mondiale, ou la Russie après la chute de l’Union soviétique, l’ont constaté à leurs dépens. Ils se sont souvent précipités dans des aventures militaires hasardeuses, comme l’invasion franco-britannique de l’Egypte en 1956, ou celle de l’Afghanistan par l’URSS en 1979 ; autant d’initiatives qui ont hâté le déclin au lieu de le retarder. Quand ils ont attaqué l’Irak en 2003, les Etats-Unis se trouvaient au sommet de leur puissance. Mais l’insurrection qui s’ensuivit dura si longtemps et coûta si cher — entre 1 000 et 4 000 milliards de dollars selon les estimations qu’elle a entamé la propension et, en partie, la capacité des Etats-Unis à s’engager dans un conflit de longue haleine en Asie. Il semble désormais très peu probable que M. Obama ou tout autre président, démocrate ou républicain, se lance prochainement dans une campagne militaire comparable aux guerres d’Irak et d’Afghanistan .

Si, en fins connaisseurs de l’histoire, le président Obama et ses principaux conseillers ont compris qu’il serait inepte — et ruineux — de se cramponner à l’ensemble des engagements militaires américains à l’étranger, ils n’ont pas l’intention de tous les abandonner pour autant. Leur nouvelle politique de défense emprunte ainsi une voie médiane : réduire leur implication dans certaines régions, en particulier l’Europe, et renforcer leur présence dans d’autres. « Au cours des prochaines décennies, le Pacifique deviendra la partie du monde la plus dynamique et la plus importante pour les intérêts américains, annonçait le secrétaire d’Etat adjoint William J. Burns lors d’un discours à Washington en novembre 2011. Cette zone rassemble déjà plus de la moitié de la population mondiale, des alliés-clés, des puissances émergentes et certains des principaux marchés économiques. » Afin de rester prospères, et de ne pas pâtir de la croissance chinoise, c’est dans cette zone que les Etats-Unis doivent concentrer leurs efforts, explique M. Burns : « Pour répondre aux profonds changements que connaît l’Asie, nous devons développer une architecture diplomatique, économique et sécuritaire qui puisse suivre l’allure . »

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Cette « nouvelle architecture » comporte plusieurs dimensions, à la fois militaires et non militaires. Washington a récemment renforcé ses liens diplomatiques avec l’Indonésie, les Philippines et le Vietnam, et rétabli des rapports officiels avec la Birmanie. Parallèlement, la Maison Blanche s’emploie à doper le commerce américain en Asie et milite ardemment pour l’adoption d’un traité multilatéral de libre-échange : le partenariat transpacifique (TransPacific Partnership, TPP). Cette stratégie a un objectif implicite : contrer l’ascension de la Chine et son influence en Asie du Sud-Est. En restaurant des relations diplomatiques avec la Birmanie, par exemple, les Etats-Unis espèrent pénétrer dans un pays où Pékin n’avait, jusqu’à présent, que peu de concurrents. Quant au TPP, il exclut tout simplement l’empire du Milieu, prétendument pour des raisons techniques.

Damer le pion au rival chinois

La volonté de damer le pion au rival chinois nécessite également de nouvelles orientations militaires. Selon les stratèges du Pentagone, la prospérité des alliés américains en Asie dépend de leur liberté d’accès au Pacifique et à l’océan Indien, condition indispensable pour importer des matières premières (en particulier du pétrole) et exporter des produits manufacturés en toute tranquillité. « L’ascension de la Chine n’a pas seulement remodelé les villes et les économies asiatiques : elle a redessiné la carte géostratégique, analysait M. Burns. Pour ne citer qu’un exemple, la moitié des tonnages marchands passe désormais par la mer de Chine méridionale. »

En dominant cette mer et les eaux adjacentes, les Etats-Unis pourraient exercer un pouvoir coercitif latent sur Pékin et les autres Etats de la région, comme le faisait jadis la marine britannique. Les conseillers du Pentagone ont longtemps plaidé pour une telle politique, clamant que l’avantage singulier des Etats-Unis résidait dans leur capacité à contrôler les principales voies maritimes mondiales, un avantage dont ne jouit aucune autre puissance. Il semble que l’administration Obama ait aussi embrassé ce point de vue. Le président américain l’a promis lors d’un discours à Canberra, en Australie, prononcé le 17 novembre dernier : malgré les coupes budgétaires, a-t-il assuré, « nous allouerons les ressources nécessaires au maintien de notre présence militaire dans cette région tout en l’améliorant en Asie du Sud-Est ». Il faut donc s’attendre à ce que les exercices militaires et les déploiements de navires de guerre américains dans la zone se multiplient. M. Obama a également annoncé la création d’une nouvelle base à Darwin, sur la côte nord de l’Australie, et la hausse de l’aide militaire à l’Indonésie.

La mise en œuvre de ce vaste projet géopolitique engendrera une mutation de l’armée américaine. Celle-ci va « augmenter son poids institutionnel et se concentrer sur sa présence, son pouvoir de projection et sa force de dissuasion en Asie-Pacifique », annonce ainsi un document du Pentagone. Si le texte ne précise pas quelles composantes de l’armée seront favorisées, il est clair que l’accent sera mis sur les forces navales — en particulier les porte-avions et leurs flottilles — et sur les avions et missiles dernier cri. En effet, alors que la force totale de l’armée américaine passera, en dix ans, de cinq cent soixante-dix mille à quatre cent quatre-vingt-dix mille hommes de troupe, M. Obama a rejeté l’idée de réduire la flotte.

Les Etats-Unis prévoient en outre d’investir des sommes considérables dans des armes destinées à contrer la stratégie dite d’« anti-accès » et de « prohibition de zone » (A2/AD) de leurs ennemis potentiels. « Afin de dissuader de manière crédible leurs éventuels adversaires et d’éviter que ceux-ci n’atteignent leurs objectifs, explique le nouveau plan du Pentagone, les Etats-Unis doivent conserver leur pouvoir de projection dans les zones où notre liberté de circulation et d’action est contestée » : une référence quasi explicite aux mers de Chine méridionale et orientale, ainsi qu’à l’Iran et à la Corée du Nord. Dans ces régions, indique le texte, les adversaires potentiels des Etats-Unis, « tels que la Chine », risquent d’utiliser des « moyens asymétriques » — sous-marins, missiles antinavires, cyberguerre, etc. — pour vaincre ou immobiliser les troupes américaines. En conséquence, « l’armée américaine investira autant que nécessaire pour garantir sa capacité à agir dans les environnements A2/AD ». En clair, les Etats-Unis veulent désormais dominer la périphérie maritime de l’Asie ; ils en ont fait leur priorité. Peu importe si la Chine et d’autres puissances émergentes s’y opposent.

*Le Monde Diplomatique. mars 2012…Par Michael T. Klare…Professeur au New Hampshire College, Amherst (Massachussetts). Auteur de The Race for What’s Left : The Global Scramble for the World’s Last Resources, Metropolitan Books, New York, paru en mars 2012

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77 réponses à “Ascension vertigineuse de la Chine et déclin de l’Occident”

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