Barack Obama n’est pas un Robin des bois

**Alors que la convention démocrate vient de se réunir à Charlotte (Caroline du Nord), le président sortant Barack Obama est placé face à un défi épineux : formuler un message de campagne efficace, avec une économie en berne, le bilan que l’on sait et les engagements plus ou moins clairs qu’il a pris.

Barack Obama et son secrétaire d'Etat au trésor, Timothy Geithner, en septembre 2010.

A première vue, on pourrait estimer qu’il a la tâche facile. Mitt Romney est adepte du capitalisme vautour qui se refuse à rendre publique sa déclaration de revenus et dont le programme comprend, entre autres projets économiques, l’idée fantaisiste d’un retour à l’étalon or. Son colistier, Paul Ryan, est un partisan déclaré de la destruction de la sécurité sociale, de Medicare et Medicaid [les assurances-santé publiques pour les personnes âgées et les plus démunis], grands remparts contre la pauvreté qu’offre l’Amérique à ses classes moyennes. A en croire le duo Romney-Ryan, il suffit de limiter l’intervention de l’Etat pour que le bon génie de la croissance économique sorte enfin de sa longue torpeur.

« JE SUIS MÉCHANT MAIS L’AUTRE EST PIRE »

Mais si Mitt Romney est bien notre Shérif de Nottingham, Obama n’est pas pour autant un Robin des bois. En 2008, la plus grosse cagnotte apportée par une seule et même entreprise à ses fonds de campagne provenait des employés de la banque d’investissement Goldmann Sachs. Son entourage économique était composé de proches de Robert Rubin, alors conseiller de la banque Citigroup. Et si son département au Trésor a bien sauvé les banques, il n’a pour ainsi dire sauvé personne d’autre.

On pourrait croire que Barack Obama enterrera Mitt Romney par une retentissante défense de l’assurance sociale. Ce serait négliger le fait que la question se trouve brouillée par l’enjeu de la gestion des déficits, et par l’adhésion quasi-générale des élites américaines à ce que l’on appelle ici l’« entitlement reform » ou « réforme des acquis sociaux » – soit, par euphémisme, des compressions du système de retraites et d’assurance-santé du troisième âge. Barack Obama n’a jamais été un démocrate dans la veine de Franklin Delano Roosevelt, auteur du New Deal, ou de Lyndon B. Johnson, qui a mis en place la Great Society.

Barack Obama est prêt, dans la mesure du possible, à faire des compromis sur ces systèmes de protection, d’où la méfiance des électeurs âgés à son égard. Or en politique, le refrain du « je suis méchant mais l’autre est pire » n’est pas des plus séduisants.

M. Obama a pourtant des réalisations à son actif. The New New Deal, ouvrage brillant que vient de faire paraître Michael Grunwald, journaliste au magazine Time, détaille le travail remarquable, encore en cours, accompli grâce à l’American Recovery and Reinvestment Act, le plan de « relance » adopté par Barack Obama dès son arrivée à la Maison Blanche en 2009 et raillé. Malheureusement, personne ou presque n’est au courant.

VICTIME DE TOUS LES ÉCONOMISTES

Et il y a bien sûr l’Affordable Care Act, principal volet de la réforme de l’assurance-santé, qui a mis en place une protection presque universelle de la population américaine. Malheureusement, l’essentiel de cette loi n’est pas encore entré en vigueur et, du point de vue politique, elle risque de lui faire plus de tort qu’autre chose.

Et puis, surtout, il y a le problème de la croissance économique anémique. Sur ce point, Barack Obama est victime de ses propres économistes, qui, à cause de leurs oeillères, ont en permanence sous-estimé la crise et surestimé la reprise. Victime de ses propres économistes, donc, mais aussi de tous les économistes (parmi lesquels l’intégralité de cette équipe sur laquelle il s’appuie), qui se convainquent à toute force qu’il est possible de renouer avec la croissance et sont incapables d’imaginer un monde où ce voeu ne se réaliserait pas.

C’est grâce à eux si M. Obama a poursuivi la stratégie économique de sauvetage des banques lancée par George W. Bush, tandis que son plan de relance était présenté comme la transition nécessaire en attendant que le crédit bancaire afflue à nouveau – ambition considérable pour un plan trop modeste. C’est grâce à eux si ce gouvernement se dit convaincu que retour à la normalité veut dire retour au plein-emploi de la fin des années 1990, s’il se dit persuadé qu’il existe une formule magique pour y parvenir et que la question n’est pas de savoir si c’est possible, mais de trouver comment.

Mais tous les Américains voient bien que la finance n’a aucun intérêt à rouvrir le robinet du crédit. Les banques gagnent de l’argent grâce à la spéculation sur les matières premières, à la vente à découvert et aux saisies immobilières. Certainement pas en risquant leurs capitaux dans des projets d’activité économique, à supposer que les entreprises aient envie d’investir, ce qui n’est de toute façon pas le cas.

LE PRÉSIDENT PEUT-IL ENCORE GAGNER ?

Les banques ne sont pas seulement une écrasante charge pour des épargnants déjà sous-payés et des contribuables surtaxés ; elles sont aussi une puissante force à l’oeuvre dans le ralentissement économique. Pourtant, avec le sauvetage des banques, M. Obama a à maintes reprises fait reposer la réussite de sa présidence (tout récemment encore, dans son discours sur l’Etat de l’Union au début de l’année) sur les « verts bourgeons » du printemps qui ont brûlé sous le soleil caniculaire qui a sévi cet été en Amérique du Nord.

Les Américains adorent les optimistes. Et personne dans le monde politique n’a oublié qu’un radieux Ronald Reagan avait triomphé de l’austère Walter Mondale, en 1984, grâce au slogan « Morning in America » (une aube nouvelle en Amérique). Mais les électeurs sanctionnent aussi ceux qui font des promesses qu’ils sont incapables de tenir – c’est le problème de Barack Obama. Il a face à lui Mitt Romney et Paul Ryan, et leur programme, dont l’efficacité reste à prouver, fait d’un mélange de pensée magique et d’inepties chauvinistes. Mais ce ne serait pas la première fois que les Américains succombent à ce genre de discours.

Le président peut-il encore gagner ? Bien sûr, et il se peut fort qu’il gagne. Il possède une intelligence et des talents d’orateur hors pair, tandis que son adversaire est tout bonnement un rustre. Mais, pour commencer, alors qu’il s’apprête à délivrer son discours de nomination dans le Bank of America Stadium à Charlotte, il ferait bien de prier pour que survienne une tempête comme celle qui s’est abattue sur le sud des Etats-Unis lorsque les républicains ont tenu leur convention à Tampa (Floride). Histoire de faire son allocution ailleurs, n’importe où, mais pas dans un stade à ce nom.* Le Monde-06.09.2012.

Traduit de l’anglais par Julie Marcot

James K. Galbraith, économiste, professeur à la Lyndon B. Johnson School of Public Affairs à l’Université du Texas

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10 réponses à “Barack Obama n’est pas un Robin des bois”

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