Stéphane Hessel et le devoir de s’indigner

«Mais si aujourd’hui comme alors, une minorité active se dresse, cela suffira, nous aurons le levain pour que la pâte lève.» Stephane Hessel

**Les bonnes causes orphelines

*Stéphane Hessel, le défenseur opiniâtre des droits des Palestiniens

Avec sa liberté de ton, il a mobilisé contre lui tous les intellectuels français qui font de la défense d'Israël - qu'elle ait tort ou raison - leur combat

Mardi 26 février 2013 est un jour à marquer d’une pierre noire. Ce jour-là Stéphane Hessel rendait l’âme et déposait les armes mettant fin à un combat de près d’un siècle. Il y eut des hommages sincères à travers le monde, notamment les indignés de différents pays. Il y eut aussi des gens – à l’instar du Caf – qui ne boudèrent pas leur plaisir de voir enfin cet infatigable défenseur des faibles leur crier à la face leur ignominie. Stéphane Hessel a été ´´un maître à ne pas penser´´, a jugé mercredi le président du CRIF, qui dénonce notamment sa ´´volonté obsessionnelle´´ ´´de faire de Gaza l’épicentre de l’injustice´´ dans le monde.

Qui est Stéphane Hessel?
Il est né le 20 octobre 1917 à Berlin dans une famille d’écrivains. Après la percée allemande de mai 1940, il est retenu prisonnier. Il s’en échappe rapidement et se trouve parmi les premiers à rejoindre De Gaulle à Londres. Mais le 10 juillet 1944, à la suite d’une trahison, il est arrêté à Paris par la Gestapo, qui le torture et l’expédie à Buchenwald. Là, il est sauvé avec quelques autres de la pendaison grâce à la complicité d’un intellectuel allemand. Après la Seconde Guerre mondiale, alors qu’il commence une carrière de diplomate au Quai d’Orsay, il participe à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme, signée en 1948 dans le cadre des Nations unies.(1)
Ambassadeur de France durant de longues années, notamment en Israël. Hessel connaît la barbarie et l’a vue de ses propres yeux pour l’avoir subie. Lorsqu’il parle de la Palestine, il estime que ce qu’il a vécu dans les camps de concentration n’est pas loin de ce que vivent les Palestiniens! Deux grandes causes reviennent de façon récurrentes dans le combat de Stéphane Hessel: la cause palestinienne et le néolibéralisme.

Stéphane Hessel, le défenseur opiniâtre des droits des Palestiniens
Le cheminement de la pensée de Stéphane Hessel à propos de la Palestine ne date pas d’aujourd’hui. Il écrit: «En 1947, l’ONU s’est laissé convaincre que les juifs seraient contents d’avoir 55% de la Palestine, et les Arabes 45%. On s’est vite rendu compte que les juifs, porteurs de l’idéologie sioniste, voulaient beaucoup plus, et que les Palestiniens ne voulaient pas entendre parler du partage d’une terre qu’ils estimaient leur appartenir totalement. J’ai complètement changé ma perception des choses entre le moment où l’on a construit un pays pour les juifs massacrés par les Allemands et le moment où l’on s’est aperçu que les dirigeants de ce pays, devenus eux-mêmes des colonisateurs et des occupants de terres arabes, se comportaient très mal vis-à-vis du droit international et des droits de l’homme. Ma conviction est qu’Israël n’a jamais dévié de sa volonté de faire qu’il y ait le moins de Palestine possible et que l’on cantonne les Palestiniens dans de petits «bantoustans», ce qui est tout sauf une solution si l’on veut voir les Israéliens vivre durablement en paix.»
«De tous les combats auquels, Stéphane Hessel a prêté son enthousiasme et sa hauteur de vue, écrit Benyamin Barthes, celui pour les droits des Palestiniens occupe une place à part dans son parcours. Au mois d’octobre, il avait manifesté une dernière fois sa fidélité à cette cause, en présidant la quatrième session du tribunal Russel sur la Palestine, une juridiction citoyenne, réplique de celle bâtie par le philosophe britannique Bertrand Russel et son homologue français Jean-Paul Sartre, qui avait jugé en 1966 les crimes américains au Vietnam. (…)L’auteur d’Indignez-vous avait été fait, en novembre, citoyen d’honneur de ce pays sans Etat. ´´C’est vraiment très triste, réagit le poète Elias Sanbar, ambassadeur de la Palestine à l’Unesco. Stéphane était quelqu’un d’extrêmement chaleureux, animé d’une énergie vitale, d’une foi inébranlable dans le droit. C’est une perte énorme, et pas que pour la Palestine.´´»
«Dans un livre de dialogue, publié en 2012, Le Rescapé et l’Exilé (éditions Don Quichotte), les deux hommes, unis par un même amour de la poésie, avaient évoqué leur rapport à la question palestinienne. Hessel y racontait qu’à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, marqué par l’expérience de la déportation, il était favorable à la création d’Israël. ´´Mais il racontait aussi qu’à cette époque-là, il était, comme beaucoup, totalement ignorant de ce qu’était la Palestine, précise Elias Sanbar, coauteur du livre. C’est par la question du droit qui lui était si chère, et de son non-respect par Israël, qu’il a rejoint notre cause.´´ Son premier voyage dans les territoires occupés, qui remonte aux années 1990, l’incite à transformer ses convictions en actions. ´´Il en est revenu bouleversé, quasiment habité par le sentiment qu’il avait le devoir de parler, se remémore Leïla Chahid, Dans les années 2000, le fringant octogénaire multiplie les déplacements dans une région en pleine ébullition.»
«En 2009, poursuit Barthes, l’infatigable Hessel s’insurge contre l’opération ´´Plomb durci´´, qui coûta la vie à plus d’un millier de résidents de Gaza, qualifiant les bombardements israéliens de ´´crimes contre l’humanité´´. Il milite pour la libération de Salah Hamouri, le jeune Franco-Palestinien condamné par Israël à sept années de prison. Il joint également sa voix à la campagne BDS (boycottage, désinvestissement, sanctions), qui lutte de façon non-violente contre l’impunité d’Israël, en appelant, notamment à un boycottage des produits fabriqués dans les colonies juives de Cisjordanie. Ce ralliement achève d’en faire la bête noire des milieux pro-israéliens français, qui, à l’instar de l’écrivain Pierre-André Taguieff, martèlent qu’il appelle à la ´´haine d’Israël ´´ et qu’il s’est rangé dans le camp des ´´pires antijuifs´´. En janvier 2011, le CRIF obtient même l’annulation d’une conférence à laquelle il devait participer à l’Ecole normale supérieure, rue d’Ulm à Paris. (…)Le vieil indigné refusait de raccrocher. ´´Il nous laisse un message,conclut Elias Sanbar, c’est qu’il faut se battre sur le front du droit, encore et encore. C’est ça ou le bain de sang.´´

L’acharnement contre ses principes
Avec sa liberté de ton, Stéphane Hessel a mobilisé contre lui tous les intellectuels français qui font de la défense d’Israël – qu’elle ait tort ou raison – leur combat. Il s’est notamment attiré leurs foudres quand il a donné son avis sur la politique hitlérienne. Dans un entretien publié dans le Frankfurter Allegemeine Zetitung du 21 janvier 2011 Stéphane Hessel déclarait en effet:
«L’occupation allemande était ´´relativement inoffensive´´ tout comme la persécution des juifs et l’extermination systématique des juifs d’Europe. «Aujourd’hui, nous pouvons constater ceci: la souplesse de la politique d’occupation allemande permettait, à la fin de la guerre encore, une politique culturelle d’ouverture. Il était permis à Paris de jouer des pièces de Jean-Paul Sartre ou d’écouter Juliette Gréco. Si je peux oser une comparaison audacieuse sur un sujet qui me touche, j’affirme ceci: l’occupation allemande était, si on la compare par exemple avec l’occupation actuelle de la Palestine par les Israéliens, une occupation relativement inoffensive, abstraction faite d’éléments d’exception comme les incarcérations, les internements et les exécutions, ainsi que le vol d’oeuvres d’art. Tout cela était terrible. Mais il s’agissait d’une politique d’occupation qui voulait agir positivement et de ce fait, nous rendait à nous, résistants, le travail si difficile.» Pour avoir défendu le droit des Palestiniens à vivre dignement, il a été mis en examen, le 24 septembre 2010, pour «incitation à la haine raciale». Comment le fait de dénoncer un pays qui bafoue les lois internationales fait que nous sommes systématiquement accusés d’antisémitisme ou d’incitation à la haine raciale? Pourquoi de tels amalgames? Comment cet homme de 93 ans, qui se bat chaque jour pour la paix et pour les droits de l’homme peut-il se faire accuser de la sorte? «Peut-être est-ce parce qu’il ose le crime ultime: dénoncer la politique du gouvernement israélien! Stéphane Hessel utilise tout ce qui est en son pouvoir pour faire pacifiquement pression sur le gouvernement israélien afin que les droits de l’homme et les lois internationales soient respectés; notamment grâce au boycott des produits israéliens (BDS), une pratique que Michèle-Alliot Marie avait docilement condamnée.
Avant de disparaître, l’intellectuel avait également rédigé la préface d’Un État pour la Palestine, à paraître le 20 mars 2013 aux éditions de L’Herne, qui présente les conclusions des différentes sessions du ´´Tribunal Russell sur la Palestine´´..

Le devoir de s’indigner
Stéphane Hessel, un résistant d’hier et d’aujourd’hui. Sous ce titre, le site Attac rappelle le combat de Stéphane Hessel: «Résister, disait Lucie Aubrac, est un verbe qui se conjugue au présent. Résistant d’hier contre le nazisme, Stéphane Hessel était aussi un résistant d’aujourd’hui, engagé contre les méfaits du néolibéralisme, l’écart grandissant entre les plus riches et les plus pauvres, la dictature des marchés financiers, l’exploitation abusive des ressources de la terre, les traitements inhumains infligés aux personnes les plus défavorisées. Stéphane Hessel était aussi un bâtisseur. Il avait participé à l’élaboration du programme du conseil national de la résistance, dont Attac a fêté avec lui le soixantième anniversaire en 2004. Il avait ensuite
corédigé la Déclaration universelle des droits de l’homme. Infatigable défenseur des droits humains, il a été également de tous les combats anticoloniaux. Sa défense rigoureuse du peuple palestinien lui a valu d’essuyer, à maintes reprises insultes et diffamation. Jusqu’à la fin, il a été aux côtés de ceux qui menaient les luttes pour un monde plus juste. Son livre Indignez-vous, qui a eu un écho planétaire, a été le drapeau de milliers de manifestants du monde entier qui se sont mobilisés contre un système injuste et de moins en moins démocratique. Le 15 janvier 2012, Hessel avait conclu une manifestation internationale organisée par Attac sur ´´Leur dette, notre démocratie´´.
Après l’immense succès du manifeste Indignez-vous!, Stéphane Hessel, mort à 95 ans, s’apprêtait à publier la semaine prochaine A nous de jouer! un livre d’entretiens dans lequel il exhorte les ´´indignés de cette Terre´´ à agir avec compassion en faveur d’un ´´monde social´´.
Les indignés européens, puis planétaires, résistants, presque impossibles, se sont soulevés sous une bannière proposée par un homme qui avait déjà traversé un siècle. Pensez donc! Des jeunes faisant du slogan d’un «vieillard» le cri de guerre de leur génération contre les effroyables conditions qui leur sont faites: Indignez-vous!. Les valeurs et les moyens de Stéphane Hessel sont devenus des mantras à Madrid, Athènes, Lisbonne, à Tel-Aviv, mais aussi à Paris et, chose fascinante, au pied de Wall Street avec les fameux Occupy Street, Stéphane Hessel s’est opposé à l’inéluctable: d’une part, à «l’immense écart qui existe entre les très pauvres et les très riches et qui ne cesse de s’accroître» et d’autre part, à la détérioration des droits de l’homme.
«Le ras-le-bol mondialisé est une réalité. Si les médias aux ordres ont soigneusement étouffé les révoltes des sans-voix mais pas sans droits dans les pays occidentaux, on se souvient que Stephane Hessel s’était indigné et l’avait fait savoir dans un petit fascicule: Indignez-vous!. Tiré à des dizaines de milliers d’exemplaires, il a fait mouche, car devant l’anomie du monde, les motifs d’indignation ne manquent pas. Avec le philosophe Edgar Morin, il vient de «récidiver» dans un petit ouvrage. Stéphane Hessel et Edgar Morin marient leur ardeur juvénile et leurs réflexions dans un manifeste, Le chemin de l’espérance, qui préconise l’insurrection des consciences et exigence citoyenne, socles selon eux d’une «politique du bien-vivre».
«L’ouvrage écrit à deux, est un manifeste d’indignation de ´´dénoncer le cours pervers d’une politique aveugle qui conduit au désastre, d’énoncer une voie politique de salut public et d’annoncer une nouvelle espérance´´, soulignent ces deux symboles de la Résistance et amis de longue date.» «Nous ne proposons pas de pacte aux partis existants», insistent-ils. «Nous souhaitons contribuer à la formation d’un puissant mouvement citoyen, d’une insurrection des consciences qui puisse engendrer une politique à la hauteur de ces exigences». Ils appellent à dépasser les clivages idéologiques pour trouver des solutions. Ils définissent ainsi quatre sources pour «alimenter la gauche: la source libertaire, la source socialiste, qui se concentre sur l’amélioration de la société; la source communiste, qui se concentre sur la fraternité communautaire. Ajoutons-y la source écologique, qui nous restitue notre lien et notre interdépendance avec la nature et plus profondément notre Terre-mère, et qui reconnaît en notre Soleil la source de toutes les énergies vivantes.»
L’écologie ne lui était pas étrangère. Lors d’une conférence à Nantes, Hessel a présenté son livre Tous comptes faits… ou presque, Stéphane Hessel appelle les citoyens a s’engager pour lancer un grand mouvement. «Nous sommes membres de la Terre, nous n’en sommes pas les maîtres.» Stéphane Hessel est ensuite revenu sur l’affaire Mohammed Merah. Il nous met en garde «il ne faut pas confondre cette violence terroriste avec l’Islam», qui n’est pas plus condamnable qu’une autre religion. La source du terrorisme est la haine, c’est à celle-ci qu’il faut trouver des réponses. Stéphane Hessel prône la compassion, c’est-à-dire «la passion de vouloir un équilibre établi entre tous afin que les cultures se rencon-trent et vivent ensemble».(7)
A cette empathie envers son prochain, son combat itératif est toujours celui des droits de l’homme. Le 22 janvier 2013, à la question du journaliste Mathias Leboeuf «Lorsque je pose la question ´´Où faut-il aller? ´´, Stéphane Hessel répond tout de suite. «Il faut aller à la mise en oeuvre de la Déclaration universelle des droits de l’homme»: telle fut la dernière phrase prononcée alors par l’ancien résistant. Tout est dit dans cette phrase qui résume le noble combat d’une vie. Reposez en paix Stephane Hessel, que la Terre vous soit légère.* Par Pr Chems Eddine CHITOUR-L’Expression-02.03.2013.

Stéphane Hessel et le devoir de s'indigner chitour_une

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En accusant Stéphane Hessel, le CRIF et les autres apologistes d’Israël en France s’accusent eux-mêmes ; accuser un géant moral de notre temps en dit long sur l’immoralité des accusateurs.

A ceux qui commettent des crimes de guerre, l’occupation, l’apartheid et d’autres graves violations des droits de l’Homme, Hessel offre un miroir cruel, révélant leurs âmes humaines corrompues et leur criminalité indéfendable. Ce miroir crie : « J’accuse ! »

Pour les opprimés, condamnés à l’obscurité de l’injustice, l’inhumanité et l’oppression coloniale, au contraire, Hessel brille de la lumière forte de l’égalité, la liberté, la dignité et la justice qui inspire et suscite un espoir énorme.

Stéphane Hessel mérite notre plus profonde gratitude et nos éloges pour son humanité infatigable et sa moralité sans faille.

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