Une explosion sociale menace l’Europe

** l’Europe et d’autres pays au bord d’explosions sociales

*demain, des soulèvements en masse à travers le monde?

Le rapport choc d’une firme britannique

Des émeutes à Washington

Verisk Maplecroft, spécialiste de la gestion du risque, a récemment publié un rapport choc: 37 pays à travers le monde sont identifiés comme étant particulièrement menacés par des conflits sociaux, alors que la crise économique due à la pandémie fait rage. Le politologue Philippe Moreau Defarges livre son analyse à Sputnik.

«Alors que les retombées économiques du Covid-19 se font de plus en plus ressentir, nous nous attendons à ce que les rangs des manifestants gonflent à travers le monde, au-delà des chiffres observés en 2019, et que les troubles sociaux touchent de nombreux marchés émergents et frontières.»

La société britannique Verisk Maplecroft, spécialiste mondial de conseil en risques et en stratégie, a récemment publié un rapport remarqué. D’après ce dernier, l’impact économique et sanitaire de la pandémie de coronavirus fait exploser le niveau de risque quant à la multiplication de troubles sociaux dans de nombreux pays à travers le monde.

«Selon nos projections, 37 pays seront confrontés à des pics de troubles importants au cours du second semestre de cette année, entraînés par une douloureuse reprise économique post-pandémie qui augmentera le mécontentement public à l’égard des gouvernements.»

Principalement situés en Afrique et en Amérique latine, les pays de la liste comptent pêle-mêle la République démocratique du Congo, l’Éthiopie, le Pérou, le Venezuela, le Bangladesh ou encore l’Égypte, l’Iran ou la Turquie. La Russie en fait également partie.

​La Turquie, l’Iran et la Russie font partie des 37 marchés émergents ou frontières susceptibles de devoir faire face à des troubles sociaux d’ampleur dans les mois à venir dans le sillage de l’énorme impact économique du Covid-19.

Pour le politologue Philippe Moreau Defarges, spécialiste des questions internationales, le rapport est «intéressant», mais ne doit pas «être pris au pied de la lettre»:

«Ces bureaux d’études produisent des rapports qui sont en apparence scientifiquement solides, mais il ne faut pas oublier qu’ils tiennent compte de ceux qui les lisent. Et ce sont souvent les milieux d’affaires. Il s’agit d’un travail sérieux avec des données et des références, mais il ne faut pas décourager le client.»

Verisk Maplecroft a notamment calculé son ratio de risque avec deux données essentielles: les niveaux de risques sociaux déjà existants avant la pandémie et la capacité des pays à rebondir économiquement, ou «taux de récupération»

De mauvaises perspectives pour les États-Unis

«Ce taux est calculé par Verisk Maplecroft à partir de facteurs comme la force des institutions étatiques, la connectivité numérique, le dynamisme économique, la sensibilité de la population, les risques de catastrophes naturelles ou d’attaques terroristes», comme le soulignent Les Échos.

«Les 37 pays identifiés sont évidemment à risque, mais ce sont loin d’être les seuls. Cette pandémie globale est par définition mondiale et a impacté fortement l’économie de la majeure partie des nations du globe. Il y a peut-être une volonté de la part de cette firme de ne pas décrire un monde totalement noir», analyse Philippe Moreau Defarges.

«Il est très difficile de prévoir la réalité du risque dans un tel contexte. Lors de la crise de 2007-2008, l’on se souvient par exemple que les agences de notation s’étaient fortement trompées sur la réalité de la situation», rappelle-t-il.

L’Afrique surreprésentée? Et des pays européens grands absents?

Le rapport pointe notamment le risque présent dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne comme le Nigeria, l’Éthiopie ou la République démocratique du Congo, où un contexte de «déclin économique», de «pauvreté» et d’«incapacité à garantir des approvisionnements alimentaires adéquats» devrait intensifier le risque de manifestations.

Philippe Moreau Defarges est plus nuancé:

«Cette étude fait mention de plusieurs pays d’Afrique subsaharienne. Or je ne suis pas sûr du tout de ce choix. Les pays africains ont fait beaucoup de progrès. Il de bon ton de considérer que ce continent est incapable de se développer. Je dis: “Attendons de voir”.»

Du côté du continent américain, en plus de plusieurs pays d’Amérique latine, en particulier le Venezuela, en proie à une crise économique cataclysmique, ayant jeté des millions de citoyens dans l’extrême pauvreté, Verisk Maplecroft note que les États-Unis devraient également faire face à des agitations sociales d’ampleur.

Un CRS lors d'une manifestation des Gilets jaunes (photo d'archives)

«Les perspectives sont également négatives pour les États-Unis, qui sont désormais à la 48e place des pays les plus risqués au monde concernant les troubles sociaux après avoir enregistré la deuxième plus grosse chute entre le deuxième et le troisième trimestre 2020 dans notre Index des troubles civils. Les manifestations du mouvement Black Lives Matter en cours sont essentiellement motivées par des griefs concernant les inégalités socio-économiques systémiques et la brutalité policière. La frustration suscitée par les pertes d’emplois et l’absence de réponse cohérente à la pandémie de la part du Président Donald Trump motiveront également davantage les manifestants et plus de troubles sont inévitables», analyse le rapport.

Si Philippe Moreau Defarges reconnaît le «sérieux» du travail de Verisk Maplecroft, il regrette qu’il soit «incomplet»:

«Le côté prétendument scientifique du rapport me gêne. Il se veut un document objectif, sérieux et incontestable. Or, je trouve qu’il met beaucoup de certitudes là où il demeure beaucoup d’interrogations. Il faudrait une réflexion sur la toile de fond du problème et les modifications profondes induites par cette crise liée à la pandémie. Une revue des risques pour chaque État ou groupe d’États aurait été plus intéressante.»

Fait qui peut paraître surprenant, aucun pays de l’Union européenne ne fait partie de la liste des 37 nations les plus à risque sélectionnées par Verisk Maplecroft. Rien d’étonnant pour Philippe Moreau Defarges: «Le rapport ne pouvait pas annoncer que l’Europe était au bord de l’explosion sociale. Un organisme diffusant une telle information voudrait soit faire un coup sensationnel, soit ne serait pas conscient du risque de passer pour un mouton noir.» Du politiquement correct donc?

«Le rapport ne pouvait pas annoncer que l’Europe était au bord de l’explosion sociale»

Mais si le contexte social semble explosif dans plusieurs pays européens, notamment la France du fait des multiples mouvements s’opposant à la présidence et de la crise pandémique, la situation serait bien pire ailleurs:

«Je pense que la France et plus largement les pays européens ne sont pas mentionnés pour deux raisons. Premièrement, les structures étatiques demeurent. Paris a été très critiqué pour la gestion du coronavirus, mais le système hospitalier a tenu le coup. Il ne faut pas exagérer. L’État a continué de fonctionner, tout comme en Allemagne, en Italie ou ailleurs au sein de l’Union européenne.

Deuxièmement, la France et d’autres pays européens sont certes dans une situation sociale compliquée, mais tout est relatif. Ce n’est pas la même chose qu’au Venezuela ou au Liban», analyse Philippe Moreau Defarges.

D’ailleurs, le compromis trouvé le 21 juillet au petit matin par les 27 pays membres de l’UE est une «excellente nouvelle» pour le politologue. L’accord porte sur un budget commun pour la période 2021-2027 de 1.074 milliards d’euros et sur le plan de relance de 750 milliards d’euros. Les fonds seront empruntés par la Commission européenne sur les marchés financiers et reversés aux États, sous forme de subventions pour 390 milliards d’euros, et de prêts pour 360 milliards d’euros.

«L’accord de mutualisation partielle des dettes qui vient d’être signé entre les pays de l’Union européenne est très positif et va aider l’UE à faire face. D’ailleurs, si vous comparez l’Union européenne et les États-Unis durant cette crise, la comparaison est favorable à l’Europe», conclut Philippe Moreau Defarges.

L’herbe n’est donc pas toujours plus verte ailleurs.*source: sputniknews / samedi 25 juillet 2020

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*Naufrage économique mondial à venir?

L’avis d’un célèbre investisseur suisse qui craint des révolutions

Un trader à la Bourse de New York

*L’économiste suisse Marc Faber a donné des prévisions pessimistes concernant l’économie mondiale et les marchés. Il fustige une bourse «totalement décorrélée de l’économie» et craint l’explosion économique et sociale. Josse Roussel, professeur à la Paris School of Business, livre son analyse de ces sombres conjectures pour la planète.

*«Les investisseurs se trouvent sur un navire qui fait naufrage.»

Invité du Fund Insider Forum, organisé par les quotidiens belges L’Écho et De Tijd, l’économiste suisse Marc Faber a livré une salve de pronostics économiques plus noirs les uns que les autres.

D’après l’expert, «la question qui se pose aujourd’hui est de savoir si l’on se rue dès à présent dans les canots de sauvetage ou si l’attend encore un peu dans l’espoir que le capitaine offre une tournée gratuite.» Le spécialiste est connu pour avoir conseillé à ses clients de vendre leurs actions une semaine avant le krach boursier de 1987.

«Marc Faber est réputé pour avoir une vision assez pessimiste de l’économie et des marchés. Ceci étant dit, on peut donner un certain crédit à ses propos», explique au micro de Sputnik Josse Roussel, professeur à la Paris School of Business.

D’après lui, les marchés de capitaux, notamment aux États-Unis ou en Europe, ont retrouvé aujourd’hui des niveaux de valorisation sensiblement équivalents à ceux d’avant-crise, quand ils ne sont pas supérieurs. Mais dans le même temps, l’économie réelle serait dans une situation beaucoup plus dégradée, souligne-t-il: «Cette déconnexion entre la vigueur des marchés et la torpeur de l’économie réelle a de quoi troubler», poursuit-il, avant d’indiquer que tout ceci est «peut-être le signe d’une correction à venir.»

Dans le rôle du capitaine dont parle Marc Faber, les Banques centrales. «La bourse est totalement décorrélée de l’économie et depuis 2008, elle ne vit que de l’argent créé par les Banques centrales», a lancé l’investisseur helvète, pour qui un tel contexte ne peut conduire qu’au désastre.

**Gonflement artificiel de la valeur des actifs financiers

Depuis la crise de 2008, les Banques centrales ont, à de nombreuses reprises, fait tourner la planche à billets à plein régime, injectant des sommes colossales dans le système financier, notamment via des programmes d’assouplissement quantitatif ou «quantitative easing» en anglais. La crise du Covid-19 a incité les Banques centrales à mettre les bouchées doubles.

«La crise de 2008 a marqué le véritable départ de ces politiques des Banques centrales qui visent à accroître la masse monétaire par des assouplissements quantitatifs. Cela consiste en une création monétaire ex nihilo qui vise à racheter des actifs, notamment des obligations et autres Bons du Trésor. Une telle politique gonfle la valorisation des actifs financiers», analyse Josse Roussel.

En avril dernier, la Réserve fédérale américaine (FED) annonçait être prête à fournir 2.300 milliards de dollars de nouveaux prêts pour soutenir l’économie.

Depuis le début de la pandémie, le bilan de la FED a fait un bond spectaculaire, passant d’environ 4.000 milliards de dollars en janvier à environ 7.000 milliards fin août. Cela représente grosso modo un tiers du PIB des États-Unis.

Et l’Europe n’est pas en reste. Au mois de juin, la Banque centrale européenne (BCE) annonçait ajouter 600 milliards d’euros aux 750 déjà prévus dans son «Programme d’achats d’urgence pandémique» (PEPP). Alors que le bilan de la BCE était d’environ 5.000 milliards d’euros en mai dernier, il devrait atteindre 6.500 milliards d’ici la fin 2020. C’est environ la moitié du PIB de la zone euro.

Pour Marc Faber, une telle orgie de liquidités est de nature à faire peser un risque sur les monnaies, notamment le dollar: «Si la Réserve Fédérale américaine imprime 120 milliards de dollars supplémentaires par mois, le marché –déjà en offre excédentaire– sera inondé.»

Josse Roussel s’interroge: «Est-ce que ces expansions monétaires massives sont de nature à dévaloriser les monnaies?» D’après celui qui est maître de conférences habilité à diriger des recherches à l’université de Paris-VIII, il convient de noter que toutes les grandes Banques centrales s’adonnent à ce genre de politique, pas seulement la FED ou la BCE. La Banque d’Angleterre ou la Banque du Japon font de même.

«Cela a pour effet de ne pas faire évoluer outre mesure les niveaux de valorisation de ces monnaies les unes par rapport aux autres. Si la FED crée de la monnaie, la BCE lui emboîte le pas et les autres suivent», explique Josse Roussel.

Reste que pour Marc Faber, l’euro et le dollar performeront moins bien que les métaux précieux dans un avenir proche. Évoluant actuellement autour des 1.900 dollars l’once, l’or a profité de la crise pour attirer les investisseurs.

Au début du mois d’août, le métal jaune a même percé pour la première fois de son histoire le seuil symbolique des 2.000 dollars l’once. Si depuis, le cours est redescendu, l’or a tout de même gagné environ 20% ces six derniers mois. Rien d’étonnant pour Josse Roussel:

«La création monétaire entraîne une valorisation des actifs financiers comme les actions, les obligations, les métaux précieux ou l’immobilier. On a donc une dépréciation de la valeur des monnaies par rapport à ces actifs.»

La politique des Banques centrales contribue également à alimenter les inégalités, selon Marc Faber, qui souligne qu’elles «ont créé énormément de richesses pour une petite élite, mais ont réduit en miettes les perspectives pour la jeunesse.» Les taux d’intérêt proches de zéro pratiqués par la FED ou la BCE permettent à de riches investisseurs d’emprunter à faible coût afin d’acquérir des actions, ce qui a pour effet de faire augmenter la demande et ainsi leur valeur. Les actions des fameux GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft) sont particulièrement prisées.

**Une jeunesse sacrifiée?

Une aubaine pour les actionnaires de ces sociétés, qui se sont particulièrement enrichis depuis le début de la crise. Le 26 août, Jeff Bezos, patron d’Amazon, a même vu sa fortune dépasser les 200 milliards de dollars, une première dans l’histoire moderne. Si depuis, son pécule s’est légèrement amoindri, fluctuations des cours de bourse obligent, le créateur du géant du commerce électronique reste toujours l’homme le plus riche de la planète.

«Les politiques d’assouplissement quantitatif favorisent ceux qui détiennent les actifs financiers au détriment des autres. Et ce sont les plus favorisés qui sont propriétaires des actions ou de l’immobilier. Cela accroît donc les inégalités», abonde Josse Roussel.

La chance de Jeff Bezos ne sera pas partagée par de nombreux jeunes à travers la planète, selon Marc Faber. Ces derniers sont en première ligne face à la crise économique générée par le Covid-19.

«Dans le scénario le plus optimiste d’évolution de la pandémie, le taux de chômage dans l’ensemble des pays de l’OCDE pourrait atteindre 9,4% au quatrième trimestre 2020, dépassant tous les pics enregistrés depuis la Grande Dépression», prévient l’Organisation de coopération et de développement économiques dans l’édition 2020 de son rapport «Perspectives de l’emploi», publiée le 7 juillet. «Les jeunes qui ont aujourd’hui 20 ou 30 ans seront les premiers de notre histoire à vivre une situation moins bonne que celle de leurs parents», se désole Marc Faber. Selon lui, «c’est du jamais vu».

*Vers quels actifs se diriger?

Autre nuage noir évoqué par l’économiste suisse: la Présidentielle américaine de novembre. Le Président sortant, Donald Trump a, pour la première fois de la campagne, croisé le fer lors d’un débat avec son opposant démocrate Joe Biden. Une passe d’armes qui a tourné à la cacophonie et où les invectives personnelles ont pris le pas sur le débat d’idées.

Les incertitudes qui pèsent sur l’issue du scrutin sont de nature à faire tanguer les marchés, considère Marc Faber, pour qui «les deux candidats à la présidence sont peu recommandables et incapables.» «Mais, quel que soit le vainqueur, le résultat sera contesté par l’autre candidat. Dans les mois à venir, je m’attends à une véritable “rocky road” pour les actions américaines.»

Pour l’investisseur helvète, surnommé «Dr. Doom» pour ses sombres prévisions, il est nécessaire que le «monde politique et monétaire mondial» fasse un «reset», comme l’explique L’Écho. C’est à ce moment que la croissance économique pourrait redémarrer, affirme l’expert.

Mais avant cela, la planète pourrait être livrée à de fortes turbulences. Marc Faber envisage de possibles flambées de violence, voire des révolutions. Josse Roussel se montre sceptique quant à une telle remise à plat du système monétaire. D’après l’expert, elle ne pourrait se produire «qu’en cas de crise monétaire majeure.»

«Les Banques centrales émettrices des grandes monnaies vont continuer leur politique extra accommodante afin de maintenir les valorisations des marchés de capitaux. La récente décision de la FED, qui a annoncé que l’objectif des 2% d’inflation pourrait temporairement être dépassé, indique que la Réserve fédérale n’est pas prête de normaliser sa politique», souligne l’enseignant de la Paris School of Busines.

«Seule une crise majeure qui toucherait une grande monnaie telle que le dollar pousserait à une refonte du système monétaire international, qui est effectivement en crise depuis une douzaine d’années. L’accroissement de la masse monétaire s’accompagne d’une croissance de l’endettement, qui finira par poser de graves problèmes», avertit Josse Roussel.

En attendant, en dehors des métaux précieux, Marc Faber conseille de se diriger vers les matières premières agricoles ou les métaux industriels. Un conseil «pertinent», approuve Josse Roussel: «En cas d’expansion monétaire importante, la monnaie perd de sa valeur vis-à-vis d’autres actifs financiers. Les métaux précieux ont fortement augmenté ces derniers mois et c’est une tendance qui devrait se poursuivre sur les deux prochaines années, vu que les Banques centrales n’ont pas l’intention de lever le pied sur la création monétaire.»

L’expert est plus mesuré concernant une autre recommandation de l’investisseur suisse pour qui, «que vous le vouliez ou non, vous devez acheter un morceau de Chine et d’Inde.» «Lorsque vous voyez qu’un whisky single malt produit en Inde a été élu troisième meilleur whisky au monde, vous savez où vous trouverez les vainqueurs du nouvel ordre mondial», a notamment lancé Marc Faber.

«Concernant les pays émergents, il faut voir comment la Chine va opérer sa transition alors que les chaînes logistiques pourraient être réorganisées à l’échelle du globe. Cela pourrait se faire au détriment de Pékin et au bénéfice de l’Inde, par exemple, ou d’autres nations européennes ou sud-américaines», nuance Josse Roussel en conclusion.

*source:  sputniknews / mercredi 30 septembre 2020

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«Menace pour l’économie américaine»: la Fed est-elle prise au piège de l’inflation?

La Réserve fédérale américaine devrait prochainement modifier son objectif d’inflation moyen, le tout alors que ses taux sont proches de zéro et que cette dernière injecte massivement des liquidités dans l’économie. Pourquoi une telle décision? L’économiste Pascal Salin, spécialiste de la théorie monétaire, livre son analyse à Sputnik.

Dollar US (image d'illustration)

Les États-Unis se dirigent-ils vers une augmentation globale des prix? La question est légitime à en croire les informations de CNBC. Le média américain l’a récemment évoqué dans un article soulignant que la Réserve fédérale américaine (Fed) avait pris la décision de modifier son objectif d’inflation. Elle devrait donc adopter une stratégie où «une inflation supérieure à 2%, l’objectif habituel de la Réserve fédérale, serait tolérée et même souhaitée».

«C’est une très mauvaise décision. Je pense que cela résulte de deux préjugés: tout d’abord, cette lubie keynésienne qui veut que l’on puisse relancer l’économie en augmentant la demande globale. Ensuite, la pensée qui dit que lorsqu’il y a déflation, il y a dépression, et à l’inverse, croissance en cas d’inflation. C’est totalement faux», analyse au micro de Sputnik Pascal Salin, économiste et professeur émérite à l’université Paris-Dauphine.

Les discours des responsables de la Fed pointaient vers un tel choix depuis plusieurs mois. Ainsi, l’économiste et entrepreneur américain Peter Schiff déclarait en décembre dernier que «maintenant, vous avez une Fed qui parle d’adopter officiellement [l'objectif des 2% d'inflation] dans son mandat, voire de faire passer l’inflation au-dessus des 2%».

Récemment, le même Peter Schiff s’interrogeait sur les motivations d’une telle stratégie: «Encore davantage d’inflation que nous en avons actuellement? Je veux dire, comment pouvons-nous en avoir plus? Regardez à quel point ils impriment de l’argent…»

«Politique absurde»

Actuellement, le taux d’inflation oscille autour des 1% aux États-Unis. Mais d’après de nombreux experts, il devrait vite augmenter. Le tout dans un contexte de chômage de masse lié à l’impact de la pandémie de coronavirus. Afin de soutenir l’économie, la Fed compte maintenir ses taux proches de zéro jusqu’à atteindre son objectif d’inflation et obtenir une baisse du chômage, dont le taux oscille toujours au-dessus des 10%. «Nous pensons que la Fed accueillerait favorablement une inflation entre 2 et 4%, en forme de compensation attendue de longue date pour une inflation inférieure à 2% depuis si longtemps», a déclaré Ed Yardeni, directeur de Yardeni Research cité par CNBC.

«La Fed est loin d’être la seule à mener ce genre de politique absurde. La Banque centrale européenne (BCE) vise par exemple un taux d’inflation d’environ 2%. Un tel chiffre devrait être considéré comme excessif. Cela signifie que la monnaie perd 2% de sa valeur par an», rappelle Pascal Salin.

La Réserve fédérale fait également «tourner la planche à billets» à plein régime en achetant des dizaines de milliards de dollars d’actifs de manière hebdomadaire. En juin, son bilan a dépassé les 7.000 milliards de dollars alors qu’il était sous les 3.500 milliards en mars. Une telle orgie de liquidités fait craindre à certains observateurs une montée incontrôlable de l’inflation.

Peter Schiff pense que la Banque centrale américaine est prise au piège et doit justifier l’augmentation des prix provoquée par sa politique monétaire. Quitte à recourir à des subterfuges, d’après l’expert. Il affirme ainsi que la Fed ne communiquera pas sur le taux d’inflation réel mais sur l’indice des prix à la consommation (IPC), voire un chiffre au sein même de cet indicateur, «parce qu’ils peuvent toujours se concentrer sur une partie d’un indicateur et non sur l’indicateur lui-même et dire “oh, nous venons d’observer ça”», analyse-t-il.

Peter Boockvar, investisseur en chef chez Bleakley Advisory Group, critique également la stratégie de la Fed, toujours au micro de CNBC«S’il y a bien une leçon que les banques centrales auraient dû apprendre, c’est qu’il est facile de se fixer un objectif d’inflation. Tenter réellement de l’atteindre est en revanche extraordinairement difficile». Avant d’ajouter: «Le simple fait de manipuler les taux d’intérêt ne signifie pas que vous atteignez le taux d’inflation que vous choisissez.».

«Aucun sens au niveau économique»

Selon Peter Schiff, la Fed ne peut tout simplement pas faire remonter les taux d’intérêt pour ne pas provoquer un effondrement des marchés. Et l’expert affirme que ce sont les Américains qui paieront les frais d’un tel contexte: «Dire qu’ils vont s’engager à plus d’inflation est une menace contre le peuple américain. C’est une menace pour l’économie américaine. En clair, voici ce qu’ils vous disent: « Nous allons vous faire les poches. Nous allons augmenter le coût de la vie ». Quelle politique monétaire stupide! Si l’Amérique est en difficulté à cause du Covid-19, la dernière chose à faire, c’est d’augmenter les prix à la consommation. Après tout, s’il y a moins d’offre car moins de gens travaillent et qu’ils ne produisent pas, alors pourquoi voudrions-nous ajouter de l’inflation à ce problème qui crée déjà de l’inflation? Pourquoi voudrions-nous verser de l’huile sur le feu en causant des prix encore plus élevés, compte tenu de la dépréciation monétaire en cours?»

Même son de cloche du côté de Peter Boockvar: «Cela n’a aucun sens au niveau économique. Le consommateur est actuellement très fragile. La dernière chose que nous devrions viser est une augmentation du coût de la vie.»

Pascal Salin estime quant à lui qu’une remontée des taux serait bénéfique à l’économie américaine:

«Les taux d’intérêt actuels de la Fed, proches de zéro, sont inférieurs au taux d’équilibre. La Réserve fédérale n’aurait pas une mauvaise idée en remontant un peu ses taux. Ils sont aussi faibles aujourd’hui du fait de cette volonté de création monétaire.»

La situation économique est toujours tendue aux États-Unis. Le pays ne parvient pas à juguler la pandémie de coronavirus. Le nombre de nouvelles contaminations quotidiennes dépasse toujours les 50.000 et le 9 août, le pays a passé le cap des cinq millions de cas officiels. Les faillites d’entreprises se multiplient, des millions d’Américains sont frappés par le chômage et menacés d’expulsion.

**Vers une baisse du dollar?

Pour y faire face, Donald Trump a dévoilé le 8 août un nouveau plan d’aide à l’économie américaine. Ce dernier prévoit notamment un gel des charges salariales, une allocation chômage prolongée de 400 dollars par semaine, des protections pour les locataires menacés d’expulsion et un report du remboursement des emprunts étudiants. Dans un tel contexte, une augmentation globale des prix serait un véritable coup dur pour des millions d’Américains.

«Cela ne sert effectivement à rien d’augmenter le coût de la vie. Mais des ajustements peuvent s’opérer. En cas d’augmentation des prix, il est possible que les salaires suivent et augmentent aussi», souligne Pascal Salin. 

Du côté des investisseurs, on s’accorde à dire qu’une inflation aux États-Unis aurait pour effet de faire monter le prix de l’or, qui a pour la première fois de son histoire dépassé les 2.000 dollars l’once, mais aussi de faire baisser le dollar, qui est déjà malmené, et provoquer une ruée vers les fameux Treasury Inflation-Protected Security (TIPS). Ces titres du Trésor protégés contre l’inflation, émis par le gouvernement américain, ont été conçus afin de protéger les investisseurs contre une perte de leur pouvoir d’achat: à mesure que l’inflation augmente, le prix des TIPS s’ajuste pour maintenir leur valeur réelle.

Comme le note CNBC en se basant sur les chiffres de Refinitiv, un fournisseur de données et d’infrastructures sur les marchés financiers, les fonds TIPS ont connu six semaines consécutives d’achats nets par les investisseurs, dont 1,9 milliard de dollars pour la semaine du 24 juin et 1,5 milliard pour celle du 1er juillet. Il semble bien que certains investisseurs se préparent à voir l’inflation grimper du côté de l’Oncle Sam.

Une explosion sociale menace l'Europe

D’après Jérôme Powell, le patron de la Fed, les prochaines annonces «codifieront réellement la façon dont [nous] agissons déjà avec [nos] politiques». Pas de quoi convaincre Pascal Salin, pour qui «les banques centrales sont inutiles et nuisibles puisqu’elles empêchent d’atteindre l’équilibre entre l’épargne désirée par les épargnants et l’épargne empruntée par les investisseurs». Selon lui, «la politique monétaire est une affaire de prévision»:

«En 1929, les autorités avaient manqué de jugement pour le résultat que l’on connaît. C’est en jugeant mal la réalité que l’on provoque des conséquences néfastes.»

**source:  sputniknews / 10 / 08 / 2020

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*Le président du Parlement européen, Martin Schulz a mis en garde contre « une explosion sociale en Europe » sur fond de grogne en Espagne, empêtrée dans la crise…

« Les manifestations en Espagne montrent qu’une explosion sociale menace en raison du fort taux de chômage des jeunes en Europe », a déclaré M. Schulz au quotidien populaire allemand Bild.Et de plaider pour la mise en oeuvre rapide « de nouveaux programmes européens pour créer enfin plus d’emplois pour cette génération ». M. Schulz souligne que la situation espagnole n’est pas comparable à celle de la Grèce: « le pays a des bases industrielles solides et une administration publique bien organisée », ajoute le social-démocrate allemand. L’Espagne a annoncé vendredi de nouvelles prévisions économiques très sombres, avec une poursuite de la récession en 2013 et un chômage pire que prévu cette année, alors que le pays fait face à la panique des marchés et à une grogne sociale sans précédent.

L’indignation populaire gronde

Excédés par une crise dont ils ne voient pas la fin, des centaines de milliers d’Espagnols étaient descendus jeudi dans les rues, signe d’une indignation populaire qui s’accroît face à un gouvernement qui n’a plus aucune marge de manoeuvre pour redresser l’économie du pays.

Le plan d’aide aux banques, finalement bouclé vendredi par la zone euro, et qui pourra atteindre cent milliards d’euros, ne semble plus en mesure de rassurer des marchés de plus en plus inquiets de la dégradation de la santé financière de l’Espagne. (Source: belga.be-21.07.2012.)

**Les chômeurs espagnols interdits de quitter le pays

Les chômeurs espagnols bénéficiant de l’allocation de chômage de base de 426 euros se sont vus interdir de quitter le territoire espagnol sous peine de se voir retirer leurs indemnités. Pour ces chômeurs, tout voyage en dehors des frontières espagnoles entraînerait immédiatiement leur radiation des listes de demandeur d’emploi ainsi que la suspension du versement de leur allocation, indique le site econostrum.info. Ceux-ci se retrouveraient alors dans l’obligation de patienter douze mois avant de pouvoir se réinscrire à nouveau et bénéficier de l’allocation. Cette mesure, adoptée par le Ministère espagnol du Travail, vise à empêcher les chômeurs de prendre un emploi saisonnier à l’étranger tout en continuant à percevoir leurs indemnités. Un chômeur averti en vaut deux…(7s7-20.07.2012.)

***La police tire sur les manifestants à Madrid

La police espagnole a chargé et tiré sur les manifestants avec des balles en caoutchouc jeudi soir à Madrid, à la fin de la grande manifestation contre le plan de rigueur du gouvernement. Les policiers ont chargé des petits groupes de manifestants et les ont battus avec des bâtons pour les disperser, dans le secteur de la Puerta del Sol, au centre de la capitale, alors qu’ils tentaient de rejoindre le Parlement, selon les journalistes. Les manifestants étaient arrivés jusqu’aux barrières qui protègent les bâtiments du Congrès, avec un groupe de pompiers en première ligne. Alors qu’une épaisse fumée s’élevait des poubelles en plastique incendiées, quelques manifestants ont décidé de suivre les pompiers en se rapprochant du parlement. La police est alors intervenue en chargeant, tandis que les manifestants répondaient en lançant des objets divers, notamment des bouteilles. Les policiers ont tiré des balles en caoutchouc contre ces petits groupes qui se sont dispersés dans les rues adjacentes. Plusieurs centaines de personnes, selon l’estimation des journalistes sur place, avaient auparavant participé à cette grande manifestation, qui s’est déroulée globalement sans incident. Les syndicats avaient appelé jeudi à manifester dans 80 villes, sous le mot d’ordre « Ils veulent ruiner le pays. Il faut l’empêcher ». Les manifestants ont ainsi exprimé leur refus au nouveau plan de rigueur du gouvernement espagnol, à la hausse de la TVA, aux coupes budgétaires qui frappent les fonctionnaires et les chômeurs.  (Source: belga.be-20.07.2012.)

**Marée humaine pour dire « Non » à la rigueur

 

Dans une forêt de drapeaux multicolores, une énorme marée humaine a envahi jeudi soir le centre de Madrid, pour crier « non » au nouveau plan de rigueur du gouvernement espagnol, à la hausse de la TVA, aux coupes budgétaires qui frappent les fonctionnaires et les chômeurs. Des incidents ont éclaté après la fin de la manifestation, lorsque la police anti-émeutes a dispersé de petits groupes de jeunes à coups de matraques et en tirant des balles de caoutchouc. Six personnes ont été légèrement blessées et sept interpellées, selon la police. « Mains en l’air, c’est un hold-up », hurlait la foule qui s’était rassemblée quelques heures plus tôt, défilant lentement sur les grandes avenues, reprenant le slogan devenu le cri de ralliement des manifestations qui se multiplient depuis l’annonce, le 11 juillet, de ce plan destiné à économiser 65 milliards d’euros. « Si tu veux gagner, lutte sans relâche », « Rajoy nous vole », « Je veux un Noël », proclamaient de petites pancartes. D’autre portaient ce seul mot « NO » illustré d’une paire de ciseaux, symbole de ces coupes budgétaires qui ont déclenché la colère de tout le pays. A Madrid, les manifestants étaient plusieurs centaines de milliers, selon des journalistes sur place. Les syndicats avaient appelé à manifester dans 80 villes, sous le mot d’ordre « Ils veulent ruiner le pays. Il faut l’empêcher ». Car le malaise des Espagnols, déjà soumis à de lourds sacrifices dans un pays en récession, étranglés par un chômage de près de 25%, est monté d’un cran face à ce nouveau tour de vis. « Nous ne pouvons rien faire d’autre que de descendre dans la rue. J’ai perdu entre 10% et 15% de mon salaire depuis quatre ans. Et les nouvelles mesures ne serviront pas à résoudre la crise », s’indigne Sara Alvera, fonctionnaire de 51 ans à la Cour des comptes, venue manifester avec son mari, employé dans le privé. Le gouvernement cherche ainsi à redresser les comptes publics: le budget 2012, d’une rigueur historique avec 27,3 milliards d’euros d’économies, n’a pas suffi et l’Espagne s’est vu imposer par Bruxelles des conditions draconiennes, en échange d’une aide à ses banques et d’un délai, jusqu’en 2014, pour ramener son déficit public à moins de 3%.

Hausse de TVA, réduction de salaire et chômage

 

Pour renflouer les caisses, c’est cette fois le pays tout entier qui va payer: renonçant à ses promesses, le chef du gouvernement de droite Mariano Rajoy a décidé une hausse de la TVA, qui devrait rapporter 22 milliards d’euros d’ici à 2014. Les fonctionnaires, qui ont déjà vu leur salaire réduit de 5% en 2010, puis gelé, perdent en 2012 leur prime de Noël, l’équivalent de 7% du salaire. Et les nouveaux chômeurs verront leurs indemnités réduites au bout de six mois. « Quel Noël fabuleux nous allons passer. Il n’y aura aucun extra cette année. Tous les ans, ils baissent les salaires, pendant que les prix montent, le métro, le bus… », s’inquiète Paloma Martinez, une fonctionnaire de 47 ans, une petite pancarte à la main portant les mots: « Si tu ne luttes pas, qu’auras-tu? ». « Si nous n’achetons plus, les commerces fermeront, ils vont licencier encore des gens », ajoute-t-elle. « Les gens doivent sortir dans la rue, plus s’il le faut, tout le temps qu’il faudra. » 

 « Non à la précarité »

Depuis la semaine dernière, répondant aux mots d’ordre des syndicats ou des « indignés », ou alertés par les réseaux sociaux, des Espagnols de tous horizons se rassemblent quotidiennement dans les rues, portant les t-shirts jaunes des fonctionnaires de la Justice, verts de l’Education ou les blouses blanches des infirmières. Les architectes, sous une banderole « Non à la précarité », les chercheurs, avec une pancarte « moins de science, plus de pauvreté », le monde du spectacle, promenant un mannequin noir pendu avec l’inscription « théâtre public exécuté » étaient au rendez-vous jeudi. Dans la foule encore, des policiers en chemises noires, des pompiers casqués, promenant la maquette géante d’un hélicoptère rouge sur un chariot. « Ils dévalorisent notre travail, qui est un travail dur. Nous devons descendre dans la rue. Pompiers, balayeurs, infirmiers, pour dire ‘assez’ », lance Manuel Amaro, un pompier de 38 ans. Après le défilé qui s’est dispersé dans le calme autour de la place de la Puerta del Sol, au coeur de Madrid, un petit groupe de jeunes manifestants s’est massé face à un cordon de policiers qui gardaient les abords du Parlement. Comme ils refusaient de s’éloigner, les policiers les ont repoussés à coups de matraques, tirant des balles en caoutchouc. Lançant quelques bouteilles ou canettes de bière, les manifestants se sont dispersés dans les rues alentour, allumant des feux de poubelles sur leur passage, se regroupant parfois pour défier encore les cordons de policiers. (AFP-20.07.2012.)

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« Plus de brioche? Qu’on leur donne du pain!»

Crise: risque de guerres civiles en Europe

*Par Charles Sannat- Charles Sannat est Directeur des Etudes Economiques du site AuCoffre.com. et rédige quotidiennement des articles sur l’actualité économique dans Le Contrarien Matin, journal gratuit accessible chaque jour sur le site LeContrarien.com

S’il est un sujet qui me tient à cœur, c’est celui de l’Europe. Il est difficile d’aborder ce thème sans tomber dans un européisme béat et stupide ou dans ce que la bien pensance dominante ne manque jamais de qualifier de « populisme », insulte suprême censée décrédibiliser celui ou celle ayant prononcé des propos considérés comme anti-européens.

C’est ce que disent certains médias, et encore très sobrement comme pour mieux en éloigner le danger et en nous rappelant très vite qu’il s’agit de tentations populistes de la part de peuples déboussolés. Heureusement quelques « zélites » éclairées sont là pour remettre tout ce petit monde dans le droit chemin de la construction européenne. Je n’aime pas cette terminologie beaucoup trop réductrice. Encore une fois, on peut souhaiter une autre Europe sans être pour autant « europhobe ».

Sur quoi repose cette remise en cause populaire de l’Europe?

Dans chaque pays européen ou presque, les gouvernements sont des partisans affichés des processus européens en cours. L’Europe que l’on nous construit, malgré une opposition des peuples clairement exprimée à plusieurs reprises et dans plusieurs pays via notamment des référendums, est une Europe qui est imposée, pas une Europe qui a été choisie. C’est une Europe libérale dans une Europe à la tradition sociale forte. C’est une Europe qui ne protège pas notamment avec les abandons des protections douanières (même si sur certains sujets on voit poindre quelques changements) donc une Europe qui favorise le chômage et la désindustrialisation.

 

C’est une Europe qui se mêle de sujets anodins ou agaçants pour les peuples comme la taille des noix que l’on doit manger. C’est une Europe des lobbys et de la corruption. C’est une Europe qui brade l’intérêt des peuples au profit de l’intérêt des financiers et des grandes multinationales. C’est une Europe qui taille dans ses programmes d’aides alimentaires. C’est une Europe qui n’aide plus les pays à se développer. C’est une Europe qui cesse le programme d’échange Erasmus pour les étudiants européens…

Et malgré tout cela, c’est une Europe qui s’étonne de la montée du sentiment « populiste ». Alors que nos européistes le sachent sans ambiguïté. Ce sentiment va continuer à progresser et à monter car c’est aussi l’Europe de l’austérité qui partout lamine les classes moyennes. C’est l’Europe du dumping fiscal où l’on aide un pays comme l’Irlande en faillite totale en le laissant continuer à avoir comme « business model » de faire payer le moins d’impôts possibles aux entreprises qui évidemment installent leurs sièges sociaux là-bas, font leur bénéfices partout, font de « l’optimisation » fiscale en volant tous les autres peuples. Les peuples d’Europe paient pour que l’Irlande ne fasse pas payer d’impôt aux entreprises… Absurde économiquement et politiquement.

Une Europe haïe, une Europe honnie !

L'un des visuels de la marche «indignée»

Nos « zélites » européistes peuvent créer une police de la pensée sur Internet en créant leur brigade de trolls plutôt que de donner à manger aux pauvres rien n’y fera. Ce sentiment anti-européen, puisque, c’est comme cela qu’ils veulent l’appeler pour « culpabiliser » (on n’a pas le droit d’être contre l’Europe sinon cela veut dire que l’on est pour la 2ème Guerre mondiale, je schématise, mais c’est l’idée implicite), va poursuivre sa montée. Que l’Europe affame les peuples et l’Europe sera détestée. Que l’Europe remplisse les gamelles et l’Europe sera aimée. Il est facile d’être populaire. Dites au peuple « ils n’ont pas de pain qu’ils mangent de la brioche » et cette simple phrase traverse les siècles. L’Europe est enfermée dans le syndrome Marie-Antoinette. Voilà la réalité de l’Europe perçue par les peuples.

On peut hurler. On peut aimer l’Europe, on peut se rouler par terre, on peut faire les incantations que l’on veut, rien n’y changera.

Or ce phénomène commence (enfin) à être perçu par les élites de Bruxelles qui ne souhaitent pas pour autant changer leur fusil d’épaule. On ne change pas une équipe qui perd. Les récentes déclarations de Jean-Claude Juncker, l’ancien Président de l’Eurogroupe et l’une des figures les plus respectées dans les cénacles européens, donnent un nouvel éclairage sur l’inquiétude qui monte dans les couloirs de Bruxelles.

L’Europe tentée par ses vieux démons nationalistes et guerriers

On apprend donc que Jean-Claude Juncker tire la sonnette d’alarme ! En effet, il s’inquiète des mouvements nationalistes qui enflent en Europe, et qui s’expriment notamment à l’occasion des élections en Italie et en Grèce… Dans une interview publiée par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, Jean-Claude Juncker évoque des « ressentiments nationaux que nous pensions disparus depuis la fin de la seconde guerre mondiale et se dit atterré d’avoir vu en Grèce des affiches brandies par des manifestants, associant la chancelière allemande Angela Merkel au régime nazi ».

C’est bien d’être atterré. Mais est-ce surprenant alors que les Grecs ne peuvent même plus se soigner, que les Grecs n’ont plus de travail, que les Grecs en sont réduits à faire les poubelles pour se nourrir, que la moitié des magasins d’Athènes a purement et simplement fermée, que la Grèce vit un enfer économique, un effondrement total de ses structures ? N’est-ce pas évident ? Oui je sais les grecs l’ont bien cherché ils n’avaient qu’à payer leurs impôts. Mais c’est beaucoup plus complexe que cela. Pour mettre la balle au centre, JC Juncker « regrette les critiques très violentes émises par certains hommes politiques allemands à l’encontre de la Grèce, qui ont causé des blessures profondes du côté d’Athènes. Quant à l’élection italienne, elle a fait ressortir pendant la campagne certaines positions excessivement hostiles à l’Allemagne et de ce fait anti-européennes ».

Et voilà comment, par un raccourci intellectuel malhonnête, on se retrouve europhobe et pour la guerre si l’on ose émettre la moindre critique à l’égard de la politique que l’Allemagne impose au reste de l’Europe. Mais là n’est pas le plus intéressant. Lisez plutôt la suite. « Quiconque pense que l’éternelle question de la guerre et la paix en Europe n’est plus de mise se trompe lourdement. Les démons ne sont pas partis, ils ne sont qu’endormis, comme l’ont démontré les guerres de Bosnie et du Kosovo. J’ai froid dans le dos en m’apercevant des similitudes entre l’Europe de 2013 et celle d’il y a 100 ans ». M. Juncker, qui a dirigé l’Eurogroupe, qui rassemble les ministres européens des Finances, de 2005 à janvier 2013, fait ainsi un parallèle avec la situation qui prévalait juste avant la guerre de 14-18. « En 1913, beaucoup pensaient qu’il n’y aurait plus de guerre en Europe. Les grandes puissances du continent étaient si étroitement liées entre elles sur le plan économique qu’elles estimaient ne plus pouvoir se permettre une confrontation militaire »…

Alors voilà encore une fois la seule incantation qu’il reste aux « zélites ». L’Europe c’est la paix, donc il n’y a pas d’autre alternative que cette Europe sinon vous aurez la guerre. Ou comment prendre les peuples pour des crétins. Ce qui est assez remarquable dans ce type d’argumentation, c’est de voir autant de grandes intelligences se tromper aussi grandement. Ils font fausse route et défendent particulièrement mal leur idée de l’Europe (qui n’est pas la mienne). Plus personne ne croit à la guerre en Europe. Nos anciens, ceux qui ont connu la Deuxième Guerre mondiale en tant qu’adulte sont presque tous partis. 90 % de la population européenne n’ont connu que la paix et … la prospérité.

Mon point de vue est que c’est l’austérité imposée par l’Europe qui mènera non pas à des guerres entre nations européennes, qui ne correspondent à rien dans notre monde, mais beaucoup plus prosaïquement à des quasi guerres civiles dans certains pays européens comme la France, la Belgique, les Pays-Bas, ou dans une moindre mesure l’Allemagne. Il ne faut pas se tromper sur les risques. Invoquer le risque de guerre entre deux pays comme l’Allemagne et la France par exemple est absurde.

Le risque de guerre civile enfin évoqué

Mais là où Jean-Claude Junker fait passer enfin un message subliminal essentiel c’est lorsqu’il évoque les guerres de Bosnie ou du Kosovo, qui sont par nature et par essence des guerres civiles. Alors non, Juncker ne va pas jusqu’à appeler un chat un chat… mais c’est déjà beaucoup pour être noté comme une déclaration assez exceptionnelle qui, hélas, n’est pas comprise pour ce qu’elle est volontairement ou par confort par et là je cite la dépêche « la plupart des observateurs estiment que M. Juncker a volontairement forcé le trait sur les comparaisons historiques lors de cet entretien, afin de faire prendre conscience à la classe politique européenne de la gravité de la crise économique que traverse actuellement l’Union européenne ». Alors messieurs les observateurs, Juncker n’a pas forcé le trait et on se fiche fondamentalement de la gravité de la crise. Ce qui est important c’est les conséquences de la crise économique.

Il ne faut pas se tromper. Cette crise ne fait pas penser à l’Europe de 1913 mais plutôt à celle de 1930 avant la montée très forte de nouveaux partis dont le parti nazi puisque les peuples avaient tout essayé sans que rien ne fonctionne ou ne change avec les partis traditionnels. A l’époque l’impact politique avait mené au plus grand conflit en Europe qui avait embrasé le monde entier. Cette fois, les risques sont à l’intérieur même de chaque nation d’Europe et c’est ce que vient de dire Jean-Claude Juncker.

Alors oui, désormais l’Europe est sur le sentier non pas de la guerre, mais des guerres. Reste à savoir si nous saurons éloigner ces périls par des politiques courageuses et en commençant surtout par poser les vrais constats pour pouvoir apporter les véritables réponses. Pour le moment, ce n’est pas le cas et nous ne pouvons que constater jour après jour cette lente dégradation qui nous conduit vers l’abîme sans que rien ni personne ne fasse quoi que ce soit. Comme le disait Albert Einstein « Le monde est dangereux à vivre ! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire. » Pour le moment nous laissons faire, mais il faut entendre les bruits sourds que font les peuples en souffrance. Les gamelles se vident et il n’y a pas plus grand danger. *jolpress-14.03.2013.

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 L’oligarchie en Europe, ça suffit !

**Ni démocratiques ni dictatoriaux, les pays européens sont en réalité des pays qui glissent vers un régime oligarchique, «un système d’organisation politique dans lequel un petit nombre de personnes concentrent et se partagent les pouvoirs économique, politique et médiatique.

**Si vous croyez que les pays européens sont des pays démocratiques parce que les élections y sont libres, la presse indépendante et qu’on ne jette pas les opposants en prison, lisez d’urgence L’oligarchie, ça suffit, vive la démocratie(1) le petit livre – accablant, effrayant – d’un journaliste essayiste, Hervé Kempf, qui, faits et chiffres à l’appui, nous démontre que ces pays ne sont que des «théâtres de marionnettes dont nombre de fils sont tirés en dehors de la vue du public». Ni démocratiques ni dictatoriaux, les pays européens et, ceux qui, hors d’Europe, fonctionnent selon leur modèle, sont en réalité des pays qui glissent vers un régime oligarchique, c’est-à-dire «un système d’organisation politique dans lequel un petit nombre de personnes concentrent et se partagent les pouvoirs économique, politique et médiatique et discutent entre eux des décisions à prendre pour la collectivité».

Se rencontrant régulièrement dans quelques clubs très sélectifs – la Trilatérale, le groupe Bilderberg, le Forum économique mondial, le Siècle – les oligarques appartiennent à la catégorie la plus fortunée de la population, qui elle-même se divise en «riches» – en France, 10% des citoyens, + de 7500 euros par mois pour un couple avec deux enfants —, «très riches» – I%, + de 17 600 euros par mois et par couple —, «hyper-riches» enfin, 0,1%, avec 142 500 euros mensuels par couple. C’est dans les deux dernières catégories (très riches, hyper-riches) que se recrutent les décideurs politiques – ministres, conseillers, députés, sénateurs, PDG des grandes entreprises publiques – qui naviguent entre les secteurs public et privé. Sortis des grandes écoles, ils commencent généralement leur carrière dans l’appareil d’Etat, la poursuivent à la direction d’une banque ou d’une grande entreprise, puis reprennent une fonction politique. Le va-et-vient est permanent et permet aux principaux centres de pouvoir d’agir de façon complémentaire : tel PDG, devenu ministre, mènera une politique qui favorisera le secteur d’où il vient ; tel autre où il envisage de siéger. Ces oligarques n’ont qu’un objectif : l’accroissement de leur pouvoir, de leur visibilité et de leur fortune.

«Toutes les descriptions des milieux financiers, écrit Hervé Kempf, décrivent une obsession : gagner, gagner toujours plus, pour dépasser les rivaux dans la course au prestige matériel.» Se moquant de l’intérêt général, ils n’ont qu’un souci : des revenus toujours plus élevés, dans une société où «l’argent est le principal signifiant de la réussite sociale».  N’hésitant pas à augmenter eux-mêmes leur salaire lorsqu’ils entrent en fonction, ils subissent dès le début les assauts des lobbyistes qui s’efforcent d’orienter leurs choix politiques. Les 15 000 lobbyistes établis à Bruxelles et qui «représentent 2600 groupes privés» influencent considérablement la législation. Souvent, ils rédigent eux-mêmes résolutions et projets de loi. Toutes n’ont qu’un but : servir les intérêts des dirigeants. C’est pourquoi, dans tous les pays européens, les décideurs privatisent les entreprises détenues par l’Etat, démantèlent le service public – fermeture d’hôpitaux, de bureaux de poste, de commissariats –, vendent ou louent des biens nationaux (on peut s’offrir le toit de l’Arc de triomphe pour y célébrer un mariage, organiser bals et festins), réduisent les budgets sociaux (enseignement, santé, justice…), bloquent les salaires, diminuent le montant des allocations familiales et baissent indirectement les pensions de retraite.

Obtenus autrefois à la suite de longues luttes ouvrières, tous les acquis sociaux sont progressivement bradés et de plus en plus de citoyens, faute de moyens, renoncent par exemple à consulter un médecin ou un avocat. Seuls les riches ont les moyens de se soigner et d’offrir à leurs enfants la possibilité de fréquenter l’université. La reproduction des castes dirigeantes est ainsi assurée et d’autant plus paisiblement qu’à dose homéopathique, quelques jeunes des classes «défavorisés» sont admis à l’ENA ou à Sciences-po. Ce qui, en donnant aux autres de faux espoirs, évite qu’ils ne s’insurgent et confère au pouvoir un air de démocratie.

Beaucoup de citoyens ne sont pas dupes et si leur passivité est stupéfiante, elle s’explique aisément. Car tout est fait pour les rendre amorphes : lorsqu’on passe en moyenne 4 heures par jour devant une télévision qui endort tout esprit critique, lorsqu’on absorbe, entre deux émissions stupides, message publicitaire sur message publicitaire, lorsque l’attention ne s’éveille qu’à la diffusion d’un match, lorsqu’on est dépourvu, car l’école n’en donne pas, de tout outillage intellectuel pour décrypter valablement ce qu’on voit et entend, le cerveau est dans un état tel qu’abruti ou hypnotisé, on n’a plus les moyens de réagir.

D’où ce désintérêt quasi général pour la «politique», la résignation («tous pourris !»), le repli sur soi et l’attente du prochain loto. Par crainte, malgré tout, qu’un jour le peuple ne se réveille, «l’oligarchie, estime Hervé Kempf, prépare un régime d’exception. Une bonne moitié du programme présidentiel de Jean-Marie Le Pen est depuis passée au Journal officiel». Le reste de ce programme s’y inscrira bientôt si, mal logés, mal soignés, mal payés ou sans travail, les damnés de la Terre n’ont plus la force de se lever. 
- 1) Hervé Kempf, L’oligarchie, ça suffit, vive la démocratie (essai, collection Points -
Le Seuil, 2011 et 2013)

*Par: Maurice Tarik Maschino-El Watan-25.04.2013.

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10 réponses à “Une explosion sociale menace l’Europe”

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