Nadia Ferroukhi, photographe

Nadia Ferroukhi, photographe 20090928PHOWWW00171

Cette photographe de 38 ans parcourt le monde sur les traces des sociétés matriarcales. En attendant d’emmener son fils avec elle sur les routes de l’Afrique, de l’Inde ou de la Chine, elle expose une partie de son travail à Photoquai, dans le cadre de la 2e Biennale des images du monde, au musée du quai Branly.

La main sur son ventre rond, Nadia Ferroukhi promet à son futur enfant qu’il verra du pays. « Dès ses 2 ans, je l’emmène en Afrique », annonce-t-elle, déterminée, une lueur d’impatience au fond de ses yeux gris. C’est que Nadia a érigé la bougeotte en principe de vie. Née à Paris, elle n’a que 6 mois quand son père, un diplomate algérien, décide de rentrer à Alger. Six ans plus tard, c’est en Autriche que la famille pose ses bagages. Mais à 13 ans, Nadia va devoir passer de l’école en allemand au collège en anglais : les Ferroukhi déménagent à Washington.

« Je me souviens de mon premier appareil, un Nikon que mes parents m’avaient offert. J’avais 15 ans. » Elle passe des heures à regarder faire son grand-père, professeur de maths et photographe amateur. Elle est fascinée par l’image. À 23 ans, après des études de relations internationales aux États-Unis, elle prend l’avion pour Paris, la ville natale et fantasmée. La mentalité hexagonale la déçoit, mais elle s’y installe.
Après un an à la Sorbonne, Nadia décroche un poste à l’Unesco, mais ne tient pas en place. Elle rêve d’humanitaire, se cherche, fait un peu de théâtre : « C’était aussi une manière de vaincre ma timidité. Petite, je faisais des spectacles, grimée en Marilyn, mais c’est devenu beaucoup moins facile pour moi par la suite. Aujourd’hui encore, parler devant un public me terrorise. »

C’est lors de vacances au Yémen qu’elle comprend que la photographie doit remplir sa vie à plein temps. Elle s’essaie d’abord au monde de la mode, mais sa créativité fond sous les projecteurs comme neige au soleil. De prises en vue en développements, elle se rend compte que sa sève à elle, c’est l’autre. Plus encore quand il est loin et méconnu : « Mon plus grand bonheur, c’est d’être à l’étranger, dans un endroit où je n’ai aucun repère, et de découvrir. » Alors, elle se lance. Des enfants du Guatemala aux rues de Calcutta, des cases du Mali aux regards des jeunes Algériens tournés, plein de rêves aigres, vers l’Europe, elle publie : Géo, Le Figaro, Le Monde, Courrier international. Elle expose, aussi. À Vienne, Bamako, Paris, Barcelone, Alger.

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Il y a deux ans, Nadia débute un travail sur les sociétés matriarcales dans le monde : « J’avais envie de valoriser ces femmes fortes. Elles n’ont pas simplement le pouvoir dans la cuisine ou la charge de l’éducation des enfants : ce sont elles qui dictent les règles du groupe. »
Elle braque d’abord son objectif sur Tumai, un village kenyan à 300 km de Nairobi. Fondé en 2001, composé d’une soixantaine de femmes et interdit aux hommes, il est basé sur une démocratie participative et l’excision y est bannie. Un refuge solidaire pour se protéger de la violence des pères, des maris ou des soldats, que la plupart ont subie. Une rencontre si forte pour Nadia qu’elle décide à son retour de monter une association, Douniatou, pour les soutenir. Le produit de la vente des photos de deux expositions a été envoyé au Kenya : « Grâce à cet argent, elles ont acheté deux vaches, quelques chèvres et ont pu scolariser un enfant. »

Après le Kenya, Nadia met le cap sur la Chine, chez les Mosuo, une ethnie millénaire du Yunnan. Puis, elle pose son matériel en Inde, dans des tribus de l’État du Meghalaya, où ce sont les femmes qui transmettent leur nom et leur patrimoine aux enfants. « Quand j’aurai bouclé mon périple, j’aimerais monter une exposition et éditer un beau livre avec l’ensemble des matriarcats représentés. » Dans son carnet de route, Nadia a aussi prévu l’Europe de l’Est, l’Indonésie et, dès le mois de mai, le Mexique, chez une tribu descendante des Mayas : « J’ai déjà prévenu mon fils que j’allais repartir ! » Pour le moment, le petit peut se rassurer : Nadia expose jusqu’au 22 novembre dans le cadre de Photoquai, sur les bords de la Seine. Elle y présente neuf diptyques France-Algérie, réalisés entre la Cité radieuse de Le Corbusier, à Marseille, et l’Aéro-habitat d’Alger.

Cette sensibilité, Nadia dit la tenir de sa mère. « Pour moi, les femmes regardent le monde avec un grand angle. Leur champ de vision est plus large que celui des hommes. » Elle avoue pourtant préférer attendre un garçon qu’une fille : « En tant que future maman, un garçon me semble moins compliqué. » Vœu réussi, puisque le petit Nil est né peu de temps après notre rencontre. Un prénom en forme d’appel vers l’ailleurs et l’Afrique, déjà. Avec un papa lui aussi photographe, ses premiers jouets risquent de tourner autour de l’image. Effectivement : « Dès qu’on le peut, on lui achète des appareils en plastique ! »

Retrouvez la galerie photo de Nadia Ferroukhi sur son site : www.nadia-ferroukhi.com

Pour soutenir l’association Douniatou, contactez Nadia Ferroukhi : nadia@nadia-ferroukhi.com

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Questions sur le pouce

Votre rêve d’enfance ?
Être actrice, puis travailler dans l’humanitaire.

Votre moteur au jour le jour ?
Maintenant, mon bébé.

Vos plus grandes désillusions ?
La méchanceté facile, les gens égoïstes, le mépris.

Vos héros ?
Egon Schiele, Frida Kahlo, le Che, les révolutionnaires et les humanitaires.

Vos antihéros ?
Les gens qui gagnent trop d’argent facilement.

Vos moyens de vous évader ?
Les voyages et la photo.

Votre endroit préféré ?
Quand mes pieds sont posés sur la terre rouge d’Afrique.

Votre souhait le plus fou ?
Le bonheur de mon fils.

*(Le Figaro-29.09.09.)

41 réponses à “Nadia Ferroukhi, photographe”

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  1. 10 05 2017
    movers and packers (06:05:56) :

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