Syrie:Questions douloureuses

**Opération terroriste appuyée par les États-Unis:

  Tuer des civils innocents pour justifier une guerre humanitaire

*par Michel Chossudovsky….Mondialisation.ca, Le 30 mai 2012

La doctrine militaire américaine envisage le rôle central “d’évènements produisant un nombre important de victimes” et dans lesquels des civils innocents sont tués.

Les meurtres sont perpétrés de manière délibérée comme partie intégrante d’opérations secrètes.

L’objectif est de justifier un agenda militaire sur une base humanitaire. Cette doctrine date de 1962 avec l’opération Northwoods.

Dans un plan secret du pentagone datant de 1962 appelé l’opération Northwoods, des civils cubains de la communauté de Miami (Floride) devaient être tués dans une opération secrète. Le but était de déclancher une “vague d’indignation utile dans la presse américaine”. Les assassinats auraient été blâmés sur le gouvernement cubain de Fidel Castro.

L’objectif de ce sinistre plan, que le ministre de la défense Robert McNamara et le président J.F. Kennedy, refusèrent de mettre en action, était de gagner le soutien de l’opinion publique pour une guerre contre Cuba: “Au début des années 1960, les chefs militaires des Etats-Unis dressèrent des plans pour tuer des personnes innocentes et pour commettre des actes terroristes dans des villes états-uniennes, ce afin de créer un soutien public pour une guerre contre Cuba. Sous le nom de code d’Opération Northwoods, les plans incluaient les assassinats possibles d’émigrés cubains, le coulage des bateaux de réfugiés cubains en haute mer, le détournement d’avions, l’explosion d’un navire américain et même l’orchestration d’attentats terroristes dans des villes américaines.

Ces plans furent développés afin de tromper le public américain et la communauté internationale afin qu’ils supportent une guerre qui mettrait fin au pouvoir du nouveau leader de Cuba, le communiste Fidel Castro. Les pontes de l’armée américaine avaient même contemplé causer des pertes dans les rangs de l’armée américaine en écrivant: “Nous pourrions faire exploser un navire de guerre dans la baie de Guantanamo et blâmer Cuba” et “les listes des victimes dans les journaux américains causeraient immanquablement une vague d’indignation très utile.”

… Les documents montrent “que le chef d’état-major fît et approuva des plans qui sans aucun doute furent les plus corrompus jamais créés par le gouvernement des Etats-Unis”, écrit Bamford. (U.S. Military Wanted to Provoke War With Cuba – ABC News Ce document secret du pentagone a été déclassifié et peut-être consulté (See Operation Northwoods, See also National Security Archive, 30 April 2001)

Le document de l’Opération Northwoods de 1962 avait pour titre: “Justification pour une intervention militaire à Cuba”. “Le memorandum secret décrit les plans des Etats-Unis pour créer secrètement des excuses variées qui justifieraient une invasion de Cuba. Ces propositions, parties d’un programme secret anti-Castro appelé Opération Mangouste, incluaient les assassinats de Cubains vivant aux Etats-Unis, développant ainsi une fausse “campagne de terreur communiste cubaine dans la région de Miami, dans d’autres villes de Floride et à Washington”, ceci incluait également “de couler des bateaux de réfugiés cubains (réellement ou de manière simulée)”, imiter une attaque des forces aériennes cubains contre un avion de ligne civil et concocter un incident “souvenez-vous du Maine” en faisant sauter un vaisseau américain dans les eaux territoriales cubaines et ensuite blâmer l’incident sur un sabotage cubain. Bamford écrit lui-même que l’opération Northwoods “est probablement le plan le plus pourri jamais créé par le gouvernement américain.”

(http://www.gwu.edu/~nsarchiv/news/20010430/doc1.pdf, c’est l’auteur qui souligne)

Avancée dans le temps, Cuba 1962, Syria 2012…

Alors que la réalisation pratique de l’opération Northwoods fut mise au placard, sa base fondamentale d’utiliser les décès de civils comme prétexte à une intervention (sur des bases humanitaires), a été appliquée à plusieurs reprises. La question fondamentale: L’assassinat de Mai 2012 des civils du village de Houla était-il partie intégrante d’une opération secrète, ayant pour intention de battre les tambours du soutien public pour une guerre contre la Syrie ?

Les morts sont blâmées sur le gouvernement Al-Assad avec “la liste des victimes publiée dans les journaux américains provoquant une vague d’indignation utile”. Dans le même temps, plusieurs pays européens ainsi que le Canada et l’Australie ont coupé leurs relations diplomatiques avec la Syrie.

Le massacre de Houla était-il partie intégrante d’une sinistre opération secrète portant les empreintes digitales de l’opération Northwoods ? Il n’y a absolument aucune preuve que le gouvernement syrien soit derrière ces meurtres. Il y a des indices ainsi que des preuves documentées que depuis le début de l’insurrection en Mars 2011, des terroristes soutenus par des puissances étrangères ont été impliqués dans les assassinats de civils innocents. Des sources du renseignement israélien d’Août 2011 confirment un processus organisé de recrutement de combattants terroristes par l’OTAN: Le QG de l’OTAN à Bruxelles et le haut commandement turc sont en train de faire des plans pour leurs premiers pas militaires en Syrie, qui est d’armer les rebelles avec des armes pour combattre les tanks et les hélicoptères. Nos sources nous rapportent qu’est également discutée à Bruxelles et Ankara, une campagne de recrutement de milliers de volontaires musulmans des pays du Moyen-Orient et du monde musulman pour aller se battre aux côtés des rebelles syriens. L’armée turque hébergerait ces volontaires, les entraînerait et assurerait leur passage en Syrie. (Ibid, c’est l’auteur qui souligne)

DEBKAfile, NATO to give rebels anti-tank weapons, August 14, 2011)

Article original en anglais :
SYRIA: Killing Innocent Civilians as part of a US Covert Op. Mobilizing Public Support for a R2P War against Syria
Traduction : Résistance 71   Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur émérite de sciences économiques à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en plus de 20 langues).

Syrie:Questions douloureuses dans actualité carte_syrie-thumb

**Propagande guerrière de l’OTANLe coup d’Houla en Syrie le prouve : les vieilles combines sont les meilleures

*par Tony Cartalucci …Mondialisation.ca, Le 01 juin 2012

Alors que les informations nous arrivent en provenance d’Houla en Syrie, tout près de Homs et de la frontière avec le Liban, il est de plus en plus évident que le gouvernement syrien n’est pas responsable des tirs d’artillerie qui ont tué 32 enfants et leurs parents, comme le clament haut et fort les médias occidentaux et jusqu’à l’ONU elle-même. Tout semble indiquer au contraire que c’est l’oeuvre d’escadrons de la mort opérant en combats rapprochés – ces escadrons étant accusés par les « activistes » anti-gouvernementaux d’être des « sbires du régime [d’Assad] » ou des « milices », et par le gouvernement syrien d’entre des terroristes d’al-Qaïda liés à des espions étrangers. Au moment où l’on rapportait ces meurtres, les représentants des gouvernements américain, britannique et français se préparaient déjà à accuser, à condamner, et à demander des sanctions contre le gouvernement syrien, appelant à une réunion immédiate du Conseil de Sécurité de l’ONU, et à l’établissement d’un cadre de soutien aux « Amis de la Syrie » au moyen de livraison d’armes et d’aide aux militants. Il était urgent pour l’Occident, que ce soit par opportunité ou de façon délibérée, de faire avancer son vieux projet de renversement du régime d’Assad.

Pendant ce temps, l’OTAN massacrait une famille de 8 personnes, dont 6 enfants en Afghanistan. Et donc, si l’on affirme que ce sont l’aide humanitaire et la justice qui guident les intérêts étrangers, alors l’Afghanistan devrait être mis sur le même plan qu’Houla. Malheureusement, ce n’est pas le cas.

C’est avec cette même hâte à attirer l’attention et à déformer la violence en l’amplifiant au maximum que la BBC a été amenée à diffuser la photo d’un massacre en Irak vieille de plusieurs années, expliquant comme pour l’ensemble de leurs « preuves » qu’elle provenait des « activistes pro-démocratiques », arguant encore une fois de la véracité de ces affirmations qui nous arrivent en permanence depuis un an de ces sources [pourtant] plus que douteuses. Nous savons bien qu’en général, après n’importe quel crime commis dans une nation occidentale, la police ne parvient pas à examiner la scène de crime et à dresser des conclusions aussi rapidement que cela, à moins qu’elle ne soit dans le coup et ne connaisse déjà les détails du crime simplement du fait qu’elle y est elle-même impliquée. Il est tout aussi clair que ce qui s’est passé à Houla, quelle qu’en soit la nature, a été utilisé délibérément comme un levier pour faire avancer un peu plus les objectifs cachés des Occidentaux, que Seymour Hersh avait très bien expliqués dans son article de 2007 paru dans le New Yorker « The Redirection », où il décrivait un complot « américano-israélo-saoudien » visant à armer des extrémistes brutaux et sectaires, et à les « lâcher » contre la Syrie. En fait, dans son article, Hersh interrogeait plusieurs personnes qui toutes s’inquiétaient du caractère inévitable de la violence que nous constatons aujourd’hui à Houla. Bien que certains aient peine à croire que l’Occident puisse organiser, promouvoir et exploiter les actes violents commis à Houla, la vraie question à se poser est : « Existe-t-il des précédents historiques qui pourraient nous fournir un éclairage suffisant et répondre aux questions en « si » et en « pourquoi » ? » En fait, de tels précédents existent bel et bien.

Il faut se rappeler de l’été 1939, lorsque les nazis, cherchant à tout prix à se faire passer pour les pauvres victimes et à justifier leur agression militaire, organisèrent un incident de frontière et en attribuèrent la faute au voisin polonais. Il en est ressorti que des troupes allemandes avaient attaqué une station de radio allemande, et tout cela s’est terminé par l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie. L’ironie veut que ce soit le musée du Mémorial de l’holocauste aux États-Unis qui non seulement nous relate ces événements, mais l’assortit d’une véritable leçon sur comment « tromper le peuple » : Tout au long de la Seconde Guerre mondiale, les propagandistes nazis ont fait passer leurs agressions militaires destinées à la conquête de territoires, pour des actes justes et nécessaires de légitime défense. Ils ont décrit l’Allemagne comme une victime effective ou potentielle d’agresseurs étrangers, comme une nation attachée à la paix, mais obligée de prendre les armes pour protéger sa population et défendre la civilisation européenne contre le Communisme. Les objectifs de la guerre affichés pratiquement à chaque étape des hostilités camouflaient presque systématiquement les véritables intentions d’expansion territoriales nazies et leurs luttes raciales.

Durant l’été 1939, alors qu’Hitler et ses assistants finalisaient les plans d’invasion de la Pologne, le peuple allemand était en proie à la tension et à la peur. Les Allemands étaient encouragés par la récente extension des frontières de leur pays [qui englobait désormais] les voisins autrichiens et tchécoslovaques, et ce, sans avoir eu à tirer un seul coup de feu. Mais pour autant, ils ne manifestaient pas dans les rues en appelant à la guerre comme l’avait fait la génération de 1914. Avant que l’Allemagne n’attaque la Pologne le 1er septembre 1939, le régime nazi avait lancé une campagne médiatique extrêmement agressive destinée à s’assurer le soutien du peuple pour une guerre que peu d’Allemands désiraient. Pour pouvoir présenter l’invasion comme moralement justifiée, et comme une action défensive, la presse allemande s’employa à rapporter les « atrocités commises par les Polonais », se référant à des cas de violences physiques ou de discrimination réels ou inventés, touchant des Allemands résidant en Pologne. Déplorant l’esprit « belliqueux » et le « chauvinisme » polonais, la presse s’attaqua également aux Britanniques, leur reprochant d’encourager la guerre en promettant de défendre la Pologne dans le cas d’une invasion allemande. Le régime nazi organisa même un incident de frontière destiné à faire comme si la Pologne avait entamé les hostilités contre l’Allemagne. Le 31 août 1939, des soldats SS déguisés en Polonais attaquèrent une station radio allemande à Gleiwitz. Le lendemain, Hitler annonçait à la nation allemande et au monde sa décision d’envoyer des troupes en Pologne en réponse aux « incursions » polonaises à l’intérieur du Reich. Le service de presse du parti nazi du Reich demanda aux médias d’éviter le terme de « guerre mondiale ». Ils devaient seulement dire que les troupes allemandes avaient simplement repoussé les attaques polonaises, une tactique destinée à présenter l’Allemagne comme la victime de l’agression. La responsabilité de déclarer la guerre était laissée aux Britanniques et au Français.

Nous qui en Occident, après les terribles pertes de la Seconde Guerre mondiale, avions juré que des actes d’agression caractérisée ne seraient plus jamais tolérés, nous avons permis aux pouvoirs de Wall Street et de Londres et de tous ceux qui orbitent autour, de tracer leur chemin d’une conquête militaire à l’autre, de l’Afghanistan à l’Irak, en passant par la Libye, le Yémen, la Somalie et maintenant, la Syrie. Nous sommes au bord du conflit avec l’Iran, et exactement comme l’avait fait l’Allemagne nazie, ceux qui nous y emmènent utilisent un mélange de menaces, de terreur, de promesses et d’excuses indéfendables, pour encore une fois franchir les frontières d’une nation souveraine, déclencher une guerre contre son peuple et lui imposer notre système et nos institutions que nous déclarons « supérieures ».

WesleyClarke-thumb(2) dans actualitéDepuis les années 1990, selon le Général US Wesley Clark, l’Occident s’est lancé dans la conquête de l’ensemble du Moyen-Orient à travers l’installation de régimes « partenaires ». Depuis 2002, l’Occident a cherché à renverser le gouvernement syrien. Et de façon évidente, depuis 2007, l’Occident conspire contre la Syrie. Bien des années avant que le terme de « Printemps arabe» ne soit utilisé par les médias occidentaux, la violence qui ravage actuellement la Syrie était déjà planifiée, les militants étaient armés, financés et organisés. Le désir de l’Occident d’intervenir en Syrie aujourd’hui ne doit rien à la volonté de sauver le peuple syrien de la violence que l’Occident a lui-même fomentée, mais bien à la volonté d’utiliser cette violence pour s’étendre, exactement comme Hitler l’avait fait, à travers des conquêtes militaires. Si l’ONU commet l’erreur dramatique de permettre aux forces du fascisme global, si mal déguisées en « défenseurs de la civilisation » de gagner en Syrie, ne tombez pas dans le même panneau que les Allemands [en 1939], ne croyez pas que cela soit justifié. Houla, tout comme Gleiwitz est un prétexte indéfendable, et non un impératif moral. L’Allemagne a finalement payé très cher ses transgressions continuelles contre l’humanité avec des millions de morts, des décennies d’opportunités perdues, une division du pays et son occupation après avoir été battue, et l’obligation de devoir porter à jamais ce lourd passé. Quelle récompense osons-nous attendre aujourd’hui de l’ignorance et de l’apathie ?

Tony Cartalucci
landdestroyer.blogspot.com

Article original en anglais :
NATO’S « MEDIA WARFARE »: Syrian Government Blamed for Atrocities Committed by US Sponsored Deaths Squads, Houla, Syria Stunt Proves: Old Tricks are the Best Tricks, publié le 28 mai 2012.  Traduction GV pour ReopenNews

Tony Cartalucci est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.

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**c’est la sauvagerie des gangs armés, l’horreur des mutilations, des découpages de cadavres auxquels ils se livrent ….

Les tueurs racontent, comme on conte une histoire banale, qu’ils violent les femmes avant de les tuer, et filment ces horreurs pour les diffuser ensuite sur la chaine Al-Jazeera.

**Questions douloureuses

Les Syriens comprennent que la destruction de l’infrastructure, le pillage des hôpitaux, l’incendie des usines, des écoles, et des établissements publics, l’explosion des pipelines, et des pylônes électriques, tendent, à l’instar des sanctions économiques arabes et occidentales, à rendre leur vie plus pénible !

Nadia_Khost_logo_2par Nadia Khost…Dr Nadia Khost, romancière syrienne, réside à Damas. Elle est l’auteur de nombreux ouvrages, d’essais, et de nouvelles portant sur l’histoire, l’architecture, la conservation et la protection du patrimoine de la Civilisation Arabe.

Les Syriens  comprennent que l’appui politique, financier et militaire apporté aux gangs armés par les pays du Golfe et occidentaux, extirpe les miséreux de leur misère sociale (en donnant de l’argent et des armes). Et donne libre cours aux spéculations que les lois, et la suprématie de l’État, réfrènent.

C’est ainsi qu’apparaissent des gangs qui kidnappent et demandent des rançons ; et des spéculateurs commerçants peu scrupuleux qui font grimper les prix !

Les Syriens comprennent tout cela. Car le projet politique impérialiste sioniste est de déstructurer la société et de démanteler le pays en émirats confessionnels, pour qu’Israël devienne la seule force dans ce qui est une région stratégique.

Mais ce que n’arrivent pas à comprendre les Syriens, c’est la sauvagerie des gangs armés, l’horreur des mutilations, des découpages de cadavres auxquels ils se livrent : un jeune homme attaché à une voiture et traîné dans la banlieue de Damas, jusqu’à la mort ; une jeune fille pendue pour avoir témoigné à la télévision en disant que les gangs tuent des innocents ; des chambres de torture munies de crochets comme ceux qu’utilisent les bouchers pour accrocher les moutons égorgés ; des bourreaux inscrivant sur les murs « la brigade libyenne Khaled Bin el Walid est passée par là ! » Une famille entière égorgée, à l’exception des deux petits derniers qui, de leur cachette, ont assisté au carnage ; ces deux petits orphelins ont raconté en pleurant que les hommes armés ont brûlé les cadavres de leurs parents.

Les tueurs racontent, comme on conte une histoire banale, qu’ils violent les femmes avant de les tuer, et filment ces horreurs pour les diffuser ensuite sur la chaine Al-Jazeera.

Ces scènes sanglantes, étalées devant nos yeux par centaines, suscitent des questions brûlantes

Comment ces sauvages sont-ils soudainement apparus dans la société syrienne qui a été élevée dans la bonté et les mots d’amour des poèmes de Nizar Qabbani ? Comment n’avons nous pas vu le Wahhabisme sauvage arriver et prendre la place de la bonté de et la miséricorde ?

Pourquoi avons-nous imaginé que les escadrons de la mort – qui ont sévi en Amérique Latine et en Algérie – faisaient partie d’une époque révolue ?

Mais les vrais criminels ne sont-ils pas ces politiciens occidentaux qui qualifient ces gangs de « révolutionnaires », et les soutiennent publiquement avec leur réseau de communication (Clinton) ; ou concoctent des réunions au Conseil de sécurité sous l’article 7, (Juppé) ; ou leur offrent des sanctuaires aux frontières et l’appui des services français, états-uniens, britanniques et israéliens. Les régimes despotiques du Golfe qui financent les gangs et achètent les armes ne sont-ils pas responsables ?

Les médias occidentaux qui passent sous silence les témoignages des blessés rescapés des carnages et le rapport des observateurs arabes, ces médias qui participent au mensonge dans la guerre d’invasion sioniste contre le peuple syrien, ne sont-ils pas eux aussi responsables ?

Le 28 avril, l’armée libanaise a arrêté un navire chargé de 140 tonnes d’armes, en provenance de Libye et à destination de groupes armés syriens. Le navire a navigué sous le regard de la FINUL et des Israéliens dans une zone sous protection occidentale et internationale. Cette violation du plan de Kofi Annan a-t-elle été condamnée ? Et cette intervention de la Libye exportant des armes à destination des gangs d’Al-Qaida a-t-elle été condamnée ?

Le 27 avril encore, un terroriste s’est fait exploser à la sortie des fidèles de la mosquée dans le quartier Midane, à Damas. Al-Qaida a revendiqué l’attentat. Dans la même semaine, deux terroristes se sont fait exploser à Idleb, détruisant des immeubles d’habitation. Les gangs ont kidnappé onze chercheurs scientifiques et ont tué un médecin ; ils ont attaqué aux roquettes RPG la banque centrale syrienne et assassiné un candidat aux élections parlementaires à Idleb ; puis un autre à Deraa. Est-ce que les dirigeants occidentaux, ou leurs médias, ont condamné les attaques visant des habitations et une institution civile économique, des compétences scientifiques et des candidats aux élections législatives ?

En méditant sur la destruction de Homs, on découvre les traces d’une vraie guerre. On découvre que le quartier de Baba Amr, l’émirat islamique que Bernard-Henri Lévy a présenté comme le berceau de la révolution, est en fait un bastion de gangs, avec des prisons, des centres de torture et de terreur et, le long des rues que les gangs avaient conquises, des barricades militaires, des maisons vidées de leurs habitants et dont les murs intérieurs ont été démolis par les gangs pour faciliter leur passage d’un appartement à l’autre.

En dépit de cela, les médias menteurs, et les dirigeants impérialistes, qualifient les criminels de « révolutionnaires » et d’« armée libre » ! Aux Nations Unies on n’évoque jamais Israël, qui a commis les massacres de Qana, de Jenin et de Gaza, et qui emprisonne des milliers de Palestiniens, mais on évoque la Syrie qui soutient la résistance arabe à Israël. La « communauté internationale » est furieuse de n’avoir pas réussi à rééditer le drame libyen en Syrie ; elle se rabat sur les charges explosives, les voitures piégées et les assassinats quotidiens.

Sur le plan local, la Syrie doit faire face au poids infligé par la destruction des infrastructures et les séquelles de l’embargo économique. Les communes recensent les dégâts subis pour dédommager les habitants. Mais peut-on évaluer les dégâts que représentent des milliers d’orphelins, de veuves, et de mutilés ? Comment mesurer la douleur de notre âme dans une société connue pour son tact et sa gentillesse, son raffinement et son dégoût de la brutalité ? Traditionnellement basée sur la miséricorde, elle a été surprise par la sauvagerie wahhabite.

Une question nous assaille : comment avons-nous pu partager avec ces sauvages notre air et notre eau ? Et comment la vigilance des services officiels, et des partis ne les a-t-elle pas détectés ? Ces questions ensanglanteront nos cœurs pour longtemps…

Il y a une autre douleur. Une douleur politique.

De Syrie, depuis la seconde moitié du siècle dernier, un chant : « Pays arabes, ma patrie » s’est répandu dans les pays arabes. La Syrie a inspiré les résistants arabes. La Syrie a loyalement honoré ses devoirs liés à sa position géopolitique : elle a accueilli un demi-million de réfugiés palestiniens qu’Israël a chassés. Un million et demi d’Irakiens s’y sont réfugiés lors de l’invasion états-unienne. Et des milliers de Libanais s’y sont réfugiés lors de l’invasion israélienne au Liban (en 2006). La Syrie leur a accordé les mêmes droits au travail, à l’assurance maladie, à l’éducation et au logement qu’à ses propres citoyens. Et voici que des institutions officielles arabes conspirent avec Israël et les États-Unis contre la Syrie ; que des bandes arabes et islamistes armées s’infiltrent depuis les pays arabes voisins et se livrent au meurtre des Syriens. Et que la Ligue Arabe est utilisée pour réaliser le projet occidentalo-sioniste en Syrie !

Le néo-libéralisme

Les crises arrivent lorsque les relations économiques et sociales heurtent les besoins et les aspirations humaines et nécessitent alors d’être changées. Après la chute de l’Union Soviétique, une période historique mondiale étant révolue, les Syriens ont compris qu’ils perdaient un appui important. Et les changements politiques et économiques sont apparus comme une évidence. Malgré cela, la Syrie a su garder ses acquis culturels et économiques : le secteur public, et le rôle de l’État dans le commerce extérieur et la planification économique, la culture pour tous, la gratuité de l’enseignement, les magasins d’État, le soutien des produits de base, la place des syndicats ouvriers et agricoles dans les décisions économiques et politiques. Le plan de « sécurité alimentaire » a été maintenu, et des millions d’oliviers ont été plantés dans le nord. La Syrie a sagement traversé la période de l’effondrement du bloc socialiste, et n’a pas rejoint le marché capitaliste occidental.

Mais la corruption a gagné le secteur public. Et il a paru à la classe compradore locale et à l’Occident, qu’ils pouvaient changer la structure économique syrienne et la politique extérieure syrienne. Les pays européens ont fait croire à la Syrie qu’ils étaient prêts à participer à la modernisation de son économie et de sa structure administrative. Nous avons alors vécu une période dite « d’expansion européenne ». Un institut pour former des administrateurs à diriger nos institutions à la manière occidentale a été créé, et un projet incluant la Syrie dans le marché commun européen a été préparé. Et Madame Ashton, qui aujourd’hui menace la Syrie, était alors souriante et satisfaite de sa visite à Damas.

La « fetoue » [1] a été supprimée, qui sous-entendait une militarisation des élèves ; et sont apparues les ONG. Le secteur public a été prié de s’en aller.

La classe ascendante ne s’est pas souvenue du projet de Khaled El Azem, représentant de la bourgeoisie nationale dans les années cinquante du siècle dernier, d’instaurer un immense secteur public avec l’aide de l’URSS. Et les médias syriens ont ignoré, lors de sa visite en Syrie en août 2006, le discours d’Hugo Chavez sur la nationalisation des grandes sociétés. [2]

Les relations politiques et économiques ne convenaient plus à la classe compradore influente politiquement et issue de la corruption. Les réformes étaient devenues une nécessité, mais dans quel sens ? Et dirigées par qui ? La réforme de l’enseignement dans le sens de la dynamisation des universités et des écoles ? Ou la création d’universités et d’écoles privées enseignant en anglais ? Épurer le secteur public des corrompus et de l’engluement administratif, ou céder ? Au secteur privé le rôle de l’État dans la gestion économique, et la suppression du soutien des produits de base ?

Dans les réunions hebdomadaires du mardi économique, les économistes ont critiqué la libéralisation de l’économie, le délaissement du secteur public, et la prépondérance accordée aux services et au tourisme sur la production agricole et industrielle. Le ministre du tourisme, qui représentait alors le néo-libéralisme, avait même planifié l’exploitation des lieux archéologiques, et avait exproprié les vergers de l’entrée historique de Damas ; pour réaliser des projets hôteliers internationaux, il avait aussi mis la main sur le littoral syrien. Le gouverneur de Homs avait, lui, planifié la construction de terrains de golf, d’une cité diplomatique, et de gratte-ciels Qataris, comme s’il préparait Homs à devenir un émirat indépendant, ignorant tout évidemment des tunnels creusés sous terre préparant l’arrivée des bandes armées ! Il ne lui a pas été demandé des comptes pour avoir construit une place inspirée de la place de l’holocauste à Berlin.

Les syndicats ouvriers s’étaient à l’époque opposés à ce courant. Ils se sont notamment opposés à la location des ports de Tartous et de Lattaquié à des sociétés étrangères. Au cours de cette période, l’homme d’affaires a pris le pas sur l’intellectuel, et les « libéraux » ont transformé l’économie de production agricole et industrielle en économie immobilière touristique. La culture de l’exploitation a envahi la vie publique. Les rues se sont couvertes de panneaux publicitaires faisant la promotion de marques de voitures ou de marques de vêtements importés. Les devantures des magasins ont vu fleurir les présentations en lettres latines ; et les T-shirts aussi, alors même que les lettres arabes se prêtent mieux à la calligraphie. La pauvreté s’est répandue, la classe moyenne s’est effondrée. Les dirigeants politiques n’ont pas remarqué – car ils ne se déplacent qu’en voiture – que la zone de départ des transports vers la banlieue dévoilait une pauvreté sans précédent en Syrie. Et que l’extérieur pouvait tirer profit de cette paupérisation et du ras-le-bol. Est-ce que l’emprise du pouvoir a donné l’illusion que l’expropriation des terres agricoles pour des constructions résidentielles privées, ou des complexes que l’État a prévus pour ses employés, serait sans conséquences politiques ? Comment ont-ils pu oublier que la corruption, les erreurs et la mauvaise gestion portent des fruits politiques ? Et que l’injustice est une braise qui allume l’incendie si un vent mortifère l’attise !

Au sujet de la réforme économique le Dr Mounir Al Hamash [3] a écrit que deux courants sont apparus. « Le premier courant veut redonner le premier rôle à l’État dans la croissance et la réforme du secteur public et garantir l’indépendance des décisions économiques. Le second courant veut favoriser l’économie libre de marché et l’emprise du secteur privé dans la direction de l’économie. Ce qui s’est passé a été l’application des politiques économiques, financières et commerciales, libérales, qui s’inscrivent dans les plans des institutions mondiales : le Fond monétaire international (FMI), la Banque mondiale, l’Organisation mondiale du commerce. (…) La libéralisation du commerce intérieur et extérieur et l’installation de banques privées ont provoqué des changements sociaux et économiques radicaux. Ces politiques ont conduit à affaiblir le pouvoir juridique de l’État, et à développer un climat de corruption. (…) La direction économique a œuvré en toute connaissance de cause et elle a réussi à réaliser le changement des cadres économiques en Syrie vers une économie plus ouverte, plus compétitive et plus impliquée dans l’économie mondiale (…) avec de grands changements dans le rôle de l’État. La preuve de la réussite de ce projet est son arrivée au point de non retour ». [4]

Le peuple syrien défend sa Patrie

Le libéralisme a instauré la destruction économique afin de changer l’orientation politique. Mais sa réalisation a été impossible, car la position politique syrienne est intimement liée aux valeurs nationales traditionnelles, à son rôle de gardien patriotique et de la cause palestinienne ; cette position est liée à l’existence même de la Syrie. Par exemple, en 1911, les députés syriens ont dénoncé au Parlement l’infiltration de juifs occidentaux en Palestine. Ils ont démontré que les Ettihadiyyn [5] livraient l’État Ottoman aux banques juives occidentales et vendaient la Palestine. Ils se sont associés à la déclaration de l’indépendance de la Syrie en 1920, et ils ont refusé de livrer la Palestine aux sionistes. En 1936, des volontaires syriens ont participé à la révolution palestinienne ; ils ont participé en 1948 à la résistance à l’occupation sioniste en Palestine. Mais où sont aujourd’hui les forces politiques qui peuvent contrer le grand complot occidentalo-arabe ?! La crise économique a montré le danger de l’éloignement des partis politiques du peuple, et l’erreur qu’ont constitué les freins que le front national progressiste a imposées à l’activité des partis parmi les étudiants, excepté le parti Baath.

Le fait marquant est que le peuple syrien est descendu dans les rues dès lors qu’il a compris qu’il ne s’agissait pas d’une question de changement de régime, ni de réformes, mais que l’on voulait éradiquer la position patriotique syrienne, et faire éclater l’unité du pays. Le peuple s’est précipité dans les rues et sur les places, avec en première ligne les femmes qui n’avaient jamais participé auparavant à l’action politique. Il a déclare son refus de l’ingérence arabe et étrangère. Ces manifestations massives ont mis fin aux manifestations dérisoires à la sortie des mosquées les vendredis. Le jour où une manifestation massive est partie de la mosquée des Omeyyades à Damas, c’était le signe évident d’une position populaire décisive. C’est le peuple syrien qui a défendu sa patrie, qui a encouragé l’armée et qui a compris que celle-ci était la colonne vertébrale de la sécurité et de la cohésion nationale. Les religieux chrétiens et musulmans s’y sont associés. C’est ainsi que le peuple syrien a dépassé ses dirigeants politiques et que, grâce à lui, il a été possible à la Russie et à la Chine de se dresser en défense de la Syrie.

L’isolement des partis politiques

Le Front national progressiste a été fondé en 1972. Il comprenait 7 partis, dont le parti Baath, le parti communiste et le parti national syrien. Sa charte préconisait le modèle économique socialiste par opposition à l’économie de marché. En s’écartant de cette orientation, le Congrès du parti Baath de 2005 était en opposition avec le document sur lequel se fondait la création du Front national, et était au surplus contraire à la Constitution.

Quand j’ai demandé à M. Youssef Faycal, président du parti communiste et membre de la direction centrale du Front national progressiste « N’êtes-vous pas opposés à l’économie de marché ? », il a répondu : « Nous y sommes opposés mais cela n’a servi à rien ; ils ne nous écoutent pas ». Le différend était donc de principe. Cependant le parti communiste ne s’est pas retiré du Front. Est-ce seulement la position politique patriotique de la Syrie qui l’a retenu ?

Les Syriens accusent les partis de se vautrer dans leurs privilèges : les voitures luxueuses, les bureaux, les postes. Ce qui s’est passé est désastreux : l’économie de marche a ouvert la Syrie aux marchandises turques, ce qui a ruiné les entreprises de fabrication de mobilier dans la banlieue de Damas et les usines de textile, a fait flamber les prix, a livré le littoral syrien à quelques riches personnes, associés au Golfe, a abusé des droits du citoyen, et a gaspillé les biens publics. Est-ce le libéralisme qui a pu leurrer les partis du Front, leur faisant croire que la politique patriotique syrienne pouvait continuer, même si l’économie syrienne était transformée ?

Avant et après l’avènement du libéralisme, le Front a cantonné les partis politiques dans des bureaux, loin du peuple, et ils se sont uniformisés. Une blague circule : un homme du parti communiste accroche sa pancarte à la porte du siège de son parti : « Parti communiste syrien ». Quand il se retourne et se voit observé, il rajoute a la hâte : « À son maître le parti Baath arabe socialiste ». Il est regrettable que les dirigeants n’aient pas analysé ce genre de blague et pris en compte la position politique populaire. Il semble que la confiance dans le patriotisme, la sagesse et la patience du peuple syrien, ainsi que le sentiment des partis d’être les protecteurs du peuple, aient facilité leur éloignement de la population.

Le Front a adopté une politique dont les effets néfastes n’ont pas fini de se manifester. À chaque parti est attribué un lot de postes dans les ministères, ainsi que des bureaux exécutifs dans les syndicats et comités. Ces gens-là ont bénéficié de privilèges ; ils ont été choisis sur la base d’amitiés ou de liens de parenté et non pas pour leurs compétences, ce qui les a éloignés encore plus du peuple. La crise que traverse le pays a montré le danger de cette situation. Si les politiciens avaient eu une influence sur les couches sociales pauvres et défavorisées, ils se seraient orientés vers une action politique forte d’un programme national. Mais ce sont les cheikhs rétrogrades des mosquées, les wahhabites, les agents du Qatar, le Mossad et l’Arabie Saoudite, qui s’en sont emparé. Ils ont répandu l’argent et les idées. Et, au moment opportun, ils ont fourni des armes. Le politicien patriotique Bassam Al Shakaa, ex-maire de Naplouse, qui a perdu ses deux jambes lorsqu’Israël a piégé sa voiture, m’a confié : « Le problème réside dans le fait que les résistants sont devenus des fonctionnaires ! ». Il parlait des Palestiniens, mais cela s’applique aussi à la Syrie.

Le phénomène du Front du changement

Dans les couches les plus défavorisées de la société, l’opposition politique patriotique n’a pas d’influence. Les gangs ont profité de ce vide. Car l’opposition politique locale est composée de personnes de cultures et d’idéologies différentes, sans projet cohérent, qui sont apparues au moment de la crise mais sans parcours politique connu du peuple. C’est dans ce contexte que l’on comprend la popularité du Front du changement qui réunit aujourd’hui le parti de Qadri Jamil « La volonté populaire », le parti d’Ali Haydar « Le nationaliste syrien social », ainsi que des personnalités indépendantes, parmi lesquelles Monsieur Naiseh et un jeune prêtre. Ce front se distingue par sa position ferme contre l’ingérence extérieure, par son dynamisme et son indépendance. Dans son programme électoral parlementaire, il a inscrit « le jugement de la grande corruption ». Certains disent de Qadri Jamil qu’il est le fils de traditions communistes anciennes ; ce qui est vrai. Il a acquis son expérience politique d’un parti qui a joué un rôle patriotique. Il a tiré profit des préceptes enseignés pour analyser la crise. Derrière la politique officielle nationale, il a vu le danger de la chute de la Syrie dans le néolibéralisme ; il a donc inclus dans son programme électoral parlementaire un front économique mettant en garde contre les conséquences de cette politique. Il a concrétisé, par son alliance avec des jeunes forces politiques, son objectif d’un changement qui préserve les acquis nationaux et le courant syrien qui soutient la Résistance à Israël. Il tire maintenant parti de son ancien lien avec la Russie dans le sens que souhaitent les Russes : une opposition réaliste qui veut des réformes, refuse l’ingérence extérieure et la violence armée. Une délégation du Front du changement s’est déjà rendue deux fois en Russie. [6]

Ce Front du changement est témoin des dysfonctionnements de la vie politique passée. Il est commun de neutraliser ceux qu’on écarte et de ternir leur réputation. Mais Qadri Jamil s’est battu contre ce destin ; il a formé une coalition de communistes comblant le vide laissé par les politiciens parmi les indépendants. Et, pendant la crise, il s’est réuni en un unique front avec Ali Haydar et les patriotes syriens non représentés dans le Front national officiel. Il a soulevé cette question : pourquoi, durant ces dernières décennies, les partis ont-ils perdu leurs compétences, perdu ce qu’ils avaient de meilleur ?

La crise par laquelle passe le pays a soulevé une autre question : la mainmise du parti Baath sur l’activité publique a-t-elle servi l’intérêt national ? Cette mainmise n’a-t-elle pas été la cause d’un éloignement des Syriens de la vie publique jusqu’à ce que le danger encouru par leur pays les mobilise à nouveau ? En l’absence de partis traditionnels, la place de la revendication populaire est occupée aujourd’hui par des groupes de jeunes, par des organes nouveaux et divers qui ont en commun la défense de la patrie et le refus de l’ingérence extérieure. Ils déroulent des banderoles de centaines de mètres pour collecter des signatures, ils remettent en état les jardins dévastés par les gangs, ils visitent les blessés dans les hôpitaux et les familles des martyrs dans les zones soumises aux attaques de bandes armées, ils font des collectes pour venir en aide aux Syriens déplacés, Le président et son épouse ont un jour également participé à ces actions. Ces groupes commencent sainement : ils mènent leur travail au sein de la population et non dans des bureaux.

Les religieux musulmans et chrétiens occupent également la scène publique par leurs rencontres et leurs prières communes dédiées aux martyrs, la réception des délégations. Certains ont été assassinés ; parmi eux un imam de mosquée à Midane et un religieux chrétien.

La conscience syrienne apparaît admirablement dans les vigoureuses manifestations des femmes qui crient après chaque attentat : « C’est cela la démocratie et la liberté qu’ils veulent ? » Si c’est cela « selmiyyeh selmiyyeh », (« pacifique, pacifique ») [7] que Dieu les maudisse. Les femmes accomplissent des activités qu’elles n’avaient pas avant la crise. Hier par exemple, des tableaux sur la révolution syrienne de 1925 ont été exposés sous le patronage d’un groupe de dames ; elles ont peint des vergers, des chevaux et des fontaines damascènes décorées, s’inscrivant dans une mémoire historique nationale en défiant ainsi les bandes armées qui se servent de ces vergers pour y cacher les armes.

Les tribus arabes qui se déplacent entre la Syrie, l’Irak, la Jordanie et l’Arabie Saoudite, organisent de grandes réunions condamnant le maléfique complot ourdi par l’Occident et les régimes arabes despotiques.

Le 2 mai, le fils d’Ali Haydar a été assassiné. Le père a déclaré : « Ne venez pas me présenter vos condoléances ; mon fils n’est que l’un de ces milliers de martyrs syriens ». Il est probable que c’était le père lui-même qui était visé, ainsi que la liste du changement sur laquelle il est candidat aux élections. Il semble que les élections vont se dérouler sous les balles des snipers et des charges explosives.

Le désaccord n’a jamais porté sur les réformes ou sur la démocratie. Au début des événements, Netanyahou avait déclaré : « Pour que les actions armées s’arrêtent en Syrie, il faut que celle-ci change son attitude vis-à-vis d’Israël ». Nous n’avons pas besoin de Netanyahou pour savoir que la raison de la guerre contre les Syriens est qu’ils ont fermement maintenu leur position politique : l’ennemi c’est l’impérialisme et Israël. L’histoire des partis en Syrie témoigne de leur attachement aux valeurs nationales. Le président Hafez El Assad avait résumé cette attitude traditionnelle, en répondant, lorsqu’on lui avait demandé de visiter Israël : « Personne en Syrie n’accepte cela, personne en Syrie ne le peut ».

La question est : avec quelle structure politique et économique portons-nous ces grandes valeurs nationales ?

Conclusions

En 2003, l’invasion de l’Irak a anéanti une force arabe, qu’Israël avait demandé de liquider. En 2006, la guerre d’Israël contre le Liban, soutenue par les États-Unis, a tenté d’anéantir la résistance libanaise. En 2008/2009, la guerre israélienne contre Gaza a voulu briser la résistance palestinienne. En 2011, la guerre dirigée par l’OTAN contre la Libye et soutenue par les sionistes, a brisé une force arabe patriotique. En 2012, l’alliance entre des pays occidentaux, Israël et des pays du Golfe a installé la guerre menée par Israël au cœur de la Syrie. Le danger de ce tournant, entamé avec la guerre contre la Libye, est le fait que désormais des régimes arabes despotiques sont devenus des alliés d’Israël dans sa guerre contre les Arabes et que des bandes armées arabes et islamiques se substituent aux armées israélienne et étasunienne pour se battre à leur place.

La bataille de la Syrie met en lumière les points suivants :

- La remise à sa juste place du conflit central contre Israël est une nécessité pour défendre l’existence des peuples arabes.
- Les régimes du Golfe qui ont pris naissances sous la protection d’accords d’occupation avec les États-Unis, sont chargés de diviser les grandes sociétés arabes fortes de traditions patriotiques et historiques.
- L’islam extrémiste se met au service d’Israël.
- Le patriotisme est une valeur progressiste dans la défense de la souveraineté, mais il ne peut triompher sans rétablir la justice sociale et sans dynamiser le peuple avec des libertés et un pluralisme politique national.

La Syrie a gagné de ces évènements :

- 1) La réappropriation par le peuple du rôle que ses dirigeants lui avaient confisqué.
- 2) La reconquête par les Syriens de la liberté de parole ; tout Syrien interrogé par des journalistes se livre à des analyses politiques sur le plan local et international.
- 3) Les femmes ont devancé les hommes dans les manifestations et les analyses politiques.
- 4) Les jeunes ont trouvé l’espace qui permet leur dynamisme ; ils ont découvert la joie du travail bénévole et patriotique.
- 5) Un consensus national du refus de l’ingérence arabe et extérieure s’est manifesté.
- 6) Les évènements en Syrie ont attiré les penseurs et politiciens arabes qui ne se sont pas laissé corrompre par l’argent du Qatar, car ils ont compris que l’issue de la lutte en Syrie décidera du destin de la région et de l’avenir de la Résistance arabe.

Ces conclusions supposent que les dirigeants examinent leur parcours passé, leurs méthodes de travail, la raison de leur absence des régions qui ont connu la crise ; et qu’ils rendent des comptes au peuple syrien qui défend sa patrie.

Dr Nadia KHOST
Damas, le 3 mai 2012

Traduit de l’arabe par Anis El Abed

 

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**La véritable position occidentale envers la Syrie

*C’est pour affaiblir l’Iran

 **par Tony Cartalucci

 -Mondialisation.ca, Le 14 novembre 2011.

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 Comme il a été dit en Février 2011 dans “Le Moyen-Orient et ensuite le monde”, le “printemps arabe”, financé, soutenu et armé par les Etats-Unis, était loin d’être “spontané” ou “organique”, mais bien plutôt une déstabilisation régionale préméditée pour consolider l’Hégémonie de Wall Street et de la City de Londres à travers le Moyen-Orient et ce dans un effort d’isoler à la fois Moscou et Pékin par une tactique faite pour établir un “ordre international” industrio-fasciste incontesté.

Le sénateur américain John McCain, le président de l’International Republican Institute (IRI), une organisation dédiée à ourdir des troubles séditieux extra-territoriaux et des révolutions de par le monde, a dit ouvertement des troubles que son IRI a aidé à financer en Egypte, qui ont ravagés la Libye et maintenant consumme la Syrie, “Je ferai un peu moins le malin si j’étais aujourd’hui Vladimir Poutine au Kremlin avec ses sbires du KGB. Je me sentirai un peu mois en sécurité dans la station balnéaire du président Hu et des quelques hommes qui gouvernent et décident sur la destinée de 1,3 milliards de gens.” McCain qui a ouvertement sympathisé avec Al Qaïda en Libye et a mené une délégation des corporations fascistes pour une visite d’un Caire maintenant déstabilisé de manière irrémédiable, alors qu’ils se préparent à glâner les bénéfices de leur sédition financée de l’étranger, a laissé transparaître la véritable nature de la tactique globale qui se joue au travers des révolutions colorées financées par les Etats-Unis et que finalement, leur destination finale se situe dans les capitales de Moscou et Pékin.

Maintenant, le “Jerusalem Post” a rapporté qu’une “attaque sur la Syrie pourrait être un moyen moins coûteux pour affaiblir l’Iran, révélant pas là-même que la quête de toujours plus de pouvoir et non pas la cause humanitaire se situait au cœur des intentions occidentales envers la Syrie et que la sédition clairement financée et maintenant armée depuis l’étranger, qui s’établit dans les villes frontalières syriennes, cible de fait un affaiblissement de la sphère d’influence de l’Iran, alors que les préoccupations pour la “démocratie” ne sont que du verbiage réthorique qu’on éparpille à la cantonade pour tous ceux qui demeurent suffisamment ignorants pour continuer à gober ce qu’on leur dit. Le Post a rapporté que Gabriel Ben-Dor, le directeur des études sur la sécurité nationale de l’université de Haïfa, s’est félicité de la récente décision de la Ligue Arabe de suspendre la Syrie, mais a indiqué que de futures actions seront nécessaires avant de garantir cet état de fait, révélant ainsi que la Ligue Arabe n’agit en fait que par proxy, comme paravent, des intérêts de Wall Street, de la City de Londres et d’Israël.

Ben-Dor confirmerait que “ils espèrent démanteler l’axe Iran, Syrie, Hezbollah et ainsi affaiblir cette coalition, ce qui est un intérêt commun pour toutes les puissances majeures de monde arabe”, révélant ainsi de manière sûre que les rapports des médias de masse de ces derniers six mois, citant l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme basé à Londres, l’association financée par Georges Soros Human Rights Watch et Amnesty International, n’ont rien été de plus que de la propagande éhontée afin de justifier ce qui est essentielleemnt une guerre par proxy combattue non pas avec des troupes américaines mais avec des groupes de jeunes formés par les Etats-Unis en Egypte, les voyous d’Al Qaïda en Libye et les militants des Frères Musulmans en Syrie.

L’article intitulé “La Syrie exhorte la Ligue Arabe de reconsidérer sa suspension”, écrit par Oren Kessler du Jerusalem Post et de l’agence Reuters, qui illustre parfaitement la nature totalement compromise et incestueuse des média de masse servant le fascisme global, dégénère même en une complainte et une pseudo-motivation pour des préoccupations humanitaires, citant la maintenant complètement discréditée ONU et des “activistes”. Cette démonstration haletante de propagande financée par la machine corporatiste pour pousser son agenda, expose l’illégitimité des protestations et des troubles fomentés par l’occident en Syrie, celle des “activismes” financés depuis l’étranger à travers le monde et les menteurs invétérés qui sont payés pour diffuser cete propagande à travers les médias.

A la lumière de tout cela, il serait peut-être bon de relire “Le Moyen-Orient et ensuite le monde”, comme étant une mégalomanie de Wall Street et de la City de Londres et de leurs légions de traîtres qui consument le monde et nous rapproche de plus en plus d’une troisième guerre mondiale, le tout sous le déguisement de considérations “humanitaires”, de “démocratie”, de droits de l’Homme et de “liberté”. (Mondialisation-14.11.2011.)

 

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**Le rapport de l’AIEA sur l’Iran : un aller simple pour la guerre ?

 *par Pierre Piccinin

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À nouveau, des bruits de bottes sourdent autour de la République islamique d’Iran et de ses champs pétrolifères. 

Il existe de « sérieuses préoccupations concernant les possibles dimensions militaires du programme nucléaire iranien ». Ce sont là les conclusions du rapport de l’Agence internationale de l’Énergie atomique (AIEA), publié le 8 novembre 2011. 

À Tel-Aviv et Washington, on a d’emblée évoqué l’éventualité d’actions militaires… 

Si l’on ne trouvera rien de bien neuf dans le contenu de ce rapport, qui ne fait que reprendre les supputations d’usage à l’égard du nucléaire iranien, on ne manquera pas, en revanche, de s’intéresser à la manière dont ces faits évoqués de longue date sont aujourd’hui présentés, sous la plume du japonais Yukiya Amano, ancien ambassadeur à Washington, qui a succédé à Mohamed el-Baradei au poste de directeur général de l’AIEA, en novembre 2009. 

Le rapport fait cette fois état « d’informations», fournies par les services secrets d’une dizaine de pays membres de l’AIEA. Autrement dit, l’AIEA, par ce rapport, avalise désormais les assertions de nations hostiles à l’Iran, tels les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou encore la France sarkozienne, qui –comme on l’aura pu constater depuis quatre ans- a réaligné sa politique étrangère sur celle de Washington et de Tel-Aviv. 

D’où les protestations du ministre iranien des Affaires étrangères, Ramin Mehmanparast, qui accuse l’AIEA de faire le jeu de ces puissances ennemies et de préparer l’opinion publique internationale à une intervention contre son pays. 

Et comment, en effet, ne pas comparer ce surprenant rapport de l’AIEA à d’autres documents du genre, qui furent lourds de conséquences pour le Moyen-Orient ? 

Ainsi, on se souviendra des frappes aériennes sur l’Irak, que menèrent conjointement États-Uniens et Britanniques en décembre 1998. 

Plus exactement, on se remémorera les motifs de ces frappes : Bagdad fut accusée par un rapport de Richard Butler, le directeur des inspecteurs de l’ONU en Irak, d’avoir repris un programme d’armement nucléaire. 

Mais les frappes eurent lieu le 16 décembre, tandis que le rapport de Richard Butler ne fut délivré que plusieurs jours plus tard : ces frappes, ordonnées in extremis par le président William Clinton, eurent lieu précisément à la veille d’un vote par le Congrès états-unien sur la destitution du président, suite au parjure dont William Clinton s’était rendu coupable dans le cadre de « l’affaire Monica Lewinsky », vote programmé pour le 17 décembre. 

Autrement dit, l’intervention, motivée a posteriori par un rapport mensonger, fut, pour le président William Clinton, le moyen de faire reporter le vote du Congrès, dans la mesure où l’état de guerre nécessitait le maintient du pouvoir exécutif, c’est-à-dire du président en fonction. 

Il fut plus tard établi que Richard Butler avait agi en accord avec les services secrets états-uniens. 

De même, on se souviendra du faux rapport que le premier-ministre britannique de l’époque, Antony Blair, avait demandé de produire à son directeur de la communication, Alastair Campbell, pour présenter l’Irak, en 2003, comme une menace sérieuse pour la sécurité nationale. Ce rapport fut déposé devant le Parlement par le premier-ministre, qui affirma que l’Irak était capable de frapper la Grande-Bretagne et l’Europe avec des armes de destruction massive en moins de quarante-cinq minutes. Ce sur quoi la plupart des députés britanniques ont voté l’entrée en guerre contre l’Irak. 

En réalité, cet « excellent dossier présenté par le Royaume-Uni décrivant en détail les activités de dissimulation irakiennes », tel qu’il fut qualifié devant le Conseil de Sécurité de l’ONU par Colin Powell, le secrétaire d’Etat états-unien, consistait en une thèse d’étudiant en science politique vieille de douze ans, complétée par plusieurs articles universitaires disponibles sur internet et modifiés pour les besoins de la cause. 

Dans le même temps, le directeur des inspecteurs de l’ONU en Irak, le suédois Hans Blix, qui contestait le faux rapport, devint la cible d’une effroyable campagne de dénigrement et de calomnies de la part de Londres et de Washington. L’invasion eu lieu, sans l’accord du Conseil de Sécurité de l’ONU. 

Par la suite, deux universitaires dévoilèrent les faits au grand public : le professeur Glen Rangwala, de l’Université de Cambridge, reconnut dans ce le rapport les articles de science politique utilisés par le cabinet du premier-ministre ; il en informa la BBC, indiquant aussi les passages qui avaient été modifiés pour rendre le rapport plus alarmiste. Le docteur en microbiologie David Kelly, qui avait participé aux missions de l’ONU en Irak, contacta également la BBC, pour lui faire part de ses doutes sur l’origine du fameux rapport (quelques semaines plus tard, D. Kelly fut retrouvé mort dans un bois, les veines du poignet tranchées). 

L’intervention en Libye à peine terminée, serait-on en train de rejouer un scénario à l’irakienne,à l’encontre de l’Iran cette fois ? Mais, plus pernicieusement encore, le piège consiste à se laisser enfermer dans cette focalisation de l’attention sur le nucléaire iranien. 

En effet, l’Iran n’est pas le seul État qui chercherait (remarquez le conditionnel) à se doter de l’arme nucléaire, pour assurer sa sécurité face aux appétits grandissant des puissances occidentales. 

D’autres s’activent dans ce domaine. Bien plus avancés que l’Iran, ne devraient-ils pas être considérés comme des priorités, telle, par exemple, la Corée du Nord, qui possède ce type d’armement et cherche à augmenter la portée de ses vecteurs ? 

Ou telle Israël qui, sans avoir jamais reconnu posséder des têtes nucléaires, ne l’a jamais nié non plus et est plus que soupçonnée, depuis des années, d’en cacher dans ses arsenaux… 

Pierre PCCININ Historien – Politologue (Bruxelles) 

*Mondialisation.ca, Le 11 novembre 2011

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*Tel Aviv ment au sujet de la menace nucléaire iranienne

 –par Silvia Cattori et Giorgio S. Frankel

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Lors d’un entretien, réalisé en mai 2011, Giorgio S. Frankel, journaliste italien, avait répondu à nos questions au sujet des menaces que Tel Aviv profère régulièrement contre l’Iran. Alors que l’attitude arrogante et dominatrice d’Israël ne manque pas de choquer, et de faire peur aux Iraniens, dans l’extrait que nous rediffusons ici, Frankel se montre plutôt rassurant. Puisse-t-il dire vrai !

Silvia Cattori : …La pression continue exercée par Israël contre le programme nucléaire civil iranien en fait partie. Croyez-vous en une attaque possible de l’armée israélienne ou d’autres, contre des sites iraniens ?

 Giorgio S. Frankel : Je n’y crois pas parce qu’Israël a commencé à menacer d’attaquer l’Iran au début des années 90 ; ça fait 20 ans que les autorités israéliennes répètent qu’elles vont attaquer l’Iran, que l’Iran est en train de fabriquer la bombe atomique, que l’Iran est une menace. Mais quand, dans l’histoire, un pays menace de faire la guerre et ne la fait pas pendant vingt ans, il ne la fera jamais.

Cette menace contre l’Iran sert à Israël pour maintenir un climat de tension au Proche et au Moyen-Orient. En menaçant plusieurs fois par an de faire la guerre à l’Iran, il crée une situation de péril aux États-Unis et en Europe. La probabilité qu’Israël attaque l’Iran est très faible. Mais si Israël attaque vraiment l’Iran, les conséquences mondiales seraient tellement catastrophiques que, même si tout le monde pense que la menace du gouvernement israélien tient du bluff, personne ne va vérifier si c’est vraiment du bluff.

Israël n’est pas en mesure d’attaquer l’Iran, il suffit de regarder une carte géographique. Il doit passer à travers d’autres pays. Il y a deux ans, les États-Unis firent un cadeau empoisonné aux Israéliens. Comme Israël parlait du danger iranien, les États-Unis envoyèrent en Israël un grand appareil radar qui contrôle le ciel autour du pays sur des centaines de kilomètres. Cette station est gérée par des militaires états-uniens. Elle fut présentée comme un geste de solidarité envers Israël ; en réalité les Israéliens ne sont pas très contents. Parce que les États-Unis savent exactement ce que font les avions israéliens. Les États-Unis ont affirmé de façon récurrente qu’ils ne veulent pas une guerre contre l’Iran, parce que ce serait une catastrophe.

Ce sont des périodes cycliques. De temps en temps les Israéliens sortent cette carte iranienne. On en parle pendant quelques semaines et puis ça s’arrête. Le général Moshe Yalon, vice-premier ministre et ministre pour les menaces stratégiques, a déclaré : le programme nucléaire iranien est en retard ; donc nous avons deux ou trois ans pour prendre une décision. Ceci est un message pour indiquer qu’en ce moment il n’y a pas de danger iranien. Ce danger sert aux Israéliens pour entretenir un climat de tension et contraindre les États-Unis et les Européens à faire certaines politiques. Les Israéliens espéraient créer un climat de tension suffisant pour provoquer un affrontement entre l’Iran et les pays arabes. Cette stratégie aussi a échoué.

Combien de temps a-t-il fallu aux autres puissances nucléaires pour fabriquer la bombe atomique ? Les États-Unis dans les années 40, quand on ne savait même pas à coup sûr qu’on pouvait faire la bombe atomique, y ont employé trois années. Israël a mis dix ans. Maintenant on dit depuis plus de vingt ans que l’Iran construit la bombe. C’est la bombe atomique la plus lente de l’histoire ! L’agence nucléaire qui doit contrôler la bombe atomique continue à dire qu’il n’existe pas d’indices de programme militaire.

La bombe iranienne sert à Israël pour créer des problèmes stratégiques dans la région. La grande peur d’Israël est qu’un dialogue politique ne s’ouvre entre les États-Unis et l’Iran. Après quoi l’Iran serait reconnu comme puissance régionale avec laquelle on doit parler et discuter.

L’autre puissance régionale qui est en train de s’affirmer est la Turquie. À présent Israël a des problèmes avec la Turquie parce qu’elle pourrait devenir la principale interlocutrice des États-Unis, du monde arabe et du monde musulman.

L’autre grande arme d’Israël est l’accusation d’antisémitisme. C’est une arme à laquelle les Israéliens ont un grand et immédiat recours. Toute forme de critique d’Israël est dénoncée comme acte d’antisémitisme. Au début cela faisait un grand effet ; aujourd’hui un peu moins ; tôt ou tard, elle perdra son importance. Quand on abuse de ces armes elles perdent leur valeur. Israël accuse tout le monde d’antisémitisme. Si un Juif critique Israël, on dit que c’est un Juif qui a la haine de lui-même.

 A la fin, ça aussi ça s’écroulera. Parce que l’antisémitisme est une chose ; la critique d’Israël en est une autre. D’antisémitisme, il y en a peu actuellement, dans le monde. S’il resurgit c’est parce que cette façon qu’ont les Israéliens d’établir une identité entre judaïsme et « israélisme » est vraiment dégoûtante : c’est là un terrain très glissant.

Silvia Cattori : Pendant ces années d’offensive militaires par Tel Aviv, on a assisté, en France par exemple, à une intensification des accusations d’antisémitisme même de la part de militants de groupes de « juifs pour la paix ». Des accusations d’antisémitisme et de négationnisme, se sont mises à pleuvoir sur des journalistes ou des militants qui mettent en évidence l’idéologie qui a amené l’État juif à conduire des politiques inacceptables depuis le début [1]. Si comme vous le soulignez, critiquer la politique israélienne n’a rien à voir avec le racisme, que cherchent alors, en vérité, ceux qui accusent les gens d’antisémitisme ?

Giorgio S. Frankel : La grande erreur est celle commise par les communautés juives dans le monde en tant que, comme communautés juives, elles pensent avoir le droit de parler au nom d’Israël. De nombreux Juifs non Israéliens pensent pouvoir, en tant que Juifs, avoir le droit de soutenir Israël. C’est leur droit. Mais cela comporte que, tôt ou tard, on imputera aux Juifs non israéliens ce que font les gouvernements israéliens. D’autre part, quand Israël proclame qu’il veut être reconnu non seulement comme État juif, mais comme État national du peuple juif, cela veut dire qu’il demande, au niveau international, que lui soit reconnue une sorte de primauté aussi à l’égard des Juifs qui sont dans les autres pays. Cela devient très dangereux.

Silvia Cattori : Pourquoi dangereux ?

Giorgio S. Frankel : Parce qu’à la fin il est possible que, dans l’avenir, Israël veuille interférer dans la politique intérieure d’autres pays sous prétexte que ce pays a une politique hostile aux Juifs. Chirac refusa de participer à la guerre contre l’Irak. Peu de temps après le premier ministre israélien Ariel Sharon déchaîna une politique hostile à la France en avertissant les Juifs français : faites vos valises, quittez la France, venez en Israël. A l’avenir les Israéliens pourraient se comporter comme si c’était à eux qu’il revenait de définir le destin des Juifs italiens ou français.

Silvia Cattori : Cette arme de l’antisémitisme a toujours permis à Israël de mettre les gouvernements qui ne suivent pas la ligne politique de Tel Aviv sous pression. Cela fait donc vingt ans qu’Israël essaie d’inciter le reste du monde à intensifier la pression contre l’Iran pour l’isoler, le sanctionner, en empêchant son développement normal. D’après vous, y arrivera-t-il ?

Giorgio S. Frankel : Je n’en sui pas convaincu, parce que l’Iran jusqu’ici est protégé par la Chine et en partie par la Russie. Il a de bons rapports avec ses voisins : Turquie, Irak et avec des pays comme l’Azerbaïdjan et la Géorgie. Il a de bons rapports avec le Pakistan, avec l’Inde, avec les pays arabes du Golfe, en particulier avec le Qatar. Il est en train d’étendre sa présence diplomatique en Amérique latine. L’Europe suit la ligne dure : mais d’autres pays ne la suivent pas.

Les Israéliens mènent cette déstabilisation intérieure de l’Iran par le biais d’attentats, de massacres, etc. ; c’est ce qu’ils sont probablement en train de faire. Il faut voir s’ils vont y arriver.

Silvia Cattori : Israël seulement et pas les États-Unis [2] ?

Giorgio S. Frankel : Tous les deux. Mais surtout les Israéliens.

Silvia Cattori : Pourquoi « surtout les Israéliens » ? Ont-ils des moyens particuliers de pénétration et de manipulation des minorités ethniques ?

Giorgio S. Frankel : Le problème de la stabilité de l’Iran est très complexe. On peut entrer clandestinement dans plusieurs zones. Il y a des populations hostiles au gouvernement central. Le Kurdistan est la région la plus importante pour le pétrole. Une minorité sunnite y vit. Il suffit de leur fournir des financements pour l’entraînement et de leur fournir des armes. Ce genre d’opérations s’appelle « la guerre de l’ombre ». Les possibilités d’intervention sont nombreuses. (Mondialisation-09.11.2011.)

 Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio (24.06.2011)

Entretien Giorgio Frenkel en entier

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**Iran, le scénario de la catastrophe

 

 par Manlio Dinucci

 

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Sur un ton de bonimenteur, le ministre israélien de la défense Ehud Barak a annoncé que si « le pays était contraint à une guerre » contre l’Iran, cela ne lui coûterait pas « 100mille morts, ni 10mille ni même 1.000 mais à peine 500 et même moins si tout le monde reste à l’abri chez soi ». Ne sont pas compris, dans le calcul macabre, tous les autres morts.

Selon de hauts fonctionnaires britanniques, l’attaque contre l’Iran pourrait avoir lieu entre Noël et le début de la nouvelle année, avec l’appui logistique étasunien. Les experts pensent que les sites nucléaires iraniens seraient touchés par des missiles et des chasseurs-bombardiers, à travers trois couloirs aériens : un direct à travers Jordanie et Irak, un méridional à travers Jordanie et Arabie saoudite, un septentrional à travers la Méditerranée et la Turquie (carte jointe, NdT). Les implantations nucléaires seraient touchées par des bombes pénétrantes à tête non-nucléaire, comme les Blu-117 déjà fournies par les USA, qui peuvent être larguées à plus de 60 Kms de l’objectif, sur lequel elles se dirigent automatiquement.

 Iran, le scénario de la catastrophe

 Que se passerait-il si était détruite la centrale nucléaire iranienne de Bushehr, qui a commencé à produire de l’électricité en septembre dernier pour une capacité de 60 mégawatts ? Un nuage radioactif se produirait, semblable à celui de Tchernobyl, qui, selon les vents, se propagerait sur le Golfe persique ou même sur la Méditerranée. Les conséquences seraient encore plus graves si, par rétorsion, l’Iran frappait le réacteur israélien de Dimona, dont la puissance est estimée à 70-150 MW. L’Iran ne possède pas d’armes nucléaires, mais a des missiles balistiques à moyenne portée, testés en juin dernier, qui, avec leur portée d’environ 2.000 Kms, sont en mesure d’atteindre Israël. Ces missiles sont installés dans des silos souterrains et, donc, difficilement neutralisables par une attaque « préventive ». Si le réacteur de Dimona, qui produit du plutonium et du tritium pour les armes nucléaires israéliennes, était endommagé ou détruit, le nuage se propagerait non seulement sur Israël (Dimona est à seulement 85 Kms de Jérusalem), mais aussi sur la Jordanie (distante de 25 Kms) et l’Egypte (distante de 75 Kms). Et, selon les vents, ce nuage pourrait atteindre même l’Italie et d’autres pays européens. Les radiations (surtout celles de l’iode-131 et du césium-137) provoqueraient avec le temps des milliers de morts par cancer.

Voila ce qui est prévu par ceux qui planifient l’attaque contre l’Iran. Il est donc prévu de neutraliser la capacité de riposte de l’Iran. Ceci ne pourrait être fait par les seules forces israéliennes. Selon Dan Plesch, directeur du Centre d’études internationales de l’Université de Londres, « les bombardiers étasuniens sont déjà prêts à détruire 10mille objectifs en Iran en quelques heures ». Et même la Grande-Bretagne, révèleThe Guardian, est prête à attaquer l’Iran. Le plan prévoit à coup sûr le déploiement d’armes nuclaires israéliennes (parmi lesquelles le missile Jericho à longue portée testé le 2 novembre) et aussi étasuniennes et britanniques. Soit pour dissuader l’Iran d’effectuer de lourdes représailles, même contre des bases étasuniennes du Golfe, soit par une attaque résolutive effectuée avec une bombe à neutrons, qui contamine moins mais tue davantage. Une guerre contre l’Iran comporterait la plus haute probabilité d’une utilisation d’armes nucléaires depuis la fin de la guerre froide jusqu’à nos jours. Tandis que l’opinion publique est concentrée sur le « spread » (écart) financier, le « spread » humain augmente : le différentiel entre les choix politiques et ceux nécessaires pour la survie de l’espèce humaine.

*Mondialisation.ca, Le 11 novembre 2011

 ilmanifesto.it

 

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