un agriculteur bio, heureux et prospère

  « Que mes légumes soient moins chers que sur le marché »

**Rencontre avec un agriculteur bio

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Le rabotage des niches fiscales des agriculteurs bio ? Paul Thierry, maraîcher en Seine-et-Marne, ne le sentira pas passer. Lui ne se plaint pas : sur cinq hectares, il cultive des légumes pour 250 familles, fait travailler trois personnes et se paie 2 000 euros par mois.

J’ai la chance de tomber sur les trois mois d’hiver où sa terre se repose, il a donc un peu de temps pour discuter. La distribution des paniers bio reprendra en avril, les « consom’acteurs » ont rempli leur congélateur en attendant le printemps.

A 31 ans, Paul Thierry, père de deux enfants, a du mal à ranger son sourire. Malgré sa coiffure un brin rasta, il est satisfait d’avoir réussi à montrer qu’il est « possible de faire du bio avec une approche rationnelle et pas trop baba cool ou artisanale, et que ça marche ».

C’est grâce à la motivation des fondateurs des associations pour le maintien de l’agriculture paysanne (Amap) qu’il a pu s’installer. Ce système de vente directe est très avantageux pour l’agriculteur : afin de l’aider à convertir des terres en bio, les clients s’engagent à lui payer d’avance les paniers sur la saison, et assument avec lui les aléas de la production.

En 2007, il a converti les deux hectares que son frère lui a loués (sur les 130 que ce dernier cultive en céréales conventionnelles) et aussitôt il s’est retrouvé avec une commande de 62 paniers par semaine. Ses études de musicologie et son idée de s’installer dans un minuscule recoin de la propriété familiale pour faire « du qualitatif » le faisaient déjà un peu passer pour l’original chez les Thierry.

Aujourd’hui, il bosse autant que son frère (60 à 70 heures par semaine), gagne au moins autant, mais en plus Paul a créé trois emplois.

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« Que mes légumes soient moins chers que sur le marché »

« On ne fait pas le même métier », dit-il en croquant dans un reste de chou rouge ramassé par terre, et émerveillé par la saveur du légume. Grâce à la vente directe, Paul connaît son client. Même si le consommateur militant est a priori indulgent, il compte sur Paul pour être régulier :

« Ils ont payé chaque semaine 12, 16 ou 20 euros et le contenu du panier est variable. Je mise sur la qualité mais je fais aussi attention à ce qu’ils en aient pour leur argent. Et j’essaie que mes légumes soient moins chers que sur le marché, même s’ils ne sont pas toujours beaux. »

Paul simule sur un tableau le prix au kilo de ses soixante variétés de légumes, herbes aromatiques et même de fruits. « Des prix d’ambiance », dit-il, car il n’a pas d’idée réelle de ce que lui coûte à produire chaque légume. Il se flatte d’inscrire la tomate de variété ancienne à 3,5 euros, quand Auchan propose de la « cœur de bœuf » hollandaise (et formatée) à 6 euros.

Réussir à fournir est la principale angoisse du maraîcher bio. Cette année il a fait chou blanc sur les oignons et les échalotes, parce qu’un de ses employés n’avait pas planté droit et que ça a compliqué le désherbage. Les rendements du maraîchage sans intrants chimiques sont 10% à 30% inférieurs au conventionnel, raison pour laquelle le prix final est plus élevé.

Ce ne sont pas les clients, mais les maraîchers bio qui manquent

Avec ses cinq hectares et ses trois salariés, Paul n’a pas l’intention de s’étendre plus, mais il espère gagner encore en efficacité :

« Mon objectif c’est d’avoir une ferme qui cartonne pour montrer que le bio n’est pas synonyme de mauvais rendements. »

Militant d’une agriculture respectueuse de son environnement, il voudrait faire des émules, et remarque avec justesse qu’avec « 120 maraîchers pour 12 millions d’habitants en Ile-de-France », nos paysans sont loin de nous nourrir. Le problème des Amap n’est d’ailleurs pas de trouver des consom’acteurs prêts à manger du chou tout l’hiver, mais des maraîchers pour les produire.

Paul participe à un réseau de fermes de démonstrations, monté par le Conseil régional. Il se fait payer 125 euros la demi-journée pour partager son expérience, une forme de reconnaissance qui lui fait plaisir :

« L’Europe a longtemps nié la spécificité du bio, on avait seulement des aides à la conversion pendant deux ans pour faire face aux baisses de rendement, et sinon les aides étaient fonction de la surface.

Avec mes cinq hectares, je ne touche rien par rapport à un céréalier. Le crédit d’impôts du gouvernement français compensait cette inégalité en offrant jusqu’à 4 000 euros par an. »

Désormais, le crédit d’impôts sera ramené à 2 000 euros, une somme en partie compensée par l’Europe. Sauf que la paperasse nécessaire pour obtenir ces aides est telle que beaucoup de petits agriculteurs se décourageront, prédit la Fédération nationale de l’agriculture biologique :

« Le crédit d’impôts c’était de l’argent de poche pour moi. Ça payait une machine, c’était toujours sympa, mais ma boîte elle doit tourner sans aide. »

Des soutiens, des conseils plutôt que des subventions

Plus que des revenus supplémentaires, Paul préférerait surtout « que la politique agricole arrête d’être à sens unique et de favoriser le productivisme à coup de subventions », il aimerait un investissement de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) sur le bio, de meilleurs conseils auprès des chambres d’agriculture :

« Si la France veut tripler ses surfaces cultivées en bio, comme le dit le Grenelle de l’Environnement, il est urgent de changer de logique. Moi, s’il n’y avait pas eu le système des Amap portées par les consommateurs, je n’aurais jamais pensé m’installer… »

*Rue89-16.01.2011.

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Quand des citadins écolos financent des fermiers bios

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*photo: Chantal nourrit des oies dans sa ferme

Anne-Laure et Michel viennent d’acheter une ferme. Enfin, 60 actions à 100 euros pièce de la ferme des Raux. Il en reste 1 900 à acquérir. Le jeune couple vit à Clermont-Ferrand, dans un immeuble flambant neuf au cœur de la ville. Ils attendent leur premier enfant pour janvier et viennent d’investir dans ce projet pour mettre leur argent au service de leurs convictions.

Avec Terre de liens, ils participent à la conservation d’une ceinture maraîchère autour de la ville. « Préserver des terres agricoles, c’est participer à la transition écologique », explique Michel.

Anne-Laure travaille sur les projets européens dans une collectivité locale, et Michel est cadre dans une entreprise de gestion et de récupération des déchets. Il s’est retrouvé avec un petit pécule après la vente de son appartement et s’est demandé quoi en faire :

« Nous pouvions consacrer cet argent à de la consommation immédiate, acheter une voiture plus grosse par exemple, ou alors le placer sur des produits bancaires, de la spéculation. »

L’argent qu’il a placé dans Terre de liens ne sera a priori pas rémunéré les premières années, et puis nul ne sait ce que sera La Foncière-Terre de liens dans dix ans. Tant pis. « Il en restera forcément quelque chose », se dit Michel.

Vingt ans pour rembourser le foncier

La ferme des Raux, c’est chez Chantal et Jean-Sébastien Gascuel, la cinquantaine passée. Les 80 hectares sont une terre noire et grasse de Limagne. Le bourg de Gerzat fait partie de la communauté d’agglomération de Clermont-Ferrand.

Le couple s’est mis au bio en 2005. Ils produisent des céréales et élèvent des volailles qu’ils commercialisent en circuit court. L’exploitation est constituée à partir d’un groupement foncier agricole (GFA) familial.

Quand Chantal a repris la ferme, en 1984, après le décès de son père, l’exploitation était rentable. Elle se souvient :

« Aucun de mes frères et sœurs n’était intéressé. Jean-Sébastien et moi, nous étions tous les deux salariés dans l’Aveyron. Nous avons racheté la moitié de l’exploitation à mes frères et sœurs, et ma maman est restée propriétaire de l’autre moitié de la ferme et des terrains. Nous avons créé le GFA à ce moment. »

Ils termineront de payer l’emprunt pour le foncier vingt ans plus tard, en 2005. Ils ont dû mener tout de front, sans trop se poser de questions :

« Le travail sur l’exploitation, élever les quatre enfants, rembourser les emprunts… Nous étions en bonne santé. Et pour être agriculteur, il faut vraiment avoir la santé. »

Le passage à l’agriculture biologique, en 2005, est un peu un défi :

« Nous avions envie de démontrer que c’est possible et que l’on peut en vivre. »

A la retraite, les terres ne seront pas dispersées

Lorsque la mère de Chantal décède en 2011 se pose le problème de la transmission de l’exploitation :

« La part dont héritent mes frères et sœurs vaut environ 90 000 euros pour chacun. Ils veulent la vendre car ils ont des projets. De notre côté, nous ne souhaitons pas racheter. Nous allons continuer à travailler comme maintenant, mais nous ne seront plus propriétaires du foncier. »

Militants à la Confédération paysanne, Chantal et Jean-Sébastien avaient logiquement adhéré aux valeurs de Terre de liens, et souhaitaient avant tout que leur ferme devienne un patrimoine collectif. Les 46 hectares du GFA et les bâtiments d’exploitation sont rachetés par La Foncière-Terre de liens.

Chantal et Jean-Sébastien sont persuadés qu’une fois qu’ils seront à la retraite, les 80 hectares peuvent faire vivre une, deux, trois ou quatre personnes :

« L’idée, c’est que la ferme ne soit pas vendue et que les terres ne soient pas dispersées entre plusieurs exploitations. Quand nous arrêterons, Terre de liens installera un ou plusieurs agriculteurs à notre place. Eux ne seront pas obligés d’acheter la terre. Ils signeront un bail environnemental et pourront vivre d’un bel outil de travail sans s’endetter lourdement. En maraîchage, en vergers ou en agroforesterie, comme avant le remembrement des années 1960. »

Lorsqu’ils prendront leur retraite, dans cinq ou dix ans, ils seront libres de construire leur avenir sans cette charge.

Jean-Sébastien et Chantal investissent aussi dans La Foncière-Terre de liens. Ils ont acheté la moitié des parts mises en vente. Eux aussi deviennent « actionnaires » de la ferme, comme nos deux urbains (mais ces derniers à hauteur de 3%). « Nos enfants hériteront de parts de Terre de liens dont ils feront ce qu’ils souhaitent », explique Chantal.

Audrey Vigignol, la présidente (bénévole) de Terre de Liens Auvergne, est plutôt satisfaite :

« Nous avons récolté 38 000 euros les quinze premiers jours, dont 90% d’engagement à moins de 500 euros. »

L’acquisition du GFA nécessite de réunir 378 617 euros. Il reste donc 196 159 euros à collecter. Les fonds placés sont directement affectés au domaine des Raux. Les paysans signent un bail rural environnemental, et leur production doit être en bio.

Cette alliance entre citadins écolos et paysans bio permet d’éviter l’artificialisation des terres, dont la ministre Cécile Duflot a fixé l’objectif à zéro en 2025.

*Rue89-02.01.2013.

**Préparer sa retraite de paysan

Pour une carrière complète, un exploitant retraité perçoit en moyenne 833 euros par mois en 2010 (retraite de base + retraite complémentaire). Donc pour assurer leurs vieux jours, ils achètent des terres tout au long de leur carrière, pour vendre le jour où ils arrêtent et s’assurer ainsi des revenus corrects.

Chantal Gascuel se souvient : « Un agriculteur se retrouve désormais en fin de carrière à la tête d’une ferme de 200 hectares. Seulement, quel jeune a les moyens d’acheter 200 hectares pour s’installer ? Quand nous nous sommes installés en 1984 avec Jean-Sébastien, la taille moyenne d’une exploitation, c’était 25 hectares. »

Lorsqu’un enfant de paysan souhaite reprendre l’exploitation, elle a un tel prix qu’il doit s’endetter lourdement et travailler toute sa vie pour rembourser ses frères et sœurs. Souvent, les bâtiments sont vendus pour devenir des maisons individuelles et les terrains sont rachetés par des exploitations voisines souhaitant s’agrandi

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Ruée sur les terres africaines

Après les minerais ou le pétrole, les terres africaines suscitent les convoitises étrangères. Des millions d’hectares cultivables ont déjà été cédés, dans la plus grande opacité, par les autorités du continent. A l’initiative de multinationales de l’agroalimentaire et d’Etats, notamment du Proche-Orient et d’Asie, de nombreux projets sont à l’étude qui, s’ils vont à leur terme, mettront en danger les sociétés, les équilibres naturels et l’agriculture locale. Think global act local, avec Anne-Laure et Michel c’est le retour du fermage et la colonisation par l’intérieur, un vrai progrès.

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9 réponses à “un agriculteur bio, heureux et prospère”

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