Les intellectuels s’impliquent

Pour “construire une Algérie juste et égalitaire”

Les universitaires s’impliquent dans le débat politique

Ils ont créé une force d’alerte et de proposition

Fatma Oussedik a alerté sur la situation de “chaos”, rendue possible par “l’affaissement de l’État et de ses institutions”.

Les enseignants universitaires d’Alger se sont exprimés de nouveau sur les enjeux de la présidentielle de 2014. Hier, ils ont organisé une conférence-débat, dans la matinée, à l’université de Bouzaréah, consacrée à la situation sécuritaire dans le pays ainsi qu’à la crise qui secoue actuellement le M’zab et aux reculs de l’université algérienne. Comme le signalera la sociologue Fatma Oussedik, les thèmes choisis renvoient à “la fragilité à nos frontières, la fragilité à l’intérieur du pays et la fragilité de l’université algérienne”. Louisa Aït Hamadouche, la première à intervenir, a mis en exergue le rapport entre la question sécuritaire et la présidentielle 2014. Pour l’enseignante à l’université de sciences politiques d’Alger, “le discours officiel est fondé sur l’idée du vote-refuge, comme seul moyen d’éviter que l’instabilité soit importée en Algérie”. Selon Mme Aït Hamadouche, ce discours repose sur “la peur et la délégitimation des changements politiques, qui interviennent chez nos voisins”. En plus clair, si le diagnostic de la situation sécuritaire est “bon”, les gouvernants préconisent “un mauvais traitement”, s’appuyant sur “le repli sur soi et l’immobilisme”. “Le remède n’est pas exclusivement sécuritaire, le remède est dans la construction d’un État fondé sur la crédibilité des institutions, la légitimité politique et la participation de tous les citoyens dans la réalisation d’une sécurité pour tous”, a-t-elle révélé. De son côté, Mme Oussedik, tirant les leçons des incidents de la région du M’zab, a admis que “nous sommes gouvernés par la peur”. Pour appuyer ses dires, la sociologue est revenue sur le mépris affiché par les dirigeants envers la population, “les petites blagues” du chef de campagne,
M. Sellal, le recul de la loi au détriment de la violence et les “manipulations frauduleuses” lors des élections. “Toutes ces pratiques ont permis un hold-up sur les appareils de l’État et sur l’argent de la nation”, a-t-elle déclaré. Fatma Oussedik a alerté sur la situation de “chaos”, rendue possible par “l’affaissement de l’État et de ses institutions”. “Nous sommes aujourd’hui confrontés à un blocage historique”, a-t-elle soutenu, en plaidant pour “une redéfinition” des rapports État/population et en établissant la relation souveraineté/État moderne. L’autre intervenant, Mohamed Ghoulamallah, a parlé de “l’énorme gâchis” des ressources matérielles et humaines de l’université. Sans taire les “gros efforts” fournis par les gouvernants depuis l’Indépendance dans l’enseignement supérieur, ce dernier a dévoilé l’“instabilité” démographique, pédagogique et scientifique, dans l’histoire de l’université, qui se perpétue à ce jour. Selon lui, l’université a fait des pas de géant, mais la qualité laisse à désirer. “Nous avons voulu sortir du modèle français pour aller vers le modèle américain”, a indiqué plus loin le sociologue, en référence à la réforme de l’université entamée dès 1971 et qui se poursuit à travers le système LMD, avant d’ajouter : “Nous assistons à une crise de gouvernance de l’université, qui est l’expression d’une crise globale de la gouvernance de la société.” Au cours du débat, enseignants et étudiants ont témoigné sur “l’état de délabrement” de l’université algérienne. D’aucuns ont tiré la sonnette d’alarme sur “l’impasse politique” dans le pays et les risques de “liquidation de la nation”, déplorant qu’aucun des six candidats à la présidentielle “n’ait pris la mesure de la crise” qui frappe l’Algérie. D’autres ont insisté sur “le devoir de transmission du savoir” des enseignants et sur “la force de proposition” qu’ils représentent, appelant “à reconstruire les instruments de veille et à réagir dans la durée”. À midi, les enseignants se sont dirigés vers le portail d’entrée pour rencontrer les autres journalistes, pour les informer des débats de la matinée, mais également du “rôle d’alerte et de vigilance” qu’ils tiennent à jouer pour “construire une Algérie juste et égalitaire”.*Par : Hafida  Ameyar-Liberté-Jeudi, 20 Mars 2014

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*Mohammed Harbi. Historien :

«Aujourd’hui, l’armée a des partis»

Devant les nombreux invités de l’association Agir pour le changement et la démocratie en Algérie (ACDA), Mohammed Harbi a indiqué qu’«un pôle de gauche peut constituer une alternative démocratique. C’est une possibilité, d’autant plus que la situation sociale dans notre pays est tout à fait dramatique pour les classes populaires et le monde ouvrier».

de Paris* correspondant d’El Watan
Le conférencier n’a pas mâché ses mots pour dénoncer la situation économique et sociale du pays : «Dans les entreprises algériennes, on voit des rapports de travail de type sociétés précapitalistes. En Algérie, il y a une vraie lutte de classes qui ne dit pas son nom.» Refusant de s’inscrire dans le contexte d’une élection fermée, M. Harbi affirme que ce qui l’intéresse «dans l’alternative, c’est la fonction sociale des acteurs de la vie politique. Je suis intéressé par les classes populaire et ouvrière. Je voudrais un avenir où elles aient une place. C’est en fonction de cet avenir que j’analyse la situation, non pas en fonction de l’élection du 17 avril ou du 4e mandat».

Une nouvelle phase dans la relation entre l’armée et le système politique

Sur la supposée lutte de clans au sein de l’armée et du régime, l’ancien cadre du FLN s’adresse directement à l’opinion publique en lui demandant de «ne pas se laisser obnubiler par les luttes qui se passent aujourd’hui, en ce sens qu’il s’agit de luttes de factions». Fin connaisseur du système algérien, l’auteur de FLN, Mirage et réalité (1980), a expliqué que «la relation entre l’armée et le système politique qu’elle a créé est en train de connaître une nouvelle phase. Autrefois, la Sécurité militaire était le parti politique de l’armée. Aujourd’hui, l’armée a des partis. Et la police politique est devenue un appareil à la disposition de groupes particuliers». Selon lui, la tendance militariste de la vie politique algérienne «a été mise en œuvre depuis le CNRA du Caire de 1957».

C’est à cette occasion que la primauté du politique sur le militaire, instaurée par le Congrès de la Soummam, a été effacée. Cela s’est confirmé avec la mainmise de l’état-major sur l’Etat après l’indépendance. «L’hégémonie du corps militaire sur la politique a connu trois phases. Le début était la création de l’état-major. Puis il y a eu l’alliance entre cette structure et Ben Bella pour accaparer le pouvoir. Enfin, le coup d’Etat du 19 juin 1965. Cela a provoqué plusieurs crises au sein de l’armée : avec plusieurs commandants du Nord-Constantinois, ensuite avec le colonel Chaabani. L’issue du conflit entre le colonel Tahar Zbiri et le colonel Boumediène a finalisé définitivement l’unification totale de l’armée. Cette hégémonie militaire a donc été acquise à partir de 1967», a précisé l’orateur.

En plus du caractère militaire de l’Etat algérien, Mohammed Harbi affirme que le régime Boumediène a développé un fort caractère policier à travers la Sécurité militaire.«Quand Chadli arrive, il essaye de casser le pouvoir de cette police politique. Il n’a pas réussi puisque c’est lui qui est contraint de partir. A partir des années 1990, cette police prend la main dans tous les secteurs de la société. Les services avaient l’atout de contrôler la ‘fiche bleue’, qui est l’appréciation qu’ils donnent sur les gens désignés à des postes. Cela a permis à la police politique de pénétrer dans tous les appareils de l’Etat. L’Etat algérien était donc l’armée et après c’est la police politique qui prend de plus en plus de pouvoir», a-t-il conclu.**Samir Ghezlaoui-El Watan-30.03.2014

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