10 000 médecins algériens exercent en France

**Les médecins algériens, chouchous des hôpitaux français

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 20% des médecins français inscrits au Conseil national de l’Ordre des médecins sont… Algériens.

 A l’extérieur de ses frontières nationales, la médecine algérienne brille par sa compétence et son professionnalisme

*10 000 médecins algériens exercent en France

**cette fuite des compétences est justifiée par le manque de considération dont font l’objet les médecins en Algérie

Selon le docteur Bekkat Berkani Mohamed, président du conseil national de l’Ordre des médecins algériens, l’exil des praticiens algériens est justifié par le manque de considération dont ils font l’objet en Algérie.

Il y aurait quelque 10 000 médecins qui ont préféré s’installer et exercer en France. Cette déclaration faite par le docteur Bekkat Berkani Mohamed, président du conseil national de l’Ordre des médecins algériens, invité du forum d’El Moudjahid, est justifiée par le manque de considération dont font l’objet les médecins en Algérie. Selon ses propos, la santé n’a pas la place qu’elle mérite.

«Elle devrait être la préoccupation des autorités non pas en besoins matériels mais au-delà, explique-t-il. Il faut qu’il y ait un Conseil des ministres spécialement dédié à la santé, la formation, l’accès aux soins, les moyens humains pour avoir une feuille de route du secteur. Elle s’avère importante étant donné qu’il n’y a pas un état des lieux réel.» Concernant le projet de loi sanitaire, le Dr Bekkat Berkani revient sur le nombre important de réserves relevées par son instance. «Nous avons émis plusieurs réserves, mais nous n’avons pas consulté le brouillon de ce projet de loi afin de constater si elles ont été prises en considération ou pas.

Parmi les choses qui doivent absolument être incluses dans ce nouveaux texte, s’il on veut lui assurer une pérennité d’au moins 10 ans, l’agence du médicament. Il faut justement que cette nouvelle loi revoie dans le détail toutes les prérogatives de cette instance afin que sa décision soit décisive et irrévocable. Il faut également consacrer un chapitre à la prévention et lui créer un véritable office. Ce dernier doit réellement contrôler tous les éléments qui peuvent conduire à des maladies, à savoir l’environnement, la nature et la composition des aliments, et rendre, à travers un véritable travail de vulgarisation, l’information disponible à toutes les franges de la société», ajoute-t-il.

Même si, pour lui, cette nouvelle loi encore en phase de projet est très évolutive en s’intéressant à la santé mentale, pénitentiaire et à l’interruption volontaire de grossesse, elle doit absolument être axée sur les mécanismes à même de rétablir la confiance des citoyens dans les établissements sanitaires publics. Il faut également, selon le Dr Bekkat Berkani, revoir la carte sanitaire, revenir vers les secteurs sanitaires qui existaient dans le temps et assurer une meilleure décentralisation de la décision.

Il est obligatoire qu’il y ait un organisme de veille sanitaire qui serait le «journal officiel» des maladies transmissibles et non transmissibles, qui prendrait en charge la veille sur la bonne pratique des soins, dont le calendrier des vaccinations, et sera habilité à faire des déclarations pour assurer et rassurer le grand public quant à la propagation des maladies.

Toutefois, le Dr Bekkat Berkani considère inacceptable le fait qu’un grand chapitre de 40 articles soit intégralement consacré aux dispositions pénales pour les médecins et les personnels soignants : «Le code pénal est assez riche pour que ses dispositions soient claires et applicables à tout le monde.» Il remet également en question la formation des médecins qui ne répond pas aux besoins ainsi que celle des formateurs. Il estime qu’il n’y a pas assez de formateurs pour le flux important d’étudiants en médecine.

Il préconise l’obligation d’instaurer une sorte de concours aux bacheliers ayant une forte moyenne pour qu’il y ait une «élite de médecins» et les obliger à suivre une formation en langues française et même anglaise pour assurer le minimum d’apprentissage et de compréhension. L’invité d’El Moudjahid a évoqué le relationnel médecin/patient et médecin avec sa hiérarchie en mettant l’accent sur l’obligation d’ouvrir le dialogue avec les éléments du secteur public.

Tout en condamnant les erreurs médicales, le Dr Bekkat Berkani incite l’Etat à prendre en charge les dédommagements préalables et la réparation des erreurs. «Le secteur privé doit être complémentaire mais ne doit en aucun cas brouiller le travail du secteur public. Les honoraires ne doivent pas être fixés par la loi. Il faut qu’il y ait une fourchette générale, mais pas imposer des tarifs. Nous n’assurons pas un service commercial», conclut-il.*Asma Bersali / el watan / mardi 10 janvier 2016

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Bien formés et habitués à travailler dans des conditions difficiles, ils représentent aussi une main-d’œuvre bon marché et comblent un manque d’effectifs.Face aux déserts médicaux, collectivités et hôpitaux français font venir des praticiens d’Algérie et d’autres pays.Pour les mêmes tâches exercées, la rémunération des praticiens à diplôme hors Union européenne est moitié moins importante que celle de leurs confrères diplômés en France. Une précarité certaine qui dure depuis de nombreuses années.

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**Plus de 8 000 médecins algériens travaillent en France. Le flux ne s’est jamais tari, précise le docteur Mourad Kernane, vice-président de l’Association des médecins algériens de France.  [...] Outre-Atlantique, la communauté algérienne compte environ 18 000 personnes aux États-Unis, dont 300 chercheurs et scientifiques de haut vol, et près de 45 000 membres au Canada, dont plus de 4 000 cadres, médecins, avocats, enseignants et chercheurs. *Jeuneafrique -

********Karim Boudjema, le chirurgien aux 1.000 greffes de foie

***Chef du service de chirurgie hépatobiliaire et digestive du CHU Pontchaillou, le professeur Karim Boudjema est un des grands spécialistes mondiaux de la transplantation hépatique. Il en a déjà réalisé plus de 1 000. Un homme passionné par son métier mais aussi un extraordinaire transmetteur de savoir.***

       Une référence mondiale qui reste modeste

Le professeur Karim Boudjema.

L’un des grands spécialistes mondiaux de la greffe du foie est.. un Algérien

Il s’appelle Karim Boudjema. Ce médecin Algérien qui dirige le service de chirurgie hépatobiliaire et digestive du CHU Pontchaillou à Rennes en France est considéré aujourd’hui comme  l’un des grands spécialistes mondiaux de la transplantation hépatique, à savoir la greffe du foie. 

Originaire de Taher, petite ville de la wilaya de Jijel, Karim Boudjema est parti en France en 1973 pour faire ses études de médecine en France, à Paris, puis son internat en chirurgie, à Strasbourg. Et au fur des années, ce chirurgien s’impose par son talent et sa compétence. A 59 ans, durant toute sa carrière, il a déjà réalisé pas moins de 1 000 greffes. Ce sont autant de patients dont la vie a été sauvées d’une mort certaine et cruelle. “Sauver des vies est son quotidien”, résume parfaitement le quotidien régional français Ouest-France qui lui consacre un portrait très touchant. Dans cette vidéo, ce brillant médecin qui n’a pas oublié son pays natal puisqu’il vient souvent opérer en Algérie parle de son parcours et du développement de son savoir-faire . **algerie-focus./ 13 mars 2017***

Le professeur Karim Boudjema lors d'une greffe du foie au CHU de Rennes.

2 h 30 du matin. Karim Boudjema masse délicatement le foie qu’il vient de greffer dans le ventre de son patient. « À chaque fois je suis émerveillé de voir cet organe reprendre vie dès qu’on le revascularise. Il y a un côté magique », explique-t-il.

Un émerveillement que les 1 000 greffes qu’il a déjà réalisées n’ont jamais entamé. Un foie qui revit et un patient de 57 ans, condamné à très court terne sans cette opération, qui a gagné une espérance de vie beaucoup plus longue.

Chef du service de chirurgie hépatobiliaire et digestive du CHU de Rennes, Karim Boudjema, « 59 ans déjà », comme il le dit, est une référence internationale dans son domaine. Moins d’une dizaine de chirurgiens dans le monde ont son expertise et son talent. C’est aussi lui qui a mis au point, première mondiale, la greffe auxiliaire du foie.Et pourtant, il reste un homme modeste et d’une rare simplicité avec de grands idéaux humanitaires. Exigeant dans son métier mais très accessible. Des cheveux blancs, une grande stature longiligne et un regard qui semble toujours porter loin. Sauver des vies est son quotidien.

A son actif, déjà plus de 1000 greffes.

Karim Boudjema voit le jour à Taher, petite ville d’Algérie. Son père est médecin, son grand-père ouvrier.En 1973, le jeune homme traverse la Méditerranée pour faire ses études de médecine en France, à Paris, puis son internat en chirurgie, à Strasbourg. « Une école à laquelle je dois beaucoup et qui est pour moi l’une des plus grandes écoles de chirurgie européenne. »Là, auprès de ses maîtres, il se passionne pour les greffes du foie. « Je me rappelle des premières que j’ai réalisées. À l’époque, elles pouvaient durer plus de douze heures, voire 18 heures. Souvent, le patient ne survivait pas. »Puis, en 1998, il fait le choix du CHU de Rennes qui cherchait à développer l’activité hépatique. Il se révèle à la hauteur… Et bien plus que ça encore. « Aujourd’hui, on réalise une greffe en moins de quatre heures. Et ça marche quasiment à tous les coups. » Pourquoi ? « Le progrès du matériel, de nos techniques, de la réanimation… »

Une fierté pour cet homme dont l’une des plus grandes satisfactions est aussi de transmettre son savoir. Aux étudiants, en fac de médecine, mais aussi à ses collègues, en France et à travers le monde, dont l’Algérie où il se rend régulièrement pour opérer. « Actuellement, au CHU, nous sommes cinq chirurgiens à pratiquer les greffes. » Une école de l’excellence.En 2008, il se lance dans la politique et se présente comme candidat à la mairie de Rennes face à Daniel Delaveau. Une expérience qu’il ne regrette pas, même si elle a été éprouvante pour lui. La machine socialiste ne l’a pas épargné. Aurait-il été un bon maire ? Sans doute. Mais nombre de gens se sont aussi réjouis de garder un formidable chirurgien.

Et quand il n’opère pas et ne forme pas, il consacre beaucoup de temps au fonds Nominoë, dont il est le cofondateur et le président du comité scientifique. « C’est un fonds de dotation qui fait participer la population et une région dans le monde de sa santé. La santé c’est l’affaire de tous. »Nominoë a déjà permis la construction de maisons d’accueils pour les familles des enfants hospitalisés à l’hôpital Sud et d’une « biobanque » porteuse d’espoir pour la recherche.*source: ouest-france / 16 janvier 2017

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***D’après le Conseil national de la démographie médicale de France, près d’un quart des médecins étrangers exerçant dans l’Hexagone sont diplômés d’Algérie. Un paradoxe pour un pays dont le système hospitalier est grippé depuis plusieurs semaines. Avec plusieurs personnalités publiques, en premier lieu, le Président de la République Abdelaziz Bouteflika, partis à l’étranger pour se soigner, un manque de moyens et d’effectifs criant et un mouvement de grève prolongé de cinq semaines observé par le secteur médical, le constat est sans appel : la santé publique est malade en Algérie. En revanche, à l’extérieur de ses frontières nationales, la médecine algérienne brille par sa compétence et son professionnalisme, à en croire l’Atlas national de la démographie médicale, publié le 4 juin 2013 par le Conseil national de la démographie nationale français (CNOM). D’après cette étude, plus de 22% des médecins étrangers exerçant en France, soit quasiment un quart d’entre eux, sont originaires d’Algérie. Loin devant le Maroc (5,8%), la Tunisie (2,5%) et l’Egypte (1%). Les médecins formés en Algérie constituent donc le premier contingent de praticiens étrangers en France.

Sur la rive nord de la Méditerranée, il n’est pas rare de se faire soigner par un médecin maghrébin car, à eux seuls, les pays du Maghreb comprennent plus d’un tiers des docteurs formés à l’étranger exerçant sur le sol français. Ils représentent même plus de deux tiers des diplômés extra-européens, toujours selon ce rapport. Face à la crise des centres hospitaliers, désertés par les médecins locaux qui préfèrent exercer en libéral et dans les grandes villes de l’Hexagone, l’Etat français fait régulièrement appel à des diplômés étrangers. La septième édition de cet atlas révèle d’ailleurs que leur nombre est en constante augmentation, de l’ordre de 43% entre 2008 et 2013. Une tendance qui ne devrait pas s’infléchir étant donné que le CNOM table sur une progression de 34% d’ici 2018. Toutefois, l’arrivée des diplômés étrangers ne permet pas de pallier, à elle seule, le manque de spécialistes dans certains domaines, comme la radiologie ou l’anesthésie, en France, affirme la géographe de santé du CNOM, Gwenaëlle Le Breton, interrogée par nos confrères de Jeune Afrique. Selon elle, les médecins venus de l’étranger ne sont pas plus attirés que leurs confrères français par une installation en milieu rural.*AF- juin 11, 2013

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***«Vous avez vu, il marche maintenant !», lance une vieille dame en montrant son mari avancer prudemment dans le couloir. «Oui, c’est bien, c’est vraiment bien, il pourra sortir vendredi», répond Samir. Lunettes rectangulaires et barbe de trois jours, Samir, la trentaine, est arrivé en gériatrie un peu par hasard. Il y a exercé en tant qu’infirmier et y a pris goût. Des félicitations et des remerciements, il y en a partout sur ses feuilles d’évaluation. Après avoir obtenu le concours lui permettant d’exercer en tant que médecin en France, il attend de pouvoir être inscrit à l’Ordre des médecins et a, pour le moment, un statut de praticien attaché. Diplômé en médecine générale à Tizi Ouzou, il arrive en France en 2007. «J’ai fait des petits boulots et, en même temps, je faisais la capacité de médecine du sport. J’étais hébergé chez des amis. Après, pour me stabiliser, j’ai passé le concours d’infirmier, ça m’a permis de m’imprégner de la médecine française», explique-t-il. Il tient un an. «Je ne supportais plus de me voir en tant qu’infirmier, donner des cachets aux patients, sans responsabilité, sans rien.» Samir prépare alors la Procédure d’autorisation d’exercice (PAE). Selon la loi du 1er février 2012, les praticiens doivent passer une épreuve de vérification des connaissances. Il faut un certain nombre d’années d’exercice qu’on appelle les années probatoires, à effectuer dans des services de soins agréés pour la formation des internes français. «Le praticien passe un examen pratique écrit qui porte sur des cas cliniques concrets, plus un deuxième examen, sur présentation d’un dossier professionnel rempli par les chefs de service, sur la base duquel le parcours professionnel est évalué», explique Hocine Saal, médecin urgentiste et vice-président du Syndicat national des praticiens à diplôme hors Union européenne.

Régularisation

Il faut ensuite de nouveau déposer un dossier devant une commission d’autorisation d’exercice qui statuera sur l’aptitude du praticien à exercer en France. Après ça, le praticien s’adresse à l’Ordre des médecins et obtient son autorisation d’exercice et l’inscription à l’Ordre des médecins. «En moyenne, il s’écoule entre huit à dix ans entre le moment où le praticien pose le pied en France et le moment où il obtient l’autorisation d’exercer», précise Hocine Saal. Un délai relativement long, mais la loi de 2012 a fait beaucoup pour la régularisation des médecins diplômés hors de l’UE exerçant en France. Avant, la plupart exerçaient en tant que Faisant fonction d’interne (FFI), un statut d’étudiant à faible rémunération (1400 euros nets par mois). Cette loi a permis à tous ceux qui travaillaient en tant que FFI de changer de statut et de passer à praticien attaché ou associé, mieux rémunéré (1800 euros nets par mois). Et en quelques années via la PAE, les médecins associés ou attachés ont ensuite la possibilité de régulariser leur statut et obtenir le statut de praticien hospitalier. Une régularisation nécessaire, d’autant que la France a besoin de ces médecins étrangers, car elle manque d’effectifs. «Durant des années, les autorités ont serré le quota de médecins diplômés en France avec l’idée qu’en réduisant le nombre de médecins, ils réduisaient les dépenses de santé. Sauf que déjà à la fin des années 1980, ils savaient qu’il y avait un vide démographique. Depuis, ils ont remonté le quota des promos de médecine, mais il faudra combler ce manque pendant quelques années encore», explique Madjid Si Hocine, médecin gériatre et membre de l’association Solimed (Solidarité médicale franco-algérienne). Pour ceux qui sont arrivés avant que la loi ne donne un statut aux médecins étrangers, la situation est toute autre. Taïeb Ferradji, pédopsychiatre, est arrivé en France au début des années 1990.

A priori

Il a dû refaire intégralement ses études en France après dix ans d’études en Algérie. Soit dix-huit ans d’études en tout. «Ce qui était difficile, c’était d’arriver avec un diplôme de médecin spécialiste et de se rendre compte qu’en fait, il ne vaut rien. Il faut recommencer à zéro», explique-t-il. Madjid Si Hocine, médecin gériatre, est lui aussi arrivé en France à la même période. Jusqu’en 2005, les régularisations se font au compte-gouttes, alors dès que la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) est créée, fin 2004, Madjid Si Hocine la saisit, avec d’autres médecins. «J’ai écrit au président de la Halde qui a jugé qu’il y avait une discrimination de traitement des médecins diplômés hors UE. Cela a eu un réel impact sur les lois.». Il y a, selon le Conseil national de l’Ordre des médecins, 17 835 médecins diplômés à l’étranger en activité en France et la majorité (22%) vient d’Algérie. Alors, quel regard portent les médecins français sur ces médecins algériens ? Le sentiment partagé par plusieurs d’entre eux est que le niveau des médecins formés en Algérie a baissé depuis quelques années. «J’ai l’impression que les médecins algériens étaient meilleurs il y a dix, quinze ans. Il y a eu un moment où l’apprentissage est devenu très livresque. Des médecins, excellents en termes de connaissances pures qui, une fois face à un patient, ne sont pas bons», estime le docteur Matthias Wargon, médecin urgentiste en région parisienne. Selon lui, le niveau des médecins formés en France ou même en Tunisie est homogène, alors que celui des médecins algériens peut varier du tout au tout. «Il y a des pays pour lesquels je vais être moins méfiant comme la Tunisie, que je situe au même niveau que la France. Pour les Algériens, je vais avoir un a priori moins favorable», reconnaît Matthias Wargon, qui a eu quelques expériences malheureuses avec des médecins algériens. Pour la plupart des médecins algériens interrogés, le retour au pays est envisagé, notamment pour transmettre les connaissances et le savoir-faire acquis en France, mais ce retour n’est pas toujours réalisable, les longues années passées dans le processus d’équivalence en France n’étant pas prises en compte en Algérie.

Paupérisation

«Si on retourne on Algérie, on perd deux ou trois ans. On doit retrouver notre place de résident. Bref, on ne peut pas faire marche-arrière. On est coincés en France. Si c’était à refaire, je ne repartirais pas parce que je ne vois plus ma famille restée là-bas», confie Samir. Et pourtant, en Algérie, les possibilités d’évolution sont plus nombreuses et les salaires augmentent. «Je pense qu’en Algérie, il y a plus de potentialités qu’en France, il y a plus de moyens. En France, la profession de médecin se paupérise», estime Madjid Si Hocine. Il veut voir les médecins algériens exerçant en France comme une force de travail mobilisable par l’Algérie. «Il faut voir le côté positif des choses : cela a permis aussi à des Algériens de se construire un niveau scientifique dans des domaines auxquels ils n’ont jamais eu accès. C’est un capital en jachère, c’est comme les réserves de pétrole dans le Sahara. La gériatrie n’est pas enseignée en Algérie. Moi, j’irai très volontiers donner quelques cours là-bas.» En France, après des années d’encadrement strict du nombre d’étudiants admis au concours en première année de médecine, ce numerus clausus devrait s’ouvrir dans les années à venir pour combler les besoins dans certaines régions.

Rebuffades

En moyenne, 85% des étudiants inscrits en première année commune aux études de santé (Paces) ne passent pas en deuxième année. Un taux d’échec qui peut créer des tensions au sein des services hospitaliers, en particulier face aux médecins étrangers qui n’ont pas à passer ce concours. «Nous, nous avons des infirmiers qui ont raté la médecine, donc quand ils voient un médecin avec un diplôme étranger qui n’a pas le niveau et qui peut quand même exercer, évidemment que cela crée des rancœurs», explique le docteur Wagron. «Pour beaucoup de Français, c’est un traumatisme, car dans beaucoup de familles, il y a un cousin, un neveu qui a voulu faire médecine et qui n’a pas réussi. Ce qui peut expliquer certaines rebuffades plus tard pour accéder à certaines positions», renchérit Madjid Si Hocine. Une «rebuffade», c’est ce qu’a vécu le docteur Ferradji. «On appelle ça le plafond de verre. On voit le ciel, mais on n’y accède pas», explique-t-il. Après treize années passées dans un hôpital de la région parisienne, il a changé d’établissement lorsqu’on lui a fait comprendre qu’il ne pourra jamais devenir professeur, en raison de son origine. «La patronne que j’avais là-bas m’a dit les yeux dans les yeux : ‘Si on était en Algérie, tu serais déjà professeur’.» Avant d’ajouter : «Je ne t’autorise pas à candidater», raconte le pédopsychiatre. «Les Algériens ont fait leur chemin depuis le début des années 1990, beaucoup ont réussi professionnellement», nuance Madjid Si Hocine. Il se dit heureux, épanoui professionnellement et pense que c’est le cas de beaucoup de médecins algériens en France. Lui aurait pu devenir professeur, mais il ne l’a pas souhaité. Avec les lois successives, le statut des médecins étrangers en France s’est éclairci, est devenu plus juste et si le chemin est long, il est largement réalisable. 

Les sages-femmes dans l’impasse :

Le cas des sages-femmes qui viennent travailler en France est encore plus compliqué. Leur statut est également régi par cette loi de 2012. Elles doivent donc passer le concours, celui de la procédure d’autorisation d’exercice (PAE). Cela coince lorsque les lauréates du concours doivent effectuer leur année probatoire sous le statut de sage-femme associée, un statut qui n’existe pas dans les faits.

«Depuis que j’ai eu le concours en 2012, j’ai postulé dans les hôpitaux et je n’ai eu que des refus. Ils me disent qu’ils n’ont pas de budget, pas de poste sur le statut demandé», explique Wahida. A 38 ans et après avoir travaillé dix ans en Algérie, elle attend depuis un an de trouver un poste de sage-femme associée en France. Wahida sort tout juste d’un rendez-vous au ministère de la Santé, où elle a exposé sa situation avec d’autres sages-femmes. «On a demandé au ministère de débloquer des budgets et de réduire l’année probatoire à six mois.»

Pas si sûr que cela change la donne, mais elle a bon espoir. «Historiquement,  la loi qui a créé le statut d’associé s’appliquait aux médecins, aux pharmaciens et aux chirurgiens-dentistes, mais jamais aux sages-femmes», explique Madjid Si Hocine. A choisir, les hôpitaux préfèrent embaucher une sage-femme diplômée en France qui est inscrite à l’Ordre des médecins, plutôt que de prendre une sage-femme en période probatoire.

«Depuis 2009, sur 55 lauréates seulement 6 ont pu faire leur année probatoire», s’insurge Wahida. Elle a envisagé un temps de faire autre chose, puis elle a monté un groupe et entend défendre leur position. «Le fait que je sois là aujourd’hui, au ministère de la Santé pour défendre mon métier, je le raconterai un jour à ma fille, confie-t-elle. C’est quelque chose dont je suis fière !»*Aurélia Frescaline*El Watan-31.01.2014

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*Pénurie de médecins en France

Comment en est-on arrivé à manquer à ce point de médecins en France ? Pourquoi a-t-on empêché des dizaines de milliers d’étudiants capables et motivés de faire des études de médecine, au point de devoir « importer » massivement des médecins étrangers pour lutter contre la désertification médicale ? J’ai découvert un document exceptionnel qui répond à toutes ces questions et je voudrais partager quelques bonnes feuilles avec vous.

Gouverner, c’est prévoir ! Cet aphorisme d’Émile de Girardin a malheureusement été ignoré par les gestionnaires successifs de la démographie médicale française depuis 40 ans.

Le résumé historique qui suit met en lumière les mécanismes et les acteurs de la régulation désastreuse des effectifs de médecins français depuis 1971.

Les mécanismes sont universels : ambition personnelle, absence de vision à long terme, approche financière plutôt qu’humaine, désir de domination de l’administration, corporatisme et protection des situations acquises.

Les acteurs de ce désastre n’ont subi aucune remontrance, aucune sanction, aucun opprobre. La plupart d’entre eux coulent une retraite paisible ou occupent encore des postes à haute responsabilité.

Ce billet s’appuie quasi exclusivement sur un document exceptionnel : un livre publié en 2011 par le Dr Daniel Wallach : « Numerus clausus, pourquoi la France va manquer de médecins ». Le lien permet d’accéder à de nombreux extraits ou d’acheter le livre en version électronique.

Tout commence en 1971

Depuis quelques années, les inscriptions en faculté de médecine ont triplé, passant de 3000 à 9000 étudiants par an. Mai 68 est passé par là, mais surtout, la toute récente convention médicale a solvabilisé la clientèle et rendu très enviable la situation financière de la profession.

Quelques voix s’élèvent alors sur les dangers d’une inflation des effectifs médicaux, avec le double spectre d’une flambée des dépenses censées être stimulées par l’offre de soins, et d’une paupérisation des médecins devenus trop nombreux.

Gestionnaires et syndicats médicaux se rejoignent pour demander une limitation du nombre de médecins formés.

A cette époque, la décision est loin d’être absurde. Le demande de soins n’est pas très importante, et les médecins sont loin d’être débordés. La crainte d’un afflux de praticiens désoeuvrés est tout à fait compréhensible.

Le mot sélection n’étant pas politiquement correct 3 ans après mai 1968, on trouvera le terme numerus clausus pour qualifier la limitation arbitraire du nombre d’étudiants admis en 2ème année de médecine.

Le chiffre retenu en 1971, 8588 étudiants, constitue d’ailleurs une limitation plutôt raisonnable.

Mais la situation se durcit en 1977, après le choc pétrolier et sous l’influence de Simone Veil.

C’est pourtant à ce moment, à la fin des années 80, qu’il aurait fallu anticiper les besoins accrus qui s’annonçaient pour la décennie suivante.

Malheureusement, la CNAMTS devient alors le fer de lance du mouvement en faveur de la diminution du numerus clausus ; la caisse va jusqu’à considérer qu’il faut reconvertir des milliers de médecins. Gilles Johanet est son nouveau directeur. Il est énarque, conseiller à la cour des comptes. Il sera le principal artisan de la limitation drastique du nombre de médecins formés qui descendra à 3500 en 1993.

Ce n’est qu’en 1998, et donc bien tardivement, que les autorités sanitaires et les syndicats médicaux prennent brutalement conscience du risque de pénurie qui se profile pour les années 2000. Quasiment seul contre tous, Gilles Johanet pèsera de tout son poids pour bloquer le numerus clausus au plus bas.

Ces données démographiques étaient suffisantes pour anticiper la pénurie menaçante, même en ignorant l’impact de la féminisation de la profession (les femmes médecins travaillent souvent moins que les hommes car elles gardent une vie familiale).

Au passage du siècle, tout bascule. L’évidence de la pénurie devient criante. Le numerus clausus commence à être relevé. Il est malheureusement trop tard, du fait des 10 ans qui sont nécessaires pour « fabriquer » un médecin libéral opérationnel. L’énorme creux des années 1985-2005, qui aurait dû être corrigé 10 ans plus tôt, sera impossible à rattraper.

La redoutable pénurie que des gestionnaires à courte vue ont laissé perdurer produit l’effet d’un repoussoir sur les jeunes générations : les nouveaux diplômés ne s’installent plus, redoutant d’être piégés comme leurs aînés qui croulent sous la demande. Ils bénéficient de revenus confortables en remplaçant des médecins libéraux débordés, vieillissants et exténués par la charge de travail. Les emplois salariés qui se sont multipliés paraissent bien plus attirants que l’exercice libéral avec ses contraintes croissantes et archaïques.

Gilles Johanet se lance alors dans une fuite en avant en souhaitant imposer le conventionnement sélectif suivant le lieu d’installation, mais Martine Aubry refuse et il démissionne en 2002. Enfin ! Serait-on tenté de dire a posteriori. Il retournera à son corps d’origine (Cour des Comptes) avant de goûter au privé aux AGF où il tentera de lancer un système de médecine pour VIP.

Le point de non-retour ayant été atteint, l’augmentation tardive du numerus clausus ne fonctionnera pas. La médecine libérale, déjà mise à mal par l’hospitalo-centrisme de la formation et le blocage des honoraires conventionnels, ne s’en remettra pas.

Le mythe d’une mauvaise répartition des médecins avec des régions sur et sous-dotées perdurera quelques années avant que s’impose l’évidence : il existe des déserts médicaux jusque dans Paris. Quasiment toutes les régions sont sous-dotées en médecins libéraux ou en passe de le devenir.

Comme je vous le disais en introduction, l’impéritie de ces gestionnaires ne sera jamais sanctionnée. Les syndicats les plus arc-boutés sur le numerus clausus deviendront majoritaires (CSMF – SML) et Gilles Johanet se verra confier l’importante direction du Comité économique des produits de santé, ce haut lieu d’influences où se discute à huis-clos le prix des médicaments.*atoute.org

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**L’Algérie perd chaque année des intellectuels et cadres hautement qualifiés, qui  font le choix de l’étranger

Le 5 mars, quinze policiers sont venus arrêter Mohamed Cherfi dans une des  églises de Québec où il s’était abrité pour ne pas être expulsé. Ce réfugié  politique algérien arrivé au Canada en 1998 a été extradé manu militari pour  avoir changé d’adresse sans en informer les autorités compétentes. Depuis la  levée du moratoire protégeant les exilés algériens en avril 2002, de telles  scènes sont légion. Son avion pourrait d’ailleurs croiser celui de jeunes  compatriotes diplômés qui seront, eux, accueillis à bras ouverts. La journée  d’étude consacrée au sujet courant février dernier à Alger permet de mesurer  l’ampleur du phénomène.
« Je viens d’obtenir mon premier emploi à Montréal,  explique Myriam, une jeune diplômée algérienne. Je ne supportais plus mon  quotidien et j’avais peu d’espoirs de trouver un travail gratifiant après mon  DESS de biologie. » Formée en Algérie, comme 90 % des cadres qui ont quitté le  pays ces dernières années, la jeune femme prend probablement un aller simple. « Ces migrants font en général un troisième cycle à l’étranger après avoir  effectué tout leur cursus au pays, explique Fatima Bouchemla, ex-ministre  déléguée auprès du chef du gouvernement chargée de la communauté nationale à  l’étranger. Ils se font une situation dans le pays d’accueil et ne reviennent  pas. » Entre 50 000 et 400 000 personnes hautement qualifiées ou en passe de le  devenir auraient fui l’Algérie ces vingt dernières années. Les intellectuels, en  première ligne pendant ces sanglantes décennies, ont, pour beaucoup, pris le  chemin de l’exil. Une vague de départ qui a dégarni les rangs professoraux. Sans  moyens, sans matériel et sans enseignants, les étudiants se sont mis à rêver de  les imiter. Résultat, ceux qui peuvent le font, et de plus en plus tôt. « En  2003, plus de 3 000 demandes de visas étudiants ont été présentées aux autorités  consulaires françaises, explique le médecin Mohamed Amiche, chargé de recherche au CNRS. Les jeunes se ruent pour quitter  le pays dès la sortie du baccalauréat, alors qu’avant ils partaient à l’étranger  pour un troisième cycle. »
Les élites algériennes auraient-elles toutes  quitté le navire ? « Le nombre de candidats au départ augmente régulièrement,  mais nous ne savons pas exactement combien sont partis, affirme Fatima  Bouchemla. C’est une véritable mine d’or que nous n’utilisons pas et que  d’autres pays exploitent. » On sait bien qui accueille ces cerveaux en rupture  de ban. En premier lieu la France, pour des raisons historiques et géographiques  évidentes. En 1999, sur les 17 000 étudiants algériens résidant à l’étranger, 14  600 y avaient élu domicile. De plus, environ 20 000 avocats, médecins, cadres,  intellectuels et artistes d’origine algérienne étaient cette même année recensés  par l’Insee. Plus de 8 000 médecins algériens travaillent en France. « Le flux  ne s’est jamais tari », précise le docteur Mourad Kernane, vice-président de  l’Association des médecins algériens de France. La Belgique, l’Allemagne et le  Royaume-Uni sont également des destinations privilégiées en Europe.  Outre-Atlantique, la communauté algérienne compte environ 18 000 personnes aux  États-Unis, dont 300 chercheurs et scientifiques de haut vol, et près de 45 000  membres au Canada, dont plus de 4 000 cadres, médecins, avocats, enseignants et  chercheurs. Plus de 3 000 étudiants algériens sont en cours de formation au Canada.
Les cadres du Sud sont les  bienvenus en Occident. En 1998, la France a attiré des centaines  d’informaticiens étrangers en accélérant les procédures de recrutement et  d’entrée sur le territoire. « La plupart des pays membres de l’Organisation de  coopération et de développement économiques [OCDE] accordent une attention  particulière aux médecins et aux infirmières », explique un expert de cet  organisme. En décembre 2002, le marché canadien s’est par exemple ouvert aux  professionnels de la santé étrangers, qui se sont engouffrés dans la brèche. La  France devrait suivre dès le mois de juin prochain en modifiant son mode de  recrutement des médecins étrangers concernant six spécialités menacées  d’extinction (dont l’orthopédie et la psychiatrie). « Cette mesure intervient  pour faire fonctionner des structures qui sont aujourd’hui presque fermées par  manque de spécialistes », estime Mourad Kernane. « Le visage de l’immigration  algérienne a changé, ajoute Fatima Bouchemla. Une nouvelle génération composée  d’intellectuels et de cadres matures et déterminés a remplacé celle des ouvriers  et des manoeuvres. » Contrairement aux premiers immigrés, qui économisaient pour  pouvoir un jour revenir au bled, ceux-là nourrissent rarement des rêves de  retour définitif au pays.
« Les conditions de vie algérienne ne motivent pas  ces exilés hautement qualifiés et souvent mariés dans le pays hôte », explique  le médecin algérien Mourad Kernane. En France, ils seraient à peine deux cents  médecins algériens à avoir fait le voyage du retour depuis 1995. « Beaucoup ont  eu une très mauvaise expérience, ajoute le vice-président de l’Association des  médecins algériens de France. Les banques ne coopèrent pas, l’installation est  difficile, et importer du matériel revient très cher car aucune facilité  douanière n’est accordée, contrairement à ce qui se passe en Tunisie. » Avant  l’année dernière, il était très difficile pour un spécialiste formé en France  d’obtenir l’équivalence de son diplôme en Algérie. « Ceux qui voulaient revenir  ont attendu sept ans, c’est trop tard, ils ont maintenant une famille et des  enfants sur place. Ils ne rentreront plus. » Beaucoup de bonnes volontés  auraient été découragées par l’absence de détermination politique du  gouvernement algérien. « En Algérie, le salaire d’un spécialiste équivaut à  celui d’une secrétaire, explique un médecin algérien installé à Paris. En deux  gardes, je gagne sensiblement le même salaire mensuel qu’un chef de service dans  mon pays. »
La soif d’apprendre est pourtant immense en Algérie. Plus de 700  personnes étaient présentes durant une semaine cet hiver lors du cours de  biologie moléculaire dispensé par des spécialistes mondiaux à l’université des  sciences et de la technologie Houari-Boumedienne (Alger). Cette initiative,  lancée par l’association parisienne Algebio, dont le médecin algérien Mohamed  Amiche est le président, se renouvellera tous les deux ans. Mais la volonté  politique est-elle au rendez-vous ? Le père de cette rencontre a dû mettre la  main à la poche pour acquitter des droits de douane supplémentaires sur le  matériel qu’il offrait à l’université d’accueil…**Jeuneafrique-22/03/2004

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*La médecine française a elle aussi ses sans-papiers !

En France, des milliers de médecins diplômés en dehors de l’Union européenne exercent dans les hôpitaux publics. Sans statut, ni reconnaissance. Ils viennent d’Algérie, du Sénégal, du Canada, de Russie ou encore du Liban. Ils exercent la médecine dans les hôpitaux publics hexagonaux depuis des années. Ils assurent la prise en charge des patients, effectuent des consultations, se rendent au bloc opératoire et réalisent gardes et autres astreintes. Mais au regard de la loi française, ces « médecins de fortune » ne sont pas réellement des « docteurs ». Pas en raison de leur nationalité. À cause de celle de leurs diplômes. Ce sont les PADHUE, les praticiens à diplôme hors Union européenne. Leur particularité : ils pourraient exercer librement la médecine dans leur pays d’origine puisqu’ils en sont diplômés. Seulement la France ne reconnaît pas leur diplôme. Du coup, le libre exercice de la médecine en France leur est interdit. Concrètement, les PADHUE ne peuvent aspirer qu’à des postes au sein d’établissements publics de santé. Pourtant, leur importance dans le système français de santé est capitale.

« Je ne connais pas un établissement hospitalier qui pourrait se passer de ses PADHUE. Ils sont incontournables pour le bon fonctionnement du service public de santé français », explique Hocine Saal, secrétaire général du syndicat national des PADHUE. Un constat largement partagé par Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF) : « Enlevez les PADHUE et il faudra fermer tous les hôpitaux qui disposent de services de permanence de soins. Au Samu, aux urgences, en chirurgie ou en neurochirurgie, les PADHUE sont légion. Ils assurent les gardes, les astreintes et travaillent les jours fériés. Ils sont indispensables. »

Précarité

Alors si dans les faits les PADHUE exercent effectivement la médecine, d’un point de vue administratif, ce ne sont pas des médecins. Du moins, ils ne répondent pas à l’appellation « docteur en médecine ». Pour prétendre à cette consécration synonyme d’inscription au tableau de l’Ordre des médecins, les PADHUE doivent se soumettre à un long processus d’évaluation dont l’étape principale passe par la validation de la PAE, la procédure d’autorisation d’exercice. Sans cela, les PADHUE ne peuvent espérer aucune évolution, ni de leur carrière ni de leur salaire. D’ailleurs, pour les mêmes tâches exercées, la rémunération des praticiens à diplôme hors Union européenne est moitié moins importante que celle de leurs confrères diplômés en France. Une précarité certaine qui dure depuis de nombreuses années.

Depuis les sept années qu’elle exerce en France, Widad Abdi a pu mesurer l’ampleur du problème. À 34 ans, elle pratique l’anesthésie depuis plus de dix ans : « J’ai toujours eu le même statut. Du coup, j’ai le même salaire depuis mon arrivée en France, c’est-à-dire celui des internes à leur tout début. Sauf qu’eux, ils ont connu une évolution traditionnelle : je les ai vus prendre du galon, devenir chefs de clinique ou praticiens hospitaliers, avec les responsabilités et les salaires qui vont avec. Moi je n’ai pas bougé. »

La raison de cette différence de traitement : à l’heure de la mondialisation de la médecine, la reconnaissance des diplômes étrangers n’est pas automatique. Seuls les ressortissants communautaires (membres de l’Union européenne et de l’Espace économique européen) voient leurs diplômes validés quasi automatiquement. Pour les autres, il faut en passer par la PAE. La communauté médicale souhaite par là préserver le niveau de son système de santé en s’assurant que « les nouveaux entrants ont le niveau ». Sur le fond, personne ne conteste l’existence d’un système d’évaluation. « La France ne peut pas se permettre de faire n’importe quoi en faisant venir n’importe qui. Il faut maintenir le niveau d’excellence de la médecine française, c’est une évidence, personne ne revient sur ce point », tient à préciser Hocine Saal.

La PAE en question

Ce qui est moins unanimement admis, c’est la forme de la PAE, jugée nébuleuse et aléatoire par certains. Elle soulève certains points d’interrogation et parfois même des points d’exclamation, à l’instar du docteur Patrick Pelloux qui pointe du doigt ce système : « C’est ridicule ! La PAE ne veut rien dire. Elle n’est pas adaptée à la réalité du terrain. »

Car concrètement, les praticiens à diplômes hors Union européenne doivent d’abord se soumettre à un concours drastique (en 2009, selon le Centre national de gestion des praticiens hospitaliers, 165 postes étaient disponibles pour 1 078 candidats) avant de passer devant une commission composée de représentants de la communauté médicale. Cet aréopage rendra ensuite un avis définitif sur le praticien, lui autorisant ou non le libre exercice de la médecine en France.

Ce processus est très lourd et rares sont les élus. Widad Abdi est l’auteur de plusieurs publications renommées dans sa discipline, l’anesthésie, et pourtant : « En 2010, en anesthésie, nous étions environ 300 candidats pour 10 à 15 postes. À chaque fois, j’ai bien plus de la moyenne et je n’ai jamais été reçue. D’autant que je n’ai jamais compris les grilles de notation des examinateurs. Sur deux années, pour la même matière, j’ai eu plus de 6 points d’écart entre les deux notes. »

« Ce dispositif est beaucoup trop lourd. Il y a par exemple des épreuves de connaissances du français ! Pourquoi ne pas faire passer des épreuves sportives aussi tant qu’on y est ? Il faut arrêter avec l’hypocrisie. Si ces personnes-là exercent depuis des années, c’est bien qu’elles sont compétentes ! Sinon personne dans le monde médical ne les ferait travailler », s’insurge Patrick Pelloux.

Compétences

Il apparaît pourtant difficile d’assurer que les 4 000 PADHUE soient tous du même niveau. Certaines voix s’élèvent d’ailleurs contre ce postulat. « On ne peut présager de rien. L’hypocrisie, c’est aussi de fermer les yeux sur la compétence véritable des PADHUE sous prétexte qu’ils rendent des services à certains hôpitaux, tempère le professeur Benoît Schlemmer, vice-président de la Conférence des doyens des facultés de médecine. Car dans les zones géographiques qui pâtissent d’une faible démographie médicale, les PADHUE incarnent effectivement une solution toute trouvée pour les hôpitaux de petite et moyenne taille. Par exemple, dans l’Orne, à l’hôpital d’Argentan, 40 % des spécialistes sont des PADHUE tandis qu’ils représentent plus d’un tiers des médecins au centre psychothérapique d’Alençon.

« Le système hospitalier fonctionne cahin-caha. Les PADHUE assurent des fonctions que d’autres ne veulent pas forcément faire et, en parallèle, les hôpitaux français ont un énorme besoin en médecins. Avec la PAE, ce n’est pas l’idéal, mais on se dirige vers un système plus juste et moins hypocrite », précise Benoît Schlemmer.

Urgence de la situation

C’est un texte voté – dans l’urgence – qui va permettre de donner une bouffée d’oxygène aux PADHUE. Car, en plus de la polémique sur la PAE, c’est un tout autre problème dont se saisit la communauté médicale : le départ imminent de tous les PADHUE de France. Le Parlement a définitivement adopté le 24 janvier dernier une loi sans laquelle tous les praticiens à diplôme hors Union européenne n’ayant pas validé leur PAE au 31 décembre 2011 se seraient vus frappés d’interdiction d’exercice de la médecine sur le sol français. En tout, 4 000 praticiens à diplôme hors Union européenne se seraient retrouvés dans l’illégalité la plus totale à compter du 1er janvier 2012 et auraient dû quitter la France pour exercer la médecine dans leur « pays de diplôme ».

« On ne pouvait pas accepter que tous les PADHUE ne puissent plus exercer la médecine alors que la plupart sont là depuis des années. La FHF (Fédération hospitalière de France, NDLR) est d’ailleurs montée au créneau pour alerter les autorités ministérielles. Il a fallu mettre en place une procédure d’urgence, mais à présent, le processus est plus juste même s’il faut encore attendre les modalités d’application », souligne Cédric Arcos, directeur de cabinet à la FHF, porte-parole des établissements publics de santé.

Dorénavant, les praticiens à diplômes hors Union européenne recrutés en France entre 2004 et 2010 ont jusqu’à fin 2016 pour valider leur PAE. Mais pas seulement. Nouveauté de taille : les PADHUE peuvent désormais passer un examen et non plus le concours drastique redouté par tous. La moyenne devient le seul obstacle. Alors même s’il faut encore attendre la publication des décrets d’application pour effacer toutes les préoccupations, une porte s’ouvre avec cette loi pour les 4 000 praticiens à diplôme hors Union européenne qui exercent la médecine dans les hôpitaux français depuis 2004. Celle de faire reconnaitre leur diplôme et leur qualité de médecin. En espérant que tout puisse enfin rentrer dans l’ordre. Et les PADHUE aussi…*Le Point-31/01/2012

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6 réponses à “10 000 médecins algériens exercent en France”

  1. 14 02 2017
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