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**qu’on l’appelle dessous-de-table, pot-de-vin, bakchich, kahwa ou encore ikramia, la corruption s’est banalisée et même démocratisée en Algérie.

*la tchipa gangrène la société

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Qu’elle soit l’œuvre de simples agents publics ou de hauts cadres de l’Etat, qu’elle touche le bureau de poste de la commune ou une partie de l’appareil judiciaire, qu’on l’appelle dessous-de-table, pot-de-vin, bakchich, kahwa ou encore ikramia, la corruption s’est banalisée et même démocratisée en Algérie.

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La perte des valeurs est plus grave qu’une défaite sportive

Les innombrables scandales qui font la une des médias nationaux et internationaux ces derniers jours sur des affaires de corruption, de malversations et autres commissions perçues par des ministres, de hauts dirigeants des entreprises publiques et leurs enfants, dans le cadre de l’octroi de gros contrats commerciaux à des groupes étrangers, ont relégué la défaite de l’équipe nationale de football en Afrique du Sud au second plan. Tout comme nos préoccupations socioéconomiques, désormais considérées comme des problèmes gérables.
En effet, ces scandales qui éclaboussent nos institutions sont un véritable désastre qui porte préjudice à la réputation de l’Algérie, qui ébranle le moral des masses et qui nous conduit dans une spirale de perte des valeurs, de généralisation de l’impunité et de l’inertie tacite des politiciens, des parlementaires, des juges et de tous ceux à qui le peuple a donné sa confiance pour préserver et protéger ses acquis.
Ces scandales – qui se chiffrent en milliards de dollars- la propagation du phénomène de la corruption et les confusions sociales de tous genres prennent des proportions qui laissent penser que des crimes plus graves restent dissimulés. Et le silence observé sur ces affaires rend banale la polémique créée autour de la défaite de la sélection nationale à la dernière édition de la CAN. Une défaite qualifiée de « désastre ». Au point où certains ont même exigé l’intervention des députés pour interroger le ministre de la Jeunesse et des Sports, alors que tout le monde se tait face à l’explosion de la corruption et personne ne lève le petit doigt pour exiger des autorités compétentes d’ouvrir une enquête sur les pillages et les malversations rapportés dans les médias algériens et étrangers, à l’instar de toutes les grosses affaires de corruption qui sont passées sous silence et demeurent à ce jour sans procès ni enquêtes.
Aujourd’hui, nous avons perdu nos valeurs. Nous avons spolié le peuple et dépouillé le pays. Alors que toutes sortes de maux gangrènent notre société, les voix de la justice et de l’équité se sont tues dans un pays que nous envient autant nos amis que nos ennemis, un pays qui possède des réserves de trésorerie dépassant les 200 milliards de dollars, des millions de compétences, des capacités et des ressources illimitées. Malheureusement, nous avons célébré le cinquantième anniversaire du recouvrement de la souveraineté nationale sans savoir où vont nos enfants et quel avenir leur offrir, parce que nous n’avons ni vision ni projet de développement, et que nos intérêts se limitent au quatrième mandant ou au successeur du Président actuel !
Les institutions civiles, politiques et sociales, sont paralysées, absentes ou mises à l’écart. Les perspectives politiques et sociales sont sombres. Les masses dépriment et le pays donne l’impression d’être abandonné par les siens. La seule chose qui semble ressusciter les sentiments de tout ce monde, c’est la défaite de l’équipe nationale de football, à croire que le sort de cette équipe est au-dessus de toute autre considération. Est-il besoin de rappeler que nous régressons dans tous les domaines, que nous dilapidons notre argent, que nous portons atteinte aux femmes et aux hommes de ce pays, que nous laissons partir nos compétences locales, et que nous perdons nos valeurs ? Par conséquent, nos jeunes grandissent dans la culture de la haine et du ressentiment, au lieu d’évoluer dans un climat de tolérance, de réconciliation et d’amour de la patrie.
Les discours des politiques et de l’élite, quand ils existent, se limitent aux élections de 2014, comme si cet événement marquait la fin du monde. Quant aux partis politiques, ils sont embourbés dans des crises internes préfabriquées. Alors, tout le monde se tait et personne ne parle des scandales ! Aucune voix ne s’élève pour dénoncer l’échec du pluralisme politique et médiatique, la faillite d’une économie incapable de se libérer de la dépendance des recettes d’exportation des hydrocarbures, une culture limitée à des commémorations et à des festivals, et un système judiciaire, scolaire et médical agonisant…

Personne ne parle d’avenir proche ou lointain, ni n’évoque un projet de société qui offrirait une alternative au vide social que nous vivons. La société semble avoir démissionné à son tour de ses fonctions et perdu tout espoir et aspiration d’une Algérie meilleure, qui ne vit pas au rythme de la victoire ou de la défaite de son équipe de football. Un pays qui ne se mure pas dans le silence face à la perte des valeurs et de la moralité, un pays où les élections présidentielles seraient un simple événement ponctuel et nécessaire pour choisir un projet, et non un homme, quel qu’il soit, parce que c’est le peuple qui a libéré et édifié l’Algérie… Une Algérie à qui nous devons tout et qui ne doit rien à personne…*Par Hafid Derradji –TSA-18.02.2013.

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Claudio Gatti. Journaliste italien au Il Sole 24 Ore:

«En Algérie, on ne peut pas faire d’affaires sans graisser la patte»

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Claudio Gatti, 57 ans, est l’un des rares véritables journalistes d’investigation italiens. Bien avant que les juges milanais ne parlent avec les chroniqueurs judiciaires italiens, Gatti en savait long sur l’affaire Saipem-Sonatrach.

A partir de son bureau de New York, il a publié les dessous de ce scandale. Correspondant aux USA du très influent quotidien économique italien, Il Sole 24 Ore, il écrit également pour plusieurs journaux américains, comme le New York Times. Il a été le premier journaliste à faire éclater sur le Financial Times le scandale de «Oil for Food», en Irak. En 2003, il a reçu le prestigieux prix journalistique italien Saint Vincent et en 2005 la distinction Premiolino.

- Vous n’avez pas attendu les divulgations de la magistrature italienne pour enquêter sur l’affaire ENI-Saipem-Sonatrach. A partir de quels éléments êtes-vous parti ?

Je m’occupe, depuis des années, de corruption internationale, en particulier de celle qui touche deux secteurs considérés par les experts comme étant les plus à risque : la défense et l’énergie. J’ai commencé à travailler sur cette affaire dès 2010, car mes sources au sein du groupe ENI m’avaient averti que l’enquête ouverte en Algérie allait s’étendre à Saipem, société d’engineering de l’ENI. J’ai consulté d’abord les articles publiés par la presse algérienne, ensuite j’ai «activé» toutes mes sources dans le milieu énergétique et plus particulièrement dans le groupe ENI.  Très vite, j’ai eu la confirmation que Saipem était impliquée dans ce scandale. J’ai d’abord découvert que le représentant de Saipem en Algérie, Tullio Orsi, avait été rappelé d’urgence en Italie. Ensuite, j’ai su que l’homme qui avait géré les relations avec les Algériens était Pietro Varone. J’étais déjà à une étape cruciale de mon enquête parce qu’après une vérification à la Chambre de commerce sur le patrimoine de Varone, j’ai eu la preuve de l’existence de liens avérés entre Varone et Bedjaoui. Les deux étaient, en effet, associés dans la société agricole vinicole Ager Falernus Srl.

- Est-il concevable que les corrupteurs de Saipem aient agi sans l’aval des dirigeants d’ENI ?

Je peux seulement avancer ce qui est certain, car prouvé par des documents. Primo : Varone a présenté au conseil d’administration sa proposition de signer un contrat d’agence pour le business algérien de Snamprogetti (société qui a ensuite été incorporée par Saipem) avec Pearl Partners Ltd, une société qui n’avait ni expérience, ni personnel, ni bureaux, ni représentation en Algérie. Secundo : le conseil a approuvé le contrat, signé par la suite par Varone. Tertio : Pearl Partners n’a fourni aucun service concret à Saipem, mais a reçu des commissions pour presque 200 millions d’euros. Quatro : chaque année, dans le bilan de Saipem, figurait le chapitre «Coûts d’intermédiation» dans lequel étaient reportés les montants des commissions d’agence payées à Pearl Partners (qui n’était pas citée nommément). Quinto : ces coûts d’intermédiation, qui étaient de 17 millions en 2005,  ensuite de 26 en 2006, sont montés jusqu’à 155 millions en 2008. Donc ils ont été multipliés par huit. J’espère que les dirigeants de Saipem ont noté cette extraordinaire hausse et ont demandé des explications. Sexto : les mêmes, identiques, coûts d’intermédiation ont figuré, d’année en année, dans les bilans de l’ENI. Avec les mêmes identiques variations et donc les mêmes énormes augmentations.
ENI a adhéré au pacte onusien anticorruption «Global Compact», ce scandale montre toutefois que cet engagement n’a pas été tenu…
Je suis un journaliste d’investigation, pas éditorialiste. Je me limite à rapporter les faits. Et les faits nous montrent que 200 millions d’euros ont été payés officiellement à une société-écran de Hong Kong pour fournir des services inexistants.

- Comment vos sources décrivent-elles Farid Bedjaoui ?

Comme étant l’homme-clé grâce auquel des fonds secrets étaient transférés. On m’a également affirmé que grâce à cette activité, il est devenu richissime. Sa résidence à Paris m’a été décrite comme étant «pharaonique». Il semblerait qu’il collectionne, entre autres, des œuvres d’art très précieuses d’artistes de la dimension de Picasso.

- Précisément, quel rôle a-t-il eu dans l’affaire Saipem-Sonatrach ?

A ma connaissance, le rôle de Farid Bedjaoui va au-delà de l’affaire Saipem. Il avait créé une toile d’araignée de sociétés-écrans comme Pearls Partners, qui recevaient des paiements de diverses multinationales pour des services en apparence inexistants. Je sais également qu’il a joué un rôle important dans un système de «financement» d’individus algériens par des sociétés internationales, parallèle à celui des sociétés-écrans. J’entends le système de prestations de services, de sous-traitance surfacturés que de grandes sociétés étrangères utilisaient pour transférer des fonds à des Algériens, mais aussi pour créer des «rétrocessions» pour leur propre avantage.

- Pouvez-vous nous éclairer davantage sur ce point ?

J’ai appris que des caisses noires ont été créées à travers la surfacturation de services payés par Saipem à des fournisseurs algériens. Ces fonds secrets ont servi, d’une part, à payer des fonctionnaires publics et des responsables politiques algériens, d’autre part, ils ont été illicitement reversés aux dirigeants de Saipem qui avaient autorisé l’émission de factures portant des coûts gonflés. Ceci est du moins l’une des hypothèses formulées et qui est, je présume, actuellement examinée par les enquêteurs.

- Combien d’argent les intermédiaires algériens ont-ils empoché ?

Il a été établi, jusque-là, que Saipem a payé des «commissions» d’agence à partir de la société mère en Italie et de ses filiales française et portugaise pour un total de 197 millions d’euros. Outre l’argent versé par le groupe canadien SNC-Lavalin… Mais, comme je l’ai déjà souligné, j’estime que les capitaux versés sont beaucoup plus importants, mais qu’on n’a pas encore pu les intercepter.

- Les Américains n’ont pas encore demandé une commission rogatoire à l’Italie ?

Je sais que la division criminelle du département de la justice de Washington (DOJ) est au courant de ce scandale, mais il n’a pas encore présenté de commission rogatoire aux autorités italiennes ou suisses. Mais j’estime que cela ne saurait tarder car ENI et Saipem ont déjà fait l’objet d’enquêtes pour corruption au Nigeria, aussi bien par le DOJ que par le SEC (Securities & Exchange Commission), l’autorité américaine de vigilance sur les marchés. En juillet 2010, ils ont été condamnés à payer une amende de 365 millions de dollars.

- A quelles nouvelles révélations peut-on s’attendre  ?

Il y a encore beaucoup de zones d’ombre. Par exemple, on ne sait pas encore qui, en Algérie et en Europe, a bénéficié des pots-de-vin. J’estime par ailleurs que Saipem et Lavalin n’ont pas été les seuls à avoir payé des intermédiaires. Je suis sûr qu’il y a d’autres sociétés internationales qui ont utilisé le même système en Algérie. Si vous me le permettez, je voudrais faire cette observation importante : certaines de mes sources dans le secteur énergétique m’ont affirmé qu’en Algérie, comme dans d’autres pays, on ne peut faire autrement : «Si on veut y faire des affaires, il faut payer des pots-de-vin.» Selon cette philosophie – et c’est ce que l’ex-Premier ministre, Silvio Berlusconi, a déclaré dans une interview télévisée – «dans certains pays, les pots-de-vin font partie des frais de la transaction». Cette opinion est plutôt diffuse en Italie, mais moi je la rejette fermement. Si en Italie aucune personne honnête n’acceptera que quelqu’un mène ses affaires à coups d’«enveloppes», alimentant de la sorte la corruption de la classe politique ou le management public italien, je ne comprends pas pourquoi les Italiens se sentiraient autorisés à faire cela à l’étranger.

- Vous, par contre, vous n’avez jamais été condamné malgré les dizaines de procès pour diffamation qu’on vous a intentés, pour les enquêtes publiées à travers vos articles ou dans vos livres. Vous avez soudoyé les juges ?

(Rire). Les personnes, institutions, sociétés… que j’ai critiquées dans mes écrits m’ont réclamé, en tout, autour de 160 millions d’euros de dommages et intérêts. Heureusement, je n’ai jamais été condamné… J’ai un très bon avocat (rire)…
Au fait, si un journaliste observe les règles simples de professionnalisme et de rigueur, il peut publier tranquillement ses «scoops» sans craindre qu’on l’accuse de diffamation. Ce matin, j’ai reçu un avis judiciaire pour une nouvelle plainte me concernant, je ne sais même pas qui me l’a intentée. Par ailleurs, mon avocat m’a appris, hier, que nous avons gagné le procès contre l’ancien gouverneur de la Campanie (Naples), Antonio Bassolino, qui m’avait poursuivi pour diffamation.* Nacéra Benali–El Watan-04.03.2013.

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Ahmed Benbitour. Ancien chef de gouvernement:

«La corruption est dans tous les rouages de l’Etat»

elle a été favorisée et propagée par le systéme

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Pour l’ancien chef de gouvernement, Ahmeb Benbitour, les récents scandales ne sont que la partie visible de l’iceberg du fléau de la corruption en Algérie.

Les scandales dont vous parlez ne sont que la partie visible de l’iceberg. Malheureusement, la corruption s’est implantée dans l’ensemble des rouages de l’Etat et des entreprises. Elle se réalise dans les programmes d’importation, lors de la passation de contrats de réalisation de projets, de l’achat d’équipements collectifs, d’équipement des entreprises et lors des prêts bancaires. La nature de la dotation en ressources naturelles (l’exploitation des hydrocarbures) crée, en l’absence d’une bonne gouvernance, une situation favorable à la corruption dans la redistribution de la rente. La centralisation et, partant, la concentration des moyens budgétaires induisent des investissements excessifs et imprudents, ce qui ouvre la voie à une corruption massive. Depuis combien de temps le Parlement est-il en train de voter des lois de finances avec les recettes de la fiscalité pétrolière calculées sur un prix de référence qui représente à peine 40% du prix réalisé ? Il ne faut pas se faire d’illusion, les responsables qui profitent de leur position vont s’opposer aux réformes des institutions qui permettraient de mettre fin à la corruption. Les remèdes doivent s’appuyer sur un processus politique qui consacre les programmes anticorruption, à savoir : les réformes du système de régulation, de la Fonction publique et de l’administration, des finances publiques, du système judiciaire, du système bancaire. De même, le système de gouvernance des entreprises, en particulier la nomination de membres des conseils d’administration indépendants et pénalement responsables de la bonne gestion des affaires.

- Le chef de l’Etat est «choqué» par l’étendue de la corruption et donne l’impression d’avoir découvert subitement les ravages causés par ce fléau alors que les hommes de son clan sont régulièrement cités. Quel commentaire cela vous inspire ?

Je pense, très franchement, que c’est une réaction très tardive ! La lutte contre la corruption ne se réalise pas par des déclarations. Elle consiste à apporter des remèdes appropriés aux fauteurs par des sanctions criminelles et pénales, des règles de procédure claires, des mécanismes institutionnels qui combattent les actes de corruption qui ont eu lieu. Les efforts de lutte contre la corruption doivent mettre l’accent sur les réformes institutionnelles et les politiques publiques, avec un engagement et un leadership explicite du premier responsable de l’Etat. Le défi est d’implanter et de mettre en œuvre des réformes crédibles dans chaque secteur. Un pouvoir qui a perdu sa légitimité doublé d’un Etat défaillant qui dérive vers un Etat déliquescent ne seront pas capables de faire face au grand défi de la lutte contre la corruption. D’où la nécessité du changement de tout le système de gouvernance de l’Etat.

- Lors de sa visite à Illizi, le Premier ministre a été interpellé par les notables du Sud sur le sentiment d’abandon qui s’empare des populations de cette région. Est-il juste de dire que l’Etat national a délaissé cette région du pays pourtant stratégique ?

L’Etat central n’a pas délaissé cette région, mais sa défaillance ne lui permet pas de mesurer son importance stratégique. La caractéristique de la distribution de la population en Algérie est que 15% des habitants occupent 85% du territoire national. Ce qui exige une gouvernance spécifique. Mais que constatons-nous ? Les mêmes règles administratives sont appliquées sans distinction à une commune de la daïra de Sidi M’hamed et une autre dans la daïra d’In Salah !

- Vous avez côtoyé longuement les arcanes de la haute administration. Quel est le regard que les gens au pouvoir portent vis-à-vis du Sud et de ses populations ? Certains y voient du mépris…

S’il y a du mépris, il se trouve au niveau de la bureaucratie locale. Il faut bien considérer qu’en l’absence du minimum de respect des règles de bonne gouvernance, ce sont les individus qui prennent les décisions en lieu et place des institutions habilitées. Lorsque ces individus ont le sentiment d’être affectés dans ces régions par sanction, cela peut mener vers le mépris réciproque !

- En ces moments de convulsions régionales, les risques sécessionnistes sont agités çà et là. L’Algérie est-elle à l’abri de ces soubresauts ?  

J’ai parlé d’Etat défaillant qui dérive vers un Etat déliquescent. Un Etat déliquescent se caractérise par la généralisation de la corruption, l’institutionnalisation de l’ignorance et de l’inertie, le culte de la personnalité, la centralisation du pouvoir de décision par un nombre réduit d’individus en lieu et place des institutions habilitées, l’émiettement du pouvoir entre les différents clans à l’intérieur du système. Le pays persistera, alors, dans la situation de non-gouvernance avec la forte probabilité de vivre en même temps la violence sociale et la violence terroriste. C’est alors la porte ouverte à la dislocation de l’unité nationale et le danger sur l’unité du territoire. Il faut prendre au sérieux cette question. Avec la persistance de la qualité de gouvernance, l’Algérie ne sera pas à l’abri de ces soubresauts.

- On s’achemine vers la fin du troisième mandat de Bouteflika. Dans quel état est le pays ?

Un état déplorable : une économie vulnérable, volatile et très fortement dépendante des exportations d’hydrocarbures pour les recettes budgétaires. Elle est gravement dépendante de l’extérieur pour l’offre de biens essentiels à la population, notamment la nourriture et le médicament. Le pays fait face à huit défis : politique, économique et social, sécuritaire, culturel, moral, de gouvernance, de place des élites, de diplomatie dans un monde globalisé. Et bien d’autres problèmes à résoudre qui nécessitent de longs développements.
Laissez-moi terminer par une question : quel avenir pour le million et demi d’étudiants qui sortiront de l’université d’ici 2017-2018, c’est-à-dire, au moment de la baisse sensible des capacités d’exportation d’hydrocarbures ? *El Watan-05.03.2013.

***Les corrompus sont au-dessus de la loi

 Bouguerra Soltani :

«Je crains fort que celui qui a volé Sonatrach… deviendra président de la République!».

Le compte à rebours pour le 5e congrès est déclenché hier par le MSP qui est à sa dernière phase des préparatifs. Moins de 28 jours séparent cette formation islamiste de ce rendez-vous important pour recadrer les orientations et choisir les futurs dirigeants du mouvement. Le président du parti, Bouguerra Soltani a déploré hier, à l’ouverture des travaux d’une rencontre spécialisée avec les experts, que l’environnement entourant le déroulement de son congrès n’est pas du tout emprunt de sérénité. Ce congrès, estime-t-il «va s’opérer sous l’impact indésirable de différentes crises traversant la société». Il s’agit, indique-t-il «du verrouillage du champ politique et de la banalisation des plus grosses affaires et scandales de corruption». La peine sanctionnant la corruption en Algérie est insignifiante par rapport à la réalité de ce fléau destructeur et des châtiments appliqués pour des faits mineurs, dira-t-il. Caricaturant cette tendance et logique, il commente: «Un jeune puceau rêvant d’un look spécial a écopé de 3 ans de prison ferme pour avoir volé un costume à la veille de son mariage, un autre a volé Sonatrach… mais là je crains fort qu’il sera président de la République!». Les vols de droits commun sont criminalisés, tandis que les grosses affaires de corruption sont toujours qualifiées de délit, déplore-t-il. Pour réussir une lutte efficiente contre la corruption «structurelle et généralisée», il est «impératif», dit-il que la loi algérienne criminalise les faits inhérents à ce phénomène». Alors que l’agitation sociale est sciemment gonflée et exagérée, toutes les issues sont fermées devant l’expression politique, souligne-t-il encore. La rue et même les mosquées sont interdites à la libre expression, martèle-t-il. A ce propos, Soltani fustige l’initiative de création d’un syndicat des imams sous la houlette de l’Ugta. «L’imam prêcheur de la bonne parole n’a pas le droit de s’enrôler dans un syndicat», affirme le président du MSP qui cache mal sa crainte de perdre cette tribune propagandiste dont sa formation n’hésitait pas à s’en servir. Jusqu’ici, fait-il savoir «les corrompus bénéficient de l’impunité et d’ immunité». Personne, explique-t-il «ne peut demander des comptes sous peine d’être broyé par un puissant maillage de réseaux mafieux bien structurés». Cela lui fait conclure que «bien des corrompus sont au-dessus de la loi». Cela d’une part, de l’autre, croit-il savoir, «on s’achemine peu à peu à la banalisation totale de la corruption». Outre la normalisation de la corruption qui s’érige en règle de conduite et de gestion, on consacre la culture du pompier pour éteindre les incendies de la contestation sociale. La corruption aux yeux de Soltani n’est que «l’épicentre d’une crise profondément politique». L’activité politique est sciemment étouffée, selon lui. «Les autorités adeptes du statu quo s’efforcent à séparer les doléances sociales des revendications politiques, alors que ces partis sont indispensables en tant que structures d’intermédiation de la demande sociale», fait-il remarquer. Supporteur des révoltes arabes, Soltani est optimiste quant à la réalisation d’un modèle local dans le Monde arabe sans l’implication des puissances extérieures. Par ailleurs, l’orateur a recommandé à ses militants d’aborder le 5e congrès en tant que partenaires ouvrant le droit à participer à la révision de la Constitution et toutes autres questions politiques engageant la société algérienne. Il a demandé à ses cadres d’abandonner l’esprit d’un sous-traitant avec le pouvoir ou en faveur d’un quelconque groupe. Enfin, le MSP prévoit de donner à son congrès une dimension d’Etat.*L’Expression-24.03.2013.

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l’affaire Sonatrach:  l’arbre qui cache la forêt ?

Pour l’Anlc, ce scandale est une affaire «Khalifa-bis» qui n’aboutira à rien. «Elle traduit juste les conflits qui opposent les différents clans du pouvoir.»

«On est surpris qu’on ne parle que de l’affaire Sonatrach, comme si c’était la seule affaire de corruption en Algérie». C’est en ces termes que le président de l’Association nationale de lutte contre la corruption (Anlc), Mustapha Atoui a entamé, hier sa conférence de presse animée au siège de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (Ladh) à Didouche-Mourad à Alger. Pour M.Atoui, l’affaire Sonatrach n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan. «C’est l’arbre qui cache la forêt», a-t-il dénoncé. «Le fait que Chakib Khelil soit jugé mettra-t-il un terme à la corruption dans le pays?», s’interroge t-il. «La corruption a gangrené tout le pays», a t-il assuré en citant comme exemple les grands projets du pays qui, selon lui, ont été «surfacturés».
Par ailleurs, l’Anlc appréhende le fait que l’affaire Sonatrach n’aille pas jusqu’au bout et que les coupables ne soient pas jugés. Ce sera «une affaire Khalifa- bis», ajoute pour sa part Abdelmoumen Khelil, secrétaire général de l’Anlc qui a insisté sur les insuffisances des textes législatifs qui régissent la lutte contre la corruption en Algérie.
Ce qui est une évidence pour le secrétaire général adjoint de l’Anlc Feddal Halim. «Il n y’aura pas de jugement. C’est une guerre des clans qui a des fins politiques», a-t-il affirmé. M Feddal a également tenu à dénoncer le fait que les autorités n’ont réagi à cette affaire qu’après qu’elle ait pris une tournure internationale. «La presse algérienne a parlé à plusieurs reprises de cette affaire. En vain. On a fermé le dossier. Il aura fallu que la presse italienne évoque l’affaire pour que notre justice bouge», lance-t-il. «Les autorités ont l’air de nous dire: faites ce que vous voulez, dénoncez ce que vous voulez et nous, on fait ce qu’on veut», juge t-il. «C’est un mépris pour les citoyens», ajoute t-il. L’évocation du mépris des autorités a été l’occasion pour le secrétaire général Abdelmoumen Khelil, de reprendre la parole et d’évoquer le mépris des mis en cause dans l’affaire Sonatrach qui n’ont encore pas réagi. «Le silence mystérieux de Chakib Khelil et de Farid Bedjaoui, accusés et impliqués dans les scandales de pots-de-vin versés par la compagnie italienne Saipem à des dirigeants algériens, est une expression du mépris ressenti par ces personnalités envers les Algériens», atteste t-il. «Il y a la présomption d’innocence. Mais, ni eux, ni leurs avocats ne se sont exprimés, ce qui témoigne du manque de considération qu’ils ont pour nous», a t-il poursuivi.
Enfin, le président de l’Anlc Mustapha Atoui est revenu à la charge pour dénoncer le fait que la justice algérienne ne soit pas indépendante. «La politique des téléphones pour presser les magistrats doit cesser», a t-il réclamé. «Il faut que la justice soit plus indépendante et qu’elle s’autosaisisse dès qu’il y a une suspicion d’affaire de corruption», insiste t-il en réclamant aussi une loi qui permette aux citoyens de se constituer partie civile. «Il est anormal qu’en Algérie, les citoyens n’aient pas la possibilité de se constituer partie civile dans les affaires de corruption traitées par la justice.
La loi algérienne interdit cela et empêche ainsi les citoyens de demander des comptes à ceux et à celles qui volent leur argent», a conclu le président de l’Association nationale de lutte contre la corruption.

L’accès à l’information, un droit sacré
«Le droit d’accès à l’information et l’indépendance de la justice sont les seuls moyens pour lutter efficacement contre la corruption», a estimé le président de l’Association nationale de lutte contre la corruption Mustapha Atoui. Il réclame ainsi que dans la future Constitution, ce droit soit légiféré et inscrit. «Chaque citoyen doit avoir la possibilité de consulter les informations qu’il veut dans les institutions qu’il veut, mis à part celles touchant à la sécurité nationale», a t-il expliqué.
Il a aussi annoncé la possibilité de lancement d’une campagne pour la réforme des lois algériennes. De son côté, le secrétaire général adjoint de l’association, Feddal Halim a lancé un appel aux citoyens pour qu’ils dénoncent tout acte de corruption qu’il rencontre. «On envisage même de créer un site Internet pour permettre aux citoyens de dénoncer anonymement sur la Toile des cas de corruption», a-t-il fait savoir.
Les conférenciers ont également dénoncé le fait que le ministère de l’Intérieur refuse toujours de les agréer. «On a soumis des recours aux autorités concernées, si on n’a pas de réponses dans les délais légaux, on se retournera vers les institutions internationales», ont-ils averti.*L’Expression-27.02.2013

**Comment le pétrole algérien est pompé illégalement

La sonnette d’alarme a été récemment tirée sur un cas de détournement par la compagnie italienne Eni et l’australienne BHP Billiton de grandes quantités de pétrole dans le bassin de Berkine, à partir d’un périmètre géré par Sonatrach en effort propre.

Selon des experts, les volumes de pétrole détournés sont comptés par millions de barils dès lors que la compagnie algérienne a autorisé la réouverture, sur le bloc 401/402, d’un puits de pétrole (SFNE-13) qui a déjà été fermé par les autorités du temps de Chakib Khelil, en raison de sa communication avec un autre puits de la Sonatrach (SF-4).

Le puits codifié SFNE-13, situé sur la limite de deux champs (Sif Fatma et Sif Fatma Nord-Est) appartenant respectivement à Sonatrach et l’association avec les compagnies italienne et australienne, est désormais inscrit dans un nouveau scandale, mettant en cause aussi bien Chakib Khelil que d’autres responsables actuels du secteur de l’énergie.

La confusion sur les deux champs voisins Sif Fatima (SF, détenu à 100% par Sonatrach) et Sif Fatima Nord-Est (SFNE, association entre Sonatrach, Eni et l’australienne BHP Billiton) est sans doute le fruit de l’amalgame entretenu pendant des années par Chakib Khelil sur les blocs 401, 402 et 403 du bassin de Berkine, au sud-est de Hassi Messaoud.

L’association entre Sonatrach et la partie italienne pour l’exploitation du bloc 403 de Zemoul El-Kbar remonte au 20 décembre 1988, lorsque le gouvernement de Kasdi Merbah avait approuvé le contrat conclu entre Sonatrach et l’italienne AGIP.

Une association similaire sur les blocs 401/402 situés sur les périmètres de Rhourde Elouh et Sif Fatima Nord Est a été créée en juin 1989 à travers la signature d’un contrat de partage de production (PSC) avec la compagnie BHP Billiton.

Par la suite, une cession de parts a permis l’introduction de la compagnie italienne AGIP sur ces trois champs. Et, en absorbant AGIP, Eni est devenue donc le vrai partenaire de Sonatrach et de BHP dans ces associations. Il faut dire que ce bassin suscitait de l’intérêt à plus d’un titre.

Ses réserves prouvées se situaient dans un excellent niveau alors que le transport par canalisation était accessible avec le minimum d’investissements.

Au début de ce millénaire, Chakib Khelil parvenait à obtenir l’approbation des autorités par rapport à toutes les décisions qu’il prenait par rapport aux associations de Sonatrach avec d’autres compagnies étrangères, car le pays enregistrait un énorme retard en matière d’investissement dans le secteur des hydrocarbures et la hausse des prix du baril favorisait encore plus sa démarche.

Le cafouillage sur le bassin de Berkine a commencé avec la délivrance de nombreux permis, accordés il y a quelques années, dans le cadre de nouvelles associations entre Sonatrach et des partenaires étrangers, tels que Cepsa qui exploite actuellement Rhourd Errouni II sur les blocs 401a et 403 f et First Calgary Petrolium (FCP) qui a été mise sur pied avant d’être revendue aux italiens de l’Eni en 2009.

Et jusqu’à aujourd’hui, on n’arrive pas expliquer la densité des permis accordés dans cette zone précisément et encore moins les imbrications entre les blocs et les exploitations. Cette situation, qui dure jusqu’à ce jour, favorise encore la confusion sciemment provoquée depuis plusieurs années. Ainsi, les périmètres Rhourde Elouh et Sif Fatima (Blocs 401a/402a) se retrouvent dans un magma dans lequel figurent quatre gisements non encore unitisés.

Il s’agit de Rhourde El Debdaba (RDB), Bir Sif Fatma (BSF), Rhourde Er Rouni Nord (RERN). En revanche, deux gisements seulement sont unitisés. Le premier gisement, Sif Fatima Nord Est (SFNE, blocs 403d – 401a/402a) comprend une association Sonatrach/Eni avec 8,9% et une association parallèle Sonatrach/ENI/BHPBilliton avec 91,1%.

En revanche, au niveau du second gisement de Rhourde Ouled Djemaâ (ROD, situé sur les blocs 403a – 401a/402a), les proportions diffèrent. L’association Sonatrach/ENI détient 24,72% des parts alors que le groupe Sonatrach/ENI/BHP Billiton gère 75,28% de participations. Les cadres de Sonatrach devront gérer cette situation ambiguë jusqu’au 21 juillet 2027. Sur le périmètre voisin, Zemoul El Kbar (bloc 403a), l’association entre la Sonatrach et Eni est bien plus compliquée.

Cette association gère quatre gisements non encore unitisés : Rhourde Messaoud (ROM), Zemoul El Kbar (ZEK), Zemlet El Adreg (ZEA), Bir Rebaâ Ouest et Extension Sud-Ouest (BRW-EXT SW). A ce jour, l’association exploite deux gisements unitisés : le premier, Hassi Berkine (HBN, 403a-404a) où l’association Sonatrach/ENI compte une proportion de 39% et l’association Sonatrach/AAC se situe à hauteur de 61% de parts.

Le second gisement est celui de Rhourde Ouled Djemaâ (ROD, 403a-401a/402a) dans lequel l’association Sonatrach/Eni dispose de 24,72% des parts alors que l’association Sonatrach/Eni/BHP en compte 75,28%.

Pour le commun des lecteurs, ce jeu de chiffres et de lettres n’a pas une grande signification, mais les érudits de la gestion des parts pétrolières comprennent que la situation a été sciemment provoquée pour pouvoir compliquer les calculs et rendre très difficile le contrôle des chiffres avancés par chaque entité. La mauvaise foi se traduit alors par l’implication de Sonatrach, en effort propre, dans des opérations de recherche afin qu’elle supporte seule tous les frais de l’exploration.

Le génie réside dans le fait de lui trouver ultérieurement un partenaire étranger qui aura tout le privilège de signer un contrat de partage de production (PSC) et bénéficier, sans grands investissements, d’avantages au détriment de la partie algérienne. Dans ce cas précis, figure un permis géré à 100% par Sonatrach sur le champ Sif Fatima, considéré comme l’orphelin de la zone en question, car presque totalement abandonné depuis des années.

La révolte des cadres de Sonatrach

Cette histoire de détournement de quantités de pétrole a été mise en évidence en 2007 par des cadres compétents de Sonatrach qui ont constaté une communication entre les puits SFNE-13 exploité par l’association avec Eni et BHP et SF-4 relevant de la seule compétence de Sonatrach, mais non encore exploité.

Motivés par la fibre patriotique, ces cadres de Sonatrach ont exigé de l’opérateur italien la fermeture du puits SFNE-13, car il communiquait avec le gisement mitoyen et aspirait d’énormes quantités de pétrole appartenant exclusivement à Sonatrach.

Mais avant d’arracher cette décision, il fallait vraiment bousculer les partenaires Eni et BHP. Après une première alerte lancée en février 2007, plusieurs réunions ont lieu à Alger et Hassi Messaoud mais en vain. Il aura fallu se déplacer à Milan pour prouver, avec l’appui des experts des Bureaux Beicip Franlab et LandMark, la communication entre les puits des deux concessions.

Devant les preuves irréfutables présentées par les experts de Sonatrach et appuyés par les arbitres internationaux, Eni a tenté de marchander. La compagnie Italienne, avec la complicité de son associée australienne, étaient disposées à admettre l’unitisation (l’exploitation conséquente) du puits SFNE-13 à la seule condition que la Sonatrach accepte le principe d’abandonner l’effet rétroactif de l’accord.

Autrement dit, Sonatrach et l’Etat algérien étaient contraints de renoncer à la demande de dédommagement par rapport à l’exploitation illégale des quantités de pétrole puisées pendant des années du gisement Sif Fatima. A leur retour à Alger, les experts de Sonatrach suggèrent à leur tutelle plusieurs mesures, dont la fermeture des puits incriminés et la réduction de la production de l’association de SFNE de 20 mille à 10 mille barils/jour.

Devant cette situation, les responsables de la compagnie italienne se mettent à se plaindre auprès de Chakib Khelil qui finira par convoquer certains membres de l’équipe de Sonatrach ayant malmené les partenaires étrangers. Mais le jour de la réunion, l’ancien ministre de l’Energie était préoccupé par les enquêtes menées par les officiers du DRS sur les connexions entre l’ancien P-dg de Sonatrach Mohamed Meziane et l’autre société italienne, Saipem.

Les experts de Sonatrach se sont acharnés, ce jour-là, à prouver – tests de Workover à l’appui – que les Italiens pompaient du pétrole appartenant à Sonatrach et ont exigé que le puits SFNE-13 soit immédiatement fermé. Chakib Khelil, qui ne pouvait plus se permettre un autre scandale avec les opérateurs italiens, abdique et autorise la fermeture du puits incriminé.

La théorie du chaos

Après le départ de Chakib Khelil, les Italiens ne désespéraient pas. Ils ont établi des contacts tous azimuts avec beaucoup de garanties pour rétablir et normaliser la situation conflictuelle qui durait depuis des années.

En 2010, une rencontre ayant regroupé des responsables du ministère de l’Energie, d’Alnaft et de Sonatrach, avait abouti à une sage décision de la part des responsables algériens. Pour ne pas sanctionner la production nationale, il a été décidé de l’ouverture des puits incriminés sur le périmètre SFNE et comptabiliser les quantités puisées sur le périmètre de Sonatrach.

Autrement dit, on devait suivre très attentivement la communication entre les deux périmètres et quantifier les productions. Néanmoins, la décision des responsables algériens ne sera pas perçue avec la même sincérité du côté italien. Dès l’ouverture du puits qui faisait l’objet de litige, Eni décide de l’exploiter à fond.

Sa production est passée jusqu’à 6 mille barils/jour avant de décroître et se stabiliser à 3 mille barils/jour après l’apparition des premiers signes de déplétion. «C’est criminel», commente un cadre de Sonatrach qui considère que cette surexploitation du puits affecte le périmètre voisin géré par la compagnie nationale en effort propre. Alors que cette situation empirait, Sonatrach ne parvenait pas encore à se placer sur le champ de Sif Fatima et équilibrer la production.

L’éviction de Noureddine Cherouati par son ministre de tutelle retardera encore plus le lancement de l’exploitation du champ Sif Fatima, appartenant à 100 % à Sonatrach, car son successeur n’était pas informé de cette situation.

Pour sa part, l’actuel ministre de l’Energie semblait considérer qu’une guerre contre les Italiens d’Eni pour récupérer des privilèges accordés par Chakib Khelil n’était pas appropriée. De ce fait, Eni et BHP avaient repris la production du puits litigieux avec plus d’aisance et de facilités que celles accordées par Chakib Khelil.

Des millions de barils en jeu

Ce sont les pressions exercées par des cadres de Sonatrach qui ont incité les responsables à prendre la décision de l’exploitation du champ Sif Fatima. Celui-ci n’a été mis en service que depuis 4 mois à peine, avec une production très faible, de l’ordre de 1 277 barils/jour. A la fin du mois de janvier dernier, le champ Sif Fatima a produit seulement 841 mille barils.

En revanche, sur la zone d’en face, l’association SFNE, qui a commencé à extraire les huiles depuis 2004, a déjà atteint une production de 47,48 millions de barils, soit 60 fois plus que ce qu’a produit Sonatrach en effort propre sur SF. Avec la quantité de 10 millions de mètres cubes d’eau injectée à ce jour, l’association SFNE a déjà dépassé le seuil des 62% des réserves récupérables.

Les experts de Sonatrach estiment que sur les 47 millions de barils produits sur le champ SFNE, plusieurs millions de barils appartiennent à Sonatrach et ses 37 millions d’actionnaires. Et à ce rythme d’exploitation, le champ SFNE sera très vite affaibli et l’association sera ensuite mise en veille, avec des conséquences désastreuses sur le reste des gisements voisins.

Au lieu d’engager une action d’arbitrage pour récupérer ce qui revient de droit au peuple algérien, certains responsables de Sonatrach font la sourde oreille. Ni le département Amont ni encore moins son PED ne se manifestent pour attirer l’attention du P-dg sur ces questions graves. Le ministre de l’Energie, censé connaître tous les dessous de cette histoire, ne montre aucun signe d’hostilité envers les Italiens, d’une part.

D’autre part, il faut avouer que l’ARH (Agence de régulation des hydrocarbures) et Alnaft (Agence de valorisation des hydrocarbures) semblent aussi emboiter le pas à leur ministre de tutelle et se confinent dans le rôle de l’ignorant. Le plus grave dans cette histoire est sans doute la négligence constatée dans les rapports avec les partenaires étrangers.

En effet, depuis plusieurs mois, de nombreux cadres de Sonatrach se posaient la question de savoir pourquoi le vice-président Amont ne s’inquiétait pas de la longue absence du chef de département de Berkine, qui devait superviser les opérations avec les partenaires.

Sans réponse. Au final, on apprend que ce responsable est sur le point d’être engagé par une compagnie pétrolière en Malaisie ! Cette situation montre le laisser-aller qui prévaut dans le principal département de Sonatrach et le manque de vigilance à l’égard des associations avec les partenaires étrangers.*Hocine Benamar–05 Mars 2013-Le Soir d’Algérie

Eni : leader en Algérie

Présente en Algérie depuis 1981, l’Eni a concentré l’essentiel de ses activités de production dans le sud-est du pays, notamment sur le bassin de Berkine où les opérations ont été montées par rapport à une logique économique cohérente.

La compagnie italienne gère un permis à 100% sur le bloc 403a/d, une participation de l’ordre de 35 % sur ROM (Rhourde Messaoud Nord), une autre participation de l’ordre de 55 % sur les blocs 401a/402a et 50 % sur le bloc 403 et 404a. De même, Eni est détentrice de 12,25 % de participations sur le bloc 404a et le bloc 208, ainsi que 75 % sur le bloc 405b et 22,38% sur le 212. Par ailleurs, Eni est encore opérateur avec 49 % de participation sur les 316b, 319a et 321a dans la zone de Kerzaz.

Ces champs représentaient 20 % de l’ensemble de la production d’Eni en 2011 et avec la mise en service, il y a quelques semaines, du champ de Menzel Ledjmet Est et son CAFC, la production de l’Eni devrait croître à des seuils qui la placent à la tête des entreprises étrangères opérant en Algérie.

A moyen terme, Eni devrait atteindre un plateau de production de l’ordre de 120 mille barils équivalents en pétrole par jour. C’est dire que l’Algérie présente un point stratégique pour la compagnie italienne.

Les intentions de Petroceltic

Dans la manipulation des chiffres et des productions dans les associations de Berkine apparaît, du côté de BHP Billiton, le nom de Geoff Probert, vice-président de la compagnie australienne, chargé des investissements en Algérie. Après 15 ans d’exercice au sein de cette compagnie, Geoff Probert vient d’être engagé par la société irlandaise Petroceltic pour veiller à ses intérêts en Algérie.

A travers son nouveau poste, cet ingénieur aura la responsabilité de gérer le projet du champ de Aïn Tsila qui commencera bientôt la phase développement par l’ingénierie d’avant-projet (FEED) afin de permettre un début de production au cours du troisième trimestre de 2017. Petroceltic est l’opérateur dans la CFP d’Isarene et détient une participation de 56,625 %.

L’italien Enel compte une participation de 18,375 % alors que Sonatrach détient une participation de 25%, portée au cours de la période d’exploration et d’évaluation. La déclaration de commercialité de cette association, réalisée le 8 août dernier, a reçu l’approbation d’Alnaft pour une phase d’exploitation de 30 ans. Le potentiel de ce champ n’est pas négligeable.

On estime ses ressources à 2,2 TCF (milliards de pieds cubes) de gaz, 70 millions de barils de condensats et 113 millions de barils de GPL, soit un total de 305 millions de barils équivalents en pétrole. L’ancien responsable de BHP Billition sera donc le premier décideur de cette association et ne manquera pas d’exploiter les failles de la gestion de Sonatrach pour tirer le meilleur avantage au profit de sa nouvelle compagnie, l’irlandaise Petroceltic.*05 Mars 2013-Le Soir d’Algérie

*********************Scandales à Sonatrach

SPIP-96115

Nicolas Sarkis écrit à Bouteflika

Personne, en Algérie ou ailleurs, n’ose imaginer ou croire que l’Algérie du million et demi de martyrs puisse abriter et voir son économie sabotée par une quarantaine de voleurs.

Monsieur le Président,
Les informations qui abondent depuis quelque temps dans la presse algérienne et internationale au sujet des graves malversations, auxquelles aurait donné lieu l’exploitation du pétrole et du gaz algériens, font mal. Très mal.
Elles font mal en tout premier lieu aux Algériens eux-mêmes qui ont payé trop cher le prix de leur indépendance et de la récupération de leurs richesses nationales pour tolérer ou penser, une seule seconde, que certains de ceux à qui ils ont fait confiance pour assurer la bonne gestion de ces richesses aient vendu leur conscience et leur âme au diable pour s’enrichir sur leur dos. Ils ne peuvent, hélas, que se poser la douloureuse question de savoir à quoi aurait donc servi le sang de ceux qui sont morts pour que leur pays recouvre sa liberté et sa dignité et à quoi auraient donc servi les sacrifices de ceux qui, après l’indépendance, ont durement œuvré pour construire un Etat fort et moderne et un pays où les serviteurs de l’Etat sont payés pour servir l’Etat et leurs concitoyens, et non point pour se servir eux-mêmes ou servir des escrocs de tout acabit.

Ce qui est dit et écrit au sujet de supposées vastes opérations de corruption dans le secteur algérien des hydrocarbures fait aussi très mal à tous ceux qui, sans avoir le passeport algérien, aiment votre pays et votre peuple et ne peuvent qu’éprouver de l’admiration pour tous les exemples de courage et d’abnégation que vous avez fournis au monde pendant et après la longue guerre de Libération nationale. Pour avoir eu le privilège d’accompagner les premiers pas de Sonatrach dès sa création, et pour y avoir apporté une bien modeste contribution avant, pendant et après la grande bataille des nationalisations, j’estime qu’il est de mon devoir de témoigner et de rendre hommage à tous ceux qui ont construit cette belle entreprise, dont l’Algérie et les Arabes ne peuvent qu’être très fiers.
Tous ceux-là ne peuvent qu’être indignés, ulcérés et profondément choqués par les dérapages et les turpitudes de quelques «suspects» qui auraient trahi la confiance placée en eux et failli à leurs devoirs, au risque de salir la réputation d’une entreprise considérée comme un modèle à suivre par tous les autres pays exportateurs d’hydrocarbures.
Personne, en Algérie ou ailleurs, n’ose imaginer ou croire que l’Algérie du million et demi de martyrs puisse abriter et voir son économie sabotée par une quarantaine de voleurs.

Non moins grave est le fait que ceux qui sont aujourd’hui pointés du doigt par la justice algérienne, italienne ou canadienne, pour des détournements supposés de milliards de dollars, sont ceux-là mêmes qui ont ouvert la voie à quelques sociétés étrangères sans scrupule pour surexploiter les gisements de pétrole et de gaz et accélérer l’épuisement des réserves du pays. Tant et si bien que l’Algérie est maintenant confrontée au risque de devenir dans peu d’années un pays importateur net d’énergie.
Permettez-moi, Monsieur le Président, de dire que vous avez trouvé les mots justes en faisant savoir tout dernièrement que vous avez été «révolté» par les scandales dont il est question et que vous êtes déterminé à ne pas «laisser passer». Ces mots ont tout leur poids dans la bouche de celui qui, après avoir porté bien haut le nom de l’Algérie sur la scène internationale et après avoir réussi à l’arracher aux affres des «années noires» de triste mémoire, assume aujourd’hui les plus hautes responsabilités au sommet de l’Etat. Les Algériens et les amis de l’Algérie ont maintenant les yeux tournés vers vous et ne peuvent que vous souhaiter bonne chance dans votre nouvelle et lourde mission d’éradication d’une gangrène qui commençait à menacer la sécurité nationale et les intérêts vitaux de l’Algérie.*Nicolas Sarkis. (El Watan-02.03.2013.)

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Complaisance de la justice, impuissance des instances de contrôle

*lutte sélective contre la corruption

Si la multiplication des scandales liés à la corruption n’étonne plus, la capacité de certains proches du pouvoir à ne pas être inquiétés par la justice, bien que leur implication dans des affaires de corruption est parfois avérée, laisse perplexe.

Abdelmadjid Sidi Saïd et Mourad Medelci, cités dans l’affaire Khalifa, occupent toujours des postes importants au sein du système, tandis que Chakib Khelil est libre comme l’air, et que Amar Ghoul a réussi à décliner sa responsabilité dans une affaire de corruption liée à un projet dont il n’a pourtant pas hésité à s’attribuer les mérites pour des besoins électoraux. Dans un pays où la rente pétrolière aiguise les appétits de ceux qui en ont le contrôle, les questions de justice et de moralité sont reléguées au second plan.
De par le monde, une certaine littérature n’hésite pas à parler de malédiction des ressources naturelles, en considérant que l’argent du pétrole au centre de toutes les convoitises est à l’origine de la corruption, puisqu’il encourage le développement de comportements rentiers. Mais il est également cause de sous-développement, tant il tend à freiner les activités productives.

L’exemple de l’Algérie est à ce titre édifiant, puisque nombreux sont les experts qui estiment qu’avec 60 milliards de dollars de revenus pétroliers annuellement, le pays aurait dû faire partie du groupe des nations émergentes et non en développement. Ni l’étalage public, ni les réformes politiques, ni l’adoption de cadres réglementaires, ni la ratification de conventions internationales ne semblent en mesure de venir à bout de ce fléau, ou du moins d’en réduire l’ampleur pour plusieurs raisons. Chargés de veiller à la bonne utilisation des finances publiques, les commissaires aux comptes sont à ce titre critiqués.

Selon les propos de certains d’entre eux, cette corporation ne fait pas correctement son travail pour au moins deux raisons : «La première est que certains commissaires aux compte eux mêmes se sont installés dans une confortable posture rentière, leur fonction étant devenue simplement un travail de routine. La seconde est relative à la pression qu’ils subissent de la part des responsables qui les ont désignés pour les missions de contrôle». Hamdi Mohamed Lamine, président de l’ordre des experts-comptables et des commissaires aux comptes expliquait dans l’une de ses déclarations que «l’obligation première du commissaire aux comptes n’est pas de chercher les fraudes, mais de vérifier les comptes des entreprises et voir s’ils sont conformes à la réglementation comptable».

Par ricochet, la détection des opérations frauduleuses et l’obligation de les rapporter à qui de droit ne peut être dissociée de cette mission. L’on se demande alors comment les dépassements au niveau d’entreprises comme Sonatrach aient pu prendre tant d’ampleur. Dans une compagnie comme Sonatrach, «il y a des milliers d’opérations comptables par jour, les commissaires ne peuvent pas tout contrôler», justifiait M. Hamdi, en précisant que la profession n’est pas «suffisamment outillée ni rémunérée pour faire le travail de manière convenable».

Justice sélective

Mais, au-delà des moyens, c’est surtout la pression politique qui entrave le plus le travail de contrôle dévolu aux institutions comme la Cour des comptes ou l’IGF. D’ailleurs, le syndicat des magistrats de cette Cour à saisi le scandale de Sonatrach pour prendre à témoin la semaine dernière l’opinion publique quant à «l’absence de gestion», au sein de cette institution, dénonçant de «terribles pressions psychologiques exercées sur les magistrats» et qui portent «gravement atteinte à leur indépendance dans l’accomplissement de leur devoir professionnel». Ce manque d’indépendance qui fait également défaut dans le domaine de la justice est très souvent décrié, car malgré l’existence d’une loi en matière de lutte contre la corruption, la justice est considérée comme «défaillante, complaisante et à deux vitesses».

Maître Farouk Ksentini, président de la commission nationale de protection et de promotion des droits de l’homme a dernièrement renvoyé la faiblesse de la justice à l’incapacité des magistrats à s’autosaisir des dossiers de corruption. Sinon, comment expliquer que le secrétaire général de l’UGTA, qui a explicitement reconnu son implication dans l’affaire Khalifa lors du procès, soit sorti du tribunal sans être inquiété. Idem pour l’ancien ministre des Finances, Mourad Medelci, toujours membre du gouvernement. Le fait est que la «dépendance de la justice dépend du système politique»,  affirme Boudjemaâ Ghechir, président de la Ligue algérienne des droits de l’homme. En outre, la loi en vigueur ne permet pas aux citoyens de se constituer partie civile pour saisir la justice en cas de corruption.  

Un leurre !

C’est donc toute la volonté politique qui fait défaut en matière de lutte contre la corruption en dépit des discours encourageants. Car, la réalité du terrain est tout autre. A ce titre, Djilali Hadjadj notait dans un entretien à El Watan le 18 septembre 2012 que «la Cour des comptes est aux abonnés absents depuis de très longues années. Elle est devenue inefficace, inutile et budgétivore. L’Inspection générale des finances (IGF) est repliée sur elle-même, ne fonctionnant qu’aux ordres et ne produisant pas grand-chose. L’Organe national de prévention et de lutte contre la corruption, créé en 2006, installé en 2010, se distingue surtout par son silence. Quant à l’Office central de répression de la corruption, créé en 2011, il faut encore attendre quelque temps pour savoir à quoi il va servir».

Autant d’éléments qui laissent penser que la corruption est loin d’être un phénomène isolé ou conjoncturel, mais tend de plus en plus à s’institutionnaliser. Le professeur Mohamed Hachemaoui (La corruption politique en Algérie : l’envers de l’autoritarisme 2011) souligne à ce titre que la corruption devient «un mécanisme de régulation des conflits». Elle permet «d’atteindre des objectifs politiques cruciaux pour le régime : offrir une compensation financière à ceux qui ont été exclus du pouvoir afin de prévenir la prise de parole ; renforcer la vulnérabilité et la dépendance des acteurs à l’égard du centre ; fragmenter et domestiquer l’élite stratégique ; couper l’élite dirigeante des masses et discréditer les concurrents aux yeux du peuple». Et c’est sans doute pour cela que la plupart des affaires de corruption qui sont portées à la connaissance du public sont considérées comme entrant dans le cadre de lutte des clans.*Safia Berkouk -El Watan-04.03.2013.

**ces indicateurs qui plombent la bonne gouvernance

Avec 500 milliards de dollars d’investissements publics en 10 ans, il était difficile pour l’Algérie de rester à l’abri des pratiques de corruption et de tous types de fraudes liées à la distribution de cette manne.

En 2011, la Banque mondiale, dans un rapport intitulé «Middle East and North Africa Economic Developments and Prospects : Investing for Growth and Jobs», soulignait que l’investissement public peut aller à l’encontre de la stimulation de la croissance «puisqu’il est consacré à des actifs non productifs qui ne profitent qu’à des groupes d’intérêt particuliers».
En ce sens, tous les efforts en matière de gouvernance se trouvent annihilés. D’ailleurs, la Note de dialogue 2011-2012 du groupe de la Banque africaine de développement relative à l’Algérie indiquait qu’en «ce qui concerne la gouvernance, les autorités algériennes ont engagé des réformes importantes au plan réglementaire et institutionnel afin de moderniser l’administration publique et renforcer la gouvernance économique et financière», toutefois, «les résultats ne sont pas encore suffisamment perçus».

Les indicateurs mis en place par la Banque mondiale pour évaluer le niveau de bonne gouvernance dans les pays sont à ce titre révélateurs, puisque sur les 6 critères appliqués dans cette mesure, l’Algérie a enregistré entre 2006 et 2011 (dernière indication disponible) un recul. Les critères retenus sont «voix citoyenne et responsabilité», «stabilité politique et absence de violence», «efficacité des pouvoirs publics», «qualité de la réglementation», «Etat de droit» et enfin «maîtrise de la corruption». Sur un indicateur qui va de 1 à 100, l’Algérie est en dessous de la moyenne pour l’ensemble des critères et à moins de 25 pour trois d’entre eux.

Paradoxalement, c’est sur le contrôle de la corruption que le pays enregistre la meilleure note, mais en recul entre 2006 et 2011. En revanche, c’est en matière de reddition des comptes que le problème se pose. Le nombre de hauts responsables cités dans les affaires de corruption sans être inquiétés en est d’ailleurs la preuve..*Safia Berkouk -El Watan-04.03.2013.

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**Les scandales se succèdent…Le règne des «tricheurs»

Quelques informations (vraies ou fausses ? info ou intox ?) récentes qui en disent long sur l’ambiance socio-politique du moment: un responsable d’une grande entreprise publique est mis «sous mandat de dépôt» pour avoir fourni des faux diplômes.

Les scandales se succèdent, Le règne des «tricheurs»

Un individu, se faisant passer pour un officier supérieur de l’Anp (colonel ? général ? et pas de n’importe quel corps,…..du Drs/Mdn, s’il vous plaît ?

Décidemment, le culot des « tricheurs» et des escrocs n’a plus de limites lorsqu’on se souvient, il y a deux décennies, que l’on n’osait pas dépasser le grade de capitaine. Officier supérieur, pas touche ! ) est arrêté alors qu’il voulait pénétrer dans une résidence universitaire (de jeunes filles?).

Des étudiants et/ou anciens étudiants (deux cent personnes environ entre faux bacheliers et témoins) accusés de faux et usage de faux , de corruption et de vaste tricherie. Des responsables universitaires accusés d’avoir permis des inscriptions à des personnes n’ayant pas obtenu leur «bac » ou ayant falsifié leurs moyennes pour accéder à des filières supérieures… etc… etc… On «chuchote » même, dans les couloirs de certains établissements, à propos de diplômes vendus, et de notes généreusement accordées contre ???????.

Des (grosses) gouttes, de plus en plus nombreuses, qui font déborder les vases… d’autant que, parfois, le scandale qui nous éclabousse éclate (comme pour la corruption, par exemple) d’abord…. à l’étranger. Et, on vous l’assure, cela n’a rien à voir avec « les complots ourdis de l’extérieur ».

Car, il y a beaucoup de vrai, ne serait-ce qu’au niveau de la problématique. Depuis l’indépendance du pays, on a connu plusieurs vagues de « tricheurs ». On le savait. On le voyait. On en parlait. On en riait. Parfois même, on applaudissait les prouesses du malfrat.

Un « malin» qui s’est « joué » du beylik ! Comme si ce n’était qu’un simple jeu, celui du «chat et de la souris », Tom et Jerry, chacun ne pensant aucunement à la gravité de la chose et, surtout, aux effets à long terme sur le développement du pays et l’état moral et intellectuel de la société.

Saison 1 :

D’abord, les tricheurs de la Révolution. Tous ceux qui, juste après le cessez-le-feu du 19 mars 1962, sont « montés au maquis » ou «planqués » à l’extérieur, bien loin des douleurs du pays, sont arrivés, par la suite, à se faire recenser «ancien moudjahid ».

Ils ont rejoint la cohorte des filous-faussaires parmi lesquels on retrouve aussi bien le «collabo» que l’opportuniste et l’attentiste. Ceci leur a permis de se placer dans la course aux postes administratifs, de procéder, pour certains, à des alliances avec la néobourgeoisie par le biais d’épousailles «arrangées» et d’accaparer des biens dits «vacants » dans des villes tout d’un coup vidées de leur population européenne. Haja oua Houidja !

Saison 2 :

Ensuite, jusqu’en 1990, la triche des postes et des grades. C’est à qui se fera passer pour un proche du premier cercle des pouvoirs politique et militaire du pays, le clanisme de la « famille révolutionnaire » et de la « famille en uniforme » couvrant toutes les dérives et pardonnant tous les dépassements. Pour accéder aux postes et grades supérieurs, il suffisait d’en être, de manière ou d’une autre.

Ainsi, le chauffeur-militant est devenu ingénieur ou journaliste, le greffier a été bombardé magistrat, le moniteur promu professeur, l’agent administratif désigné wali, le simple adjudant a été chargé, par les « services» (????), de « l’écoute, du contrôle et du fichage » du citoyen…

Aux licences de taxis ou de bars se sont ajoutés les licences universitaires (généreusement octroyées, sans que les « impétrant (e) s » ne suivent un cours) et le nombre de « douktours » a subitement cru…avec des thèses parfois rédigées ailleurs ou par des « directeurs de recherche » étrangers jouant aux « nègres », contre de bonnes et belles vacances en Algérie.

Saison 3 :

Enfin, à partir de 2000, la triche aux attestations communales dépassée et celle des diplômes enfouie dans la paperasserie et la bureaucratie (presque entretenue volontairement pour ne pas permettre de débusquer les « faussaires », devenus des « personnalités respectables » au-dessus de tout soupçon), on est passé à la triche économique et financière.

Faux importateurs (de produits de consommation bien souvent contrefaits et douteux, parfois dangereux pour la santé), faux exportateurs (surtout de devises fortes ou de dinars « blanchis »), faux contrats…… vraie double nationalité (le temps de faire « son beurre », puis, en cas de pépin, de se réfugier ailleurs, chez les « protecteurs » anglais ou luxembourgeois ou suisses ou français ou canadiens ou orientaux ou étatsuniens. N’est-ce pas, Messieurs…..? Excusez, il y a en a trop)

2012-2013:

L’exception étant devenue la règle, la coupe est désormais archipleine. Elle déborde, avec des conséquences désastreuses pour le pays. Le résultat de ces toutes courses maudites est là, désespérant, stressant, « tuant », mais que nulle prospérité financière ne saurait couvrir, que nulle réalisation goudronnière ou bétonnière ne saurait cacher, que nulle immunité parlementaire ne saurait toujours protéger.

Sur le plan économique, les «tricheurs», occupant parfois, sinon souvent, des postes clés de décideurs, passent leur temps à «taper à côté» et, le système politique les «couvrant», ils passent leur temps à aller et à venir dans les fauteuils de «chefs», et au fil de séminaires et des colloques, parfois aux dénominations aussi ridicules que compliquées pour le commun des mortels, et qui nous coûtent «la peau des fesses », nous serinant toujours le même refrain dans des emballages verbeux différents. Résultat, une croissance (parfois forte, parfois faible, mais tout juste moyenne) mais pas de progrès…sauf dans leurs comptes en banque… à l’étranger.

Sur le plan culturel, les «tricheurs» passent leur temps, eux aussi, afin de cacher leur ignorance, à ressasser toujours les mêmes critiques à l’endroit de tous ceux qui «doutent », qui «pensent», qui veulent «être», qui «travaillent », qui «produisent» des biens ou du sens.

Bien d’entre-eux ont largement contribué, pour ne pas dire participé à l’éclosion des drames de la décennie rouge. De simples Mouadhen ou Quayim encore imberbes ne se sont –ils pas érigés en « grands » imams, distribuant des fetwas, parfois assassines, à tour de bras.

Comme en musique, le « cheb » qui se transforme en « cheikh». Comme en journalisme, avec le reporter devenant, du jour au lendemain, «éditorialiste -chroniqueur » ou « commentateur». Comme l’international de foot qui se soit entraîneur national. Comme … Une liste bien longue de dérives comportementales.

Sur le plan politique, les «tricheurs» passent leur temps à tomber à bras raccourcis sur tout ce qui gêne leur parcours autocratique. La démocratie représentative ou participative ou républicaine est leur «tête de turc»…. dès qu’ils ont accès au « koursi ». Sortis par la porte, ils reviennent par les fenêtres. Il est vrai que les «parrains» ont toujours besoin d’un faire-valoir qui, le cas échéant, servira de bouée ou de bouc-émissaire.

Certains enseignants et/ ou journalistes ont souventes fois soulevé les problèmes, mais ils furent assez vite soit traités de jaloux et d’envieux, soit d’incapables (malgré leur compétence avérée, c’està- dire bardés de diplômes obtenus à la régulière), soit de «manipulés », soit d’«empêcheurs de tourner en rond».

Parfois «bloqués» dans leur carrière, ils abandonnèrent un combat qu’ils découvrirent presque perdu d’avance… et s’en allèrent mourir, encore jeunes, malgré tout, dans leurs «trois-pièces cuisine», «à petits feux». Devant la gangrène, on en vient à se poser les habituelles questions liées à la totale incapacité à résoudre le problème ou à notre désormais comportement de «fuyards en avant» :

Qui blâmer ? Tous coupables ? Culpabilité d’un système gagné par la pourriture ? Faut-il ouvrir une (autre) boîte de Pandorre au risque de réveiller les démons de l’émeute généralisée ou de la contestation corporatiste? Conclusion amère (empruntée à Mohammed Beghdad, le Quotidien d’Oran, jeudi 21 février 2013 ) : Khali Elbir Beghtah (Laisse le puits avec son couvercle)! Encore une fuite en avant. En attendant la saison 4. Une suite ? La dernière ? Le spectacle, désormais en mondiovision, continue! *26 Février 2013-Le Quotidien d’Oran

**l’affaire des faux Bacs à l’université d’Oran

Comment les bacs étaient falsifiés

**la source du trafic n’était autre que l’inspecteur de l’Académie universitaire, inculpé et placé sous mandat de dépôt

A mesure que l’enquête judiciaire avance, l’affaire des faux bacs qui a éclaté à l’université d’Oran livre, peu à peu, ses secrets. On connaît maintenant, à quelques détails près, comment et à quel maillon du circuit d’inscription se faisait le trafic de diplômes de bac, le «sésame» pour accéder à l’Enseignement supérieur.

En attendant la clôture de l’information judiciaire ouverte, il y a une semaine, par le juge d’instruction de la 5e Chambre du tribunal d’Oran, laquelle procédure n’en est encore qu’à la phase de la première présentation, force est de constater que le « passe-partout » qui permettait aux indus bacheliers d’accéder à une branche de choix n’était pas possible sans la (grosse) faille qui existait dans le dispositif d’inscription.

Dans la chaîne mise en place pour le traitement des dossiers des nouveaux bacheliers, de la pré-inscription au centre unique, au niveau du vice-rectorat de l’université qui chapeaute 12 départements, jusqu’à l’inscription finale à l’institut vers lequel le candidat a été orienté, en passant par la vérification du bac, via l’OREC (Office régional des examens et concours), il y a lieu de relever qu’il n’y avait pas de coordination entre le premier maillon et le tout dernier.

Selon le système adopté, le bachelier se présente au niveau du vice-rectorat de l’université, muni de l’attestation de réussite au bac (un document administratif délivré, à titre provisoire, au bachelier pour, entre autres, les besoins d’une pré-inscription, et ce, en attendant la délivrance du diplôme proprement dit au niveau central, à Alger, lequel prend beaucoup de temps), du relevé de notes (bulletin exhaustif des notes obtenues pour chaque module par le bachelier à l’examen du bac, avec la moyenne générale et la mention) ainsi que d’un dossier administratif.

Le service, dépendant du vice-rectorat, garde à son niveau le dossier, y compris les originaux de l’attestation provisoire de réussite – qu’on appelle «le bac», tout court- et du relevé des notes, et oriente le candidat vers l’institut ou le département qui lui convient, en fonction d’un nombre de critères, dont en premier lieu, la moyenne générale et les notes obtenues au bac, dans les matières dites «essentielles». Du bac et du bulletin des notes, le bachelier n’en gardera que des photocopies légalisées.

De plus, un papier en carton, rassemblant les cartes de tous les services annexes (oeuvres universitaires, carte d’abonnement à la bibliothèque, transport, internat, etc.), est remis au concerné. Un contrôle de l’authenticité du bac et du relevé de notes qui lui est rattaché, se fait par le vice-rectorat, en collaboration avec l’OREC, qui centralise toutes les données relatives à la liste des lauréats du bac, du BEM et de l’examen de Sixième. A ce niveau-là, pas moyen donc de passer sous le nez de l’administrateur, un bac ou un bulletin falsifiés.

Ensuite, le bachelier se présente auprès de l’administration de l’institut, la faculté ou le département vers lequel il a été orienté et, au moyen des photocopies du bac et du relevé des notes, s’y inscrit.

Autrement dit, la structure pédagogique d’accueil admet et inscrit le bachelier sur dossier présenté par lui. Et c’est là où réside, justement, la faille, accentuée par une communication trop lente, voire carrément absente, entre la structure d’accueil et le service centralisé au rectorat.

C’est ce point de dysfonctionnement du mécanisme d’inscription qui a été exploité par les mis en cause, selon des sources proches du dossier. Avec ce dispositif, le rectorat, quant à lui, ne pourrait détecter le faux qu’en fin de cursus de l’étudiant, à l’occasion de l’examen du parcours pédagogique.

Il y a deux types de falsification mis à nu par les enquêteurs: les faux bacs montés de toutes pièces et les bacs, des vrais certes, mais avec des notes «gonflées» pour se faire inscrire dans telle ou telle spécialité que les résultats, réellement obtenus, n’en permettaient pas l’accès.

Pour cette catégorie de «vrais-faux» bacs, c’est-à-dire avec des notes gonflées, la source du trafic, remontée par les enquêteurs, n’était autre que l’inspecteur de l’Académie universitaire, inculpé et placé sous mandat de dépôt, la semaine écoulée, qui, selon les éléments de l’enquête, proposait aux parents des bacheliers mis en cause, de faire recours pour changer la filière d’inscription, en se chargeant lui-même de leur produire le faux bac pour appuyer le dossier du recours.

Pour ce genre d’interventions «très exceptionnelles» le service centralisé du rectorat était carrément court-circuité, de sorte que les faux bacs injectés dans le recours échappaient à tout contrôle, en amont. Le cas le plus révélateur, à plus d’un titre, divulgué par notre source se rapporte à l’inculpation de trois personnes d’une même famille, résidant à Oran. Il s’agit de deux soeurs et leur frère.

Deux parmi eux, avaient pu accéder à la faculté de droit au moyen d’un faux bac, totalement faux, dont une fille, avait même achevé son cursus et réussi à ouvrir, quelques années plus tard, un cabinet d’avocat, sur la place d’Oran, tandis que l’autre, un garçon, s’est fait renvoyer par l’institut après avoir été débusqué, alors qu’il était en 2e année du cursus de la licence en droit.

La troisième, quant à elle, s’était inscrite à la faculté de médecine, en utilisant un bac dont les notes avaient été gonflées, selon la même source.

Il y a lieu de noter que 107 personnes sont mises en cause, jusqu’ici, bien que le juge d’instruction ait toute latitude d’inculper d’autres, y compris parmi celles auditionnées comme témoins par la police judiciaire au cours de l’enquête préliminaire.

La même source indique qu’après avoir entendu les mis en cause concernant les instituts de droit et des sciences économiques, le magistrat instructeur planchera, la semaine prochaine, sur les cas propres à la faculté de médecine et l’institut des langues étrangères.

La même source rappelle qu’en plus d’une étudiante en droit, placée sous mandat de dépôt ainsi qu’un inspecteur de l’Académie universitaire, 40 personnes ont été inculpées et placées sous contrôle judiciaire, parmi elles le doyen de la faculté de droit et vice-recteur de l’université d’Oran, par ailleurs chargé des inscriptions.

C’était suite à deux lettres de dénonciation anonyme, une écrite en arabe et l’autre en français, qu’une enquête avait été ouverte, il y a huit mois, par le parquet général de la Cour d’Oran.

Dans un premier temps, l’enquête préliminaire se menait sur trois fronts différents, à savoir : le parquet d’Es Sénia, le Commissariat central et le groupement de la Gendarmerie d’Oran, avant que le PG n’ordonne une jonction des trois dossiers en un seul, qui sera confié, tout en bloc, à la section de recherches de la Gendarmerie nationale, qui jouit d’une compétence territoriale nationale.*21 Février 2013-Le Quotidien d’Oran

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