Victimes du néolibéralisme

*LE NÉOLIBÉRALISME
Destruction du collectif et atomisation de l’humain

«Le discours capitaliste, c’est quelque chose de follement astucieux (…), ça marche comme sur des roulettes, ça ne peut pas marcher mieux. Mais justement ça marche trop vite, ça se consomme. Ça se consomme si bien que ça se consume.» Lacan (Philosophe)En ces temps de «délitement des valeurs» que l’on pensait immuables, beaucoup de certitudes ont été ébranlées par le néolibéralisme. Le capital symbolique qui a été sédimenté par pans entiers sous les coups de boutoir du marché du libéralisme, fruit d’une mondialisation sans éthique. Même les sociétés qualifiées il n’y a pas si longtemps de «primitives», sont en train de perdre leur identité sous la pression d’un Occident néolibéral qui série, catalogue et dicte la norme. Elles sont en danger du fait d’une disparition rapide d’un capital symbolique au profit d’une macdonalisation de la culture. Nous allons examiner comment l’Occident veut à travers le libéralisme sauvage imposer une vision du monde qui fragilise les sociétés et les laisse en proie à l’errance. Margareth Thatcher avait l’habitude de dire qu’elle ne connaissait pas de citoyens, elle ne connaissait que des consommateurs.
Fethi Gherbi tente de nous expliquer les fondements du néolibéralisme, écoutons-le: C’est dans l’histoire contemporaine des États-Unis, berceau du néolibéralisme, qu’il faut chercher les origines de cette idéologie. (…) Après le démantèlement de l’empire soviétique, le dernier des empires européens, il s’attelle fiévreusement à mettre la main sur le reste du globe ou si l’on préfère, à imposer sa globalisation. (…) Comme le soulignent Laurent Bonelli et Willy Pelletier, on est face à un «État manager», un État de plus en plus réduit dans sa surface mais de plus en plus renforcé dans ses structures de commandement. L’État Providence est mort de sa belle mort. Tous les acquis que les travailleurs ont arrachés aux démocraties libérales grâce à leur lutte et à la pression qu’exerçait le camp socialiste sur le «monde libre», se réduisent comme une peau de chagrin. (…) Empires disloqués, nations éclatées, voilà l’orientation que le néolibéralisme veut imposer au sens de l’histoire. Le capital a horreur des frontières comme il a horreur des solidarités. Lorsqu’on parle de la mondialisation il faut entendre par là une mondialisation de la fragmentation.(…) Le précariat affecte actuellement plus de 40% des salariés des secteurs public et privé….)(1)
«Le monde économique, s’interroge Pierre Bourdieu, est-il vraiment, comme le veut le discours dominant, un ordre pur et parfait, déroulant implacablement la logique de ses conséquences prévisibles, et prompt à réprimer tous les manquements par les sanctions qu’il inflige, soit de manière automatique, soit – plus exceptionnellement – par l’intermédiaire de ses bras armés, le FMI ou l’Ocde, et des politiques qu’ils imposent: baisse du coût de la main-d’oeuvre, réduction des dépenses publiques et flexibilisation du travail? Le mouvement, rendu possible par la politique de déréglementation financière, vise à mettre en question toutes les structures collectives capables de faire obstacle à la logique du marché pur: nation, dont la marge de manoeuvre ne cesse de décroître; groupes de travail, avec, par exemple, l’individualisation des salaires et des carrières en fonction des compétences individuelles et l’atomisation des travailleurs qui en résulte. (…) Ainsi s’instaurent le règne absolu de la flexibilité, avec les recrutements sous contrats à durée déterminée ou les intérims et les « plans sociaux » à répétition, et, au sein même de l’entreprise, la concurrence entre filiales autonomes, entre équipes contraintes à la polyvalence et, enfin, entre individus, à travers l’individualisation de la relation salariale.»(2). Ce texte écrit il y a plus de douze ans n’a pas pris un pli, il est plus que jamais d’actualité. Mieux, il s’applique sans peine aux pays du Sud et l’on constate que les rares acquis des travailleurs disparaissent inexorablement au nom du marché, de la mise à niveau des normes Iso et d’une mondialisation que l’on nous présente comme inéluctable «Lamafara minha». On ne peut pas y échapper. Le but étant d’arriver à une armée de réserve de main-d’oeuvre docilisée par la précarisation et par la menace permanente du chômage. Cela amène à des situations de détresse extrême qui donne lieu à un stress irréversible qui peut amener à l’autodestruction, il n’est que de se souvenir du feuilleton des suicides de France Télécom. Pour Pierre Bourdieu, le libéralisme est à voir comme un programme de «destruction des structures collectives» et de promotion d’un nouvel ordre fondé sur le culte de «l’individu seul mais libre». Le néolibéralisme vise à la ruine des instances collectives construites de longue date par exemple, les syndicats, les formes politiques, mais aussi et surtout la culture en ce qu’elle a de plus structurant et de ce que nous pensions être pérennes.(3)Une nouvelle religion
De plus, nous vivons une époque où le plaisir est devenu une priorité, où les carrières autrefois toutes tracées se brisent sur l’écueil de la précarité, la vie à deux ressemble de plus en plus à un CDD amoureux. Par ailleurs, on peut citer comme autre perturbation inédite, le développement de l’individualisme, la diminution du rôle de l’Etat, la prééminence progressive de la marchandise sur toute autre considération, le règne de l’argent, la transformation de la culture en modes successives, la massification des modes de vie allant de pair avec l’individualisation et l’exhibition des paraître, l’importante place prise par des technologies très puissantes et souvent incontrôlées, comme l’Internet et ses dérivés l’allongement de la durée de vie et la demande insatiable de grande santé, la désinstitutionnalisation sont en définitive, autant d’éléments qui contribuent à l’errance de l’individu -sujet qui devient, de ce fait, une proie et partant une victime du néolibéralisme. Dans Le Divin Marché, la révolution culturelle libérale, Dany-Robert Dufour tente de montrer que, bien loin d’être sortis de la religion, nous sommes tombés sous l’emprise d’une nouvelle religion conquérante, le Marché ou le money-théïsme. Il tente de rendre explicites les dix commandements implicites de cette nouvelle religion, beaucoup moins interdictrice qu’incitatrice – ce qui produit de puissants effets de désymbolisation, comme l’atteste le troisième commandement: «Ne pensez pas, dépensez!». Nous vivons dans un univers qui a fait de l’égoïsme, de l’intérêt personnel, du self-love, son principe premier. Destructeur de l’être-ensemble et de l’être-soi, il nous conduit à vivre dans une Cité perverse. Pornographie, égotisme, contestation de toute loi, acceptation du darwinisme social, instrumentalisation de l’autre: notre monde est devenu sadien. Il célèbre désormais l’alliance d’Adam Smith et du marquis de Sade.
À l’ancien ordre moral qui commandait à chacun de réprimer ses pulsions et ses désirs, Dufour tente de montrer que s’est substitué un nouvel ordre incitant à les exhiber, quelles qu’en soient les conséquences. Il analyse le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui comme le résultat du renversement de la métaphysique occidentale qui s’est effectué en un siècle entre la philosophie «puritaine» de Pascal et la philosophie «pu(ri)taine» de Sade.(4) Dans la société occidentale actuelle. La résistance à ce délitement moral symbolisé entre autres par la burqa, est combattue par le pouvoir lui-même au nom d’autres impératifs moraux. «Les formes de la destitution subjective qui envahissent nos sociétés se révèlent par de multiples symptômes: l’apparition de défaillances psychiques, l’éclosion d’un malaise dans la culture, la multiplication des actes de violence et l’émergence de formes d’exploitation à grande échelle. Tous ces éléments sont vecteurs de nouvelles formes d’aliénation et d’inégalité. (…) La fameuse « perte de repères chez les jeunes » n’a alors rien d’étonnant: ceux-ci expérimentent une nouvelle condition subjective dont personne, et sûrement pas les responsables de leur éducation, ne possède les clés. Et il est illusoire de croire que quelques leçons de morale à l’ancienne pourraient suffire à enrayer les dommages. (…) En ce sens, l’état apparent de liberté promu par le néolibéralisme est un leurre. La liberté comme telle n’existe pas: il existe seulement des libérations (…) La condition subjective issue de la modernité est menacée. Pouvons-nous laisser l’espace critique, si difficilement construit au cours des siècles précédents, se volatiliser en une ou deux générations?»(4)
Mieux encore, le néolibéralisme fait de l’homme «bionique» un jeu de mécano et de pièces détachées. «Un nouvel « homme nouveau » écrit Dany Robert Dufour, voilà ce que le marché est en train de fabriquer sous nos yeux. En détruisant toute forme de loi qui représenterait une contrainte sur la marchandise, la dérégulation néolibérale provoque des effets dans tous les domaines.(…) Dépressions, troubles de l’identité, suicides et perversions se multiplient. Au point que le marché ne veut plus de l’être humain tel qu’il est. A l’aide du clonage et de l’ingénierie génétique, il exige désormais, carrément la transformation biologique de l’humanité. La démonstration était relativement simple: le marché récuse toute considération (morale, traditionnelle, transcendante, transcendentale, culturelle, environnementale…) qui pourrait faire entrave à la libre circulation de la marchandise dans le monde. C’est pourquoi le nouveau capitalisme cherche à démanteler toute valeur symbolique au profit de la seule valeur monétaire neutre de la marchandise. Puisqu’il n’y a plus qu’un ensemble de produits qui s’échangent à leur stricte valeur marchande, les hommes doivent se débarrasser de toutes ces surcharges culturelles et symboliques qui garantissaient naguère leurs échanges. On peut voir un bon exemple de cette désymbolisation produite par l’extension du règne de la marchandise en examinant les billets de banque établis en euros. On remarquera que ces billets ont perdu les effigies des grandes figures de la culture qui, de Pasteur à Pascal et de Descartes à Delacroix, indexaient, hier encore, les échanges monétaires sur les valeurs culturelles patrimoniales des Etats-nations. Il n’y a plus sur les euros que des ponts et des portes ou des fenêtres, exaltant une fluidité déculturée. (…) Cette désymbolisation du monde intervient à un moment décisif dans l’aventure humaine: c’est la première fois dans l’histoire du vivant qu’une créature en arrive à lire l’écriture dont elle est l’expression. (…) Nous entrerons dans une cruauté inconnue consistant à vouloir modifier ce corps humain vieux de cent mille ans pour tenter d’en bricoler un autre.»(5)
«La valeur symbolique, écrit le philosophe Dany-Robert Dufour, est ainsi démantelée au profit de la simple et neutre valeur monétaire de la marchandise de sorte que plus rien d’autre, aucune autre considération (morale, traditionnelle, transcendante…), ne puisse faire entrave à sa libre circulation. Sous les coups de boutoir de la post-modernité, la civilisation telle que nous l’avons connue risque de disparaître rapidement. On ne devrait cependant jamais oublier que des civilisations millénaires peuvent s’éteindre en quelques lustres. Le néolibéralisme est en train de se défaire de toutes les formes d’échanges qui subsistaient par référence à un garant absolu ou métasocial des échanges. Pouvons-nous laisser l’espace critique, si difficilement construit au cours des siècles précédents, se volatiliser en une ou deux générations?»(6) Dany Robert Dufour pense que le formatage de l’individu sujet consommateur sous influence, commence très tôt: «Déjà écrit-il, la télévision généralise dès l’enfance la confusion entre le réel et l’imaginaire, le moi et l’autre, la présence et l’absence. Le néolibéralisme ne vise pas seulement la destruction des instances collectives construites de longue date (famille, syndicats, partis, et plus généralement culture), mais aussi celle de la forme individu-sujet apparue au cours de la longue période moderne. Le laminage des enfants par la télévision commence très tôt. Ceux qui arrivent aujourd’hui à l’école sont souvent gavés de petit écran dès leur plus jeune âge. (…) Tout d’abord, avec la télévision, c’est la famille, comme lieu de transmission générationnelle et culturelle, qui se trouve réduite à la portion congrue. (..) Les institutions scolaires, université incluse, accueillent donc des populations flottantes, dont le rapport au savoir est devenu une préoccupation très accessoire. Un type nouveau d’institution molle, dont la post-modernité a le secret, à mi-chemin entre maison des jeunes et de la culture, hôpital de jour et sillage social, assimilable à des sortes de parcs d’attraction scolaire, est en train de se mettre en place. (…) La fabrique d’un individu soustrait à la fonction critique et susceptible d’une identité flottante ne doit donc rien au hasard: elle est parfaitement prise en charge par la télévision et l’école actuelles. Le rêve du capitalisme n’est pas seulement de repousser le territoire de la marchandise aux limites du monde où tout serait marchandisable (droits sur l’eau, le génome, les espèces vivantes, achat et vente d’enfants, d’organes…), mais aussi de faire rentrer les vieilles affaires privées, laissées jusqu’alors à la disposition de chacun dans le cadre de la marchandise. Plus rien alors ne pourra endiguer un capitalisme total où tout, sans exception, fera partie de l’univers marchand: la nature, le vivant et l’imaginaire.»(7)

La Voie
D’où viendrait le salut? Edgard Morin avec sa lucidité coutumière écrit: «Il ne s’agit pas de concevoir un « modèle de société » voire, de chercher quelque oxygène dans l’idée d’utopie. Il nous faut élaborer une Voie, qui ne pourra se former que de la confluence de multiples voies réformatrices, et qui amènerait la décomposition de la course folle et suicidaire qui nous conduit aux abîmes. La voie nouvelle conduirait à une métamorphose de l’humanité: l’accession à une société-monde de type absolument nouveau. Elle permettrait d’associer la progressivité du réformisme et la radicalité de la révolution. (…) Il serait également utile de multiplier les universités populaires qui offriraient aux citoyens initiation aux sciences politiques, sociologiques, économiques. Il faudrait également adopter et adapter une sorte de conception néoconfucéenne, dans les carrières d’administration publique et les professions comportant une mission civique (enseignants, médecins), c’est-à-dire promouvoir un mode de recrutement tenant compte des valeurs morales du candidat, de ses aptitudes à la « bienveillance » (attention à autrui), à la compassion, de son dévouement au bien public, de son souci de justice et d’équité. La résistance à tout ce qui dégrade l’homme par l’homme, aux asservissements, aux mépris, aux humiliations, se nourrit de l’aspiration, non pas au meilleur des mondes, mais à un monde meilleur. Cette aspiration, qui n’a cessé de naître et renaître au cours de l’histoire humaine, renaîtra encore.» (L’Expression-27.05.2010.)

Pr Chems Eddine CHITOUR (*) Ecole nationale polytechnique

1.Fethi Gharbi: L’émiettement de l’humain Site Bellaciao 20 mai 2010
2. Pierre Bourdieu: L’essence du néolibéralisme. Le Monde Diplomatique Mars 1998
3.Chems Eddine Chitour: L’Occident et la désymbolisation du monde 23/12/2006
4.Dany-Robert Dufour: Les désarrois de l’individu-sujet. Le Monde Diplomatique 02 2001
5.Dany-Robert Dufour: L’homme modifié par le libéralisme. Le Monde Diplomatique 04 2005
6.Dany Robert Dufour: L’Art de réduire les têtes, Editions Denoël, Paris. 2003.
7.Dany-Robert Dufour: La fabrique de l’enfant «post-moderne». Le Monde Diplom 11.20.01
8.Edgard Morin: Ce que serait ´´ma´´ gauche. Le Monde. 22.05.10

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*Echec de la politique de privatisation des entreprises publiques

On n’évalue pas une activité chez nous, un secteur, un plan, sans arriver à la conclusion que nous y avons échoué.

A force d’entendre le même refrain, on commence d’abord par le reconnaître dès qu’il est fredonné, ensuite on l’apprend par coeur et, enfin, on finit par le sentir venir avant même qu’il ne soit chantonné! De même, à force de raconter des histoires aux autres, on finit un jour par y croire. On arrive ensuite à en faire une conviction religieuse et, enfin, on voudra tenter d’y convertir les autres. C’est ainsi résumée la relation qui lie les Algériens à leurs gouvernants. On n’évalue pas une activité chez nous, un secteur, un plan, sans arriver à la conclusion que nous y avons échoué. On n’évalue jamais une décision importante sans conclure qu’il fallait en prendre une autre. On ne fait pas, non plus,le bilan d’un événement, d’une période, d’une politique, sans hurler à la constatation de l’énorme perte de temps et d’argent que l’on y décèle. Le ministre de la Santé a fait ces derniers temps un rapide bilan de son secteur et il a été secoué par la réalité qu’il a découverte. Un autre ministre vient de procéder au même exercice dans son secteur, c’est Benyounès cette fois qui fait le bilan des privatisations et, pour lui aussi, la conclusion n’est pas la bonne. Celle-ci est même paralysante: les privatisations ont échoué.

Un fiasco et des excuses inutiles

Et dire que l’on nous a toujours raconté que tout dans le processus de privatisation des entreprises, s’est passé pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Combien de commissions et combien d’organismes ont-ils été dépêchés pour l’enterrement de notre tissu industriel? Il fallait faire cette privatisation malgré tout et malgré tous et ils l’ont faite malgré tout et malgré tous. Des milliers de travailleurs s’étaient alors retrouvés dans la rue par cette décision de privatisation, des familles s’étaient trouvées sur la touche d’une vie qui les ignorait suffisamment déjà. C’était un peu la mode que nous devions essayer, comme nous avions essayé, dans une autre vie déjà, le socialisme. Il y a donc, et de l’aveu de l’Etat lui-même, fiasco dans la privatisation des entreprises publiques, ce qui, indiscutablement, s’est répercuté sur le secteur industriel dans son ensemble. Mais si l’on croit volontiers, et sans l’ombre d’une hésitation, qu’il y a eu naufrage dans cette histoire de privatisation, il est, par contre, difficile d’avaler les explications qui visent, comme celles qui les ont précédées, à disculper les auteurs de cette catastrophe. S’il est vrai que «l’absence d’un plan de redressement du tissu industriel» peut être concédée comme facteur ayant sérieusement contribué à l’échec de la relance du secteur industriel, ce qui a entraîné une destruction des entreprises privatisées, il n’en demeure pas moins que «la concurrence féroce des sociétés étrangères» ne peut être regardée ni comme argument valable ni comme justification fiable de la déroute de ces entreprises. Dire que cette concurrence a entraîné «dans plusieurs cas, les entreprises algériennes à réduire leur production» est encore moins recevable comme prétexte et moins crédible comme argumentaire. Avant d’être privatisées, ces entreprises exerçaient déjà dans un secteur qu’elles connaissaient bien. Elles existaient sur un marché dont elles connaissaient les acteurs importants y compris les concurrents. Elles faisaient face à la même concurrence qu’après leur privatisation. Si cette concurrence était féroce c’est que, forcément, elle l’était aussi avant. Donc, il n’y a pas lieu de croire, ou de faire croire aux Algériens, qu’elles ne s’y attendaient pas comme si cette concurrence était tombée du ciel et encore moins qu’elles avaient dû réduire leur production à cause de cette concurrence «féroce». Les pauvres entreprises! La réduction de la production n’a jamais été à proprement parler une stratégie des entreprises. Mais c’est vrai que l’Etat avait privatisé les entreprises publiques sans même s’assurer qu’il allait les mettre entre des mains sûres qui devaient entre autres, veiller à améliorer la performance de ces entreprises et celle de l’économie nationale en dernier ressort. Et c’est vrai que l’Etat n’avait pas pris la précaution de s’assurer que ceux qui achetaient ces entreprises allaient y introduire le management moderne seul à même de leur permettre de jouer leur nouveau rôle et de justifier la privatisation elle-même car, finalement, échouer pour échouer, pourquoi ne les avait-on pas laissées au secteur public? Comme d’habitude, les raisons sensées, on ne les cherche jamais. Au lieu de dresser de véritables diagnostics avec les raisons réelles et les facteurs effectifs qui sont derrière cette déroute, on préfère faire dans la philosophie des évidences et danser autour du pot avant de s’avouer impuissants et déclarer solennellement, l’amertume à la bouche, que «Allah ghaleb», que c’est le «mektoub»… Après tout, n’est-ce pas qu’on est musulman? Alors acceptons! On compte bien sur le temps pour accepter la destinée et recommencer à zéro!

L’éternel recommencement

Oui, on recommence et, une fois les entreprises sur pied, des voix s’élèveront pour imposer leur privatisation afin de venir ensuite se lamenter, en souriant en leur fort intérieur, que la nouvelle privatisation a été un autre échec! Nous sommes ainsi faits. Nous continuons toujours de foncer avec entêtement vers ce qui ne va ni pour le pays ni pour le peuple. Comme si la destruction de notre pays était notre challenge, ou comme si notre propre malheur nous attire irrésistiblement. Nous continuons bien sûr car, comme l’a dit Fellag, partout lorsqu’on atteint le fond, on remonte. Chez nous, lorsqu’on l’atteint, on creuse encore! Alors, creusons encore! On va encore creuser pendant cinquante autres années avant de se rendre compte que nous étions sur un faux sentier. Que nous avions creusé là où il ne fallait pas et qu’il faudrait encore s’y remettre dès le début… Le problème, le seul problème, c’est qu’aucune nation au monde ne dispose d’autant de fois cinquante ans à détruire et à jeter par-dessus les fenêtres des incompétences et les balcons des inaptitudes! Assis sur le trottoir de l’impuissance, le goût de l’amertume dans l’âme, le peuple regarde passer les siècles et les millénaires!*Par Aissa Hirèche-L’Expression-Jeudi 12 Decembre 2013

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Accord d’association avec l’ue, Zale,

               Importations tous azimuts…

L’ouverture qui a achevé la destruction du tissu industriel

Au fil des années, la part de la valeur ajoutée (VA) du secteur industriel dans le PIB s’est nettement dégradée. Au cours des quinze dernières années, la part de la VA industrielle dans la structure du PIB a chuté de plus de 55%. Le déclin a aussi été causé par un secteur qui, pourtant, porte à lui seul toute l’économie du pays.

Sur la même période, en effet, la valeur ajoutée des hydrocarbures dans la structure du PIB a dégringolé de 50% (voire graphe).
Pénalisées par le désinvestissement, les privatisations ratées et les dissolutions dans le secteur public et devant l’incapacité du secteur privé à prendre le relais, la production industrielle nationale est devenue de plus en plus incapable à couvrir les besoins de l’économie et des ménages.

Depuis l’ouverture tous azimuts et l’adoption du principe de l’économie de marché, c’était à l’importation de répondre aux besoins nationaux. La conclusion d’un accord d’association avec l’Union européenne (entrée en vigueur en 2005) et la mise en place d’une zone de libre échange avec les pays arabes (depuis 2012) a achevé la mise à mort d’une industrie agonisante. A mesure que la production industrielle reculait, les importations augmentaient. Si bien que sur la décennie 2005-2014, les importations ont augmenté de près de 200%. Et depuis le début des années 2000, elles ont quasi systématiquement évolué plus vite que le PIB.

Textile, plastique, cuir, électronique, etc., le produit national a, petit à petit, perdu du terrain face aux assauts des produits européens, turcs et chinois. La dégradation affectant particulièrement le secteur des industries manufacturières et de l’industrie métallurgique. Le taux de couverture du marché par la production locale a ainsi été divisé par deux dans l’industrie du bois et du textile, et par près de trois dans celui du cuir, selon une étude de l’expert Rafik Bouklia-Hassane.

Pour certains économistes, la situation actuelle dans laquelle se trouve le secteur industriel est due à la combinaison de plusieurs événements (plans d’ajustement structurel, restructurations, privatisations, libéralisation, etc., mais pas seulement. «L’accord d’association entre l’Algérie et l’Union européenne et l’accord portant sur la grande zone arabe de libre échange (Zale) ont été signés durant les années 2000 et donc ont contribué à leur tour à placer l’industrie algérienne dans la situation qu’on lui connaît actuellement, c’est-à-dire une modeste contribution dans le PIB de l’ordre de 5%», analyse Brahim Guendouzi, économiste.

Impact

Les chefs d’entreprise n’en pensent pas moins. «L’accord avec l’Union européenne a été conclu trop hâtivement, sans tenir compte des intérêts algériens. Il nous a mis par terre», observe Arezki Issiakhem, chef d’entreprise dans l’agro-alimentaire. Avec la ZALE, le constat est encore pire.

«Quand mes marchandises entrent au Maroc, elles sont taxées à 74%. Quand les leurs arrivent en Algérie, ils ne payent absolument rien». Le démantèlement tarifaire n’a pas seulement coûté cher à l’économie en termes de manque à gagner pour les caisses du Trésor, il a également pénalisé des pans entiers de l’industrie, facilitant l’entrée sur le marché de produits dont le prix est devenu plus compétitif que ceux fabriqués localement. «Nous ne sommes pas préparés pour aller vers le libre échange qui est théoriquement une bonne chose», estime Yasmina Taya, chef d’entreprise. A ce titre, «la Zale a été plus grave que le démantèlement contingenté dont je ne peux pas dire qu’il a été fatal. L’erreur vient de chez nous. Il faut réorganiser notre économie, la débureaucratiser et libérer les initiatives afin de s’affranchir de cette culture de l’import.»

Pour beaucoup de chefs d’entreprise et d’observateurs, l’entreprise algérienne n’a pas été suffisamment protégée au moment de l’ouverture du marché et était donc incapable de faire face à la concurrence. L’explosion des importations depuis les années 2000 est «le résultat du démantèlement tarifaire enclenché quelques années auparavant de façon timide, mais qui s’est accéléré avec l’accord d’association avec l’UE et la ZALE vu qu’actuellement un grand nombre de marchandises sont admises en exonération des droits et taxes», explique Brahim Guendouzi. Dès lors, «les producteurs locaux, confrontés à une multitude de contraintes et une concurrence déloyale du fait de la faiblesse du contrôle, ont laissé place progressivement à un nombre élevé d’importateurs.»

En 2015, la balance commerciale de l’Algérie avec les pays membres de la Zale affichait un déficit de près de 400 millions de dollars. Les produits industriels représentant plus de 90% des importations algériennes effectuées dans ce cadre.
D’autres économistes nuancent pourtant ces affirmations. «L’industrie algérienne n’a jamais été compétitive dans la mesure où l’Etat avait la mainmise sur tous les paramètres et biaisait du coup la performance économique», tempère Camille Sari, économiste et financier.

S’il y a une explosion des importations, c’est parce que «dans la sphère dirigeante, il y avait des milieux qui privilégiaient l’importation à la production locale, car on y gagnait plus». Pour lui, «si l’accord d’association avec l’UE est déséquilibré, ce ne sont pourtant pas les entreprises européennes qui ont envahi le marché algérien, mais plutôt les chinoises et autres turques.» La Chine est devenue, depuis 2012, le premier fournisseur de l’Algérie, alors que la Turquie a connu une progression de près de 25% de ses exportations vers l’Algérie entre 2011 et 2014.

Pendant ce temps, la part de l’UE a reculé passant de plus de 55% à environ 50% sur la décennie 2005-2015. Hocine Amer Yahia, expert en entreprise et ancien haut cadre du ministère de l’Industrie, abonde dans le même sens. Il explique que «l’industrie est restée prisonnière de ses modes de gestion archaïque, d’une part, et d’un environnement contraignant, d’autre part, ce qui ne lui permet pas d’occuper une place de choix dans la valeur ajoutée nationale», se situant aujourd’hui «autour de 8/10%, du fait de la baisse des prix du pétrole, contre 20 à 25% en moyenne ailleurs».

Barrières

Dépendance des importations en matière d’inputs, absence d’une liberté de gestion, une autonomie d’entreprise non concrétisée sur le terrain sont autant d’éléments pouvant expliquer cette situation, selon lui. Difficile à partir de là de dire «que les accords avec l’UE (car la concurrence vient d’ailleurs) et la ZALE (accord appliqué en dents de scie) y sont pour quelque chose dans le niveau de performances de nos entreprises».

En outre, s’agissant des importations, le plus gros provient des inputs, demi-produits et biens d’équipement, devant les produits alimentaires, les médicaments et les biens de consommation finale. Ceci pour dire que «le recours aux importations n’est pas la conséquence directe de cette érosion du secteur industriel, de même qu’il n’est pas à l’origine de celle-ci. Mais il est tout à fait clair que lorsqu’on sort d’une longue période de sevrage (pénurie de produits), on ne peut échapper à la ruée vers les importations. L’acte d’importer étant par ailleurs jugé plus facile que l’acte de produire», argumente Hocine AmerYahia. Depuis le début de la crise économique, le gouvernement tente par tous les moyens de réduire la facture des importations, mais cela n’a pas toujours été la principale préoccupation pendant des années.

L’arrivée sur le marché de marchandises chinoises de très mauvaise qualité, parfois même dangereuses pour la santé, se fait sans aucune contrainte, pendant que des industriels algériens tentent d’écouler leurs marchandises. L’un d’entre eux nous raconte comment un importateur dans son secteur d’activité (chaussure de sécurité) lui a rapporté sa propre marchandise achetée en Chine, et dont la durée de vie avait expiré afin qu’il lui redonne vie dans ses ateliers. «S’il y avait des barrières, cette marchandise ne serait jamais rentrée sur le marché algérien et on ne ramènerait pas n’importe quoi», regrette-t-il.

Car s’il est impossible de revenir sur le démantèlement tarifaire, rien n’empêche un pays de mettre en place des barrières non douanières, autrement dit des normes locales pour protéger son économie et ses entreprises. Beaucoup de pays le font, notamment ceux avec qui l’Algérie commerce dans le cadre de la Zale. «On ne peut pas arrêter les importations certes, mais on peut quand même mettre en place des barrières», affirme Amar Moussaoui, industriel dans le domaine du cuir. Le gouvernement a mis en place une liste négative de marchandises exclues de l’avantage préférentiel accordé dans le cadre de la Zale, mais c’est pour le moment loin d’être suffisant au vu de la balance commerciale avec les pays arabes, hors hydrocarbures.

Dans ce cadre, les tentatives de relance de l’industrie risquent de se heurter aux mêmes problèmes.
«La faiblesse des droits de douane, la quasi-absence de normes techniques et de labellisation, le manque d’organismes professionnels devant accompagner le développement de filières technologiques, la timide introduction des TIC dans l’industrie, etc. font que la situation est encore très fragile pour espérer voir un secteur industriel devenir performant et compétitif. Le chemin est encore long», estime Brahim Guendouzi. A plus forte raison, dans le contexte actuel de «crise économique.» *Safia Berkouk / el watan / lundi 28 novembre 2016

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Ahmed Lateb .Expert industriel

«On ne décrète pas une industrialisation par des discours»

Depuis plus de 15 ans, les responsables qui se sont succédé à la tête du secteur de l’industrie ont multiplié les initiatives de réforme et les annonces de projets. Pourquoi le secteur n’arrive-t-il pas encore à décoller ?

***Si on juge l’industrialisation du pays par la part de l’industrie dans le PIB, les résultats sont assez décevants. L’industrialisation du pays est une course de fond qui nécessite des années avant de voir des résultats concrets. Malheureusement, on a surtout fait de beaux discours creux et pas agi concrètement. En revanche, ces deux dernières années, les choses ont réellement bougé sous l’effet d’une nouvelle impulsion politique, mais aussi sous l’urgence imposée par des conditions économiques qui se sont fortement dégradées suite à la baisse des marchés pétroliers.

Le nouveau code de l’investissement est un acte politique concret qui va dans la bonne direction. Les maux de notre industrie sont les mêmes, à savoir une importance historique du secteur public, d’une part, et une bureaucratie lourde, d’autre part. Pour se sortir de ces deux étaux, il faut du temps. Le temps de l’industrie est long. Il est différent de celui du service. Un projet industriel prend au moins 5 ans entre sa date de lancement et son fonctionnement en mode normal. Les résultats n’apparaîtront que dans un horizon de deux à trois ans si on continue à soutenir les privés et si on ne commet pas les erreurs faites dans le passé, à savoir l’immixtion de l’Etat dans la sphère économique.

Quel rapport faire entre l’argent dépensé pour le soutien du privé, d’une part, et l’assainissement du public d’autre part, et les résultats obtenus ?

***De ce point de vue, l’Etat a fait son travail en injectant des sommes importantes dans les entreprises publiques et en octroyant des exonérations aux industriels privés via notamment les avantages ANDI. Le risque majeur est le financement national et international de cette mutation industrielle. L’Etat joue un rôle vital dans ce domaine. Si ce dernier venait à se retirer faute de résultats, la dynamique que nous connaissons actuellement risque de s’arrêter et reporter ainsi les bénéfices de l’industrialisation nécessaire pour relancer l’économie du pays.

Ces dernières années, il y a eu le lancement de plusieurs projets d’assemblage dans l’automobile notamment. Pour quelle valeur ajoutée ?

***Encore une fois, nous n’en sommes qu’au début de l’industrialisation de notre économie et l’aventure industrielle automobile dans notre pays ne date que de l’année dernière.

L’Etat soutient fortement l’industrie automobile qui est naissante via les exonérations de droits de douane, de TVA et d’import. Il soutient également les projets via des bonifications des taux d’intérêt. Donc, l’effort est colossal pour les finances de l’Etat. Les résultats viendront à moyen terme, c’est-à-dire à horizon 2020 quand les projets seront en phase réelle de production locale.

Actuellement, les projets automobiles sont plus des projets logistiques que des projets industriels. La valeur ajoutée ne se fera voir que dans deux ou trois ans, et en attendant l’Etat continue à investir pour faire décoller cette industrie. Pour répondre à votre question, on ne peut pas parler de valeur ajoutée pour le moment. Je redis que l’industrie est une course de fond ; on ne décrète pas une industrialisation par des discours mais par des faits et par des investisseurs à la hauteur des enjeux du pays.

Parallèlement, des industriels algériens ont réussi à se placer à l’extérieur au moment où le pays peine à attirer les IDE….

***Le salut du pays viendra de ses entrepreneurs et de leur dynamisme, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du pays. Il est illusoire de vouloir relancer l’industrie en intervenant dans ce processus entrepreneurial. Il faut laisser le privé jouer son rôle de développeur des projets de création de richesses, l’Etat ne doit pas interférer dans ce processus d’investissement.

En revanche, l’Etat a un rôle crucial à jouer en soutenant ces investisseurs dans le processus de création et de lancement de nouveaux projets. Les décideurs doivent intervenir pour lever les obstacles bureaucratiques, les aléas juridiques, favoriser l’accès au foncier.

Ce faisant, on améliore au passage l’attractivité du pays car en améliorant les conditions d’exercice pour le privé national, on améliore le climat des affaires pour les investisseurs étrangers. *Samira Imadalou / el watan / lundi 28 novembre 2016

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*Comment se faire élire en promettant l’enfer économique plutôt que le paradis

En Algérie comme en France, la gouvernance politique devra faire avaler des potions amères aux électeurs en 2017.

*Le gouvernement parle d’un plan quinquennal présidentiel qui n’existe pas.

Peut-on gagner des élections en faisant la promesse d’une purge brutale des déficits publics ? Examinons l’Algérie d’abord. Les partis politiques sont sur la ligne de départ des législatives du printemps prochain. L’adoption de la loi de finances pour 2017 a été une occasion de décliner les contours d’une «attitude» à l’égard du contrechoc pétrolier et de la réponse qu’il requiert. La majorité FLN-RND soutient donc les mesures de baisse des dépenses du gouvernement.

Sans plus. Personne ne voit cette coalition de pouvoir se fondre d’un programme électoral proposant un régime de grande rigueur budgétaire et de nouvelle compétitivité les quatre prochaines années. Dans le préambule du document portant exposé des motifs qui a accompagné le projet de loi de finances pour 2017, il est écrit que le cadrage triennal du budget s’inspire du plan quinquennal du président Bouteflika. Petite avarie dans la machine. «Le plan quinquennal du président Bouteflika n’existe pas». C’est l’ancien ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf qui l’a rappelé l’autre semaine sur RadioM. Rien qui ne donne une armature programmatique à la nouvelle politique de taxation qui démarre.

Il existe donc chez les députés de la majorité des bouts de phrase par ci par là pour expliquer que la taxe des carburants doit légitimement augmenter pour éviter le gaspillage domestique et libérer des volumes d’hydrocarbures pour l’exportation. Le virage systémique nécessaire vers une autre allocation des ressources budgétaires de l’Etat n’est un programme nulle part chez la classe politique algérienne. En tous les cas, pas chez celle qui siège au Parlement.

Le FFS et le PT sont dans leur rôle lorsqu’ils rejettent les mesures d’austérité du gouvernement. Matraquage des plus démunisIls sont moins éloquents lorsqu’il s’agit de proposer des alternatives de politique économique par temps de grands déficits publics. L’Algérie devra trouver 20 milliards de dollars tous les ans, de 2017 sans doute, y compris jusqu’à 2019, pour combler son déficit budgétaire. Elle ne peut pas le faire en évitant à la fois l’inflation interne et l’endettement externe. C’est ce que lui demande le parti de Louisa Hanoune. Insoutenable bien sûr. Le PT propose de chercher l’argent chez les riches en taxant plus les entreprises privées. Transposition mécanique des solutions de la gauche anticapitaliste en Europe. Pertinente peut-être ailleurs. Inopérante en Algérie. Le parc d’entreprises y est faible et sa valeur ajoutée en jachère.

Cela ne veut absolument pas dire qu’une autre réponse de politique économique est impossible face au contrechoc pétrolier. Des états-majors de partis politiques moins doctrinaux comme Talaie El Houriat tentent d’y travailler. Il faudra venir aux législatives en disant la vérité sur l’avenir. C’est-à-dire en entrant dans la modernité civique. Celle qui parie sur l’éducation des électeurs qui apprennent à reconnaître leurs intérêts à long terme. Avec toujours la mère de toutes les vérités en politique économique, les intérêts de tous les électeurs ne sont pas convergents. Le faire même si le résultat des urnes en Algérie est encore un atavisme archaïque. Ne dépendant pas encore vraiment du contenu des programmes, mais seulement de l’identité des acteurs. La preuve, le gouvernement parle d’un plan quinquennal présidentiel qui n’existe pas.

En France, la tendance de la droitisation de la droite annonce un nouveau moment civique dans les «vieilles démocraties»

Choisir celui qui promet le plus d’austérité. François Fillon, s’il devient président de la France, veut créer un choc thatchérien pour rendre la France «Heureuse», concept choisi par son rival Alain Juppé. Suppression de 500 000 emplois en 3 ans, allongement de l’âge de la retraite à 65 ans, retour aux 39 heures payées 35 heures, refonte du contrat de travail à durée indéterminée (CDI) qui le rende, comme notamment en Angleterre, facile à défaire pour l’employeur. C’est un programme qui dessine deux années terribles à l’économie française qui remporte pour le moment les faveurs d’une large partie de la France.

Bien sûr, ce programme propose en contrepartie du purgatoire de deux années le bonheur éternel de la croissance forte et du plein emploi. Cette chronique n’entend pas répondre à la question de savoir si François Fillon a une chance de redresser la France et d’en faire en dix ans la première économie de l’UE (c’est son ambition) en appliquant cette thérapie de cheval. Trop compliqué. Elle vise juste à comprendre comment la déclinaison d’une telle thérapie peut faire gagner une élection présidentielle. Bien sûr, la vague Fillon n’est pas portée par cette seule poussée de «la radicalité libérale». Elle se dope au repli identitaire. Que la droite française arrive à faire indûment passer pour du protectionnisme commercial. Mais tout de même. La curiosité est là. Voter pour le pire tout de suite, afin d’accéder au meilleur plus tard. En conclusion de son dernier face-à-face télévisé avec Alain Juppé, François Fillon a regretté de ne pas avoir «convaincu plus tôt».

Est-ce lui qui a convaincu ? En vérité, l’idée a fait son chemin que la France décline à cause de son modèle social. Un battage de plus de vingt ans qui sur le front du temps de travail, du régime des retraites, des protections du travail, de la gestion du chômage, des aides sociales et du statut des fonctionnaires a fini par «donner ses fruits». Le contre-argument d’Alain Juppé «des réformes brutales seront contreproductives, voire irréalistes» est presque devenu inaudible. Dans le doute existentiel sur son rang dans le monde, la France n’a plus le choix que celui d’un «Brexit-Trumpien» version Marine Le Pen ou une thérapie de choc pour rendre le pays économiquement flexible comme l’a fait Thatcher il y a 30 ans en Grande-Bretagne. Il y en a qui vont bien sûr nous expliquer que devant une telle régression des opinions en Occident, les régimes autoritaires semi-ouverts de nos latitudes ont peut-être du bon. Surtout lorsqu’ils disposent de la rente énergétique à redistribuer pour maintenir la cohésion sociale. Sauf que la dernière fois où la redistribution s’est fermée à la fin des années 80’, les Algériens se sont mis à s’entretuer. Et ce scénario jamais trop loin nulle part, ce sont les bonnes anticipations de politique économique autant que le respect des droits et libertés qui en prémunissent les nations. Le second rend plus possible les premières *El Kadi Ihsane / el watan / lundi 28 novembre 2016

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*le ministre des finances annonce la fin de la gratuité des soins dans les hôpitaux publics

*C’est la fin du social et d’une époque

*Remise en cause des subventions à tous les niveaux?

Les propos tenus hier, par le ministre des Finances, Mohamed Djellab, devant la commission des affaires économiques et financières au Conseil de la nation, font froid dans le dos. Ils tombent tel un couperet et il faut s’attendre à des réactions qu’il va falloir gérer avec beaucoup de clairvoyance. C’est la fin d’une époque, surtout qu’ils viennent du grand argentier du pays. «A l’avenir, le citoyen paiera ce qu’il doit payer dans un hôpital public (en contrepartie de ses soins) ou bien son loyer pour le logement public (…). Chacun doit assumer ses responsabilités», a souligné le ministre précisant que l’Etat veillera à ce que les subventions «soient réservées progressivement aux couches défavorisées».
Le ministre enfonce le clou dans sa tentative de rassurer quand il dit notamment: «Nous n’allons pas abandonner ces couches (défavorisées), mais nous devons les préparer à l’insertion économique (…). Mais il viendra le jour où nous devrions rationaliser l’intervention sociale du gouvernement.» En d’autres termes, c’est la fin de la médecine gratuite. Qu’en serait-il pour le pain, le lait, l’eau et l’électricité? En tout c’est dit et c’est par un canal officiel, l’Agence APS. Le gouvernement envisage d’adopter une nouvelle politique pour le financement du service public afin de ne pas alourdir davantage la charge financière du Trésor public dans un contexte de baisse des cours du pétrole.
Prononcés en ces moments d’incertitudes, de bouillonnement social et de concentration de crise multidimensionnelle, les propos du grand argentier du pays sont vraiment osés surtout au moment où le gouvernement a adopté une attitude plutôt rassurante pour ne pas affoler davantage les populations. Ou peut-être est-il temps de dire la vérité aux Algériens fut-elle douloureuse. M.Djellab a indiqué qu’une nouvelle démarche était en cours d’élaboration au niveau du gouvernement visant à donner «un aspect économique et commercial» au service public au lieu de «l’aspect social» qui «alourdit la charge du Trésor public en raison de l’importance des subventions» destinées aux transferts sociaux lesquels, selon lui, représentent 30% du PIB annuellement. Evoquant la baisse des cours du pétrole et le dispositif prévu par le gouvernement pour faire face à ses répercussions, M.Djellab a précisé que ces mesures entraient dans le cadre d’une politique de rationalisation des dépenses publiques et qu’il ne s’agit aucunement d’une politique d’austérité. Selon lui, tous les scénarios sont prévus, et ce, quelle que soit l’ampleur de la baisse des prix du pétrole. Concernant le gel du recrutement dans la Fonction publique en 2015, M. Djellab a expliqué que cette mesure ne concernait pas tous les secteurs, tels ceux de l’éducation et de la santé. Interpellé en marge de cette séance d’audition, sur les détails des dispositifs prévus par le gouvernement en cas d’une éventuelle chute des prix du brut en deçà des 40 dollars, le ministre a répondu: «Nous avons tous les scénarios et toutes les projections. Face à tout niveau des prix du brut sur le marché, nous lui avons fait des projections.» Relevant que l’Algérie subit une baisse de ses revenus pétroliers depuis juin 2014, le ministre a assuré que la situation actuelle était «bien maîtrisée» grâce au niveau actuel des réserves de changes et un niveau d’endettement extérieur quasi nul: «Ce qui permet de mieux gérer la situation.» Interrogé également si une loi de finances complémentaire était prévue pour réajuster notamment le niveau des dépenses publiques, M.Djellab a souligné qu’aucune décision n’était prise pour le moment à ce sujet, assurant que la loi de finances 2015 permet, déjà, un contrôle suffisant des dépenses et des recettes. *Par Brahim TAKHEROUBT - Mercredi 21 Janvier 2015/ L’Expression

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7 réponses à “Victimes du néolibéralisme”

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