Pour un web ouvert

       **Un usage public pour échanger le Savoir

*Soit on partage ses connaissances, soit on les dissimule aux autres.

Pour un web ouvert

Ce partage ou cette dissimulation sont parfois conscients et parfois inconscients. Pour le Web Ouvert, les concepts du partage de la connaissance ont été inscrits dans le code génétique des sites et des services dès le début du Web, que nous appelons souvent Web 1.0. Le partage rompt de façon rafraîchissante l’isolement de l’utilisateur sur son ordinateur perdu sur Internet. ou qui se contente d’utiliser certaines facettes non-sociales du Web telles que la consommation de médias. Cependant, il est important de souligner que le partage n’est pas forcément l’utilisation la plus répandue du Web.

Le Web, à  l’origine, tel qu’on l’a construit sur Internet, consistait essentiellement à afficher publiquement des pages HTML échangées entre universitaires. Avec l’explosion du Web public, plus précisément à partir des années 1994-1997, la quantité de personnes actives en ligne a augmenté de façon exponentielle1. Depuis, le Web est passé rapidement de pages personnelles à usage public à des services et à des entreprises commerciales. Celles-ci développent des applications qui leur permettent d’exercer divers contrôles collectifs et privés sur votre participation. Le partage de vos connaissances et l’accès à celles des autres ont été réglementés soit par le biais de stratégies de blocage des pages web par leurs propriétaires, soit par la force des lois imposées par les juridictions du monde entier. Même  la possibilité  de voir la source permet seulement de faire une version dérivée ou simplement de copier le contenu en ligne  mais pas de modifier le contenu d’origine par défaut.

De nos jours, avec des sites tels que Youtube, Flickr, et Twitter, il est possible de lire et de publier sur des pages web avec différents niveaux de contrôle et d’accès. Le nouveau champ de bataille à propos de la lecture et publication d’informations est lié à ce qu’une personne est autorisée à partager sur un site Web. Auprès d’un certain nombre de services, le partage quotidien est le comportement par défaut, d’où l’énorme quantité d’informations publiées par certains vers leurs réseaux sur Facebook, ainsi que via les services de microblogging comme Twitter et Status.Net. Cependant, tout le monde n’utilise pas la même stratégie de partage. Pour cet ouvrage, nous ferons la distinction entre le partage de connaissances en général, et le partage nécessitant une adaptation juridique au travers des licences telles que les Creative Commons permettant un partage légal.

*un partage convivial

L’appropriation générale des œuvres de création par le copyright fait émerger un monde où  dès que vous menez un travail de création — audio, vidéo,  image ou texte —  votre conception est limitée par le copyright. Il n’est absolument pas nécessaire qu’une institution gouvernementale enregistre votre travail. Cela signifie que les travaux les plus créatifs dans les pays signataires de la convention de Berne voient leur partage bloqué par les autres. À priori le partage mondial est brisé. C’est un partage qui a échoué.
 
Une solution à cet échec du partage de contenu est fournie par les Creative Commons, une institution à but non lucratif qui assure gratuitement des outils légaux  permettant au détenteur de copyrights de partager certains droits avec les autres2. En ce qui concerne le code source de logiciel, il existe des biais juridiques de la Free Software Foundation, qui fournit la GNU GPL. La GPL, qui a été à l’avant-garde de la méthode du copyleft qui permet de rétablir le partage, est aujourd’hui la licence libre la plus répandue, la plus utilisée pour les contenus3, et elle a inspiré la licence Creative Commons de partage des droits à l’identique, mais également le copyleft.

Ce problème de copyright est d’origine humaine et non technique : le protectionnisme. Des multinationales comme Disney ont modifié la durée des termes du copyright pour qu’elle soit étendue à l’infini, dans une forme de transhumanisme d’entreprise, trichant avec la mort d’une façon anti-naturelle. Elles soutirent du profit en prolongeant artificiellement et indéfiniment la rareté des ressources. La bataille pour le Web ouvert exige à la fois davantage de partage et des outils comme Creative Commons.

*Limites et défis du partage

Pourtant, le partage a ses limites. Il y a pléthore d’exemples dans le monde où le partage pose problème. Il n’existe aucun système parfait pour partager. La bataille pour le Web ouvert se déroule dans un contexte social, juridique et technique sans arrêt en mouvement.

Considérez un instant une anecdote personnelle à propos d’un excès de partage de contenu sur Facebook. Un ami des auteurs a utilisé le Web pour partager ses voyages sur tripit.com, un service qui diffuse votre statut sur Facebook par défaut. Notre ami, qui vit dans un pays arabe en guerre avec Israël, a publié qu’il ferait bientôt un séjour en Asie. Quelqu’un d’autre, pas même une connaissance de notre ami, a commenté la publication automatique sur le flux public de Facebook en disant « J’espère vous voir bientôt à Tel Aviv ! » Les services secrets ont intercepté le message, non pas en utilisant des procédés technologiques pointus, mais simplement parce que les publications sont publiques. Notre ami a passé les deux jours suivants dans une cellule — pour cette seule publication. Partager n’est donc pas forcément une expérience positive, si c’est fait inconsciemment ou bien détourné par d’autres.

Un des meilleurs exemples de réussite du partage est un site parmi les cinq les plus consultés du monde, Wikipédia. Cette encyclopédie massivement modifiée par la communauté prospère suivant le principe que chacun est un expert, n’importe qui peut modifier l’encyclopédie. Ce qui est légalement renforcé par l’usage de l’outil juridique que constitue la licence Creative Commons Paternité Partage à l’identique. Prenons pour exemple l’article sur Inkscape, l’outil graphique open source :http://en.wikipedia.org/wiki/Inkscape. Si nous le regardons dans sa totalité, il dresse la liste de ce que fait le logiciel, l’historique du projet et les références des fonctions qui ont fait l’objet de demandes d’aide. En haut de la page vous pouvez cliquer sur l’historique de l’article et voir des milliers de modifications. L’historique de ce partage du savoir entre des milliers de contributeurs du monde entier donne plus de poids à l’article. Ce n’est ni trop ni trop peu de partage, mais juste ce qu’il faut.

L’enjeu de la bataille du Web ouvert, c’est de pouvoir exercer votre propre contrôle. La question c’est d’être responsable de vos propres formes de partage. Dans le Web ouvert, le partage est nécessaire pour combattre la dissimulation massive des connaissances qui fait partie des normes juridiques et sociales, à l’échelle mondiale.

Mais alors que certains pourraient proclamer « l’amour du partage » celui-ci peut avoir des effets indésirables. Avec le système de copyright par défaut, dans tous les pays développés (avec l’extension de ses contraintes à tout le reste essentiellement verrouillé par des traités et des pressions exercées par ceux qui cherchent une économie de rente), la faiblesse du partage est généralisée. Mais il est également possible de partager à l’excès, à la fois sans votre consentement et de façon indésirable, comme le font ceux qui choisissent de polluer nos boîtes aux lettres.

Comme les universitaires l’ont démontré à maintes reprises, et  comme l’a imaginé Cory Doctorow dans « Down and Out, in the Tragic Kingdom »4, l‘avenir est construit sur le passé. Un passé dans lequel existait un domaine public, des œuvres de création libre. Notre histoire collective. Disney a bâti son empire en tirant du passé des récits appartenant au domaine public, en illustrant des chansons avec des animations, en synchronisant des voix off pour commenter ses histoires, et a créé un système de rareté artificielle pour générer du profit. Toutefois, vous ne pouvez participer librement à l’entreprise de Disney sans en payer le prix. Ce même modèle de partage sous contrôle se retrouve un nombre incalculable de fois sur le Web, depuis Amazon Store jusqu’à iTunes d’Apple qui vendent des vidéos de Disney, des animations de Pixar, et d’innombrables morceaux, et jusqu’à l’artiste connu sous le nom de Prince, traduisant en justice ses fans5  qui envoient des vidéos sur YouTube. Le copyright d’exclusivité mondiale est souvent renforcé quand la rentabilité n’est pas maximale. Dans ce modèle, le seul partage auquel vous avez droit est celui du numéro de votre carte de crédit.

Dans le Web ouvert, il y a des des lueurs d’espoir pour un partage plus équilibré. Wikipédia et l’immense succès des sites Web 2.0 comme Youtube montrent que les gens désirent partager. Plus de 24 heures de vidéo haute définition sont envoyées sur Youtube chaque seconde6.

  Dans la bataille du Web ouvert, la solution consiste à soutenir le partage légal avec les Creative Commons et autres licences libres et ouvertes. Si c’est fait correctement, comme Wikipédia, juste ce qu’il faut de partage peut vraiment changer le monde.*source: flossmanualsfr.net

  1. en.wikipedia.org/wiki/History_of_the_Internet^
  2. Voir creativecommons.org/^
  3. “Make Your Open Source Software GPL-Compatible. Or Else.” by David A. Wheeler..dwheeler.com/essays/gpl-compatible.html^
  4. Voir thepublicdomain.org and craphound.com/down/^
  5. Voir switched.com/2007/11/07/prince-sues-his-number-one-fans/ and.guardian.co.uk/uk/2007/nov/07/musicnews.topstories3^
  6. Voir mashable.com/2010/03/17/youtube-24-hours/^

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*Le web est fermé

« Autant nous adorons le Web ouvert, autant nous sommes en train de l’abandonner » **Chris Anderson, WIRED Magazine

Le Web a été conçu pour être Tout. Alors qu’Internet dans sa globalité joue un rôle de plus en plus déterminant en devenant la technologie mondiale du commerce et de la communication, le World Wide Web a été depuis le tout début conçu pour être un moyen d’expression libre et ouvert par lequel le savoir humain est créé, consulté et échangé1. Mais ce Web est en danger de mort.

Le Web a été conçu pour être libre. Il a mis en place un langage hypertexte que n’importe qui pouvait utiliser pour produire des documents électroniques et les interconnecter avec des liens. Ces documents étaient supposés former une toile mondiale d’informations sans centre ni contrôle centralisé2. Le premier navigateur web était également un éditeur web, et ce principe selon lequel n’importe quel nœud du réseau peut à la fois consommer et créer du contenu a été plus ou moins défendu jusqu’à aujourd’hui.

Le Web a été conçu pour être ouvert. Il définissait une interface commune pouvant être installée sur n’importe quelle machine. Cette nouveauté permit de franchir les obstacles des incompatibilités entre les différentes plateformes et outils pour partager le savoir sur le réseau3 en définissant un protocole de transfert hypertexte (HTTP en anglais) et d’autres standards pour la recherche et la communication des données en ligne. La spécification technique du World Wide Web fut diffusée gratuitement comme un standard ouvert et non propriétaire qui pouvait être utilisée par n’importe qui pour le commerce, la culture et tout l’éventail entre les deux.

Une décennie après sa naissance, le World Wide Web avait grandi et était devenu le protocole dominant en termes de bande passante pour l’échange de données sur Internet. C’est l’ouverture du Web qui a permis cette révolution et dans les années qui ont suivi, d’innombrables technologies et inventions se sont construites en s’appuyant sur le Web ouvert.

Au passage du millénaire, en revanche, l’utilisation du Web a commencé à décliner en pourcentage du trafic internet total, remplacé par des utilisations plus consommatrices de bande passante, comme les vidéos en diffusion, le partage de fichier en pair à pair, la voix sur IP et le jeu en ligne.

En fait, le trafic du World Wide Web a continué à augmenter puisque de plus en plus d’utilisateurs s’y connectaient. Pourtant, des changements plus sournois ont eu lieu. La proportion de trafic total du Web toujours sur le déclin a été encore réduite de l’intérieur par de nouveaux échanges de données qui utilisent HTTP, mais qui impliquent peu ou pas de navigateur web ni d’hypertexte, voir aucun humain4. De plus en plus de ces échanges, plutôt que de s’appuyer sur des standards libres et ouverts, mettent en jeu des applications commerciales qui se connectent à des services en ligne propriétaires, en utilisant des protocoles ad hoc de machine à machine ou des interfaces de programmation 5. Ils apparaissent entre des services réseau qui communiquent entre eux sans intervention humaine, et d’autres qui s’installent sur des appareils mobiles faisant tourner des applications écrites sur mesure pour des spécifications matérielles et des tailles d’écran limitées, délaissant le navigateur web générique.

Ce qui apparaît comme un tournant incontestable pour le Web libre et ouvert a incité le magazine WIRED à proclamer à la une en 2010 : le Web est mort6 .

En réalité, le Web se porte bien. Mais en tant qu’espèce singulière de la connaissance humaine, il ne peut échapper à la menace d’une mutation sournoise ou d’une extinction complète. L’avenir du World Wide Web comme plateforme libre et ouverte est loin d’être garanti. Le seul moyen d’assurer sa survie est de combattre directement avec les outils et techniques du Web ouvert. Si vous utilisez ne serait-ce qu’un peu le Web, vous ne pouvez pas ignorer ce combat. Ce qui menace la liberté du Web, c’est aussi ce qui menace la vôtre.

Ce livre défendra l’idée que le Web ouvert est essentiel en tant que technologie et en tant que pratique culturelle pour l’avenir d’Internet et de la société humaine. Le Web tel que nous le connaissons a eu un impact positif et même révolutionnaire dans les secteurs clés des sciences, de la technologie, de la politique et de la culture. Il a ouvert de nouveaux champs de droits individuels et de responsabilités, en termes de structures légales, de standards partagés par une communauté, de vie privée et de contrôle des données. L’évolution rapide des technologies génère toujours plus de menaces d’envergure (mais aussi de possibilités) sur le Web ouvert.

Le combat pour le Web ouvert prend place sur le marché global des réseaux, technologies et communautés interconnectées. Le combat pour le Web ouvert est votre combat.

  1. Le World Wide Web a été inventé en 1990 par Tim Berners-Lee, un ingénieur anglais qui travaillait au CERN à Genève en Suisse. Pour lui rendre hommage, le Time Magazine l’a nommé parmi les hommes les plus importants du 20e siècle : « le World Wide Web lui doit tout. Il l’a conçu. Il l’a donné au monde entier. Et c’est lui plus que tout autre qui a combattu pour le garder ouvert, non-propriétaire et libre. » Tim Berners Lee – Time 100 People of the Century. Time Magazine. http://205.188.238.181/time/time100/scientist/profile/bernerslee.html ^
  2. « L’hypertexte est un moyen d’accéder à des informations en les reliant de diverses façons comme un réseau de nœuds d’information à travers lesquels l’utilisateur peut naviguer à volonté… Cette vision du Web comme une toile d’informations plutôt que comme un arbre hiérarchisé ou une liste numérotée est le concept de base qui sous-tend l’hypertexte. » Tim Berners-Lee and Robert Cailliau. WorldWideWeb: Proposal for a hypertexts Project. (1990)^
  3. Les incompatibilités actuelles entre plateformes et entre outils rendent impossible l’accès à l’information existante par une interface commune, ce qui conduit à une perte de temps, à de la frustration et à des solutions dépassant la simple consultation de données. Il existe un important bénéfice potentiel à intégrer toutes sortes de systèmes de façon à permettre à l’utilisateur de suivre des liens pointant d’une information à l’autre.* ibid. ^
  4. « Un des changements les plus importants qui s’est produit dans le monde numérique a été de passer d’un Web largement ouvert à des plateformes semi-fermées qui utilisent Internet comme vecteur, mais pas le navigateur pour afficher du contenu.» Chris Anderson et Michael Wolff. The Web Is Dead. Long Live the Internet. (2010)wired.com/magazine/2010/08/ff_webrip/all/1 ^

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**L’avenir est ouvert

Le Web est au sommet d’un vaste édifice de standards technologiques qui l’ont engendré, le maintiennent et le complètent. Ce système de protocoles en réseau qui a fondé Internet a dû atteindre un niveau de stabilité, de maturité et de cohérence, pour que le Web de l’hypertexte et des documents interconnectés puisse s’y développer solidement. C’est une structure très basique, ouverte, et néanmoins puissante qui a posé les fondations de ce Web en pleine expansion.

La quasi-totalité de l’infrastructure sous-jacente d’Internet est ouverte et standardisée. C’est cette ouverture en particulier qui a permis un niveau sans précédent d’innovation, de génération de connaissances et d’expression créative sur le Web et même en dehors. Ceux qui militent pour garder le Web ouvert le font pour continuer à le voir progresser. L’expérience montre que standardiser la colonne vertébrale du réseau engendre un déferlement d’innovations, avec pour conséquence des progrès et des améliorations que nous ne pouvons anticiper.

Aujourd’hui, pendant la majeure partie du temps que nous passons en ligne, nous n’imaginons même pas les lignes de code et les standards qui sous-tendent nos activités quotidiennes. Mais sans ces couches solides et interopérables sous-jacentes, le Web tel que nous le connaissons ne pourrait pas exister.

Imaginez un instant que vous deviez demander la permission à chaque fois que vous recherchez un restaurant dans votre ville. Et si toutes les informations étaient livrées cadenassées, et que vous aviez à fouiller pour trouver les clés ? Ou encore si vous deviez sonner chez votre voisin pour pouvoir consulter la programmation de votre cinéma local ? Payer une licence pour regarder les horaires de bus en ligne ? Heureusement, la plupart de nos actes ne ressemblent à rien de tout cela, pour la simple raison que la pile technique les supportant, la pile du Web ouvert, a déjà contourné les obstacles et standardisé ces échanges de données.

Dans cet ouvrage, nous explorerons de l’intérieur les fondations techniques qui rendent possibles ces activités sur le Web, et nous démontrerons en quoi il est important qu’elles se développent et qu’elles soient protégées. Mais d’abord, étudions pourquoi nous devrions nous soucier du Web ? Qu’a-t-il permis, et que pourrait-il accomplir s’il était plus ouvert ?

La section suivante fournit des exemples issus de disciplines et de projets ayant eu un rôle clé. De plus, elle offre un bref aperçu d’un futur brillant d’innovations et de collaboration — si nos pratiques techniques et normatives sont les bonnes.

*Pour un partage des connaissances

Wikipédia, la coqueluche des projets massivement collaboratifs, a eu 10 ans en 2011. En hébergeant plus de 19 millions d’articles dans 270 langues1, Wikipédia est l’exemple parfait des bénéfices de l’ouverture. Collaboratif, techniquement interopérable, normalisé et modifiable à l’infini, il est devenu l’une des plus célèbres bases de connaissances de l’histoire de l’humanité. Beaucoup d’encre a coulé sur les mérites du projet, son évolution, les critiques dont il est l’objet, mais dans la perspective de ce livre, nous souhaitions souligner l’importance du Web pour libérer le potentiel de Wikipédia et d’autres projets collaboratifs en ligne. Wikipédia, tout comme de nombreux autres portails axés sur le développement de connaissances, repose sur le Web pour faire en sorte que les gens continuent de participer et d’accéder à ce précieux contenu.

*Engagement citoyen

Si vous voyez un nid-de-poule dans la rue, vous pouvez rapidement le signaler à la ville et le mettre ainsi en attente de réparation. Le projet Fix My Street2 de la fondation anglaise MySociety a produit une interface web pour améliorer son quartier par de simples actions, comme signaler les nids-de-poule. Le logiciel a été publié sous une licence qui autorise les autres à le modifier, ce qui permet à d’autres villes d’adapter cette technologie à leurs besoins. Ces outils sans verrou aident les citoyens à se mobiliser de manière flexible et gratuite.

Une plateforme coréenne de journalisme citoyen, OhmyNews, fut l’une des premières agences de reportages en ligne dans le monde à s’atteler au Web pour entretenir le débat politique et agir sur la politique nationale. Avec plus de 63 mille reporters citoyens, 2 millions de visiteurs uniques par jour, et le classement le plus haut dans les sites d’informations indépendants en Corée3, OhmyNews est un exemple impressionnant de la façon dont le Web peut se mettre à l’échelle du journalisme communautaire et couvrir la vie politique. Chose intéressante, les dons et les micro-paiements alimentent le système, en court-circuitant les habituels revenus publicitaires pour le contenu en ligne.

Les leaders de communautés, les manifestants, les militants et tous ceux qui s’impliquent dans la vie citoyenne peuvent utiliser le Web pour faire avancer la démocratie et leur propre cause. Si le Web est ouvert, de nouvelles plateformes similaires vont prospérer. Et le contenu sans publicité, en particulier dans la sphère civique, sera toujours possible.

*Transparence et responsabilité

La bataille pour le réseau est fondamentalement une affaire de démocratie, de transparence, et d’expression. Le réseau fournit un espace nécessaire pour les lanceurs d’alerte, les journalistes citoyens et professionnels, les dissidents, ou la première personne venue qui veut dénoncer ou critiquer son gouvernement, son patron, ou d’autres autorités. Si le petit frère doit garder un œil sur son Big Brother, nous avons besoin de technologies sécurisées et fiables qui garantissent à l’utilisateur une protection et un anonymat. Le réseau le permet, mais des défis terribles à relever nous attendent.

Le réseau « Technologies pour des documents transparents » réalise des études de cas pour savoir quelle stratégie adopter dans la promotion de la transparence et de la responsabilité dans le monde4. Au moment où nous écrivons ceci (janvier 2011), 60 types d’usage sont répertoriés de l’Argentine au Zimbabwe, ils soulignent le rôle joué par le Web et les technologies qui en dépendent pour surveiller les élections, éduquer les citoyens sur les droits du consommateur, encadrer le processus législatif, rendre publiques les dépenses budgétaires et bien d’autres choses encore. Un grand nombre de ces utilisations et beaucoup d’autres sont rendues possibles grâce à l’accès au Web et à d’autres composantes majeures des technologies libres et ouvertes.

Aujourd’hui une discussion sur la transparence du Web ne saurait être complète si l’on oubliait l’initiative Wikileaks sur laquelle se focalise toute l’attention. Alors que la plupart des pratiques des institutions sont en réalité opaques, Wikileaks s’appuie sur le Web pour diffuser des informations et communiquer avec ses collaborateurs et le grand public.

Les débats autour de Wikileaks révèlent les défis lancés au Web fermé. Les réactions à la publication de documents sensibles, et particulièrement ceux dans lesquels on voit le bras long des interventions étatiques faisant pression sur les entreprises privées pour qu’elles refusent leurs services à Wikileaks, montrent les nombreuses faiblesses des services hébergés par des entreprises commerciales et la centralisation des plateformes clés du Web. L’affaire souligne également l’influence décisive de la loi et du pouvoir politique, associés aux compétences techniques, pour accéder à l’information et la contrôler.

Une conséquence intéressante sur le plan législatif est apparue en Islande, à la suite des publications de Wikileaks. Il ouvre une piste sur la possible évolution du rôle de l’état pour protéger, et non menacer, la liberté d’expression. En juin 2010, le Parlement islandais a voté à l’unanimité un projet de loi gouvernemental destiné à donner un cadre renforçant la liberté d’expression5 . En l’occurrence, il s’agit de mener l’Islande vers « l’inverse d’un paradis fiscal ; en offrant aux journalistes et aux éditeurs les mesures les plus puissantes du monde pour protéger la liberté d’expression et le journalisme d’investigation ».

*Créativité

Le Web peut aussi être le moteur de la créativité. Quand l’infrastructure technique sous-jacente est interopérable et fonctionnelle, on peut s’en servir pour faire énormément de choses. Extraire du contenu de sources croisées, chaque niveau étant compatible avec des standards ouverts et sous licences libres, offre des possibilités encore jamais vues de remixer et de mettre dans un nouveau contexte des productions artistiques et autres créations.

Les musiciens d’Arcade Fire ont bouleversé le concept de cinéma en ligne en publiant The Wilderness Downtown6 , un film interactif qui utilise le HTML5, un langage clé du Web ouvert. En jouant sur les flux de données en direct et les multiples trames vidéo, The Wilderness Downtown ajoute une dimension à l’image animée qui aurait été impossible avec les technologies classiques de diffusion.

Avec les niveaux de données interopérables, d’autres expérimentations avancées sont possibles, telles que popcorn.js7  Dans une démo de vidéo sémantique, popcorn.js extrait des flux d’information d’une multiplicité de sources, en permettant réellement d’ajouter à la vidéo en temps réel des données telles que la géolocalisation, des articles de Wikipédia, les mises à jour des statuts sur les réseaux sociaux et les sous-titres. Ces technologies mettent en valeur la puissance du HTML5 et son énorme potentiel. Un Web ouvert prolongerait encore ces modes d’expression et ouvrirait un avenir brillant.

*Education

Dans le monde universitaire8  le mouvement de publication Open Access (OA) est à l’avant-garde du combat pour faire tomber une barrière majeure dans la diffusion collaborative des publications scientifiques. Le prix élevé des articles de magazines limite effectivement l’accès aux chercheurs dépendant d’institutions reconnues. Access to Knowledge (A2K) met l’accent sur les aspects de justice sociale et d’égalité dans la mise en ligne ouverte et accessible des publications scientifiques.

Le mouvement Open Access a récemment obtenu des succès tangibles et prometteurs. L’index des publications en accès libre en répertorie plus de 6000 au moment où nous écrivons9. Les principaux magazines de la Public Library of Science sont dans le tiers supérieur des publications dans leur domaine. Les éditeurs traditionnels investissent dans Open Access, comme en témoigne l’acquisition par Springer du grand éditeur d’OA BioMed central, ou bien la création par le magazine Nature des Scientific Reports.

À plus long terme, OA peut entraîner des améliorations dans les méthodes de collaboration scientifique, par exemple la révision-validation par les pairs, et permet de nouvelles formes de collaboration transversale. Un exemple récent en est Plos One, une publication électronique complètement repensée sans limitation du nombre d’articles publiés et avec addition des évaluations et commentaires des utilisateurs.

Un autre exemple serait l’indexation et l’analyse automatiques des articles de journal, qui permettent éventuellement de traiter dans une base de données toute publication scientifique, qui serait donc ainsi accessible d’une requête, au moins en ce qui concerne la littérature publiée avec OA. Ces applications plus sophistiquées ne nécessitent pas seulement un accès, mais la permission de redistribuer et manipuler. Ainsi peut naître une publication rapide sous licence Creative Commons qui permet toute utilisation avec attribution – une pratique suivie à la fois par PLos et BioMed Central.

Le Web est également devenu la plateforme idéale pour la distribution des ressources pédagogiques et éducatives, pour l’usage en classe, à travers les dépôts et les outils divers procurés par Open Educational Resource (OER). Sur deux autres registres, les projets tels que Peer-to-Peer University (P2PU) et l’OpenCourseWare du MIT ont  réussi à donner accès à des ressources éducatives de niveau universitaire à tout le monde via le Web.

*Localisation et multilinguisme

Imaginez que vous ayez la capacité d’adapter du matériel pédagogique, des ouvrages de référence, des publications médicales et davantage encore dans toutes les langues du monde. Imaginez des milliers de communautés actives prêtes à localiser des outils importants. Imaginez que chacun puisse accéder aux sites web de n’importe quel point du monde — dans sa propre langue. Ces objectifs, autrefois considérés comme de purs idéaux, sont maintenant faciles à atteindre avec les technologies d’aujourd’hui. La puissance de l’ouverture c’est aussi de supprimer les barrières techniques et légales pour localiser l’information et les outils.

Depuis la traduction automatique qui s’appuie sur des corpus comme Wikipédia jusqu’au développement de polices qui affichent des caractères dans des langues considérées comme « mineures » par les grandes entreprises, la structure du Web ouvert génère d’importantes possibilités pour lire les informations dans n’importe quelle langue, en s’appuyant sur les standards ouverts.

Il existe de très nombreux exemples de projets multilingues, mais pour souligner les possibilités de la localisation qui sont en particulier offertes par le Web ouvert, jetez un coup d’œil à Universal Subtitles. Ce service propose un logiciel conforme aux standards qui facilite pour tout le monde l’ajout de sous-titres, de légendes, de traduction pour pratiquement toutes les vidéos du Web. Son interface est d’une prise en mains aisée, et comme chaque jour davantage de vidéos sont mises en ligne, et que la bande passante s’adapte à ce succès planétaire, de plus en plus de gens pourront communiquer avec des vidéos comme jamais auparavant.

Pour stimuler l’appropriation de ces vidéos et entamer vraiment un dialogue à l’échelle du globe, des outils tels que Universal Subtitles  sont de plus en plus indispensables. Plus encore, ce projet en particulier utilise une politique de vie privée selon laquelle aucune vidéo n’est hébergée sur leur site ; à l’inverse, quand vous lancez une vidéo hébergée ailleurs, elle appelle le texte via Universal Subtitles. Plus tard, si vous souhaitez déplacer ou supprimer votre vidéo, vous ne devez pas l’effacer d’un million de services — seulement celui sur lequel vous l’avez envoyé au départ. Les plateformes telles que Universal Subtitles,comme tant d’autres, nous montrent la voie pour un Web multilingue.  En permettant aux utilisateurs de modifier des contenus et de localiser les outils, davantage de gens peuvent participer, ce qui accroîtra la diversité et la richesse de la conversation planétaire.**source: flossmanualsfr.net

  1. Wikipedia. secure.wikimedia.org/wikipedia/en/wiki/Wikipedia:Size_of_Wikipedia stats.wikimedia.org/ 
  2. FixMyStreet. .fixmystreet.com/  
  3. OhmyNews International. //international.ohmynews.com/about/  
  4. Technology for Transparency Project. transparency.globalvoicesonline.org 
  5. Icelandic Modern Media Initiative. //immi.is/?l=en 
  6. The Wilderness Downtown. Arcade Fire. thewildernessdowntown.com  ^
  7. Popcorn.js. popcornjs.org  ^
  8. Cette section est une version adaptée du chapitre Science 2.0 de Collaborative Futures..collaborative-futures.org ^
  9. Directory of Open Access Journals. .doaj.org  ^

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*Voici une preuve de plus que le copyright est dangereux pour la santé (et la liberté d’expression).

Et surtout que Google fait une fois de plus n’importe quoi avec nos données personnelles pour se faire bien avoir des ayants droit.

Al-Hayat est une chaine activiste sur YouTube qui diffuse des nouvelles du monde arabe et qui est apparemment connue pour être assez critique vis-à-vis de la religion et en particulier de l’Islam. La branche germanophone d’Al-Hayat dispose aussi de sa chaine YouTube. Et il y a quelque temps, la personne en charge de maintenir cette chaine a reçu plusieurs plaintes DMCA de la part de Google, lui indiquant que le contenu diffusé appartenait à un ayant droit du nom de FirstCrist Copyright.

Seulement le problème c’est qu’au bout d’un moment, YouTube a bloqué la chaine d’Al-Hayat. Le seul moyen pour le youtubeur (ou la youtubeuse ?) anonyme de la réactiver, c’était d’accepter de montrer patte blanche et de divulguer ses informations personnelles ou celles de son avocat à Google (Nom, adresse, numéro de téléphone…etc.).

Seulement, comme le veut la procédure chez Google, les données ont été transmises à FirstCrist Copyright afin que les 2 parties puissent trouver un arrangement. Manque de bol, cette société n’existait pas… Derrière, il y avait des islamistes ayant soif de vengeance qui voulaient au départ faire censurer le contenu et qui se sont retrouvés en possession des informations personnelles de la personne en charge de la chaine YouTube Al-Hayat TV.

Vous devinez la suite… En retour, le Youtubeur a reçu un petit message des furieux le menaçant de mort, et indiquant qu’ils allaient faire tourner ses infos sur les sites de jihadistes européen et affilié à Al Quaeda.

Bonne ambiance non ? Je ne vous raconte pas dans quel cauchemar vient de plonger cette activiste… D’après le site Faz.net, les services secrets et la police allemande sont sur le coup pour l’aider.

Clap clap clap Google… En ne vérifiant pas à qui tu livres ces données et en accordant une confiance aveugle à des ayants droit qui usent et abusent du petit pouvoir que tu leur donnes, tu laisses la porte grande ouverte à des situations comme celles-ci.

Oui, moi Google, je le tutoie.

Cette personne risque clairement sa vie, livré par Google sur l’autel du Copyreich. Vous comprenez maintenant pourquoi même quand on n’a rien à se reprocher, préserver la vie privée c’est vital ?

Ceci en est un exemple parfait.

**source: korben.info/jeudi 6 novembre 2014

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2 réponses à “Pour un web ouvert”

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