L’introuvable démocratie électronique

Lorsque l’on assiste aux premiers temps d’une chose nouvelle, il faut se garder de jugements définitifs. C’est comme ceux qui pensaient que jamais l’homme ne marcherait sur la Lune…

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Et pourtant, quitte à passer pour un réactionnaire, on peut émettre des réserves ou, plutôt, des critiques à l’égard de la démocratie électronique, celle qui place l’internet et les technologies de l’information et de la communication au cœur de son fonctionnement. Les « TIC » ont tellement changé la vie, la politique a tellement vocation pour certains à changer la vie que certains ont légitimement l’idée de lier les deux. Mais l’information et la communication ne peuvent se substituer à l’action et à la décision.

Pourtant, l’internet est encore perçu par certains comme un talisman. Depuis que l’on étudie la communication politique, les technologies de communication, par leur évolution plus rapide que les temps politiques, bousculent presque tous les cinq ans, la manière d’appliquer la communication moderne à la politique – on parlait alors, c’était il y a dix ans – des débuts du haut débit, il y avait encore un peu le minitel, Parthenay était la Mecque des villes câblées… Depuis le temps a passé. Parthenay n’est plus ce qu’elle était. Quand on y va, on ne peux même pas connecter au web avec son i Phone dans les rues de la ville !… La continuité n’a donc pas été partout. Il y a eu des ruptures numériques, même à la faveur des alternances politiques comme ce fut le cas de cette sous-préfecture des Deux-Sèvres en 2001…

Il n’est pas sûr que l’import-export fonctionne si bien que cela en politique. Terra nova et Benoît Thieulin, fondateur de la Netsouade avec qui j’ai travaillé en 2002 sur le site web de Lionel Jospin et qui fut l’artisan de la plate forme web de Ségolène Royal ont étudié la webcampagne d’Obama et en ont fait un rapport très intéressant mais qui comporte des éléments spécifiques aux Etats-Unis. Dans et ils en ont tiré des suggestions qui auraient mérité plus de distance à l’égard du modèle américain qui n’est pas le même que le modèle français. Ce ne sont ni les mêmes réalités, ni les mêmes habitudes et cela ne se change pas d’un clic. Le web ne peut se substituer aux formes « traditionnelles » de communication et d’action politique. Les formes d’organisation et d’action politique ne sont pas les mêmes en France et aux Etats-Unis. Le rôle des partis comme lieu d’organisation, de définition et d’expression reste central, même si la quête de formes plus modernes est permanente. Nous sommes aujourd’hui quelque part entre le parti comme mouvement d’éducation politique, centre d’organisation d’une clientèle ou « machine à élire » et le parti réseau dans lequel l’autonomie des militants est plus nette – comme c’est le cas avec les mouvements altermondialistes ou de l’ultragauche qui ont la culture libertaire en commun au monde de l’internet.

Il y a donc une contradiction de départ entre la culture du web et la culture de parti dans laquelle les notions de contrôle, de hiérarchie, de statuts, de chaines de validation sont centrales.

Le web et ce qui va avec, la téléphonie mobile et le SMS créent une forme d’expression fondée sur la spontanéité et l’instantanéité ; rien à voir avec le contrôle d’un appareil politique. Cette instantanéité est un écho de l’hégémonie de l’immédiateté véhiculée par les médias. La Toile, cet entrelacs de réseaux interconnectés en permanence n’a rien à voir avec la carte de France que l’on connaît bien où dans les réseaux de communication, tout part et arrive de Paris. Le web n’est pas jacobin ! Aux Etats-Unis, il n’y a pas de centre. Ou alors ce qui fait office de centre est géographiquement excentré. Les grandes villes sont souvent en périphérie, cela a déjà été étudié. L’ancienneté de la culture de l’Etat en France a sans doute joué dans le retard pris dans l’entrée dans l’âge du web. La fracture numérique persiste en France. C’est pas l’Estonie qui est couverte à 100 % par le wifi.

Le web c’est le courant alternatif. S’y informer permet de ne pas être « informé ». Le citoyen, en choisissant ses sources, a le sentiment d’échapper à l’intoxication ou la désinformation véhiculée par les médias officiels. La réalité c’est que la profusion des sources limite toute forme durable de hiérarchisation. La vérité est dans un ailleurs qui ressemble à nulle part. Les médias modernes ne se contentent plus de relayer l’information, ils la fabriquent. Dorénavant, ils fixent « l’agenda » politique et les dirigeants politiques se déterminent de plus en plus par rapport aux normes de « popularité », ou de présence dans les médias. Les faits qui ne sont pas relatés n’existent pas.

Mais comme le montrent les enquêtes, les médias traditionnels demeurent incontournables. L’information qui circule sur le web fait du bruit – du buzz, comme on dit – mais elle renverse rarement l’ordre des choses.

En 2002, Alain Madelin était l’un des dirigeants politiques les plus en pointe sur le web. Il parlait volontiers d’e-démocratie. Mais il se trompait s’il pensait que la démocratie électronique pouvait se substituer à la démocratie réelle. Comme dans l’économie, la spéculation ou l’accumulation de richesses fondées sur du vent fait illusion mais le virtuel n’existe que dans la mesure où il se situe par rapport au réel.

L’internet est devenu un moyen incontournable pour informer ou s’informer, mais les contacts traditionnels demeurent essentiels. Les populations connectées sont des publics avertis. Via le web, que ce soit par des messageries instantanées ou des forums en ligne, il n’est pas possible de débattre comme dans un face-à-face au cours d’un porte à porte, d’une diffusion de tracts sur un marché ou dans une réunion d’appartement. On ne peut pas interrompre son interlocuteur ou le reprendre. Le contact physique ou visuel reste donc essentiel. C’est un peu comme la suppression du guichet…

Pour constater combien le web mérite qu’on le maîtrise, il faut voir comment certains politiques s’en servent. Depuis 2003, les blogs fleurissent. J’ai contribué à la construction de celui de Dominique Strauss-Kahn puis ceux de Jean-Christophe Cambadélis et de Pierre Moscovici. Trois applications différentes qui ont produit des résultats différents. DSK avait une telle notoriété que les commentaires dépassaient la centaine. Cambadélis a fait le choix, par défaut ou par manque de disponibilité, d’une forme de service minimum. Moscovici en a fait un élément central de son expression politique. Il s’y exprime presque tous les jours. Cela conduit à une valeur inégale pour ses billets, mais il a réussi à fidéliser un lectorat et cela a joué un rôle essentiel dans sa mise en situation dans le congrès du PS, mais le blog, s’il installait un dirigeant politique, ne pouvait se substituer à la stratégie politique.

Ségolène Royal a poussé très loin l’usage du web dans la politique française. Au PS, l’irruption de Désir d’avenir a été l’occasion de nombreux questionnements. Avec le recul, on a là un cas d’école. Royal a tenté de construire quelque chose d’alternatif aux formes classiques d’organisation telles qu’elles apparaissaient dans le PS. Le paradoxe est que si elle incarnait une sorte de fraicheur et de nouveauté, elle a trouvé ses soutiens dans le « vieux parti ». Les militants recrutés via Désir d’avenir ne sont pas devenus des militants PS et le résultat – les fameuses 17 millions de voix – est le plus faible pour la gauche depuis 1969 ! Les militants qui militent derrière leur ordinateur de fait ne vont pas à la rencontre des gens. La démocratie virtuelle ne peut se convertir mécaniquement en démocratie réelle.

Lors du dernier passage d’Howard Dean à Paris, nous l’avons rencontré (début avril) et il nous a expliqué qu’en 2004, sa campagne innovante du point de vue de l’usage du web n’avait fait qu’utiliser au mieux l’existant. Mais il n’a pas gagné l’investiture démocrate. Obama et son équipe ont parfois créé de nouveaux outils, mais – le rapport de Terra nova le montre – ils ont renforcé ainsi l’appareil militant parce que le candidat démocrate était charismatique.

En clair, il n’est pas sensé de croire que dix ans de révolution numérique effaceront des siècles de construction de la démocratie politique. La démocratie électronique n’existe pas car les peuples ne sont pas faits d’octets, mais de chair et de sang. Ce sont des hommes et des femmes qui ont des désirs, des pulsions et des idées, pas seulement des besoins que l’on peut entrer dans des banques de données.

La démocratie c’est à un moment donné, la confrontation de deux idées ou projets contradictoires sur un même terrain. Ce qui ne peut exister que dans le monde réel, celui que seule la politique peut gouverner et transformer. (betaPolitique -1er mai 09.)

6 réponses à “L’introuvable démocratie électronique”

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