Idir,l’auteur d’Ava Inouva

* Idir en toutes vérités

 Idir,l'auteur d'Ava Inouva

Rencontré à Tunis, le chanteur Idir a bien voulu nous accorder un entretien. Avec son franc- parler, sa sincérité et sa simplicité légendaires, le célèbre chanteur a abordé l’Algérie dans toute sa diversité. Suivez l’artiste…

*L’Expression: Vous participez à la semaine de l’Algérie sur Nessma TV. Quel sentiment avez-vous en prenant part à cet hommage à l’occasion de la célébration du cinquantenaire de l’Indépendance?
Idir: Je suis Algérien, je n’ai pas un pays de rechange. Des Tunisiens proposent de rendre hommage à mon pays pour célébrer le cinquantenaire de l’Indépendance, c’est la moindre des choses que j’accepte cette invitation avec beaucoup de plaisir.

Notre journaliste en compagnie de Idir

*Accepteriez-vous une invitation de l’Etat algérien pour fêter le cinquantenaire de l’Indépendance?
Je ne pense pas accepter quand c’est officiel. Parce que l’Algérie a été indépendante au terme de sept années de lutte. Une lutte arrachée de haute main par des gens qui ont sacrifié leur vie et qui n’ont pas eu le temps soit d’être altérés ou intéressés par toutes les déviations qu’on a connues. Parce qu’en 1962, on s’acheminait avec le Gpra vers un régime petit-bourgeois libéral et puis après c’était au peuple de décider de son destin. Ensuite, des gens sont venus avec des chars et des armes et ont dévié alors qu’ils n’avaient aucune légitimité.Je ne dis pas que ceux qui nous gouvernent sont tous mauvais, il y a des gens qui sont intègres. Il y a des commis de l’Etat, des officiers qui ont le sens du devoir national, mais je ne peux pas cautionner le fait que les 50 ans d’indépendance vont être récupérés, somme toute par une partie du pouvoir. Que je sois présent ou non à ces festivités, le problème n’est pas là. Je suis un homme du peuple et je reste parmi le peuple. Je pourrais fêter le cinquantenaire de l’Indépendance en venant en toute liberté et en dehors de toute égide et de tout patronage pour rendre l’hommage. Un hommage qui va rester entre l’Algérie et moi avec les Algériens en face. Mais, dès lors qu’il y a un patronage, c’est quelqu’un qui le chapeaute et ce quelqu’un je lui dénie la légitimité pour le faire. En tout cas c’est mon point de vue.

*La Kabylie célèbre le 32e anniversaire du Printemps berbère. Avez-vous pris part à une célébration en France ou ailleurs?
La-bas, il y a des coins d’où tout le monde parle. Il y a des clans, des partis, des humeurs,… ce qui fait qu’au bout du compte je ne vois pas comment on peut faire une unanimité autour de ce printemps. Moi, je pense qu’il faut, en amont d’abord, nous réunir, former un pôle d’intérêt en même temps économique, politique..etc. quel que soit le bord auquel nous appartenons, et puis après décider de l’action à entamer. Les exemples sont là: les Arméniens, les juifs,….mettent au-dessus de tout la notion d’identité et après qu’importe que les gens soient de gauche, de droite, islamistes ou pas. Ça c’est leur problème. Pour le moment, nous ne sommes pas encore arrivés à ce stade parce que chacun croit détenir une vérité. Or, des jeunes sont morts pour eux et pour ceux d’en face. Ils sont morts pour nous tous. Et c’est à nous tous de réagir de cette manière. Mais, toi tu es là en tant que personnage publique, tu te trouves déchiré entre des courants, des humeurs, et je ne veux pas sacrifier la mémoire de ces jeunes pour ces choses-là.
*Qu’est-ce qui vous chagrine le plus en vous rendant aujourd’hui en Algérie?
Ce qui me chagrine le plus c’est la dégradation des mentalités, la baisse de l’échelle des valeurs, certaines notions de respect que je ne retrouve plus. Or, le respect est la plus grande notion au monde.
Une notion plus forte que la religion. Parce que dès lors que tu mets du respect entre toi et celui d’en face, si c’est une question de religion, tu auras moins de recours à Dieu et tu laisses s’occuper ceux qui en ont plus besoin. Si tu mets un respect, comme préalable entre toi et l’autre, tu sais que tu es dans le vrai puisque que tu n’iras pas opportunément l’attaquer ou tricher avec lui. Tu es dans ta vérité à toi. Au moins, tu as le mérite de suivre ton chemin. C’est ce que je n’ai pas retrouvé malheureusement.
*Depuis une année, le Monde arabe est secoué par des révoltes, des mouvements de contestation de l’ordre établi. Pourquoi à votre avis l’Algérie est-elle restée en marge de ces mouvements?
Quel Monde arabe? Etre arabe pour moi est étymologiquement être un habitant de l’Arabie. Je suis arabophone mais je ne suis pas arabe. Des millions de personnes ont acquis la langue arabe sans être arabes pour autant. Ce n’est pas parce qu’un Australien parle anglais au même titre qu’un Canadien qu’ils sont Anglais. La langue ne fait pas l’origine. Donc, quand on dit les pays arabes on a l’impression que l’on cantonne les gens dans un espèce de parcage. On nous appelle des Orientaux, or il se trouve que nous sommes plus à l’Ouest que beaucoup de pays occidentaux. C’est pour vous dire que je ne cautionne pas ces choses inexistantes. Quand vous me dites le Maghreb uni, pourquoi vous me mettez le Maghreb «arabe» uni? Qu’est-ce que je deviens moi? Que deviennent les juifs auxquels on a donné des nationalités tunisienne, marocaine, que deviennent ces chrétiens qui ont gardé la nationalité algérienne?
*Soyez plus explicite?
Eh bien, parce qu’en fait j’ai compris que nous avons non pas un ennemi, parce que le mot est très fort mais un adversaire qui s’appelle l’arabisme. Ce n’est pas l’arabe, ni sa langue ni les identités qu’il véhicule en fonction des pays où on le parle. Ce n’est pas du tout ça. Au contraire, moi j’écoute et j’aime l’arabe. Sauf que l’arabisme tend à mettre les gens dans un même moule et à couper tout ce qui dépasse. C’est-à-dire, on veut faire de moi quelqu’un que je ne suis pas. Qui pourrait l’accepter? Un pays appartient à ceux qui l’aiment et ceux qui veulent le construire dans leur diversité et dans leurs différences.
Moi je suis Berbère de fait parce que j’ai été le produit de mon père et de ma mère et comme ils sont en Kabylie j’ai parlé cette première langue maternelle que j’ai, qui est le kabyle. Je l’ai en moi, je n’ai pas été l’importer. C’est quelque chose d’inné. Quand je me penche sur mon histoire aussi loin que l’on remonte dans le temps, cette langue qui est la mienne et sa civilisation a toujours été là. Donc, à la limite, je suis là, c’est aux autres d’apporter la preuve de ce qu’ils sont. Être arabophone c’est une chose et être arabe c’est une autre chose.
*Que doit-on faire alors?
Il faut qu’on m’explique autour de quoi on va faire une unanimité sur l’arabité. Ce n’est pas la religion, parce que pour la religion il y a des Bosniaques, des Chinois, des Afghans, des Iraniens qui ne sont pas arabes et qui sont des musulmans. Ce n’est pas la politique aussi, car je ne pense pas qu’on puisse allier un royaume chérifien à la marocaine avec un régime rétrograde à la saoudienne ou un libéralisme à l’algérienne. Culturellement, je n’en parle même pas car si je n’étais pas sorti de mon village je n’aurais pas parlé l’arabe. La religion par contre, elle peut vous créer l’unanimité parce que la religion, que l’on soit croyant ou pas, on est obligé de la reconnaître que vous soyez kabyle ou ce que vous voulez. A partir du moment où on croit, Dieu ne nous dit pas soyez arabe, kabyle ou autre… Dieu m’a créé Kabyle et toi, homme tu es venu me changer?
Quand on te dit: Union du Maghreb arabe. Arabe de quoi? Vingt-deux pays arabes, vingt-deux dictatures! Depuis des siècles, on n’a jamais essayé de faire un semblant d’unité. Il faut arrêter de nous bassiner avec des notions qui sont complètement fausses parce qu’elles ne traduisent rien dans la réalité de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie.
*Depuis La France des couleurs, Idir n’a pas produit de nouvel album…
Quand je n’ai rien à dire je me tais! Franchement, à un moment je me suis dit: qu’est-ce que tu vas faire? Tu as dit ce que tu avais à dire sur la question berbère, sur ton pays, sur les traditions… je n’ai rien à rajouter. Je vais faire les mêmes sujets avec d’autres mots? Et comme les gens te pressent et surtout la maison de disques, et là je suis en train de faire des chansons. Je suis en plein enregistrement en ce moment.
*Doit-on comprendre que le nouvel album sortira bientôt?
Je l’espère! Ces choses-là, on sait quand on les commence mais on ne sait jamais quand on les termine. Surtout que moi je souffre énormément quand je fais un disque, parce que chaque note doit être à sa place, chaque mot aussi… J’ai fait une chanson que j’appelle Wi iyevrun, (win ivghan l’herma atagwar, adyalli sadrare,…) j’ai fait le parallèle entre le monde de la ville et celui de la montagne. C’est un album que je ferai en solo. Francis Cabrel et Charles Aznavour voulaient me faire des textes et éventuellement chanter avec moi, je leur ai dit, laissez-moi d’abord chanter mes textes à moi, après on verra.
*La chanson kabyle connaît un net recul ces dernières années. C’est dû à quoi à votre avis?
C’est vrai qu’il y a un recul dans la mesure où la chanson qu’on entend maintenant a réussi à mettre sous l’éteignoir la notion de producteur, de l’arrangeur. C’est du fast-food. Les chansons se suivent et se ressemblent, les textes sont aussi pauvres les uns que les autres. Ils font rimer amour avec toujours. Ce qui vous vient propre avec des mots qui sonnent, n’intéresse plus les gens. Mais, moi je ne désespère pas, parce qu’il y a une bonne chanson qui peut venir tout changer. Pourtant, les chanteurs aujourd’hui ont de meilleurs moyens. La chanson Avava Inouva, je l’ai composée dans une toute petite pièce avec une guitare. La chanson a six notes. Il fallait allécher «Na Dahbia», la voisine d’en haut, pour ne pas tirer la chasse, pour qu’on puisse enregistrer tranquillement. Les moyens, c’est ce que tu as d’abord dans la tête, c’est ce que tu as envie de faire. Maintenant, les moyens, sont moins importants dans la mesure où avec un ordinateur vous faites ce que vous voulez. Donc, ce n’est pas une question de moyens. Ceux qui avancent l’argument de manque de moyens, soit ils ont peur soit ils sont incapables.
*Vous avez parlé sur ceux qui chantent «l’amour» n’importe comment. Il se trouve que n’avez jamais chanté l’amour. Pourquoi?
Moi si je n’ai que quatre ou cinq disques, c’est parce que je suis venu à la chanson par la force des choses. Je n’ai rien demandé. Je faisais mes études tranquillement, je parlais de mon identité et de mon histoire. J’étais fier d’appartenir à un pays qui prônait la souveraineté des peuples. A un moment, je me suis dit, voilà mon pays qui prône la liberté des peuples qui m’opprime dans ma langue maternelle! Donc, il y avait une révolte en nous. Un besoin que j’ai exprimé dans mes chansons. Moi, j’appartiens à une famille traditionnelle, donc je ne peux pas dire des choses du genre «amour» devant mon père et ma mère. C’est le mauvais côté de la tradition. Et maintenant, ce n’est pas à mon âge que je vais chanter l’amour.
*Idir est géologue de formation et artiste de profession. La transition a-t-elle été difficile?
Elle n’était pas difficile parce que c’est grâce à la géologie que j’ai appris à jouer de la guitare. Quand on faisait de la géologie, on sortait souvent sur le terrain pour étudier les roches etc… et puis les coopérants techniques français avaient des guitares et c’est là que j’ai appris ce qu’ils appelaient de la musique moderne, les accords, le la, le ré,… c’est comme ça que j’ai commencé. Sinon, il n’y a aucun lien.
*Votre livre de chevet?
Moi je me suis fixé sur un livre de l’auteur Albert Cohen qui s’appelle Le livre de ma mère. L’écrivain a eu beaucoup à souffrir avec sa maman, et quand il a écrit ce livre, il a imaginé tout le contraire. Une mère qui l’aimait, tout un monde contraire. Ça se rapproche un peu de nous. On parle tous dans nos chansons de nos mères, mais on ne les respecte pas autant que ça, car on les abandonne. On croit qu’elles sont éternelles, on les malmène, on les représente toujours dans des postures folkloriques en train de rouler le couscous… Moi, je n’ai pas à regretter, parce que j’espère lui avoir donné tout ce que je peux
*Quels sont les chanteurs qui vous ont marqué?
Ce sont Aït Menguellet, Taleb Rabah, Cherif Kheddam, El Hasnaoui, cheikh Arab Bouyezgaren… pour ce qui est de la musique kabyle. Ce sont des gens qui sont liés à leurs chansons. Ils chantent leur vie. Dans la chanson arabophone, j’aime beaucoup un chanteur du côté de Mostaganem qui s’appelle Cheikh Hamada. J’aime aussi le chaâbi comme tous les Algériens. Mais la musique kabyle que j’aime bien c’est les racines, parce que c’est là que je retrouve mon identité.
*En combien de langues a été traduite «Avava Inouva»?
Vingt-trois langues!
*La dernière fois que vous avez chanté en Algérie…
C’était en 1979.
*Que préfère manger Idir?
Le couscous, la galette,…

 

**Interview réalisée à Tunis par Idir TAZEROUT (L’Expression-26.04.2012.)

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5 réponses à “Idir,l’auteur d’Ava Inouva”

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