Nabyl Lahlou, cinéaste marocain

**Faire un film, c’est une pensée, c’est une réflexion.

L’auteur du film:  »Regarde le Roi dans la lune »

  un film qui célèbre l’amitié algéro-marocaine.

Quand la civilisation musulmane était à son apogée, ce n’était pas la religion qui commandait ou dirigeait, c’était l’esprit. Il y avait des savants à l’époque.

Nabyl Lahlou, cinéaste marocain Nabyl-Lahlou

Pour ceux qui ne connaissent pas Nabyl Lahlou, c’est le plus Algérien des cinéastes marocains. Né en 1945 à Fès, il étudie l’art dramatique à l’Ecole Charles-Dullin et à l’Université du Théâtre des nations, en France. Son passage au début des années 1970 en Algérie où il a enseigné le théâtre à l’Institut d’art dramatique de Bordj El Kiffan, lui a créé de nombreuses amitiés à Alger. Il collabore souvent avec le TNA à l’invitation de Mustapha Kateb.
Considéré comme un cinéaste engagé au Maroc, son cinéma est devenu totalement personnel et plus artistique: il produit et réalise les scénarios qu’il écrit lui-même, et dont il interprète souvent le rôle principal en compagnie de son épouse, la comédienne Sophia Hadi. Nous l’avons rencontré lors de notre passage au Festival du Caire où il présentait son dernier film Regarde le Roi dans la lune. Il nous a livré avec un grand sourire, sa conception du cinéma arabe, maghrébin et surtout sa vision sur le cinéma des révolutions.

Rencontre avec un visionnaire maghrébin.
L’Expression: Vous êtes aujourd’hui au Festival du Caire pour présenter votre dernier film Regarde le Roi dans la lune. Comment évaluez-vous cette édition’
Nabyl Lahlou: Cette édition est un peu spéciale et en même temps exceptionnelle. D’abord spéciale parce qu’elle a pu exister à sa manière traditionnelle, avec les stars, le faste et les paillettes. Ensuite, elle s’est déroulée normalement dans une ville en effervescence. La cérémonie d’ouverture a été reportée d’une journée. Ceci dit, pour être honnête, c’est que le choix des films, comme l’a dit Marco Muller, le président du jury du Festival, était faible. Sur ce plan je suis d’accord avec lui, certains, pas tous évidement, mais je ne suis pas d’accord avec lui de dire cela publiquement. J’ai trouvé cela insultant, indécent (et je le lui ai dit). On n’a pas à dire cela devant un public qui est venu pour
célébrer les cinéastes dans une ville qui était en ébullition. La preuve, la cérémonie de clôture a eu lieu à 13h au lieu de 19h. Il ne fallait pas associer le public à ce genre de jugement arrogant. On n’a pas de leçon à donner à un pays, quel qu’il soit.
**Quel bilan faites-vous du cinéma arabe aujourd’hui, lequel reste toujours dominé par le cinéma égyptien’
Le problème est en fait au niveau des gouvernements maghrébins. Je ne comprends pas comment l’Egypte arrive à se nourrir cinématographiquement et audio-visuellement, alors que nous, depuis 60 ans d’indépendance, on n’est pas capable de passer un film par soir sur nos télévisions. ça c’est grave! ça c’est une affaire de gouvernance. L’Egypte, grâce à sa révolution nasserienne, s’est dotée d’une identité cinématographique. L’Algérie a fait sa révolution et s’est libérée mais, même si on a eu nos indépendances respectives et même s’ il se trouve que nous avons notre identité maghrébine, la culture francophone nous domine, la preuve nous faisons l’entretien en français (rire). Par exemple, dans un festival, au lieu de donner un prix à tel film, on dit que cinq chaînes de télévision achètent les droits des films couronnés pour les diffuser. A quoi ça sert de toucher un prix si le film n’est pas vu’ Moi ce que je souhaite sincèrement, c’est que l’Algérie qui a les moyens financiers et qui a des cinéastes, puisse créer un festival maghrébin dont le siège sera installé à Alger. C’est un appel que je lance au président Bouteflika. Mais ma vision du festival maghrébin est qu’il n’est pas question qu’il soit étatique. Il n’est pas question que le ministère de la Culture intervienne, il faut qu’il soit financé par les trois Etats et qu’il soit dirigé par des compétences cinématographiques indépendantes.
**Je voudrais revenir sur ma question pour connaître votre avis réel sur le cinéma arabe aujourd’hui.
Je vais vous dire une chose: l’Egypte à l’époque avait une idéologie, maintenant qu’est-ce qui se passe dans le Maghreb’ Ce sont des individualités, des expériences, ils essaient de faire un effort, mais ils sont toujours bloqués au niveau des moyens. Est-ce que tu peux imaginer que mon dernier film Regarde le Roi dans la lune, qui parle de 90 ans de l’histoire du Maroc, ne s’est fait avec même pas 300.000 euros.
**Vous parlez de l’indépendance du cinéma maghrébin, pensez-vous que les cinéastes qui sont financés par l’Etat ne sont pas réellement indépendants et qu’il y a des tabous auxquels il ne faut pas toucher’
D’ailleurs, l’Etat c’est un gros mot! Les ministères de la Culture comme chez vous et comme chez nous, ils donnent une subvention ou une avance sur recette. Moi je me contente de faire mes films avec ce que je reçois. On me donne 200.000 euros, je fais le film avec cette aide: je ne vais ni chez les Français ni perdre mon temps à chercher un coproducteur. Le problème qui se pose, c’est qu’on n’a pas la notion de cinéma chez nous, c’est éparpillé. On a envie qu’il y ait régulièrement des rencontres entre nous. En 1992, je suis venu en Algérie, invité par la Cinémathèque, j’ai été reçu par Boudjemaâ Karèche, et on a présenté quatre de mes films. On nous a cassé la voiture et on m’avait volé un film. A l’époque, Merzak Allouache est venu me faire une interview et m’a dit qu’est-ce que tu demandes’ Et j’avais dit à l’époque: «Je lance un appel au voleur, s’il me ramène ma bobine je lui offre le rôle principal dans mon prochain film qui va s’appeler le voleur». Merzak a diffusé cet appel à la Télévision algérienne et le lendemain la bobine de mon film m’a été rendue (rire). J’adore l’Algérie, j’ai beaucoup d’amis en Algérie, au passage je salue mon ami Rachid Boudjedra, j’aimerai bien présenter mon film Regarde le Roi dans la lune à Alger, qui célèbre l’amitié algéro-marocaine.
**Quel impact pensez-vous qu’a la révolution arabe sur le cinéma magrébin, plus particulièrement le cinéma tunisien ou marocain’
Il n’y a pas eu une révolution arabe! ça c’est mon point de vue. Il y a des gens qui ont été malheureux, qui par une solidarité collective ont perdu le sentiment de peur et se sont un peu libérés et ils vont encore se libérer, mais il va y avoir pendant longtemps un grand débat sur la religion, notamment sur l’Islam. J’étais étonné d’entendre la lecture de la nouvelle Constitution sur la télévision égyptienne et entendre un président résumer la communauté copte qui représente pourtant 10% de la population égyptienne à une simple confrérie. Et là je suis d’accord que les Egyptiens doivent se battre parce que c’est grave! Et même la religion, quand la civilisation musulmane était à son apogée, ce n’était pas la religion qui commandait ou dirigeait, c’était l’esprit, il y avait des savants à l’époque. Et une fois que les savants ont commencé à faire rayonner la culture, c’est l’obscurantisme qui l’a emporté. Ces gens ne sont pas contre leur pays, ces gens-là ignorent ce que c’est une identité. Ils réfléchissent par les dogmes religieux et les dogmes religieux sont presque païens: «Si tu ne fait pas ça je te tue!» Donc, ce sont des expériences. Et ceux qui font des films sur la soi-disant révolution arabe se sont des biznessmen. De simples biznessmen, on ne peut pas venir prendre des sujets à vif et dire: «J’ai fait un film sur la révolution pour le vendre aux télévisions», c’est terrible! Faire un film, c’est une pensée, c’est une réflexion. Quand vous pensez faire un film sur l’Emir Abdelkader, il faut le faire avec le Maroc parce que nous sommes finalement qu’un seul peuple, c’est le colonialisme qui a tout détruit et nous a séparés. Le colonialisme est dangereux. Il a commencé par l’Irak, ensuite la Syrie. Ce qui se passe en Syrie est terrible. Depuis quand ce pays était une dictature’ Il y a une sorte de planification de complots contre le Monde arabe. Je crains que ces gens veuillent nous détruire pour revenir nous coloniser. Il faut travailler pour bâtir, c’est pourquoi la raison doit l’emporter sur la passion parce que la passion c’est Allah Akbar. Allah est Grand, c’est vrai, mais il ne te dit pas de faire le con.*L’expression-05.01.2013.

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**Nabyl Lahlou, né en 1945 à Fès, est un grand réalisateur, iconoclaste et dérangeant. À tel point que ses films ont été interdits au Maroc pendant plusieurs années.
Il a d’abord étudié l’art dramatique à l’École Charles-Dullin et à l’Université du Théâtre des Nations, en France. Au début des années 1970, il enseigne le théâtre en Algérie et collabore avec le Théâtre National Algérien. De retour au Maroc, il continue à écrire et à produire des pièces de théâtre en français et en arabe, puis se tourne vers le cinéma.
Longtemps censuré, son cinéma est engagé, produit avec un minimum de moyens, et totalement personnel : Nabyl Lahlou produit et réalise les scenarii qu’il écrit lui-même, et dont il interprète souvent le rôle principal. Ses longs-métrages les plus connus sont : Al Kanfoudi (1978), Brahim qui / Brahim yach (1982), L’Âme qui brait / Nahiq al-rouh (1984), Komany (1989), La nuit du crime / Laylat qatl (1992), Les Années de l’exil (2002), Tabet or not tabet (2005)…
Regarde le roi dans la lune (2012) est son dernier film à ce jour.

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Censure au Maroc. Qui fait quoi ?
Pour bien comprendre l’évolution du cinéma marocain, il est nécessaire de s’arrêter sur la commission dite de visionnage cinématographique. On l’appellera, pour faire court, la commission de censure. C’est une instance qui visionne les films, tous les films (Marocains ou internationaux) avant leur sortie en salles. Elle peut demander aux distributeurs, voire aux producteurs, de supprimer une scène donnée. Elle peut aussi imposer des restrictions à l’exploitation du film (les fameuses étiquettes “interdit aux moins de…“). La commission, qui joue le rôle de gardien du temple, siège à l’intérieur du CCM à Rabat. Elle se réunit régulièrement, au besoin quotidiennement, pour coller les visas d’exploitation aux stocks de films en attente.
Pour simplifier, c’est cette commission qui détermine ce qui est bon à voir pour le public marocain.
Maintenant, il est important de relever que la commission a subi deux importants changements sous le nouveau règne, plus exactement en 2001. L’étiquette “interdit aux moins de 18 ans” a été modifiée en “moins de 16 ans”, ce qui revient à dire que l’âge adulte pour un spectateur a été ramené à 16 ans, au lieu de 18. Le deuxième changement important, qui va aussi dans le sens de la détente, concerne la composition de la commission. Avant 2001, les “juges” du cinéma étaient généralement au nombre de sept. Ils représentaient respectivement le CCM, le ministère de tutelle (Communication), celui de la Culture, deux chambres professionnelles (exploitants et distributeurs), en plus, tenez-vous bien, du ministère de l’Education nationale… et de la police. Le représentant de l’Education était censé veiller sur la bonne teneur pédagogique des films. Il lui est d’ailleurs arrivé d’interdire ou de demander la suppression de séquences sensibles, comme sur le film La Porte close (1998) accusé de nuire à l’image de l’instituteur. Le délégué de la Sûreté nationale devait, quant à lui, s’assurer que le film à viser ne comportait aucun risque pour la sécurité publique (émeutes) et n’offensait pas le corps de la police marocaine. Depuis 2001, donc, année où la politique cinéma du pays a réellement basculé, la commission de censure a été délestée des représentants de l’Education nationale et de la police. N’y siègent plus que les professionnels de la culture et du cinéma. Ce n’est donc pas le hasard mais un choix politique délibéré qui permet, aujourd’hui, au public de goûter au plaisir de l’interdit.*source: Telquel- 12 Juin 2010

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Tabassage du député Abdessamad Idrissi par la police marocaine

C’est un tollé qui a été provoqué par le tabassage du député Abdessamad Idrissi par les forces de l’ordre marocfaines. Le parlementaire a commis “l’impair” de vouloir s’opposer à la dispersion par la force d’une manifestation de diplômés chômeurs. Un grand classique dans la gamme des exactions aux droits de l’homme qu’on a l’impression de vivre au moins une fois par semaine dans notre pays. Ce genre de mêlée est devenu “banal” tellement on ne compte plus les victimes parmi de respectables militants de la société civile qui, comme Idrissi, ont voulu ramener à la raison des CMI lâchés comme des fauves dressés à casser du militant pacifique. Mais ce qui est génial, c’est que nos parlementaires se disent scandalisés, offusqués et décidés à déterminer les responsabilités et exiger des sanctions. Il fallait les voir tenir ces discours (pas si éloquents) sur leur attachement au respect de la loi. Le hic, c’est qu’ils n’ont plus aucune crédibilité. Le dénouement de cette affaire est même connu d’avance : au meilleur des cas, on leur offrira un ou deux officiers de la brigade anti-émeute comme boucs émissaires et on leur présentera des excuses noyées dans un speech chantant les louanges de l’Etat de droit. Dans d’autres pays, une telle bavure policière aurait poussé le ministère de l’Intérieur à déposer sa démission après avoir obtenu la tête du patron de la police. Mais c’est bien là toute la différence entre un pays démocratique et un royaume qui cherche toujours la voie menant à la démocratie.*TELQUEL-04 Jan 2013

khalfi660

*photo: Abdessamad Idrissi, député PJD et avocat, a été victime hier d’agressions verbales et physiques de la part des forces de l’ordre, trois mois après avoir affirmé à la télé que ces méthodes avaient disparu. Le député PJD, également membre du Forum Al Karam, avait protesté hier auprès des forces de l’ordre, qui venaient de violenter sous ses yeux des diplômés chômeurs devant le Parlement, à Rabat.

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