Yasmina Khadra écrivain algérien

  *Yasmina Khadra:

 » je suis Tahar Djaout, je suis Youcef Sebti, je suis Smaïl Yefsah ».

Yasmina Khadra, écrivain algérien de renom a accordé une interview à Al Jazeera english. Interrogé sur les derniers évènements tragiques qui ont touché la France, Yasmina Khadra a indiqué avoir été choqué en tant qu’algérien qui a vécu la décennie noire qui a engendré 200.000 morts et qu’à ce titre « on ne peut pas se familiariser avec les attentats ».

Concernant l’origine algérienne des Kouachi, l’écrivain souligne que « le meurtrier n’a pas d’identité ou de nationalité. Il est caractérisé et identifié par son méfait. Ce n’est pas parce qu’ils sont algériens que je dois me sentir coupable. Il faut arrêter justement de faire le lien entre l’origine d’un meurtrier et son acte. Il faut se focaliser sur l’acte et rien de plus. »

« La réaction condamnant les musulmans est une erreur grossière, c’est un manque de culture, de sagesse et de lucidité, les musulmans n’ont rien avoir avec ce qui se passe dans le monde parce qu’ils sont les premières victimes de ce phénomène, et je désapprouve les musulmans qui se justifient et qui disent qu’ils n’ont rien à faire avec ça. Les meurtriers sont nés en France et ont grandi en France. Ils sont quelque part les enfants de la France et non les enfants de l’Islam. Cette confusion m’effraie, parce qu’on on ne sait pas faire la différence entre un méfait et une nation c’est qu’on est dans l’erreur la plus absurde et la plus dangereuse. »

« Il faut isoler ce phénomène, ne plus l’associer à une communauté qu’il prétend défendre ou à une religion qu’il prétend incarner, un Dieu n’a pas besoin d’être défendu par des mortels. On vit dans l’absurde. »

« Actuellement c’est l’affrontement des extrêmes, d’un coté en France la liberté d’expression est sacrée et de l’autre coté la religion est sacrée.Tous les deux ont raison de défendre leurs valeurs, mais tous les deux ont tord d’imposer leurs valeurs aux autres. Il faut donc respecter la foi, la culture et la mentalité des autres. »

Concernant le slogan «  »je suis Charlie » Yasmina Khadra répond que « nous avons été les premières victimes du terrorisme, on a perdu le plus grand nombre de journalistes dans le monde, on était isolé. Je n’ai pas le droit d’être Charlie. Je suis l’Hebdo Libéré, je suis Tahar Djaout, je suis Youcef Sebti, je suis Smaïl Yefsah ».

Sur le cas de Dieudonné qui a été mis en examen en France pour apologie du terrorisme, Yasmina Khadra dit « regretter que le gouvernement français qui a été admirable dans la gestion des attentats a toutefois commis certaines erreurs. Dieudonné n’a pas fait l’apologie du terrorisme quand il a déclaré je me sens Charlie Coulibaly. Il voulait dire : je vis dans un pays de liberté mais je suis considéré comme un terroriste ».

L’écrivain parle ensuite de ses compatriotes en soulignant que « les Algériens n’ont pas une vie normale. Ils sont dans l’angoisse permanente, dans le stress. Ils se lèvent le matin avec un million de problèmes et le soir ils s’endorment avec un milliard de problèmes. Ils n’ont pas le sentiment d’améliorer les choses quotidiennement. Au contraire, ils ne s’arrêtent pas de s’enliser et de sombrer. Aucun peuple ne peut survivre à ça ». *Par Khidr Omar | 19/01/2015 |algerie1.com

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Pourquoi je suis candidat à la présidentielle-2014

S'agit-il d'une annonce sérieuse?

Dans cet entretien au quotidien Liberté, Mohammed Moulessehoul, alias Yasmina Khadra, explique les principales motivations qui l’ont amené à se porter candidat à la présidentielle d’avril 2014.

Liberté : Votre candidature à l’élection présidentielle a surpris. Certains parlent d’un coup de pub, d’autres demeurent perplexes…
**Yasmina Khadra : Je n’ai nul besoin d’un coup de pub. Je suis connu dans le monde entier et mes livres se portent bien sans fard ni fanfare. Je comprends la perplexité, voire le scepticisme de certains. Les gens ont le droit de douter.
Depuis notre Indépendance, le manque de discernement nous a induits en erreur et installés dans une sorte de méfiance. Ceux qui me connaissent savent que je suis sérieux, que lorsque je m’engage, je ne recule pas.

On vous reproche quelques maladresses, comme le fait d’accorder la priorité de vos déclarations aux médias étrangers…
**J’ai accordé la priorité de mes déclarations à la presse algérienne. J’ai attendu le Forum de Liberté pour annoncer ma candidature. À Alger. Le Figaro et les autres médias n’ont fait que reprendre ce que la presse algérienne a diffusé et que l’AFP a repris. Par ailleurs, je réside en France et j’ai une audience internationale, c’est tout à fait naturel que les médias étrangers s’intéressent à ma candidature. Ce qui importe, c’est de diffuser l’information, atteindre les Algériens là où ils se trouvent. Tout outil de communication est important pour un candidat indépendant qui aura à tout construire par lui-même.

Qui a motivé votre décision ?

**Je suis Algérien, je n’ai qu’une seule patrie et je voudrais y vivre dans les meilleures conditions possibles. Je n’ai pas le sentiment que ces conditions sont réunies aujourd’hui. Nous souffrons d’un grave problème de citoyenneté. L’Algérien subit son quotidien au lieu de le savourer. Nos valeurs et nos repères se sont volatilisés. Nous ne savons plus à quel saint nous fier. Notre peuple a besoin de recouvrer le respect qu’il réclame, la sérénité qu’il exige pour voir clair dans ses perspectives, la confiance dans ses institutions qui, jusque-là, le stressent et l’éprouvent à défaut de le servir. Nous avons besoin de savoir vers quel projet de société nous allons, la fiabilité de nos chances et la teneur de nos potentialités. Trop d’opacité nous empêche de garder le cap et d’avancer. La priorité de mon programme va au citoyen. Comment lui redonner confiance, lui faciliter la vie, lui rendre ses droits et le responsabiliser quant à l’accomplissement de ses devoirs ? Le malaise qui singularise son comportement résulte du statut de citoyen qu’on lui refuse. Or, la seule constance d’un pays est le peuple. Les richesses peuvent s’amenuiser, les frontières se déplacer, les saisons se chevaucher, mais le peuple demeure la vraie pérennité. Si nous voulons relever les défis qui nous attendent de pied ferme dans un monde impitoyable, nous devons construire un peuple capable de résister aux bouleversements des rapports de force et des rapports humains.
Un peuple instruit, éclairé, jaloux de ses acquis et qui se préoccupe des générations futures.
Je l’ai toujours dit : l’Algérie est un paradis dont les rêves sont ailleurs. Mais l’ailleurs est un point de chute dont on ne se relève pas. Il suffit de restituer aux Algériens les outils de leurs aspirations. Ce que je compte faire.

Sur quoi s’articule votre programme ?
**Autour de la transparence. L’Algérien doit avoir droit de regard sur tout ce qui se fait en son nom, le droit d’exiger des comptes de ses décideurs, le droit d’être l’acteur de son devenir.
Un programme est lettre morte s’il n’est pas confié à la compétence agissante et créative. La compétence algérienne existe, encore faut-il l’impliquer dans la dynamique censée nous galvaniser. Parce qu’il dérangeait et agaçait les rentiers, le génie algérien a été marginalisé, muselé, par endroits forcé à l’auto-exclusion et à l’exil. Partout où je me suis rendu, en Asie comme en Europe ou ailleurs, j’ai rencontré d’authentiques prodiges qui ne demandent qu’à aider notre pays à aller de l’avant. Tous m’ont avoué ignorer comment et à qui s’adresser.
Je serais là pour eux. Nous avons un arsenal juridique, des institutions, des ressources considérables, tout pour prétendre à une place honorable dans le concert des nations. Malheureusement, la théorie n’arrive pas à passer à la pratique escomptée. La bureaucratie décourage les initiatives, l’opacité qui pollue nos projets profite à une minorité et à la médiocrité ambiante, les bonnes volontés s’émiettent contre la prévarication et la corruption a atteint des proportions d’une extrême dangerosité.
Il faut d’abord assainir les mentalités, permettre à l’Algérien d’évoluer dans l’hygiène morale et la quiétude. Le rapport au centre des décisions doit être serein, confiant et concret. Un gouffre abyssal isole le peuple des sphères gouvernantes. Il va falloir rebouter cette fracture. Mon programme pourrait alors reposer sur une base solide. Je ferais en sorte que la justice soit totalement indépendante et au service de la vérité et de l’égalité, que l’école soit attractive et enthousiasmante à même de fournir à l’université de quoi former les cadres de demain, que la santé réponde aux besoin de la population éprouvée par les angoisses et les colères, que l’économie du pays soit compétitive et conquérante, que l’agriculture, la pêche, l’industrie se découvrent de l’ambition sans laquelle le pouvoir d’achat ne suivrait pas et la dépendance alimentaire ferait de nous les otages des convoitises des puissances étrangères, que la culture investisse toutes les franges de la société, que notre jeunesse accède au savoir, au travail, à la formation professionnelle, qu’elle apprenne à compter sur elle et à réaliser ses rêves au lieu d’être livrée aux incertitudes et au désespoir, que la femme contribue effectivement à l’essor de la nation, que l’assistanat libère les énergies et la compétition utile à tous… Il s’agit d’un vaste programme que je suis en train d’élaborer avec des experts algériens qui partagent mon amour pour l’Algérie et qui connaissent concrètement les points forts et les points faibles de notre pays.

Quelles sont vos chances de réussite dans une campagne électorale traditionnellement verrouillée ?
**C’est au peuple de décider. Il est mieux placé pour savoir ce qu’il veut. Il a connu des hauts et des bas sans jamais renoncer à son droit au bonheur et à la prospérité. Il sait surtout que le miracle est un leurre et que seules l’efficacité et la probité des engagements sont en mesure d’améliorer sa situation. Je suis de son avis, raison pour laquelle j’ai décidé de le rejoindre.
Je me présente comme un citoyen qui croit dans la chance de l’Algérie de renouer avec ses rêves, la joie de vivre et la fierté de servir et d’aller de l’avant. Je ne viens pas chercher la gloire, je viens la restituer à notre peuple qui a triomphé de toutes les déconvenues sans pour autant goûter aux saveurs de ses victoires.
Ma chance est indissociable de la chance de tout Algérien désireux de changer le cours de son histoire et d’accéder au respect et au progrès.*Liberté-Dimanche, 17 Novembre 2013

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*Les nostalgies de Yasmina Khadra…Conférence et vente-dédicace à Oran

Une fois de plus, Yasmina Khadra ne laisse pas indifférent et attire les foules, entre admirateurs et détracteurs, l’auteur s’est prêté au jeu des questions, réponses avec ses lecteurs, samedi après-midi, à l’Institut français d’Oran, qui a dû avoir recours à la vidéoconférence pour permettre à tous les invités de suivre l’événement.

C’est son dernier ouvrage aux éditions Casbah sous le titre Les chants cannibales, qui a donné lieu à une vente-dédicace, pour ce qui est un recueil de 13 nouvelles écrites dans les années 1980 et revisitées par l’écrivain comme expliquera ce dernier.
Un exercice littéraire qui reste différent à produire, “une nouvelle, c’est plus contraignant, c’est une idée, alors qu’un roman c’est un destin…”, dira à ce sujet Yasmina Khadra, avant d’expliquer comment se construisent ses ouvrages, comment viennent à lui ces destins. “Je ne fais pas de plan, généralement, mon travail est conçu par mon expérience militaire, je conçois mes romans dans ma tête, ni plan ni notes… J’écris pour trouver des réponses à mes questions.”
L’une de ses nouvelles consacrée à Ahmed Zabana n’est pas née de l’envie de réécrire l’histoire, mais a répondu à un besoin, celui de retranscrire comme écrivain, le destin et le combat de cet homme dont il découvrit toute la dimension et surtout le martyr et l’abnégation alors qu’il était à peine âgé de 8 ans.
Et de lâcher avec conviction : “Personne ne peut réécrire l’histoire, on a beau l’instrumentaliser elle appartient à la mémoire collective des Algériens.” À maintes reprises, l’auteur prolixe se mettra à évoquer encore d’un point de vue plus politique l’Algérie d’aujourd’hui, lui, le directeur du CCA à Paris, un poste qui revient sur la table à chacune de ses sorties comme pour lui faire toucher ce qui, aux yeux de beaucoup, est une contradiction. Contradiction dont il se défend et qu’il assume comme d’autres, par rapport à son parcours, sa propre histoire (cadet da la nation, cadre de l’armée) mais qui, quelque part, est également source de souffrance.
D’ailleurs, Yasmina Khadra se laissera aller à quelques nostalgies répétant à maintes reprises : “Les années 1960-1970 ont produit des gens de valeur, de talent, à l’époque il y avait des gens corrects, courtois, il y avait de la solidarité, de la pudeur, c’était aussi l’incarnation de toutes les victoires de l’Algérie sur l’injustice.”
Plus loin, le parallèle sera fait avec l’Algérie d’aujourd’hui, où certains se distinguent plus par leur stupidité. “Ils ont abruti toute une nation… Il y a quelque chose qui cloche, il y a comme une volonté de nuire au pays, et qui veut assassiner une nation, détruit l’école”, lâchera Khadra sous quelques applaudissements. Il se laissera encore aller en disant sous les rires des présents dans la salle, “il faut tirer les oreilles du ministre de l’Éducation”, en déplorant qu’aujourd’hui dans les écoles et dans les universités, aucune place n’est faite aux écrivains algériens, surtout à lui, aucune tentative de faire découvrir la lecture aux jeunes. Et de revenir encore sur sa souffrance de gamin à l’école des cadets, “enfant traité comme un adulte et malgré le fait que c’était un univers qui ne favorisait pas la pensée” il s’est construit en tant qu’écrivain en découvrant les grands auteurs de ce monde, qu’ils soient algériens ou autres et qui restent universels. Pour lui, malgré cette lente descente aux enfers ou la marche forcée vers la médiocrité, “l’Algérie ne sombrera jamais, elle est entourée de rejetons, d’avortons mais la nation restera éternelle”. (Liberté-23.04.2012.)

* Yasmina Khadra : Grand Prix de littérature de l’Académie française

 L’Académie française a décerné un ensemble de  prix pour l’année 2011, parmi lesquels ceux de littérature à l’Algérien Yasmina Khadra et de la francophonie à l’écrivain marocain Abdellatif Laabi, a annoncé   jeudi l’institution dans un communiqué.    

«J'ai déjà écrit sur le printemps arabe. Les gens oublient que ça a commencé chez nous il y a 23 ans»

Ce palmarès compte en tout 70 distinctions. Le Grand Prix du Roman sera   attribué pour sa part à l’automne, comme de coutume, précise l’Académie, dont   la fonction première est de veiller au respect de la langue française et d’en   composer le dictionnaire. Le Grand Prix de littérature Henri Gal, Prix de l’Institut de France, doté   de 40.000 euros, a récompensé le romancier algérien francophone Yasmina Khadra, de son vrai nom Mohammed Moulessehoul. Le Grand Prix de littérature, doté de 15.000 euros, a été décerné au philosophe, psychanalyste et romancier français Jean-Bernard Pontalis pour l’ensemble de son oeuvre.    

Le Grand Prix de la francophonie, doté de 22.500 euros, a été attribué à   l’écrivain marocain Abdellatif Laabi et la Grande médaille de la francophonie   au philosophe et romancier iranien Daryus Shayegan.  Le Prix Hervé Delven, doté de 25.000 euros, a été attribué au Malien Moussa Konate, qui oeuvre, par ses ouvrages et son travail d’éditeur, à la diffusion   de la littérature francophone dans son pays, souligne l’Académie.

Le Prix Jacques de Fouchier, doté de 20.000 euros, a couronné le botaniste   Francis Hallé, pour ses essais. Le Grand Prix de la poésie, doté de 3.800 euros, est revenu à Franck   Venaille pour l’ensemble de son oeuvre et le Grand Prix de philosophie, doté de 3.750 euros, à François Jullien, pour l’ensemble de son oeuvre. Enfin, le Prix du cinéma René Clair (1.500 euros) a été décerné à Danièle Thompson, pour l’ensemble de son oeuvre cinématographique, et le Prix du   théâtre (1.000 euros) à Denise Chalem, pour l’ensemble de son oeuvre dramatique. (AFP-24.06.2011.)

** Yasmina Khadra est traduit dans 41 pays et ses oeuvres sont disponibles en arabe et dans d´autres langues..

Le romancier a réagi à l´événement. «Ce prix de l´Académie me rassure et me réconforte dans ma vocation d´écrivain», a-t-il déclaré, soulignant que «c´est la preuve qu´il y a toujours une justice dans ce monde». Le Grand Prix de la francophonie attribué à Abdellatif Laabi est doté de 22.500 euros.
D´autres prix sont décernés à de nombreux autres hommes de lettres. Ce palmarès compte en tout 70 distinctions. Le Grand Prix du Roman ne sera attribué pour sa part qu´à l´automne, précise l´Académie, dont la fonction première est de veiller au respect de la langue française et d´en composer le dictionnaire. En dehors de la France, des auteurs iranien, Daryus Shayegan, et malien, Moussa Konate, ont été récompensés. Yasmina Khadra est traduit dans 41 pays et ses oeuvres sont disponibles en arabe et dans d´autres langues. Sa notoriété s´étend sur plusieurs continents à tel point que le prix Nobel de littérature 2003, le Sud-Africain J.M Coetzee, considère Yasmina Khadra comme un des écrivains majeurs de notre temps. Il a commencé sa carrière d´écrivain dès 1984 avec Houria paru aux Editions Enal comme il a aussi écrit, la même année, Amen, à compte d´auteur à Paris.
Son livre Ce que le jour doit à la nuit est apprécié par les adeptes de la littérature et des cinéastes veulent même adapter certaines de ses oeuvres. Ainsi, elles seront non seulement lues mais également vues. Sur le site officiel de l´écrivain, qui annonce la réception du nouveau prix, il est indiqué que le nouveau roman de Yasmina Khadra sortira en août 2011 et s´appellera L´Équation Africaine.
Voici l´intrigue: à la suite d´un terrible drame familial, et afin de surmonter son chagrin, le docteur Kurt Krausmann accepte d´accompagner un ami aux Comores. Leur voilier est attaqué par des pirates au large des côtes somaliennes, et le voyage du médecin se transforme en cauchemar. Pris en otage, battu, humilié, Kurt va découvrir une Afrique de violence et de misère insoutenables où les dieux n´ont plus de peau sur les doigts à force de s´en laver les mains. Avec son ami Hans et un compagnon d´infortune français, Kurt, trouvera-t-il la force de surmonter cette épreuve? C´est dire que la création est d´une terrible actualité.
De la même façon qu´étaient de nombreux livres dont la célèbre trilogie: Les hirondelles de Kaboul, L´attentat et Les sirènes de Bagdad. S´il est reconnu, aujourd´hui, comme l´un des plus grands écrivains algériens, c´est qu´il milite aussi pour que cette culture soit reconnue au plan mondial.
C´est ce à quoi il s´attache en tant que directeur du Centre culturel algérien à Paris. C´est là qu´il a assisté mercredi dernier, à sa dernière activité à une exposition collective sur le thème «Algérie demain», à l´initiative de quatre jeunes artistes algériens.
«Lorsque j´ai vu le travail de ces jeunes, j´ai compris qu´en Algérie, l´espoir s´accroche et qu´il faut l´aider à ne pas se perdre», a déclaré le romancier. Il ajoute que grâce aux femmes et hommes de lettres, aux artistes et à la jeunesse, l´Algérie ne disparaîtra jamais et continuera à rayonner. Le tout à la veille de la célébration de l´anniversaire de la double fête de l´Indépendance et de la Jeunesse. (L’Expression-25.06.2011.)

Un écrivain à la bibliographie riche et diversifiée

**Yasmina Khadra : «Je préfère écouter Gabriel Garcia Marquez…»

«Les bâtisseurs des nations ce sont les intellectuels et non pas les politiques» ne cesse de clamer Yasmina Khadra depuis des années. Certains préfèrent relever le négatif, Yasmina Khadra est du genre à souligner le constructif et à pousser à l’optimisme. Quand on grandit pour faire face au chaos, cela se comprend un peu. Le temps forge l’esprit et assagit les âmes. En avait-il besoin lui, le fils et descendant d’une grande lignée de poètes de Kenadsa? Des critiques malveillantes qui l’accusent de tous les torts ou les maux de la planète, Yasmina Khadra n’en a cure aujourd’hui.
Conscient de faire l’objet d’une certaine inimitié de la part de certaines personnes dont il assure connaître les noms, l’auteur de Les Hirondelles de Kaboul se plait à tempérer aujourd’hui les ardeurs en affirmant «de toute façon ce n’est qu’une minorité d’Algériens qui m’attaque. Pourtant, je ne déteste personne. Chacun est libre de penser ce qu’il veut. On ne peut plaire à tout le monde», réponse chevaleresque adressée à son compère en littérature, Rachid Boudjedra qui lui dénie même le statut d’écrivain en le faisant savoir publiquement lors de l’hommage que le Sila lui a rendu en début de semaine. Une aberration farfelue et frivole venant d’une sommité de la littérature algérienne pourtant, un écrivain qui n’a, certes, pas sa langue dans sa poche mais là, il aurait dû la tourner sept fois avant de débiter pareilles inepties! Reste que les goûts et les couleurs…
On peut dire à ce moment-là que tel ou tel écrivain est bon ou mauvais. Et d’ajouter: «Je ne suis pas dans la contrainte, je n’impose pas mes livres aux gens. Je préfère écouter Gabriel Garcia Marquez, prix Nobel de littérature qui a dit des choses encourageantes sur moi. Ce sont ces gens-là qui m’orientent et qui me donnent une force, je dirais même rédemptrice. Ce ne sont pas les politiques qui forment aujourd’hui une nations mais les artistes, les chercheurs, les idoles».

«Mon public, ma récompense»
C’est donc avec un plaisir avoué et doublement souligné que Yasmina Khadra s’est plu à venir dialoguer jeudi après-midi, au Sila, avec son public, certes, pas nombreux mais comme on dit seule la qualité compte. Ce dernier n’a pas tari d’éloges à son égard; entre jeunes étudiants et curieux même fans ayant traversé tout le pays pour venir le voir. Optimiste! Yasmina Khadra l’est et le réitère en soulignant que le salut de notre pays viendra forcément de toutes ses forces artistiques et créatrices, que ce soit cinéastes, poètes, peintres ou autres. Il réaffirmera son amour pour son public d’ici et d’ailleurs qu’aucun prix littéraire n’équivaudrait. Un public qui, dira-t-il, lui a permis de supporter «le tsumani des hostilités» qui gravite autour de lui et grâce auquel il avance. Présent au Sila, Yasmina Khadra dédicaçait, la veille au stand Edif 2000, son nouvel ouvrage, décliné sous forme de beau livre, édité chez Michel Lafont dans lequel il partage la vedette avec un artiste photographe iranien Reza.
Dans son texte, Yasmina Khadra s’adresse à une certaine Lucia à laquelle il lui décrit la beauté de son pays en faisant différentes haltes dans ses régions. A propos du film Innocence of muslims, l’auteur de L’Imposture des mots estimera que c’est une «absurdité intenable». Et de souligner: «Certains profitent de la vulnérabilité des musulmans dans les pays arabes qui se cherchent, ou sont à bout de nerfs et ne trouvent de place nulle part. Je ne suis pas d’accord avec ces initiatives malheureuses. Aucune conscience, aucun homme ne peut cautionner de telles dérives. Je souhaite que les pays musulmans fassent preuve d’une certaine maturité. Il faut faire parler de nous par le travail, le talent et non pas par la violence.»

Le calme contre l’agressivité
A propos du clash de Yasmina Khadra avec Eric Zemmour, lors d’une émission passée sur M6, M. Khadra fera remarquer que sur les 25 minutes qu’a duré son intervention seuls 7 minutes sont passées. «Il ne faut pas se fier à l’image donnée. Ma seule façon de réagir devant l’agressivité est d’être serein c’est ce que j’ai fait. J’étais venu pour parler du film. J’ai dit ce qu’il fallait dire sans emphase ni violence. Je suis souverain dans mon travail. Se donner en spectacle à la télé ne m’intéresse pas. Arcady a essayé de donner le mieux de lui-même. Il n’a jamais dit que Ce que doit le jour à la nuit était un hymne à l’Algérie d’hier. Quand j’ai accepté de lui céder les droits à la condition sine qua non que le film se fasse en Algérie. J’avais besoin que les gens voient ce pays qui a été dévasté par la guerre d’intégristes que le monde découvre ce pays et son peuple avec ses défauts et ses grandes qualités. Malgré tout il est magnifique et il avance. J’aurais voulu que les journalistes parlent du cinéma qui doit retrouver sa place dans ce pays. Mon rôle est de vendre du rêve à tous mes lecteurs…» Le film Ce que le jour doit à la nuit, a-t-il fait savoir a été projeté au cours des festivals, il est parti à Torento, prochainement à Saint-Sébastien au USA en novembre et après en France. «Mon souhait est de voir tous les films algériens tournés en Algérie. Malheureu-sement, nous avons un pouvoir qui n’est pas bien éclairé malgré la lumière que nous lui proposons à chaque fois. Il faut que les gens réapprennent à s’aimer; à constituer une force, une forme de lobbying pour faire avancer les choses… N’importe quel attentat mobilise le monde entier. Les attentats étaient quotidiens chez nous, personne ne s’en est préoccupé. On s’en est sortis seuls. Nous avons prouvé au monde entier que même sans soutien, nous étions capables de redresser la tête.»
S’il reconnaît que sa présence dérange sur certains plateaux télé, en France, sur lesquels on a essayé de «défigurer mon image», Yasmina Khadra préfère dénoncer le manque de visibilité octroyée à ces auteurs français provinciaux qui n’ont même pas droit de cité dans leur propre pays et marginalisés parce que victimes de certains «cercles fermés racistes qui n’acceptent pas les autres». Et de poursuivre: «En France, le vrai problème n’est pas la burka ou le voile qui intéresse les Français mais les problèmes de crise financière, le chômage, la famille… «Ce sont les politiques qui inventent ces angoisses pour créer d’autres préoccupations à la société».

Du rêve et de l’espoir
Le mot-clé de Yasmina Khadra, pour ceux qui le savent bien, est l’amour, la magie du beau qui le pousse au perpétuel émerveillement.
«Je suis devenu écrivain car j’aime les écrivains. Je suis arrivé en France en 2001 alors que je ne savais pas formuler une phrase correcte de français. Je m’étais habitué au langage trivial de l’armée», reconnaît-il, esquissant un sourire en coin. Evoquant le livre l’Etranger de Camus, il le qualifiera de «plus beau livre du monde» mais qui l’a à la fois «déçu» tant l’acte de tuer l’Arabe à la fin du roman est injuste et injustifié à ses yeux. «Je voulais écrire un livre pour répondre à Camus» fera-t-il remarquer. Khadra tentait de dissiper le doute, qu’il a perçu parmi l’assistance, sur la véritable identité de l’auteur ses romans.
Toujours avec le sourire, l’auteur de L’équation africaine estimera être dans la mesure d’insulter et posséder les mots pour mais, avoue-t-il: «Il y a quelque chose en mon for intérieur qui me l’interdit. Les gens qui me dénigrent ne m’ont même pas lu». Evoquant à nouveau le film adapté de son roman et projeté en avant-première en Algérie il y a quelques semaines, Yasmina Khadra rapportera les propos du réalisateur Lakhdar Hamina qui l’apostrophera au téléphone en lui avouant: «C’est ma vie que tu as racontée!» et de poursuivre: «J’espère avoir écris un livre d’apaisement car la réconciliation ne s’impose pas. Cela suppose un consentement mutuel. Mes personnages ne sont pas des héros mais des victimes. Ce sont des prototypes de personnes qui, à l’époque, ne savaient pas choisir».
A une question relative à la déliquescence de la société algérienne aujourd’hui et au désenchantement de la jeunesse en particulier, Yasmina Khadra estimera que «c’est la faute d’un système qui a empêché la jeunesse de participer au concert des nations. L’Algérie s’est égarée. Mais elle n’est pas morte. Elle va se relever. Il faut que les gens s’éveillent et sachant ce qu’ils veulent faire de leur vie avant d’aller s’imposer aux autres. Ça dépendra aussi de l’Ecole algérienne, de l’éducation. On parle de ce qui est scandaleux. Il y a des gens qui travaillent dans les arts, dans les associations, il n’y a pas que les ordures en Algérie. C’est à nous d’aller vers ce qui nous inspire.»(L’Expression-29.09.2012.)

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«Je voudrais rendre hommage à Djamila Bouhired»

«J’ai déjà écrit sur le printemps arabe. Les gens oublient que ça a commencé chez nous il y a 23 ans…

Après une tournée internationale, le voici en Algérie pour la promotion de son recueil de douze nouvelles, Le chant des cannibales qui a fait l’objet d’une vente dédicace à la libraire du Tiers-Monde. Dans cet entretien décontracté, tenu hier matin à l’hôtel Saint-Georges, l’auteur de l’Equation africaine évoque avec nous son écriture, sa dernière livraison littéraire et sa nouvelle vison du monde, vraisemblablement plus rasséréné, et moins grave, presque libéré de ses démons…

L’Expression: Tout d’abord pourriez-vous nous éclairer sur le titre étrange du Chant des cannibales?
Yasmina Khadra: Ce sont des chants qui consistent à nous entraîner vers quelque chose d’extrêmement périlleux pour nous, ce sont des chants qui nous dévorent. Des horizons lointains comme les harraga qui sont attirés par les chants de la mer, mais aussi le mensonge, la démagogie, les traditions qui situent l’honneur là où il n’a pas sa place et qui fait de l’être humain l’otage de toutes les initiatives non conformes aux traditions. Ce sont toutes ces choses qui nous dévorent de l’intérieur telles la jalousie, l’utopie…

On sent un certain regret ou nostalgie du temps ancien, presque ce temps «naïf» où la corruption n’était pas encore maîtresse de notre destin et moteur de la bêtise humaine, le temps où l’homme n’était pas encore sali par ses vils instincts…
Ce n’est pas de la nostalgie. Je crois qu’aucune nation ne supporte de tomber bas. Surtout si cette nation a incarné à travers les âges une certaine pudeur, une certaine dignité, empathie et une certaine solidarité avec les autres. Une nation ne peut pas régresser ou accepter de régresser. Oui, on est toujours nostalgique du temps où les Algériens étaient fabuleux et où le respect était une monnaie de tous les jours, où l’ambition était saine, où les gens voulaient contribuer à quelque chose. Dans les années 1960 quel est cet Algérien ou cette Algérienne qui n’avait pas le sentiment de pouvoir contribuer par son seul effort à l’essor de tout un pays. Nous, on y croyait tous. On avait des ambitions, des rêves et puis on avait les moyens qui allaient avec ça. Ce n’était pas seulement des utopies, mais vraiment des rêves qui étaient accompagnés par de la compétence, par l’enthousiasme, le besoin ou le bonheur de servir les autres. Cela a disparu. C’est normal qu’on regrette ce temps-là.

Vous invoquez aussi l’âme de Zabana ou son fantôme. Pourquoi ce rappel au passé encore une fois et celle de ce martyr en particulier?
Parce qu’il y a eu des gens qui n’ont pas hésité à donner leur vie pour nous. Des gens qui étaient meilleurs que nous. Moi je ne suis pas le dernier blessé de la Guerre d’Algérie. Ce sont des gens qui, à un certain moment, ont renoncé à tout. Ils ont laissé femmes, enfants, village pour que nous puissions un jour accéder à un minimum de dignité et à la liberté. Regardez ce que nous avons fait de ces gens-là. Nous n’arrêtons pas de les trahir. Tous les jours on les trahit. Ben Boulaïd avait -il besoin d’aller au maquis? Il était riche. Il avait toute une ligne de transport, des moulins, et pourtant il a laissé sa femme et ses enfants et il est parti mourir au maquis. Aujourd’hui, tout ce qu’on voit c’est la corruption, la prédation, c’est terrifiant. C’est pour cela que de temps en temps, j’essaie, moi en tant que Mohamed Moulessehoul d’être digne de ces gens-là.

Vos nouvelles sont tout de même teintées d’une certaine aura moralisatrice annihilée par une distance formelle du conte…
Il n’y a pas de morale. Il y a un constat. C’est comme les Occidentaux, à chaque fois que j’écris un livre ils le taxent de moralisateur. Tout d’un coup, ils découvrent dans mes livres des choses qui les interpellent eux. Alors que ce sont eux qui ont l’habitude de nous interpeller avec ces mêmes choses. Quand c’est un Algérien qui le fait, d’un seul coup, quand ils découvrent cela chez nous ça devient moralisateur. Moi je ne peux pas vivre sans morale. Même si mes livres n’ont rien à voir avec la morale, personnellement je ne peux vivre sans. C’est dans mon éducation. Je ne peux pas tricher, je ne peux pas trahir, c’est dans mes gènes. Je n’ai jamais fait de tort à personne. De toute ma vie. La morale est nécessaire pour nous. Maintenant si on peut s’émanciper et faire comme ces pays occidentaux qui ont renoncé à tout pour pouvoir avoir toutes les libertés et sans avoir à se remettre en question, je crois qu’eux, ils peuvent se le permettre, nous pas encore car on n’a pas construit notre nation, nos écoles, nos universités. On n’a rien fait…

Qu’en est-il de l’adaptation cinématographique de l’Atten-tat sur grand écran, du film le Commissaire Loeb et Ce que le jour doit à la nuit et sa participation au Festival de Cannes?
S’agissant du film Ce que le jour doit à la nuit, il fait l’objet actuellement de plusieurs avant-premières. Il sortira en salle le 12 septembre en France. Je souhaiterais qu’il sorte aussi en Algérie, tout comme l’Attentat qui est terminé. En tant qu’Algérien je voudrais que les Algériens ne soient pas exclus et voient ces films. Mais il y a des raisons politiques qui les en empêchent. Ce que le jour doit à la nuit adapté à l’écran par Alexandre Arcady n’a été pas été retenu pour la sélection au Festival de Cannes faute d’identité. Ce n’est pas un film français et l’Algérie ne souhaite pas le produire. Mais ça ne fait rien. Aujourd’hui mon désarroi a diminué et je n’ai plus de déception. J’ai décidé de vivre heureux. J’ai un lectorat qui me suffit. Il faut savoir rêver et s’émerveiller. Concernant le film Commissaire Llob, eh bien la télé le bloque. Il est interdit à la télé. Je ne sais pas pourquoi alors que cette dernière l’a produit…

Yasmina Khadra refuse d’écrire sur le printemps arabe ou d’en parler…
J’ai déjà écrit sur le printemps arabe. Les gens oublient que ça a commencé chez nous il y a 23 ans déjà. On a vu où cela a conduit. En tant qu’Algérien je souhaite tout le bonheur à la Tunisie, l’Egypte, la Syrie, le Yemen et la Libye tout en leur souhaitant ne pas traverser par quoi l’Algérie est passée. La Libye est un sanctuaire de tous les mouvements de rébellions idéologiques et c’est l’Occident qui a provoqué cela. Où vont partir tous ces contingents rebelles? L’Occident s’en lave les mains aujourd’hui.
Nous, on est en position de faiblesse. On se la boucle. On nous marche dessus. L’Occident attend que l’Algérie s’embrase. On va essayer de nous éveiller à nous-mêmes. Pourquoi s’entre-tuer? Je ne parle pas à BHL. Nous n’avons ni la même race ni la même conscience. Je suis un Algérien sain et simple. Il y a des gens qui font tout pour défigurer notre image. Je n’ai pas voulu participer à ce forum de Marseille pour cela. La seule réponse que j’ai à donner depuis 15 ans, ce sont mes livres.

Vous êtes le premier écrivain à être couronné du prix Time for peace, qui, en général, distingue uniquement des célébrités du cinéma et de la musique. Quel sentiment cela vous procure-t-il?
C’est bien. C’est bon pour le moral des Algériens. On ne peut qu’en être fier. L’Algérie n’est pas morte et elle restera toujours vivante. Elle est capable d’étonner et d’émerveiller. Si ce pays pouvait récupérer tous ses talents, génies et chercheurs qui sont à l’étranger, il pourra s’en sortir. Voyez la cheville ouvrière de Google, c’est un Algérien! Aussi, aux Algériens de France je leur dis, songez à rentrer…

Qu’en est-il de la participation du CCA à la célébration du cinquantenaire de l’Indépendance de l’Algérie?
La seule et vraie solution qui sauvera l’Algérie, viendra des femmes. Si l’homme en était capable on l’aurait su depuis 50 ans déjà. Je suis certain que le salut viendra des femmes. On aura un programme spécial écrivains femmes et la Guerre d’Algérie. Il y a une façon pour moi de servir son pays, l’action vraie car le débat virtuel dont la polémique n’apporte rien. Je suis venu à Alger car les Algériens me manquent. Depuis que je suis à la tête du CCA, je suis exclu de toute activité officielle. C’est une réalité. Donc, je viens voir mon éditeur et mes lecteurs. La part de lion du programme du CCA sera consacrée aux femmes. D’ailleurs, je suis venu aussi pour chercher Djamila Bouhired qu’on n’arrive pas à joindre. On voudrait lui rendre hommage car elle représente pour moi la réincarnation du sacrifice algérien. Je serais honoré de la recevoir. Au programme aussi, de la musique, du théâtre etc. On compte rendre hommage également à Dib, Frantz Fanon, Kateb Yacine, Feraoun… aux gens qui étaient capables d’exister même au temps de la négation absolue. Car célébrer le cinquantenaire ne sert pas seulement à se souvenir mais c’est aussi un rappel pour se réveiller, et méditer sur ce que nous sommes devenus 50 ans après. (L’Expression-16.04.2012.)

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*L’écrivain Yasmina Khadra crée la surprise et annonce sa candidature à la présidentielle 2014

L’écrivain algérien à succès Yasmina Khadra, a créé samedi la divine surprise en annonçant sa candidature à l’élection présidentielle 2014 au forum de Liberté.

A des journalistes, qui croyaient, au mieux, à une galéjade, et, au pire, une provocation, l’auteur de « les anges meurent de nos blessures » son dernier roman, paru aux éditions Casbah insiste : «oui, écrivez – le, je suis candidat à la présidentielle 2014 ».

Puis d’expliquer les raisons de son choix « on est là, on ne va pas les laisser seuls ». De qui parle Yasmina Khadra, qui est aussi directeur du centre culturel algérien à Paris ? Des candidats qui se sont déjà annoncés ? Des hommes du système ? La question se pose. En tous cas son annonce constitue un pavé dans la mare et donne une autre saveur à cette élection qui nous réserve bien des rebondissements.*algerie1.com-02 novembre 2013

** Il faut redonner de l’espoir à ce beau peuple

S'agit-il d'une annonce sérieuse?

**Il a touché plusieurs millions de lecteurs dans le monde et ses romans sont traduits dans 42 pays.

Le prolifique écrivain de renommée internationale, Yasmina Khadra, a surpris son monde. Il vient de faire une annonce pour le moins inattendue. Interrogé hier, par l’animateur du forum de Liberté, dont il était l’invité, sur l’élection présidentielle, l’écrivain Yasmina Khadra a déclaré qu’il sera candidat à l’élection présidentielle de 2014. Et que son programme est prêt. Auparavant, Khadra a parlé d’espoir et de rêve pour les jeunes Algériens. «Celui qui ne sait pas rêver est un drame itinérant. Il faut redonner de l’espoir à ce beau peuple. Il faut qu’on s’aime et qu’on apprenne à nous aimer», a-t-il notamment dit.
S’agit-il d’une annonce sérieuse? Un de ses proches, un écrivain, confirme l’information. «Khadra m’a déjà informé hier soir de son désir de se présenter à l’élection présidentielle. Sincèrement il pense qu’il a beaucoup d’atouts: le talent, la crédibilité, l’honnêteté, l’amour du pays et l’audience. Beaucoup d’Algériens l’aiment c’est vrai», affirme-t-il. Une popularité qu’il devra toutefois pouvoir transformer en voix le moment venu. Actuellement, Yasmina Khadra dirige le Centre culturel algérien (CCA) à Paris.
L’oeuvre de Yasmina Khadra est toute de pédagogie, d’optimisme et d’espérance. On peut y découvrir une école libre pour tous, où l’on enseigne le possible amour, où l’homme vaut l’homme. C’est certainement ce qui a guidé le programme de ce grand écrivain. «La jeunesse algérienne, la société algérienne et même les démunis, les laissés-pour-compte dans de nombreux pays puiseront quelque énergie pour s’éveiller et se résoudre à se débarrasser de l’immobilisme malsain et du défaitisme rétrograde», a écrit il y un an le doyen des critiques littéraires, Kaddour M’Hamsadji sur les colonnes de L’Expression.
«C’est par la culture, le travail et la solidarité que l’être humain ouvre le chemin de sa propre liberté et constitue, en toute conscience, son trésor de vie.» Dans son oeuvre, le bonheur est possible note encore M. M’Hamsadji. De son vrai nom, Mohammed Moulessehoul, il est né le 10 janvier 1955 à Kenadsa dans la wilaya de Béchar. Le pseudonyme, Yasmina Khadra, est composé des deux prénoms de sa femme. Mohammed Moulessehoul effectue toutes ses études dans des écoles militaires avant de servir comme officier dans les rangs de l’ANP pendant 36 ans pour atteindre le grade de commandant. Durant la tragédie nationale, il a été au front défendre la République. Il a été l’un des principaux responsables de la lutte contre l’AIS puis le GIA, en particulier en Oranie. Mohammed Moulessehoul a publié six romans sous son nom de 1984 à 1989 et obtient plusieurs prix littéraires, parmi lesquels celui du Fonds international pour la promotion de la culture (de l’Unesco) en 1993. Il écrira pendant onze ans sous différents pseudonymes et collaborera à plusieurs journaux algériens et étrangers pour défendre les écrivains algériens. Il optera définitivement pour Yasmina Khadra, en 1997 avec la sortie en France, chez l’éditeur parisien Baleine, Morituri qui le révélera au grand public.
Il quitte l’Armée nationale populaire en 2000, pour se consacrer à l’écriture et ne révèle son identité masculine qu’en 2001 avec la parution de son roman autobiographique: «L’Écrivain et son identité tout entière dans L’Imposture des mots en 2002». Yasmina Khadra a touché plusieurs millions de lecteurs dans le monde. Adaptés au cinéma, au théâtre, en bande dessinée, en chorégraphie, ses romans sont traduits dans 42 pays.
Il a cosigné pour le cinéma Enemy Way, de Rachid Bouchareb (avec dans les rôles principaux Forest Whitaker, Harvey Keitel et Ellen Burstyn). En 2013, Yasmina Khadra fait son entrée dans le dictionnaire (Le Petit Robert des noms propres).*L’Expression-Dimanche 03 Novembre 2013

****Ecrire est «un acte d’amour»

Ecrire pour Yasmina Khadra est «un acte d’amour» tel qu’il se plaît à le répéter. L’auteur de Les hirondelles de Kaboul qui était l’invité du Sila et demain pour une vente-dédicace au stand Casbah Edition n’a pas voulu trop s’attarder sur son dernier roman Les anges meurent de nos blessures dont la trame se situe vers les années 1920 entre Sidi bel Abbès et Oran. La ville étant un personnage à part entière dans ses romans a-t-il fait remarquer, vendredi dernier au Sila. Un livre tout autant «visuel» et très imagé comme l’est toute son oeuvre. Un choix qu’il revendique et qu’il impute à son adoration pour la BD depuis son jeune âge. Car en plus de la situation, «j’y mets dans mes livres, de la philosophie et de la poésie» dira-t-il. Et d’estimer qu’Alger est «comme une femme snobe qui se croit plus belle que la poésie, que Paris ne m’a pas parlé, pas calculé..». L’écrivain fera savoir aussi qu’il vient de finir un nouveau polar fin juin, qui pourrait même être adapté au cinéma. Abordant son rapport à l’Autre dans l’écriture? il dira qu’il écrit pour que la femme se soulève contre l’homme et l’assujettit à son tour. Celui qui ne se considère ni comme expatrié, ni exilé fera remarquer néanmoins à propos de Les anges meurent de nos blessures que la cause coloniale est loin d’être à la périphérie mais bel et bien au coeur de Histoire pour celui qui sait bien lire. Yasmina Khadra qui soulignera le fait que ce sont plus les Algériens qui sont le plus agressifs à son égard (une minorité tient-il à préciser) expliquera cela par le fait que parfois «c’est le rapport à l’écrivain qui empêche de voir la beauté ou la grandeur de l’oeuvre». Et d’ajouter: «Je ne suis pas dans le racolage quand j’écris mais toujours dans la justesse. Comment expliquer alors que je suis lu et plus apprécié ailleurs et ce dans des pays qui ne savent même pas situer l’Algérie dans une carte? Je souhaiterai, qu’un jour on puisse accéder à la solidarité ce qui manque entre nous..» a t-il déclaré en substance à l’assistance avant de répondre aux questions de L’Expression, relatifs à l’adaptation cinématographique de ces deux romans Ce que le jour doit à la nuit et surtout l’Attentat par le célèbre réalisateur Zied Doueri (West Beyrouth notamment) qui a fait polémique lors de sa sortie..

L’Expression: Les adaptations de vos deux livres Ce que le jour doit à la nuit et L’attentat en l’occurrence n’ont pas fait l’unanimité surtout le dernier qui a fait l’objet de controverse…
**Yasmina Khadra: Ce sont les personnages que j’ai créés qui étaient importants pour moi. Ils ont été disqualifiés. Le réalisateur Arcady  a même mis quelques fois deux personnages en un pour l’aspect technique. Moi j’ai trouvé le film assez raisonnable. Et puis j’ai beaucoup de respect pour les réalisateurs. Je comprends les situations auxquelles sont confrontés les réalisateurs. S’il avait été tourné en Algérie sans doute que je serai venu pour superviser le travail. Mais ça a été tourné en Tunisie. J’ai trouvé ça effarant pour un Algérien d’aller voir son pays tourner dans un autre pays. Ce sont des choses qui me dépassent. Je n’arrive pas non pas à l’expliquer mais à le concevoir. Pour L’attentat, Zied Doueri l’a dit lui-même que je n’étais pas satisfait de son travail malgré qu’il ait reçu des prix, parce que tout simplement il n’est pas allé dans mon livre. Il est parti dans une partie de mon livre. Autrement l’enquête que menait ce docteur pour comprendre le geste de sa femme qui s’était suicidée. Mais la partie israélienne a été complètement occultée. Je le comprends mais je ne suis pas d’accord. Je peux comprendre quelqu’un mais je peux ne pas être d’accord avec lui. Il ne faut pas oublier que les droits de L’attentat ont été achetés le même jour à New York dans le même bureau, par le patron de Focus Feature qui détenait les droits avec Paradise Now. Une année après Paradise now était sur tous les écrans du monde. Un succès foudroyant. L’attentat était dans le tiroir. Il y avait un lobby qui s’opposait à ce que le film se fasse. Des gens ont chahuté ce projet. Il a fallu se battre à maintes reprises. Ils ont choisi trois scénaristes dont le dernier était Jonhatan Brook qui avait signé le fameux Le dernier roi d’Ecosse comme comédien notamment, avec comme par hasard Forest Withaker. Il avait fait un super premier scénario qui était très proche de la réalité du film. Il a été refusé. Un deuxième aussi a été refusé et le troisième a été très loin. Ils l’ont obligé à trouver pour expliquer le geste de Sihem, un problème conjugal et son mari médecin qui, en rentrant le soir et ne trouvant pas sa femme en soulevant son oreiller, trouve un sex toy comme si sa femme était malheureuse en tant qu’épouse… cela n’a rien à voir. Il a fallu se battre car on allait complètement charcuter ce projet et après deux ans de combat, grâce à Tarek Ben Ammar qui avait ses rentrées, on a réussi quand même à faire le film. Mais Zied Doueri a été traumatisé par tout ça. Il a attendu 7 ans avant de faire le film. Les droits ont été choisis en 2006 et le tournage n’a commencé qu’à la fin de 2011. Zied Doueri avait même peur que ce même lobby assassine son film. Mais c’est quelque chose que je ne peux pas cautionner. Il faut avoir le courage de ses convictions sinon ce n’est pas la peine de se lancer car il y a d’autres projets, d’autres scénarios réalisables sans tomber dans le conflit..

On a dit que le film tronqué comme vous dites d’une bonne partie, ne reflète pas vraiment le livre mais défend la cause israélienne…
**C’est faux car le film était raté. Il est partout, vous pouvez le voir. Vous pouvez le trouver à Alger, à Oran, partout.

Il a été interdit par la Ligue arabe et au Liban notamment, la projection a été annulée…
**Oui, la Ligue arabe on connaît. Au lieu de s’occuper de ce qui se passe en Syrie, en Libye ou en Irak, elle s’attaque à un artiste. C’est pour cela que je suis venu le défendre. J’étais contre la censure. Un réalisateur ça se respecte, un artiste ça se respecte. Un écrivain ça se respecte. On peut ne pas être d’accord avec lui mais il faut permettre à son esprit, au génie d’exister. Il faut dépasser cette censure, elle n’est pas efficace. Elle se retourne contre le censeur.. En France par exemple, malgré qu’il était arrivé avec sept prix internationaux dont trois au USA il a été boudé par les télés. Il n’a pas eu de promo. il y a eu d’excellents papiers dans la presse. La télé out! Et pas d’affichage, c’était la première fois que je voyais ça en France! Le livre C’est 750.000 exemplaires vendus en France et il est sorti dans 40 salles dans toute la France. En Allemagne, j’ai été il y a deux semaines à Frankfurt, le livre a obtenu le Prix de la foire internationale du livre. Il est sorti en dvd en allemand, mais il ne sera pas distribué dans les salles

A quand sa projection en Algérie?
**On ne peut pas exiger du prophète ce que seul Dieu est capable de donner…

C’est votre dernier mot?
**Moi j’ai la chance d’être un écrivain. Je peux écrire. Il n’y a aucune force au monde qui m’empêcherait d’écrire. Je suis souverain dans ce que je suis en train de faire. Mes livres peuvent toujours être interdits mais ils seront là, car mes lecteurs en besoin. Besoin de rêver, de s’émerveiller et fier d’être un Algérien. Ils ne peuvent rien contre un écrivain mais un film c’est une distribution, c’est de la finance. C’est beaucoup de malheur. Les Américains ont cette abominable chose, c’est quand ils achètent une chose cela devient la leur. Pour ce qui est du cinéma en Algérie, on n’encourage pas le cinéma. Il y avait en 1962, 37 salles de cinéma à Oran. Elles ont fermé. On refuse à ce peuple le droit de s’émanciper et de rêver. Nous baignons dans un autisme qui ne veut pas s’assagir. Il y a une fracture entre ceux qui nous gouvernent et le peuple. Je ne sers pas le système mais j’ai décidé de mériter, de par ma fonction de directeur au CCA, en France, ma survivance. Mes idoles sont les médecins sans frontières. Je veux rendre service aux miens et me sacrifier pour mon pays. J’ai fait produire des artistes qui sont interdits en Algérie. Le système ne m’arrive pas à la cheville!*Par O. HIND -L’Expression-Dimanche 03 Novembre 2013

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*Adaptation au cinéma de son roman «   Ce que le jour doit à la nuit « 

 Samy Naceri, Fellag et la sœur de Carla Bruni dans la distribution du prochain film d’Alexandre Arcady adapté du roman Ce que le jour doit à la nuit de Yasmina Khadra.

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C’est ce qu’a révélé, lundi soir, Mohamed Moulessehoul, le vrai nom de l’auteur de cette fiction, une fresque socio-historique dédiée à Oran et à sa région. L’écrivain algérien a été invité à l’institut Cervantès pour rencontrer son public et répondre à ses questions, mais aussi pour discuter de la traduction en langue espagnole de plusieurs de ses livres. Son traducteur, également invité, est d’ailleurs revenu sur cette aventure et sur les raisons qui l’avaient amené, au début des années 2000, à traduire, en premier lieu, ce que lui-même devait qualifier de trilogie d’Alger, en référence aux aventures du commissaire Llob, héros désenchanté de Morituri, Double blanc et L’automne des chimères. «Ce n’est pas le succès qui a suivi la publication de ses romans qui m’ont incité à traduire Yasmina Khadra, mais je l’ai fait à la demande d’une éditrice», a précisé Wenceslao Carlos Lozano qui profitera de sa venue à Oran pour animer des ateliers de traduction au profit des étudiants. Mohamed Moulessehoul est satisfait de la traduction espagnole mais pas de l’adaptation cinématographique, plutôt du scénario qu’on lui a soumis et sur lequel il a essayé d’apporter des correctifs.

Incompréhensions

«J’ai laborieusement travaillé sur la première moitié du scénario mais, à un moment, devant tant d’incompréhensions, j’ai dû renoncer et j’ai dis à Alexandre Arcady : ‘’fais ton film comme tu l’entends’’», explique l’auteur algérien qui dit s’attendre au pire même s’il souhaite que le film soit une réussite.Celui-ci est actuellement en tournage en Tunisie. En avril 2009, cette adaptation a été annoncée en grande pompe à Oran, lors d’une rencontre au Royal hôtel avec l’auteur du livre, le cinéaste et même Fadéla Amara, alors ministre de la Ville du gouvernement français.Des considérations bureaucratiques, qui ont fini par décourager Arcady ont, pendant une année, entravé le tournage en Algérie, selon Moulessehoul qui a néanmoins insisté pour qu’au moins quelques scènes soient tournées à Oran et El Maleh (ex-Rio Salado, wilaya de Aïn Témouchent).(El Watan-21.04.2011.)

**Présentation du film

Le réalisateur et producteur, Alexandre Arcady, a présenté la semaine dernière le film adapté du roman de Yasmina Khadra « Ce que le jour doit à la nuit. »

L'effet positif de la colonisation selon Arcady

Le film traverse l’Algérie dans des années 1930, à travers le regard de Younès, 9 ans, et qui est confié à son oncle pharmacien de profession à Oran, joué dans le film par Mohamed Fellag. Rebaptisé Jonas, par les jeunes de Rio Salado, il tombe amoureux de Emilie, la fille dont tout le monde est amoureux. Entre Jonas et la lune fille naîtra une grande histoire d’amour qui sera troublée par la guerre qui agitera le pays. La musique d’Armand Amar est envahissante; les premières images, donnent le tempo: une voix off qui fait craindre le pire et qui ne tardera pas à se vérifier avant la fin du premier quart d’heure. Ce genre d’histoire d’amour (entre un Algérien et une Européenne) a déjà été traité en 1988, par Sid Ali Fettar dans Amour interdit. Quant à l’arrière-plan historique, outre la fresque «haminienne» on notera des similitudes avec Les Déracinés (1976) de Lamine Merbah. Mais le film nous rappelle un autre film récent les Hors-la-loi de Rachid Bouchareb, dont son ouverture recèle des similitudes confondantes avec l’oeuvre du cinéaste algérien. En effet, le film Arcady débute par l’expropriation d’un paysan algérien de ses terres par le caïd du coin (Hassen Benzerari) qui n’hésitera pas à envoyer ses sbires mettre le feu à la moisson qui s’annonçait opulente, en cette année 1930… Mais si dans le film de Bouchareb, c’est l’administration coloniale qui dépossède le paysan algérien de sa terre déjà peu fertile, chez Arcady, l’injustice sera algérienne. C’est le départ vers Oran, du moins ses bas-fonds où les Algériens vivent en autarcie dans la misère… Et là, Arcady nous offre un tableau des plus ridicules sur la représentation des Algériens à l’écran…Aucune intelligence, aucun savoir-faire de la part de ce cinéaste, pourtant aguerri. Il fallait au moins visionner La Chronique des années de braise du maestro Lakhdar-Hamina, pour savoir comment étaient vêtus les paysans algériens des «années typhus», au lieu de les affubler d’un accoutrement sorti tout droit des pires feuilletons du Moyen-Orient. Le film est tourné en Tunisie.
Pourtant Arcady a certainement dû conserver des photos de sa vénérable grand-mère Messaouda Hadjadj.
Il aurait été mieux inspiré. De même qu’il n’était pas sans savoir que le turban en Algérie est soit blanc, soit jaune, mais jamais noir! Toujours dans ce même registre de l’apparence, il y aurait beaucoup à redire sur la façon de montrer les premiers moudjahidine de l’ALN, lesquels avaient l’air de revenir d’une «excursion» en Afghanistan que descendre des maquis du Dahra ou de l’Ouarsenis. On baigne, au risque de se noyer, en pleine caricature!
Le comble sera atteint lorsque Youssef (Fu’ad Aït Aâtou), fils adoptif du pharmacien d’Oran (Fellag) exilé pour activisme (Mtld) à Rio Salado se mettra en tête d’aller se recueillir sur la tombe de l’héroïne, préférée de son défunt père (mort de chagrin). Cette icône, c’est Lella Fadhma N’soumeur…
Tout le monde sait que la résistante algérienne a été enterré à Aïssaouia, (Médéa) sur les contreforts de l’Atlas saharien. Et que filme Arcady pour ce faire? Il choisit le mausolée le plus représentatif de l’ère Ben Ali (le tournage s’est déroulé en Tunisie, et quinze jours en Algérie) et dans un axe plein Sud (on aurait dit qu’on était en plein Atlas saharien!) pour immortaliser ce moment se voulant solennel…
A quelques encablures de la fin de la guerre, ce colon fait un cours sur le caractère positif de la colonisation à ce jeune, incarnation de… Janus. Pas un mot du Senatus Consulte (14 juillet 1865) qui déposséda les Algériens de leur terre!
Finalement, et au bout de plus de 150 minutes, on ne saura toujours pas ce que le jour doit finalement à la nuit. Sauf sans doute une nostalgie douteuse, car occultant une partie essentielle du puzzle colonial: le peuple algérien.
Avec Avava Inouva au générique de la fin, la perplexité a le goût de cendre et presque d’amertume, car il ne restait plus de ce film que ces images de farniente, d’insouciance, entre mer et soleil. Les affres de la colonisation, visiblement le cahier des charges de cette production ne leur a concédé qu’une portion congrue et, répétons-le, si caricaturale!…
Ce film au casting étonnant: Anne Parillaud, dans un rôle qui ne lui convient pas, Vincent Perez et le comédien algérien fétiche de Arcady Abbès Zhamani, sort le 12 septembre en France, un feuilleton télé pour FR3 est aussi prévu au programme, c’est ce qui expliquerait sans doute la platitude du filmage, hormis une ou deux ellipses bien vues…(L’Expression-02.07.2012.)

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*Yasmina Khadra proposé pour le prix Prince des Asturies.

L’écrivain Yasmina Khadra sera proposé pour le prix Prince des Asturies, a annoncé lundi à Oran, l’Institution culturelle espagnole Cervantes à l’occasion d’une rencontre avec l’homme de lettres algérien. L’oeuvre de Yasmina Khadra est «un symbole fort de la promotion du dialogue entre les cultures et son nom mérite d’être proposé pour l’obtention du prix Prince des Asturies de la Concorde», a souligné M.Javier Galvan, directeur de l’Institut Cervantes.
«L’oeuvre de Yasmina Khadra a permis, dans ce sens, à la civilisation occidentale de mieux comprendre la culture Arabe», a encore estimé M.Galvan, en précisant que son institution est habilitée à proposer les nominations pour le prix Prince des Asturies. Le prix Prince des Asturies est décerné officiellement chaque année à Oviedo (capitale des Asturies) par la Fondation du même nom à des personnalités et des institutions qui se sont distinguées par des travaux d’envergure internationale dans huit catégories. Il s’agit des arts, communications et humanités, coopération internationale, littérature, sciences sociales, sports, techniques et recherches scientifiques et concorde.
L’athlète algérienne Hassiba Boulmerka avait remporté ce prestigieux prix dans la catégorie sport en 1995. Yasmina Khadra, de son vrai nom Mohamed Moulessehoul, était l’hôte de l’Institut Cervantes à l’occasion de la création d’un rayon dédié à ses publications dans la bibliothèque de cet établissement culturel. Accompagné du traducteur de ses livres en langue espagnole, l’écrivain algérien a animé, dans ce cadre, une rencontre devant une assistance nombreuse composée notamment d’étudiants et d’hommes de culture. Il a évoqué, à ce titre, son parcours en tant qu’auteur, en rappelant que ses romans sont aujourd’hui présents dans 42 pays, dont l’Espagne où ils sont publiés même en catalan et le Japon où la lecture de son oeuvre a inspiré la création d’une branche de littérature algérienne à l’université de Tokyo.
Il a écrit plusieurs romans célèbres publiés dans une trentaine de langues, tels Les Agneaux du seigneur, A quoi rêvent les loups, L’attentat et Ce que le jour doit à la nuit (dont l’adaptation au cinéma est en cours) et son dernier-né est L’olympe des infortunes. Son prochain ouvrage sera publié en septembre prochain sous le titre L’équation africaine, a annoncé Yasmina Khadra qui occupe le poste de directeur du Centre culturel algérien de Paris depuis novembre 2007. (L’Expression-20.04.2011.)

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*«L’Algérie n’est pas une histoire, mais une émotion»
 Le romancier Yasmina Khadra a affirmé à Paris que l’Algérie «n’est pas une histoire, mais une émotion» et qu’«il faut y aller pour la sentir et la vivre» a-t-il affirmé. «J’essaie, pour ma part, à travers ces rencontres, de vulgariser le mythe africain et d’orienter l’attention des gens sur l’Algérie. Mais personne ne connaît ce pays qui demeure une énigme aux yeux de nombreux pays», a-t-il dit, dans un entretien à l’APS, en marge d’une rencontre qui l’a réuni vendredi soir à un groupe d’étudiants de l’université de San Diego en voyage d’étude en France.
«Il faut impérativement que notre pays s’ouvre à travers des initiatives heureuses et qu’il apprenne à s’émerveiller et à émerveiller les autres», a-t-il dit. «Nous devons essayer par tous les moyens de rendre ce pays fréquentable et prouver qu’il recèle un monde très intéressant et une mentalité et une culture qui pourraient servir à enrichir la culture des autres», a-t-il ajouté, regrettant que l’Afrique du Nord ne se limite pour les Américains et les Occidentaux qu’à des pays voisins, alors que «l’Algérie est pourtant un pays beaucoup plus attractif et plus intéressant de tout point de vue».
Il a déploré, par ailleurs, que ces pays ne voient l’Algérie que comme «un puit de pétrole», soulignant que «les étrangers viennent avec l’idée d’investir, de conquérir des espaces vitaux et ne voient pas très bien toute la magie qui entoure ces puits». «J’ai dit aux étudiants américains que j’ai rencontrés aujourd’hui que l’Algérie est un pays qui ne se raconte pas et qu’aucun écrivain n’a réussi à donner le 1/5e de ce qui mérite d’être écrit véritablement sur ce pays comme attraction», a affirmé cet écrivain.
«Je leur ai également dit que pour eux, le monde s’arrête à leurs frontières et que c’est à eux d’aller à la rencontre de ces espaces qui leur paraissent fantasmagoriques et qui ne sont le reflet que de ce qu’ils sont véritablement».
«Les Américains, les Mexicains ou les Africains sont d’abord des êtres humains. Et la magie de ce florilège, c’est justement les différences», a souligné le romancier. De son point de vue, l’ignorance n’est pas le fait d’être inculte, «c’est le fait de méconnaître. C’est par la méconnaissance que tous les repères et tous les prismes deviennent défaillants, car si on fantasme sur quelqu’un, si on le craint un peu, il devient à nos yeux le plus grand des monstres».
«C’est pourquoi, s’il faut faire quelque chose, c’est au niveau de l’Etat que les choses devraient se déclencher», a-t-il poursuivi, estimant que notre drame est que «nous manquons d’ambition et d’audace». «Nous n’avons rien à cacher, aucun peuple n’est parfait, il ne faut pas que nos imperfections deviennent des espèces de réticences derrière lesquelles on va se retrancher», a ajouté Yasmina Khadra pour qui «il faut prouver que nous sommes aussi capables d’étonner, de surprendre agréablement. C’est une question de vaillance citoyenne».
Sur l’hypothèse que ces visites organisées par des pays étrangers puissent changer l’image que l’on se fait de l’Algérie, il a souligné qu’il y a de fortes chances qu’elles puissent les changer à condition que ce type d’initiatives puissent se multiplier, estimant que si ces étudiants sont revenus, c’est qu’ils ont trouvé quelque chose à prendre et que le discours qu’ils ont entendu a donné des fruits.
Par contre, a-t-il ajouté, l’intellectuel aujourd’hui n’est plus qu’une image, pas une idée, une pensée, l’inventivité et l’extralucidité, soulignant que maintenant «nous sommes épatés plus par ce que nous voyons que par ce qui nous interpelle intellectuellement».
A propos des débats sur l’immigration, l’intégration et l’identité, Yasmina Khadra pense que l’intégration doit être «naturelle» et «se plier aux obligations du pays hôte», ajoutant que «ceci ne doit pas nous empêcher d’être ce que nous sommes».
En Europe, a-t-il souligné, «on ne demande pas aux immigrés de s’intégrer, mais de se désintégrer et d’oublier leur culture et leur religion. Et lorsque les choses vont mal et qu’on ne trouve pas de solutions, on charge un coupable qui n’est que l’immigré, c’est ce qui se passe en Europe confrontée à une mondialisation qui lui échappe». (L’Expression-11.01.2011.)

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               * (interview-express)

-Que représente pour vous le paradis?...* Le repos du guerrier.

- L’enfer?…* une double peine

- Le comble de la misère?.. * La bêtise humaine

- Vos qualités préférées chez l’homme?.. *L’humilité et le discernement

- et chez la femme?.. *Le courage et la lucidité

- Votre vertu préférée?.. * La fidélité

- Ce que vous appréciez le plus chez vos amis?..* Le désintéressement

- Pour quelle faute avez-vous le plus d’indulgence?.. * La jalousie

- Votre principal défaut?.. * La spontanéité dans mon rapport avec les gens, et la confiance que je leur accorde d’emblée. Pour moi, toute personne est sincère jusqu’à preuve de sa mauvaise foi

- Votre principale qualité?.. * Aimer

- Votre drogue?.. * L’Algérie

- Votre rêve de bonheur?.. * Vivre sans rancune

- Où aimeriez-vous vivre?..* Parmi les gens que j’aime, à n’importe quel endroit

- Votre occupation préférée?.. * Ma petite famille

- Votre préoccupation principale?.. * Rester moi-même

- L’animal préféré?.. *L’homme, quand il est à l’image de Dieu

- Vos auteurs favoris?.. *.Malek Haddad, Rédha Houhou, Taha Houssein, Steinbeck, et Fernando Vallejo

- Vos peintres favoris?.. * Issiakhem, Racim et Denis Martinez

- Vos héros ou héroines?.. *Hizia, les Algériennes, Larbi Ben M’Hidi et les libraires d’Algérie

- Ce que vous détestez le plus?.. * L’ingratitude et la mauvaise foi

- Votre devise?.. * N’est jamais seul celui qui marche vers la lumière

** Interview publiée par El Watan du 23.07.08

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**CE QUE L’ALGÉRIEN DOIT À L’ALGÉRIE
Nos auteurs méritent considération
 

Notre pays est un immense chantier ouvert où rien n’est trop beau pour écrire un engagement et l’accomplir.

Notre Temps de Lire d’aujourd’hui se présente comme une réflexion à haute voix, si j’ose dire. L’actualité culturelle de la semaine dernière tire l’oeil sur un point: nos auteurs méritent considération. La conférence prononcée vendredi dernier par Yasmina Khadra et ses réponses suscitées par son auditoire, m’interpellent au-delà du sujet traité par notre écrivain. Aussi ai-je à dire:
Mon cher Mohamed, chez nous, la personne âgée a des avantages plus que dans tout autre monde civilisé, ne sois donc pas trop déçu que j’abuse du tutoiement traditionnel entre Algériens. Ton hommage au regretté Tahar Djaout que j’ai lu dans Liberté (*), est bouleversant de sincérité et de respect pour celui auquel tu confies: «Tu es bon comme du pain blanc, et juste comme un serment fraternel».
Ayant lu plus d’une oeuvre de toi, je sais que, pour toi, les mots ont de la valeur, ont du poids. Cela touche les écrivains algériens, car tu ouvres encore plus grande la porte de l’amitié, du partage et de l’échange entre ceux qui ont quelque chose à faire aimer de notre pays, de tout notre pays.
Permets-moi de placer ici d’abord une parenthèse et ensuite un appel.
Quand la polémique est systématique, c’est-à-dire obsessionnelle, elle devient indécente, elle ne fait même pas l’affaire pour laquelle on aurait investi son honneur. De même, en inversant le sens des mots – ce qui serait encore une querelle de tayyâbât el hammâm -, il en va d’une attitude obséquieuse, c’est-à-dire polie et servile. Mais telle chose exécrable a pris naissance et développement dans les temps féodaux laissés, je crois, derrière nous. Nous les aurions remplacés par le temps de notre Algérie indépendante qui a pour devise «par le peuple et pour le peuple».
Nous serions tous égaux, tous des frères, seul le mérite gagné à la sueur de son front élève celui dont la main a travaillé ou dont le cerveau a produit, – n’est-ce pas? Eh bien, il s’est imposé ce droit de ne rien faire pour ne pas se tromper ainsi que cette vilenie de dénigrer celui qui agit. Eh bien, la flamme «par le peuple et pour le peuple» est mouillée par la salive de celui qui prétend ressembler à soi-même.
La polémique, au contraire de la critique littéraire qui réclame la haute tenue de la compétence, de la convenance, et surtout de l’humilité devant une oeuvre humaine, a toujours frappé les grands auteurs, sans les surprendre. Les grands auteurs ne s’en soucient guère, du reste, à peine haussent-ils – et par politesse littéraire et compassion! – les épaules.
Chez nous, tu le sais, «Edhdhabana ma taqtel, taghawwach el khâtar, la mouche ne tue pas, elle met de mauvaise humeur».
La mauvaise humeur a pour remède la faculté d’écrire ce que d’autres en sont privés. Au mieux, l’écrivain aurait-il quelque regret (et pourquoi donc?) à présenter à celui qui ne sait pas que l’écriture d’un livre est une charge qu’il croit assez utile et intéressante pour avoir envie de la faire connaître en toute bonne foi et d’en attendre, tout de même, quel serait le sentiment du lecteur.
Le peuple, c’est-à-dire nous tous (écrivains et lecteurs), est à notre image. Notre Terre Maternelle, nourricière et tendre, est à nos pieds, nous l’écrasons; insensés nous nous y détruisons les uns les autres, nous y creusons notre tombe.
N’aurions-nous pas assez de nous préserver du mal étranger, l’hydre à forme néocoloniale qui s’acharne insidieusement à nous faire douter de nous-mêmes, de notre culture, de nos créateurs dans tous les domaines, qu’il faudrait encore que nous soyons nous-mêmes ses tentacules pour broyer ce que nous nous évertuons à reconstruire et à construire?
Nous admirons ce que nous n’avons pas et, hélas, nous brûlons ce que nous avons. Et indifférents l’un de l’autre et chacun de soi-même, nous laissons ce malheur nous frapper. Notre Temps n’est pas le nôtre, le temps des autres ne nous appartient pas.
Certes, il n’est pas de leçon de morale qui dise qu’aucun fanatisme n’est pas bon. Alors mon fanatisme à moi – mais qui suis-je après tout? – est d’apprendre à nous aimer, à aimer l’utilité d’aimer son prochain, de l’aimer assez pour que, ensemble, sans aveuglement, nous serions heureux de montrer au monde que notre honneur se construit d’abord avec les nôtres, puis avec les autres.
Ainsi notre pays est un immense chantier ouvert où rien n’est trop beau pour écrire un engagement et l’accomplir.
Alors, maintenant, voici mon appel, continue de t’adresser librement Mohamed, à l’ancien qui rêve de l’avenir de ce que probablement, il ne verrait pas, mais adresse-toi aussi et surtout à la jeunesse qui devrait imaginer son rêve et le construire. Fais-le toi, à la façon de n’importe quel autre algérien sensible et jaloux de son pays, fais-le toi, à la façon de n’importe quel éducateur de coeur et de raison, c’est-à-dire un éducateur probe, éveilleur de consciences, né quelque part en Algérie, qui s’adresse à ceux qui ont assez de bon sens pour comprendre que notre humanité, notre justice et notre paix exigent d’abord que nous croyions en nous-mêmes.
Le vrai est que les oeuvres de tous nos auteurs méritent considération, d’abord chez nous, et tant mieux si elles éclosent ailleurs.
Hier, c’était le jeune sang des combattants de la lutte de libération nationale qui étonna le monde; aujourd’hui, c’est le jeune esprit des travailleurs intellectuels et des travailleurs manuels qui relèvera les défis majeurs auxquels la mondialisation veut confronter. (L’Expression-02.06.2010.)

(*) Liberté 25 mai 2010.

*********Yasmina Khadra honoré à Constantine

Il a souligné que la complaisance et la détestation sont les ennemis de l’art.

Un vibrant hommage a été rendu à l’écrivain algérien d’expression française, Yasmina Khadra, lundi à Constantine, à l’occasion d’une vente-dédicace de son dernier livre L’Olympe des infortunes, réédité aux éditions Média-Plus.
En présence d’un public fort nombreux, constitué de mordus de littérature et, notamment d’admirateurs de cet auteur traduit dans 40 pays, ce dernier, dès l’entrée en matière d’une séance-débat, organisée au théâtre régional de la ville en marge de la séance de dédicaces, s’est défendu contre le «fallacieux» et le «négativisme». Il a aussi souligné que la complaisance et la détestation sont les ennemis de l’art.
Concepteur, dans son dernier ouvrage, d’une olympe constituée de marginalisés et de fracassés de la vie, Yasmina Khadra est l’auteur, en l’occurrence, d’une fiction universaliste ou d’une fable de la vie sur la vie où prévaut le non-lieu, le non-dit et un équilibre fragile fabriqué à base d’illusions et de démissions. Mohamed Moulessehoul (de son vrai nom) a révélé, optimisme et générosité, considérant que «l’exil pour un écrivain est dans son texte» et que «la fiction est un mensonge que seul l’écrivain croit».
De Houria, son premier recueil de nouvelles, en passant par L’Attentat, L’écrivain, La Fille du pont, Le Privilège de Félix, Ce que le jour apporte à la nuit, ou Cousine K, qu’il considère comme sa meilleure oeuvre, Khadra, qui a soutenu que «l’élégance de l’écrivain s’est de s’effacer devant ses personnages», a relevé, à une question-reproche liée à l’absence de la ville de Kenadsa (sa ville natale) dans ses romans, que dans ses écrits, il raconte un pays selon sa mentalité et non sa géographie. Se revendiquant amoureux de Malek Haddad, «un auteur authentique qui avait la souveraineté du verbe et le scrupule du texte», Yasmina Khadra a affirmé avoir appris de Haddad que la pluie pouvait avoir des talents.
Abordant la problématique des traductions des oeuvres littéraires, Khadra a affirmé écrire avec une sensibilité algérienne qu’il serait difficile pour un étranger de véhiculer à travers une traduction, même s’il a vécu dans le pays. Lui-même s’étant essayé à la traduction de son ouvrage L’Ecrivain, (une tâche qu’il avoue avoir abandonné au bout de 10 pages), «il s’était, dit-il, rendu compte qu’il trichait». Il a expliqué, à ce propos, que le traducteur transpose ses frustrations et ses propres insuffisances au texte. Soulignant, notamment la complexité de cette tâche, il a indiqué que «le traducteur peut enrichir le texte ou l’appauvrir, faire chérir l’auteur ou le rabaisser».
Encourageant tous ceux qui se sentent une âme sensible à s’exercer à l’écriture ou à n’importe quel autre mode d’expression, il s’est pris lui-même comme l’exemple de quelqu’un qui s’exerce toujours à l’écriture, même si (son) oeuvre a été vendue à 5 millions d’exemplaires de par le monde.
Cette séance-débat organisée en l’honneur de Yasmina Khadra qui visite pour la première fois la région de Constantine, a confirmé la mort regrettée de l’inspecteur Lobb (personnage principal des polars de Khadra) que les fans de Khadra et de son héros retrouveront prochainement, malgré tout, sur les écrans. (L’Expression-02.06.2010.)

 

7 réponses à “Yasmina Khadra écrivain algérien”

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