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****     »La salle d’attente » de Fadela M’rabet

Un livre plus audacieux dans le propos

*L’Algérie entre joie et peine

Après Le café de l’imam, l’auteure nous est revenue cette année avec un nouvel essai qui se veut incisif et sans concession dans son analyse de la société algérienne.

Un livre plus audacieux dans le propos. Comme cette chape de plomb qu’on tente courageusement aujourd’hui de faire sauter pour atteindre la liberté.
Un sentiment bien réel auquel les pays arabes se sont accrochés mordicus il y a plus d’un an… Mais il est comme des vérités sournoises qui vous poussent à croire que le Paradis ici n’est pas pour vous, dans ce pays moribond, en éternel turpitude et dans la tourmente qui n’en finit pas de croire pourtant en des jours meilleurs. La salle d’attente le nom de cet essai qui fait moins de cent pages, se lit d’un trait.
Court, mais qui dénombre une multitude d’idées, foisonnantes sur de nombreux points qui reviennent souvent dans ses écrits, la femme, la qualité de vie et le pouvoir politique sont les leitmotivs qui illustrent la vision des choses de Fadéla M’rabet qui se dit vouloir être toujours fidèle à sa «voix intérieure» non pas dans le souci de raconter une histoire mais par équité de témoignage.
Dès les premières pages, elle fait ce constat: «Nous sommes en attente d’un monde qui englobe tous les mondes, ceux d’Orient et d’Occident. Des mondes qu’on n’arrive pas à fusionner parce que nous sommes sous l’emprise de prédateurs qui veulent qu’on les combatte en nous. Ceux-là mêmes qui nous refusent et la culture arabe et la culture occidentale. Ainsi il y a de l’Orient et de l’Occident en nous, mais il n’y a pas de fusion. Parce que nous restons exposés à trois sources d’aliénation: celle du pouvoir patriarcal, celle du pouvoir colonial, celle du pouvoir postcolonial» résume-t-elle.
Une fusion dont elle dit se prévaloir pourtant et qui constitue sa particularité, se vante-t-elle avec modestie. Fadéla M’rabet, évoque le passé constamment mais redescend sur terre pour illustrer ce présent amer. Elle dénonce les pilleurs de l’Algérie d’aujourd’hui dans une vérité presque naïve, «l’oligarchie clanique» et cette mafia politico-financière qui se sont accaparé de tout, poussant les jeunes à quitter le navire, à l’exil et la harga. l’auteure de Alger, un théâtre de revenants évoque l’attente, des algériens qui ne font que «désespérer» et leurs «sentiments d’une vie provisoire». Fadéla se veut à la fois la somme d’une frontière qui explose au gré d’un mariage de l’Orient et de l’Occident, fonction dans laquelle ont échoué la plupart des Algériens. Non pas en opposition, au contraire, Fadela prône leur union comme une résultante naturelle, normale. La féministe qu’elle est hausse le ton et s’élève contre toute domination de l’homme qu’elle associe bizarrement au pouvoir colonial et son corollaire, son ascendant, pouvoir patriarcal.
Un asservissement à ce dernier qui dénie à la femme la liberté de penser, de se mouvoir en tant qu’unité individuelle mais l’accule à se noyer dans le collectif sourd et limité.
Ce qui n’est pas tout à fait faux. Fadela M’rabet s’essaye aussi à l’analyse politico-sociale en dressant un tableau sévère contre les dirigeants des pays tout en déclarant sa flamme ardente et incommensurable pour son pays.
Qui aime bien châtie bien, sommes-nous tentés de dire, tant ceci s’applique grandement à cette situation de double discours que celui qui impose une certaine rigueur dans le regard et la meilleure attitude à suivre pour celui qu’on affectionne.
Dans ce récit pour lequel Fadela M’rabet a été invitée tout au long du Salon du livre à signer au stand des éditions Dalimen, le passé intime de l’écrvaine se confond avec le présent astringent de l’Algérie. «l’Algérie c’est Djedda. Je suis habitée par son maintien, sa voix, ses parfums.»» avoue-t-elle dans son livre. L’auteure et docteur en biologie n’en finit pas d’écrire le même livre tout en lui adjoignant une couche de colère supplémentaire, sans doute fatiguée d’attendre que son pays s’améliore enfin et puisse redresser de nouveau sa tête de la fange.
Un pays ployé sous les difficultés économiques mais encore par une certaine mentalité qui le pousse souvent vers le nihilisme, d’autant plus éloquemment quand il s’agit de maltraiter ses femmes. Cheval de bataille de la féministe qu’elle est depuis des années.. dans cette attente d’une Algérie distinguée et éclairée, Fadela Merabet a le temps de se laisser aller à la rêverie, évader son imaginaire, et de ses souvenirs de son passé, en laissant échapper les effluves des quelques quaâdates familiales d’antan, se remémorer sa tendre enfance et se laisser envahir par le sentiment de nostalgie nimbée d’insouciance, de partage et d’amitié, de gâteaux au miel et de tendresse sereine.
Fadela M’rabet parle de son pays certes avec acuité, sans pour autant oublier ce qui se passe dans le monde sur lequel elle y apporte un regard tout aussi implacable sur «cet occident qui autrefois guerroyait au nom de la civilisation et aujourd’hui au nom de la démocratie».
Et de dénoncer ainsi cette ignorance galopante qui revient au-devant de la scène au lieu d’éduquer, enseigner la vraie histoire et insuffler vie à la science dans l’esprit des enfants.
Elle évoque ainsi la jeunesse par laquelle se termine son livre. «Douleur lancinante. Toutes mes peines naissent d’elles et c’est en elle que meurent toutes mes joies.» *L’Expression-14 Octobre 2012

*Rencontre avec FADELA M’RABET autour de son nouvel ouvrage la salle d’attente :

“Personne, ne détruira jamais l’amour que j’ai pour l’Algérie”

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Fadéla Merabet, figure reconnue du féminisme algérien, docteur en biologie, journaliste et auteur de plusieurs ouvrages dont La femme algérienne et Les Algériennes publiés aux éditions françaises Maspéro respectivement en 1965 et 1967, Café de l’imam… , a animé, dans l’après-midi du lundi, dans le cadre de la tenue du 17e Salon international du livre, une rencontre-débat au sein de la salle Moufdi-Zakaria de la SAFEX, aux Pins Maritimes, en présence des lecteurs et fans de la romancière algérienne.

Elle a lu des passages de son dernier livre La salle d’attente, où elle décrit avec force détails les souvenirs de son propre vécu, notamment de l’histoire de  l’Algérie où se mêlent l’imaginaire, le présent et le passé, dans un réveil des émotions qu’on croyait oubliées, avec une sensibilité aussi aigu, ainsi que de fort accents de sincérité sous un rythme de poésie dans ses phrases.

On peut distinguer dans ce livre  une petite différence des autres : d’abord par la qualité d’écriture, du regard, de la sensibilité de tous ce quelle ressent, mais différent aussi par les accents, par ce que comme elle le dit dans la première page du livre «En parlant de l’histoire de l’Algérie, celle de l’Algérie se présente comme une partition à chacun de l’interpréter  selon  sa musique intérieure comme une marche héroïque ou comme une marche funèbre.

Toute littérature renait dans une souffrance et l’on écrit pour s’on délivrer, lui donner une expression universelle, éventuellement faire une arme. L’important c’est la fidélité à sa voix intérieure. Mais pas la trahir, (…), ce paradoxe est en chacun, chacune de nous malheureusement. Nous sommes très fières de notre pays et nous aimerions tant qu’il soit mieux que ce que nous avons fait. Puisque malgré tout, c’est nous qui avons été les bâtisseurs depuis l’indépendance» écrit t’elle. C’est une belle symphonie sur le temps que nous offre Fadéla M’Rabet dans ce nouveau livre.

A sa façon, elle circule à travers les moments de sa vie et, d’une époque à l’autre, nous restitue aussi l’histoire de l’Algérie. Les deux histoires s’entrelacent, avec des pages pleines de tendresse et de poésie quand elle évoque le bonheur des meilleurs moments de son enfance et des pages impitoyables, quand elle dénonce le gâchis des espérances trahies et des attentes toujours déçues.

Elle déclare que la priorité est le plus important pour elle c’est la sélection des mots «J’attache beaucoup d’importance aux mots justes. Je choisie d’abord le mot le plus juste quant j’écris mes textes et je donne toujours la préférence aux mots justes, par ce que je suis là pour transmettre et non pas pour éblouir. C’est la raison pour la quelle je ne veux pas paraphraser le texte.  Un écrivain c’est d’abord un texte»  Elle dégage une colère qui jaillit du plus profond de l’amour qu’elle éprouve pour son pays, bien quelle réside à l’étranger.

Dans un autre passage qu’elle lit pour l’assistance elle souligne bien le cadre émotionnel et l’attachement quelle a avec son pays «Personne, ne détruira jamais l’amour que j’ai pour l’Algérie.

L’Algérie, c’est Djedda. Je suis habitée par son maintien, sa voix, ses parfums. Elle est mon regard qui soutient celui des hommes sans ciller, elle est la couleur de mes cheveux, le khôl de mes yeux. Sa respiration rythme mes narrations, l’éclat de mes matins, quel que soit l’endroit où je me trouve, quel que soit le temps, il restera éternellement celui de mes aurores à ses côtés, quand elle faisait sa prière debout face à la mer».

écrit Fadéla Merabet dans son ouvrage, à l’écriture tantôt poétique et nostalgique, tantôt cinglante, mais toujours fluide et limpide, et d’une très haute tenue. Ce livre qui est une écriture des instants magiques vécus dans l’enfance, où l’auteur nous fait plonger aussi dans l’histoire de l’Algérie, est en réalité une pensée de l’auteur qui se remémore, des moments où l’intensité du souvenir reflue à la mémoire en ravivant dans l’être le bonheur et la magie des instants d’autrefois.* Source : El Moudjahid

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*Quand Qu’alaât Beni Salama raconte Ibn Khaldoun, vient de paraître aux éditions Thala.

Son auteure, Meriem Mahmoudi, ancienne normalienne et professeur de français à la retraite, retrace fidèlement le parcours de cet immense érudit du  (14/15e) siècle. *Ibn Khaldoun (1332-1406)** Après de longues et patientes recherches, l’écrivaine évoque les origines, les études et le parcours politique d’Ibn Khaldoun, au sein des cours du Maghreb et d’Espagne musulmane.
Dans un ouvrage, au style parfaitement concis, l’auteure nous met sur les traces d’Ibn Khaldoun et évoque ses multiples facettes ; historien, il a rédigé une histoire qu’aucun chercheur n’a réalisé avant lui. Il y consigne les mois, les années de l’événement et nomme les actants, ce qui n’était pas d’usage, avant le XVIe siècle.

Contrairement à ses devanciers, pour Ibn Khaldoun, l’histoire est une science fondée sur les faits réels et observables. Elle nous fait savoir, également, qu’il se distingue des autres par sa volonté de dégager le vrai du faux, établit les règles d’authentification, cerne les causes et les conséquences des événements. Le second volet que l’auteure exploite est le caractère sociologique de l’œuvre et qualifie Ibn Khaldoun «du père» de la sociologie, car il crée une nouvelle branche du savoir, une science indépendante de l’histoire et dont l’objet serait la société ou «l’umran», ce qui revient à étudier la civilisation et la culture des sociétés. 

Avec pertinence, elle met en relief les liens d’el achira qu’Ibn Khaldoun décrit, en décelant le lien de solidarité qui maintient la cohésion de la tribu El Assabia. Poursuivant l’écriture de son ouvrage, Meriem Mahmoudi analyse le thème de la naissance des dynasties, de l’Etat, de la civilisation et les causes de leur effondrement.

Avec dextérité, elle évoque le séjour d’Ibn Khaldoun à Qu’alaât Beni Salama, à Frenda, dans la wilaya de Tiaret, la rédaction de son célèbre ouvrage Histoire des dynasties berbères du Maghreb à l’époque médiévale. D’autres facettes sont révélées au lecteur et dont les titres sont les suivants : Ibn Khaldoun et le monde du travail, Ibn Khaldoun l’éminent pédagogue, l’éternel voyageur, le chef militaire, La rencontre historique avec Tamerlan, et enfin : Ibn Khaldoun qui s’adonne à la lecture des écritures saintes.

Pour résumer Ibn Khaldoun, l’auteure retient cette phrase de Vincent Monteil : «L’hispanité a occupé une place importante dans le comportement de l’auteure qui insiste, dans son œuvre, sur l’originalité et la supériorité de la civilisation de l’Espagne musulmane, tout en gardant, toute sa vie, une affection profonde et sincère pour l’Afrique du Nord, son pays natal, mais sa vraie patrie spirituelle est l’Espagne.» Très intéressant, cet ouvrage nous fournit des informations les plus diverses sur la carrière politique et intellectuelle d’Ibn Khaldoun.

Ouvrages du même auteur : L’Emir Abdelkader face à la soldatesque coloniale Edition Publibook, Paris.
Les Hommes de l’Emir Abdelkader, ces héros qui ne meurent jamais. Éditions Thala, Alger.

*Fawzi Amellal*El Watan-06.10.2014 |

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**Plusieurs romans, dont Un Beau-livre, sont nouvellement parus, pour cette saison estivale 2012, aux éditions Barzakh, sortis tout droit des imprimeries Maugun de Blida. Des ouvrages prêts à être dégustés sans modération durant ces longues journées ramadhanesques, en l’occurrence Algérie, année 0 de Dalila Dalléas Bouzar, La Kahéna de Salim Bachi, Divorce à la musulmane d’Amara Lakhous, Journal d’une femme insomniaque et Cinq fragment du désert de Rachid Boujedra en Arabe et en Français..(22.07.2012.)

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*22 éme édition du Maghreb des livres  

contre l’obscurantisme et le racisme. Porter sur la France un grand rayon de soleil qui vient de la Méditerranée».

*Le Maghreb des livres revient à Paris les 13 et 14 février 2016 pour sa 22e édition, voila l’occasion de découvrir cette année les lettres marocaines et maghrébines

Le Maghreb des livres 2015

L’association Coup de soleil, qui a lancé le Maghreb des livres en 1995 dans une des mairies de Paris, avant d’être hébergée dans le magnifique Hôtel-de-Ville de la capitale, a été créée en 1985.

Il s’agissait à cette époque-là pour la quinzaine des membres fondateurs de mettre en garde la société française contre les dérives racistes et d’exclusion.

Georges Morin se souvient : «En 1985, nous étions un groupe d’amis à l’anniversaire de l’un d’entre nous et on parlait de la situation politique française et déjà de la montée du Front National. En 1983, l’alliance entre le FN et le RPR (Ndlr : droite gaulliste) à Dreux nous inquiétait. La poussée aux Européennes en 1984 était un autre signe.

On connaissait les raisons, comme le chômage et la crise économique qui s’installait… On savait aussi que les législatives de 1986 pouvaient être un jalon de plus pour l’extrême-droite.» Cette prise de conscience qui a donné lieu à la naissance de Coup de soleil se basait également sur le fait que le fonds de commerce de l’adhésion à l’extrémisme est le racisme anti-arabe et anti-maghrébin. «Avec nos diversités, on est tous quelque part en exil, parce qu’il y a un système basé sur le racisme.

Pour nous, c’était le cancer, on s’est demandé que faire pour l’enrayer. Le racisme est une maladie universelle et le meilleur remède est la connaissance. Quand on se connaît, on se méfie moins et c’est un premier pas vers une solidarité active les uns envers les autres. Deuxième élément, la culture qui est un langage que tout le monde comprend. On touche beaucoup plus de gens à travers des créations culturelles qu’à travers des colloques universitaires, si brillants soient-ils.»

Ainsi était né cet élan qui allait germer en plusieurs lieux en France avant de fédérer la création du Maghreb des livres, dont la 22e édition en cette année 2016. L’association a flanqué en quelque sorte un grand coup de soleil à la société. «On a lancé de la lumière contre l’obscurantisme. On veut porter sur la France un grand rayon de soleil qui vient de la Méditerranée».
«LES PEUPLES DOIVENT COMPRENDRE LES MÉCANISMES à L’ŒUVRE»

L’association Coup de soleil s’est engagée politiquement dans des circonstances historiques bien précises, comme la situation en Bosnie-Herzégovine et Sarajevo en particulier, ou sur la paix tant désirée entre la Palestine et Israël, mais elle ne se définit pas en «contre». «Il n’y a pas une once de politique politicienne dans nos travaux, parce que la politique ce n’est pas toujours ragoûtant, quels que soient les engagements de chacun d’entre nous.

On se retrouve sur les valeurs de la République qui sont la liberté, l’égalité, la fraternité, la paix, la justice. Des choses qui nous sont chères, car on traîne pas mal d’histoires de par nos origines et on a envie de faire avancer ces valeurs à travers le savoir et la culture». Il est pourtant un sujet devant lequel aucun atermoiement n’est possible, il s’agit de la plaie terrifiante du djihadisme. Déjà, l’association Coup de soleil avait été un des moteurs du soutien à la population algérienne pendant les années du terrorisme. Les exilés de la terreur avaient trouvé une oreille fraternelle dans l’association.

Pour Georges Morin, «le terrorisme est absolument insupportable. Pour moi, même si je suis chrétien, la religion musulmane est séduisante ; quand on pense à l’Espagne andalouse, c’est insupportable de voir cette grande civilisation travestie par des barbares. Moi, en tant qu’Algérien (Ndlr : Français d’Algérie, il a quitté l’Algérie en 1966 pour ses études à Grenoble, mais il rentrait régulièrement voir ses parents qui eux ont quitté le pays en 1979), j’ai trop vécu, même si c’est de loin, le drame qu’a vécu le peuple algérien. Pour moi, la condamnation est immédiate. En même temps, il faut aussi que les Français réfléchissent à la façon dont ils ont su, ou pas, intégrer les jeunes Maghrébins.

Manuel Valls, le Premier ministre, parlait d’apartheid dans les banlieues, tout le monde a hurlé au loup, mais il faut appeler un chat un chat et que les Français fassent un retour sur eux-mêmes et cherchent les origines de tout cela qu’on peut penser provenir, pour partie, de la guerre d’Algérie et de la situation dans laquelle se trouve le monde arabe, c’est évident.

Quand on voit les chiffres de l’investissement dans la recherche, l’éducation… c’est inquiétant, les peuples arabes, avec les régimes qu’ils ont, sont en retard sur le reste du monde, alors que la civilisation arabo-musulmane a apporté tant de choses en matière de science, d’art… Les peuples doivent comprendre les mécanismes à l’œuvre.

Quand certains disent qu’expliquer, c’est pardonner  ! Ce n’est pas vrai, il faut être déterminé contre le terrorisme, mais comprendre ce qui se passe. Que la République se défende, mais qu’elle le fasse dans le respect du droit. Nous sommes contre les dérives de l’état d’urgence et la stigmatisation des binationaux dans l’actuel projet de loi constitutionnel.

On le dénonce, car cela porte atteinte à nos valeurs. On milite pour que la République contribue à aider les musulmans de France qui se battent pour un islam différent de ces caricatures qu’on nous présente et que la presse étale avec délices.» *Walid Mebarek / el wata,/ dimanche 14 février 2016

**Le combat des médias algériens est celui de tous les démocrates qui aspirent à une autre société à travers le monde.

Georges Morin a participé à nombre de séances de présentation du film de Malek Bensmaïl, dont la dernière dans le cadre du Maghreb des livres : «On est fier d’El Watan qui est un modèle.

A tous ceux de mes amis qui vont en Algérie, je leur dis : regardez, la presse  algérienne est républicaine, courageuse, et ce film  montre un journal qui lutte quotidiennement pour le droit d’enquêter, de fouiller, d’informer, de tenir tête aux pouvoirs au pluriel : politique, potentats locaux, forces économiques…

Le combat que mènent El Watan et les médias algériens est celui de tous les démocrates qui aspirent à une autre société à travers le monde. Le Maroc avait fait des avancées dans ce domaine, mais il y a eu des reculs significatifs depuis quelques années. En Tunisie, ils n’ont pas trouvé leur équilibre depuis 2011.

La presse algérienne reste un modèle malgré les difficultés qu’elle rencontre. On le voit en France avec les capitaines d’industrie qui, à coups de milliards, sont en train de coloniser toute la presse, notamment audiovisuelle, sans parler des atteintes à la liberté d’expression dans l’Union européenne, comme en Pologne ou en Hongrie, c’est hallucinant.
Ce film permet de mettre en valeur la liberté de la presse
qui est universelle.»

*el wata,/ dimanche 14 février 2016

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Malek Chebel l’anthropologue algérien des religions est décédé dans la nuit du vendredi 11 au samedi 12 novembre 2016 à l’âge de 63 ans

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Malek Chebel n’est plus. L’anthropologue des religions est décédé dans la nuit du vendredi 11 au samedi 12 novembre 2016 à l’âge de 63 ans, selon des sources proches de la famille. Né en 1953 à Skikda, le défunt qui a entamé son cursus universitaire en Algérie avant de poursuivre ses études à Paris, était connu pour sa réflexion sur l’islam et pour être l’auteur du concept « l’islam des lumières ». Malek Chebel connu pour sa réflexion sur l’Islam, sa culture, son histoire et sa vie intellectuelle a enseigné dans de nombreuses universités à travers le monde. Il a écrit plusieurs livres dont « Dictionnaire des symboles musulmans », « Les cent noms de l’amour », « Sagesse d’Islam », « Dictionnaire encyclopédique du Coran », « Les enfants d’Abraham », « l’Islam expliqué », « L’Islam et la raison, le combat des idées » etc. Il est également l’auteur de plusieurs enquêtes et analyses ainsi que des articles de presse sur le l’Islam et le monde musulman. Malek Chebel a aussi traduit le saint Coran en langue française. Le regretté devait inhumé dimanche dans sa ville natale. *médias / samedi 12 novembre 2016

*****Dernière interview de Malek Chebel à El Watan (2015):

«Le Coran doit être abordé de manière consciencieuse et libre»

Nous reproduisons ici, la dernière interview accordée à El Watan en date du 6 juillet 2015, par Malek Chebel, anthropologue des religions et philosophe, mort le 12 novembre dernier à Paris des suites d’une longue maladie. 

Créateur de l’expression «Islam des Lumières», Malek Chebel est l’auteur de 35 livres spécialisés sur le monde arabe et l’islam. Il  a fait partie du Groupe des Sages qui, auprès de Romano Prodi, président de la Commission européenne, réfléchissait aux implications culturelles induites par l’Europe, notamment dans ses rapports avec la rive sud de la Méditerranée, à l’origine de l’élaboration de la première charge euro-méditerranéenne. Il s’intéresse aujourd’hui particulièrement aux travaux de l’UpM, l’Union pour la Méditerranée.

**Qu’est-ce qu’être musulman aujourd’hui ?

Le musulman d’aujourd’hui est d’abord un musulman moral, j’entends par là que le rituel – je vais à la mosquée, et je m’en débarrasse – ne constitue plus un critère suffisant. Et crier à la tribune que les autres citoyens sont de mauvais musulmans n’est plus que l’expectoration d’unhistrion sans grande portée. J’entends une morale individuelle, évidemment non pas celle qui juge, mais celle qui se juge. Une morale de responsabilité et non une morale de devoir. Un musulman doit être en plus un citoyen modèle, vertueux et tolérant selon la définition même qu’en donne le Coran.

Etre musulman, n’est-ce pas un rapport personnel à Dieu et à sa pratique religieuse ?

L’un ne va pas sans l’autre : vous ne pouvez prétendre atteindre au sacré, et Dieu est quand même – à ce point de vue – le «Sacré absolu» si vous n’avez pas d’abord pacifié votre relation à vous-même et à vos voisins.

Il faut savoir par exemple que celui qui précède tout le monde à la salle de prière pour gagner des places aux yeux des hommes n’a aucune valeur intrinsèque et n’est musulman que pour lui-même. Même chose pour celui qui cherche à occuper un poste politique (l’inverse est vrai,un homme politique qui croit tromper son monde en se courbant provisoirement devant l’imam), et bien entendu le cupide qui veut s’habiller de vertu.

**Qu’en est-il du libre arbitre ? Quelle est la place et le statut de la parole libre ? De la laïcité?

Hélas, le libre arbitre, la parole libre, la laïcité et même le concept de raison n’ont pas de placetout le temps que l’islam sera en crise. Ces attributs de l’être humain ne s’acquièrent qu’après coup, et après des luttes acharnées entre différents magistères. Il faut mener la révolution de lapensée islamique avant de voir naître sur le long terme une pensée libre, non pas opposée au dogme, mais opposée à la tartufferie, le faux semblant, l’hypocrisie des hypocrites, la prise de distance avec les démagogues de tout poil qui manipulent la Parole coranique et qui, toujours insatisfaits, mettent des gandouras immaculées et se présentent dans tel meeting auréolés de leurs galons usurpés.

**Vous qui avez traduit le Coran, vous abordez dans vos travaux tous les sujets tabous  relatifs aux femmes, à l’amour, au sexe… Qu’en concluez-vous ? Qu’en est-il de l’égalité des sexes, de la tolérance, de l’amour en islam ?

Ces questions sont le fruit d’une marche exigeante de la société tout entière vers une égalité, non pas par des hadiths ou des versets coraniques, qui, certes, forment une sagesse immuable, mais qui sont très peu réactifs selon les époques, mais en se référant aux constituants sociaux et politiques élaborés par les citoyens eux-mêmes.

La Constitution, le code civil, le code de la famille, le code du travail, le droit en général, les luttes sociales, le combat de la femme, les prises de position de telle ou telle personnalité respectable et crédible font avancer les choses, mais pas l’imam qui se sécurise lui-même en débitant des sommes appréciables de hadiths, mais qui, pour la plupart, ne sont pas adaptés à notre temps présent.

Cela étant, à titre personnel, je ne fais pas l’amalgame entre un bon imam qui connaît par cœur le Coran et qui est moderne, qui donne de bons conseils aux jeunes, qui les appelle sincèrement à ne pas se fourvoyer, et un imam ignorant qui prêche la guerre sainte à tous les coins de rue. Il faudrait que la corporation des imams puisse se séparer à l’interne des faiseurs malhonnêtes, des aventuriers, des semeurs de haine.

**Pourquoi les musulmans ne savent plus ou n’osent plus parler d’amour, de désir, de sexualité. Est-ce haram ? Le mariage temporaire, ezzaouadj el moutaa est-il d’essence religieuse ? A-t-il une légitimité aujourd’hui ? Le voile semble prendre une place de premier plan dans les débats de société ? Est-ce là l’essentiel ?

Les questions de l’intime, désir, sexualité, mariage de jouissance, voile, l’amour, etc. sont par essence très personnels, que ce soit en islam ou ailleurs. Aussi, dès le début, l’instance morale s’est-elle rapidement emparé du sujet, non pour le condamner, mais pour l’expliquer aux jeunes mariés qui avaient besoin de se confier.

Des théologiens peu scrupuleux en ont fait un commerce de réputation, lequel peu à peu a entraîné les dérives que l’on connaît. Le mot haram est venu sanctionner non pas le côté délétère de la liberté sexuelle (que les jeunes acquièrent de toute façon, car la nature est ainsi faite), mais la crainte que cette liberté quitte définitivement les mains de ceux qui l’instrumentalisent. Là encore, comme pour la politique, je ne juge pas les personnes, mais les actes.

**Pourquoi les oulémas autoproclamés ne renvoient-ils de l’islam  qu’interdits, gomment l’amour, l’humanisme, la tolérance ? Et propagent un islam intégriste ?

Il faut savoir que l’islam – religion de paix et de fraternité – devient une idéologie et une politique à partir du moment où l’imam, le «alim» ou le moufti sortent de leur rôle d’éducateurs pour devenir des imprécateurs pour lesquels la foi est polluée d’avance et que eux sont capables de la purifier en lieu et place des croyants et surtout des croyantes, plus infantilisées que leurs homologues masculins.

Les «oulama» autoproclamés sont des cellules tueuses dans des corps sains. Il ne faut en aucun cas céder à leur propagation de la haine et de la malédiction, car chacun de nous est responsable en bien et en mal de ce qu’il a commis ou laisser commettre ici sur Terre (c’est un verset coranique) et nul ne viendra intercéder pour vous dans l’Au-delà.

**Quelle méthodologie pour interpréter le Coran ? Faut-il relire le Coran ou tout simplement le lire?

Il faut lire, méditer, comprendre et ne jamais se fier à moins instruit que soi en matière coranique, car le moins instruit recouvre son ignorance par une attitude imprécise, agressive, moralisatrice et belliqueuse. Le Coran doit être abordé de manière consciencieuse et libre : si quelqu’un vous dit que le cheikh a dit que le Coran a dit de dénoncer votre voisin parce qu’il est mauvais musulman, que lui-même le tient d’un autre cheikh qui le tient d’un autre jusqu’à Ibn Taymiyya, la réponse est celle-ci : «Il vaut mieux aller à la source et lire Ibn Taymiyya, il est souvent plus équilibré que ses pseudos-zélateurs». Cela s’applique aussi au Coran  soi-même. Aidez-vous de méthodes d’interprétation, en langue arabe (c’est mieux), mais aussi en farsi (si vous êtes instruit dans cette langue), en turc, en indonésien et dans toutes les langues du monde.

Comme la science, le Coran n’a pas de limites. Je plaide ici pour la responsabilité individuelle en matière de savoir en général et en matière coranique en particulier : «Iqrâ !»

Le prisme de l’idéologie islamiste, du fondamentalisme et du salafisme sur le politique ne constitue-t-il pas une régression considérable pour les pays musulmans qui en sont affectés dans le concert des nations ?

Depuis la chute du califat et l’intrusion des intérêts capitalistes étrangers dans des pays fragiles et multiconfessionnels (comme l’Irak, la Syrie, l’Egypte), la division est devenue la règle. Dans l’état actuel des choses, la complexité fait office de paravent obscur contre toute analyse objective et documentée.

Dans le moyen terme, des alliances nouvelles risquent de transformer la cartographie actuelle.

A plus long terme encore, l’Occident, et peut-être aussi la Russie et la Chine, s’entendront sur une répartition qui les arrangerait plus ou moins durablement.

Je ne vois pas comment, alors même que la région du Proche-Orient est une poudrière à ciel ouvert, que le Maghreb est sous tension et que l’Afrique est un caravansérail où chacun prend ce qui lui manque, nous reviendrons comme par enchantement  au temps du panarabisme et même des pays non-alignés.

**Au plan international,  le musulman suscite aujourd’hui répulsion, rejet, défiance. D’où vient que la perception de l’islam par les Occidentaux soit si négative et réductrice ?

Vous ne pouvez laisser des assassins commettre leurs crimes et demander aux autres de respecter la religion au nom de laquelle ils agissent, sans compter que vous avez été très timoré pour les dénoncer. Les non-musulmans respecteront les musulmans le jour où ces derniers manifesteront un réel respect de leur propre foi, avec l’exigence de vérité que cela implique.

Si moi, en tant que sunnite, je trouve normal et je soutiens ne serait-ce que par le silence telle guerre menée par un pays sunnite aux dépens d’un pays chiite (ou inversement), pourquoi voulez-vous que les non-musulmans partout dans le monde manifesteront plus de mansuétude à mon égard et à l’égard de l’islam ? Hélas, nous nous révoltons contre les amalgames, lorsque, en réalité, nous les fabriquons en masse, et sans jamais exercer en retour la moindre autocritique.

Dans les sociétés musulmanes, les intellectuels éclairés ont du mal à se faire entendre, à exercer une influence sur leurs sociétés ? Quant aux sociétés occidentales, elles ne semblent pas accorder un grand intérêt à leurs analyses, préférant retenir un islam réducteur, réactionnaire. Partagez-vous ce point de vue ?

Oui, vous avez tout à fait raison. Que nos pays nous tiennent pour une quantité négligeable est un constat amer qui mérite une étude circonstanciée. En sachant que la solution est d’abord politique. Mais que les autres pays ne nous écoutent pas, quoi de plus normal, ils ont leur propre élite.

Quel islam pour demain ? Je vous cite : «Celui qui amène au monde l’algèbre, l’arithmétique, la parfumerie, une gastronomie brillante, une musique, une maison de la sagesse et qui s’occupe de cosmologie». Cet islam des Lumières que vous portez est-il encore possible, ou alors devons-nous nous contenter de la nostalgie d’un passé révolu ?

L’islam des Lumières est un islam de progrès, mais il ne récuse pas les réussites passées. Loin de là. C’est un islam qu’il faut expliquer et défendre comme une solution d’avenir. Il naît des différentes corrections et améliorations de l’état actuel des choses : mieux comprendre le

Coran, mieux l’appliquer, prendre ses distances avec les idéologues et leur idéologie, les moralistes et leur morale (sauf si elle est respectueuse de l’individualité de chacun), pousser la Jeunesse à mieux s’investir dans le domaine de la connaissance, dénoncer les archaïsmes politiques, travailler à une plus grande civilité de nos institutions…

Bref, c’est un projet de re-civilisation, un projet global et un projet exigeant que je porte depuis plus de onze ans (l’expression est née en 2004). L’islam des Lumières triomphera le jour où les musulmans comprendront que sans le travail critique, en particulier celui des intellectuels, est celui qui a porté si haut l’islam, au Maghreb, en Asie, dans les Balkans, en Andalousie et ailleurs.*Propos recueillis par Nadjia BOUZEGHRANE / el watan /  16.11.2016 |

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*La Guerre d’Algérie expliquée à tous

Un livre de Benjamin Stora, universitaire, historien, spécialiste de l’Algérie…. livre qui paraîtra au début du mois de mars aux éditions le Seuil…

La Guerre d\'Algérie expliquée à tous - Benjamin Stora

«La guerre d’Algérie (1954-1962) fut le grand épisode traumatique de l’histoire de la France. Et les blessures ouvertes alors ne sont pas encore refermées, comme en témoignent les polémiques mémorielles récurrentes qu’elle continue de soulever» . Les fils conducteurs historiques abordés dans ce nouveau livre de Benjamin Stora sont : les massacres de Sétif, la politique de terreur de l’OAS…mais aussi et surtout la Guerre d’Algérie, telle que vécue par les algériens. Il restitue cette histoire dans toute sa complexité en rendant compte des acquis et débats de la recherche historique la plus récente. L’auteur de l’ouvrage raconte aussi les répercussions «politiques et mémorielles» de cette Guerre sur les deux cotés français et algériens. » (El Watan-11.02.2012.)**Né à Constantine en Algérie, l’historien Benjamin Stora raconte ici cette guerre longtemps restée « sans nom », ses épisodes majeurs (des massacres de Sétif à la politique de terreur de l’OAS, en passant par le putsch des généraux et la répression en métropole) et ses acteurs principaux, français comme algériens. Il restitue cette histoire dans toute sa complexité en rendant compte des acquis et débats de la recherche historique la plus récente, par exemple en racontant comment la guerre fut vécue du côté algérien. Enfin, il revient sur les séquelles politiques et mémorielles de cette guerre de huit ans des deux côtés de la Méditerranée….

**Journal d’un Fidaï et Djoundi

 «En face, un policier prenait des notes sur une dactylo. Puis, on m’a apporté un papier dactylographié pour le signer. Je leur ai dit que je ne savais ni lire ni écrire…».

C’est par ces phrases que commence le livre témoignage de Habri Mohamed dit Madjid journal d’un Fidaï et Djoundi (1955-1962). Un ouvrage de belle facture, publié à compte d’auteur. L’ancien moudjahid et professeur en médecine Mokhtar Benkalfat écrit dans la préface : «Il est vrai que vous pouvez délibérément oublier tout ce dont vous vous rappelez une fois que vous avez récupéré de l’oubli et de l’amnésie. Et c’est ce que Madjid a fait». Une réflexion inspirée de l’écrivain Mahmoud Darwich dans son livre Mémoires pour l’oubli. «Il faut se souvenir pour pouvoir oublier».

Toujours concernant l’oubli, Mohammed Dib dira, en juin 1966, en fait, une lettre de lui lue, lors du symposium «Tlemcen, ville méditerranéenne», «Il faut considérer comme nul et non avenu ce qu’on nous a présenté jusqu’ici comme étant notre histoire».Le but de Madjid de son livre est que «nos jeunes générations n’oublient jamais les sacrifices de leurs aînés qui n’avaient qu’un objectif : nous rendre notre dignité et notre fierté. Et celui de faire leur devoir». Un livre, bien illustré (des photos de vaillants moudjahidine) à lire…(El Watan-27.09.2011.)

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Galou Goulna d’El Yazid Dib

*chroniques: l’actualité entre «miel et fiel»

Galou Goulna (Ils ont dit, nous avons dit) est une compilation de chroniques hebdomadaires tenues chaque jeudi, depuis une dizaine d’années, dans les colonnes du Quotidien d’Oran, signées par El Yazid Dib.

L’auteur de ces chroniques est El Yazid Dib, licencié en droit et en sciences administratives, diplômé de l’Ecole supérieure des douanes de Paris, actuellement cadre de formation au sein des Douanes algériennes. Aussi, chaque jeudi, El Yazid Dib croque l’actualité, car témoin oculaire et témoin de la société. Et ce, de par des coups de gueule, des coups de cœur, des coups de canif, des coups de Jarnac et des coups de «tête», philosophiquement frontaux et collatéraux. Car ponctués de morale et autre méditation ! Et comme l’atteste la précieuse caution du grand écrivain algérien, Yasmina Khadra, ayant préfacé Galou Goulna. La préface est intitulée Jet de lumière.

«La chronique, telle que pratiquée par Dib, s’avère au-delà du commentaire, un bris dans la placidité de l’actualité. Elle est une écuelle pouvant contenir à peine les affres et les remous de la quotidienneté. Contrairement à sa longue chronique du jeudi où l’auteur s’essaie d’aller aux entrailles de cette actualité, avec tout ce qu’elle entraîne comme scories, le style laconique dépouille la réalité et la met dans une enchère médiatique… C’est un projet de partage, une générosité, ce à quoi aspire El Yazid… Je crois, en lisant les présentes chroniques qu’El Yazid Dib a aussi cette propension de s’éloigner, d’imposer une vue quelconque sur le sujet traité, mais offre au lecteur beaucoup d’ingrédients d’aide à la suggestion et à la formulation d’un avis libre et agréé… Il existe des journalistes, des chroniqueurs qui nous édifient et d’autres qui nous font mal… Pour vivre pleinement sa vie, il faut savoir aimer de chaque croyance un saint, de chaque culture un chant, et de chaque journaliste une chronique», étayera Yasmina Khadra à l’endroit d’El Yazid Dib.

Dans ce recueil, l’auteur dissèque l’actualité au courant d’une plume entre «miel et fiel» à travers des chroniques intitulées à titre indicatif : «Le théâtre aura-t-il un nom ?», «La maternité du système», «La république des insignes», «La circulation des cadres», «Le gyrophare politique», «Timgad, entre vents et marées», Le SAV d’Etat, «Le wali», «Lettre à Djamila Bouhired», «L’Etat logeur»…El Watan-06.03.2013.

Galou Goulna/El Yazid Dib Editions Elmidad

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Rassi ou rassek texte écrit en arabe dialectal par Bouziane Benachour.

Rassi ou rassek («Tête-à-tête») est le titre du nouveau texte écrit par le dramaturge, romancier et journaliste, Bouziane Benachour.

Il a été lu et débattu, lundi, au Théâtre régional Azzeddine Medjoubi, à Annaba, à la faveur du deuxième Festival national du théâtre féminin. «La scène s’ouvre sur un homme fortement perturbé et nu qui ne sait pas où il est et comment il est arrivé là. Il fait la rencontre de Khelifa, le premier personnage. Le deuxième personnage s’appelle Yamaha, du nom de ce supporter du CR Belcourt, assassiné par les terroristes. Je voulais lui rendre hommage. Yamaha dit dans la pièce : ‘‘Où suis-je ?’’, ‘‘Où sont mes habits’’. Khelifa, qui revenait de montagne avec un appareil photo, lui demande de se clamer. ‘‘Tu es revenu à la vie après ta mort’’. Yamaha réplique : ‘‘Je suis revenu de là-bas ?’’ ‘‘Moi, je pars là-bas’’, reprend Khelifa», a lu Bouziane Benachour.

Le texte, composé de 28 pages, est écrit en arabe dialectal. Le dialogue entre Khelifa et Yamaha va s’approfondir. Khelifa apprend que Yamaha a enlevé sa fiancée qui allait être mariée de force à un vieux fortuné. «Cela s’est passé à l’époque de la sécheresse. Le père de ma fiancée, qui était danseuse, était obligé de vendre sa fille. Je me suis endormi depuis. Je dois retourner voir ma fiancée», raconte Yamaha. «Ta fiancée est morte. Elle t’a trop attendu. Je veux partir. Mais où ? La route est barrée», répond Khelifa. Yamaha et Khelifa parlent de la couleur de la mer. «La mer est jaune ! Je veux partir», crie Yamaha. «Tu ne partiras que lorsqu’on sera sûr de la couleur de la mer», réplique son vis-à-vis. Les deux hommes vont se quereller sur la couleur du clignotant posé sur les barrières : Vert ! Rouge ! «Les gens vont se libérer le jour où la route sera ouverte», lance l’un d’eux.

Bouziane Benachour, qui n’aime pas trop le réalisme, a choisi donc la dureté, le symbolisme, l’abstrait et la lucidité pour raconter tout ce qui traverse la société algérienne comme tourments, crises, contradictions, malheurs et douleurs. C’est une réflexion en poste avancé sur le terrain de l’analyse critique de l’ordre établi. Qu’est-ce qui peut habiller l’homme et qu’est-ce qui peut le dévêtir ? Le conflit, presque permanent, n’a-t-il pas été une constante dans la quête identitaire sur les terres nord-africaines ? «L’humain est pour moi le début et la fin. J’adore le théâtre venu après 1945 et j’aime le répertoire de Ionesco. C’est le dramaturge qui a le mieux évoqué l’Homme, dans le sens philosophique du terme», a soutenu Bouziane Benachour lors du débat d’après la lecture. Bouziane Benachour est auteur de plusieurs autres pièces : Mara, mara, Khroub bladi, Ness mechria…* El Watan-06.03.2013.

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*Mille et un jours au Mechouar

( Un livre écrit avec les tripes)

 Livre de mémoire, Mille et un jours au Mechouar, de Mme Rafia Mazari, édité à Dar El Gharb, se laisse lire d’un trait. L’histoire narrée dans ce roman de 265 pages se déroule à la manière d’un conte, un conte de grand-mère, un conte de nana la prodigieuse tisseuse de mots.C’est prenant, car lié, dès les premières pages, à un territoire, un terroir et des personnages qui alternent sans accros entre mythes anciens et vérités pérennes. L’auteur ne fait pas de démonstration, ne formule pas d’hypothèses, ne se complique pas l’existence, Rafia structure ses souvenirs pour les coucher sur papier, mais ne structure pas son cœur. Il y a la liberté de dire ses sentiments, ses ressentis, ses appels, ses vagues à l’âme et ses tristesses. Il y a de la passion avant toute chose, de l’envie de dire autrement ses envies, avec des partis pris, le parti pris de l’amour de la ville du premier cri. Mechouar oscille entre imaginaire ennobli et réalité crue. Le livre s’insinue très souvent dans la chronique intimiste d’une époque, de quelques époques enveloppées (petites et grandes) dans la marche vers l’avant du pays des ancêtres. Il y a comme des allers retours sans permission, avec l’unique permission des sens, entre vie réelle concrète et vie symbolique, des retours d’écoutes cités en berceuses. Le récit existe dans l’inscription de quelques faits, mais l’épopée n’est jamais loin pour embellir la terre, la terre des aïeux. Dès le départ, on sent que l’auteur, Rafia Mazari, est captive, amoureuse des histoires qu’elle raconte, des histoires mises bout à bout pour raconter la grande histoire d’une ville qui a beaucoup donné à l’humanité. On suit pas à pas les personnages (Ayad, Sibey, Leylazed, Baya, Si Mouley, Soltana, Fares, Adrâ, L’bya, Saïd, Abdou) et d’autres qui impriment la chair et le sang aux sagas qui irriguent le conte, lui donnent ses moments de sincérité et ses élans nostalgiques, ses accélérations de l’histoire et ses légendes adossées au mystère, ses pudeurs et ses vacuités. De bout en bout hantée par l’héritage spirituel de ses ancêtres, Rafia retourne d’un pas respectueux sur les traces du souvenir enfoui dans la mémoire, ravive le souvenir jusqu’à l’adoration, revisite avec insistance des pans entiers de sa ville confondue avec sa vie, nous convie à une promenade subjective dans le Tlemcen de la légende tissée sur ses murailles. De temps en temps, l’auteur se retire du récit, s’éclipse pour laisser parler les ancêtres, sans intermédiaires et sans voiles, dans leur nudité. Ecrit entre confidences et reconnaissance, le roman livre par moment des commentaires précis sur des segments de l’histoire politique de cette ancienne perle du Maghreb, mais il ne faut pas croire que Mille et un jours au Mechouar réécrit l’histoire. On n’est pas dans l’officiel ; on est dans l’humain, dans sa sincérité et ses lacunes. L’approche de Mazari est une approche plus sensuelle, intime, une approche qui tente à l’envoûtement à travers des itinéraires croisés d’hommes et de femmes qui, à travers leurs actions, ont pérennisé l’histoire d’une ville, d’un mode de vie, d’une appartenance. Une histoire « …de la vie actuelle…au Colisée de l’Histoire, du Puritanisme d’un Terroir Authentique jusqu’aux confins du mirage sur des tapis que seule Nana savait tisser ». (El Watan-10.06.08.)

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   » Algérie, année 0  » de Dalila Dalléas Bouzar.  Editions Barzakh.

Dalila Dalléas Bouzar ne prend pas le train en marche. Elle veut partir du début. D’où le titre de son dernier ouvrage, Algérie, année 0 ou quand commence la mémoire, paru dernièrement à Alger aux éditions Barzakh. Le 0 n’est pas la valeur mathématique qui a changé la face du monde. Non, il est le symbole d’un certain commencement.

«A venir ou en train de se faire», précise cette artiste peintre dans la préface du livre. Et d’ajouter : «Est venu le temps de se souvenir. Se souvenir pour se reconstruire. Pour être ensemble aussi.» Dalila Dalléas Bouzar a constaté que peu d’images existent sur la guerre de Libération nationale et sur «la décennie noire». «Il me semble que ces deux périodes sont fondatrices de l’Algérie contemporaine», a-t-elle noté. Les violences des années 1990 ont été, pour elle, un électrochoc. D’où l’effort fait sur la mémoire. Mémoire perçue comme «un fluide en circulation». D’après cette vision, les troubles naissent du blocage de cette circulation. Retrouver la mémoire paraît comme un moyen de libérer les énergies. Dalila Dalléas Bouzar a repris les images de ces deux périodes et les a redessinées. Sa quête est de se «détacher» de la violence.

Dalila Dalléas Bouzar a demandé à Cloé Korman, Anissa Bouayed, Kamel Daoud, Frédéric Dalléas, Hassan Remaoun et Bonaventure Soh Bejeng Ndikung d’écrire des textes pour accompagner les dessins et les peintures. Une étoile rouge voyage à travers tous les dessins comme pour rappeler un certain «idéal» révolutionnaire. Les titres de ses œuvres résument quelque peu l’état d’esprit de l’artiste : Les enfants du soleil ; Bentalha ; Amirouche ; Bleu, blanc, rouge ; Soldat des forces spéciales ; Baiser mortel et Boudiaf, l’instant avant la mort. Ce dernier dessin reprend l’image de Mohamed Boudiaf tournant la tête après avoir entendu le bruit du déclenchement d’une grenade que son assassin devait lancer un certain 29 juin 1992 à Annaba… «Plus elle s’est efforcée de scruter son passé, plus son histoire lui a semblé sombre et morose. Plus elle s’est documentée sur l’histoire de ses deux pays (Algérie et France, ndlr), notamment sur celle de son pays d’origine, plus elle y a repéré des lacunes la rendant incompréhensible», relève le Camerounais Bonaventure Soh Bejeng Ndikung à propos de l’entreprise menée par Dalila Dalléas Bouzar.

Soh Bejeng Ndikung est directeur de Savvy à Berlin, un espace destiné à l’art contemporain africain. De son côté, l’historien Hassan Remaoun note que les œuvres de Dalila Dalléas Bouzar forcent la méditation du fait qu’elles évoquent l’avenir, la vie collective, la mémoire du corps social et les repères historiques. Réalisé sous forme de catalogue d’art et publié en français et en anglais, Algérie, année 0 ou quand commence la mémoire permet de partager les tourments et les espoirs d’une artiste peintre qui ne cesse de s’interroger sur elle-même, son pays, son histoire, les oublis, les trahisons, les échecs… Bref, sur l’Algérie que certains ont voulu, malgré sa grandeur, figer dans «le zéro» pour mieux profiter de l’argent du pétrole, des terres fertiles et de toutes les autres richesses. Et ce n’est pas un discours ! Les adeptes du «zéro» savent que la violence, le mensonge, l’amnésie, les manipulations sont les meilleurs alliés. (El Watan-13.07.2012.)

**l’ouvrages intitulé Algérie, année 0 présente le travail éponyme de l’artiste Dalila Dalléas Bouzar, portant sur sa perception de la mémoire de la Guerre de libration nationale et des années de la décennie sanglante qu’a traversée l’Algérie. L’artiste, qui vit à Berlin depuis 2009, est native d’Oran. Elle est diplômée des Beaux-Arts de Paris et titulaire d’une licence en Biologie de l’université Pierre et Marie Curie. En 2003, elle est lauréate de la Fondation pour la vocation Marcel Bleustein-Blanchet. L’année suivante elle dirige des ateliers de peinture destinés aux femmes, à Oran. Depuis 2005, elle a participé à plusieurs expositions collectives et organisé des expositions individuelles.Dalila Dalléas Bouzar explique en 4e de couverture de cet ouvrage que «la série de dessins qui est montrée dans ce livre est une manière de prendre conscience de mon histoire propre, de notre histoire. Ce qui m’a poussée à rechercher des images dans les archives de la guerre d’indépendance algérienne et de la ‘’décennie noire‘’, c’est mon sentiment, très intime, qu’il y avait une absence d’images sur ces deux moments. Il me semble que ces deux périodes sont fondatrices de l’Algérie contemporaine. Elles sont surtout contemporaines de mon histoire personnelle, que je fais commencer par l’expérience de mon père qui avait vingt ans pendant la Guerre de Libération». Il est à noter que l’artiste a sollicité plusieurs auteurs pour qu’ils partagent leur réflexion sur les thèmes abordés dans ses dessins à l’instar d’Anissa Bouayed, Frédéric Dalléas, Cloé Korman, Kamel Daoud, Hassan Remaoun et Bonaventure soh Bejeng Nndikung. (La Tribune-22.07.2012.)

**Les éditions Barzakh rééditent également, pour cet été, deux romans de la nouvelle génération d’auteurs algériens dont les œuvres ont été couronnées par plusieurs prix littéraires internationaux. Le premier, la Kahéna, de Salim Bachi, lauréat de plusieurs prix littéraires pour le Chien d’Ulysse en 2001, et Tuez-les tous en 2006 et aussi la Kahéna publié en 2003 chez Gallimard. Le roman, imprégné du style lyrique et foisonnant de l’auteur, se déroule principalement à La Kahéna, énigmatique demeure construite dans la ville de Cirta, bâtie par Louis Bergagna, ambitieux colon qui a débarqué en Algérie en 1900. Dès lors, pendant plus d’un demi-siècle, se croiseront dans cette maison plusieurs générations, dévoilant peu à peu l’Histoire de l’Algérie, de sa colonisation à son indépendance, jusqu’aux sanglantes émeutes d’octobre 1988. Le second roman, Divorce à la musulmane d’Amara Lakhous, explore avec habileté les questions du rapport à l’autre et à la différence. Quadragénaire natif d’Alger, l’auteur, journaliste, anthropologue et romancier vit à Rome depuis 1995. Son roman à d’abord été écrit en arabe et publié aux edition El Ikhtilef en 2003. Il fallut attendre que le livre soit réécrit en italien puis édité en Italie en 2006, pour qu’il devienne un véritable best seller, raflant plusieurs prix dont le prix international Flaiano 2006 partagé avec l’écrivain espagnol Enrique Vila-Matas.Divorce à la musulmane raconte en fait les péripéties rocambolesques de Christian Mazzari, un jeune Sicilien sans histoire, féru de langue et de civilisation arabes.  Sa vie bascule le jour où, mandaté par les services secrets de son pays, il doit infiltrer la communauté musulmane de Rome pour démasquer un réseau terroriste. Rebaptisé Issa pour les besoins de sa mission, il découvre le quotidien sordide des immigrés, leur humanité, leurs rêves, leur précarité. Mêlant plusieurs genres, structuré sur les monologues alternés de Christian-Issa et Safia-Sofia, d’origine égyptienne (rêvant d’être coiffeuse), dans la présentation du livre il est souligné que «ce roman revendique clairement sa filiation avec la grinçante comédie à l’italienne. Le lecteur est pris dans ce jeu de rôles et de dupes où, avec malice, l’auteur s’emploie à démonter les clichés et à brouiller les frontières des identités. Au passage, il n’épargne personne, se moque de tous, de Teresa la logeuse sans scrupules, à Akram le propriétaire du taxiphone Little Cairo, en passant par les services secrets européens grotesquement paranoïaques». Toujours dans le cadre de la réédition les passionnés de la littérature algérienne vont redécouvrir la puissance de la verve acérée du grand romancier algérien Rachid Boudjedra à travers la réédition, pour cet été, de deux de ses romans phares, Journal d’une femme insomniaque et Cinq fragments du désert, publiés dans les deux langues en arabe et en français.(La Tribune-22.07.2012.)

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 La mouvance moderniste en Algérie au début du XXe siècle

Le journaliste et écrivain Benali El Hassar vient de faire paraître aux éditions Edilivre, à Paris, une nouvelle contribution à l’écriture de l’histoire de l’Algérie traitant, cette fois-ci, de la mouvance moderniste en Algérie au début du XXe siècle.

Léditorialiste chroniqueur et ancien rédacteur en chef régional de l’APS aborde, sous plusieurs traits, la vie militante prônée par la première génération de l’élite algérienne appelée «Jeunes Algériens» entrés de plain-pied dans les préoccupations de leur pays, jetant les ponts de la culture politique et religieuse algérienne moderne. Ce mouvement de l’élite a compté dans son vivier les premiers instituteurs et les élèves des médersas officielles, créées dès 1840, pour dispenser «un enseignement indigène». Les associations créées, ou «nadis», s’affichaient ouvertement, en 1910, en «nationalistes» , à l’image de «Nadi chabiba al wataniya al-djazaîria».

Le sujet concernant les «Jeunes Algériens», explique l’auteur, est resté encore en Algérie, terre incongnita moins qu’ailleurs, comme en Egypte ou en Tunisie, avec les «Jeunes Egyptiens» ou les «Jeunes Tunisiens», où il a fait l’objet de nombreuses études. Pour la première élite de la période de l’occupation, le terrain de l’affrontement était surtout politique, visant essentiellement l’acquisition des droits et des libertés.

La jeune élite, formée à l’école franco-arabe, allait ainsi relayer les tenants de l’autorité morale, les notables et les religieux, au sein de la société. Le problème posé pour elle, tout juste après la longue lutte menée par le héros national, l’Emir Abdelkader, et les chefs des insurrections populaires, était surtout de savoir quelle alternative il fallait choisir pour l’avenir : l’enfermement ou le dialogue ? Motivés, ils tenteront alors de franchir le pas avec les premières formulations politiques des droits avant l’exigence nationale. «Les Jeunes Algériens» allaient apparaître, à ce moment, comme une bulle de liberté dans un climat lourd et de méfiance généralisée où les colons résignaient les «indigènes» à être «bienveillants» ou «indifférents», dans leur propre pays.

C’est dans un pays totalement déstructuré que les forces du renouveau vont alors, pour la première fois, s’exprimer depuis la conquête de l’Algérie, en 1830. Au tournant du XXe siècle, sous l’influence de la culture de l’occupant, la résistance politique  va ainsi ouvrir la voie à la prise de parole par la création de cercles ou «nadis», de journaux…

Les formulations politiques vont se faire autour de la revendication des droits et des libertés, contre la loi inhumaine et répressive du Code de l’indigénat. Les principaux protagonistes, en lice sur la scène,  seront, notamment, les jeunes formés à l’école franco-arabe, étiquetés «Jeunes Algériens», en rapport  avec le  mouvement, «Jeunes Turcs», sous l’influence des réformes ou «Tanzimats» en Turquie et, également, des idées de la Nahda appelant à la renaissance dans le monde musulman à la fin du XIXe.C’est là un moment productif qui a donné naissance à l’expression des premières tendances politiques en Algérie : nationalistes, réformistes, progressistes…

Dans cet ouvrage, nous avons choisi d’étudier ce courant avant-gardiste, Jeune musulman, en faisant le portrait  de  deux personnalités intellectuelles et politiques qui ont joué un rôle de pionniers parmi les Jeunes de la mouvance  de l’élite algérienne, dans les années 1900, à savoir, les deux frères Larbi et Benali Fekar. Hafoudh et fils de faqih, le premier est instituteur et fondateur du journal Jeune Algérien, El Misbah  (le flambeau), à Oran, en1904. Le second, juriste, le plus diplômé de son temps,  es sciences politiques et économiques, premier docteur en droit en Algérie, journaliste au Temps ( actuel Le Monde, Le Matin de Paris, La Dépêche de Lyon, la revue du Monde musulman…

Avec ces deux grandes figures de l’histoire contemporaine de l’Algérie, c’est déjà l’ouverture et les grands débats sur l’entente, le dialogue, la tolérance et toutes les questions liées à l’avenir  et à la «libération» du monde musulman, des contraintes imposées par les doctes de la foi, les «foqahas»  imposant une  lecture zélée de l’islam. Ils ont mis leur talent d’écrivain et de journaliste engagés en faveur d’un islam rénové et épuré «ramené aux premières sources de la Révélation, et-tenzil».

Dans leurs analyses, les deux frères affirmaient leur engagement en faveur d’une société ouverte et tolérante. Leur prensée religieuse était en réaction face à l’attitude des clercs omniprésents. «Avec les ‘‘Jeunes Algériens’’, c’est la pensée nouvelle dans une direction progressiste avec des concessions à l’air  du temps», écrit l’auteur.

Les questions cruciales, telles l’assimilation, la naturalisation «fluctuaient conceptuellement en fonction de la situation. L’assimilation était une politique inimaginable, car pour la grande majorité elle était considérée comme synonyme d’abdication ou d’acculturation», souligne l’auteur. Sur cette question, Benali Fekar, qui est le premier à avoir fait la synthèse des problèmes politiques posés en Algérie en 1909, prendra sECes distances en posant la question de savoir «comment peut-il être possible à une minorité, quelque peu prépondérante qu’elle soit, d’assimiler une majorité énorme et qui se développe d’année en année» (L’œuvre française en Algérie jugée par un Arabe , Imp .Cagniard , Rouen , 1905) .

Ce livre de 300 pages publie les textes  rattachés à la pensée de ces jeunes de la première élite qui ont inauguré l’épisode des «Jeunes Algériens» marquant les temps modernes en Algérie, ainsi que des documents inédits sur l’association des Oulamas «ahl sounna oua-l-djamaâ» (de la sounna et de la communauté ) qui a défendu l’autre version, celle-ci moins orientale de l’islam maghrébin.
Le journaliste écrivain, Benali El Hassar, publie également chez le même auteur un autre ouvrage consacré au Maghreb intitulé :  Maghreb. Lectures.*El Watan-18.06.2013.

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*Itinéraires interdits..de Chreddine Berriah

Itinéraires interdits, récit bouleversant de notre collègue Chreddine Berriah, journaliste (52 ans), sur la question des migrants clandestins, est sorti hier en France aux éditions Le chasseur abstrait (collection Lettres Terres). À l’origine le récit devait s’intituler « Sans ordre mission » et été attendu en 2008. Le récit s’ouvre sur un événement tragique : l’assassinat de Aissa le Borgne, alors qu’il tentait de franchir l’ultime rempart le séparant de la terre promise, et se développe autour des faiblesses, des abandons et des déchéances de l’être humain dans sa traversée clandestine.

« Une balle retentit de nulle part et mit douloureusement à terre Aïssa le Borgne (….) Du haut du mur en fer qui s’élevait continuellement vers le ciel grisâtre, Maria exécutait discrètement le signe de la croix (…) Subitement, le ciel s’assombrit puis déféqua brutalement une pluie ravageuse. Un pet sonore ébranla les fesses squelettiques d’Aïssa qui, dans un ultime râle, rendit l’âme, un sourire sournois sur ses lèvres tuméfiées. Le Borgne ne pouvait rendre meilleur hommage à une civilisation qui venait de l’accueillir dans une sépulture sans épitaphe. »

Mêlant fiction et réalité, fol espoir d’une vie meilleure et folie des hommes, cet opus (110 pages) retrace l’expérience vécue par notre collègue au contact des communautés subsahariennes massées le long de l’Oued Jorgi, célèbre camp d’apatrides situé à 4 Kilomètres de Maghnia, sa ville natale, aux frontières algéro-marocaines. Pour quelques uns, la route va s’arrêter à Oued Jorji, un nom’s land disposant de son propre Souk, érigé au milieu de taudis crasseux séparés par l’Avenue Montrou. Ils s’y installent, font des affaires- parfois louches-, entrent dans le réseau des passeurs, pour quelques temps. Si l’occasion se présente, ils peuvent aussi tenter de passer en Europe.

Pour tous, l’objectif est d’atteindre le vieux continent, en premier l’Espagne par le Maroc : ils prennent la route de Nador, vont jusqu’à Bénissar et de là traversent à la nage (300 à 400m), pour atteindre l’enclave espagnole de Mélilla. Dans Itinéraires interdits, qu’il a mis une année à écrire, d’une manière irrégulière, Berriah nous raconte comment son destin a changé de trajectoire suite à un reportage sur les migrants clandestins du Mali. Alourdi de ses bagages – en fait, des à-priori, des stéréotypes et autres conjectures – il emprunte, dès le départ, des chemins détournés pour arriver à destination.

« Je me souviens encore de ce jour », dit-il. C’est l’amour, l’humour et la mort qu’il va trouver. C’est aussi son identité d’Africain. C’est, pour lui, le chétif au tient basané, le début d’une histoire invraisemblable, intimiste, que nous font découvrir Camara le Bossu, malien musulman, Eva, l’éthiopienne falacha, et Abdoullay le camerounais. Tous ont fui leurs gouvernants, la misère, les guerres ethniques et les injustices d’un continent faussement solidaire. Une plèbe ne jurant que par le départ….vers le nord, aussi loin que possible. Tout au long de la lecture, au fil des pages, l’humour caustique de l’auteur se fond dans les entrailles nauséabondes du camp Jorgi où violence, haine et discrimination intra-communautaire écrasent des être déjà fortement désemparés. La mort cruelle de Camara, tué par des Nigériens pour avoir rouspété devant le spectacle d’une femme nue, marque une fracture entre communautés et précipite le départ de ceux qui constituent la minorité.

Commence alors un voyage vers l’inconnu avec comme compagnons de route Maria la Béninoise et Aïssa le Borgne. Puis, la traversée tumultueuse des territoires de l’est marocain, à destination de Melilia. Ce voyage, pour « Partir», Berriah va le vivre de l’intérieur. « Depuis ce jour, dit-il en avant propos, je me vois noir avec un cœur blanc. Depuis ce jour, j’ai enfourché mon destin vers l’inconnu… » Chahreddine invite, à travers ce récit poignant, le lecteur à prendre conscience de l’extrême détresse qu’éprouvent des milliers de déracinés en quête de liberté et de justice. Une détresse encore d’actualité. En somme, un récit haut en couleurs, court et qui se lit goulûment…. L’ouvrage sera disponible prochainement en Algérie. Une fois passé entre ses mains, l’auteur prévoit d’organiser une offre dédicace à…. l’Oued Jorgi. (El Watan-24.05.2012.)

Itinéraires interdits, édition Le chasseur abstrait (collection
Lettres Terres). Mars 2012 (110 pages). Prix 14 euros

 

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*Le Petit café de mon pèrede Kaddour M’Hamsadji

Avec son ouvrage Le Petit café de mon père, le doyen des critiques littéraires algériens a drainé une grande foule au stand de l’OPU.

L'écrivain toujours fidèle à lui-même

La 8e édition du Salon du livre et du multimédia amazighs s’est clôturée en apothéose. «C’est une réussite totale», nous a confié Si El Hachemi Assad, le principal organisateur de l’événement. 33 stands représentant des maisons d’édition, des librairies et les départements de langue et culture amazighes des Universités de Bouira, Béjaïa et Tizi Ouzou ont vu défiler des milliers de visiteurs qui, pendant trois jours, ont eu l’occasion d’apprécier les oeuvres d’auteurs qui ont contribué à enrichir le patrimoine linguistique et culturel algérien.
La nouveauté reste la présence, pour la première fois, de l’Office national des droits d’auteurs et droits voisins. Cette structure qui reste le défenseur de l’écrivain et de son oeuvre a ouvert un stand où étaient exposés des travaux de grands artistes de la chanson algérienne sous divers styles. L’OPU aussi a participé à cette édition.
Lundi, ce stand avait suscité l’engouement quand l’auteur originaire de Sour El Ghozlane, Kaddour M’Hamsadji avait organisé une séance-dédicace de son livre Le Petit café de mon père. La seule présence de notre critique littéraire a attiré beaucoup de monde autour du stand de l’Office des publications universitaires.
Si Kaddour fidèle à lui même, et modestement, s’est entretenu avec beaucoup de jeunes qui découvraient ses oeuvres et apprenant par l’occasion que Bouira avait son auteur. Nous apprendrons que cet Office public prendra en charge, dès cette année, l’édition des thèses de doctorat, les soutenances en magister et l’ensemble des travaux des Instituts de la langue et de la culture amazighes des trois universités de Tizi, Béjaïa et Bouira.
Lors de notre présence avec notre critique, nous avons constaté que L’Expression a une grande place dans les milieux littéraires qui apprécient le style, la ligne, mais surtout la haute valeur scientifique de nos critiques et chroniqueurs. Précisons aussi que le Haut commissariat à l’amazighité, la Bibliothèque nationale, le Centre national de recherche en préhistoire, anthropologie et histoire, l’Entreprise nationale des arts graphiques ont participé à la réussite de ce Salon en proposant des travaux objectant de développer la langue.
Les manuscrits et les très anciens livres du département de la Bibliothèque nationale ont séduit les visiteurs. Pour le stand audio, les CD des maîtres de la chanson kabyle, Aït Menguellet, Idir, Takfarinas, Amrani, Hasnaoui… sont partis comme des petits pains surtout que les prix étaient très attractifs. L’autre grande nouveauté reste la grande entrée dans ce Salon du commissariat du Festival du film amazigh. Grâce à M.Assad, un bus-cinéma projetait chaque début de soirée un film en plein air. Les oeuvres primées lors du dernier Festival du cinéma comme Vava Moh de Yazid Smaïl, le documentaire La langue de Zahra de Fatima Sissani, le court métrage Encre et le monde de Sofiane Bellali… ont été projetés dans diverses communes de la wilaya et ont attiré beaucoup de monde surtout des jeunes qui ont renoué avec le cinéma.
«Par cette pluralité d’activités, nous avons voulu donner à ce Salon une nouvelle dynamique qui le mettra au diapason des autres salons semblables à travers le pays. Nous voulons aussi l’officialiser à Bouira et il le sera», nous confiera Si El Hachemi Assad. Pour les projets, le commissaire du Salon nous informera que pour la 9e édition, les organisateurs envisagent de faire participer l’autorité locale et le mouvement associatif local dans l’organisation, et le HCA deviendra alors un partenaire à ce Salon dont les échos ont largement dépassé la wilaya. Beaucoup de visiteurs sont venus de Tizi Ouzou, Béjaïa, M’sila, Médéa…
L’année prochaine sera aussi celle du multimédia, nous confiera M.Assad. Parce que ce Salon se veut un moyen incitateur à la lecture. Un bibliobus a d’ailleurs sillonné plusieurs communes de la wilaya en marge du Salon.(L’Expression-24.05.2012.)

 

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**LA CHAMBRE DE LA VIERGE IMPURE”, D’AMIN ZAOUI

1 Amin Zaoui rassemble dans son roman tous les ingrédients pour une fiction réussie. Outre une trame bien construite, Zaoui écrit la déchéance et la dislocation.

D’abord deux dates. Et pas n’importe lesquelles : le 5 Octobre 1988, qui a ébranlé l’Algérie tout entière, et le 11 septembre 2001, qui a redessiné les rapports Nord-Sud et la carte géopolitique du monde. Donc, deux dates historiques qui enracinent ce roman dans un contexte et dans une histoire. Mais le début de  la Chambre de la vierge impure ressemble plus à une fable qu’à un roman engagé et de résistance.
Et pour preuve, c’est avec une scène d’amour que s’ouvre ce roman. Une scène d’amour entre Ailane et sa cousine Sultana, comme une sorte de gage, qui réconforte le lecteur et lui fait croire que tout est possible.
Mais Sultana, à l’entame du roman, sort une phrase chargée de violence (linguistique) et poétiquement effrayante. Une décharge électrique somme toute qui en dit long sur la violence contenue et la soif de liberté, caractéristique de la décennie 1980. La Chambre de la vierge impure, c’est l’histoire d’Ailane, un personnage typé à qui on a enlevé son enfance, son adolescence, son insouciance et sa joie de vivre.
Il se retrouve du jour au lendemain, et sans trop savoir comment, au maquis, dans un camp d’entraînement pour prendre part à une guerre qu’il n’a pas choisie et à un conflit qui le dépasse. Ailane, hanté par des images saccadées et des souvenirs qui semble appartenir à une autre ère, demeure treize ans dans ce camp, où il rencontre la belle Laya, qui l’obsède. Personnage ambigu et controverse, Laya ne succombe pas au charme d’Ailane —surnommé le poète — pour la simple raison qu’elle en aime “une” autre. À cette fiction principale se greffent d’autres histoires, d’autres récits, notamment celui de Rokia, la tante d’Ailane, qui a fugué un beau jour, abandonnant ainsi son mari et les siens pour partir à la recherche de Mustapha Atatürk, en Turquie. Connue pour sa beauté, Rokia est devenue une véritable légende urbaine dans son village. Tous les habitants du village racontent des histoires fantasques et fantaisistes à son propos. Rokia a une double filiation dans ce roman. Elle représente les rêves de gloire et de conquêtes, puisqu’elle part à la recherche d’un idéal absolu. Rokia se taille également la part de l’imaginaire arabo-musulman puisque sa véritable histoire n’est jamais connue.
Il y a des versions de la vérité où se chevauchent la réalité et l’imaginaire. L’évocation de Mustapha Atatürk n’est pas fortuite également, lorsqu’on sait que ce dernier est le fondateur de la République turque. Et c’est lourd de sens. Outre les récits qui s’entre-chassent, les mises en abyme, les clins d’œil et la belle langue, Amin Zaoui écrit dans ce roman exquis sur une terre meurtrie, frappée de plein fouet chez elle, et par les siens.
Cette terre est comme une vierge impure ; elle a du sang sur les mains et ne peut faire que l’accepter et continuer à aller de l’avant. Souillée et en pleine dislocation, elle vit un chaos et une folie généralisée. Exaltant et jouissif, la Chambre de la vierge impure est une ode à la beauté dans sa définition la plus baudelairienne : moderne avec une part d’éternité. (Liberté-08.12.09.)

La Chambre de la vierge impure, d’Amin Zaoui, 173 pages, roman, éditions Barzakh, Algérie, novembre 2009, 500 DA.

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*L’envers du désir ou l’amour contrarié

Dans son dernier roman L’envers du désir publié dans la collection l’imaginable, édition Le Chasseur abstrait (Toulouse France), Ahcène Aït Saïdi raconte une histoire d’amour contrariée par les embûches de la vie ou traîtrises du sort, si vous préférez. Les mots utilisés par le narrateur sont simples et complexes à la fois.Simples dans la manière d’écriture et multiples dans le sens imprimé à un récit douloureux dans ses actes. Les mots racontent une idylle qui se termine par une grosse déception mais également par un espoir intangible. L’espoir de se refaire autrement. L’auteur n’utilise pas de rhétorique littéraire savante pour mener son histoire. Il ne brouille aucune piste, n’insiste que sur l’essentiel dans cette relation à deux qui ne semble se réaliser que dans les méandres de l’adversité. Inès, Yasmine, Sara et Serine, personnages multiples, sont un personnage pluriel, destinée unique. Elles sont une trajectoire avant d’être un prénom de femme, une identité meurtrie. Un accident de la vie, une halte barbouillée de ratures, une violence répercutée par un pays insatiablement renouvelée en échos. L’envers du désir raconte l’itinéraire mouvementé d’une femme qui a tout mais à qui il semble manquer le primordial, la réalisation de soi par la présence de l’autre, cet être aimé que l’on se doit de partager parce que l’amour accepte tous les sacrifices, parce que l’amour ignore tous les sacrifices, réside dans tous les artifices du sacrifice. Dans son livre-observation, Ahcène met en avant des personnages de la vie, des personnages communs, ordinaires, pour dire dans sa sensibilité d’écrivain écorché par tout ce qui l’agresse, l’histoire qu’il a vécue pour exprimer l’histoire qu’il a subie — et qu’il continue de subir — dans cette terre des hommes et des femmes qui ne semble réaliser ses grands destins que dans les violences éradicatrices. A travers son héroïne, l’auteur se place, au fil de l’écrit, dans le témoignage sur une période mouvementée de la marche de son pays. Il n’est pas dans la photographie journalistique mais bel et bien dans la construction d’une saga amoureuse dont les ingrédients pourraient se retrouver dans ces événements qui l’interpellent dans ses interrogations, ses blessures symboliques et ses convictions politiques et esthétiques. Les instantanés ou repères de l’histoire immédiate, tels que nous les concevons, ne sont pas puisés à l’intégrale ni copiés à partir d’événements du jour précis, mais sur les sentiments que suggèrent ces instantanés. Dans une bonne proportion, les expressions et autres tournures qu’utilise l’auteur dans le déroulement de l’histoire de ce couple écartelé expriment toute la difficulté d’être femme moderne dans un milieu où les tentatives de se libérer sont toujours frappées de suspicion pour ne pas dire de parjures. L’envers du désir se lit et s’observe. Le roman est à la fois descriptif et visuel car l’histoire narrée est une histoire où l’image est présente de bout en bout. Elle donne la main à l’écrit et parfois le double. Rappelons que Ahcène Aït Saïdi est l’auteur d’un précédent roman intitulé Les anges meurent jeunes. L’œuvre a été éditée par Dar El Gharb en 2003. (El Watan-16.06.09.)

 

 **Le costume féminin de Bou Saâda 

Un beau livre de Barkahoum Ferhati.

C’est parce que peu d’écrits ont été consacrés jusque là à l’habit traditionnel de Bou Saâda, que l’auteure, Barkahoum Ferhati, a consacré un beau livre anthropologique et historique intitulé Le costume féminin de Bou Saâda, publié par les éditions Mille Feuilles.Architecte de formation, ancienne directrice du musée Etienne Dinet de Bou Saâda, Barkahoum Ferhati est également docteur en histoire et civilisations. Elle est actuellement maître de recherche au Cnrpah et professeur associée à l’Ecole supérieure des beaux-arts d’Alger. A travers Le costume féminin de Bou Saâda, Parure, ornementation et accessoires, inventaire analytique et évolutions, l’auteure livre, sur les étals des bonnes librairies, un ouvrage riche en informations et en images. « Ce livre, lit-on au niveau de la quatrième de couverture, qui s’inscrit dans une démarche anthropologique, est une plongée méthodique, dans l’intimité de la société algérienne contemporaine. D’abord parce qu’il nous parle de la femme, cet être invisible de l’espace musulman traditionnel… Il dévoile un univers à la fois familier et méconnu… Il démontre qu’une société n’est jamais plus authentique que si elle fonde sa spécificité sur l’interaction constante avec les univers mentaux, esthétiques et techniques des mondes extérieurs qu’elle côtoie et qu’elle s’y approprie, jusque dans les plus infimes détails ».

 

Originaire de la ville de Bou Saâda, l’auteure a effectué un minutieux travail de recherches sur le terrain, axé sur des sources écrites et orales. Les 146 pages proposées balayent les différentes facettes du costume féminin traditionnel de Bou Saâda et ce, depuis l’époque coloniale jusqu’à nos jours. Les pratiques sociales et culturelles, en relation avec la vie quotidienne de la gent féminine de cette région, n’ont pas été omises puisque de larges paragraphes lui sont consacrés. Barkahoum Ferhati explique que son intérêt pour le costume féminin de Bou Saâda s’est imposé à elle alors qu’elle entamait un travail sur l’artiste peintre orientaliste Etienne Dinet. Ce dernier produisait des œuvres des femmes de la région, parées de leurs plus beaux bijoux : des œuvres constituant un gisement de renseignements sur le costume féminin de la fin de la colonisation française jusqu’à nos jours.

 

Les cinq chapitres abordés, en l’occurrence le vêtement, les coiffures, les bijoux, soins et corps, les danses et instruments de musique renseignent un peu mieux sur les atouts de la région. Selon l’auteure, la première personne ayant décrit le costume de Bou Saâda est le premier maire d’Alger, M. Galland, qui en excursion en 1887, en avait donné une précision assez détaillée : « Elles sont vêtues d’une tunique flottante, rouge ou polychrome, serrée à la taille par un foulard ou une ceinture de cuir, ornée d’un épais fermoir en argent ». Le costume se compose de la « qmouja iham » (chemise de dessous), et le « siroual » (pantalon bouffant), et des vêtements du dessus : « malhfa » (toge ou tunique, « rouba » (robe), « ouga » (mante), « qanbouz » dit aussi malhfa ou « bou’aouina » ( le voile de sortie), « rihiyât » (chaussures) et d’autres accessoires tels que « mnacha » (éventail) et « mhazma » (ceinture). La femme dissimulait sa chevelure sous des foulards, selon la mode de coiffure en vogue qui a connu dans l’histoire une nette évolution.

 

Selon le témoignage de certains voyageurs, du début du siècle, les femmes avaient une lourde coiffure, laissant apparaître de grosses tresses appelées « dhifayer », enroulées autour des oreilles et enveloppées sous plusieurs foulards formant le « guennour » : une coiffure qui restera en vogue jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle sera remplacée par « aksa », consistant à envelopper la chevelure. En 1950, c’est la « chedda » qui fait son apparition. Cette dernière se décline sous la forme de cheveux en tresses, qui sont rejetés dans le dos et la tête est dissimulée sous le « mendil » (foulard léger). Le vêtement traditionnel bou saâdi est rehaussé, certes, d’une coiffure adéquate mais également de bijoux d’ornement dont entre autres le diadème, les pendentifs, les boucles d’oreilles, les colliers en Louis, les mains de Fatma (khamsa), les bracelets, les anneaux.

 

Dans le registre des bijoux de soutien, citons les ceintures en argent, en laine, en broderie, en soie, en broche. Dans le chapitre réservé aux soins, l’auteur revient sur le rituel du bain et sur l’entretien journalier de certaines parties du corps, en l’occurrence de souligner les sourcils au « hargous » ou au khol, tonifier les gencives au « souak », se parfumer au « bkhour » ou encore se teindre les cheveux, les mains et les pieds au henné. En somme, Le costume féminin de Bou Saâda de Barkahoum Ferhati est un beau livre de référence pour les historiens, les cinéastes… et les stylistes de mode.(El Watan-12.10.09.)

 

Barkahoum Ferhati : Le costume féminin de Bou Saâda. 145 pages. Edition Mille feuilles.Septembre 2009. Prix public : 1500 DA.

 

 

 

 **L’ANEP chargée de coordonner la réédition de 600 titres

La filière livre de l’Agence nationale de l’édition et de publicité (ANEP) a été chargée par le Premier ministère de coordonner l’opération de réédition de 600 titres.

Plusieurs éditeurs y ont été associés. Pour chaque ouvrage, le tirage est fixé à 5000 exemplaires. «En ce qui nous concerne, nous avons à rééditer 106 titres. Des livres qui concernent l’histoire contemporaine de l’Algérie, comme les Mémoires de Messali ou des livres sur Ibn Badis ou Ferhat Abbas», nous a précisé Mohamed Balhi, directeur des éditions à l’ANEP. Profitant du Salon international du livre d’Alger, qui s’est tenu du 26 octobre au 6 novembre, l’ANEP a publié plusieurs nouveautés. Il s’agit, entre autres, d’un ouvrage retraçant le parcours sportif de Noureddine Morceli. « Nous avons acheté les droits pour éditer le dernier ouvrage du politologue Pascal Boniface Comprendre le monde. Nous avons édité deux beaux livres. Un sur Alger de Abderrahamne Khelifa et un autre, avec DVD et CD, sur la musique andalouse de Beihdja Rahal et Saâdane Benbabaâli», a-t-il dit. Avec l’ENAG, l’ANEP a publié également une traduction de Diwan el fen, un dictionnaire des designers en Algérie. Au chapitre histoire, l’ANEP a édité un livre sur La destruction de tribus  par le colonialisme français, de Mohamed Anane. (El Watan-11.11.2010.)

 

 

13 réponses à “Publications-livres”

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