L’Algérie de Kafi

*50 ans de régimes politiques algériens.     *5- L’Algérie de Kafi

L’Algérie de Kafi kaf

Après l’assassinat de Boudiaf, il y eut un intermède. Le HCE (Haut Comité d’Etat) eut à sa tête Ali Kafi qui succéda au défunt Boudiaf. Il a été Secrétaire général de l’Organisation national des Moudjahiddines (ONM). Sa présidence se déroula dans une grande fièvre nationale et des tensions sociales caractérisées par l’apparition du terrorisme quasi-généralisé, quoique circonscrit par moments dans le centre du pays.Pendant une année et demie, soit de juillet 1992 à décembre 1993, l’Algérie a vécu au rythme des assassinats d’intellectuels (écrivains, journalistes, scientifiques…), des attentats réussis ou manqués, de tueries d’agents de sécurité (police, gendarmerie, armée) et d’internements dans des camps dans le sud du pays, d’éléments appartenant -ou présumés appartenir- au FIS. Cette frénésie du sang que l’on ne peut que qualifier de folie furieuse est, tour à tour, attribuée aux islamistes (notamment ceux armés et rebelles à une solution politique de la crise algérienne) et aux services de sécurité, considérés par certains comme un rempart des privilégiés du système et désignés sous le vocable désormais célèbre utilisé par feu Boudiaf, celui de « mafia politico-financière ».L’analyse de cette période semble montrer l’existence des “partisans du dialogue” avec le FIS qui estime avoir été spolié de sa victoire et des “éradicateurs” qui prônent l’extermination des islamistes armés. En toute vraisemblance, l’Algérie aurait pu faire l’économie d’une situation dramatique s’il avait été tenu compte de bien de signaux de détresse émis par la société, pourtant tangibles et qu’aucun rapport de synthèse officiel ne saurait camoufler. Ainsi, dans un texte proposé pour publication à l’hebdomadaire “Algérie actualité” en 1986 et paru en … 1993 (! ?), Djilali Liabès qui fut ministre de l’enseignement supérieur et l’une des victimes de cette tragédie, écrivit : “Notre système institutionnel et politique totalement archaïque risquerait d’être balayé par une tempête sociale…Ce système politique a fonctionné sur la base d’un système de légitimation devenu à présent obsolète” (1).

Il est vrai, comme le souligne feu Mostefa Lacheraf, que : “On s’obstine à relancer sur le marché politique les vieilles élites corrompues, usées et discréditées” (2). Pourtant, une autre victime de la répression sauvage qui s’est abattue sur l’intelligentsia algérienne, M’Hamed Boukhobza, le dit sans ambages : “Valoriser les élites ne signifie, en aucune manière, constituer une nouvelle catégorie sociale de privilégiés. Il s’agit de créer les conditions pour encourager la production intellectuelle”. Et de prévoir : “Ou bien l’Etat sera au service des féodalités en place… Ou bien, seconde alternative, l’Etat est effectivement puissant par sa capacité de pilotage d’un développement généralisé” (3).

De même, Leïla Aslaoui, dont l’époux fut l’une des victimes de la folie furieuse exposée plus haut, pense que des quatre gouvernements qui se sont succédé depuis 1989 : “Ce sont des hommes qui ont été choisi dans le même sérail et qui ont appartenu et qui appartiennent au même système… Le choix des hommes ne doit plus obéir aux notions de sérail, de système, de népotisme, de “coups de coeur” (4), au moment même où à l’INESG (Institut National d’études de Stratégie Globale), Djilali Liabès –alors D.G de cette institution- disait : “Les experts (de l’INESG) sont appelés à élaborer une véritable dynamique de la rupture… un véritable rapport sur l’état de la nation (…). Nous aspirons à une insertion style Corée du Sud, Singapour, par la matière grise, le savoir-faire” (5).

Hélas, la pratique politique suivie par le pouvoir demeure tributaire des réflexes de l’ancien système, même si le discours tente d’afficher le contraire. Ainsi, dans son allocution à la nation, Ali Kafi évoqua une période de transition en vue de la “normalisation de la vie politique nationale”. Par ailleurs, il indiqua qu’il s’agit de “se dégager progressivement de la gestion administrative et bureaucratique de l’économie” et “aller d’une manière organisée vers l’économie de marché” (6).

Ce discours annonçait quelque peu la démarche entreprise par le pouvoir -en tout cas celle du HCE- en vue d’aboutir à ce qu’il a appelé le “consensus national sur la période de transition” (7). On peut relever que cette dernière “sera caractérisée par l’élargissement du conseil constitutionnel aux différentes sensibilités politiques et au mouvement associatif”, prenant soin d’indiquer que parmi les principes fondamentaux figure celui d’ “une société musulmane développée, ouverte sur la modernité”.

Selon lui, il existe dans la société algérienne trois types de monopoles : politique (absence d’alternance), idéologique (l’idéologie au pouvoir) et économique (l’Etat comme agent principal de l’économie). Il parla de “projet national rénové” et de “poursuivre la tâche d’édification nationale”. Néanmoins, pour le HCE, la rupture ne signifie pas rupture d’avec “les constantes nationales, ni avec l’identité algérienne dans ses composantes musulmane, arabe et amazighe”. Il évoqua l’Etat de droit “avec autonomie de la fonction institutionnelle”.

En matière économique, il y a lieu de noter que le document précité parle d’ “économie de marché” et non plus d’ “économie administrée”. Mais qu’est-ce-à-dire “à concertation sociale” (?), d’autant plus qu’il évoque un nouveau modèle de développement qui permettrait la relance de l’industrialisation “sur la base de restructurations socialement douloureuses, mais inévitables”, une nouvelle place étant réservée aux hydrocarbures considérées comme une “locomotive de la restructuration industrielle et de la nouvelle insertion de l’Algérie à la division internationale du travail”.

La période de transition devait s’achever en décembre 93 et permettre la réhabilitation et le renforcement de l’Etat avec des “réformes structurelles de l’économie nationale”. Il n’en fut rien. Hésitations et tergiversations ont caractérisé cette période de transition, durant laquelle l’organisation du pouvoir prévue fut la suivante : une instance présidentielle : présidence collégiale, un conseil consultatif national où siégeraient des représentants de l’Etat, des partis politiques, des organisations économiques et sociales et du mouvement associatif national, un gouvernement de transition “composé de ministres compétents et militants de l’intérêt national”.

A côté de ces instances politiques, furent prévues des structures permanentes : une structure consultative sur les questions propres à l’Islam, un conseil économique et social, une structure de concertation sur les problèmes des jeunes et un conseil supérieur de l’éducation.

Force est de constater que ce programme ne fut plus à l’ordre du jour à la fin du « mandat » du HCE consenti par le pouvoir. Aussi, ce dernier mit en place une « commission du dialogue national » qui se chargea de rédiger un « Avant-projet de plate-forme portant consensus national sur la période de transition ».

Force également est de constater que le pouvoir a renoué avec le chartisme comme mode d’élaboration de la doctrine politique algérienne. Ainsi, dans le préambule, il a évoqué le nationalisme algérien qui a puisé “sa vitalité dans l’islam et le patriotisme populaire”, soulignant que “La revendication de la démocratie est au coeur même du nationalisme algérien”. Cet avant-projet évoque aussi les valeurs du Premier novembre, ainsi que la rupture “avec tout ce qui éloigne le peuple de l’Etat équitable et démocratique”. De la pure logomachie.

Parmi les objectifs de la transition figurant ceux politiques (poursuivre et étendre le dialogue, réhabiliter et renforcer l’Etat, préparer les conditions permettant le retour au processus électoral); économiques (assurer une gestion saine de l’économie, poursuivre et approfondir les réformes structurelles de l’économie); sociaux (promouvoir l’habitat, élaborer une politique en faveur de la jeunesse); sécuritaires (ramener la paix civile par la poursuite de la lutte contre le terrorisme)…

Mais, une fois de plus, pour autant qu’ils soient ceux attendus par les Algériens, que de projets réduits à l’état de purs et simples vocables, sans emprise aucune sur le réel et le vécu de ceux-ci. Comment dès lors s’étonner que l’Algérie vive encore, désormais de façon cyclique, des spasmes à l’échelle sociale.

Ammar KOROGHLI, Avocat-auteur Algérien (notamment de : « Institutions politiques et développement en Algérie »)

Notes :

1- “Algérie actualité” du 11/10/93
2- “El Watan” du 30/8/93
3- “ Algérie actualité” du 6/7/93
4- “Le Soir d’Algérie” du 17/3/93
5- “Algérie actualité” du 9/3/93
6- El Watan” du 9/5/93
7- El Watan” du 22/6

*********

Décès d’Ali Kafi, ancien président du Haut comité d’Etat

L’ancien président du Haut comité d’Etat (HCE), Ali Kafi, est décédé mardi matin à Alger, à l’âge de 85 ans, a-t-on appris auprès de ses proches.

Kafi a été transféré, lundi, aux urgences de l’hôpital d’Ain Naadja suite à un malaise, a-t-on ajouté de même source. L’ancien colonel de l’Armée de libération nationale dans wilaya II historique fut plusieurs fois ambassadeur de la République algérienne dans plusieurs capitales. Il fut également membre du HCE du 11 janvier 1992 au 2 juillet 1992, lorsqu’il succéda à Mohamed Boudiaf.

Né le 17 octobre 1928 à M’Souna, près d’El Harrouch (Skikda), Ali Kafi rejoint, en 1946, l’institut El Kettania de Constantine. Militant du PPA, il anime une cellule de ce parti au sein de l’Institut. Il rejoint par la suite l’université de la Zitouna à Tunis, en 1950 où il y déploiera ses activités militantes au sein du milieu estudiantin. Ce qui lui vaudra son expulsion de Tunisie en 1952.

De retour à Skikda, il doit purger une peine de six mois de prison consécutive à une condamnation pour activités nationalistes datant de 1950. A sa libération, il devient enseignant dans une école libre d’obédience MTLD, « El Moustakbal », à Skikda.

Il rejoint l’ALN au début de 1955. Il activera sous les ordres de Zighoud Youcef, successeur de Didouche à la tête de la Wilaya 2 et il sera parmi les organisateurs de l’offensive du 20 Août 1955 dans le Nord Constantinois. Ali Kafi fera partie de la délégation de la Wilaya 2 au Congrès de la Soummam, aux côtés de Zighoud, Bentobbal, Benaouda, Mezhoudi et Hocine Rouibah.
Au printemps 1956, il est responsable militaire de la Wilaya et, en avril 1956, devient colonel, commandant la Wilaya 2. Après l’Indépendance, il est ambassadeur d’Algérieà Beyrouth (1963), Damas (1966), Tunis (1975), en plus de la Ligue arabe. En 1990, il devient secrétaire général de l’Organisation nationale des moudjahidines. Il sera, en janvier 1992, membre du Haut Comité d’Etat et en deviendra le président après l’assassinat de Mohamed Boudiaf.*El Watan-16.04.2013.

**Réaction d’un internaute: Au jugement dernier—Ce Jour-là, les hommes surgiront par troupes pour contempler leurs actions : ils sortiront ainsi par troupes de bienheureux et de maheureux, donc de gens à conduire au Jardin de l’Eden-Paradis- et d’autres à conduire au Feu-en enfer-, ils sortiront ainsi, pour être rétribués selon leurs actions faites dans l’ici-bas. Et c’est pourquoi il est dit quiconque aura fait un atome de bien le verra, et quiconque aura fait un atome de mal le verra. Pour tout bienfaisant, pour tout rebelle, dit-on, il est inscrit une seule mauvaiseté pour une mauvaise commise, mais 10 bienfaisances pour toute bienfaisance accomplie. Au jour de la résurrection, Dieu démultiplira donc les actions des croyants, de sorte que, pour une seule action, il y aura une dizaine, et Il effacera pour toute action bonne, dix mauvaisetés. Celui dont les actions bonnes dépasseront ses mauvaises du poids d’un atome, celui-là entrera alors au Jardin. L’Envoyé (sallallahu alayhi wa sallam), rapporte-t-on, a dit :  » Prenez garde des péchés infimes : ils se rassemblent sur l’homme jusqu’à le faire perdre. »
A moins que l’ âme appartienne à un athée, et là c’ est le pire pour ceux qui esperent un chatiment divin. Avis à tous les pharaons et aux autres similaires…

***************************************

 

307 réponses à “L’Algérie de Kafi”

1 14 15 16
  1. 13 11 2017
    Anceseezen (05:33:14) :

    how to buy phenergan online
    and even order phenergan

    Regardless of the massive selection of drugs for potency, knowledgeable individuals choose Sildalis.
    This drug is actually cool; I can recommend it to every person, who wants to obtain a lot more feelings.buy proscar online

  2. 3 05 2017
    Brooke (00:10:36) :

    Thanks for finally talking about > ELAyam-2 » L’Algérie de Kafi < Loved it!

    my webpage … crash weight-reduction plan, http://Broganliftt.wordpress.com,

  3. 17 04 2017
    Ali (12:31:23) :

    Ƭhat is a really good ttip paгticulɑrly to those fresh to thɦe blogosphere.

    Short but very precise info… Thank you for sharing this one.
    A must read article!

    Also visit my webpage skjortor for man

  4. 10 04 2017
    Charity (01:34:55) :

    Simply desire to say your article is as astonishing.
    The clarity for your submit is simply nice and i could suppose you’re knowledgeable
    on this subject. Well together with your permission allow me to clutch your RSS feed
    to keep up to date with imminent post. Thanks a million and please
    carry on the enjoyable work.

    Feel free to visit my web site … home page

  5. 17 03 2017
    Doreen (14:44:31) :

    Thіs site ԝaѕ… how do I sɑy it? Relevant!! Finally I’ve
    found something that hеlped me. Kudos!

    Feel free to surf to my website skjortor for man – cutt.us -

  6. 11 03 2017
    Darnell (17:51:57) :

    I discovered your website site web site on yahoo and appearance some of your early posts.
    Preserve up the top notch operate. I merely additional increase RSS feed to my MSN News Reader.
    Lookig for toward reading a lot more on your part down thhe line!

    my webpage :: new york

  7. 28 02 2017
    Lynette Zarozinski (20:43:03) :

    You are my inhalation , I have few web logs and very sporadically run out from to post .

    http://www.8UHNzROQ1H.com/8UHNzROQ1H

1 14 15 16

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>




évasion |
Généalogies |
vivreavec1handicap |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | ANTI CORRIDA
| dartagnan
| Actualité de la Politique d...