Où va l’Etat algérien ? 2

*Où en sommes-nous, et où allons-nous ?Agrandir la taille du texte

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*Par Ali Yahia Abdennour

Militant des droits de l’homme

Du hold-up constitutionnel au hold-up électoral

Il faut aller à l’essentiel, porter un regard lucide sur la situation du pays, et dire la vérité. A son arrivée au pouvoir le 15 avril 1999, le président Abdelaziz Bouteflika a exprimé avec des trémolos dans la voix sa détermination de veiller à l’Etat de droit, à l’indépendance de la Justice, et de ne tolérer aucun dépassement. Les déclarations n’ont été que des professions de foi, des produits de propagande destinés à l’exportation et non à la consommation interne.

Le hold-up constitutionnel est annoncé en 2007 par Abdelaziz Belkhadem, chef de gouvernement : «Il faut restituer au chef de l’Etat toutes ses prérogatives. Le chef du gouvernement doit s’effacer pour permettre au Président d’être le véritable et unique chef du gouvernement.» La Constitution de 1995 initiée par le président Liamine Zeroual lui limitant la fonction présidentielle à deux mandats, a été amendée en 2008 pour un mandat sans limite, c’est-à-dire un mandat à vie.

Cette Constitution révisée par un homme et pour un homme dont le culte ne peut constituer l’idéal du peuple qui aspire à la démocratie, à la justice, aux droits de l’homme perd sa signification. Le danger est le pouvoir personnel et le culte de la personnalité.

Le hold-up électoral permet de poser la question suivante : les élections sont-elles utiles dans un pouvoir où l’alternance n’est pas possible de par la fraude électorale ? La question qui était posée aux Algériens en 2014 quand le président A. Bouteflika sollicita un 4e mandat était celle-ci : est-ce que vous croyez qu’il est catasrophique pour le pays de confier un 4e mandat au Président qui est sorti d’une hospitalisation de 90 jours de l’hôpital du Val de Grâce et des Invalides, souffrant d’une maladie grave et durable qui relève de l’article 88 de la Constitution ? Les quatre élections du président Bouteflika à la magistrature suprême n’ont pas dépendu du choix du peuple consacré souverain par la Constitution, mais du choix des décideurs de l’armée, du DRS en particulier, qui lui ont assuré à chaque élection par une fraude électorale massive qui est l’assassinat de la démocratie, une victoire à la Pyrrhus sans risque et sans gloire. Elu et réélu non pas dans les urnes mais par les résultats, le Président fait face à la question de son illégitimité. La voie des urnes est faussée et le suffrage universel qui est le fondement de l’accession au pouvoir parce qu’il garantit la liberté et la sécurité du scrutin est perverti par des élections closes quant à leurs résultats avant d’avoir commencé.

L’élection est un moyen d’expression de la volonté populaire, à condition de lui conférer la crédibilité par l’élimination de la fraude. Au-delà des élections truquées, c’est le problème du Président actuel qui est posé, son aptitude à incarner et diriger le pays.

Comment le président Abdelaziz Bouteflika a exercé son pouvoir

Quand le pouvoir en place est centralisé, contrôle tout et n’est contrôlé par personne, il n’existe pas de droit contre lui, il n’y a ni Etat de droit ni séparation des pouvoirs. Montesquieu a enseigné que «la démocratie reposait sur trois principes nettement séparés : l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Quand les deux derniers se mettent au service du premier, il n’y a pas démocratie mais dictature». L’Algérie a vécu dans un pouvoir dont le soleil est le président Bouteflika et les partis qui le soutiennent avaient pour mission d’en réfléchir les rayons. Le Président imprime sa propre marque à la marche des affaires de l’Etat, et la totalité des grands dossiers relèvent de sa responsabilité.
Il est au-dessus des lois, a tous les droits, viole de façon délibérée, voulue, réfléchie, outrageante la Constitution. Il incarne la verticalité du pouvoir charismatique césariste. Il a fait main basse sur la pays, a imposé une politique néolibérale opposée au libéralisme, a servi les riches toujours plus riches, desservi les pauvres toujours plus nombreux, a redistribué les revenus et les richesses nationales de manière illégale, injustifiée, inacceptable, intolérable, qui ont fait la rupture avec les couches moyennes et populaires de la société.

L’inquiétude, la déception, le découragement, la frustration, le désarroi, la détresse habitent les gens. Une caste monopolise l’Etat et ses bénéfices, le transforme non seulement en instrument de domination politique, mais en source de pouvoir économique. La politique conservatrice du pouvoir a créé une société duale verticalement divisée, qui reproduit comme au temps du colonialisme une véritable hiérarchie sociale stratifiée.

Le FCE (Forum des chefs d’entreprise) s’investit dans la politique, se place au niveau des décideurs qui détiennent la réalité du pouvoir, cherche à asseoir la fortune de ses dirigeants et à conforter leur pouvoir. Tous les dirigeants des institutions de l’Etat expriment leur attachement indéfectible et leur fidélité totale au président Bouteflika.

Dans chacune des deux chambres du Parlement, les députés et les sénateurs en séance de travail se lèvent et acclament en chœur «l’homme providentiel, le guide suprême» dès que le nom du Président est prononcé. On se croirait en Corée du Nord. Le président Bouteflika est la président d’honneur du FLN qui applique le principe que Lassale recommandait à Karl Max : «Le parti se renforce en s’épurant». Purge au sommet et purge à la base. Les secrétaires généraux du FLN ne peuvent prétendre à la longévité politique. S’ils sont bien avisés, ils doivent méditer la leçon apprise par Louis XVIII : «Ce qui bouge trop meurt vite». Le pouvoir a conduit l’Algérie dans l’impasse, alors qu’elle a besoin d’un redressement politique, économique, social et culturel. Il écrase les libertés et les droits humains.

L’Algérie comme un Etat soviétique doit donner l’autorisation de son gouvernement pour une conférence ou un événement culturel. Le Conseil constitutionnel est à genoux, et son président qui ne dispose d’aucun pouvoir n’est qu’un fonctionnaire aux ordres du Président.
Nos libertés, notre dignité, le respect des droits humains fondamentaux nous les défendrons. Le peuple qui lutte pour sa liberté veut un nouveau locataire au palais d’El Mouradia qui assume toutes ses responsabilités. Le président Bouteflika a dominé la vie politique jusqu’à 2005, puis suivant le déclin de sa santé, il l’a abandonné progressivement et s’est effacé depuis 2013.

Le pouvoir glisse des mains du Président qui ne peuvent plus le retenir, le garder, vers sa fratrie, ses clans, qui agissent en son nom. La vacance du pouvoir est ressentie par les institutions et tous les secteurs de la vie publique. L’Algérie s’enfonce dans une crise multidimensionnelle aux conséquences imprévisibles. Le Président malade qui ne dirige plus le pays arrange les clans du pouvoir qui parlent en son nom pour pérenniser un pouvoir qui leur permet d’accaparer les richesses du pays pour acheter des biens à l’étranger. Il est soumis à des forces contradictoires qu’il ne contrôle plus et qui le déstabilisent. Le Conseil des ministres se tient depuis 2013 deux ou trois fois par an, alors que partout dans le monde il se tient une fois par semaine. Il dure 3 à 15 minutes selon l’état de santé du Président. Le dernier Conseil des ministres s’est déroulé dans un silence total durant quelques minutes pour permettre aux photographes de prendre des photos et au Président de tourner de sa main droite quelques pages d’un document.

Puis, le président Bouteflika se retire et le Conseil des ministres, en l’absence du Président, devient Conseil de gouvernement qui étudie le programme du Premier ministre. Ahmed Ouyahia, qui n’est pas au service de l’Algérie mais seulement du président Bouteflika, ne laisse pas le train présidentiel partir sans lui comme conducteur. Il a été nommé Premier ministre d’abord pour gagner les élections locales du 23 novembre 2017, car il est un grand spécialiste de trucage des élections depuis 1997, et ensuite pour gérer l’austérité. La planche à billets va fonctionner à plein régime. L’inflation qui sera bientôt à deux chiffres est un cancer du peuple. La présence de billets de banque en surnombre alors que la production stagne va permettre la montée en flèche des produits de consommation. Sous la présidence Chadli Bendjedid, Boualem Benhamouda, ministre des Finances, a décidé le retrait des billets de 500 DA. Un commerçant qui avait trop de billets de 500 dinars dans des sacs les a mis dans les cloisons des murs de séparation des chambres de sa villa en construction à double cloison. Si la masse monétaire augmente, d’autres détenteurs de billets de 2000 DA les placeront dans les murs de leurs villas et luxueux appartements comme papier peint qui redevient à la mode.

L’armée nationale populaire (ANP)

L’ANP, source du pouvoir, est le reflet de la société dans toutes ses composantes. Elle veille à préserver son rôle prédominant à la tête du pays. Elle détient la réalité du pouvoir. Qui dirige le pays ? Le regretté Rachid Mimouni, à qui le peuple a rendu un hommage bien mérité, a déclaré : «Qui dirige le pays ? L’armée. Qui a arrêté le processus électoral ? L’armée. Qui a proclamé l’Etat d’urgence ? l’armée. On peut continuer. Qui a destitué le président Ahmed Ben Bella ? L’armée. Qui a obligé le président Liamine Zeroual à écourter son mandat ? L’armée. Qui a porté Abdelaziz Bouteflika au pourvoir ? L’armée. Devant qui est responsable le président de la République ? L’armée qui l’a porté au pouvoir…» Le général de corps d’armée, chef d’état-major de l’armée, Mohamed Lamari, a tracé les lignes rouges avant l’élection présidentielle d’avril 2004, que le Président ne doit pas dépasser sous peine de sanctions. La mainmise du président Bouteflika sur l’armée s’est faite après la mise à la retraite de Mohamed Lamari en 2004, et son remplacement par Gaïd Salah en 2005. L’histoire se répète mais en bégayant.

Le président Bouteflika a mis du temps pour se libérer du DRS qui contrôlait ses activités et celles de ses amis placés aux postes stratégiques de l’Etat. Dans la loi de la jungle que connaît bien Mediène dit «Toufik», l’homme bien armé qui se trouve à un tournant face à un tigre, doit l’éliminer ou se laisser manger. Mediène a écarté le coup d’Etat constitutionnel par l’application de l’article 88 de la Constitution. Il a signé son arrêt de mort politique en s’attaquant à Chakib Khelil, ami d’enfance de Bouteflika. Au niveau de l’Etat coexcistent deux pouvoirs qui parfois s’opposent, celui apparent officiel du chef de l’Etat, et celui occulte de l’armée.

La hiérarchie militaire, le discours de Gaïd Salah, général de corps d’armée, vice-ministre de la Défense, comme les éditoriaux de la revue de l’armée El Djeïch, son organe de presse, ne cessent de rappeler leur loyauté au président Bouteflika. L’armée dit qu’elle est républicaine, mais le Président auquel elle obéit n’a pas ancré dans sa mentalité république, étant pour un pouvoir totalitaire, dictatorial.

Il faut ouvrir un débat avec intelligence et clarté en se limitant à l’essentiel avec l’obligation de vérité, sur le cheminement suivi par l’armée depuis 2005. Des voix qualifiées se sont élevées pour dire leur point de vue. Le devoir et l’honneur des militaires c’est de servir la nation. L’armée appartient à la nation et ne peut s’identifier à un pouvoir. Elle ne peut être marginalisée dans la prise de décision politique, ni devenir une institution de l’Etat comme les autres. Les déclarations de Noureddine Boukrouh qui a tiré la sonnette d’alarme ont donné lieu à de nombreux commentaires et polémiques.

Il faut calmer le jeu. Il a le droit de critiquer, d’exprimer son point de vue sur la situation du pays, et la position de tout organisme national, car le temps politique est lourd comme un orage d’été qui n’éclate pas, mais une étincelle peut déclencher un incendie. Tout peut basculer, le tragique peut frapper à tout moment, il faut l’écarter. Le changement plane, se dessine, il faut éviter qu’il ne se fasse pas par la violence. Proverbe iranien : «Si l’on peut défaire le nœud avec les doigts, pourquoi y mettre les dents ?» Il existe dans l’opinion publique, qui est la forme directe de l’expression des citoyens, une volonté de changement de pouvoir et de politique. Il faut donner le pouvoir au peuple, le pouvoir qu’il n’a eu qu’à subir jusqu’à présent, pour éviter la radicalisation politique qui le précipiterait dans l’escalade de la violence. L’avenir s’écrira par le peuple qui œuvre pour l’intérêt général.

En cet été 2017, l’armée se trouve dans le même dilemme qu’en 2013 : faire un coup d’Etat constitutionnel ou laisser le pourrissement gagner la rue. Le changement ne se fera pas par la violence, mais par le recours au suffrage universel par des élections crédibles. Ce sera quand la démocratie aura droit de cité dans le pays. L’armée doit garder sa cohésion et son homogénéité. Peut-on dire que dans un pouvoir dictatorial l’armée peut être marginalisée dans la prise de décision politique ? Les visiteurs du soir qui se rendent à la Présidence pour diriger le pays en qualité de centre de décision ne peuvent agir sans la participation de l’armée ou sa bienveillance. Le pouvoir au peuple, l’armée à la nation, l’Algérie à tous les Algériens. Il faut  méditer l’exemple du Venezuela qui est tombé dans le chaos sous l’effet combiné de la baisse des cours du pétrole, de la corruption et de l’incapacité des dirigeants. Poursuivre avec vigueur et rigueur, persévérance et lucidité, sans jamais se décourager, quels que soient les obstacles, ou se laisser intimider, le combat pour la démocratie est le devoir de chaque Algérien et de chaque Algérienne.

*contribution parue dans el watan le jeudi 14 septembre 2017

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Initiative politique de Noureddine Boukrouh

**Appel aux Algériens et Algériennes pour une révolution citoyenne pacifique 

L’Algérie s’achemine lentement mais sûrement vers un tournant critique de son histoire qui peut déboucher sur son salut ou son basculement dans l’inconnu.Les deux options sont ouvertes devant elle et ont des chances égales de s’imposer, à moins qu’une puissante volonté populaire ne tranche résolument en criant : ce sera le salut !
**L’état de la Nation
Un demi-siècle après la reconquête de sa souveraineté nationale grâce à la révolution du 1ernovembre 1954 déclenchée par 22 jeunes Algériens, le peuple algérien, renouvelé par l’arrivée à maturité de nouvelles générations, est en capacité de revendiquer son statut de source de tous les pouvoirs et son droit constituant que lui ont reconnu les constitutions algériennes depuis 1962 mais que ses dirigeants imposés ne lui ont jamais permis d’exercer.L’Algérie est devenue indépendante sans savoir ce qu’elle allait faire de son indépendance, sans répondre à des questions fondamentales comme celle de l’identité, sans impliquer le peuple et ses élites éclairées dans la prise de décision à travers des institutions véritablement démocratiques et opérationnelles. Elle fut soumise pendant tout ce temps à une longue série d’essais et d’erreurs qui ont conduit à l’impasse économique et politique actuelle.Notre pays et son économie ont été placés dans une totale dépendance des hydrocarbures, une richesse non renouvelable. Les mois et années qui viennent vont être difficiles alors que le pays n’est plus gouverné sur la base de la raison et de l’intérêt général, mais d’un attachement maladif au pouvoir et aux intérêts personnels.Notre devoir est de réagir intelligemment et dans la légalité devant la dérive qui est en train de nous conduire à la catastrophe, en ayant à l’esprit la fidélité aux idéaux pour lesquels les « chouhada » sont morts. Le moment est venu de donner à ces idéaux les formes concrètes d’un État de droit « démocratique et social » selon les termes de la Déclaration du 1er novembre 1954.**À qui s’adresse cet appel ?Cet appel s’adresse à la conscience algérienne, à tous les actionnaires de la maison Algérie qui se trouvent sur le territoire national ou en n’importe quel endroit du monde, à toutes les générations d’hommes et de femmes engagées ou non dans l’activité politique ou associative, dans toutes les institutions ou à la retraite, à toutes les catégories sociales, dans toutes les régions, de toutes les langues et de toutes les confessions.**Qu’est-ce qu’une révolution citoyenne ? Une révolution morale est la prise de conscience, quand tout va mal et de travers, quand on sent qu’on est cerné par le danger et qu’on est sur une mauvaise route, qu’on doit changer sa vision des choses et de direction. C’est une prise de conscience collective et simultanée. On ressent alors le besoin de faire mieux, d’aller vers mieux, de construire un autre modèle de vie que celui qui a été sanctionné par l’échec.Une révolution citoyenne est le mode opératoire qu’on adopte pour changer pacifiquement l’état de choses en question. La communion dans un sentiment commun s’accompagne de l’évidence que nul ne peut à lui seul créer le changement, qu’il doit être l’œuvre du plus grand nombre possible, et avoir pour finalité le bien de tous.**Se lever et non se soulever

Le défi que nous devons relever est d’agir en contournant les risques d’exposer notre pays à une nouvelle tragédie alors que les séquelles de celle des années 1990 sont encore visibles. Nous devons nous réveiller à notre devoir envers notre patrie et ne pas attendre que la catastrophe soit là pour nous révolter dans l’improvisation et l’anarchie, nous attaquant aux services publics, aux forces de l’ordre ou aux biens publics et privés.

Nous pouvons agir chacun à partir du lieu où il se trouve. D’autres voies et moyens que la violence, les troubles à l’ordre public, les manifestations dans la rue ou la désobéissance civile sont proposés par les nouvelles technologies de l’information et de la communication (réseaux sociaux, médias électroniques, vidéos, courriels, smartphones…). On peut agir de concert sans se connaître, sans se rencontrer, sans se réunir et par des procédés uniquement légaux et démocratiques. Il existe aujourd’hui des techniques plus efficaces que les armes, l’action clandestine ou les tracts pour faire connaître sa cause, convaincre les autres de sa justesse, en débattre et mobiliser autour d’elle.

**Se lever pour quoi faire ?

Nous devons converger vers un but commun qui est de dire « Non ! » à la situation actuelle en attendant le moment de le faire par les urnes. L’élection présidentielle prévue à l’échéance d’avril 2019 offre l’opportunité historique d’en finir avec le « système », mais il ne faut pas exclure qu’elle soit précipitée par une cause quelconque. Le délai qui nous en sépare suffira à peine pour donner à cette révolution citoyenne pacifique toutes ses chances de succès car il s’agit de remplacer un mode de pensée par un autre pour enfin arriver à remplacer le « système » par un Etat de droit.

Tout Algérien ou Algérienne doit marquer une pause de réflexion, procéder à son examen de conscience et se dire : « Je dois cesser de penser comme avant ! Je dois faire quelque chose pour mon pays et mes compatriotes ! Mon exemple sera suivi par d’autres ! Je vais le faire parce que l’autre va le faire aussi et que j’en profiterai ! ».

Au sentiment de résignation qui nous paralysait jusqu’ici, à l’attitude démissionnaire à laquelle nous étions acculés, à la passivité justifiée par la formule populaire (« takhtirassi !»), opposons avec force une autre formule populaire (« rassi w rassekfi chachiyawahda !»).

Il faut vaincre notre inertie car elle est le principal obstacle à notre libération mentale. Il faut libérer la volonté algérienne du fatalisme véhiculé par le charlatanisme et l’esprit du douar. Chacun doit effectuer un travail de proximité dans sa famille, son quartier, son lieu de travail ou d’étude, sur les réseaux sociaux pour généraliser l’éveil et élargir la résolution d’agir pour changer notre état et notre Etat.

**Par quoi commencer ? 

Une cause, une nation, naît dès le moment où un idéal soude ses membres et les met en mouvement vers un objectif commun. Focalisons-nous dans une première étape sur ces quatre mots d’ordre que chacun et chacune doit répercuter par tous les moyens accessibles :

– Non au recours à la planche à billets pour payer les salaires !

– Non à un cinquième mandat !

– Non à une succession arrangée d’en haut !

Non à l’instrumentalisation de l’ANP, des collectivités locales, des services de sécurité et de la justice pour pérenniser un pouvoir devenu illégitime et nuisible à l’intérêt du pays !

Les Algériens et Algériennes qui veulent construire une nouvelle Algérie doivent proclamer dans leurs échanges, leurs commentaires et leurs écrits que le temps de la cooptation d’un candidat à l’élection présidentielle par des forces occultes, puis sa « consécration électorale » par la fraude est terminé.

Nous ne l’accepterons plus, nous sommes assez mûrs pour décider par nous-mêmes, pour nous-mêmes et pour nos enfants. Ensemble, et avec l’expertise nécessaire dont il faudra s’entourer le moment venu, nous travaillerons à la mise au point d’un dispositif capable de garantir la transparence totale et la sincérité absolue des résultats des urnes.

Nous devrons, enfin, prendre à témoin le monde qu’en Algérie une lutte pour la liberté, la démocratie et le libre exercice de la souveraineté populaire s’est ouverte et qu’elle ne cessera pas avant d’avoir atteint ses objectifs : la conquête de notre citoyenneté et de notre dignité.

**Protéger cette initiative

La meilleure façon de garder un secret est de ne pas en avoir. Cette initiative est publique, ses objectifs clairs, son mode opératoire pacifique et son but l’intérêt de l’Algérie et des Algériens.Quelle sera la suite ?

Cet Appel est en soi un lieu de rassemblement. Il faut lui assurer la plus large diffusion en arabe, tamazight, français et anglais.

Il est aussi un lieu de réflexion, de débat et de propositions sur les actions à préparer à partir de maintenant pour réaliser la convergence populaire en vue de construire une nouvelle Algérie avec un esprit et des institutions rénovés.

Il sera suivi d’autres, en fonction de l’évolution des événements.

*Paru dans tsa-algerie / samedi 16 septembre 2017

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*Selon Boukrouh, dans un article précédent Sur TSA, 

Nourredine Boukrouh  compare l’Algérie à « un bateau ivre » après « sa prise par des corsaires en beau milieu du Triangle des Bermudes ».

Dans un style mélangeant l’ironie et la moquerie, Boukrouh pense que l’affaire Tebboune a été réglée à El Alia, lors des obsèques de Réda Malek. « Qui a tranché ? S’il subsistait un doute, il a été levé au cimetière d’ ‘al-Alia’ », affirme-t-il.

Plus précis, il développe : « Tout le monde sait maintenant ce qui s’est passé : Tebboune n’a pas touché Haddad, c’est à peine s’il a allusivement louché sur ses milliards. En représailles, Haddad a touché Saïd Bouteflika. Bouleversé par ce qu’il a entendu, Saïd a touché Abdelaziz Bouteflika. Fou furieux de ce que lui a raconté son frère, le Président en touche un mot à Ouyahia qui en touche un autre à ‘Ennahartv’, et le voilà touché par la grâce de redevenir Premier ministre ! ».

Pour lui, c’est Haddad qui est à l’origine du limogeage de Tebboune. « La chaîne de commandement est apparue clairement : Haddad tient Saïd car en politique il n’y a pas d’amitié mais seulement des intérêts. Saïd tient son frère dont il est l’unique interface avec le monde. Ouyahia est là pour, comme à son habitude, accomplir ce qu’on lui demande d’accomplir en parfait ‘homme d’État’, et vogue la galère jusqu’en 2019 où nous avons un cinquième rendez-vous avec notre destin, rendez-vous qui nous enfoncera aussi sûrement que les précédents ». L’ancien ministre du Commerce assure que Bouteflika veut « être seul aux commandes, même absent, même invisible, même en état de mort clinique ».

Poursuivant sur un ton grave, il dit que « le pays est livré à la corruption, aux forces de l’argent, aux éboueurs de service et le sera encore davantage dans le proche avenir ». « Il n’y a jamais eu en Algérie de ‘peuple souverain’, d’ ‘État de droit’, d’ ‘institutions démocratiques’, de ‘parlement représentatif de la volonté populaire’, de ‘Conseil constitutionnel’, d’ ‘élections’, d’ ‘opposition’ », affirme Boukrouh.

Pour lui, l’Algérie est « malade de Bouteflika », qui est « une entrave à la formation d’un État de droit et à l’impulsion d’une politique saine pour bâtir une Algérie solide ».*TSA / 17 Août 2017

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Ali Haroun. Avocat

«Nous vivons dans un système né dans la violence,

maintenu par la force

et perpétué par la manipulation des scrutins»

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le 26.09.17 | 

Responsable au sein de la Fédération de France du FLN durant la Guerre de Libération nationale, avocat, ancien membre du HCE (Haut comité d’Etat), instance présidentielle née après la démission du président Chadli, Me Ali Haroun trouve indispensable de revenir à l’histoire pour comprendre la situation d’impasse dans laquelle se trouve le pays. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, il argumente en revisitant les événements à la veille de l’indépendance, et juste après…

- Comment un pays comme l’Algérie, avec ses ressources naturelles et humaines, qui a fait une Révolution historique, puisse se retrouver aujourd’hui dans une situation d’impasse ?

Certes, notre pays a mené une guerre de libération qui marquera l’histoire. On ne peut en dire autant de la période post-indépendance. D’où la situation d’impasse que vous évoquez. Pour comprendre le présent, il est indispensable de revisiter le passé.

Au risque de paraître radoteur, je rappelle encore une fois la fracture fondamentale du Congrès de Tripoli, le 6 juin 1962, fracture qui a disloqué un consensus national édifié par sept années et demie de sacrifices d’une intensité rarement atteinte dans d’autres pays. Sans doute de 1954 a 1962 l’intégralité du peuple ne s’est-elle pas rassemblée sous les plis du FLN et les administratifs invétérés, les harkis, la « Troisième force» et les résidus du MNA, sont demeurés hors du consensus national.

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Mais la Révolution «lancée dans la rue», selon l’expression de Larbi Ben M’hidi, a été reprise à bout de bras par la très grande majorité des Algériens, unis dans l’action et convaincus de sa victoire. Par la vertu de ce consensus, le colonialisme est vaincu et l’indépendance conquise.

Au-delà des ressources humaines et des richesses naturelles, c’est une volonté générale tendue vers le même but qui a permis le succès de cette action inimaginable, conçue par le «CRUA» (Comité révolutionnaire d’unité et d’action, ndlr), décidée par les «22» et entreprise par les «6». Ce consensus, brisé le 6 juin 1962 et jamais rétabli explique, s’il ne justifie pas, cette situation d’impasse.

- On ne voit pas très bien le lien entre la cassure dont vous parlez et l’état de notre pays 55 ans plus tard…

Pour mieux saisir ce lien, il conviendrait d’en rappeler avec plus de détails les motivations occultées par les pouvoirs successifs et que la génération actuelle semble ignorer. Après le cessez-le-feu et à la veille de l’indépendance, le Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA), organe suprême du FLN, se réunit à Tripoli (Libye) pour définir le programme idéologique et décider de la «Direction» (ou Bureau politique) du parti unique de l’Algérie naissante.

Ces décisions doivent être prises lors d’un Congrès extraordinaire, dont le président est Mohamed Benyahia, assisté de deux vice-présidents : Omar Boudaoud et Ali Kafi. La séance est ouverte le 28 mai 1962 à 9h30. Après avoir discuté de la «Plateforme» dite alors projet de Hammamet, qui est adoptée à l’unanimité par 69 voix, soit 52 membres présents et 17 représentés, l’on passe à la désignation des membres du «Bureau politique» qui devait constituer après ce vote l’Autorité suprême jusqu’au prochain congrès (article 28 des statuts du FLN).

Dans sa séance de nuit du 3 juin, l’assemblée désigne la commission chargée de «déterminer les prérogatives (du Bureau politique) et de désigner les personnes (qui le composent)». Sur proposition de Bentobbal, elle comprend Hadj Benalla, Mohamed Benyahia, Omar Boudaoud et Kadi Mohamed (Boubekeur). Présidée par Benyahia, elle est chargée de procéder aux «consultations» pour proposer à l’assemblée plénière une liste susceptible de recueillir l’adhésion des deux tiers des votants.

Cette majorité qualifiée des deux tiers, de même que le vote à bulletin secret concernant la désignation des membres du CNRA sont exigés par les statuts du FLN (articles 29 et 26). Cette commission de «sondages» a entendu, individuellement, chacun des participants, recueilli ses observations, noté ses propositions. Mais, dans les couloirs, l’ambiance, surchauffée, se détériore au fur et à mesure que les rumeurs de mésentente entre Ahmed Ben Bella et ses amis, d’une part, le GPRA de l’autre, se répandent et se précisent.

Il est vrai que parmi cette cinquantaine d’hommes venus des maquis, de la clandestinité, des prisons ou des camps, alors réunis pour une décision de la plus haute importance historique et dont beaucoup se rencontraient pour la première fois, il n’était pas évident de parvenir à une compréhension et entente immédiates.

Les événements de l’année précédente avaient en effet engendré, entre le GPRA et l’état-major général, une grave opposition et Ben Bella, vice-président du GPRA, semblait convaincu du bien-fondé de ces accusations contre le président et ses ministres, spécialement les «Trois B» : Belkacem Krim, Abdelhafid Boussouf et Abdallah Bentobbal. Si l’on y ajoute les dissensions, qu’une longue détention commune avait rendues inévitables, l’on comprend aisément l’existence de groupes distincts et opposés.

Par contre, ce qui n’était plus un secret pour personne, c’était la franche adversité opposant Ben Bella à Boudiaf, parvenue à un point de non-retour. Un soir, Ben Bella demande à voir un membre de la Fédération de France du FLN. Mes amis me proposent. Nous nous retrouvons dans une chambre de l’hôtel «El Mehari». La discussion se poursuit tard le soir. Il m’explique que sa proposition d’une liste de cinq plus deux (les cinq détenus d’Aulnoy, plus Hadj Benalla et Saïd Mohammedi) pour constituer le Bureau politique est la mieux placée pour parvenir aux deux tiers des voix.

Le bon sens commandait cependant que l’on ne pouvait, décemment, éliminer de la première direction de l’Algérie indépendante les trois hommes qui furent, ces dernières années, les véritables meneurs de la Révolution et leur exclusion aurait constitué non seulement une ingratitude manifeste, mais encore une grave erreur aux conséquences susceptibles d’ébranler les fondations initiales de notre futur Etat. Du moins, le pensais-je.

Aussi me paraissait-il nécessaire d’adjoindre, aux «Cinq», Krim, Boussouf et Bentobbal qui, malgré toutes les critiques encourues (la mort de Abane Ramdane, leur neutralisation réciproque et son impact négatif) avaient, au travers des dangereuses tempêtes essuyées, mené le bateau «Algérie» à bon port.

Nous accostions aux rivages de l’indépendance et il ne semblait pas concevable qu’un homme qui, pour des raisons certes indépendantes de sa volonté, est demeuré sur la touche, puis «hors de combat» comme l’a dit de Gaulle, puisse d’un revers de main renvoyer ceux qui furent totalement engagés dans ce combat et le dirigèrent jusqu’à son heureuse conclusion.

D’après une rumeur persistante, l’on s’avait déjà que Boumediène, chef d’état-major, était acquis aux thèses de Ben Bella. Dès lors, le Bureau politique proposé par le vice-président apparaissait en fait celui de l’alliance Ben bella-Boumediène. Conscient des dangers imminents guettant le pays et pouvant déboucher sur une confrontation, dont le dernier mot reviendrait aux armes, je rappelai à mon interlocuteur cette vieille maxime : «On peut tout faire avec les baïonnettes, sauf s’asseoir dessus».

En a-t-il pris conscience ? Le 5 juin 1962, les congressistes sont invités à se réunir en séance plénière. Mohamed Benyahia, rapporteur de la commission, déclare : «En ce qui concerne le problème de la désignation de la Direction, nous avons entendu les avis de tous les membres de l’Assemblée. A la lumière de ces avis, nous avons essayé de proposer à vos suffrages une liste susceptible de recueillir la majorité des deux tiers et qui soit acceptable par les frères qui la composent.

Nous avons le triste devoir de vous informer que nous avons échoué dans notre mission. En conséquence, nous vous proposons, sans aucune ouverture de débat, de désigner une autre commission.» S’ouvre alors une discussion extrêmement tendue, au cours de laquelle certains proposent de désigner une seconde commission sans ouverture de débat, celle-ci ayant toutes les chances de réussir là où la première avait échoué.

- Quel a été le sort de cette seconde commission ?

Pour certains, un débat sur l’échec de la mission aurait ramené à la surface tous les griefs accumulés contre les uns et les autres par ces longues années de guerre. Pour d’autres, ils préféraient «vider leur sac» ici et maintenant pour rentrer avec une direction homogène, d’une autorité incontestée. Mais aucun des groupes ne désirait, dans la composition du futur Bureau politique, se retrouver otage de l’autre. L’essentiel, bien entendu, était pour certains d’y détenir une confortable majorité.

L’on sentait bien que, pour y parvenir, toute voix susceptible de compter dans les deux tiers fatidiques était bonne à prendre, et chaque compétiteur prêt à y mettre le prix. Alors que l’on discute de l’éventualité de cette seconde commission, Tahar Zbiri, commandant en exercice de la wilaya I (Aurès-Nememchas) demande que lui soit reconnu le droit de voter par procuration au nom de trois membres de son conseil de wilaya. Comme il ne dispose pas des procurations écrites comme l’exige l’article 32 des statuts du FLN, il réclame que sa wilaya soit traitée à égalité avec les autres.

La discussion se poursuit dans un climat tendu. C’est sur ce point précis qu’un grave incident éclate. Les esprits s’échauffent. Plusieurs voix se font entendre à la fois. Ben bella intervient pour soutenir Zbiri. Le brouhaha est à son comble. Les congressistes se lèvent. Certains se lancent dans une violente diatribe contre le GPRA. Le président de séance tente désespérément de ramener le calme, tandis que les plus excités invectivent les ministres. En désespoir de cause, pour éviter d’en arriver à de plus graves extrêmes, le président suspend les débats. La nuit du 5, les journées et les nuits des 6 et 7 se passent dans l’attente et l’anxiété.

L’on souhaite que la raison s’impose aux contradicteurs qui, on l’espère, ne sont pas encore adversaires. Mais à mesure que le temps passe, l’on apprend que certains congressistes, dont des ministres et le chef du gouvernement, ont quitté Tripoli. Le lendemain, Bentobbal, Benyahia et moi-même décidons de rejoindre Tunis par la route, notre présence à Tripoli ne semblant plus d’aucune utilité puisque le CNRA s’atrophie de jour en jour. Entre-temps, les membres du CNRA ont essayé de garder le secret de cette fissure, mais petit à petit, la chose s’est ébruitée surtout lorsque, plus tard, Khider déclara publiquement ne plus faire partie du GPRA.

L’indépendance est proclamée, le GPRA rejoint Alger. Certains, dont Ben bella, ne rentrent pas avec le Gouvernement mais passent par le Maroc pour rejoindre Tlemcen où ils s’installent. Le 22 juillet, lors d’une conférence de presse, Ben bella annonce la composition du Bureau politique composé de 7 membres, soit les 5 anciens détenus du Château d’Aulenoy, plus Mohamedi Saïd et Benalla, tous «élus à Tripoli», précise-t-il. L’on se pose alors la question : «Comment ont-ils été élus, à quelle séance, quel quorum ?».

Par la suite, nous apprenons qu’un procès-verbal de constat signé le 7 juin établissait que Benkhedda avait quitté le CNRA, entraînant l’arrêt des travaux du congrès. Ce P.V ou plutôt pétition est signé par des membres du CNRA, représentant les Wilayas I, II, III, IV, V et VI, et certaines personnalités indépendantes. Pour nous, signer un procès-verbal en dehors de la session était non conforme aux statuts du FLN. Néanmoins, nous espérions que le CNRA allait se réunir au mois d’août 1962 pour mettre un terme à ce grave incident.

En vain. Finalement, certaines de ces wilayas censées avoir signé le P.V en faveur de Ben bella s’étaient opposées les armes à la main à l’armée de Boumediène, soutien de Ben bella. Ce qui a conduit à une lutte fratricide, poussant le peuple à crier dans la rue «Sebâa Snine Barakat» (7 ans ça suffit). Voilà le mauvais départ. Voilà le vice originel dont souffre notre pays. L’Algérie indépendante s’est constituée sur un acte de violence, et sur la même violence elle a entamé ses premières années.

Pour mettre un terme au régime de Ben bella issu de la force, le second régime utilise une violence plus manifeste encore. Investir de nuit le domicile du président de la République, procéder à son enlèvement et l’emprisonner arbitrairement sans jugement durant 14 années est une violence qui crève les yeux. Tahar Zbiri, l’un des participants de la déposition de Ben bella, pouvait logiquement se dire : «Puisque la violence paye, pourquoi pas moi ?» D’où le putsch avorté de décembre 1968.

Quant au chef de l’Etat algérien, il est de notoriété publique qu’il a été désigné par un groupe de personnes qui se compte sur les doigts d’une seule main, mais qui avait l’avantage décisif de détenir la force armée. En définitive, depuis l’indépendance, la façon dont est géré le pays ne repose nullement sur un consensus. Raison pour laquelle aujourd’hui nous sommes dans l’impasse la plus totale. Remontez jusqu’à Massinissa, Jugurtha, Firmus, Tacfarinas, l’Emir Abdelkader, El Mokrani, vous verrez que jamais nos ancêtres n’ont pu parvenir à un consensus national. C’est pourquoi le groupe des «Six» du FLN semble avoir joué un rôle unique dans notre histoire millénaire.

Il a réussi ce que nos anciens héros n’ont pu réaliser. Les frontières que les «Six» ont défendues s’étendent de la Méditerranée au Niger, et du Maroc à la Tunisie. Ce ne sont plus les petits royaumes d’antan. Et leur victoire est due essentiellement au consensus qui s’est cristallisé autour de leur initiative. C’est précisément ce sentiment qui engendre la foi qui, elle, renverse les montagnes. Malheureusement, ce consensus qu’ils avaient réussi à instaurer pour cimenter la cohésion au sein du FLN de l’époque a été brisé par les insanités de Tripoli.

- Mais comment Ben bella pouvait-il être aussi puissant pour confisquer le cours de l’histoire le 22 juillet 1962 ?

En fait, ce n’est pas Ben bella qui était puissant, c’est Boumediène qui l’était par la force des armes qu’il détenait. Chef de l’armée des frontières, il était le fusil qui manquait à Ben Bella, lequel ne disposait que de son aura. Mais l’aura représente combien de divisions, comme se demandait un chef du parti nazi. En résumé, inconnu à l’intérieur du pays, Boumediène avait besoin d’un drapeau et ce fut Ben bella. Dès lors, fusil et drapeau se complétaient pour s’imposer à une volonté populaire librement exprimée.

- Et trois ans après il est démis par celui-là même qui l’a porté au pouvoir…

C’était évident. Comme il est rapporté plus haut, j’ai discuté avec Ben bella durant des heures pour lui demander de constituer un bureau politique de consensus, en lui disant en substance : «Vous les Cinq qui n’avez pas exercé de responsabilité avez gardé une certaine ‘‘virginité politique’’ et n’êtes susceptibles d’aucune critique comme Krim, Boussouf et Bentobal, qui étaient les chefs de la guerre».

Qu’on le veuille ou le déplore, c’est ce trio qui a dirigé la Révolution. Ils ont commis des erreurs certes, parfois graves, mais tout de même, ils ont mené le vaisseau au port. L’indépendance était a portée de main dans le mois suivants et l’on ne pouvait constituer un Bureau politique, en vérité un pré-gouvernement algérien en l’absence de ces dirigeants qui ont conclu les Accords d’Evian.

Comment concevez-vous qu’un Krim Belkacem qui a apposé sa signature au bas de ces Accords, acte de naissance de l’Algérie indépendante, soit écarté du gouvernement tout comme Bentobbal, Boussouf, Benkhedda, Yazid Dahlab et j’en passe ? De nombreux et authentiques acteurs de la guerre de Libération ont été délibérément écartés.

Lorsque Ben bella, grisé par son charisme du moment, va cumuler tous les pouvoirs, il est président de la République, chef du gouvernement, chef du parti unique, et détient 6 ou 7 portefeuilles ministériels. C’est au moment où il devait écarter Bouteflika, ministre des Affaires étrangères, que Boumediène va le déposer. En fait, ce dernier savait que son tour, en tant que ministre de la Défense, allait arriver juste après. Puisque dès le 22 juillet 1962 on s’appuyait essentiellement sur le droit de la force pour s’accaparer du pouvoir, il fallait s’attendre aux conséquences de cette violence…

- Après Boumediène, Chadli a fait la même chose…

C’est la preuve qu’il n’y eut jamais plus de volonté pour bâtir un pouvoir consensuel. Pas de compétition pour parvenir à la tête de l’Etat. Ben Bella était seul candidat. Boumediène ne s’est même pas présenté au suffrage des citoyens. Durant tout son règne, il a régi le pays par voie d’ordonnances. Exit la loi. Exit le Parlement. C’est pourquoi le coup de force originel de juin 1962, qui a ouvert la voie de la violence est, me semble-t-il, la source même de tous nos malheurs.

- Voulez-vous dire que l’impasse d’aujourd’hui est le fruit de cette violence qui a marqué la naissance de l’Algérie indépendante ?

Absolument. C’est mon avis personnel. L’impasse dans laquelle nous vivons est une séquelle de cette cassure d’une gravité exceptionnelle. Le FLN authentique (c’est-à-dire celui de 1954 à juin 1962) était parvenu à établir un consensus qu’il fallait préserver, au moins le temps de rentrer tous ensemble pour installer en commun une assemblée, de laquelle aurait émané un gouvernement, celui de tous les Algériens. Depuis juin 1962, le peuple algérien vit dans la désunion avec lui-même. Ne vous fiez pas aux 99,61% des voix accordées à Ben Bella, puis 99,38% à Boumediène, puis 98,95% à Chadli Benjedid. Nous savons ce qu’il en est de ces scores staliniens.

- Qui est en mesure d’aller vers ce consensus et avec qui ?

La même question avait été posée à la veille de la Révolution. Beaucoup se demandaient qui est capable de s’opposer efficacement au colonialisme ? Ferhat Abbas ? Messali Hadj ? Le Docteur Bendjelloul ? Personne n’était sûr de pouvoir entraîner le peuple dans ce qui semblait être une aventure.

Mais six cadres inconnus ont osé entreprendre cette œuvre colossale. Ils étaient jeunes et sans stature particulière dans la hiérarchie du PPA-MTLD. C’est vrai qu’ils faisaient tous partie de l’OS (l’Organisation Spéciale), mais aucun d’entre eux n’exerçait de rôle décisionnel dans la direction du Parti. Ils ont pourtant réussi.

- Pourquoi l’alternance au pouvoir n’est-elle toujours pas permise et que les Présidents sont toujours choisis parmi le cercle de «la famille révolutionnaire» ?

Il me semble que la famille révolutionnaire, ou plutôt ce qui reste des moudjahidine, ont rempli leur mission, le plus jeune d’entre eux étant aujourd’hui octogénaire ou presque. Ce n’est pas à cet âge qu’on peut avec succès gérer un pays comme l’Algérie. Nous avons beaucoup de respect pour tous. Mais la «famille révolutionnaire» est-elle encore indispensable à la gestion du pays ?

- Comment voyez-vous la sortie de cette impasse et surtout est-elle possible ?

Je n’ai pas le don de divination, mais je reste optimiste. Je me réfère à ce que notre génération a vécu. Ceux qui ont arraché l’indépendance n’avaient pas les moyens matériels, et le contexte de l’époque s’avérait infiniment plus grave que celui d’aujourd’hui. La situation de l’Algérie de 2017 n’est pas pire que celle de 1953.

Oser s’attaquer au colonialisme durant cette période était de loin plus difficile que de lutter pour sortir de la crise d’aujourd’hui. Si l’on arrive à tenir un langage susceptible de restaurer ce consensus, tous les espoirs sont permis. Les Six ont réussi parce qu’ils savaient exprimer la volonté profonde de tout un peuple.

Ben M’hidi l’a si bien expliqué par son «Jetez la Révolution dans la rue, le peuple s’en chargera !» Durant la lutte, il n’y a pas eu d’élections des responsables. Pourtant, les citoyens n’étaient pas mobilisés par la force. Ils adhéraient au FLN de leur plein gré. C’est pourquoi la prémonition de Ben M’hidi s’est concrétisée.

- Le débat politique est focalisé actuellement sur la nécessité d’une élection présidentielle anticipée en raison de l’état de santé du Président. Peut-on connaître votre avis sur le sujet ?

Je n’ai aucune information pour me prononcer sur le sujet en connaissance de cause. Mais je peux m’interroger sur l’objectif recherché par une élection présidentielle anticipée. Est-ce qu’on sait ce qui va en sortir ? Je ne le sais pas. Ce que je voudrais éviter à notre peuple, c’est de jouer à la roulette russe…

- Voulez-vous dire qu’une élection anticipée est porteuse d’un risque ?

Jusqu’à 2019, il peut se passer bien des choses. Supposons qu’il ne se passe rien. Je considère que bonne ou mauvaise, peu importe, la Constitution existe. Le plus important, c’est qu’elle soit respectée. En son temps, j’ai critiqué cette Constitution et celle de 1963 pour les motifs exposés dans ma déclaration sur le projet de réformes politiques annoncées par Monsieur le Président de la République dans son discours du 15 avril 2011. (Publié dans la presse nationale du 15 juin 2011). Aujourd’hui, nous disposons d’une Constitution.

Appliquons-la correctement. Le président Bouteflika a bien déclaré : «Arrêtons les élections à la Naegelen» dans son discours de Sétif. Cela veut dire que lui-même souhaite une élection normale, saine et honnête, débarrassée des scores des interventions extra-légales. Est-ce qu’on y parviendra ? Je ne sais pas.

Nous vivons dans un système né dans la violence, maintenu par la force et perpétué par la manipulation des scrutins. Ces remarques caractérisaient également le régime colonial. Et pourtant, nos concitoyens de la précédente génération y ont mis un terme. Chaque génération a un rôle particulier à remplir dans la longue chaîne de notre Histoire nationale.  *Salima Tlemçani – el watan – mardi 26 septembre 2017

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Mohamed Gouali. Directeur général de StraFin Global Advisory

«Le problème est structurellement grave»

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*el watan- le 18.09.17 | 

- Le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, aurait confié, selon le quotidien Le Soir d’Algérie, que «nous n’avions pas de quoi payer les salaires de novembre». Que signifient exactement de tels propos ?

***Si tant est que ces propos aient été réellement tenus, pour moi ils appellent deux remarques. Tout d’abord, le Premier ministre refait la même erreur que celle qu’il commettait déjà à ce poste il y a quelques années, lorsqu’il avait annoncé un plan quinquennal de 500 milliards de dollars. Certaines informations ont une portée critique et devraient être protégées.

Ensuite, ces propos signifient aussi que le gouvernement n’a pas la maîtrise du budget qu’il a lui-même défini dans la loi de finances 2017. Et s’il n’a pas cette maîtrise, c’est qu’il n’a pas été capable stratégiquement et techniquement de rendre l’économie algérienne moins dépendante d’une variable exogène qui est le prix du pétrole.

Clairement, les gouvernements successifs depuis 1999 n’ont jamais su être à la hauteur des responsabilités que leur confèrent leurs fonctions, à savoir gagner la guerre d’indépendance de l’économie algérienne. Et ce ne sont sûrement pas les professionnels de la politique politicienne actuels qui sont capables d’imaginer des solutions créatives pour éviter que le pays ne sombre dans ces situations désespérantes, au point où l’on en vienne à s’inquiéter sur le versement des salaires en novembre.

L’Algérie a besoin d’une véritable révolution politique, régie par des règles réellement démocratiques, pour faire émerger une génération de leaders compétents, patriotes et faire définitivement oublier celles et ceux qui ont miné et perverti le devenir de ce grand peuple.

- La révision de la loi sur la monnaie et le crédit pour ouvrir la voie à ce qu’ils appellent le financement non conventionnel, autrement dit le recours entre autres à la planche à billets, est-elle la bonne solution ou la seule alternative pour régler le problème des déficits ?

J’ai déjà eu l’occasion d’aborder ce problème dans vos colonnes, mais la situation aujourd’hui est encore plus grave.
Quand on en arrive au point de ne même plus pouvoir payer les salaires, c’est que le problème est structurellement grave et il n’y a aucune bonne solution dans des mesures d’urgence telles que le financement non conventionnel, car elles ne règlent en rien le problème structurel.

Certes, dans le court terme, cette solution peut être un recours pour le versement des salaires de novembre entre autres engagements de l’Etat, mais ce n’est en aucun cas une solution pérenne. Qu’en sera-t-il pour le reste du temps ? Et ce n’est certainement pas une solution au problème des déficits, car cela ne fait que déplacer ce dernier. Le recours à un financement non conventionnel permet en effet de maintenir un niveau des dépenses, alors que celui-ci excède celui des ressources.

Certes, le déficit budgétaire peut donc être à court terme soulagé artificiellement, mais cet outil demeure illusoire, car il engendrera une dépréciation encore plus dramatique du dinar qui va progressivement annihiler l’effet de ce financement non conventionnel, puisqu’il induira de l’inflation importée.

- Quelles seront réellement les répercussions d’une telle décision sur l’économie nationale ?

Comme je l’ai dit précédemment, les répercussions sur l’économie nationale pourraient être une aggravation des déficits, une dépréciation accrue du dinar et une hausse de l’inflation. Nous n’avons pas une réelle économie productive, par conséquent toute velléité de reconstruire un tissu économique productif sera laminée à ses racines.

- Est-ce que le recours à une telle mesure veut dire que les caisses de l’Etat sont totalement siphonnées, alors qu’on a annoncé que les réserves de change était à 105 milliards de dollars ?

***Rappelons déjà que ces réserves étaient encore de 177 milliards de dollars en 2014 et que nous devrions finir l’année avec moins de 100 milliards. La dynamique baissière de nos réserves est plus qu’inquiétante. Le fait que les réserves de change s’élèvent encore à 105 milliards de dollars ne signifie en rien que les caisses de l’Etat ne sont pas vides. Les réserves de change figurent à l’actif de la Banque centrale et non à l’actif du Budget de l’Etat.

Certes, elles peuvent aider, puisque la Banque centrale peut créditer les comptes publics, mais elle le fait habituellement en fonction et au rythme des entrées de devises. Nous sommes loin du modèle norvégien qui ne s’autorise qu’à prélever, pour équilibrer si besoin le budget de l’Etat, qu’une part des revenus induits par la gestion des fonds provenant des exportations de pétrole. Certes, il est possible de puiser dans les réserves de change pour équilibrer le budget, mais ce ne serait pas une solution pérenne.

Si le gouvernement n’a pas assez de ressources pour équilibrer le budget, il lui reste deux options : ou il fait preuve de courage politique et provoque une véritable onde de choc, salvatrice, en s’attaquant aux problèmes structurels du pays, ou c’est la fuite en avant par le recours à l’emprunt. Et dans ce cas, il est préférable de le faire tant que nous avons des réserves de change qui garantissent aux créanciers que nous sommes solvables, d’autant que notre niveau d’endettement demeure très bas, autour de 17% du PIB pour 2017.

L’Arabie Saoudite a par exemple préféré emprunter en octobre 2016 sur les marchés internationaux 17,5 milliards de dollars à un coût assez bas (11 milliards à 5 ans à 2,375% et 6,5 milliards à 30 ans à 4,5%), plutôt que de trop puiser dans ses réserves de change et préserver ainsi sa solvabilité. Nous pourrions également mentionner les émissions en bons islamiques de 9 milliards de dollars et 4,5 milliards émis respectivement en avril et juillet 2017, émissions dont la dernière a été sursouscrite pour un montant 3 fois supérieur.

Ce serait, de mon point de vue, une très grave erreur que de vider ces réserves de change et de n’avoir recours à l’emprunt qu’une fois que les réserves vides. Comme je l’ai déjà indiqué dans une interview précédente, cela signifierait que nous attendrions d’être ruinés pour emprunter ! Personne ne nous prêterait de l’argent dans cette situation extrême et le recours au FMI serait alors la seule issue. Politiquement, socialement, et financièrement, cette solution serait extraordinairement coûteuse.  **Said Rabia / el watan / lundi 18 septembre 2017

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Abdesselam Ali-Rachedi. Ancien ministre

«Le dérapage incontrôlé des finances publiques a commencé en 2012»

«L’injection massive de liquidités va augmenter la masse monétaire sans augmentation équivalente de la quantité de biens et va se traduire par une hausse généralisée des prix. Autrement dit, une perte de pouvoir d’achat pour tous les revenus fixes», prévient Ali-Rachedi, qui a été par le passé également député de l’opposition (FFS) 1997- 2002.

- Le Premier ministre Ahmed Ouyahia a présenté son plan d’action devant l’APN. Vous a-t-il convaincu ?

On pouvait légitimement attendre du Premier ministre une démarche rationnelle avec un diagnostic précis de la situation, les mesures qu’il entend prendre pour y remédier, les moyens qu’il compte utiliser pour y parvenir et un calendrier réaliste de mise en œuvre.

Au lieu de cela, on a eu droit à un discours démagogique dans le plus pur style populiste avec des chiffres contradictoires, des promesses impossibles à tenir, et surtout une comparaison douteuse avec de grandes puissances. Au lieu de dire comment il va procéder pour réduire le déficit, il a surtout insisté pour dire que rien ne changerait. Enfin, en s’engageant sur cinq ans, il fait l’impasse sur la présidentielle de 2019, comme s’il était certain d’être encore aux affaires après cette date.

De plus, il a soigneusement évité d’aborder la question de la responsabilité. Comment se fait-il que l’Etat qui a engrangé plus de 850 milliards de dollars de revenus entre 2000 et 2016 se trouve aujourd’hui au bord de la faillite. Au départ, la création du Fonds de régulation des recettes (FRR) était une bonne idée.

Le FRR avait été institué pour pouvoir disposer d’une épargne budgétaire si le prix du baril descendait en-dessous du prix de référence fixé dans la loi des finances. Or, durant les années 2000 à 2015, le prix du baril n’est jamais descendu au-dessous du prix de référence (17 dollars, puis 37 dollars/baril). Pourquoi alors avoir violé la loi en ayant puisé dans ce fonds jusqu’à son épuisement en février 2017 ?

Le dérapage incontrôlé des finances publiques a commencé en 2012, année où le budget de fonctionnement avait été largement mis à contribution pour se prémunir de la contagion de ce que les médias avaient appelé le «printemps arabe». Selon des données officielles, le seul budget de fonctionnement avait englouti près de 67 milliards de dollars, soit plus que les recettes pétrolières. Le déficit global du Trésor pour 2012 avait atteint le chiffre abyssal de 21%. L’impasse budgétaire n’était pas loin. A partir de cette année-là, la croissance des dépenses est devenue plus rapide que celle des recettes.

On pouvait donc anticiper et tenter de redresser la barre avant qu’il ne soit trop tard. Pire encore, alors que la chute du prix du baril, à partir de juin 2014, s’installait dans la durée, le pouvoir est resté totalement passif, dans l’espoir insensé d’une remontée des cours du brut. En dépit de cette situation, le gouvernement a fixé dans la loi de finances pour 2015 le total des dépenses budgétaires à plus de 8600 milliards de dinars.

En toute irresponsabilité ! Le Premier ministre s’engage à faire des réformes structurelles, mais n’en dévoile pas la teneur pour autant. Or, on sait que ces dernières sont plutôt douloureuses et impopulaires, d’où la nécessité de prévoir des «amortisseurs» pour accompagner ces réformes. On se demande alors pourquoi ne pas avoir fait ces réformes en période d’aisance financière plutôt que contraint et forcé aujourd’hui. Quel crédit accorder, dans ces conditions, au plan d’action du gouvernement ?

- Le recours au financement non conventionnel fait polémique. Le gouvernement a-t-il un autre choix ?

Le financement non conventionnel signifie que le Trésor, qui est la banque de l’Etat, et qui possède, comme toutes les banques commerciales, un compte à la Banque d’Algérie, dispose dorénavant de la possibilité de payer à découvert. Dans la loi actuelle, la Banque d’Algérie peut consentir des avances au Trésor, mais pour une durée limitée à 8 mois maximum et pour un montant égal à 10% de la fiscalité ordinaire de l’année précédente. L’amendement fait sauter ces deux conditions et surtout l’obligation de rembourser.

Le plan d’action du gouvernement ne précise pas les montants du financement non conventionnel, mais le Premier ministre a avancé des besoins de financement de l’ordre de 20 milliards de dollars par an, ce qui est considérable et aura des conséquences désastreuses.
Pour appuyer la décision de recourir à la planche à billets, le Premier ministre cite l’exemple de plusieurs pays développés qui ont eu recours au «quantitative easing», c’est-à-dire à la création monétaire sans contrepartie.

Mais il oublie de dire que ces pays ont des économies solides qui souffraient juste d’une récession conjoncturelle et que le problème chez eux était le risque de déflation, c’est-à-dire la baisse des prix. De plus, l’injection de liquidités était destinée aux banques commerciales et non aux Etats pour combler leur déficit. Ces Etats recourent aux marchés financiers pour s’endetter. Toutes conditions n’ayant absolument rien à voir avec la situation de notre pays. Le gouvernement a-t-il un autre choix ? Clairement non, sauf à remettre en cause les fondements du régime.

- Quelle serait l’incidence de cette option d’abord sur la monnaie, et ensuite sur le pouvoir d’achat ?

L’injection massive de liquidités va augmenter la masse monétaire sans augmentation équivalente de la quantité de biens et va se traduire par une augmentation généralisée des prix. Autrement dit, une perte de pouvoir d’achat pour tous les revenus fixes (salariés, retraités…). C’est comme si on imposait un impôt supplémentaire sur les revenus, sauf que ceux qui ont la possibilité d’augmenter leurs prix seront peu ou pas touchés. De fait, le dinar perdra de sa valeur par rapport aux devises étrangères et les importations seront plus chères.

- Vous avez déclaré que le déficit n’est qu’un «symptôme d’une maladie sous-jacente». Quelle est cette maladie ?

C’est là le problème ! La maladie de l’Algérie, c’est qu’elle n’a pas d’économie productive ou si peu. Par économie productive, on sous-entend une économie qui crée des richesses, sous forme de biens et de services. Or, l’Algérie vit à 90%, directement ou indirectement, d’une richesse naturelle non renouvelable constituée par les hydrocarbures.

La rente pétrolière structure tout le corps social algérien, chacun étant en compétition avec les autres pour accaparer une part de cette richesse. L’Etat lui-même, pour ses ressources fiscales, a pris l’habitude de compter plus sur la fiscalité pétrolière que sur la fiscalité ordinaire. Dans un tel système, c’est la proximité avec l’Etat et ses démembrements qui permet de s’accaparer d’une part plus grande de la rente pétrolière.

On a ici des rentes de situation. L’entrepreneur qui réussit n’est pas celui qui prend des risques en affrontant le marché, mais celui qui connaît la personne bien placée pour lui garantir l’accès à la commande publique et la protection, voire une situation de quasi-monopole. On peut parler alors d’économie rentière. Et son corollaire, la corruption.

- Se pose alors la question suivante : que faire pour sortir de cette impasse ?

Il faut d’abord se demander pourquoi le pouvoir algérien dépense autant ? Transferts sociaux, soutien aux produits de première nécessité, logements sociaux, énergie et eau à bon marché…

En fait, il existe comme un deal implicite entre le pouvoir et les citoyens, ce deal pouvant s’énoncer ainsi : «Je vous accorde des droits sociaux, mais vos droits politiques sont confisqués». Ainsi, le pouvoir, n’ayant pas de légitimité démocratique, s’octroie une légitimité à bon compte en achetant la paix sociale.

Sauf que ce système ne peut fonctionner qu’avec l’argent du pétrole. On l’a bien vu en 2012, année où le pouvoir a dépensé 67 milliards de dollars en fonctionnement, dont une grande partie a servi à se prémunir contre une potentielle contagion du «printemps arabe». Si le pouvoir manque à ses engagements, les citoyens ne se sentent plus dans l’obligation de lui être soumis. C’est pourquoi le pouvoir craint par-dessus tout la mise en œuvre de réformes structurelles, qui pourraient remettre en cause le «deal implicite».

Pour sortir de l’impasse, il faut un changement du système de pouvoir et donc il faut des institutions légitimes. Il faudra bien entendu entamer des réformes structurelles destinées à casser les rentes et créer les conditions d’une économie véritable avec un marché concurrentiel. Non seulement une économie tournée vers l’intérieur, mais aussi une économie qui exporte. Autant dire que la mutation sera longue et difficile. Mais la légitimité démocratique et le dialogue social seront là pour calmer les impatiences.

- C’est dans ce contexte de crise que le débat sur la vacance du pouvoir revient avec insistance. Le pays peut-il supporter encore longtemps l’absence du chef de l’Etat jusqu’à 2019 ?

Pour moi, il n’y a pas vacance du pouvoir. Le pouvoir algérien, même s’il fonctionne de manière occulte, ne repose pas sur un seul homme, fut-il le chef de l’Etat. Il y a un système de pouvoir avec son discours, ses pratiques et ses hommes. Le changement, si changement il y a, doit concerner l’ensemble de ce système.

- Certains acteurs appellent à l’intervention de l’armée. Est-ce un recours nécessaire et salutaire ?

Ni nécessaire ni salutaire. Bien au contraire, il faut aider l’armée à sortir définitivement du champ politique. Il est quand même curieux que ceux qui insistent sur la mise à l’écart de Bouteflika par la voie de l’application de l’article 102 de la Constitution ou de sa destitution par l’armée ne nous disent pas qui ils voudraient voir succéder à Bouteflika. Ils ne disent pas non plus comment sortir de la quasi-faillite qui menace le pays.                 

*Hacen Ouali- el watan / 21 septembre 2017

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Où va l’Etat algérien ? 2 d-277817ouyahia-pris-dans-la-toile-75137

Votre seule mission est de trouver des solutions sur comment rendre les Algériens encore plus pauvres 

 “Vous voulez nous dépouiller, pour payer les salaires dépassant les 30 et 120 millions de centimes”

             *Sur la Toile

L’intervention du Premier ministre Ahmed Ouyahia, jeudi dernier, à l’APN, n’a pas laissé indifférents les internautes. Que ce soit sur Twitter ou Facebook, les réactions ont été nombreuses pour critiquer ses différentes répliques à certains députés, notamment de l’opposition.  
Ils s’en sont, ainsi, donné à cœur joie en critiquant, tour à tour, l’annonce concernant la taxe qui sera peut-être imposée à l’avenir aux citoyens désirant se rendre à l’étranger. C’est le cas d’un certain Mohand. “Le système méprise le peuple ; il n’y a aucun doute là-dessus, seulement, à travers son existence, le système l’affiche ou le camoufle au gré des conditions économiques, ou des événements”, écrit-il.
Il ajoute : “Ce mépris n’est jamais autant exprimé que par Ahmed Ouyahia qui est la façade par laquelle le pouvoir opère. La suffisance et l’arrogance de cet homme, son air supérieur et son mépris affiché de tout le monde sont tout simplement rageants”.
D’autres internautes rappellent les conditions économiques et sociales qui ont mené beaucoup d’Algériens vers el-harga. D’ailleurs pour Tarik, “ils savent (le pouvoir, ndlr) mieux que quiconque que beaucoup d’Algériens quittent le pays fuyant cette médiocrité, ce mépris, ce cirque”. “Et toute honte bue, ils veulent amasser une cagnotte sur le dos de ceux-là qui fuient”, s’insurge-t-il.
Sur un ton narquois, Nacer, un autre facebookeur, est allé jusqu’à même proposer d’offrir son… rein au gouvernement. “Vous pouvez le vendre, c’est la meilleure des solutions (…)”, dit-il. “Vous voulez nous dépouiller, vous pouvez d’ailleurs payer avec ceux qui ont un salaire dépassant les 30 et 120 millions de centimes”, ironise-t-il.
Une autre phrase du Premier ministre n’a pas manqué aussi de faire réagir les internautes. “Avez-vous connu les cantines scolaires avant Bouteflika ?”, s’est interrogé Ouyahia. Commentaire de Lotfi, qui n’a d’ailleurs pas dissimulé sa colère : “Apparemment, sa seule mission est de trouver des solutions sur comment rendre les Algériens encore plus pauvres ! S’il nous garantit que les taxes que nous paierons iront pour la restauration des enfants, je suis prêt à payer le double !”, assure-t-il. “Mais d’abord, où sont ces restaurants dont ils parlent ? C’est vrai que finalement il n’y a que lui qui peut dire des sottises pareilles sans avoir froid aux yeux !”
Sur Twitter, le “bashing des twittos” ( le discours anti-Ouyahia) n’a pas été non plus plus clément. Le hashtag “#Ouyahia” est classé même numéro deux au Top trends (les sujets les plus populaires) en Algérie, depuis au moins 24h.
Pour Samir, le discours du chef du gouvernement est injurieux : “On résume tout un pays et tout un peuple à un tube digestif… Ouyahia est une catastrophe vivante ! C’est hallucinant.”
D’autres n’hésitent pas à le comparer à l’ancien président français. “Eux, ils ont eu Sarkozy, et nous, nous avons eu Ouyahia, le gars qui a réponse à tout”, se moque Zineddine.
Plus subtil, Bassaïd, lui, soutient qu’Ouyahia “aurait dû être nommé entraîneur national, car il aurait fait fructifier nos défaites et expliqué que la Zambie avait corrompu l’arbitre…”

*Imène AMOKRANE / Liberté / samedi 23 septembre 2017

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*Les profiteurs du système, Ouyahia  les appelle des  » bâtisseurs » de richesses qu’il faut protéger et encourager

L’affairisme gangrène la sphère publique

L’argent sale, les passe-droits et la politique…

Après les fracassantes déclarations de l’ex-Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, sur l’argent sale qui a envahi la sphère politico-financière, Ahmed Ouyahia fait marche arrière et plaide pour «la nécessité de protéger les  » bâtisseurs » de richesses et pourvoyeurs d’emplois».

Ce même Ouyahia, occupant le même poste en 2012, affirmait lors d’une conférence de presse : «L’argent commande l’Algérie, il commence à gouverner et à devenir un argent mafieux…». Sans la casquette de chef de l’Exécutif, mais avec celle de directeur de cabinet de la Présidence, il avait déclaré en janvier 2016 : «L’argent sale est une réalité.»

Qu’est-ce qui a changé depuis ? Rien, sinon les positions des uns et des autres. Mais entre-temps, les pratiques mafieuses se sont érigées en système qui a pris en otage les institutions de l’Etat. L’argent sale de la contrebande, de la drogue, de la corruption, des détournements des deniers des banques publiques, de l’évasion fiscale ne sert pas uniquement à ériger des fortunes, mais surtout à acheter les complicités au sein de toutes les structures de l’Etat et à avoir la couverture d’un système lui-même basé sur le clientélisme.

Durant ces deux dernières décennies, une poignée d’hommes d’affaires a bâti des empires financiers à l’étranger, alors que leurs activités commerciales sont domiciliées en Algérie et sans que les autorités chargées de la réglementation de change ne les interpellent. Pis encore, cette même caste d’oligarques a bénéficié d’une importante manne financière sous forme de crédits octroyés par des banques publiques et de marchés de gré à gré, avec des avances sur paiement ayant servi à des opérations de surfacturation pour maquiller les manœuvres illégales de transfert de fonds vers l’étranger. Aussi bien les autorités bancaires, fiscales et douanières, et encore moins la justice ne pouvaient ignorer ces pratiques qui gangrènent l’économie du pays. Les rares enquêtes ouvertes ont vite été fermées ou sont restées pendantes. Les exemples d’affaires éclaboussant des hommes d’affaires, des trafiquants de drogue, ou des personnalités politiques sont nombreux et révélateurs. Le plus intrigant est celui de l’ancien wali de Blida, le défunt Mohamed Bouricha.

Poursuivi en 2005 et après une longue instruction qui a duré des années au niveau de la Cour suprême, une dizaine d’hommes d’affaires ont été inculpés et placés sous contrôle judiciaire pour, entre autres, «détournement de deniers publics», «corruption», «faux et usage de faux». Ils étaient poursuivis pour avoir bénéficié auprès du défunt wali de «vastes terrains agricoles et industriels ainsi que des briqueteries publiques», en contrepartie de pots-de-vin. «Le dossier est resté des années au niveau de la Cour suprême. Mais après le décès de Bouricha, il a connu une autre tournure. Une grande partie des mis en cause, devenus entre-temps archimilliardaires, ont bénéficié de non-lieu. Par quel artifice ? Seule une autre enquête pourra donner la réponse. Les procès-verbaux de leurs auditions et les preuves matérielles contenues dans le rapport de l’enquête préliminaire de la Gendarmerie nationale étaient hallucinants. Que s’est-il passé ? Nous n’en savons rien.…», déclare un ancien juge.

Échapper à la justice

Une autre affaire qui mérite d’être citée, c’est celle de cette femme d’affaires très connue sur la place d’Alger, qui avait été arrêtée, en mars dernier, par les services de sécurité après une perquisition dans son domicile situé à la résidence d’Etat de Moretti, à l’ouest de la capitale. «Dans la maison de cette dame au carnet d’adresses bien rempli, les services de sécurité ont trouvé une importante somme d’argent et de la drogue. Durant la garde à vue, une autre perquisition a été effectuée dans une villa à Hydra, le quartier huppé de la capitale, où une somme d’argent colossale a été saisie. Cette femme recevait chez elle les plus hauts responsables de l’Etat et était reçue par de nombreux walis et ministres pour lui régler ses affaires», révèle une des connaissances de la mise en cause. «Mais la procédure n’a pas été loin. Elle a été stoppée net et la femme a été relâchée», affirme une source sécuritaire. Un autre exemple similaire concerne cette fois-ci une députée, membre du bureau politique du FLN, Salima Athmani, qui avait défrayé la chronique à la veille des élections législatives de mai dernier. Elle avait été arrêtée par les services de sécurité au moment où elle percevait des pots-de-vin.

Après avoir fait la une des médias, elle quitte la prison quelques mois plus tard et la procédure est mise sous le coude. Elle n’est pas la seule à avoir échappé à la justice. Tout comme elle, le fils de Djamel Ould Abbès, le secrétaire général du FLN, chez lequel les services de sécurité ont saisi une importante somme d’argent en dinars et en devises, en lien avec la préparation des listes électorales, a fait l’objet d’une enquête préliminaire dont la procédure a été mise au vert. En l’absence de moralité, la corruption est devenue, comme l’explique assez bien un avocat connu sur la place d’Alger, «un sport national». Pour bien argumenter ses propos, il évoque l’affaire Zendjabil, ce Pablo Escobar algérien, mort il y a trois ans dans une clinique privée, après une cabale de plusieurs années.

«Cet homme bénéficiait de la complicité des plus hauts responsables sécuritaires de l’Oranie alors qu’il faisait l’objet de plusieurs mandats d’arrêt internationaux. Grâce à l’empire financier qu’il avait érigé, il achetait la complicité de tous. Il n’est pas le seul. Sertah, un autre grand bonnet de la drogue qui avait commencé avec Zendjabil avant de s’installer à Alger, a construit un immeuble haut standing à quelques centaines de mètres de la Cour suprême, à El Biar, alors qu’il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt. Son problème de mise en conformité a été même réglé par un ponte du système et les appartements cédés à de hauts responsables, notamment de la Présidence et à des membres du FCE. Lorsque l’affaire a commencé à s’ébruiter, il a pris la fuite vers les Emirats et un mandat d’arrêt international a été lancé contre lui. Les Emiratis étaient sur le point de le livrer, mais à la dernière minute ils ont dit qu’il n’était plus chez eux. En fait, il avait payé cher pour racheter sa liberté. Il lui arrive de rentrer en Algérie. Il n’a jamais abandonné ses nombreux biens à Alger, et la justice ne s’est jamais intéressée à ce patrimoine provenant certainement du trafic de drogue», raconte l’avocat.

La corruption, un sport national

Pour ce dernier, l’argent sale n’est pas uniquement le produit de la criminalité. «Il est aussi produit par le trafic d’influence et la corruption. Les affaires de ce genre ne manquent pas. La plus importante est celle de Sonatrach. Mais quelle suite a connu ce dossier ? Les cadres dirigeants ont été certes poursuivis, mais le principal mis en cause, qui est l’ancien ministre de l’Energie, Chakib Khelil, a échappé à la justice. Mieux : après avoir fait l’objet d’un mandat d’arrêt international, il est revenu par la grande porte et a mené une campagne médiatique pour son retour dans le gouvernement. Tous les cadres qui ont participé de près ou de loin dans l’instruction judiciaire ont été écartés, voire carrément remerciés. Après de telles décisions, peut-on avoir foi en la justice ?» s’interroge l’avocat. Il regrette «l’absence d’une volonté politique» de lutter contre l’argent sale et le blanchiment. «Comment expliquer qu’il existe deux mécanismes de lutte contre la corruption, l’un, Office central de lutte, placé sous l’égide du ministère de la Justice, et l’autre, Organe de prévention, une autorité administrative placée auprès de la Présidence ? A-t-on fait le bilan des activités de ces structures ? Elles existent, mais sur le terrain leur rôle reste très confus et leurs activités très rares.

Comment peut-on se prévaloir d’être un pays qui combat la corruption, alors que le système érigé au plus haut niveau de l’Etat fonctionne sur la base du clientélisme, des services rendus et de corruption aussi bien matérielle que politique ?» déclare notre interlocuteur. L’avis est largement partagé, alors que les acteurs pointés du doigt – banques, administrations fiscale et douanière, services de sécurité – se renvoient la balle. Depuis des années, le gouvernement se montre à la recherche de la parade idéale contre l’argent sale et la corruption, mais la criminalité en col blanc ne cesse de prendre de l’ampleur. Elle a fini par s’incruster dans les rouages des institutions de l’Etat, depuis le sommet jusqu’à la base.
 **Salima Tlemçani / el watan / 24 septembre 2017

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Hammam Bou Hadjar (Aïn Témouchent)

La spoliation d’une commune par l’ex-wali au profit de l’affairisme

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le 23.09.17 | 

La première affaire, comme la deuxième, découlent d’un abus de pouvoir caractérisé de l’ex-wali, Hammou Ahmed Touhami. Commençons par la première, qui a trait à une concession de gré à gré accordée à un promoteur immobilier et commise sur proposition du directeur des Domaines.

Elle a ciblé deux hangars d’une superficie totale de 8550 m2 réalisés sur PCD en 1969, suite à une instruction du ministre de l’Intérieur, afin que les revenus de leur location bénéficient au budget communal. Jusqu’en 2014, la CCLS les avait utilisés. Au cours d’une visite, le wali a recommandé leur concession au profit d’un investissement productif, générateur d’emplois et de recettes pour le budget communal.

Une adjudication les a attribués le 23 avril 2017 au porteur d’un projet d’une unité de laitage, avec 40 emplois à la clé et 3 millions de dinars de loyer annuel, ce qui constitue une sérieuse bouffée d’oxygène pour les ressources financières de la commune. Mais, contre toute attente, dans la semaine même, le maire est destinataire de la concession accordée par le wali. L’élu saisit par courrier le wali pour plaider la cause de sa commune à laquelle la réalisation de 200 logements promotionnels n’est d’aucune utilité économique. Fait insolite, la décision du wali est cosignée par le directeur des Domaines, ce qui n’est pas dans les usages administratifs.

Le deuxième fait du prince concerne la modeste station thermale de Sidi Ayed, gérée en régie par la commune. Ce lieu prisé par les curistes affluant de toutes les régions du pays constitue la principale ressource du budget communal. Sur les deux parcelles du site d’une superficie totale de 10 ha, l’indu bénéficiaire de la concession, une Sarl, a obtenu le droit d’ériger un complexe thermal comprenant un hôtel et 60 bungalows.

A l’examen du document de concession, il est indiqué que la proposition de concession a été également faite au wali par le directeur des Domaines. La question se pose de savoir pourquoi ce membre de l’exécutif s’ingère dans un domaine, l’investissement, en l’occurrence, qui ne relève pas de ses prérogatives ? En outre, si dans le cas des deux hangars, il peut prétexter fallacieusement que leur terrain d’assiette appartient toujours aux Domaines, un oubli de régularisation à une époque du tout-Etat, dans celui de Sidi Ayed, la spoliation touche un patrimoine pour lequel la commune possède un livret foncier.

Autre curiosité, source de légitime suspicion, l’arrêté de concession stipule que le cahier des charges sera ultérieurement communiqué au concessionnaire alors qu’une concession s’établit obligatoirement sur la base de ce document. Mais le plus grave, et qui porte un sérieux coup à la crédibilité de l’Etat, c’est que le wali avait auparavant instruit par écrit le maire afin de procéder à une concession par adjudication de Sidi Ayed. Un avis d’appel d’offres est émis le 4 juin dernier et les candidats à l’adjudication ont commencé à affluer, sauf que quelques jours après ils apprennent médusés que le wali avait concédé en gré à gré le bien communal. Pis, la dépossession de la commune est totale, puisque les revenus générés par la concession ne reviennent pas à son budget mais sont encaissés par …l’Agence foncière ! En outre, la concession a été accordée à la même Sarl qui, en 2014, en avait bénéficié par adjudication, mais qui en avait été dessaisie parce qu’après enquête il s’est avéré que la dite Sarl n’avait aucune qualification en matière de tourisme comme exigé par le cahier des charges

L’affaire passée en justice en première puis en deuxième instance s’est conclue en faveur de la commune en 2015. Sollicité, le maire confirme point par point les éléments de ces affaires. Non, l’ex-wali n’a répondu à aucune des ses deux correspondances pour l’amener à réviser ses décisions.***Mohamed Kali- el watan / 23 septembre 2017

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Ahmed Benbitour, ancien chef de gouvernement

«L’Algérie aura une inflation de trois à quatre chiffres»

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le 21.09.17 | trans

L’ancien chef de gouvernement et ex-candidat à la présidentielle de 2014 a critiqué vertement le recours à la planche à billets qui mettra à mal le pouvoir d’achat des Algériens.

L’ancien chef de gouvernement, Ahmed Benbitour, affirme que le gouvernement est dans une impasse qui n’augure rien de bon pour le pays. S’exprimant hier dans les colonnes du journal El Khabar, cet économiste de formation assure que le recours du gouvernement Ouyahia au financement non conventionnel n’a pas été un choix, mais plutôt une contrainte qui en dit long sur l’état de l’économie nationale. «Le gouvernement dit qu’il refuse de recourir à l’endettement extérieur et choisit le financement non conventionnel.

La réalité est que le gouvernement sait qu’il ne trouvera pas de crédits sur le marché extérieur pour la simple raison qu’il n’a pas de garantie à fournir», a-t-il affirmé. Pour M. Benbitour, pour bénéficier d’une ligne de crédit à l’extérieur, il faut satisfaire certaines conditions de solvabilité. Or, l’Algérie en l’état actuel ne pourrait pas satisfaire de telles conditions, a-t-il assuré sans fournir plus de précisions.

L’ancien chef de gouvernement et ex-candidat à la présidentielle de 2014 poursuit en critiquant vertement le recours à la planche à billets qui mettra à mal le pouvoir d’achat des Algériens. Le financement du déficit par le recours à la planche à billets est une erreur pour lui. «Ce financement va générer une grave inflation de trois à quatre chiffres. Cela veut dire que les prix des produits de consommation connaîtront des hausses astronomiques. La Serbie, dont la monnaie s’appelle aussi dinar, a vécu cette situation.

L’inflation avait fait qu’un kilogramme de pomme de terre était passé de 4000 dinars à 17 milliards de dinars serbes», a-t-il averti, estimant que la crise à laquelle l’Algérie est confrontée est pire que celle des années 1980. Ahmed Benbitour avait déjà mis en garde contre l’aggravation du déficit, lui qui n’a cessé d’alerter sur l’importation de la pauvreté et l’exportation de la richesse en faisant allusion à la dépense outrancière des exportations en hydrocarbures.

Il avait fait état de la situation des équilibres financiers extérieurs sur les quatre dernières années. «Les recettes des exportations d’hydrocarbures sont tombées de 63 milliards de dollars en 2013 à 27 milliards de dollars en 2016, perdant 57% de leur valeur en quatre ans. En contrepartie, la facture des importations de marchandises est tombée de 55 milliards de dollars en 2013 à 49 milliards de dollars en 2016, enregistrant une perte de valeur de 11% en quatre ans», avait-il souligné dans une précédente contribution à El Watan.

Pour l’ancien chef de gouvernement, cette crise est la conséquence directe de «la grande dépendance de l’extérieur et de la vulnérabilité de l’économie algérienne dues, essentiellement, à la mauvaise gouvernance et à l’absence de planification».

*Mokrane Ait Ouarabi / el watan / 21 septembre 2017

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*Aprés avoir mené le pays au bord de la faillite financière et économique,  le gouvernement opte pour la planche à billets

Ordonnance sur la monnaie et le crédit

     Ce qu’il faut savoir

L’Etat souffre d’un déficit budgétaire et aura donc du mal à payer, entre autres, ses fonctionnaires. En amendant l’ordonnance relative à la monnaie et le crédit, le gouvernement opte pour le financement non conventionnel, en recourant à la planche à billets sans contrepartie de production. L’expert financier, Omar Berkouk, avec qui nous avons réalisé ce décryptage, qualifie la décision de dangereuse.

Déficit budgétaire

L’Etat a recouru à l’amendement de l’ordonnance relative à la monnaie et le crédit pour gérer un double déficit, commercial et budgétaire. Il faut dire qu’il n’a pas vraiment le choix dans la situation où nous sommes aujourd’hui. Le déficit commercial est encore sous contrôle, avec les réserves de change dont dispose le pays et qui sont autour de 100 milliards de dollars.

Mais ce n’est pas le cas pour le déficit budgétaire, car c’est à travers les recettes que l’Etat engrange qu’il paye ses fonctionnaires, les retraites et maintient un certain budget d’équipement, etc. Le pays est en situation d’insuffisance en matière de recettes fiscales. Il a décidé de prendre des mesures qui permettent à la Banque centrale de permettre au Trésor public de faire face à ses dépenses en adoptant le processus de création monétaire. C’est-à-dire créer plus de billets de banque, ce qu’on appelle aussi la planche à billets.

Inflation

Ce processus n’est pas malsain s’il correspond au taux de croissance d’une économie. Si on crée de la monnaie sans contrepartie, cela aura une incidence directe sur le niveau général des prix (financement non conventionnel, qui veut dire créer de l’argent sans contrepartie de production, comme la richesse ou la croissance).

Cette situation nous mène droit à l’inflation, dans un délai variant entre 6 à 12 mois et touchera directement le citoyen. A partir du moment où le citoyen, même celui qui ne dispose pas d’une grande éducation économique, va anticiper les conséquences de cette nouvelle politique monétaire (hausse des prix), il va vouloir se débarrasser de sa monnaie.

Exemple : quelqu’un qui va anticiper sur la hausse des prix des meubles ou des voitures va acheter directement ces derniers avant que cela n’arrive. Au Venezuela, même si on n’est pas vraiment dans le même cas de figure, des magasins ont été assaillis après que des gens se sont précipités pour l’achat de leurs besoins avant l’augmentation des prix.

Ce cas a été vécu aussi en Argentine et dans certains pays latino-américains. Les ménagères allaient faire leurs courses très tôt le matin car les prix allaient changer à 16h. C’est cela l’hyperinflation. Les pays qui ont recouru au mode de financement non conventionnel comme les Etats-Unis, l’Europe ou le Japon afin de faire face à la crise née de la crise financière de 2008 ont des monnaies qu’on appelle «monnaie de réserve».

Une monnaie de réserve, vous la gardez pour les coups durs parce qu’elle a de la valeur. Mais ce n’est pas le cas de l’Algérie. La Banque centrale européenne continue de recourir au même mode de financement, et ce, depuis pratiquement 2008/2009. Mais l’inflation dans ces pays était négative. Nous concernant, nous avons déjà une inflation de 6,5%. Le pouvoir d’achat lui aussi a diminué de plus de 6,5%. Cette politique, quand elle sera mise ne place, aura des conséquences dramatiques sur le niveau général des prix.

Pouvoir d’achat

L’Etat fait un rattrapage des salaires depuis 2008 et a augmenté le nombre de fonctionnaires d’une manière importante depuis 3 à 4 ans. Cette «générosité» s’est faite grâce à l’aisance financière issue des recettes des hydrocarbures. L’Etat a donc distribué du pouvoir d’achat sans contrepartie productive.

Ce pouvoir d’achat, il faudra le reprendre et il n’y aura que deux manières de le faire : soit par l’inflation ou en licenciant des gens qu’on n’arrive plus à payer. Mais ces mesures reviennent au même. La voie de la création monétaire contraint aujourd’hui l’Etat, mais elle touchera le citoyen de base. Ceux qui ont les grands moyens sont en train d’anticiper. Ils transforment leurs dinars en actifs. La grande partie de la population ne va perdre immédiatement sa fonction, sauf s’il y a destruction d’entreprises.

Le policier verra son salaire de 50 000 da, qu’il touchera toujours, atteindre le pouvoir d’achat de 30 000 da. C’est ce qu’on appelle l’illusion monétaire. On lui a donc bien repris quelque chose. Pour résumer, l’Etat va créer la monnaie pour payer des employés non productifs qu’il a créés. Ces derniers vont se dire qu’il n’y aura pas de problème tant qu’ils continueront à percevoir leurs salaires, mais ils ignorent que la valeur de ces derniers va diminuer.

Licenciements

Les licenciements ne proviendront pas directement de l’inflation, mais des remèdes qu’on va utiliser plus tard pour combattre cette dernière. C’est un mal qui chasse l’autre. Aujourd’hui, l’inflation va nous donner l’illusion que rien n’a changé, mais quand elle sera d’un niveau qui obligera le gouvernement d’arrêter cette politique, il détruira des entreprises. C’est ce qui s’est passé dans les années 1990.

C’est un sauvetage de l’économie nationale avec des ingrédients qui ne correspondent pas aux politiques structurelles que réclame l’économie du pays. L’inflation s’installe rapidement, mais la combattre demande beaucoup de temps. Pour le faire, il faut retirer, entre autres, les liquidités qui ont été injectées par une élévation des taux d’intérêts.  Ces derniers auront des conséquences sur le financement des entreprises. C’est un cercle vicieux dans lequel il ne faut jamais entrer.

Privatisation

Le Premier ministre dit qu’il faut privatiser, mais nous ne pouvons privatiser un organe déjà malade. Nous avons dépensé plus de 800 milliards de dollars entre 2004 et 2014. Il y a de quoi en faire un pays tout en entier et tout neuf. Ce sont les choix d’investissement et le modèle économique qui posent problème. Nous avons un secteur public pléthorique ayant un rendement et une productivité faibles. Il absorbe des ressources bancaires en quantités colossales au détriment du secteur privé. La privatisation du secteur public pose le problème de la structuration de l’emploi, donc de l’effectif. Si on veut privatiser, ceux qui reprennent veulent licencier.

Le licenciement est, bien évidemment, une catastrophe pour l’employé. Alors qu’avec l’argent qu’on avait, on pouvait créer des caisses d’amortissement pour reprendre les effectifs pléthoriques et permettre à l’entreprise qui veut racheter de structurer. Du moins, pour pouvoir payer les périodes de chômage ou de formation. Aujourd’hui, nous n’avons plus de marge de manœuvre. C’est quand vous êtes riche que vous pouvez prendre de telles décisions douloureuses pour le citoyen. Aujourd’hui, personne ne voudra racheter ces entreprises.

Secteur privé algérien

Même les plus grandes entreprises privées algériennes seront incapables de faire quoi que ce soit, car elles sont tout simplement dépendantes de la demande de l’Etat et de la commande publique. Tout le monde est sous perfusion. Si on demande à les évaluer, on dira qu’elles devront se battre avec la compétition internationale pour qu’on dise qu’elles créent de la valeur.

Mais qui peut le faire aujourd’hui ? Elles vont toutes subir les contrecoups des restrictions sur le budget de l’équipement. L’économie algérienne est loin d’instaurer une réelle économie de marché qui est déjà loin du libéralisme. Pour muscler une entreprise, il faut la confronter à la compétition internationale. Je ne vois pas en quoi elles pourraient aider l’économie nationale.

Informel

L’Etat n’a pas réussi à mobiliser l’épargne informelle. Cette dernière est, pourtant, en quantité suffisante. Sa valeur est estimée à près de 40 milliards de dollars et elle est encore disponible, mais en dehors du circuit bancaire. L’informel va, lui aussi, être coincé par l’inflation. La création monétaire est aussi une façon de dévaloriser l’encaisse cash. Donc, les opérateurs de l’informel auront un intérêt de sortir leur argent.

C’est une façon de leur dire : si vous le laissez sous le matelas sans le remettre dans le circuit il va perdre de sa valeur. Mais l’informel n’est pas organisé en entreprises. Ils ne le sauront peut-être pas tôt, mais ils vont utiliser certainement leur argent pour acheter des actifs et créer des actifs productifs réels, ce qui est déjà positif.

Explosion sociale

Je ne suis pas le seul à prédire une éventuelle explosion sociale. La plupart des gens qui aiment leur pays, qui tiennent un discours honnête, académiquement pour les experts, et qui sont soucieux de faire progresser la réflexion anticipent tous la même chose. L’Etat veut créer une illusion de richesse pour maintenir la paix sociale jusqu’en 2019. Mais quand les organismes internationaux, tels le FMI ou la Banque mondiale, devront nous mettre en garde par rapport au dérapage de notre masse monétaire, on prendra des mesures pour retirer cet argent. Cette décision aura des conséquences dramatiques pour les entreprises.

Nous avons vécu avec un prix du pétrole à plus de 100 dollars le baril pendant presque 8 ans. Les politiques courageuses et structurelles n’ont pas été faites au bon moment. Nous avons opté pour des politiques économiques et sociales démagogiques. Aujourd’hui, nous avons choisi la facilité, mais les conséquences seront dévastatrices. **Meziane Abane *el watan samedi 15 septembre 2017

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*Sur sa page facebook, l’avocat Mokrane Ait Larbi dresse un tableau noir de la situation politique du pays. Il tire notamment à boulet rouge sur le pouvoir en place, l’accusant d’avoir écarté toutes les compétences, qui «ne veulent plus travailler avec des corrompus

Mokrane Aït Larbi.

L’ex-membre fondateur du RCD, n’a pas ménagé la majorité de l’allégeance (RND et FLN …etc) « préfabriquée qui oublie, selon lui, que cette majorité numérique, n’est le fruit que de bourrage de l’urne et de l’argent sale, et qui veut faire croire qu’elle défend les intérêts suprêmes du pays alors qu’elle ne fait que défendre ses propre intérêts ». Avant d’ajouter : « Rien ne rassemble ces partis de l’allégeance, excepté le soutien du « programme du président » dans le but d’obtenir des postes et les privilèges qui vont avec ». Pour s’interroger par la suite: « Qu’est ce qui rassemble Amar Saadani, Djamel Ould Abbas, Ahmed Ouyahia, Ammar Ghoul et Amara Ben Younes? Ils n’ont ni les mêmes formations, ni les mêmes idées, ni le même passé politique », faisait-il remarquer.

L’ex-sénateur, nommé par Zeroual, écorche également les partis islamistes qu’il dit obéir à une aile du pouvoir qui lui aurait « révélée (El wahy, dans le sens religieux du terme) de s’unir ». Le pouvoir à l’intention d’inclure les partis islamistes dans la scène politique algérienne en leur attribuant de fait, la seconde place au parlement après le clan de l’allégeance »

Quant aux partis démocratiques, le pouvoir, selon Ait Larbi, « n’a plus besoin d’eux puisqu’il les a utilisé lorsqu’il en avait besoin pour combattre le terrorisme, comme pour le RCD qui s’est fait usé par le régime des Militaire et des services secrets. Le RCD qui a d’ailleurs étrangement viré de bord en participant au gouvernement de Bouteflika, ce qui a provoqué une fuite massive de ses militants et cadres ». Mokrane Ait Larbi croit également que le parti de FFS a dévié de sa ligne directrice tracée par feu Ait Ahmed, par peur d’être taxé de parti régional, et qu’il doit reprendre sa place de vrai parti porteur de projet démocratique pour le pays.

Le Parti des travailleurs de Louisa Hanoune est pour Ait Larbi, resté dans une logique stratégique dans un but précis d’occuper la scène et de prendre ce qu’il peut du pouvoir lorsque ça l’arrange. Quant à Talai El Houriyat de Benflis, le parti ne donne pas, selon l’avocat, « assez d’arguments pour le boycott des prochaines législatives, qui en vérité ne l’intéresseraient pas ».*lematindz/ lundi 20 février 2017

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Appel d’universitaires et d’intellectuels algériens

*L’organisation d’une élection présidentielle anticipée est une exigence aujourd’hui vitale pour le pays !

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* el  watan- le 07.09.17 | 12h00 

Le changement de gouvernement intervenu tout récemment dans notre pays est véritablement unique en son genre ! Il montre que le processus de déliquescence de l’Etat algérien est bien avancé.

Depuis 2005, l’état de santé du président A. Bouteflika ne cesse de se dégrader. A l’évidence, le Président n’exerce plus ses fonctions constitutionnelles de manière effective, soutenue et transparente. Il n’est plus en mesure de recevoir dignement ses homologues étrangers, et il n’effectue plus de voyages officiels hors du pays. Pour rappel, un certain nombre de visites de chefs d’Etat étrangers ont été annulées. Et aucune rencontre ne semble programmée dans les mois à venir !

Cette situation, porteuse de grands périls, interroge aussi bien dans le pays que dans le monde. Evidemment, l’entourage du président Bouteflika continue de faire dans la gesticulation, affirmant à chaque fois que celui-ci jouit toujours de ses capacités pour gouverner (même au-delà de 2019 !) et relayant ses prétendus instructions, messages et échanges épistolaires et téléphoniques.

Sauf que ce Président, on ne l’entend plus et on ne le voit presque plus ! Les gens autour de lui pensent, ainsi, pouvoir gagner du temps, mais ils doivent savoir qu’ils sont, en fait, en train d’en faire perdre beaucoup au pays. Qui plus est, ils ne semblent pas hésiter à exploiter la maladie du Président d’une manière cynique, sans égard pour le malade.

Il n’y aurait là que des épisodes coutumiers auxquels nous a habitués une équipe dirigeante majoritairement corrompue et opportuniste, rétive à toute reddition de comptes, si le pays n’était en train de s’enfoncer dans une grave crise multidimensionnelle qui met à l’ordre du jour sa survie en tant qu’Etat-nation.

Sur le plan extérieur : notre pays se trouve marginalisé en dépit des gesticulations de son appareil diplomatique. Il devient l’objet de rapports intéressés, établis par des puissances étrangères faisant part, dans un langage plus ou moins diplomatique, d’un certain nombre d’inquiétudes quant à la dérive de l’Algérie vers un Etat failli ! Sur le plan intérieur : l’Algérie, tel un bateau ivre, vogue au gré de décisions erratiques et contradictoires. La corruption a atteint un seuil tel qu’elle affecte tous les secteurs de la vie économique et sociale du pays.

Dans cette situation, sinon de «vacance» du pouvoir politique de fait, du moins de sa fragmentation et de son délitement, où chaque partie prétend appliquer le «programme de Son Excellence le président Bouteflika», les luttes d’appareils et de clans s’exacerbent, les dissidences sociales s’élargissent jusqu’à remettre en cause la force de la loi et de l’Etat.

Nous, universitaires et intellectuels, conscients des périls qui guettent notre pays et refusant leur inéluctabilité, appelons les forces politiques et sociales représentatives de la nation et toutes celles et ceux qui veulent éviter que le pire n’advienne, de prendre leurs responsabilités pour faire valoir la nécessité d’organiser, dans la transparence, une élection présidentielle anticipée au cours des mois à venir. Il va sans dire que les initiateurs de cet Appel sont loin de croire qu’une élection présidentielle anticipée constituera la solution à l’impasse politique dans laquelle se trouve le pays. Il y a urgence de sortir de ce statu quo mortifère. La raison voudrait que le pays aille vers une Constituante, avec une période de transition consensuelle.

Sans avoir à évoquer l’article 102, l’organisation d’une élection présidentielle anticipée reste possible si les promesses, maintes fois réitérées par le président Bouteflika en personne – particulièrement le discours de Sétif de mai 2012 –, sont assumées au niveau des cercles de pouvoir à l’égard des jeunes générations et de l’avenir du pays.

 **Alger, le 3 septembre 2017

-Mohammed Hennad (universitaire)
-Aissa Kadri (universitaire)
-Daho Djerbal (universitaire)
-Mustapha Benfodil (écrivain, journaliste)
-Ratiba Hadj-Moussa (universitaire)
-Cherif Rezki (journaliste)

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le système politique nous a habitué toujours, à écarter les bons et les compétents, pour garder les autres –On connaît la suite: échecs et résultats catastrophiques. émergence de prédateurs de tous bords, internes et externes.

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Les mêmes hommes et les mêmes mécanismes qui ont produit l’échec, ne peuvent pas changer les choses et les situations dans le bon sens. Leurs beaux discours et leurs belles paroles, c’est de la poudre aux yeux. Les personnes proches ou les alliés du système, ne sont pas neutres. Ils font partie du problème. Ils ne sont pas la solution.

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                         Quel gâchis !

Les Algériens sont pris à la gorge. Nul ne peut le nier. La crise est officiellement reconnue dans le discours et dans les actes. Recourir à la planche à billets est un terrible aveu d’échec. La Banque d’Algérie est appelée à fabriquer de la monnaie pour financer les déficits, garder, un tant soit peu, le pays à flot avant le naufrage. Lorsqu’on regarde un peu en arrière, et l’on voit le temps gâché, et tout le potentiel, humain et matériel, que ceux qui président aux affaires du pays, on ne sait par quelle logique suicidaire, ont vilipendé, on a envie de se cogner la tête contre le mur.

Oui, l’Algérie avait de quoi se libérer de la dépendance des revenus des hydrocarbures, elle avait de quoi construire une économie digne de ce nom, saine et prospère, elle avait de quoi se donner les moyens et les perspectives d’une grande nation. Mais si l’argent a coulé à flots, l’intelligence a fait réellement défaut. Il fallait vraiment en manquer pour produire l’échec et le délabrement dans lesquels se retrouve le pays. Non seulement on s’est trompé de politiques et de choix stratégiques mais on a plongé la collectivité nationale dans une sorte d’anarchie délirante, où la corruption, l’incompétence, l’affairisme, le marché noir, l’économie souterraine, les bandits de l’import- import et les démons de la régression ont prospéré.  C’est un monstre à plusieurs têtes qui tient le destin national entre ses mâchoires. Les problèmes sont autant profonds, multidimensionnels que complexes. Ce n’est certainement pas le recours à la planche à billets, ou ce qu’ils appellent, avec une certaine fausse pudeur, le financement non conventionnel, qui va replacer le pays sur les rails du progrès. L’on peut se demander si on n’est pas définitivement dans le creux de la vague d’où il est impossible de sortir.

Pourquoi le gouvernement ne va-t-il pas chercher l’argent de l’évasion fiscale, de la fraude, de l’économie informelle qui se chiffre à des dizaines de milliards de dollars ? De quoi a-t-il peur ? De mettre dans l’embarras les clientèles du pouvoir ? On a essayé l’emprunt obligataire, cela n’a pas marché. On a essayé de faire entrer dans le circuit officiel l’argent du marché noir, cela n’a pas marché. On a tenté de lutter contre l’informel, aucun résultat n’a été obtenu. Que reste-t-il de puissance à l’Etat pour faire régner la loi et le droit ? Visiblement pas grand-chose. Peut-être le choix facile de la «planche», avec tous les risques inflationnistes qu’elle génère, et la poche des salariés qu’il peut imposer à souhait à la source. Peu de chance pour sortir d’une crise structurelle que les errements dangereux de ces dernières années ont produite. Très forte probabilité que dans peu de temps nous vivions les mêmes difficultés qu’a connues la Grèce ces dernières années. Le pire peut-être serait le sort que connaît le Venezuela. Où est donc la solution ? Peut-elle venir de ceux qui ont la responsabilité du délabrement national et qui viennent nous expliquer aujourd’hui la meilleure méthode de nous tirer d’affaire ? S’ils avaient cette intelligence, n’auraient-ils pas dû en faire bénéficier leur pays avant le chaos ? Avant que cela ne soit trop tard. Ils n’ont pas eu cette capacité de se transmettre. «Demain, c’est déjà la veille», comme dirait l’autre.

***Said Rabia / el watan / mardi 12 septembre 2017

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*Abderrazak Makri: sortir l’Algérie de l’impasse.

Vacance de la présidence de la République: organiser une élection présidentielle anticipée 

* el watan – le 07.09.17 | 15h00

Abderrazak Makri, ex-président du MSP.

L’ex-président du Mouvement de la société pour la paix (MSP), Abderrazak Makri, s’est joint aux voix appelant à l’intervention de l’armée pour sortir l’Algérie de l’impasse politique. Makri a livré son opinion sous forme de lettre adressée aux responsables de l’armée. 

Il a commencé par rappeler que le MSP a été victime de l’intervention de l’armée depuis les années 1990. «  Je ne pense pas qu’il y a parmi eux ( chefs de l’armée) qui n’éprouvent pas de remords, après avoir truqué les élections présidentielles de 1997 (…) et empêché feu cheikh Nahnah ( fondateur du MSP ndlr) de participer à la présidentielle de 1999. (…) Je ne pense pas que les militaires ne savent pas que toutes les élections ont été truquées …», écrit Makri sur Facebook.
 
Selon l’ex-président du MSP, « l’intervention de l’armée est louable lorsqu’elle ne fait pas de distinction entre les partis et les listes et lorsqu’elle n’est pas utilisée par les corrompus et les perdants, pour rester au pouvoir ».
Abderrazak Makri a ensuite prodigué ses conseils aux chefs militaires, auxquels il a recommandés, en premier lieu, de « considérer que tous les Algériens sont égaux, et ce, quelque soit leur appartenance ». Il a suggéré aussi aux dirigeants de l’armée de « donner l’exemple en s’éloignant de tout ce qui est de nature à menacer le pays dans son économie et sa souveraineté » et d’« observer la neutralité dans la compétitions politique ».
Il a demandé aussi à l’institution militaire de servir de «  garant », dans la mise en œuvre du projet de transition démocratique adopté par les partis de l’opposition. 
 
Le débat sur l’intervention de l’armée a été engagé à la veille de l’élection présidentielle de 2014, pour empêcher Abdelaziz Bouteflika de se présenter pour un quatrième mandat. La question est revenue ces dernières semaines au-devant de la scène politique algérienne, en parallèle à des appels lancés par des partis politiques et des militants, pour l’application de l’article 102 de la Constitution, relatif à la vacance de la présidence de la République.
 **Farouk Djouadi / el watan / jeudi 07 septembre 2°17

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      *faire perdurer le statu quo

Par deux actes politiques majeurs en une semaine, à savoir l’installation d’un cacique du FLN au perchoir de l’APN et la nomination d’un premier ministre dont la trajectoire se confond avec celle du régime, le pouvoir algérien a largement fait preuve, dans un croc-en-jambe monumental aux réalités de l’heure mais aussi au bon sens, de son intention de faire perdurer le statu quo

A l’image des Danaïdes et leur fameux tonneau, le pouvoir, n’appréhendant la chose politique que sous le prisme de sa propre survie et visiblement dans l’incapacité de mettre à jour ses logiciels politiques, semble condamné à reconduire à l’infini les mêmes méthodes et les mêmes hommes, malgré quelques retouches cosmétiques. Hermétique au changement et allergique à l’ouverture, il continue de recycler l’échec et les visages qui l’incarnent.

Car, qui peut en effet imaginer un seul instant que ceux qui ont précipité le pays dans la situation délétère qui est la sienne, puissent l’en extraire aujourd’hui ? Qui peut croire que ceux qui faisaient la cigale lorsque la rente irriguait généreusement les artères du régime puissent, comme par enchantement, devenir fourmi ? Comment concevoir que ceux qui ont érigé la prévarication, la corruption et l’enrichissement personnel en programme politique puissent se repentir et se convertir aux vertus de la bonne gouvernance ? Les mêmes causes produisant inévitablement les mêmes effets, la démarche est d’ores et déjà promise à une inéluctable bérézina. Sauf que cette fois, le pays ne dispose plus du parachute des pétrodollars pour amortir la chute.

Il ne s’agit évidemment pas de verser dans l’alarmisme ni encore moins dans l’abattement, mais d’avoir la lucidité de mettre le doigt sur la plaie afin d’identifier les voies et moyens idoines d’une véritable sortie de crise. Cela commence par la nécessite que doit éprouver le régime de cesser d’ignorer le peuple, de le minoriser et de ne le percevoir que sous le prisme réducteur de la satisfaction de ses besoins de base.

Le message fort adressé par les Algériennes et les Algériens à l’occasion des dernières législatives, en boycottant massivement et activement le scrutin, doit être compris pour ce qu’il est, à savoir l’expression d’une soif inextinguible de changement, de désir ardent de rupture avec un système à bout de souffle, mais qui rêve encore d’une seconde jeunesse. Cette aspiration ne doit pas être contrariée au risque de provoquer une descente aux enfers inexorable. Dévastatrice.

L’heure de nettoyer les écuries d’Augias à grande eau a sonné et ne saurait être différée. Cette tâche, aussi titanesque que vitale, doit inclure tous ceux qui tendent vers une Algérie meilleure, une Algérie apaisée, libre, souveraine et prospère. Sans exception. Sans exclusive. Tous les patriotes sincères, indépendamment de leurs convictions idéologiques et philosophiques, doivent s’asseoir autour d’une table et se parler les yeux dans les yeux. Ils doivent, coûte que coûte, esquisser une nouvelle espérance, un nouvel horizon. Il n’y a plus aucune autre alternative à cela. L’heure est grave et l’Algérie ne peut plus attendre. **Rachid Ikhenoussène /  algerie-focus./ samedi 27 mai 2017

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*Vous n’avez pas le droit d’humilier tout un peuple

**Par Aziz Benyahia

Monsieur Abdelaziz Bouteflika est Président d’un Etat souverain. Sa santé est dramatiquement chancelante. Dans notre culture, on accompagne la vieillesse et la maladie avec respect et sollicitude, probablement davantage que dans d’autres traditions. Alors, on épargne à la personne en fin de vie les dernières douleurs et les ravages du temps pour l’aider à passer vers l’autre rive, en se disant que pour le reste, Dieu en fera son affaire.

Notre Président a voulu mourir Président. Il fît pour ce faire ce qu’il fallait faire. Et même si peu d’entre nous y voyaient bon augure il fallait, du moment qu’il était là et bien là, respecter la statue du commandeur et faire contre mauvaise fortune bon cœur. C’est la règle du jeu tant qu’on a fait vœu de démocratie.

Nous savons bien qu’il y a dans son entourage, une foultitude de gens choisis par lui, qui le couvent et qui lui tiennent la main mais qui ne font cela ni par charité, ni par devoir, ni par admiration mais bien pour de sordides raisons d’intérêt politique ou autres. C’est la loi du genre  dans le cercle fermé du pouvoir où ne survivent parmi les courtisans que ceux qui savent se distinguer au bal des hypocrites. Quant au peuple, même s’il est tenu à distance, il reste toujours respectueux de la fonction présidentielle. Alors pourquoi le Pouvoir a-t-il manqué de respect au Peuple ce sinistre jour où un jeune Premier Ministre étranger sut tirer profit d’une médiocre mascarade? Ce jour où le service du protocole et les grands ordonnateurs de la cérémonie, pensèrent gagner plus de légitimité en exhibant la preuve encore vivante du commandeur.

Alors, à ces messieurs qui ont donné notre pays en spectacle et notre dignité en pâture, nous disons :

Vous n’avez pas le droit de violenter le destin dans une logique de calculs machiavéliques. Passe encore que vous soyez experts en la matière, embaumeurs impénitents d’un pharaon qui n’en demanderait pas tant, mais vous avez fini par perdre le sens du convenable et les apparences de la décence et de l’humainement correct.  Vous avez poussé l’inhumanité jusqu’à donner de nous au monde entier, l’image d’un peuple abêti et castré au point de se laisser mener par un vieil homme tellement usé par la maladie qu’il ne peut même plus maîtriser ni les mains ni les lèvres, ni même le regard. Comment parler à son jeune hôte, devant les caméras quand on a perdu l’usage de la parole et jusqu’au langage des signes ?

Vous n’avez pas le droit d’humilier tout un peuple et je ne pense pas qu’il y eut un seul d’entre nous, y compris parmi les pires ennemis du Président, qui ne se sentît blessé et ridiculisé par l’exhibition comme d’un trophée, du représentant de quarante millions d’Algériens, amoindri à faire pitié, et humilié à nous faire terriblement mal.

Vous n’avez pas le droit d’offrir aux caméras du monde entier, cette image pathétique d’un homme absent ; une représentation lamentable  qui fit de nous un peuple de naufragés dérivant dans un bateau ivre et sans capitaine. Un peuple d’apparence inutile dans un espace sans horizon ; oubliant jusqu’à son histoire, ses traditions et sa dignité.

Vous n’avez pas le droit, vous qui à un titre ou un autre, avez accepté de près ou de loin de participer à cette triste mise en scène du quatrième mandat, d’orchestrer ce dramatique acharnement thérapeutique, aux seules fins de vous donner un peu plus de temps pour finir de piller, engranger et régler des comptes.

Vous n’avez pas le droit d’exhiber comme une attraction foraine un vieux monsieur qu’on savait malade et dont l’image jusque-là assez rare,  nous avait épargné les épanchements charitables et la compassion sans frais. Rien d’étonnant dès lors que cette terrible image d’un visage sans expression et sans vie, fut utilisée par une station radio d’Etat française pour diffuser une scénette où la souffrance d’un homme à l’agonie servit d’argument à un dialogue qui avait fait rire toute l’antenne.

Vous n’avez pas le droit de ne pas respecter l’intimité d’un chef d’Etat, surtout lorsqu’il est sévèrement diminué par la maladie. En d’autres temps personne n’aurait imaginé pareille inélégance à l’égard de feu le Président Boumédiène. Sous le ciel français, on a montré avec beaucoup de dignité et de respect, les Présidents Pompidou et Mitterrand en phase finale de la maladie. Faut-il vous accuser d’ajouter à l’impéritie et à l’incompétence la perte définitive des notions de respect de la nature humaine et du savoir-vivre les plus élémentaires ?

Vous n’avez pas le droit, enfin de vous exprimer en notre nom dans des circonstances aussi graves, où la gestion calamiteuse d’une crise avec un journal français et l’accueil chaotique d’une délégation ministérielle dirigée par un jeune Premier ministre, achevèrent de donner de l’Algérie l’image d’un pays absent où vit un peuple absent, dirigé par un chef absent. Et du reste, en vertu de quelle légitimité vous parlez en notre nom ?*Aziz Benyahia/ algerie-focus.com// mercredi 13 avril 2016

***Silence embarrassé d’un pouvoir en crise  

        *Blocage au sommet !

Tous les hommes du Président ont été placés à des postes-clés, que ce soit aux ministères de souveraineté ou à la tête des institutions névralgiques du pays.

Les dernières images pathétiques du président Abdelaziz Bouteflika, diffusées par plusieurs sources, entre autres par le Premier ministre français, Manuel Valls, dans un tweet insidieux dimanche dernier, semblent avoir plongé le pays dans un sentiment d’impuissance. L’opinion est tout simplement tétanisée.

Ce que d’aucuns craignaient, soupçonnaient et redoutaient s’avère une réalité poignante. Le Président est très fatigué. Il est, par conséquent, tout à fait légitime de se poser la cruciale interrogation, à savoir qui gouverne en Algérie et jusqu’à quand durera une telle situation.

Si l’on ne pouvait que douter de ses capacités à répondre aux charges qu’impose la fonction présidentielle et de la paternité des décisions prises ces derniers mois, il est désormais clair que le chef de l’Etat n’est plus à même d’assumer ses responsabilités. Et on n’a pas besoin d’un docteur pour nous le dire.

Son état de santé — révélé par les dernières images, photos et vidéos — montre que ce n’est pas lui qui gouverne. L’opinion est en droit de savoir qui a hérité des pouvoirs qui sont les siens,  qu’il concentre entre ses mains, à la lumière des deux précédentes révisions constitutionnelles. Il y a forcément quelqu’un qui gère le pays par défaut. Le Premier ministre, Abdelmalek Sellak ? Selon la Constitution, il n’est qu’un coordinateur de l’action gouvernementale.

Et la Loi fondamentale n’a rien prévu en pareil cas. En réalité, aucune institution ne peut se substituer au chef de l’Etat. Ses pouvoirs sont «indélégables» et nul  n’est à même d’en faire usage, sauf dans le cas d’enclenchement de la procédure d’empêchement ou, à proprement dire, de la destitution du Président. Mais on n’y est pas encore. Qui gère donc le pays ? Ses conseillers, à leur tête son frère cadet Saïd Bouteflika ?

A la Présidence, depuis l’arrivée du Président au palais d’El Mouradia en 1999, Saïd Bouteflika  a fini, au gré des absences du Président et de son état de santé vacillant, par s’imposer dans les rouages de la prise de décision en s’octroyant des pouvoirs que son poste de conseiller ne confère pas. Restant dans l’ombre de la décision politique, le frère-conseiller ne s’expose pas. Mais les relais politiques et médiatiques de la Présidence ne jurent que par lui.

C’est un secret de Polichinelle que de dire que cet ancien enseignant à l’université de Bab Ezzouar est devenu, au fil du temps, le véritable détenteur de la réalité du pouvoir, une situation bien évidemment due à sa proximité avec son frère. Son influence a dû même s’amplifier après la dissolution du Département  du renseignement et de la sécurité (DRS) et la mise à la retraite de son imposant patron, le général-major Mohamed Médiène dit Toufik, en septembre dernier. Logiquement, il n’y a plus personne ni aucune autre institution pour disputer une quelconque parcelle de pouvoir à la présidence de la République. Mais tellement fragilisée par la dégradation de l’état de santé du chef de l’Etat, la citadelle El Mouradia a bien besoin d’être entourée.

Et les architectes du quatrième mandat du président Bouteflika n’ont, en la matière, négligé aucun détail. Tous les hommes du Président ont été placés à des postes-clés, que ce soit aux ministères de souveraineté ou à la tête des institutions névralgiques du pays, comme au ministère de la Défense nationale qui a à sa tête un de ses plus fidèles partisans, le général Ahmed Gaïd Salah, qui est également chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), ou encore au Conseil constitutionnel Mourad Medelci et au ministère de la Justice Tayeb Louh. Le verrouillage est tel que tous les dépassements ont été passés sous silence.

Les matraquages médiatiques soutenant que le locataire d’El Mouradia garde toutes ses facultés à gérer convenablement le pays et les réformes menées au sein de l’institution militaire, la manière forte dont elles ont été conduites ont fait réellement croire à une résurrection. Seulement, deux ans après sa reconduction pour un quatrième mandat, les Algériens découvrent un Président qui n’est pas en mesure de conduire le pays jusqu’à la fin de son mandat actuel, en 2019.

S’il a constitué jusque-là une façade légale pour une convergence d’intérêts voraces d’une oligarchie sans foi ni loi, les tenants du pouvoir, qui ne se résument pas uniquement en la personne du frère-conseiller, mais en une multitude d’intérêts, auront du mal à nourrir désormais l’illusion d’un chef d’Etat qui «réfléchit avec sa tête mais pas avec ses pieds». L’opinion nationale le sait désormais plus qu’avant. Cette semaine qui s’achève marque une rupture avec une situation qui n’a que trop duré. Peu importe la manière avec laquelle les Algériens ont appris la vérité, la visite de Manuel Valls a mis fin à un mensonge.

Questions : maintenant que tout le monde le sait, avec toutes les conséquences que peut avoir l’usurpation du mandat présidentiel sur la crédibilité de l’Etat au moment même où le pouvoir est éclaboussé par des scandales de corruption à répétition, va-t-on vers le dénouement de la crise en cherchant une issue par l’organisation d’une élection présidentielle ? Les bénéficiaires du pouvoir finiront-ils par le lâcher ou continueront-ils à s’y accrocher jusqu’à 2019, comme le ressasse le secrétaire général du FLN, Amar Saadani ?

Nul ne peut prédire l’avenir.
L’approche des législatives prévues au début de l’année prochaine pourrait bien bousculer l’ordre des choses. Les remous que traverse le Rassemblement national démocratique, dont Ahmed Ouyahia est secrétaire général par intérim, ne sont pas étrangers à ce contexte de crise. Les tiraillements entre les frères ennemis pourraient bien augurer de certains calculs qui ne sont pas encore visibles et qui sortiront au grand jour au moment voulu. *Said Rabia/ el watan/ jeudi 14 avril 2016

**L’Algérie est dangereusement en état d’échec. Sans gouvernail, elle est livrée aux quatre vents

Deux ans, jour pour jour, après la reconduction du chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, pour un quatrième mandat, le 17 avril 2014, l’Algérie est toujours dans la même interrogation. Est-il en mesure d’assumer les charges qu’impose la fonction présidentielle ? Qui gère le pays ? Qui va succéder au Président, très handicapé par la maladie ? Les mêmes questionnements préoccupent les Algériens qui ont toutes les raisons de se soucier, après la dernière apparition du locataire d’El Mouradia dans un état de santé inquiétant, de l’avenir de leur pays.

Qui n’aurait pas aimé que la compétition politique soit centrée sur les choix à faire pour sortir de la grave crise qui secoue l’économie, sur la meilleure manière d’améliorer le quotidien des Algériens, sur comment rendre l’école et l’université algériennes performantes, sur la meilleure manière d’opérer l’inéluctable transition énergétique, sur les questions environnementales, etc. ? Ce sont ces débats qui auraient pu être les nôtres. Ceux de la classe politique, des citoyens lambda, des élites et de la jeunesse.

Deux ans après la reconduction du président Bouteflika, on se retrouve malheureusement encore à palabrer indéfiniment de son état de santé, de la corruption qui s’est répandue comme de la gangrène, de la féroce lutte de clans, pendant que le salut de la nation demeure toujours suspendu à la Bourse des marchés internationaux du pétrole. Notre survie et notre stabilité politique en dépendent. L’Algérie est dangereusement en état d’échec. Sans gouvernail, elle est livrée aux quatre vents.

D’un côté, une classe politique qui passe son temps à scruter avec quelle mine on présentera le premier magistrat du pays au JT de 20h et s’il accomplit les actes de gouvernance qui sont les siens ; de l’autre, un pouvoir et ses relais politico-médiatiques qui passent leur temps à tenter de convaincre l’opinion que le chef de l’Etat tient bon, que ses capacités à diriger le pays restent intactes. Voilà à quoi se résume la vie politique nationale ces deux premières années du mandat présidentiel, rythmées par les problèmes de santé du chef de l’Etat et les scandales de corruption qui éclaboussent son entourage.

Mais la dernière visite en Algérie du Premier ministre français, Manuel Valls, a sonné comme une gifle. L’on peut discuter du procédé du responsable français, c’est carrément une autre histoire. Qu’à cela ne tienne, l’humiliation qui se cache derrière l’image d’un Président impotent, très fatigué et incapable de s’entretenir avec son hôte du jour a eu tout de même ce mérite de réveiller un pays, un peuple, sur ses réalités et sur ses mensonges qu’il a admis, et sur cette vérité qu’il connaît depuis un temps : le titulaire du mandat présidentiel n’est plus à même de gérer  et d’autres, tapis dans l’ombre, attendant l’heure de la curée, le font à sa place.

Tous les discours et les mensonges de la faune politique qui rôde autour du palais d’El Mouradia n’ont pas résisté à une image cliquée dans un tweet. Qui croirait, aujourd’hui Omar Ghoul, ministre du Tourisme, ou Ahmed Ouyahia, chef de cabinet de la Présidence, qui crient à «la trahison» et à «la main de l’étranger» ? Personne. Sauf ceux qui veulent bien les croire ou font mine de les croire en échange de quelques dividendes. Le pays est réellement en crise et, visiblement, peu de monde tente d’imaginer une issue. *Said Rabia/ el watan/ lundi 18 avril 2016

**Black-out sur l’état de santé de Bouteflika

C’est par un court communiqué que la présidence de la République a annoncé, hier, le retour au pays de Abdelaziz Bouteflika après six jours d’hospitalisation dans une clinique située à Genève, en Suisse.

Le document de la Présidence évoque «une visite privée» durant laquelle le chef de l’Etat a subi des «contrôles médicaux périodiques».

Comme d’habitude, le communiqué de la Présidence ne donne aucun autre détail. Il ne précise pas la nature des «contrôles médicaux» effectués ni leurs résultats.

La communication officielle, qui a donné l’information sur l’évacuation du chef de l’Etat à l’étranger plusieurs jours après les faits, ne donne pas non plus le bulletin de son état de santé. C’est ce document, que doit parapher un médecin assermenté, qui donne une idée claire sur la santé du chef de l’Etat, qui n’est pas une affaire privée.

Ce nouvel épisode dans le long feuilleton de la santé de Abdelaziz Bouteflika est un signe de l’opacité avec laquelle la présidence de la République gère ce dossier. Et trois ans après l’évacuation du chef de l’Etat vers l’hôpital parisien du Val-de-Grâce, le 27 avril 2013, rien n’a changé.

Les Algériens, qui n’ont pas entendu le chef de l’Etat s’exprimer depuis avril 2012, savent qu’il est malade. Sans plus. En trois ans, la communication officielle est passée de timides épisodes durant lesquels les autorités ont d’abord évoqué «un accident ischémique transitoire» sans séquelle, avant d’avouer, quelques mois plus tard, que Abdelaziz Bouteflika était atteint d’un accident vasculaire cérébral (AVC). Cela change tout.

Les premières images montrant le chef de l’Etat après son hospitalisation sont éloquentes : l’homme a perdu la quasi-totalité de ses fonctions motrices et sa voix, déjà altérée après sa première hospitalisation de 2005, ne résonne pratiquement plus. Le constat est tellement flagrant que Abdelaziz Bouteflika est obligé de disparaître des radars durant la campagne présidentielle de 2014.

Il a délégué l’animation de cette campagne, avant de disparaître de l’espace public juste après avoir fourni un effort surhumain lors de la cérémonie de prestation de serment, lorsqu’il a entamé son quatrième mandat.

Pourtant, la Constitution mentionne que le président de la République «s’adresse directement» aux Algériens. Une mission que Abdelaziz Bouteflika accomplit uniquement par voie de correspondance.

L’opposition a beau appeler à l’application de l’article 88 de l’ancienne Constitution (devenu article 102 dans la nouvelle Loi fondamentale), le Conseil constitutionnel valide tout. Ni la candidature de Bouteflika pour un quatrième mandat, ni sa reconduction à la tête de l’Etat n’ont fait réagir l’institution que dirige Mourad Medelci.

Le débat sur la santé du chef de l’Etat est mis depuis longtemps entre parenthèses. Mais la photo postée le 10 avril par le Premier ministre français, suivie des images des chaînes de télévision françaises ouvrent de nouveau la boîte de Pandore.

De nouvelles images des entrevues entre Abdelaziz Bouteflika et le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, ainsi que celles de son entretien avec le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, montrent en effet un Abdelaziz Bouteflika affaibli.

Son regard est absent. Pis, des diplomates racontent que la voix du chef de l’Etat, d’habitude soutenue par des microphones fixés dans l’oreille ou posés sur la table basse, n’est plus audible.

Des faits qui peuvent démontrer que les affirmations des proches du chef de l’Etat, qui avancent que ce dernier «pense avec sa tête» et non «avec ses pieds», sont fausses. N’est-il pas temps de mettre fin à cette comédie ? *Ali Boukhlef / el watan/ samedi 30 avril 2016

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*Le système a perdu toute crédibilité et tout respect 

Depuis son arrivée au pouvoir en 1999, jamais Abdelaziz Bouteflika n’a provoqué de bouleversements aussi importants et aussi inattendus. Et surtout incompréhensibles. Ceux qui connaissent le Président et l’ont côtoyé disent que c’est un caractériel qui fonctionne à l’humeur. Sa maladie ne peut qu’aggraver sa gestion solitaire du pays.

Cependant, il y avait des logiques dans ses démarches. Mais cette fois-ci, on est dans l’incompréhension la plus totale.
Que veut dire le limogeage de Amara Benyounès, le fidèle parmi les fidèles, l’avocat inconditionnel  ? Et ce ministre de l’Agriculture nommé il y a à peine deux mois et qui se retrouve brutalement renvoyé à son corps d’origine, de même que sa consœur du Tourisme, Melle Zerhouni ?
La brutalité avec laquelle des généraux ont été renvoyés laisse coi.

Et qu’on ne nous parle pas d’efficacité. Le nouveau patron de la Garde républicaine, fraîchement promu général de corps d’armée, Benali Benali, est un vieillard de 78 ans aux compétences limitées, selon ceux qui le connaissent. Ce n’est certainement pas la lutte contre la corruption qui est à l’origine de ces changements.

Cette dernière a été érigée en système de gouvernance et le pouvoir actuel, s’il ne l’encourage pas, ne brille guère par son engagement contre le phénomène.

D’ailleurs, trop de personnages sulfureux grenouillent dans les sphères de l’Etat sans que quiconque s’en offusque. Un gros poisson comme Chakib Khelil, qui a failli mettre l’Algérie à genoux, a même été exfiltré en toute impunité.

Serait un génie celui qui pourrait donner des explications plausibles. Mais un constat s’impose : le pouvoir a affiché une nouvelle fois son mépris total pour le peuple algérien auquel il estime qu’il n’a pas à rendre compte et à expliquer ses décisions. Il se refuse à toute communication pour maintenir le flou et les citoyens dans l’ignorance la plus absolue.

Il est clair que l’improvisation tient une grande part dans les décisions. Surtout que le Président n’a de compte à rendre à personne, que les institutions sont piétinées et que l’Assemblée nationale, le Sénat et d’autres encore n’existent que pour amuser la galerie, tandis que le prince fait des siennes, soutenu pas un clan sans foi
ni loi.

Malheureusement, c’est l’Algérie qui est en train de perdre. Elle a perdu toute crédibilité et tout respect sur la scène internationale. Au point que Nicolas Sarkozy se permet de dire que le cas de l’Algérie doit être examinée par l’Union pour la Méditerranée. Sommes-nous tombés si bas pour être traité comme un pays en déshérence ?*Tayeb Belghiche : el watan-dimanche 26 luillet 2015

**Beaucoup de bruit pour rien

*Retour à la case départ

Trois mois après la mise en retraite du général Toufik, l’Algérie reste toujours au point mort. Politiquement, la révision de la Constitution, annoncée depuis bientôt cinq ans, tarde encore à voir le jour. Dans le même temps, le désastre économique annoncé pour l’Algérie prend chaque jour un peu plus d’ancrage dans la réalité. Le cours du pétrole a en effet atteint son plus bas niveau depuis onze ans. Les recettes de l’Algérie ont fondu de moitié depuis l’année dernière, les réserves de change ont été fortement entamées et finiront bientôt par se vider.

Face à la gravité de la situation, le pouvoir persiste dans son arrogance à vouloir tout faire seul. Il n’envoie aucun signe d’ouverture ou de volonté de changement. L’exemple le plus marquant de cette posture a été parfaitement illustré lors du débat autour de la Loi de Finances 2016L’inefficacité flagrante des mesures comprises dans la Loi a été pointée du doigt, par les analystes ainsi que par les politiques. Plutôt que de faire preuve d’ouverture et laisser la place au dialogue, le pouvoir a préféré passer la Loi de finances au forceps, ratant ainsi peut-être une dernière opportunité de prévenir l’Algérie d’une catastrophe imminente.

Politiquement, la situation n’est guère meilleure. L’annonce de la révision de la Constitution n’a cessé d’être retardée, jusqu’à laisser penser qu’il ne s’agit en fait que d’une carotte suspendue au-dessus d’un peuple désœuvré. Du début à la fin, le processus censé mener à cette nouvelle Constitution aura été tenu dans l’ombre. Tout s’est déroulé derrière des portes closes, en petit comité. Tous les espoirs que cette révision de la Constitution a pu éventuellement porter ont quant à eux depuis bien longtemps disparu.

La situation dans laquelle se trouve l’Algérie ressemble étrangement à celle dans laquelle le pays se trouvait à la fin des années 1990, au moment de l’intronisation du président Bouteflika. Les indicateurs économiques étaient moroses, le pouvoir était opaque et la menace terroriste était résiduelle, mais concrète. Ces mêmes éléments peuvent être retrouvés dans l’Algérie actuelle. Est-ce à dire que les seize années de règne du président Bouteflika jusqu’à maintenant n’auront finalement servi qu’à tourner en rond ? Quoi qu’il en soit, l’Algérie est, une nouvelle fois, à la case départ. Tout est à recommencer, avec le handicap du temps perdu cette fois.* mardi 22 décembre 2015 | Par Radia Touri | tsa

**Le bon sens relève de l’utopie en Algérie, où les intérêts personnels et l’ego des dirigeants prennent le dessus sur l’intérêt général.

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*Pourquoi la critique effraie-t-elle le pouvoir?

Quel que soit son degré «d’ouverture», la nouvelle Constitution se heurtera à la vision manichéiste de l’exercice du pouvoir qu’a Bouteflika. Comme il ne peut concevoir un partage, même minime, du pouvoir, il a développé un rejet total de l’idée même d’opposition, lui menant un combat sans relâche quinze années durant. Et ceux qu’il a détestés le plus, ce sont ses «ex-alliés», ceux passés de l’autre côté de la barrière après l’avoir servi parfois longtemps.

C’est le cas de Ali Benflis qui a même osé se porter candidat à la présidentielle contre Bouteflika avant de devenir, aujourd’hui, un des leaders de la CLTD, laquelle exige le départ du chef de l’Etat et l’organisation d’une élection présidentielle anticipée. Idem pour Benbitour qui a rendu son tablier de chef de gouvernement pour manifester son hostilité à l’accaparement de l’essentiel de ses prérogatives par le chef de l’Etat. Quant à Abdelaziz Belkhadem, autre chef de gouvernement sujet à déboires, il a été dépouillé de l’ensemble de ses prérogatives politiques au sein de l’Etat et surtout du parti FLN qu’il a dirigé, Bouteflika l’ayant soupçonné de «proximité» avec l’opposition et de «double-jeu».

Nombre de ministres ont subi le courroux présidentiel, parmi eux Abdelaziz Rahabi, alors ministre de l’Information accusé de «trop» œuvrer à la promotion d’une presse indépendante que haïssait Bouteflika. Dans le corps militaire, plusieurs généraux ont été limogés ou mis à la retraite, parfois avant l’heure, pour s’être «éloignés» du chef de l’Etat ou pour avoir «osé» porter des critiques à son égard. Avant le général Toufik, ce fut le général Mohamed Lamari, tous deux «janvieristes» positionnés sur une longueur d’onde différente de celle de Bouteflika sur la gestion de l’islamisme et, plus généralement, sur la relation entre le militaire et le politique.

Sur un autre registre, celui des alliés des partis, il y eut le cas significatif de Louisa Hanoune, la présidente du Parti des travailleurs. Comme elle a décidé de ne plus «jouer le jeu» avec un pouvoir qui allait à la dérive, elle s’est mise à critiquer tous ceux qui — ministres, hauts responsables politiques et grands patrons de l’économie — «bradent le pays». De plus, elle a pris nettement position en faveur du général Hassan et du général Toufik, taclant au passage Abdessalem Bouchouareb, ministre de l’Industrie, un des hommes forts du pouvoir, accusé de brader le secteur public, de favoriser le «privé compradore» et de lui permettre d’avoir un pied dans la politique et l’autre dans les affaires. Mais dès lors qu’elle a interpellé Bouteflika — dans le Groupe des 19 — pour savoir s’il n’est pas otage de son entourage, elle est devenue la femme à abattre.

On a eu recours contre elle à l’arme fatale : la diffamation, le support étant tout désigné, une télé privée qui a comme spécialité de voler au secours des pontes du régime lorsqu’ils sont en difficulté. «Voilà une femme de gauche qui a aidé sa famille à s’enrichir en usant de sa proximité avec les autorités»… C’est la grosse ficelle sortie par cette télé, jetant ainsi Louisa Hanoune en pâture à une opinion publique toute prête à «avaler» les messages cathodiques contre lesquels elle n’a jamais été préparée à les critiquer, notamment ceux des nouvelles télévisions privées considérées comme «crédibles» dès lors qu’elles ne ressemblent pas aux médias lourds publics et qu’elles osent «critiquer» la chose publique.

Jeter le discrédit sur un opposant ou un allié qui a rompu les amarres, rarement de manière directe, généralement par des «hommes de main», voilà une pratique qui ne cessera pas tant elle est au cœur du système. Même si la nouvelle Constitution lâchera du lest en direction de l’opposition, elle ne cessera pas tant elle est liée à l’idée même que Bouteflika se fait du pouvoir. Surtout qu’il n’a jamais été question qu’il cède ne serait-ce qu’une infime partie des prérogatives dont il s’est doté. Et il entend bien rester à son poste durant les trois longues années qui restent de son mandat.*Ali Bahmane/ el watan/ 31 décembre 2015

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*Abdelaziz Rahabi :

« Bouteflika n’a pas réformé les services, il les a utilisés pour durer et non pour changer le système. »

Abdelaziz Rahabi - TSA Algérie

* »Bouteflika n’a pas réformé les services dès 2000 parce qu’il les a utilisés pour durer et non pour changer le système. »

Bouteflika-DRS : la fin du régime bipolaire ou la "Re-Boumedienisation" du pouvoir (II)

Bouteflika-DRS : la fin du régime bipolaire ou la "Re-Boumedienisation" du pouvoir (1)

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*Lors de sa réception de Manuel Valls, Abdelaziz Bouteflika ne pouvait souffler le moindre mot.

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****Une image dégradante

Hagard et exténué / La photo de Bouteflika choque les Algériens

La visite du Premier ministre français, Manuel Valls, a démontré une nouvelle fois que la santé du chef de l’Etat est non seulement déclinante, mais plutôt catastrophique.

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Une image, postée par Manuel Valls sur son compte twitter montre en effet un Abdelaziz Bouteflika singulièrement affaibli. Son regard est hagard et ses membres supérieurs, qui bougeaient à un moment donné, ne répondent pratiquement plus. Certaines indiscrétions révèlent même que durant la rencontre, le chef de l’Etat n’a pas prononcé ne serait-ce qu’un seul mot. Pis, l’image est tellement dégradante, que le site de la radio publique a décidé de donner une vieille image de la rencontre entre les deux hommes.

Ce qui confirme les révélations faites, il y a quatre jours, par l’hebdomadaire dominical français, le Journal de dimanche. Citant une source diplomatique au fait de la rencontre tenue récemment entre le chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault et le chef de l’Etat, le journal écrit que Abdelaziz Bouteflika «ne parvient plus à faire entendre le son de sa voix, avec ou sans micro. Le président serait apparu plus affaibli que lors de ses derniers entretiens avec des émissaires français, avec une apparente difficulté à bouger les membres supérieurs». Ce qui relance la polémique sur le véritable état de santé du chef de l’Etat. L’opposition a toujours demandé la vérité sur l’état de santé réel du président. En vain.*algerie-focus./ lundi 11 avril 2016

****La photo d’Abdelaziz Bouteflika recevant le Premier ministre français a soulevé l’indignation des internautes algériens sur les réseaux sociaux. Twittée par Manuel Valls, cette photo montre un Bouteflika exténué, hagard, absent. 

La bouche ouverte, le regard perdu, le visage marqué par une fatigue extrême, la dernière image d’Abdelaziz Bouteflika démontre que l’état de santé du Chef de l’Etat ne cesse de se dégrader. Elle prouve qu’Abdelaziz Bouteflika n’est vraiment pas dans une posture convenable pour accueillir un hôte étranger. Une fois encore, l’Algérie est ridiculisée à travers la santé déplorable d’un président tellement diminué qu’il peine à honorer ses devoirs envers la nation. *algerie-focus./ lundi 11 avril 2016

****Les images de l’entretien accordé par Bouteflika au Premier ministre français, dimanche dernier, montrent un Président très amoindri physiquement. L’opinion choquée et indignée s’interroge sur l’état de santé du premier magistrat du pays, alors que les officiels s’entêtent à affirmer qu’il est en possession de tous ses moyens.

On savait le président Abdelaziz Bouteflika malade. Survivre à un accident vasculaire cérébral (AVC) —  qu’il a eu en avril 2013 — , tous les médecins vous le diront, relève du miracle. D’ailleurs, tout le monde était surpris de le voir briguer, dans l’état de santé qui était le sien et dans des conditions très contestées, un quatrième mandat. On le savait, en effet, très malade. Mais les récentes images du Président, dont celle tweetée hier par le Premier ministre français, Manuel Valls, choquent, irritent, humilient et inquiètent.

Elles montrent un Président très fatigué, amoindri par la maladie. Le regard hagard et perdu, prononçant difficilement quelques mots, presque impotent devant un hôte visiblement très gêné. La problématique de la capacité du locataire du palais d’El Mouradia d’assurer les charges de la fonction présidentielle est plus que jamais d’actualité.

Dans un article publié à la veille de la visite du Premier ministre français à Alger, le Journal du dimanche a indiqué qu’«une source diplomatique informée de la rencontre (la semaine dernière) à Alger entre Jean-Marc Ayrault et le raïs algérien lui a confié que ce dernier ne parvient plus à faire entendre le son de sa voix, avec ou sans micro». «Le Président, ajoute le journal français, serait apparu plus affaibli que lors de ses derniers entretiens avec des émissaires français, avec une apparente difficulté à bouger les membres supérieurs.»
La photo du président Bouteflika on ne peut plus éloquente, mise en ligne par Manuel Valls, renseigne sur la grande fatigue et l’ampleur des séquelles inévitables que peut entraîner un AVC.

Sur les réseaux sociaux, la dernière image du chef de l’Etat a fait le buzz. Son état de santé alimente des craintes légitimes chez les Algériens qui se demandent de quoi sera fait demain. En plus du sentiment d’humiliation et de colère provoqué par le tweet de Valls, la santé du premier magistrat du pays suscite aussi maintes interrogations sur la manière dont sont gérées les affaires publiques. On a du mal à imaginer qu’un Président aussi malade et amoindri puisse avoir la capacité de veiller au bon fonctionnement de l’Etat. Survient alors la question qui fâche et qui fait jaser ceux qui tirent profit d’une telle situation.

Qui détient la réalité du pouvoir ? Qui gouverne en Algérie ? Qui décide ? Le Président était-il au moins au courant de toutes les décisions qui ont été prises depuis sa reconduction lors de l’élection présidentielle d’avril 2014 ? Les partis de l’opposition parlent de «vacance du pouvoir», certains de ses amis proches — qui ont créé le Groupe des 19 pour demander audience au président Bouteflika qui avait, d’ailleurs, l’habitude de les recevoir — se demandent si le chef de l’Etat était au courant des décisions politiques prises.

La démarche de Zohra Drif, Khalida Toumi, Louisa Hanoune et autres personnalités nationales n’a à ce jour pas abouti. Pis, pour avoir osé lui demander audience pour l’informer de «choses graves» dans la gestion du pays faites en son nom, elles ont eu droit à un chapelet de critiques et même d’insultes de la part de ceux qui pensent être en droit de défendre l’institution présidentielle, entre autres le secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), Amar Saadani.

La dernière image du Président fait douter le commun des mortels de ses capacités à gérer des dossiers aussi lourds que la crise financière et économique qui frappe l’Algérie après l’échec de toutes les politiques mises en œuvre depuis son arrivée au pouvoir en 1999, des scandales de corruption que le pays ait connus depuis son indépendance en 1962, des menaces pesantes d’un contexte sécuritaire explosif dû à un voisinage instable à tout point de vue. Les dernières images du président Bouteflika, les Algériens — jetez un coup d’œil sur les réseaux sociaux — en pleurent, s’inquiètent, se sentent humiliés et prient que «Dieu protège l’Algérie». Nos partenaires étrangers, eux, en rient sous cape et des médias français trouvent matière à se gausser d’un pays qui a payé chèrement son indépendance au terme d’une fabuleuse Révolution. *Said Rabia *el watan / mardi 12 avril 2016

     ***Le buzz

En face du Premier ministre français, ce dimanche, il y avait un homme aux yeux hagards et à la bouche entrouverte, signes évidents d’un grave problème de santé. Une image qui fait actuellement le buzz sur les réseaux sociaux, y compris dans des contrées éloignées comme la Chine ou l’Australie.

Le visage émacié de Bouteflika, que Manuel Valls a découvert avec un certain étonnement, illustre tout le drame que vit un pays pourtant jeune et riche. C’est le masque d’un homme malade et fatigué que l’on maintient au pouvoir alors qu’il n’a plus les moyens physiques et mentaux de l’assumer. Car derrière Bouteflika, une faune d’hommes politiques et d’oligarques tentent d’asseoir leur suprématie pour assurer une succession qui préserve leurs intérêts. Tant que cette succession n’a pas été réglée au sein du sérail, le président Bouteflika sera toujours là à l’occasion des visites diplomatiques. Jusqu’en… 2019.

Sauf que cela commence à agacer passablement la vox populi, qui se sent «humiliée» ou «ridiculisée» par ces images du Président qui le présentent comme un homme devenu impotent. Des images que beaucoup de citoyennes et de citoyens disent ne plus supporter du tout. La majorité demande à Bouteflika de se retirer pour un repos bien mérité.

La visite de Manuel Valls — sur fond de scandales financiers qui éclaboussent des responsables politiques tels que Abdessalem Bouchouareb et l’ex-ministre de l’Energie Chakib Khelil — est une autre occasion qui permet à l’opinion nationale et internationale de mesurer l’étendue de la catastrophe dans laquelle le pays est plongé sur les plans politique et économique.

En effet, les institutions de l’Etat sont depuis longtemps littéralement paralysées par l’immobilisme et l’absence d’objectifs ou d’orientations clairs de la présidence de la République. Outre le Premier ministre Abdelmalek Sellal, il s’avère qu’il y a d’autres centres de décision difficiles à identifier. Des ordres ou des décisions sont donnés pour être tout de suite après annulés par on ne sait qui. De quoi laisser perplexes tous les commis de l’Etat, habitués à plus de rigueur. Certains ont même décrété que l’Etat algérien est en danger de… mort. L’alarmisme gagne des pans entiers de la société tant le pouvoir en place prend à la légère les menaces bien réelles qui pèsent sur l’Algérie.

Ceux qui «jouent» la carte Bouteflika contre tout bon sens doivent savoir qu’ils prennent une lourde responsabilité devant les hommes et devant l’histoire. Il est temps d’appeler à l’application de l’article 88 de la Constitution et de mettre fin à cette longue mascarade devenue insupportable pour tous les Algériens.*Mohamed Tahar Messaoudi/ el watan / mardi 12 avril 2016

**Le président et son entourage aiment-ils vraiment le pays?

17 ans de règne pour un résultat finalement assez maigre. Des routes, des logements, quelques ponts pour enjamber les uns et les autres et une dette extérieure payée qui repart en croissance. Le reste n’est pas glorieux, un dinar qui ne vaut pas grand-chose, une inflation douloureuse, une économie faible en panne de son propre mode de blocage avec des pertes énormes engendrées par une corruption systémique. On pourrait se faire encore du mal et compléter le tableau par une santé difficile, un gros retard numérique et une activité politique stérile, là où un juge, chef de daïra, un commissaire ou gérant de salle de fêtes peuvent faire tout ce qu’ils veulent, pendant que Saadani exige de l’opposition de ne pas s’opposer. Tout pour faire d’un pays prêt à exploser, au sens terroriste du terme ou à celui de la rue, très patiente mais au bord du burn out social. D’où la question : le Président n’est-il animé au fond que par sa soif de pouvoir et de revanche ou par une vision plus large ? C’est le débat, qui n’est pas encore réglé. Il a limité les mandats présidentiels à deux, pas pour lui mais pour les autres, il a dissous le DRS, pas pour le mieux-être collectif mais parce que celui-ci avait attaqué un proche, Chakib Khelil, d’ailleurs réhabilité après qu’il se soit plaint de lui et l’a limogé. Pour le bien du pays ? Non, parce que c’est son ami. De la même façon, on pourrait dire qu’il a créé l’Ansej, non pas parce qu’il aime les jeunes mais pour éviter que ces violents chômeurs occupent l’espace public. Que va-t-il se passer après cette pénible fin de règne ? C’est la grande inconnue, Einstein disait : «On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré.» Le savant avait le choix entre l’explosion d’une bombe atomique ou la compréhension de l’univers pour en tirer de nouvelles formes d’énergie. Il a choisi la seconde. Le président algérien réfléchit encore.*Chawki Amari/  el watan / 31 mars 2016

**L’image du pays dégradée

C’est une image qui choque. Une épouvantable scène qui heurte la sensibilité nationale au plus haut point. Bien qu’elle n’ait duré que 40 secondes, la séquence télévisée montrant le chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, dans un état de santé intenable, a provoqué une «gueule de bois» nationale. L’émoi est transversal. L’indignation le dispute à la colère.

Un dur moment de malaise qui re-plonge brusquement le pays dans un désarroi total. Il révèle l’incurable maladie du système qui a définitivement atteint ses limites historiques. Et c’est tout le pouvoir qui se trouve alors embarqué sur un fauteuil roulant. Se pose alors l’inévitable question de la capacité du chef de l’Etat à assurer ses fonctions.

Il est vrai que le matraquage politico-médiatique officiel s’est employé instamment à rendre «normale» une situation exceptionnellement anormale et étrange. Mais il a suffi de quelques images pour la démolir. Elles accréditent fortement la thèse de «la vacance du pouvoir» soutenue par l’opposition. «Cela montre combien est grande la difficulté de l’Algérie à entrer dans l’Etat de droit. Le prestige de l’Algérie est terriblement atteint par un Président qui ne préside pas», a commenté l’ancien chef de gouvernement Sid-Ahmed Ghozali.

Ironie de l’histoire, c’est Abdelaziz Bouteflika qui a été rappelé au pouvoir en avril 1999 avec pour mission, entre autres, de redorer l’image de l’Algérie à l’international et qui, 15 ans après, renvoie celle d’un pays sans leadership. Trois ans après son accident vasculaire cérébral survenu le 27 avril 2013, le chef de l’Etat n’arrive plus à s’en remettre. Tout comme le pays, dont l’état est tout aussi vacillant. C’est la conséquence manifeste du quatrième mandat présidentiel imposé dans des conditions troubles.

Depuis, la maison du pouvoir est enferrée dans des contradictions entre les différents groupes influents. Les désaccords débordent souvent les murs du palais, comme l’illustre, entre autres, l’interminable «bagarre» entre les chefs du FLN et du RND. Une lutte acharnée par appareils politiques interposés, sur fond de scandales de corruption qui rythment la chronique nationale. Il s’avère de plus en plus que le choix du statu quo fait en avril 2014 rend inextricable la problématique du pouvoir. A l’incapacité de rapprocher les forces politiques autour d’un compromis politique et aux tiraillements entre les décideurs eux-mêmes se superposent un contexte politique économique délétère et un environnement régional des plus incertains.

D’évidence, ceux parmi les décideurs qui érigent le bouteflikisme en horizon indépassable font courir au pays un risque d’effondrement.  «L’état dans lequel est apparu Bouteflika affaiblit considérablement les capacités de représentation de son pays. Je pense que le Président manque de discernement et que son entourage manque de dignité et l’Algérie en prend un coup», réprimande l’ancien ministre Abdelaziz Rahabi. Pour lui, «l’opposition a eu raison d’appeler à la tenue d’une présidentielle anticipée».

Cependant, cette opposition, qui porte une revendication de changement profond de la nature du système, se heurte au refus obstiné des décideurs, qui s’enferment dans le jeu dangereux des tractations dans «l’antichambre royale» en vue de préparer les conditions d’une succession contrôlée. Mais non sans difficulté, car les instruments d’arrangements claniques traditionnels dont ils disposent ne sont plus les mêmes depuis le départ du patron des Services secrets. Le rôle d’arbitre qu’assumait jadis Larbi Belkheir et, ensuite, le général Toufik n’est plus assuré depuis que ce dernier a été éjecté de l’orbite. D’où le blocage politique persistant et l’obstination à maintenir un Président impotent qui sert plus de rempart légal.

En bas, nombreux sont les Algériens désabusés, dégoûtés et surtout en colère, telle une cocotte-minute prête à exploser à tout moment. Mais ils restent lucides, sachant à juste titre que tout effondrement du pouvoir peut entraîner tout le pays dans l’abîme.
Dans ce paysage piégé et miné de partout, les rares voix qui font appel à la raison peinent à se frayer un chemin ; pourtant, elles sont l’unique voie de salut. Le temps n’est plus un allié.  Il est urgent de sortir le pays de cette périlleuse impasse. *Hacen Ouali / el watan/ mercredi 13 avril 2016

**Une humiliation de trop pour la nation

Les dernières images du président Bouteflika, prises à l’occasion d’une audience accordée dimanche passé au Premier ministre français, Manuel Valls, choquent et révoltent en même temps.

La vidéo de quelques secondes, montrant le chef de l’Etat diminué et incapable d’articuler le moindre mot, provoque une onde de choc chez les Algériens en général et la classe politique en particulier. Les responsables de parti que nous avons pu joindre hier ne cachent pas leur colère quant à l’image très froissée de l’Algérie renvoyée au monde entier à travers cette séquence. Ils réclament ainsi la vérité sur l’état de santé du Président, tout en demandant à sa famille de lui éviter ces rituels qui attentent à sa personne et à la Nation. «Je considère qu’il est inutile, comme s’acharnent à le faire certains, d’ironiser sur l’état de santé de Bouteflika. Le préjudice porté à l’homme, au-delà de l’institution présidentielle, est révoltant.

Le chef de l’Etat est otage d’un clan et il est du devoir en premier lieu, en l’absence de l’Etat, de sa famille de le soustraire à toutes ces apparitions qui portent atteinte à sa personne et à la nation», affirme Athmane Mazouz, chargé de communication au RCD. Selon lui, l’Algérie «est devenue la risée du monde. La nation est humiliée». «On veut que toutes ces mises en scène cessent et que l’Algérie ne subisse plus toutes ces dégradations.

Que ceux qui sont en charge, dans l’ombre, de la gestion de l’Etat pensent à l’image du pays qui subit décadence et humiliation. Laisser tourner en dérision l’image de l’institution présidentielle est inacceptable et les images plus que pitoyables que les médias ont relayées d’un Bouteflika très fatigué et au regard perdu portent sévèrement atteinte au pays», ajoute-t-il, estimant qu’à travers ces images «le pays s’affiche à la face du monde comme un bateau sans capitaine».

La secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), Louisa Hanoune, dénonce de son côté «l’amateurisme» et «la faillite» de ceux qui gèrent la communication présidentielle. «C’est tout simplement une provocation qui suscite la colère et l’indignation. C’est du mépris», déclare-t-elle.

Louisa Hanoune s’interroge aussi sur la finalité d’imposer au chef de l’Etat la réception d’un Premier ministre étranger (Manuel Valls ndlr) alors que son homologue est habilité à le faire. «C’est un précédent très grave. D’un côté on conteste l’atteinte à l’institution présidentielle et, de l’autre, on laisse passer de telles images», condamne-t-elle.

Commission médicale, article 88 et transition

Estimant que l’état de santé du président de la République «est inconnu», certains partis politiques réclament la vérité. «Nous aurions aimé que la réputation de l’Etat algérien soit préservée. Mais ce n’est pas le cas avec cette image. Nous craignons que des parties nous cachent la vérité sur la santé du Président.

C’est pourquoi le conseil constitutionnel doit charger une commission médicale pour faire la lumière sur cette question. Et s’il s’avère que le président est incapable d’assumer ses missions, il faut alors procéder à l’application de l’article 88 de la Constitution», explique Mohamed Hadibi, chargé de communication du mouvement Ennahda.

Pour Jil Jadid, «l’application de l’article 88 est aujourd’hui d’actualité». «La vacance du pouvoir est vérifiée. Ces images font mal au cœur. Elles confirment que la fonction présidentielle est détournée, avec l’accord du Président», explique Younes Sabeur Cherif, chargé de communication de ce parti. Et d’ajouter que «cela confirme les doutes exprimés par l’opposition sur la capacité du Président à gouverner».

Le responsable de la communication au MSP, Benadjaimia Bouabdallah, abonde dans le même sens : «Nous sommes devenus la risée de la presse française et européenne. Seuls le pouvoir et les promoteurs du quatrième mandat assument la responsabilité de cette mascarade et de celles à venir», indique-t-il, déplorant les fuites en avant du pouvoir qui refuse de donner suite à la demande de l’opposition portant sur la nécessité d’«aller vers une période de transition graduelle et négociée».

Le FLN menace

Pour le président du Front national algérien (FNA), Moussa Touati, «l’incapacité du Président à gouverner est une évidence depuis 2014». «Une personne malade doit s’occuper de sa santé. Elle ne peut pas faire autre chose. Malheureusement, le Président gère le pays pas procuration ; c’est la nouvelle bourgeoisie qui a accaparé les institutions, qui gouverne et permet aux Français de recoloniser l’Algérie autrement», soutient-il. Contrairement à ces partis, le FLN crie au «montage» et met en garde la presse française «contre l’excès de la provocation». «Le Président se porte bien et son dossier de santé ne concerne pas la presse française.

Nous lui lançons, à l’occasion, un autre avertissement et nous lui demandons de ne pas jouer avec le feu, surtout que les relations entre les deux pays sont fébriles. Les plaies ne sont pas encore cicatrisées», menace Hocine Kheldoune, chargé de la communication au FLN, en demandant «l’interdiction des journaux français  Le Monde et Le Figaro notamment en Algérie».*Madjid Makedhi/ / el watan/ mercredi 13 avril 2016

**La famille Bouteflika interpellée

En l’absence de toute communication officielle sur de l’état de santé réel du chef de l’Etat, c’est vers la famille Bouteflika que les regards se tournent.

Les images montrées, avant-hier, par les médias du monde entier dépassent le cachet politique du problème. La dignité et le respect dû à un homme malade sont au cœur des discussions des Algériens. Sur les réseaux sociaux ou dans les cafés, les débats portent désormais beaucoup plus sur l’homme qu’est Abdelaziz Bouteflika et les conséquences de telles images sur la réputation du pays.

La famille du chef de l’Etat, qui l’a toujours entouré et a travaillé avec lui — ses trois frères et sa sœur sont conseillers à la Présidence — sont donc interpellés pour «soustraire» Abdelaziz Bouteflika à «ces apparitions qui portent atteinte» à son image et à la nation, pour ne reprendre que la déclaration du RCD (voir article signé Madjid Makedhi).

C’est avant tout une réplique aux déclarations de Abdelmalek Sellal qui, lors de sa récente conférence de presse avec son homologue français Manuel Valls, a évoqué «le respect de la dignité» du chef de l’Etat. Une dignité qui ne semble pas présente à travers ces images qui circulent depuis plusieurs jours dans les médias et sur les réseaux sociaux.

La famille Bouteflika est interpellée d’autant plus que le chef de l’Etat lui-même se sert de son entourage à chaque fois qu’il entend lancer des messages aux Algériens. Ainsi, c’est en famille qu’il avait reçu, en 2010, le footballeur français Zinedine Zidane lorsque des rumeurs sur la dégradation de son état de santé circulaient avec insistance dans le pays.

C’est également accompagné de sa famille qu’il accomplit son devoir électoral à chaque élection. Mais des informations recoupées indiquent que les frères et la sœur du Président ne sont pas de même avis concernant la gestion de son image. Certains proches, notamment sa sœur, n’apprécient pas de voir leur frère apparaître dans cet état devant les caméras du monde entier. *Ali Boukhlef/  el watan/ mercredi 13 avril 2016

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**Loi de finances 2016 :

« Un passage en force et une violence faite au peuple »

Mohamed Nebbou - TSA Algérie

« La Loi de finances qui vient d’être adoptée à l’APN est antisociale, antinationale et anticonstitutionnelle. Elle est faite pour appauvrir davantage les pauvres et enrichir davantage les riches. C’est un passage en force et une violence faite au peuple que nous refusons et rejetons dans le fond et dans la forme », a déclaré Mohamed Nebbou, premier secrétaire du FFS, samedi 5 décembre 2015 à Azeffoun, dans la wilaya de Tizi Ouzou où il prenait part à l’hommage organisé aux anciens de 1963.

« Certains articles tel que l’article 66 ont été abrogés lors du travail des commissions puis réintégré en plénière. Ils ont usé de méthodes dictatoriales, eux qui disent détenir la majorité parlementaire », a-t-il expliqué tout en promettant que le FFS poursuivra son combat pour l’abrogation de cette Loi de finances. « Nous avons notre agenda et notre démarche à ce sujet », a-t-il indiqué.

Concernant le front auquel avait appelé Amar Saâdani, Mohamed Nebbou a expliqué que « le document du FLN est à l’étude au sein du parti et que la réponse sera rendue publique dans les jours à venir ».

« Mais il faut savoir que nous avons notre programme et nos convictions. Au FFS, nous sommes pour un front pour la démocratie et contre l’injustice et non pas pour renforcer la mafia », a-t-il toutefois prévenu. « L’objectif du FFS est de préserver l’État et non le régime mafieux».*samedi 5 décembre 2015 | Par Imene Brahimi | tsa

**Les ménages taxés et des fortunes épargnées

Une fiscalité qui consacre l’inégalité trans trans trans

La loi de finances qui vient d’être votée par le Parlement alimente un sentiment de frustration au sein des ménages en raison des inégalités grandissantes.

L’opinion publique a du mal à assimiler l’instauration de nouvelles taxes sur l’énergie, le logement et la vignette automobile au moment où les entreprises profitent d’allégements fiscaux et que le seuil d’imposition au titre de l’impôts sur la fortune est relevé de 50 à 100 millions de dinars. La colère gronde au sein d’une population qui peine à comprendre pourquoi ce serait aux ménages de payer la facture de la crise qui s’annonce.

La perception de la situation actuelle n’est pas sans rappeler le procédé utilisé par le gouvernement Ouyahia, lorsqu’il a décidé, en 1997, d’une ponction sur les salaires des fonctionnaires pour faire face à la crise. Il est vrai que du point de vue purement pragmatique et économique, la situation actuelle demande des mesures pour contrer le choc qui s’annonce. Il faut à la fois réduire les dépenses, augmenter les ressources budgétaires de l’Etat et promouvoir l’activité économique. Objectifs assignés à la loi de finances 2016. Il est légitime de se demander pourquoi cette loi suscite tant d’appréhension et d’inquiétude.

Le fait est que le nouveau texte aggrave les disparités et le sentiment d’inégalité face à l’impôt. Inégalité d’abord dans les régimes imposés aux entreprises et aux activités productrices de biens et de services, la démarche du ministère des Finances s’étant appuyée sur un système de deux collèges. Elle approfondit également le sentiment d’injustice chez les moins nantis face à des catégories fortunées et chaque jour plus riches.

Dans le cas contraire, de nouvelles taxes seraient certes douloureuses, mais n’auraient pas cette charge de frustration et n’alimenterait certainement pas un sentiment d’injustice. D’ailleurs, dans le contexte actuel, la question des fortunes dissimulées et du système d’imposition de la fortune revient, en ce sens, au devant de la scène, d’autant que ces fonds constituent une niche importante et des ressources précieuses pour la collectivité.

Malgré l’existence de textes complets, les lacunes dans la mise en œuvre des lois ont fini par générer un système fiscal algérien à deux vitesses : une fiscalité propre aux salariés, ponctionnés à la source — les contribuables honnêtes — et une fiscalité pour les autres. Les chiffres du ministère des Finances sont là pour le démontrer. Durant les sept premiers mois de l’année 2015, l’IRG sur salaires a rapporté 327 milliards de dinars au budget de l’Etat, soit plus de 3 milliards de dollars.

3 milliards de dollars versés par les salariés au Trésor

Un montant largement supérieur à ce que rapporte l’activité des entreprises via l’IBS, la TVA et les taxes douanières. C’est même cinq fois plus important que le produit de six classes d’IRG restantes, qui englobent l’impôt sur les dividendes des patrons actionnaires, et sur les plus-values de cession que réalisent les rentiers et spéculateurs qui font florès dans l’immobilier. Une situation qui s’explique d’abord par la faiblesse des recouvrement fiscaux dès que l’on s’éloigne du salariat, du fait d’abord de l’étendue de la fraude, de l’évasion fiscale et des activités informelles, mais surtout de l’incapacité de l’administration fiscale à maîtriser son assiette.

Le cas de l’impôt sur la fortune, qui existe en Algérie sous la dénomination d’impôt sur le patrimoine, est le plus édifiant ; cependant il n’est pas appliquée ou, à défaut, il est perçu lorsqu’il est appliqué de manière arbitraire. En 2013, la Cour des comptes avait déjà mis à l’amende le fisc à sujet et critiqué «l’incohérence des recouvrements fiscaux dans la mesure où la fiscalité s’appuie sur les retenues à la source, notamment l’IRG sur salaires, alors que le patrimoine est rarement taxé, ne représentant que 0,043% du total des impôts recouvrés».

Où sont les brigades d’investigation fiscales ?

Au pied du mur, le département de M. Benkhalfa a tenté d’«innover» en mettant en place un processus de bancarisation des ressources de l’informel, qui promet une amnistie fiscale dès lors qu’on remet ses fonds dans le circuit bancaire et qu’on paye un droit d’entrée de 7%. Au-delà du fait que l’opération rencontre un succès mitigé, celle-ci consacre l’impunité. Pourtant, l’administration fiscale, qui avance l’argument de la «difficulté de l’application de certaines disposition sur le terrain, et l’absence d’une échelle d’évaluation des fortunes», dispose de nombreux outils pour taxer les plus fortunés et mettre fin à l’évasion et au défilement de certains contribuables.

Ainsi, au titre de l’IRG et de l’impôt sur le patrimoine, l’article 98 du code des impôts directs et taxes assimilées permet à l’administration fiscale d’effectuer une évaluation forfaitaire minimale des revenus imposables à travers les signes extérieurs de richesse, comme les résidences principales et secondaires, les véhicules automobiles et motocycles, les bateaux de plaisance ainsi que les chevaux de course. *Roumadi Melissa/ el watan/ lundi 07 décembre 2015

*****la loi de finances 2016 fera basculer dans la pauvreté, 80% de la population

*Noureddine Bouderba. Syndicaliste, ancien cadre dirigeant de l’Entreprise nationale des grands travaux pétroliers (ENGTP)

- Dans une tribune que vous avez publiée récemment, vous concluez à l’empreinte des puissances de l’argent dans la conception et l’adoption, au pas de charge, de la loi de finances 2016. Vous affirmez/réaffirmez ce que bon nombre d’acteurs et observateurs ont relevé auparavant, à savoir que ce projet de loi de finances est dicté par l’oligarchie. D’abord, par souci de clarté et de pédagogie, qu’entendez-vous par ce concept d’oligarchie ?

Pour moi, l’oligarchie est constituée par cette minorité des nouveaux riches qui ont bâti leurs fortunes à la faveur des privatisations des entreprises publiques puis avec l’envolée des prix du pétrole, en organisant le détournement à leur profit de la rente pétrolière au détriment du développement économique du pays. Ils ont pu accumuler des fortunes à l’ombre des importations et ce, grâce à leur proximité avec les centres de décision.

Avec la chute des revenus du pays, cette oligarchie, mue par son égoïsme, refuse de supporter la part du fardeau qui lui revient, quitte à faire violence à la société à un moment où la nation a besoin de son unité et de la mobilisation de toutes ses forces vives pour faire face à la voracité impérialiste et au danger terroriste.

- Avec cette loi de finances 2016, l’oligarchie, dites-vous, passe à la vitesse supérieure dans le but d’accaparer des richesses nationales, quitte à ne laisser derrière elle que précarité, pauvreté et désolation. Quelles sont ces dispositions qui vous paraissent dangereuses, préjudiciables à la population algérienne ?

Ce qui dérange c’est : 1) le fait de maintenir les dépenses fiscales au profit des nantis au moment où on veut imposer l’austérité aux pauvres ; 2) cette véritable OPA sur le patrimoine public à travers la réactivation de la volonté de privatiser ce qui reste des entreprises publiques et les richesses nationales ; 3) cette tentative de connexion avec le capital international à travers la remise en cause graduelle du droit de préemption et de la règle des 51/49% ainsi que l’ouverture aux financements extérieurs ; 4) cette volonté de mainmise sur le foncier.

- Les dispositions du PLF 2016, conjuguées aux effets de la dévaluation du dinar, s’apprêtent, selon vous, à faire basculer dans la pauvreté ou la précarité les 4/5 de la population. La généralisation de la précarité guetterait, selon vous, 80% de la population et non uniquement le premier quintile (les 20% les plus démunis, soit 8 millions) comme le prétendent les décideurs et leurs experts. Expliquez-nous les ressorts et comment en êtes-vous arrivé à ces taux ?

En 2014, selon l’ONS, le taux de chômage était de 10,6% de la population active. En réalité, le chômage toucherait au moins le quart de la population active car l’ONS comme le BIT ne considèrent pas comme chômeurs ceux et celles qui n’ont pas effectué de démarches de recherche d’emploi durant le mois précédant l’enquête. Et sur les 10,2 millions d’occupés, on découvre que plus de deux personnes sur cinq ne sont pas protégées par la Sécurité sociale et que plus de la moitié des salariés occupent des emplois temporaires, donc précaires. Dans le secteur privé formel, ils sont plus de trois salariés sur quatre à ne pas être déclarés à la Sécurité sociale et plus de quatre sur cinq ont un statut temporaire.

Par ailleurs, en 2011, toujours selon l’ONS, le salaire mensuel net de 80% des salariés était inférieur à 39 000 DA, soit moins de 2,6 fois le SNMG (ONS de 2011). Or, la même année, l’UGTA avait publié les résultats d’une enquête qui notaient que pour vivre à l’abri du besoin, une famille de six personnes, dont quatre enfants, devrait percevoir un salaire compris entre 40 000 et 50 000 DA. C’est ce qui explique que la part des salaires dans le PIB est très faible en Algérie : 27% en 2014 contre plus de 35% en Tunisie et au Maroc et plus de 50% dans tous les pays de l’OCDE. C’est ce qui explique aussi que la faible consommation des ménages en Algérie (36% du PIB en 2014) contre 60% enregistrés dans les pays voisins ceux de l’OCDE.

Il faut noter que le gouvernement lui-même a reconnu qu’en 2015, 30% de la population (12 millions de personnes) sont démunis et bénéficiaires du couffin de Ramadhan. Le FCE pour sa part a estimé ce taux à 60% dans son dernier plaidoyer pour la suppression des transferts sociaux. Pour ma part, j’ai ajouté 20% de la population qui, sans être pauvres, vivent ce qu’on appelle la quasi-pauvreté.

Il suffit d’une importante augmentation des prix pour que ces 80% d’Algériens basculent dans la pauvreté ou la précarité. Si une bonne partie de ces 80% n’a pas basculé à ce jour, c’est justement grâce à la politique de protection sociale en vigueur qui corrige dans une large mesure les inégalités de revenu entre le travail et le capital et la très grande discrimination entre les salariés eux-mêmes. C’est pourquoi j’ai affirmé que l’importante dévaluation du dinar, la taxation des citoyens et les augmentations de prix annoncées vont laminer le pouvoir d’achat de la majorité de la population et non celui de 20% des Algériens, comme on veut nous le faire croire.

- Vous avez fait la somme des «cadeaux» fiscaux faits par le gouvernement aux riches et au patronat. Des «cadeaux» qui étaient déjà dans la hotte de la LFC 2015. Vous évoquez ces nouvelles exonérations fiscales (TVA) et réductions des taux (IBS et droits de douane) décidées : taux de l’impôt sur le patrimoine relevé à 100 millions de dinars contre 50 en 2013 ; amnistie fiscale partielle via le dispositif dit de «mise en conformité fiscale volontaire» ; effacement des pénalités au profit des fraudeurs de la Sécurité sociale… Bref, vous estimez ces «cadeaux» à plus de 14 milliards de dollars.

Ce n’est pas moi qui ai calculé ce montant de 14 milliards de dollars, mais le ministère des Finances. Dans sa note de présentation du projet de loi de finances 2015 (disponible sur son site) le ministère des Finances précise qu’en 2013, «les subventions implicites de nature fiscale représentent 1080 milliards de dinars» et «les subventions implicites liées au foncier représentent 67 milliards de dinars» soit, au taux de change de 2013, 14,45 milliards de dollars. Le hic est que ces 14,45 milliards de dollars sont présentés par le gouvernement et les experts comme faisant partie des transferts sociaux, alors qu’il y a une grande différence entre transferts sociaux et subventions économiques aux entrepreneurs.

Le montant des transferts sociaux, en 2015, ne représente pas 30% du PIB mais à peine 9,1%. Moins si le Trésor ne prenait pas en charge, par exemple, les allocations familiales à la place des employeurs. Dans le compte rendu de la 13e tripartite (qui s’est tenue les 2 et 3 décembre 2009) on lit que «le gouvernement a rappelé que la 11e session de la tripartite tenue les 3 et 4 mars 2005 a consigné l’adhésion des organisations patronales et de l’UGTA à la nécessité de revenir à la norme universelle, avec la prise en charge des allocations familiales par les employeurs».

Mais depuis, tout le monde fait semblant d’oublier ce point et le Trésor continue à prendre en charge, chaque année, plus de 42 milliards de dinars à la place des entreprises, comptabilisés comme transferts sociaux. Sur au moins ce point (mis à part les 14,45 milliards de dollars), je suis d’accord avec les experts qui disent qu’il y a des transferts sociaux pervers. Chaque tripartite, chaque loi de finances était un tremplin pour enrichir davantage les riches et appauvrir les pauvres.

Sinon, comment expliquer que les multiples promesses de réduire l’IRG pour les salariés et les retraités n’ont jamais été tenues, ou que celle d’abroger l’article 87 bis n’a été qu’une montagne accouchant d’une souris ? Les nouvelles exonérations et réductions fiscales contenues dans la LFC 2015 et le PLF 2016 s’inscrivent dans la continuité, sauf qu’avec la chute des prix du pétrole, la rente n’est plus suffisante pour financer ces «cadeaux». Alors on a décidé de le faire par une imposition compensatoire à faire supporter par les larges couches de la population.

- Dans son discours, le gouvernement braque ses projecteurs sur les transferts sociaux et les subventions, désignés comme le mal absolu de l’économie algérienne. Jusqu’où cette assertion peut-elle être vraie ou fausse ? La réalité des prix n’est-elle pas, dans une économie mondialisée, une vérité incontournable ? Dans le cas contraire, où trouver l’argent pour affronter le déficit budgétaire ? Quelles en sont les niches potentielles et les leviers à même d’être actionnés par les pouvoirs publics ?

Les transferts sociaux ne que représentent 9,1% du PIB. Si, pour les besoins de comparaison, on y ajoute le budget global du système de Sécurité sociale, on arrive à un montant de transfert global qui représente 15% du PIB. Les anti-transferts sociaux trouvent que le niveau de ces dépenses sociales est trop élevé et nous invitent à nous référer aux pays développés qui, selon eux, n’y consacrent que 3%. Le rapport panorama de la société 2014 de l’OCDE nous dit autre chose puisqu’il y est noté que le taux moyen des transferts sociaux dans les 34 pays de l’OCDE a été de 22%, ceux du Danemark, de la Belgique, de la Finlande et de la France dépassant même les 30%.

Seuls la Turquie, la Corée, le Chili et le Mexique y ont consacré moins de 15% de leur PIB (entre 7,4 et 12,8 %). Il est important de souligner que c’est dans ces derniers pays que les transferts sont justement ciblés et qu’on retrouve le plus grand taux de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté (supérieur à 15%) ainsi que les plus grandes inégalités, contrairement aux autres pays où les transferts sont universalistes et les inégalités beaucoup plus réduites.

Les salaires, en Algérie, sont très bas et les prix internationaux élevés pour la nourriture et l’énergie sont hors de portée des revenus de la population. Et c’est justement grâce aux transferts sociaux que la pauvreté et les inégalités sont plus ou moins contenues. Pour les prix de l’énergie, bien sûr, il faut la réalité des prix. Mais quels prix ?

Les organisations internationales au service des multinationales veulent des prix intérieurs en référence aux prix internationaux, alors que tous les pays en voie de développement producteurs d’hydrocarbures subventionnent les prix de l’énergie en prenant comme référence le coût marginal de long terme afin de faire bénéficier leur population et non les multinationales de la rente. Même les Etats-Unis subventionnent l’essence à la pompe, vendue à moins de la moitié de son prix international.

Le gouvernement veut supprimer les transferts sociaux et les subventions en les remplaçant par des transferts ciblés. L’expérience internationale a montré, partout, que les transferts ciblés ont toujours fini par s’amenuiser en taille et en volume pour ne plus réduire les inégalités et la pauvreté. L’OCDE, qui a toujours défendu la théorie du ciblage, a fini par noter, en 2012, que dans les pays où les transferts ne sont pas universalistes mais ciblés, les inégalités comme les taux de pauvreté sont nettement élevés, avant d’affirmer dans son rapport 2014 que lorsque les systèmes de transferts sociaux sont fortement ciblés, les baisses des dépenses sont davantage susceptibles de nuire aux plus démunis.

Par ailleurs, au-delà de l’absence de définition consensuelle du «nécessiteux» et du «seuil de pauvreté», aucun pays au monde n’a pu résoudre le problème d’identification des bénéficiaires de l’allocation ciblée. La majorité des expériences des programmes d’aide ciblée ont échoué à cause de l’impossibilité pratique d’établir la liste des nécessiteux sur la base de critères objectifs, surtout dans les pays en développement qui ne disposent pas d’une administration performante et fiable.

A titre d’exemple, en 2010, une enquête de l’INS tunisien avait conclu que les familles pauvres ne bénéficiaient que de 51% des allocations de l’aide ciblée alors que 20% des bénéficiaires faisaient partie des 40% des plus riches de la population. En Inde, 64% des individus les plus riches bénéficiaient, en 2006, d’un programme ciblé au détriment des pauvres et de la classe moyenne.

- Le discours sur la crise financière ressassé par le gouvernement n’est-il pas un prétexte, une aubaine pour parachever les processus de libéralisation/privatisation suspendus par la magie de la rente pétrolière abondante ? Jusqu’où les institutions financières internationales auraient-elles inspiré nos gouvernants dans la conception de cette loi de finances ?

Toutes les mesures impopulaires contenues dans la LF 2016 portent l’empreinte des recommandations du FMI. Pourtant, ce dernier avait admis une première fois en 2002 s’être «trompé dans le choix des thérapies qu’il a proposées aux économies des pays en crise» et une autre fois en 2013 sur celles «proposées» à la Grèce. Là où le FMI est passé, il n’a laissé que désolation et paupérisation.
La solution est de réhabiliter le travail d’abord.

Aujourd’hui, un voleur de sable est mieux considéré qu’un chercheur universitaire ou un professeur de médecine qui sauve des vies chaque jour. La solution est de faire supporter le fardeau d’une austérité qui ne veut pas dire son nom par ceux qui en ont les moyens ; de relancer les investissements productifs et créateurs d’emploi tout en limitant les importations au strict nécessaire, tout en luttant contre les sur et les sous-facturations ainsi que les transferts illicites de devises ; de lutter contre l’évasion fiscale et sociale et de mettre fin aux cadeaux fiscaux ; de lutter contre la corruption, d’instaurer la transparence et de renforcer la démocratie ; de renforcer la justice sociale.

Dans tous mes propos, il n’a, à aucun moment, été question que l’Algérie vive au-dessus de ses moyens, mais plutôt d’éradiquer la pauvreté et de faire reculer les inégalités. Car un citoyen analphabète, malade ou qui a faim ne peut contribuer au progrès de la nation, tout comme l’injustice ne pourra mobiliser les Algériens pour défendre et développer leur pays, parce qu’ils n’ont pas de pays de rechange.*Mohand Aziri / el watan/ mercredi 9 décembre 2015 | 

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*Graves révélations de Louisa Hanoune

Il y a une fusion entre l’Exécutif et une partie de l’Assemblée au profit d’une minorité d’hommes d’affaires. Lorsque j’ai réagi aux attaques du secrétaire générale du FLN contre le DRS, le lendemain même, le Président avait demandé à me voir. Je sais ce qu’il pense de chacun.

Elle parle de coup d’Etat, de coup de force, de ministres au service d’intérêts étrangers et d’une oligarchie prédatrice, d’alerter l’opinion publique sur les graves menaces qui pèsent sur le pays. Elle, c’est Mme Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), cette dame surprend, étonne et intrigue aussi bien ses détracteurs que ses fans. Dans l’entretien qu’elle a accordé à el watan, elle revient sur tous les événements qui ont marqué la semaine.

D’abord, le «coup de force». Que s’est-il passé lors de l’examen et l’adoption de la loi de finances 2016 ? De jeudi à dimanche, il y a eu un véritable coup d’Etat contre le Parlement et le président de la République. Est-il possible de croire que le Président ne puisse pas être au courant, sachant qu’il avait dirigé le Conseil des ministres qui a débattu la loi de finances ? Mme Hanoune est catégorique. «On peut lui présenter un texte que l’on discute et après on en présente un autre à l’APN.

Rappelez-vous les déclarations du Président en début d’année. Le président de l’Assemblée avait refusé le comptage des voix lors du vote en plénière, parce qu’une majorité des députés avait voté l’abrogation de l’article 59 (qui autorise l’endettement extérieur des privés). Lui aussi fait partie de la machine qui a réalisé le coup d’Etat. Bouteflika ne peut pas se suicider.

Il paraît que le ministre de l’Industrie et des Mines est le véritable chef d’orchestre du coup d’Etat qu’il dirigeait à partir des Etats-Unis. D’ailleurs, il s’était vanté devant les membres de la commission des finances d’être l’auteur de tous les articles qui portent l’empreinte de l’oligarchie. Il est connu que le président de la République n’a jamais voulu céder sur un millimètre de ses prérogatives. Il concentre tous les pouvoirs entre ses mains. C’est sa personnalité.

Le ministre des Finances a osé dire que le Président lui a délégué ses prérogatives. Quel mensonge. Dans d’autres pays, ce ministre aurait été démis. Cela veut dire que lui et ceux qu’il sert ont mis le Président en incapacité, et qu’ils se sont érigés en tuteurs. C’est le message qu’ils nous transmettent en parlant en son nom. La Constitution ne permet pas au Président de déléguer ses prérogatives», lance la secrétaire générale du PT. Elle va plus loin. La loi de finances 2016 est anticonstitutionnelle.

Louisa Hanoune poursuit son réquisitoire contre le ministre des Finances qui, d’après elle, a menti en disant que l’Algérie consent 1800 milliards de dinars, le montant le plus élevé dans le monde, en matière de transferts sociaux destinés aux subventions. «Nous savons que ces montants concernent aussi les pensions des anciens moudjahidine et veuves de chouhada et la quote-part de l’Etat en matière de santé.

A moins qu’il nous dise que l’Etat se désengage de l’éducation, de l’enseignement supérieur, de la formation professionnelle et de la santé. Il a encore menti en affirmant l’inexistence d’impôt nouveau pour les citoyens. Or, il y a bel et bien de nouvelles taxes qui détruisent leur pouvoir d’achat. Il faut savoir que le privé traditionnel national est menacé dans son existence.

Donc, il est demandé à la majorité du peuple de compenser les trous provoqués dans le Trésor public par les nouveaux cadeaux aux oligarques et aux étrangers. Dans la loi de finances 2015, il y a eu une amnistie fiscale de l’ordre de 800 milliards de dinars au moins, si ce n’est plus. Cette mesure a légalisé l’évasion fiscale. Par contre, la taxe d’habitation a été généralisée et celle de quatre wilayas — Alger, Annaba, Oran, Constantine — doublée. Ce qui est anticonstitutionnel, parce que les citoyens sont censés être égaux devant les droits et taxes.»

Des ministres au service de l’oligarchie

D’une voix coléreuse, Mme Hanoune accuse le ministre des Finances d’avoir réduit les impôts au profit des multimilliardaires, et au même moment d’avoir accablé la majorité des citoyens. Pour elle, «il y a une fusion entre l’Exécutif et une partie de l’Assemblée au profit d’une minorité d’hommes d’affaires. Je tiens à préciser que je ne vise pas le privé algérien, qui représente les vraies PME-PMI, menacées par la loi de finances. Le patron des oligarques a fait la tournée des ministres, du Parlement et du Sénat. Il s’immisce dans toutes les affaires institutionnelles. Il fait partie de ceux qui confisquent les prérogatives du Président. Il y a aussi des ministres qui font partie de cette oligarchie prédatrice ou sont à son service».

Mais est-il possible que le Président soit dans un isolement total ? La réponse de Mme Hanoune est cinglante : «Lorsqu’on est diminué par la maladie et qu’on ne peut pas se déplacer, on devient tributaire des autres. On peut lui présenter une revue de presse tronquée pour lui faire lire ce qu’on veut. Je suis convaincue que la loi de finances 2016 n’est pas son œuvre.

C’est l’oligarchie et ceux qui servent les intérêts étrangers, notamment français, qui l’ont rédigée. Lorsque j’ai vu le Président en 2014, j’ai remarqué qu’il n’était pas au courant de beaucoup de choses. Comment la situation a-t-elle évolué ? Je ne le sais pas. Le Président était totalement contre l’endettement extérieur et, aujourd’hui, la loi de finances le met en avant.

Des entreprises de droit algérien, Peugeot, Renault, Alstom, Lind, vont emprunter de l’argent chez les pays du Golfe, à la Société financière internationale (SFI) ou à la Banque mondiale et si elles ne remboursent pas, c’est le Trésor public algérien qui le fera à leur place, car il sera le garant. Nous avons déjà payé un milliard de dollars pour rembourser un emprunt d’ArcelorMittal, alors que le pays était étranglé par la dette. Aujourd’hui, on nous pousse à une situation à la grecque.

Ils ont le droit de transférer leurs dividendes, puisque la loi de finances a levé les interdits et personne ne leur demandera des comptes. C’est la dissolution de l’Etat algérien. Ce sont des personnes déterminées à transformer le pays en une Ukraine bis. C’est-à-dire sous la coupe des grandes puissances étrangères et des institutions internationales.»

Des filiales de l’Enageo poussées à la faillite

La secrétaire générale du PT est formelle : le plan de privatisation qualifié de «démantèlement des entreprises» est déjà mis en œuvre et «au profit des oligarques». Des filiales de production de Sonatrach, souligne-t-elle, «ont été tuées pour donner leurs activités au chef de l’oligarchie. Je cite l’exemple de l’Enageo dont des filiales ont été dissoutes sous prétexte qu’elles n’ont pas de plan de charge et, comme par hasard, le chef des oligarques crée une société privée qui s’appelle Algéoland et prend les mêmes marchés. Même scénario avec la filiale Alpha-Pipe qui est en train d’être étranglée pour céder la place à deux entreprises, à Oran et à Ouargla, créées par le chef des oligarques.

Il y a d’autres exemples de démantèlement d’entreprises. Dans les télécommunications, la ministre a déclaré, à l’APN, qu’il n’y avait pas d’avenir pour le secteur public et vous avez dû remarquer qu’Orange est déjà en Algérie. Tout se fait en catimini. Nous savons qu’il y a des velléités de ramener EDF et GDF à Sonelgaz, et je ne vise pas le PDG, cela le dépasse. Le Président tenait absolument à ce qu’il y ait un équilibre dans tous les partenariats. Il ne voulait pas rester otage ou dépendant d’un pays. Maintenant, nous constatons une totale dépendance à la France. Nous sommes gérés à partir de Paris».

Concernant le chef de l’oligarchie, comme elle ne cesse de le nommer, Mme Hanoune rappelle les propos «honteux» qu’il a tenus publiquement. «Il a demandé de confectionner les tenues militaires, alors que l’armée fabrique ses propres tenues. Quelle relation une entreprise de goudron peut-elle avoir avec l’habillement militaire ? Cette oligarchie n’a aucune limite. Elle considère que le pays et ses richesses lui appartiennent et que l’Etat est à leur disposition. Les oligarques veulent tout, et même s’ils ne sont pas capables techniquement, ils sous-traitent. Cela a été le cas pour le matériel de radiothérapie.

En été 2014, a été annoncée la création d’une société à 51% publique et 49% privée, qui sous-traite pour une multinationale américaine. Le chef des oligarques ce trouve à la tête de l’entreprise (partie nationale) représentant et l’Etat et les multinationales. Quel est son rôle ? Allez dans les hôpitaux, vous constaterez qu’il n’y a ni maintenance ni formation. Au CHU Mustapha vous serez scandalisés par la situation dans laquelle se trouve le matériel médical.»

«Youcef Yousfi a été écarté pour son patriotisme»

Revenant sur le limogeage de l’ex-ministre de l’Energie, Youcef Yousfi, Mme Hanoune n’y va pas avec le dos de la cuillère. Selon elle, il a été écarté à cause de «son patriotisme». Elle précise : «Je ne dis pas que c’est Haddad, le chef des oligarques qui l’a démis. Mais je dirais qu’il y a eu au moins un incident qui pourrait être lié à son limogeage. Le ministre a refusé de le recevoir seul, en lui disant que la réunion se tiendra avec l’ensemble des représentants des organisations patronales. Haddad n’était pas content.

Il a boycotté la rencontre. Les représentants des autres organisations patronales ont reconnu qu’ils n’avaient pas toutes les compétences voulues pour avoir des marchés dans le secteur et qu’ils ne pouvaient intervenir que dans des activités bien précises. Durant cette période, il y a eu aussi la rupture du contrat avec la multinationale française Total, qui se comportait en territoire conquis. La société française est revenue après le départ de Youcef Yousfi. C’est quand même le président de la République qui a chassé Chakib Khelil, et c’est lui qui a aussi donné le feu vert pour que l’affaire soit enrôlée.»

L’oratrice qualifie la défense «scandaleuse» de Chakib Khelil par certains comme «une prime à la trahison et à la corruption», ajoutant : «Le Président a tout le temps défendu les acquis sociaux et, aujourd’hui, le ministre du Travail annonce qu’un million d’emplois seront supprimés dans la Fonction publique, qu’il n’y aura aucun remplacement des départs à la retraire. Au niveau des communes, la loi de finances 2016 est déjà appliquée. Leur prévision salariale (fiche matrice) se fait désormais sur 6 à 8 mois seulement. Les travailleurs de la SNVI sont sortis dans la rue parce qu’ils n’ont pas perçu leurs salaires et à cause de l’article 66 de la LF 2016. L’aide à l’entreprise annoncée par l’Etat n’est pas arrivée.

Idem pour le secteur du textile qui attend. Qu’ils ne nous disent pas que c’est avec l’aval du Président.» Mme Hanoune revient sur le droit de préemption, en notant que ce droit a été supprimé de la loi de finances pour être mis dans code des investissements. «Le droit de préemption a été transféré dans le code des investissements qui a été présenté en Conseil des ministres le même jour que la loi de finances 2016. Le ministre de l’Industrie et des Mines a écrit noir sur blanc que le droit de préemption a perdu son pouvoir de régulation. Puis il l’a vidé totalement de son contenu, comme il a vidé la règle des 51/49%. Le droit de préemption permettait à l’Etat d’intervenir dans tout changement opéré dans une entreprise mixte.

L’oligarchie a exempté les sociétés étrangères de toute obligation. Je cite par exemple Lind, qui s’est accaparé de 66% de l’ENGI, un véritable fleuron et qui exportait assez bien, offerte sur un plateau d’argent par l’ex-ministre, Hamid Temmar. J’ouvre une parenthèse sur le bilan des privatisations, que nous cessons de réclamer et qui n’a jamais été fait. Si un jour un véritable bilan est fait, beaucoup de têtes tomberont et des responsables seraient mis en prison pour corruption et intelligence avec l’étranger.

Pour revenir à l’exemple de Lind, si demain cette entreprise cède 10% de ses actions à l’international à une société israélienne, eh bien celle-ci viendrait en Algérie, dans un secteur stratégique, le gaz industriel qui est utilisé non seulement dans la fabrication des boissons gazeuses, mais également dans les hôpitaux et, à ce moment-là, nous aurions dans notre pays des sionistes, des espions, etc. par la force de la loi. La souveraineté économique nationale que le Président a rétablie en 2009 et 2010 a été démantelée au profit des oligarques et des intérêts de puissances étrangères, notamment la France.»

«Un responsable viré pour intelligence avec l’étranger se retrouve ministre»

Le témoignage de Mme Hanoune est très grave. Elle dit s’attendre à tout. «Lorsqu’on nomme au gouvernement un ministre qui a été viré de la fonction qu’il occupait à la tête d’une instance importante, pour accointance avec l’étranger, sur rapport officiel, rédigé par le Premier ministre de l’époque, actuel directeur de cabinet de la Présidence, c’est que le pays va mal. Ce personnage est à la tête d’un ministère de souveraineté. Cela veut dire que nous sommes face à une œuvre gigantesque de démolition de notre pays. C’est carrément l’ukrainisation de l’Algérie», crie Mme Hanoune. Elle insiste sur l’état de santé du Président. Pour elle, «il a la tête qui fonctionne, il dirige le Conseil des ministres, des débats, donne des orientations et reçoit des personnalités étrangères avec lesquelles il passe de longs moments.

Cela veut dire soit qu’il y a falsification des projets de loi qu’on lui soumet, ou alors les remarques qu’il fait ne sont pas prises en compte parce qu’il ne peut pas se déplacer pour vérifier. Nous ne pouvons plus nous taire. Ce que le terrorisme n’a pas réussi à réaliser pendant toute la période de la tragédie nationale, ces oligarques, ces prédateurs et ces traîtres sont en train de le faire. Ils veulent détruire ce que nous avons hérité de la guerre d’indépendance au prix du million et demi de martyrs.

Les patriotes ne peuvent accepter cela. Le ministre des Finances nous demande de crever la bouche ouverte et de ne pas résister». Mme Hanoune s’exprime aussi sur l’armée. Selon elle, ce qui s’y passe fait partie de «ce complot» contre le pays et ses institutions. «Ils sont en train de détruire les facteurs d’immunité de la nation algérienne sur tous les plans, y compris dans le domaine sécuritaire, où l’on constate des coups fatals. Quand on jette en prison un homme comme le général Hassan, héros de la lutte antiterroriste, c’est qu’on lance une invitation à Daech et Al Qaîda.

On l’accuse d’association de malfaiteurs alors que ce sont ces oligarques et ces prédateurs qui sont en train de détruire le pays et de le livrer à la rapine. Je doute fort que le Président soit au courant de ces décisions». La responsable du PT évoque la «restructuration» du DRS, qu’elle qualifie de «démantèlement». «A la longue, cette restructuration s’est avérée n’être qu’un démantèlement des services de lutte contre le terrorisme et contre la corruption. C’est un appel à la dilapidation et à la prédation.

Quand on dissout une section de contre-espionnage économique, il est clair qu’il y a une vision : celle d’un Etat derrière une oligarchie sans contrôle. Nous sommes totalement fragilisés. Il n’y a pas de justice indépendante qui s’autosaisit des affaires de corruption. Se rendent-ils compte qu’ils sont en train de démanteler notre immunité ? De telles décisions touchent le moral des troupes, il y a une perte des repères, une déstabilisation généralisée qui ne touche pas uniquement le département du Renseignement, mais aussi les entreprises publiques et le secteur économique.»

«Quelle relation peut avoir une société de goudron avec l’industrie militaire ?»

Mme Hanoune revient sur sa rencontre avec le vice-ministre de la Défense nationale, Ahmed Gaïd Salah, après les attaques du secrétaire général du FLN, Amar Saadani, contre le DRS. Elle se garde d’aller dans le détail, mais affirme avoir posé des questions très précises. «Je lui ai dit : est-ce que le général avait constitué un groupe terroriste ? Il m’a répondu : jamais. Je lui ai dit : est-ce qu’il s’est approprié les armes ? Il m’a dit non. Auparavant j’avais posé les mêmes questions au Président qui m’a affirmé que le général était un patriote, un homme intègre et que son affaire avait été classée parce qu’il n’a rien fait. Je ne comprends pas comment, une année après, le général est mis en prison.

Pour moi, il y a incontestablement une jonction entre l’arrestation du général Hassan, les attaques contre le DRS et son démembrement. Un jour, tout se saura et les noms des responsables seront connus. Il ne s’agit pas de parler de personnes ou de remplacer X par Y. Il s’agit plutôt de savoir dans quelles conditions cela s’est fait. Nous ne le savons pas. Ce n’est pas le Président que j’ai vu pour la dernière fois, lors de son investiture en 2014, qui aurait décidé de toutes ces mesures. Il n’est plus accessible ni à moi ni à d’autres. Par le passé, j’avais la preuve que le courrier lui parvenait.

Lorsque j’ai réagi aux attaques du secrétaire général du FLN contre le DRS, le lendemain même, le Président avait demandé à me voir. Il a porté des jugements sur des personnes. Je sais ce qu’il pense de chacun. Raison pour laquelle je ne peux pas croire qu’il soit à l’origine de toutes ces mesures. D’ailleurs, il avait remis de l’ordre, à travers un communiqué cinglant, contre ces attaques. Même le directeur de cabinet de la Présidence s’y est mis pour dire que ce département était appelé à d’autres missions. De quelles missions parle-t-il ? Tous les services de Renseignement ont la même mission, à moins d’en faire une police politique. Le procès du général Hassan a été d’une illégalité parfaite, comme cela a été le cas à l’APN.

C’est la loi de la jungle.» Que faire ? Mme Hanoune répond : «Il y a la mobilisation des groupes parlementaires malgré les divergences politiques.» Et de préciser que cette alliance est «une première». «C’est la première fois que cela arrive. Tout le monde a compris les enjeux qui sont le sauvetage de l’Algérie de la ‘somalisation’. Les députés vont s’adresser aux sénateurs. Nous savons que le secrétaire général du FLN a usé de menaces contre ses députés au cas où ils ne voteraient pas, mais aussi de récompenses  (des postes à l’étranger) à ceux qui défendraient les mesures antinationales. Mais le peuple est conscient du danger.

Il est très inquiet. Le gouvernement appelle à l’émeute. Il prépare un printemps arabe, c’est-à-dire le chaos. Nous prendrons nos responsabilités et nous ferons alliance avec tous ceux qui veulent résister. Cette mobilisation les a déchaînés contre nous. Ils savent que si le Président prenait connaissance de ce qu’ils font, il réagirait. Peut-être qu’il a eu vent de la lettre du Groupe des 19, mais je doute fort qu’il ait pu lire son contenu. Je suis convaincue que s’il l’avait lue, il aurait appelé certains membres du groupe, peu importe qui, pour savoir de quoi il en est.»

Pourquoi de telles dérives et dans quel but ? Mme Hanoune marque un temps d’arrêt puis apporte quelques éclairages : «Ces gens veulent que la situation reste comme elle est. Que le Président ne guérisse pas, qu’il ne puisse pas être mis au courant des affaires de l’Etat ou recevoir les gens. Cela leur laisse le terrain libre pour disposer des richesses. Ils paniquent parce que le prix du baril ne cesse de dégringoler. C’est la course contre la montre. Il faut qu’ils prennent tout et maintenant.»

Les révélations de Mme Hanoune sont graves. N’a-t-elle pas peur des représailles ? Elle répond avec assurance : «Bien sûr qu’il y a eu des provocations et les propos du secrétaire général du FLN constituent une violence et un appel au meurtre. Je le sais, dans les moments de crise, il y a des forces centrifuges qui se mettent en mouvement. Lorsque je suis sortie de prison en 1984, j’avais le choix entre cesser de militer, opter pour une vie ordinaire en considérant que j’étais ‘grillée’, c’est-à-dire fichée, ou poursuivre le combat pour la démocratie.

J’ai opté pour le militantisme car j’étais convaincue de la justesse de mon combat. Pendant la tragédie nationale non plus, je n’ai pas cédé aux menaces de mort et au chantage à la famille. Aujourd’hui, c’est le 1er Novembre 1954 qui est en cause et tous les patriotes sont interpellés. Ce n’est même plus une question d’idéologie. C’est le sauvetage de la nation par la préservation de l’Etat hérité de la Révolution. Nous n’avons pas le droit de trahir les martyrs, le peuple algérien et la Révolution.»*Salima Tlemçani / mardi 08 décembre 2015

*Aux abois, le pouvoir sort ses griffes

Des députés malmenés, un syndicat empêché de tenir une réunion et une association interdite de célébrer une Journée mondiale de lutte contre la corruption. 

A force d’être acculé par la crise économique et la situation chaotique que vit le pays à tous les niveaux, le pouvoir devient agressif. Face aux revendications de la société civile qui réclame plus d’espaces d’expression, il brandit le sabre. Alors que l’enceinte parlementaire est jusque-là épargnée par la répression, elle a connu, en une semaine, deux événements majeurs. Le premier a eu lieu lorsque des parlementaires de la «majorité» et des membres du gouvernement ont usé d’un langage presque menaçant envers les députés de l’opposition qui ont tenté de perturber l’adoption de la loi de finances 2016. Le second, plus grave, s’est produit hier.

Les responsables de l’Assemblée populaire nationale (APN) ont tenté d’empêcher une conférence de presse animée par des députés de l’opposition. Après avoir fait pression sur les parlementaires à travers des restrictions faites aux journalistes venus couvrir l’événement, le secrétaire général de l’APN a fait irruption dans la salle afin de perturber les travaux. Le fait est inédit. C’est une pratique qui ne s’est pas produite «même sous le régime du parti unique», rappelle la sénatrice et moudjahida Zohra Drif.

La dame évoque un autre coup de force du pouvoir : le président du groupe parlementaire FLN, Mohamed Djemaï, a fait irruption, en pleine nuit, dans la salle où étaient réunis les membres de la commission des finances de l’APN. Le député de Tébessa, qui n’est pas membre de la commission, impose la réintroduction dans le projet de loi de finances d’un article controversé. Les griffes du pouvoir ne s’acharnent pas que sur les députés de l’opposition. La semaine dernière, les syndicalistes affiliés au Conseil national des enseignants du supérieur (CNES) ont été tout simplement empêchés de tenir une réunion de leur conseil national.

Pourtant, l’organisation syndicale n’a rien de «subversif» ; ses membres ne cherchent qu’à se concerter pour défendre leurs «intérêts socioprofessionnels». Et à cause notamment de cette interdiction, un mouvement de grève va être entamé la semaine prochaine. Toujours à l’université, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a annoncé, à travers une circulaire, l’interdiction de toute activité «partisane» dans les campus et résidences qui dépendent de lui. Une manière de signifier aux partis politiques de l’opposition de ne plus s’adresser directement aux étudiants.

Le mouvement associatif n’échappe pas à la main lourde des autorités, a fortiori lorsqu’il s’agit d’aborder des sujets qui fâchent. C’est le cas de l’Association algérienne de lutte contre la corruption. Cette dernière est tout bonnement empêchée de célébrer la Journée mondiale de lutte contre la corruption, qui coïncide avec le 9 décembre de chaque année.

Ces actes de répression s’ajoutent à ceux qui sont devenus désormais une pratique courante : l’interdiction des manifestations publiques, le refus d’attribuer des autorisations pour des conférences partisanes et les pressions multiples qui sont exercées sur les médias pour restreindre la liberté d’expression. Et ce n’est pas fini. Puisque chaque jour, lan /e pouvoir perd davantage son sang-froid.*Ali Boukhlef / el watan/ mercredi 9 décembre 2015 |

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ali-yahia

*La France est sortie par la porte en 1962 et elle est revenue par la fenêtre, notamment ces dernières années, a déclaré, ce vendredi 30 octobre 2015, à Tizi Ouzou, Maître Ali Yahia Abdenour. Pour cet ancien moudjahid, « la France soutient le pouvoir algérien à l’extérieur en contrepartie de l’économie du pays sur laquelle elle a mis main basse ». « Le pouvoir algérien ne se soucie guère des intérêts du peuple mais plutôt de ses propres intérêts », a-t-il ajouté au cours d’une conférence-débat sur l’apport de la Kabylie à la Révolution de novembre 1954.

Ali Yahia a profité pour asséner ses vérités historiques en soutenant que « La Kabylie qui était déjà prête sur le plan politique et organisationnel, a donné à la Révolution plus que ce qui a été donné par les cinq autres wilayas réunies ».

« Alors que Bitat s’est retrouvé seul dans la wilaya IV que Krim a été contraint d’alimenter en dirigeants et en centaine de maquisards, et Didouche seul dans le Constantinois, en Kabylie les chefs révolutionnaires ont trouvé l’appui de toute la population qui était déjà structurée autour de Tajmâat (assemblée locale) et des cellules politiques » a-t-il expliqué, ajoutant que « la France savait que si elle arrivait à mater la Kabylie elle aurait fini avec la Révolution ».

Ali Yahia Abdenour et Madjid Azzi qui animaient conjointement cette conférence ont déploré que l’Histoire officielle du pays soit écrite par ceux qui n’ont pas fait la Révolution, à savoir, disent-ils, ceux qui étaient restés embusqués aux frontières avant de prendre le pouvoir à l’indépendance.* vendredi 30 octobre 2015 | Par Imene Brahimi | tsa

© NewPress

**La secrétaire générale du PT, Louisa Hanoune, a accusé ce vendredi 30 octobre, certains membres du gouvernement Sellal d’œuvrer pour les intérêts de la France en Algérie.

« Il y a au sein du gouvernement des responsables qui veillent aux intérêts du pays, mais il y a une minorité qui travaille pour des intérêts étrangers, pour l’ancien colonisateur, à travers des contrats », a-t-elle accusé, sans citer de noms.

Louisa Hanoune s’exprimait devant la coordination nationale de l’organisation des jeunes pour la révolution de son parti réunie à Zeralda.

« Malgré la crise, certains responsables veulent sauver des sociétés françaises (…) », a-t-elle ajouté. Selon elle, certaines lois adoptées récemment profitent aux étrangers et à la prédation ». « Il y a une recolonisation sans frais, à travers des facilités, des prêts, des contrats », accuse-t-elle avant d’ajouter : « De plus en plus, l’Algérie ressemble à un protectorat, comme le Sénégal ».

Usines Renault et Peugeot

Présentés comme des projets phares par le gouvernement, l’implantation de l’usine Renault et celui projeté de Peugeot ne vont pas, selon elle, créer en nombre des postes d’emploi. « Ce sont des usines de montage et c’est tout. Tant de bruit pour pas grand-chose ».

Par ailleurs, revenant sur « l’affaire » de la fouille de Hamid Grine à l’aéroport d’Orly, Louisa Hanoune a estimé que le gouvernement algérien, par souveraineté, devait imposer le principe de réciprocité, c’est-à-dire fouiller les ministres français qui viennent chez nous. « Mais, on leur déroule des tapis rouges. Certains responsables ont le complexe du colonisé, c’est triste », déplore-t-elle.* vendredi 30 octobre 2015 | Par Sonia Lyes | tsa

Louisa Hanoune - TSA

**Louisa Hanoune: « Nous voulons savoir… »

Dix-neuf personnalités dont Louis Hanoune et Khalida Toumi ont demandé, dans une lettre publiée hier, une audience au président Abdelaziz Bouteflika. Ce vendredi, la patronne du PT a expliqué la démarche des signataires de la lettre.

« Il ne s’agit pas d’une initiative contenant un projet politique ! Il ne s’agit pas d’un programme politique ! Il ne s’agit pas de faire un gouvernement parallèle. Nous sommes liés par notre patriotisme et les craintes par rapport aux dérives. Notre démarche est légaliste ! », a déclaré Louisa Hanoune lors d’un point de presse à Alger.

« Nous n’avons pas la prétention de présenter des solutions ou de présenter un programme. On veut rencontrer le Président parce qu’il a un mandat. Nous considérons que les décisions étranges qui ont été prises constituent un danger sur l’indépendance et la souveraineté du pays », ajoute la Secrétaire générale du PT.

« Nous voulons savoir s’il sait ou s’il ne sait pas »

Louisa Hanoune explique au nom des dix-neuf personnalités signataires dont Khalida Toumi, Zohra Drif Bitat, Lakhdar Bouragraa et Rachid Boudjedra la décision de publier la lettre adressée au Président le 1er novembre. « Les portes sont actuellement fermées », a déploré Mme Hanoune.

Le Président n’est-il pas également responsable de la situation politique, économique et sociale du pays ? « Nous voulons avoir le cœur nette ! Nous voulons savoir s’il sait ou s’il ne sait pas. S’il est au courant, c’est une chose. S’il ne l’est pas, c’en est une autre », a-t-elle répondu.

khalida toumi

« Prendre le maquis, sortir dans la rue… »

« On avait trois choix : prendre le maquis, sortir dans la rue et cela peut ouvrir la voix aux dérapages ou considérer qu’il y a un État et un président. Nous avons opté pour cette dernière démarche », a affirmé encore Louisa Hanoune.

La Secrétaire générale du PT, qui n’a voulu citer aucun nom, insiste sur l’objectif de cette démarche. « Ce n’est pas un tribunal et on ne veut pas se substituer au pouvoir législatif. Des décisions ont été prises. On veut savoir si le Président est au courant ou pas. Nous ne cherchons pas des postes au gouvernement », a-t-elle répété.

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Plus d’une soixantaine de personnalités dont des politiques et des historiens adhérent à cette démarche, selon la patronne du PT. « Le nombre des signataires a été préalablement fixé et ne devait pas dépasser une vingtaine parce qu’on ne voulait pas envoyer une pétition », explique Mme Hanoune.

Les signataires de la lettre ont débattu des actions à entreprendre au cas où le président Bouteflika refuse de les recevoir. « Nous avons tracé un calendrier mais nous ne pouvons rien dire pour le moment », a répondu Louisa Hanoune, en lançant un avertissement : « Nous n’attendrons pas des mois mais des jours ». *vendredi 6 novembre 2015 | Par Hadjer Guenanfa | tsa

* «l’esprit de Novembre» a été détourné. 

Que reste-t-il des idéaux du 1er Novembre, au moment où le pays fait face à une crise politique et morale majeure ? Pour les partis de l’opposition, la Déclaration de Novembre est une chimère qui n’a existé que le temps de sa rédaction.

Pour Moussa Touati, président du FNA, «l’esprit de Novembre» n’existe pas, car il a été détourné. «Les idéaux qui ont guidé la Déclaration du 1er Novembre ont été bafoués et trahis par nos responsables», juge le président du FNA.

Et de poursuivre : «Si nous sommes parvenus à arracher le drapeau de la France de nos édifices, nos responsables continuent malheureusement à être attachés à l’ancien colonisateur.» «Si l’Algérie a arraché son indépendance, elle a échoué à obtenir son indépendance économique», enchaîne-t-il.

Pour lui, «ce que De Gaule a été contraint de céder aux Algériens face à leur héroïsme, les Français ont réussi à le récupérer autrement.» Pour Moussa Touati, les fruits de la Révolution sont un grand gâchis imputable à nos dirigeants. «Si l’indépendance est un échec, cela est imputable aux responsables», déclare-t-il.

Pour le porte-parole du Parti des travailleurs, Ramdane Youssef Tazibt, «la préférence nationale s’est transformée dans l’esprit de certains membres du gouvernement en préférence étrangère. Nous assistons à une forme de recolonisation à moindre frais. L’esprit du 1er Novembre a été poignardé dans le dos».

Pour le dirigeant du PT, «certains ministres protègent les intérêts des pays étrangers.» Même diagnostic chez le président de Ahd 54, Ali Fawzi Rebaïne.

Il estime que la Déclaration de Novembre est devenue un fonds de commerce permettant à «certains de se gargariser lors des festivités», alors que les idéaux «de justice sociale, d’égalité entre les Algériens, de respect des libertés», tels que mentionnés dans la Déclaration ont été bafoués. «Vous pensez que les martyrs de la Révolution se sont sacrifiés pour cette Algérie ? Je ne le pense pas. Ils ne l’ont pas fait pour que 5000 milliardaires voient le jour et pillent le pays.

A mon avis, les martyrs doivent se retourner dans leur tombe.» Une analyse partagée par Ali Benflis, président de Talaie El Houriyet. Dans une déclaration, l’ancien Premier ministre juge que ceux qui dirigent l’Algérie ont bafoué les idéaux pour lesquels se sont «soulevés et sacrifiés les Algériens».

«Le déclenchement de la Révolution de Novembre a eu lieu pour que le peuple puisse se réapproprier sa souveraineté, et pour l’établissement d’un Etat de droit qui protège et garantisse les droits de tous les Algériens», a-t-il déclaré. Et de se demander : «Que vaut la parole des Algériens dans la gestion des affaires de la nation ?»

Dans ce concert de critiques et de scepticisme ambiants autour du 1er Novembre, les partis proches du Président montent au créneau. Ainsi, Seddik Chihab, porte-parole du RND, a fustigé, à partir de Mascara, ceux qui demeurent «sceptiques quant à l’atteinte des objectifs fixés par la Révolution de Novembre 1954», rapporte l’APS.

Pour M. Chihab, «la Révolution algérienne a bien concrétisé ses grands objectifs que sont la liberté, l’indépendance et la préservation de l’identité nationale algérienne». Il estime que «l’Algérie est restée fidèle aux valeurs et principes de la Révolution et au message du 1er Novembre axé sur l’indépendance et l’édification d’un Etat fort sur les bases et les préceptes de l’islam, et en s’investissant dans le social».

Pour sa part, le président de la République, dans son traditionnel message du 1er novembre, a estimé que la «Révolution de Novembre a marqué l’histoire contemporaine.

En effet, au-delà de nos frontières, la Révolution de Novembre est l’objet de respect sur tous les continents, en hommage à la vaillance du peuple algérien en lutte, en reconnaissance de la fierté qu’elle a procurée à la nation arabe, et au regard de ce qu’elle a pesé dans l’accélération de l’indépendance d’autres pays africains.» *Mesbah Salim/ el watan/ dimanche 1er novembre 2015

**Soixante et un ans après, le 1er Novembre est en passe de devenir, pour les jeunes générations et les moins jeunes, qu’une date parmi tant d’autres. Un jour férié, certes, mais un vague souvenir ou au mieux une réminiscence de l’histoire de l’Algérie contemporaine qui a coïncidé avec le déclenchement de la guerre de Libération nationale. Sans plus. Depuis quelques années, ce premier jour de novembre a perdu de sa sacralité en quelque sorte depuis que le pouvoir a relégué la commémoration de cet événement historique par la nation à la banalité du calendrier ou presque.

La responsabilité du régime actuel est totalement engagée à partir du moment où le chef de l’Etat qui doit incarner cette communion, cette reconnaissance de la nation, aujourd’hui souveraine, est absent de la scène politique nationale, de la commémoration de cet événement historique.

Une célébration qui se réduit, 61 ans après, à un communiqué lu à la radio et à la télévision, dont la seule image que retiendront les Algériens c’est sans doute ce plan fixe de l’entrée de la présidence de la République, ou le portrait du chef de l’Etat, sans plus, ou des séquences intemporelles de dépôt de gerbes au Sanctuaire du Martyr à Alger.

Cette année, c’est encore la promesse d’un avenir radieux pour la jeunesse qui devrait être consacré par «la nouvelle Constitution projetée»… Un projet qui dure depuis 2012 et qui, à force de ne pas avoir vu le jour alors que l’urgence l’imposait, a fini par ne plus capter l’intérêt de la majeure partie des Algériens.

Surtout maintenant que le pays est dirigé par procuration et dans une totale opacité entourant le centre de décision du pouvoir. Une situation qui rappelle celle du bateau en perdition, sans capitaine, naviguant à vue au milieu d’un déchaînement d’éléments naturels en furie. Conjoncture chaotique, comme on a pu le constater à la lumière des événements qui ont jalonné l’actualité nationale depuis l’été et rendu perplexe plus d’un citoyen. Arrestations de généraux, harcèlement de capitaines d’industrie, interpellations outrageantes de blogueurs et de militants des droits de l’homme, sur fond de crise financière due à une restriction drastique des recettes pétrolières, tous ces épisodes ont renforcé le caractère autoritaire du pouvoir encore plus que par le passé. Ce dernier allant jusqu’à menacer l’opposition, déjà interdite de manifestions publiques ou de regroupements partisans dans la capitale, des pires châtiments par la voix de thuriféraires zélés.

C’est sûr qu’une telle Algérie ne correspondait certainement pas à l’idée de ce que serait le pays indépendant dans l’esprit des militants qui ont décidé de déclencher le recouvrement de la souveraineté par les armes et de tous ceux qui y ont adhéré parfois au sacrifice de leur vie. Encore moins à l’image rendue aujourd’hui d’une Algérie rentière, assaillie de partout par des prédateurs en tous genres.*Reda Bekkat / el watan/ dimanche 1er novembre 2015

** la République et l’Etat voulus par les martyrs sont ceux où on ne joue pas avec la Constitution et les lois selon les humeurs et les intérêts personnels»

Ali Benflis a estimé, hier à Boumerdès, lors du congrès organisé par le Mouvement de l’édification nationale, Haraket binaâ el watani, en hommage aux défunts Nahnah et Bouslimani, que la souveraineté nationale ne sera complète que par l’instauration du droit.

 «L’indépendance de l’Algérie et le recouvrement de la souveraineté nationale n’ont pas été l’objectif final des hommes et des femmes qui ont déclenché la guerre de Libération en Novembre 1954», a déclaré le président du parti Talaie El Houriat (Avant-garde des libertés), dans une brève allocution devant des centaines de militants de la mouvance islamiste et des leaders de l’opposition.

Selon lui, les moudjahidine, qui se sont soulevés pour libérer le pays du joug colonial, aspiraient à «édifier un Etat où le droit et la justice sociale seront garantis pour tous les Algériens».

«Notre patrimoine historique est source de fierté et d’inspiration pour la collectivité nationale, mais la République et l’Etat voulus par les martyrs sont ceux où on ne joue pas avec la Constitution et les lois selon les humeurs et les intérêts personnels», a-t-il rappelé.

Et d’ajouter : «L’Etat démocratique, comme vous le savez, est celui où on respecte la souveraineté populaire et les institutions, pas celui du pouvoir personnel sans limite.» Ali Benflis souligne que ceux qui sont morts pour le pays l’ont fait pour «l’édification d’un Etat où les équilibres des pouvoirs seront une réalité, la justice indépendante et l’administration neutre». «Une administration qui sera au service de tous et qui ne se penchera pas au profit du plus fort ni au détriment du plus faible», ajoute-t-il.

Élargir les rangs de l’opposition

Evoquant les souffrances subies par les Algériens durant la période coloniale, l’ex-candidat à la présidentielle de 2014 soutient que le colonialisme doit «être classé comme un crime contre l’humanité». «Les peuples colonisés ne doivent pas accepter l’oubli et le pardon.

Et il viendra un jour où le colonialisme sera reconnu comme un crime contre l’humanité», prévient-il. Rencontré lors des travaux du congrès du même parti islamiste, le président de l’UFDS, Nordine Bahbouh, lui, est revenu sur les dernières évolutions de la scène politique.

Interrogé sur la prochaine rencontre de l’opposition, M. Bahbouh a précisé que «l’objectif de ladite réunion consiste à élargir la base de la CLTD», et qu’il est fort possible d’amener d’autres partis politiques, dont le PT (sans le citer), et des responsables de la société civile des wilayas de l’intérieur du pays à rejoindre leur rang.

«Cette année, nous sommes en train de fêter le 1er Novembre dans des circonstances inquiétantes et en phase d’une situation qui peut être chaotique pour la simple raison que le pouvoir actuel continue à être sourd aux préoccupations de l’opposition, qui demande qu’il y ait un véritable débat sur les problèmes essentiels que traverse le pays», souligne-t-il. Interrogé sur les dernières sorties de Saadani et l’annonce faite par le FFS quant à sa volonté de relancer «son» projet de consensus national, M. Bahbouh a indiqué que «chacun a le droit de proposer ce qu’il veut». «L’opposition doit s’adresser au pouvoir, pas aux partis politiques.

Et nous nous sommes toujours adressés au pouvoir, car nous considérons que c’est lui qui détient les clefs de la solution à la crise que vit le pays», conclut-il.*Ramdane Koubabi/  el watan/ dimanche 1er novembre 2015

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*(…)  l’Algérie est appelée à appartenir un peu moins aux Algériens et un peu plus aux étrangers. Pour éviter le krash d’un pays unanimement reconnu comme l’unique de la planète à fonctionner sous le mode du pilotage automatique, sans président, sans conseil des ministres et sans plan de vol, la cabine de pilotage sera, de force, confiée à des experts internationaux.

C’est le prix à payer pour un pays en faillite. Et l’Algérie est, d’ores et déjà, un pays en faillite. Les dirigeants, qui n’écoutent personne, avaient tout basé sur un prix moyen du Sahara Blend de 100 dollars. Il est aujourd’hui à un peu plus de 60 dollars ! Cette  année, les recettes pétrolières chuteront de moitié, passant de 66 milliards de dollars à 33 milliards de dollars. Où trouver les dollars manquants ? Mais dans le bas de laine, pardi ! Le gouvernement sera contraint de piocher dans ce fameux  Fonds de régulation des recettes qui était un peu le bijou de famille. Tant qu’il y en a. Oui, tant qu’il y en a car selon un ancien conseiller et directeur de la stratégie au ministère de l’Energie et des Mines (El Watan du 3 avril 2014), «  Le Fonds de régulation (FRR) disparaîtra dès 2017 et l’Algérie devra faire des choix budgétaires sévères et impopulaires : plus de subventions, licenciements de fonctionnaires et d’employés des EPE, réduction drastique des investissements…»

Et après ? Eh bien, après, on ne sait pas. Brouillard ! L’incertitude. « Que faire de l’Algérie ? » Et revoilà Sarkozy ! Arrogant, grimacier, rusé, il doit éprouver quelque plaisir à régler les comptes avec l’Algérie.  Il sait qu’il pose des questions auxquelles les dirigeants algériens n’ont pas de réponse.  Et que dire ? Devant la perspective de faillite financière, le régime opte pour la sourde oreille et la fuite en avant. Surtout ne rien reconnaître de l’impasse qui nous attend.  Ce serait reconnaître deux graves crimes de gouvernance infligés à ce pauvre pays : pendant  près de 15 ans, du temps de Chakib Khellil,  les principaux gisements  pétroliers du pays ont été surexploités, occasionnant, dès 2008, une baisse du volume des exportations, baisse qui a connu une aggravation en 2012 – 2013. Pendant plus de 15 ans, rien n’a été engagé pour réduire la dépendance aux hydrocarbures, ce qui aurait atténué les effets de la chute des prix sur l’économie nationale.  Bouteflika n’a pas créé une seule usine depuis 1999.

Mais comme tout le monde le sait, nos dirigeants ne sont pas aux commandes du pays pour y gouverner, construire des usines ou veiller à l’emploi, mais pour y exercer le pouvoir. Le président et son entourage ne sont pas des bâtisseurs. Il leur suffit d’évoluer autour de la Cour, de brigander et de se livrer aux jeux du mensonge et de la parodie théâtrale.*Par Mohamed Benchicou/ TSA- vendredi 24 juillet 2015

******Un bateau à la dérive

Quand un lion est terrassé, les charognards affûtent leurs couteaux pour la curée. L’Algérie, malheureusement, est dans cet exemple. Nous vivons dans un pays malade, géré par la rumeur et l’opacité la plus totale, à l’image de la Corée du Nord.

Les Algériens ne savent plus où ils vont, quel sera leur avenir. Constitutionnellement, ils ont un Président dont on leur a dit qu’il a été élu par eux, mais il est gravement malade et tous les étrangers ont une idée exacte de son état de santé, sauf les principaux concernés.

Ils constatent une chose : leur pays n’a plus de dirigeant et n’est plus gouverné. Au point que les aigrefins, les imposteurs, les corrompus agissent désormais au grand jour et ne se cachent plus. Au point qu’un PDG d’une entreprise publique se vante, haut et fort, «de prendre soin de se protéger avec une serviette lorsqu’il mange pour ne pas se salir».

Entendre par là qu’il ne laisse aucune trace lorsqu’il pique l’argent des Algériens dans les caisses de l’Etat.
Dans ces situations de confusion, les charlatans en tous genres sortent de leurs tanières dans le but de semer le désordre et, pourquoi pas, s’emparer du pouvoir pour leur compte ou pour le compte de puissances étrangères.

On sait qu’une certaine catégorie d’Algériens s’est érigée en dépositaire de la langue arabe et de l’islam, créant souvent l’amalgame entre les deux. A titre d’exemple, l’on se rappelle de ce dirigeant du FIS qui, lors d’un meeting au stade du 5 Juillet en 1991, avait annoncé avoir vu dans ses rêves le Prophète Abraham qui lui est apparu pour lui annoncer que Dieu a désigné l’Algérie pour islamiser toute la planète.

On imagine le délire qui s’était emparé des dizaines de milliers de personnes présentes dans l’enceinte. Le délire s’était transformé en hystérie lorsque les organisateurs avaient inscrit Dieu dans le ciel à l’aide d’un laser. Les gens avaient cru bonnement qu’ils venaient d’assister à un miracle ! Une crédulité qu’avaient exploitée sans vergogne les hommes de Abassi Madani.

Quant à l’utilisation politicienne de la langue arabe, l’exemple le plus significatif vient de Athmane Saâd, un enragé de l’arabisation à outrance et un ennemi déclaré de la langue française. L’homme était ambassadeur en Jordanie au début des années 1980 ; il avait inscrit en internat ses filles au lycée français Sainte Anne de Beyrouth, une institution relevant de l’Eglise catholique. Il appartient au lecteur d’apprécier.

Aujourd’hui, islamistes et chantres de l’arabisation ont conclu une sorte de pacte avec les avocats du commerce informel comme ce Mohamed Djemai, chef du groupe parlementaire FLN à l’APN, pour attaquer outrageusement une ministre qui a pour seule ambition de sauver une école algérienne sinistrée. S’il y avait un Etat fort, un système législatif conforme aux réalités d’aujourd’hui, ce genre de maîtres chanteurs n’auraient pas agi à leur guise parce qu’ils bénéficient de l’impunité, voire des complicités au sein du pouvoir.

Malheureusement, la dérive n’est pas près de s’arrêter. Quand il y a un vide, la malhonnêteté et la mauvaise foi sont là pour le combler.*Tayeb Belghiche/ el watan–mercredi 12/08/2015

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*L’Etat algérien espionnent ses concitoyens au profit de l’agence des renseignements américains

L’ONG Amnesty International a révélé que trois pays africains, l’Algérie, la Tunisie et l’Éthiopie espionnaient leurs citoyens au profit de l’agence des renseignements des Etats-Unis NSA.

Ces affirmations proviennent d’une enquête effectuée par Amnesty international et l’ONG Privacy International, sur les pays qui collaborent avec la NSA et le groupe des « Five Eyes » (Royaume-Uni, des États-Unis, du Canada, de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie), en leur fournissant des données privés sur leur citoyens.

L’enquête est intitulée « votre pays partage t-il vos données avec les Etats-Unis ? » et elle a eu pour résultat une carte interactive reproduite ci-bas, où Amnesty international a listé les pays par continent qui ont signé des accords avec la NSA, portant sur le partage de données privés de leurs propres citoyens. Sur le continent africain, seuls trois pays ont ainsi accepté d’espionner leurs propres citoyens au profit des américains. Il s’agit selon l’ONG international, de l’Algérie, la Tunisie et de l’Ethiopie.

Les données remises à la NSA par ces trois pays sont des renseignements personnels, des données à caractère privé et des contenus de communications privés téléphoniques ou par internet.

« Deux ans après qu’Edward Snowden a révélé l’ampleur de la surveillance de masse exercée par certains gouvernements, nous utilisons les documents qu’il a divulgués pour montrer comment certains pays partagent secrètement vos données personnelles, écrit Amnesty.

L’ONG souligne que Snowden « Ancien analyste de l’agence nationale de sécurité américaine (NSA), a révélé au monde la manière dont collaborent certains services de renseignement pour espionner nos courriels, nos recherches internet, nos appels, etc. Mais ce n’est pas tout. Les documents qu’Edward Snowden a rendu publics ont également exposé au grand jour la façon dont certains gouvernements partagent, en toute connaissance de cause, nos données personnelles avec les États-Unis ».

Selon les renseignements fournis par l’ancien analyste, « Nous avons appris que la NSA a conclu des accords secrets de partage de renseignements avec au moins 41 pays.Particulièrement opaques, ces accords portent atteinte à la vie privée de plusieurs centaines de millions de personnes » ajoute Amnesty international..*Par Khidr Ali | 12/06/2015 / algerie1.com

**Mouloud Hamrouche * Le système est en fin de règne

Mouloud Hamrouche ne pouvait choisir meilleur timing pour délivrer son analyse sur la situation politique du pays. L’entretien accordé au quotidien arabophone El Khabar par l’ancien Premier ministre intervient alors que la scène politique s’emballe depuis quelques jours, avec en toile de fond la succession du président Bouteflika.

La passe d’armes entre le secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), Amar Saadani, et le secrétaire général par intérim du Rassemblement national démocratique (RND), Ahmed Ouyahia, préfigure la lutte fratricide qui s’annonce entre les clans du pouvoir. Observateur averti, celui que l’on surnommait «l’homme au cigare» connaît parfaitement le fonctionnement d’un système qu’il a pratiqué de l’intérieur durant de très nombreuses années.

Au plan politique, l’ancien candidat à la présidentielle de 1995 dresse un tableau très sombre de la situation. En cause, «l’absence du pouvoir de l’Etat» qui pourrait déboucher, selon lui, sur un «effondrement général». Une situation que l’Algérie peut éviter en mettant en place un nouveau «consensus national» qui pourra «compter sur une large base, rassemblera toutes les composantes de la société et aura le soutien de l’armée». Une proposition que M. Hamrouche avait déjà développée lors de la présidentielle de 2014 et qui serait dictée, selon lui, par l’absence d’un contrepouvoir politique.

En clair, l’ancien Premier ministre juge impossible, en l’état actuel des choses, l’émergence d’une nouvelle force politique. «Que l’on soit réaliste, a-t-il affirmé. Dans les conditions actuelles, on ne peut envisager l’arrivée d’une nouvelle force politique.» Une pierre dans le jardin de la Coordination pour les libertés et la transition démocratique (CLTD).

Par ailleurs, celui qui dirigea le gouvernement au moment de la grève insurrectionnelle de l’ex-FIS, en 1991, redoute un soulèvement de la rue et la «nouvelle tyrannie» qu’il pourrait nous offrir. Sur un autre chapitre, M. Hamrouche va à l’encontre de l’idée répandue selon laquelle le pouvoir algérien est l’objet d’une lutte au sommet de l’Etat. Pour lui, tout ce qui se dit sur ces «prétendues luttes à l’intérieur du régime ne sont que pures spéculations».

Celui qui se présente comme un «fils du système» juge totalement illusoires les conflits entre le Président et le DRS ou l’émergence d’hommes d’affaires dans les centres décisionnels. Pour lui, tout cela cache en réalité la volonté du «système de cacher sa fin annoncée». Questionné sur le retour d’Ahmed Ouyahia à la tête du Rassemblent national démocratique (RND) et sur la lettre adressé par le chef d’état-major et vice-ministre de la Défense nationale, Gaïd Salah, à Amar Saadani, l’ancien directeur de cabinet du président Chadli s’est refusé à tout commentaire. Pour lui, tout cela entre dans le cadre de la politique mise en place par un système en fin de vie, qui a tout fait pour empêcher «l’émergence d’alternatives politiques et sociales».*Mesbah Salim-El Watan- 15/06/2015 |

**Tahar Missoum. Député de Médéa, Rassemblement Algérie (RA)

Le ministère du Commerce est la risée du monde, c’est une mascarade

Le député Tahar Missoum a fait le buzz cette semaine : son intervention à l’APN en interpellant le ministre du Commerce, Amara Benyounès, a fait le tour de la Toile. Rencontre avec un député qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui veut, déjà, quitter la politique.

- Que vouliez-vous dire, lors de votre intervention à l’APN, par cette phrase : «Les ministres du Commerce sont tous ‘‘spécifiques’’» ?

***J’ai dit que les ministres du Commerce sont «spécifiques» parce que je sens une ambiguïté dans le fait que depuis Boukrouh, aucun ministre de ce secteur n’est issu du FLN ou du RND. Je me demande donc si cela revient à une décision d’exclure les grands partis de ce secteur ! Comment expliquer qu’avec le pouvoir dont ils jouissent, ni le FLN ni le RND n’ont réussi à s’octroyer ce portefeuille stratégique. Il est à chaque fois confier aux petits partis et au MSP.

- Vous avez dit : «Jamais ‘‘djedna’’ n’a géré ce secteur.» Selon vous, c’est qui notre «grand-père» ?

***Je parlais du FLN bien entendu. Le FLN est le grand-père de tous les Algériens, c’est lui qui a libéré le pays. Un Algérien qui nie que le FLN est notre grand-père n’est pas Algérien. Tout le monde sait qu’il existe depuis 1954 !

- Si le FLN vous propose de rejoindre ses rangs, allez-vous le faire ?

***Non ! On me l’a déjà proposé et j’ai refusé. On m’a même proposé une mouhafada et j’ai décliné l’offre. J’ai même eu des propositions du RND, mais je ne voulais pas quitter mon parti, le Rassemblement algérien, par principe. J’ai commencé dans les rangs du RA, et c’est au sein de ce parti que j’ai été élu par 16 000 voix, soit la majorité des habitants dans notre région.

Cependant, je ne me considère pas de ce parti, je ne les fréquente même pas, je n’avais jamais fait de la politique auparavant. Et puis, je vous confie que je ne veux plus faire de la politique. A la fin de mon mandat en 2017 je quitterai la vie publique. Je n’ai rien gagné à être député, ça ne m’a créé que des problèmes ! Depuis mon intervention contre Ziari, je mène une vie difficile.

- Qu’avez-vous dit contre l’ancien président de l’APN et ancien ministre de la Santé, Abdelaziz Ziari ?

***J’ai parlé des erreurs médicales ! Je lui ai demandé de démissionner. Je lui ai dit, par ailleurs, qu’on met de l’eau minérale à la place du sérum dans les hôpitaux. J’ai même donné l’exemple du général Mohamed Lamari qui est mort dans l’ambulance par manque de soins nécessaires ! Les ambulances algériennes ne sont pas équipées d’appareils de réanimation. J’ai donné plusieurs exemples des problèmes dans ce secteur !

- Vous avez subi des représailles suite à votre interpellation de Ziari ?

***Ils ont mobilisé une armada de policiers contre moi : on m’a accusé de détourner une conduite d’eau au profit de ma laiterie quelques jours seulement après mon intervention alors que la laiterie existe depuis 15 ans. Malgré cela, j’ai pu les affronter par les voies légales et j’ai été acquitté par le tribunal. Mais même après ce jugement, ils ont continué à me chercher des ennuis et ils m’ont envoyé la juriste de l’ADE (l’Algérienne des eaux) pour photographier mon site.

- Et pour vous défendre vous avez mordu la main de cette juriste…

***Cette histoire a été fabriquée par les journalistes. Cette juriste est venue après que la justice m’ait acquitté. Elle est venue me prendre en photo, en me disant : «Je suis envoyée par s’yadek (tes maîtres).» Pour prouver qu’elle était hors-la-loi, j’ai dû lui confisquer son appareil photo. Mais elle ne s’est pas laissée faire puisque elle s’est accrochée avec moi. Au moment où elle allait me mordre la main pour récupérer son appareil, elle a mordu sa main.

- Malgré tout ces «ennuis», vous avez attaqué Amara Benyounès à l’APN…

***Oui, et je n’ai rien de personnel contre lui. J’ai demandé à lui poser des questions, il s’est excusé deux fois de suite. Le jour de l’audience pour débattre la loi sur l’importation, je suis passé à Ardis, et j’ai acheté tous les produits que j’ai montrés en plénière. Et je continue à dire que ce ministère est la risée du monde, c’est une mascarade !

- Quels sont les produits importés et qui sont superflus, selon vous ?

***Tout ce qui se vend à Ardis doit être interdit. On importe de la terre ! On importe même du pain de Dubaï et des madeleines de Tunisie. Notre système commercial est connu pour la mauvaise qualité du produit et par la surfacturation. Tout est corrompu dans ce secteur, y compris les nominations à des postes de responsabilité, c’est pour cela que j’ai parlé du directeur de la Safex… Amara Benyounès a renvoyé 40 cadres du ministère parce qu’ils font la prière et parce qu’ils sont des militants du MSP. J’ai plaidé en faveur des compétences, je lui ai demandé d’engager des gens chevronnés qui porteront haut le secteur et non pas les importateurs des aliments pour chats. Je trouve tout cela scandaleux !

- Un groupe algérien se prépare à produire cette gamme de nourriture pour animaux, n’êtes-vous pas en train de lui donner un coup de pouce ?

***Depuis mon enfance, j’ai appris que les chats et les chiens mangent les déchets de la famille (Rire). Je trouve cette production insolite, mais si c’est produit en Algérie, c’est plus ou moins acceptable. Puisque cela ne nous fait pas perdre de devises. Bien au contraire, ainsi de l’emploi est créé. Je ne donne un coup de pouce à personne, je défends la production nationale. En plus, nous sommes entrés dans une période d’austérité. Et si ce groupe algérien compte vraiment s’engager dans cette production, je le défendrais contre ses concurrents étrangers. Ce qui va m’attirer des ennuis, comme à chaque fois dans mes activités commerciales.

- Parlons de vos activités commerciales, pourquoi vous ne vendez plus de carburant dans votre station d’essence à l’entrée de Ksar El Boukhari ?

***Parce qu’on n’a pas voulu me délivré l’agrément. Le wali m’en veut pour les vérités que je dis à l’APN. Je dis toujours que ce wali fait le travail d’un procureur, il a ouvert des enquêtes sur 10 maires. Il a ainsi paralysé les projets de dix APC. J’ai toujours dénoncé le déficit en développement à Médéa.

Le taux de développement chez nous n’est que de 11,55%. Le wali actuel n’a lancé aucun projet depuis qu’il est en poste. Il n’a même pas achevé les projets que l’ancien wali Zoukh a laissé derrière lui en 2008. Je me demande même à quoi servent les 4500 milliards dépensés pour Bougezoul, ce fameux projet qui n’existe que dans la tête des responsables. Jamais ce projet n’a été inspecté par un ministre ou un haut responsable pour son inauguration.

- Vous avez combien de vaches dans votre étable ?

***Plus de 500, je n’aime pas donner le chiffre exact, à chaque fois que je parle de mes vaches je perds une ou deux têtes… Ne riez pas, je vous assure que c’est vrai !*Hanane Semane/ El Watan-vendredi 12 juin 2015

**Smain Kouadria : « Haddad représente l’Etat parallèle »

Les barons de l’import-import sont en train d’instaurer, via le FCE et avec la complicité du gouvernement, un véritable Etat parallèle, estime Smain Kouadria, député et ancien leader syndical. Entretien.  

Vous avez avancé que la mafia de l’importation était derrière la fermeture de deux usines de production de la levure en Algérie. Le gouvernement parle, lui, de problème de pollution. Pourriez-vous nous donner plus de détails ? 

Oui, les deux complexes de production de la levure de Bouchegouf à Guelma et de Oued Semmar, à Alger ont été fermés depuis 2009 à cause des lobbies de l’importation. D’ailleurs la facture d’importation de la levure en Algérie a atteint 130 millions de dollars. Le problème de la pollution ne se pose pas actuellement parce qu’on peut protéger l’environnement avec l’investissement technologique dans les process de production.

La cause réelle de la fermeture est la mafia de l’importation de la mêlasse de sucre de canne. Le fournisseur des deux complexes, le tarder J. Lion faisait les achat auprès de l’égyptien Delta Sugar, un des plus grands producteurs de sucre de canne, au prix de 111 dollars la tonne et revendait aux Algériens pour 170 dollars la tonne. C’est le groupe Eriad qui s’occupait des achats auprès du fournisseur privilégié J. Lion. La mafia de l’importation détenait le monopole de ces transactions d’achat en bénéficiant d’une marge de bénéfice de 50 dollars la tonne.  Comment voulez-vous que ces complexes soient rentables ?
Quand le gouvernement parle de la rentabilité financière, il faut penser à la mauvaise gestion et aux transactions douteuses.

Vous avez évoqué aussi des négociations autour de l’ouverture du capital de l’usine de fabrication de cycles et motocycles Cycma de Guelma…

J’ai des informations sûres. Le président de la SGP et le directeur général de Cycma ont entamée, il y a environs deux mois, des négociations pour l’ouverture du capitale de l’entreprise, avec un importateurs de fauteuils roulants qui possède un hangar et 4 travailleurs à Ain Taghrout Bordj Bou-Arréridj. Cet opérateur qui importe des pièces détachées qui il revend en tant que fauteuils roulant made In Algeria devrait acquérir 63 % du capital de Cycma en offrant 1 milliards de centimes. Le ministre de l’Industrie a démenti cette information mais il y a réellement des négociations.

Qu’en est-il du projet de partenariat avec BMW ?

Le projet de fabrication de motocycles de marque BMW à Guelma est tombé à l’eau. Personne ne veut donner les raisons. Il y a eu aussi un Vietnamien qui a présenté un dossier pour entrer dans le capital de Sigma. Son dossier a été refusé tout comme celui présenté par l’italien Scooter. On attend toujours l’arrivée éventuelle d’un partenaire étranger sur la base de la règle 15/49 %.

Ces opérateurs étrangers n’ont pas accepté la règle 51/49 % ?  

Je n’ai pas les détailles mais on ne sent pas une volonté politique réelle de la part du gouvernement pour relancer l’industrie. Le ministre voyage à Washington, Londres, Paris etc, mais sur le terrain il n’y a rien de concret, plus particulièrement dans le domaine de l’industrie.

Pourquoi cette absence de volonté politique ?   

Il y a un contre-pouvoir qui veut empêcher la réhabilitation du tissu industriel national pour maintenir les créneaux juteux de l’importation dans tous les domaines. Cette force, la nouvelle oligarchie, est organisée dans le cadre du FCE. Elle pèse de tout son poids pour que des décisions révolutionnaires de relance économique ne soient pas prises.

Le FCE est, pourtant, une organisation d’industriels et d’investisseurs …

Quels industriels ? Mis à part Rebrab, qui a d’ailleurs quitté le FCE, et deux ou trois autres investisseurs sérieux, la majorité de ses membres sont des opérateurs véreux qui veulent s’accaparer l’argent public sous couvert de l’investissement. Ils sont, pour la plupart, des barons de l’import-import qu’on doit combattre.

Comment expliquez-vous la montée de l’actuel président du FCE, Ali Haddad ? 

C’est le pouvoir politique qui lui a ouvert ses portes. Il se permet de rencontrer des ambassadeurs et de leur parler de l’économie algérienne. Il est allé très loin encore en convoquant des ministres. Il n y a que Youcef Yousfi (ex-ministre de l’Energie ndlr) qui a eu l’audace de ne pas le recevoir. Sinon, les autres ministres font la queue pour qu’il les reçoive.
Cet individu représente un Etat parallèle qui est entrain de s’instaurer. Il représente la nouvelle oligarchie de l’argent sale qui investit la politique. Il faut s’attendre au pire!*Farouk Djouadi/ El Watan-vendredi 12 juin 2015

**Luis Martinez. Politologue et chercheur à Sciences-po Paris

«Il n’y a aucune vision de l’Algérie du futur»

- Comment voit-on en France l’intérêt de la deuxième visite de François Hollande en Algérie ?

L’Algérie a été dès le commencement du mandat de Hollande un choix prioritaire pour des raisons politiques mais aussi économiques. Sous Sarkozy, le Maroc était prioritaire, la tendance s’est inversée. L’Algérie est perçue comme un pays offrant des opportunités économiques et financières fortes sous-exploitées. Sur le plan politique et sécuritaire, la France et l’Algérie convergent vers des intérêts communs.

Ce qui n’était pas le cas il y a 15 ou 20 ans. Enfin, sur le plan électoral, cultiver une bonne relation avec l’Algérie, c’est l’espoir de consolider la confiance de l’électorat français d’origine algérienne, qui a massivement voté pour François Hollande en 2012.

- Plusieurs voix de l’opposition algérienne voient d’un mauvais œil cette nouvelle virée algéroise du président français. Quelle en est la raison principale ?

Le contexte politique algérien est peu favorable à la visite de Hollande du fait qu’elle apparaît comme un soutien au président Abdelaziz Bouteflika. Or celui-ci est l’objet de critiques depuis sa réélection contestée en 2014. Ce voyage à Alger est forcément peu compréhensible par une partie de l’Algérie qui soupçonne la France de chercher à influencer le président Bouteflika, voire à s’ingérer dans les affaires politiques algériennes…

- Justement, certains n’hésitent pas à évoquer une implication directe de l’Elysée dans les supposées discussions de succession et de préparation de l’après-Bouteflika. Quel est le vrai dans tout cela ?

La faiblesse du pouvoir institutionnel en Algérie, du fait d’une élection présidentielle contestée et d’une absence chronique du président Bouteflika, favorise toutes sortes de fantasmes sur le voyage de Hollande à Alger.

On peut s’interroger sur l’intérêt stratégique d’une visite du président Hollande à Alger aujourd’hui ; en revanche la France et l’Algérie partagent des menaces communes au Sahel, en Libye et en Tunisie et il est nécessaire de rappeler et de consolider les moyens mis en œuvre pour les combattre.

L’Algérie est devenue l’un des rares pays stables et forts de la région, son attractivité est d’autant plus importante que les Etats s’effondrent ailleurs (Libye, Syrie, Irak, Yémen, etc.). On ne s’en rend pas compte en Algérie, mais vu de l’extérieur, c’est un pays devenu stratégique.

- Restons sur les éternelles luttes de clans, réelles et imaginaires, au sein du pouvoir algérien. Que signifie pour vous le soutien apporté à Saadani par le président Bouteflika et Gaïd Salah, chef d’état-major ?

La réélection de Bouteflika a gelé pour un court moment la question de sa succession. Elle revient dans le débat. Il y a trois approches aujourd’hui en Algérie. Il y a ceux qui souhaitent, à l’instar de Benflis, une transition politique avec un changement des règles du jeu politique : nouvelle Constitution, élections législatives et présidentielle anticipées, afin de légitimer les institutions politiques discréditées.

Pour eux, Bouteflika et son entourage sont des obstacles dangereux, car leur immobilisme gangrène l’Etat et risque de provoquer son effondrement. Pour l’entourage du président Bouteflika, la question primordiale est de trouver un successeur qui permettrait la continuité.

Si l’Algérie était Cuba, ce serait le frère du Président qui prendrait la relève ; mais comme cela n’est pas possible, il faut donc prendre le temps d’un quatrième mandat pour trouver l’oiseau rare. Le seul problème est que sous Bouteflika, l’Algérie a surfé avec un baril à 100 dollars, il a chuté de 50 dollars depuis quelques mois. Le modèle de redistribution ne peut plus fonctionner.

Enfin, il y a un troisième courant, porté par Ouyahia. Il serait un président équilibriste, un peu comme Chadli Bendjedid. Il offre à tous les appareils sécuritaires des garanties. Le problème est que sur le plan politique et économique, il n’y a aucune vision de l’Algérie du futur. On gère les tensions et on évite les conflits au sein de l’Etat.

- Et quel est le poids politique du Premier ministre,  Abdelmalek Sellal, dans l’actuel jeu du pouvoir ?

Il est difficile de répondre à cette question. Le Premier ministre gère les affaires quotidiennes de l’Etat. Sa nomination n’est pas liée à un rayonnement politique ou à son influence politique, mais surtout à sa proximité avec le Président et à sa loyauté.

- Les partis de l’opposition – avec ses différents courants et tendances – sont, encore une fois, exclus de la prise de décision concernant l’avenir politique de l’Algérie…

C’est le grand problème de l’Algérie politique, la faiblesse de l’opposition. Elle est structurelle. Et pourtant, sans elle, il est difficile de faire évoluer la pratique du pouvoir en Algérie. Quant à la société civile, elle a peu d’influence sur les décisions politiques. Alors s’il n’y a pas d’opposition, il ne reste qu’une scène atrophiée, dans laquelle jouent toujours les mêmes acteurs au risque de faire fuir tous les spectateurs vers d’autres lieux comme l’islamisme et le salafisme.

- Vous avez certainement suivi les procès relatifs aux grands dossiers de corruption en Algérie. Qu’est-ce qui vous a marqué le plus ou qui a attiré votre attention ?

La corruption a toujours été présente en Algérie. Sous Bouteflika, elle est devenue un objet médiatique, un enjeu politique et une lutte judiciaire. Il faut dire qu’entre 1999 et 2014, l’Algérie a exporté pour environ 700 milliards de dollars d’hydrocarbures ! Aucune institution politique n’a pu exercer un contrôle démocratique sur ce montant. La corruption est le mode de régulation du partage de ces profits. Tous les secteurs sont concernés.      

- Comme vous l’avez indiqué dans un précédent entretien, la rente des hydrocarbures est l’élément décisif et capital qui définirait la nature et le degré d’implication de l’armée algérienne dans les orientations politiques et économiques de l’Algérie durant les quelques années à venir. Voyez-vous des changements concrets dans ce sens après la chute des prix du pétrole ?

Les revenus issus des hydrocarbures chutent en raison de la baisse du prix du pétrole. De grands pays pétroliers sont sortis du marché, comme la Libye et en partie l’Irak, d’autres arrivent, comme l’Iran. L’armée algérienne a bénéficié d’un budget conséquent au cours de la dernière décennie.

L’Algérie est devenue le huitième importateur mondial d’armes. La modernisation de l’armée est en marche. Le problème est l’adéquation entre les menaces qui pèsent sur l’Algérie et l’outil sécuritaire. La menace est-elle régionale en Algérie ou intérieure ? La cohésion nationale n’est-elle pas la première forme de sécurité pour un Etat ? Or qu’en est-il de la cohésion nationale en Algérie ?  Les problèmes économiques et politiques sont aussi dangereux que les djihadistes.

- Puisqu’on évoque l’armée, quel rôle peut encore jouer l’Algérie sur le double plan diplomatique et militaire dans la région, particulièrement dans le dossier libyen ?

L’offre algérienne en Libye est en concurrence avec de très nombreux acteurs extérieurs, comme le Qatar et la Turquie; voisins de la Libye comme la Tunisie, l’Egypte et le Maroc ou international (ONU). Il est difficile pour l’Algérie d’avoir une influence décisive. Par contre, l’Algérie et la France œuvrent à construire un corridor dans le Sahel permettant de sécuriser des pays inquiets, notamment le Mali et le Niger, mais aussi à sécuriser les infrastructures pétrolières et gazières de l’Algérie.

La Libye est comparable au Liban sous la guerre civile. Elle est l’objet d’un conflit qui la dépasse. Pour l’Algérie, à défaut de pouvoir peser en Libye, il est nécessaire de ne pas combattre Daech. Il y a de très nombreux anciens gueddafistes dans cette organisation et beaucoup ont gardé de l’estime pour la position critique de l’Algérie sur l’intervention de l’OTAN.*Ghezlaoui Samir/ El Watan- 15/06/2015 |

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*Y a-t-il encore un Etat, une justice, des hommes dans ce pays ? Il y a de quoi s’interroger après les propos tenus par le criminel Madani Mezrag, ancien chef de l’AIS, à la chaîne de télévision Echourouk.

C’est l’apologie pure et simple du terrorisme et du crime contre l’humanité. Même s’il a été gracié, d’autres pays de droit l’auraient rapidement renvoyé au cachot pour le restant de ses jours.

L’histoire nous enseigne que de tels individus n’ont pas droit de cité. Après la Seconde Guerre mondiale, les dignitaires nazis ont été jugés par le Tribunal international de Nuremberg et la plupart d’entre eux condamnés par pendaison. Himmler, l’ordonnateur des massacres, s’est suicidé pour ne pas avoir à répondre de ses crimes devant la justice des hommes.

Le général Aussaresses, pour avoir révélé ses crimes durant la Guerre d’Algérie, a été condamné par une bonne partie de l’élite française et même sa propre fille l’a renié et  décidé de changer de nom.

Malheureusement, chez nous, les criminels ont pignon sur rue. Ils se permettent même d’être arrogants et de défier les gens propres et les Algériens qui défendent l’Algérie avec amour et abnégation. Madani Mezrag, assuré d’avoir le champ libre depuis qu’il a été vu au premier rang durant les campagnes électorales de Abdelaziz Bouteflika, se permet d’insulter la mémoire de tous ceux et celles qui ont été victimes de la violence terroriste.

Il se vante même d’avoir ordonné des massacres de membres des services de sécurité et ose dire qu’il ne regrette rien. Il a même rappelé le cas de ce jeune appelé du service national qu’il a achevé alors qu’il agonisait et n’a exprimé aucun remords, révélant ainsi le visage d’un monstre qui n’a aucune humanité et aucun sentiment à l’égard de l’espèce humaine.

Personne ne l’a dérangé après ses provocations, personne ne l’a remis à sa place. Une arrogance qui fait mal et qui crée un sentiment de révolte et de colère chez tous ceux qui se sont battus pour que l’Algérie ne tombe pas dans l’obscurantisme, chez tous ceux qui n’ont pas accepté que notre pays soit livré aux fous de Dieu. Ils ont déjà fait assez de mal à ce peuple et les crimes de Daech ne sont rien comparés aux massacres de populations désarmées perpétrés par l’AIS et le GIA.

L’absence de réaction des autorités fait peur. On se demande si nos dirigeants ont une quelconque sympathie pour l’Algérie et son peuple. S’intéressent-ils simplement aux richesses du sol et du sous-sol ? De toute évidence, il n’y a plus de morale quand on voit un individu sulfureux comme Amar Saadani plastronner et que personne ne remet à sa place.*Chronique de Tayeb Belghiche -El Watan-31 mars 2015

*Mohamed Seghir Babès: les forces de la rente imposent leur dictat

En homme averti et avec beaucoup de recul sur les événements, le président du Cnes nous livre, dans cet entretien, une analyse pertinente et approfondie de la situation économique du pays et de ses enjeux par rapport à un environnement international en perpétuelle mutation. Mohamed Seghir Babès nous indique ainsi le cap en apportant des réponses fouillées à nos interrogations.
L’Expression: La chute des prix du baril imprime une sérieuse inquiétude à l’opinion nationale. Qu’en pense le Cnes? Comment votre institution analyse-t-elle la situation économique du pays?
Mohamed Seghir Babès:
 L’inquiétude de l’opinion nationale face à la chute des cours des hydrocarbures sur le marché international est compréhensible du fait que le caractère monorentier de cette ressource est d’une portée considérablement anxiogène au regard du haut degré de dépendance en lequel se trouve enserrée notre économie: 96% des recettes en devises, une fiscalité pétrolière couvrant les 2/3 des recettes fiscales et une valeur ajoutée avoisinant les 33% de la valeur ajoutée globale.
Face à ces éléments contextuels, il importe au plus haut point que les pouvoirs publics réagissent par un «parler vrai» susceptible, à tout le moins, de convaincre de la pertinence des inflexions correctives envisagées à cet égard. A ces divers titres, l’instance consultative qu’est le Cnes ne pouvait manquer de faire état de ses préoccupations et ce, très tôt au demeurant, plus précisément dès la tenue des «1er états généraux de la société civile» (fin juin 2011).
A ce propos, il n’est que de se reporter aux préconisations issues de cette rencontre inédite. Le Cnes n’a donc pas attendu les infléchissements récents de la conjoncture énergétique pour manifester son inquiétude et, subséquemment, sa position de principe de récusation d’un modèle de croissance adossé à la seule rente pétrolière.
Cette position s’est trouvée encore davantage confortée à l’issue de la mission exceptionnelle dont le président de la République a chargé le Cnes lors du Conseil des ministres du 2 mai 2011, consacré sous l’intitulé générique suivant: «Développement local versus les attentes citoyennes». L’une des «50 recommandations» ayant ponctué cette mission hors format que j’ai eu le privilège de conduire durant cinq mois et demi à travers l’ensemble du territoire national, dresse d’ailleurs un plaidoyer explicite en faveur d’un «nouveau régime de croissance», créateur de valeur ajoutée et d’emplois décents et durables, le tout passant par la diversification de l’économie et son ancrage dans la chaîne de la valorisation internationale. Cette même position a été réitérée lors du «Forum économique et social du Cinquantenaire» organisé par le Cnes, placé sous le Haut patronage du président de la République et solennellement ouvert par le Premier ministre. Ce rappel succinct témoigne éloquemment de la constance du suivi/évaluation du Cnes quant à la situation économique du pays. Aussi, comprendrez-vous aisément que le Cnes est plus que jamais dans cette posture au moment où les indicateurs de conjoncture sont entrés effectivement dans la zone rouge, ce qui se donne volontiers à lire à travers les soldes globaux de la balance des paiements extérieurs, soulignant ainsi la vulnérabilité de l’économie nationale à toute volatilité des paramètres exogènes. Par ailleurs, tous les signaux en termes d’évolution de l’offre et de la demande mondiales en hydrocarbures soulignent des tendances d’autant plus évanescentes s’agissant de l’Algérie que le prix d’équilibre budgétaire restera sur le court terme nettement supérieur à cette évolution. Pour autant, le Cnes soutient qu’il ne faut point céder à la panique puisque l’évaluation de la situation macroéconomique du pays permet d’affirmer que l’Algérie a théoriquement les moyens de faire face à cette situation car disposant d’une latitude appréciable, grâce aux politiques conservatoires et prudentielles antécédentes (FRR et réserves de changes).
Il reste que «l’Etat stratège» et «planificateur en chef» se doit de décréter haut et fort la fin de la période d’aisance financière, pour laisser place à une stratégie de long terme ayant vocation de tenter de mettre l’économie et la société à l’abri des chocs brutaux. Du reste, c’est bien cette perspective axiale qui est fortement privilégiée par les mesures endossées au cours du Conseil des ministres restreint, tenu le 23 décembre 2014. Ces dernières sont en effet de nature à contenir, à court et moyen terme, les dépenses publiques dans des limites raisonnables et à maîtriser les importations, induisant sans nul doute, une meilleure rationalisation dans la gestion des ressources de l’Etat et une préservation des équilibres internes et externes. Ces mesures constituent ce qu’on qualifie couramment de quick wins (à effets immédiats), en attendant le plein déploiement, dans le cadre du «plan quinquennal 2015-2019», de la stratégie visant une transformation structurelle de notre modèle de croissance dans le sens d’une plus grande diversification assurant une meilleure résilience de l’économie par rapport aux chocs externes, dont singulièrement celui résultant de la volatilité du marché international des hydrocarbures.
S’agissant de la situation socio-économique globale sédimentée lors de la décennie précédente à la faveur d’un contexte international autrement plus favorable, il nous faut également enregistrer le rattrapage historique opéré sur toute la gamme des infrastructures de base, rattrapage dont les éléments matriciels ont leur traduction dans la courbe du développement humain retracée par les récentes versions du «Rapport mondial sur le développement humain» publiées par le Pnud. Nous aurons certainement l’occasion de revenir très prochainement sur l’ensemble de ces aspects, à la faveur de la publicisation de «L’Etat économique et social de la Nation», dédié à l’analyse des stocks et du «Rapport de conjoncture» dédié, quant à lui, à l’analyse des flux.
A ce stade, enregistrons que l’argent du pétrole a permis de mettre en place les conditions humaines et logistiques d’une croissance et d’un développement durables. Nous avons deux facteurs clés de cette configuration; le capital humain pour lequel l’Etat a beaucoup investi et le capital financier dont le niveau, rapporté notamment à l’épargne des agents économiques dont singulièrement celle des ménages, reste considérable. L’économie algérienne a atteint une taille critique qui lui permet, désormais, de repenser autrement sa croissance, ses sources d’accumulation et ses dynamiques d’insertion dans l’économie mondiale.
A ce stade, des éléments de stratégie se dessinent clairement: poursuivre les programmes ayant un effet structurant, ralentir certains autres investissements en les conditionnant à une reformulation appropriée des politiques qui les sous-tendent, entreprendre et/ou encourager et accompagner des investissements de valeur ajoutée avérée, à faible ou moyenne intensité capitalistique et de prolongement des chaînes de valeur, ce qui est généralement le propre de la PME/PMI/TPE et des start up, en particulier sur toute la ligne de crête de la Knowledge Economy, mieux exploiter les gisements et les potentiels de croissance existants dans différents secteurs d’activité économique et dans certaines branches et filières. Dire cela ne suffit cependant pas. La nouvelle phase de développement qui s’offre à l’Algérie est riche en perspectives d’entreprise. Il faut cependant convaincre l’opinion et les acteurs socio-économiques (et les médias sont bien placés pour le faire) que l’aventure de l’Algérie ne fait que commencer. Il faut s’assurer d’une montée en cadence graduelle devant déboucher sur une dynamique de croissance vertueuse, les hydrocarbures servant d’appoint non négligeable.
Nous sommes dans une phase cruciale de l’histoire économique contemporaine de l’Algérie: où les forces de la rente imposent leur diktat tout en installant la sinistrose continûment, par leur capacité à ponctionner et de stériliser les surplus, ou les forces de progrès, adossant leur engagement à une forte «éthique de la conviction» et/ou «éthique de la responsabilité» selon l’acception de Max Weber, s’imposent comme alternative d’un défi aux dimensions considérables et dont l’enjeu n’est autre que de faire de l’Algérie un pays émergent à la hauteur de ses positionnements politiques, historiques et géostratégiques.
Il y a bien entendu un certain nombre de réglages à faire dont le plus important à mes yeux est celui déjà évoqué et qui tient au rehaussement/sublimation du rôle de l’Etat à la fois comme Etat Imperium et Etat stratège, apte non seulement à élever sans cesse les référentiels de son action normative, mais aussi et dans le même temps volontiers ouvert à concéder aux partenaires socio-économiques et aux espaces intermédiaires de la société civile organisée des plates-formes de subsidiarité et d’habilitation leur permettant une plus grande contribution dans la régulation, l’initiative et la prise en charge sociale d’un certain nombre de préoccupations qui, pleinement appropriées par ces strates périphériques, gagneraient en efficacité et en légitimité. C’est en tout cas l’une des grandes leçons retenues à la suite de l’auscultation des territoires opérée par le Cnes au second trimestre 2011, tous acteurs confondus (exécutifs, assemblées élues et société civile/mouvement associatif, aux divers échelons locaux et locorégionaux).
Cette mutation aura pour effet un plus grand développement des espaces de marché et une rationalisation de l’utilisation des ressources publiques, en particulier à des fins de protection sociale. En effet, lorsque l’on analyse la situation économique de l’Algérie, on est frappé par deux types et facteurs d’inertie: la médiocrité des espaces et des activités de marché (immobilier, financier, bancaire, foncier, du travail, etc.) d’une part, et le poids exorbitant des dépenses sociales sans que leurs impacts n’aient jamais été mesurés, d’autre part. Il faut regarder tout cela de plus près et c’est ce que nous avons commencé à faire en collaboration avec les partenaires mexicains du Conseil national d’évaluation des politiques sociales (Coneval), instance qui a construit et paramétré une «boîte à outils» absolument exemplaire et référentielle, ayant pour vocation de veiller à l’observance de l’équité dans la production des politiques publiques dédiées au champ du social. Les travaux et publications de Thomas Piketty et du prix Nobel Joseph Stieglitz sont à cet égard pleinement illustratives de ce prérequis quant à la robustesse et à la durabilité de la croissance économique comme telle. 

Le FMI a fait état de sombres prévisions économiques pour l’Algérie. Qu’en pense le Cnes?
La baisse des cours du pétrole suscite, en effet, de nombreuses inquiétudes, dès lors qu’après presque une année de récession, aucun signe de reprise forte ne se manifeste sur les marchés. Il faut toutefois considérer que les conséquences, pour l’économie nationale, se situent davantage sur le moyen terme que sur le court terme. Sur le premier point, les marchés pétroliers sont incertains et l’arrivée à grande échelle des gaz et des pétroles de schiste ne fera que compliquer les problèmes de lecture des conjonctures et des structures.
Les prévisions de croissance dans les différents points du globe sont l’objet de révisions incessantes, inscrites au registre des difficultés de décryptage des nouvelles tendances de marché. En outre, la présomption est forte que la crise financière de 2008, héritée de la politique des subprimes, n’a pas encore complètement absorbé toutes ses externalités négatives. Plus concrètement parlant, il s’agit de mettre en oeuvre quasi immédiatement des stratégies ad hoc, à l’effet d’en récolter les fruits sur le long terme, s’agissant de la balance des paiements et du budget de l’Etat, tout autant que celles orientées: diversification du PIB, compétitivité des exportations et amélioration des capacités concurrentielles sur le marché intérieur.
Quoi qu’il en soit, donc, le FMI a revu à la baisse ses prévisions pour l’année prochaine. Selon cette institution, la croissance serait moins vigoureuse que celle prévue initialement, le déficit de la balance courante plus important, alors que le chômage connaîtrait une légère hausse. Ce n’est pas pour autant que la situation financière du pays serait délicate. Elle ne le deviendrait dans le moyen terme que si le prix du baril se maintiendrait à son niveau actuel, comme précisé par la réponse à la première question et que rien ne serait tenté pour ajuster la macroéconomie du pays dans le sens d’un encouragement de l’outil de production et de la préservation des équilibres sociaux. La relance financée et encadrée par l’Etat depuis plus d’une décennie devrait laisser progressivement la place au secteur marchand, public et privé confondus. A cet égard, on peut souligner qu’il est grand temps de réunir les moyens de mobilisation de l’épargne privée qui, de fait, a été évincée au moins indirectement par l’importante épargne publique.
Le régime des incitations est le second élément essentiel pour un réengagement plus puissant du secteur privé. Jusque-là, ce régime a été entaché de lourdeurs bureaucratiques et d’inefficacité qui ont généré des coûts de transaction outrageusement élevés, au point de stériliser les incitations elles-mêmes. Par ailleurs, ce régime devrait être adapté scrupuleusement à une stratégie globale mais sectorielle aussi. Il ne prouvera sa pleine efficacité que lorsque les efforts du secteur privé deviendront compatibles avec l’intérêt général incarné par l’Etat.

Le gouvernement semble actionner tous les leviers pour surmonter une grave crise économique et financière. Pour cela, a-t-il sollicité le Cnes?
Le Cnes, institution républicaine jouissant de la capacité mandataire légale attachée à sa vocation d’instance consultative, constitue en réalité une véritable table de la concertation nationale autour des parties prenantes concernées, ayant tout naturellement la charge de la conduite d’un dialogue social et civil avancé. A ce titre donc, le Cnes exerce sa mission normalement sous la double modalité de la saisine et de l’autosaisine. C’est ainsi, en l’occurrence, que peu après que le gouvernement se soit doté d’un programme d’action pour 2015, le Cnes s’est doté d’une feuille de route visant le suivi/évaluation de ce même programme 2015 incluant les éléments d’esquisse implicites et/ou explicites ressortissant à la période quinquennale dans laquelle s’insère le segment de 2015.
Cette «feuille de route» du Cnes, qui a fait l’objet d’un acquiescement de principe du président de la République, a également donné lieu à un échange approprié avec le Premier ministre de sorte à en garantir l’exhaustivité, la pertinence et l’intégrité/impartialité. C’est ce qui explique que «le rôle attribué au Cnes» que votre question soulève, rencontre les conditions de sa résolution mécaniquement pour ainsi dire, puisque qu’il s’agit d’un rôle «sui generis», allant donc de soi. C’est au demeurant ce qui m’a pleinement habilité à vous fournir les éclairages en ce qui est des deux questions précédentes. Au surplus, toujours en rapport avec les décisions du Conseil des ministres du 02 mai 2011 sus-évoqué sous l’intitulé générique de la concertation nationale sur le développement local et dont l’animation a été confiée au Cnes, celui-ci s’est vu également confier «le suivi du développement de l’économie hors hydrocarbures et particulièrement de l’entreprise, de sorte à recommander les mesures complémentaires ou les correctifs qu’il serait utile de prendre en charge» -fin de citation-. Voilà donc ce qui me paraît répondre globalement à votre préoccupation quant au «rôle attribué au Cnes» et qui indique clairement que cette instance consultative a un rôle clé à jouer dans le large cercle de la concertation inclusive institutionnelle aussi bien que péri/para institutionnelle, initiée par le gouvernement. Vous me permettrez, enfin, d’ajouter que sur le mode de l’autosaisine, le Cnes mène actuellement une réflexion approfondie sur l’Etat développementaliste et les modalités et moyens de son action, à l’aune des standards universels de la «bonne gouvernance» et ce dans le droit fil des engagements de l’Algérie à l’endroit du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (Maep), tant il est vrai qu’un nouveau régime de croissance économique est étroitement consubstantiel à un remodelage conséquent de l’ensemble des strates de la gouvernance incluant la gouvernance d’entreprise ou «corporate governance», selon l’anglicisme désormais consacré. Cette perspective axiale a, par ailleurs, sa pleine réfraction dans le champ de «l’Agenda Post 2015» que s’est donné la communauté internationale pour l’atteinte des «Objectifs de développement durable» *Par Brahim TAKHEROUBT - Lundi 01 Juin 2015/ L’Expression

**********Le  changement par l’explosion de la rue ?

Ahmed Benbitour, ancien chef de gouvernement et membre de la CLTD, estime qu’il y a trois voies possibles pour l’avènement du changement politique en Algérie. La voie la « plus probable » serait l’explosion de la rue. Entretien.

Le Chef de l’Etat a procédé à des changements au sein du gouvernement et à la tête des grandes entreprises publiques. Quelle est votre lecture ? 

***Il ne s’agit pas de changement mais de permutations entre responsables. On veut donner l’impression que le pouvoir a pris en charge les inquiétudes de la population quant à l’amenuisement de la rente. Le budget de l’Etat connaîtra de sérieuses difficultés à partir du deuxième semestre 2016 parce que les prix du baril du pétrole ne vont pas dépasser les 70 dollars. Ces difficultés affecteront la balance des comptes courants en 2018, et il n’y aura plus de possibilités de financer les importations.  

Des événements ont marqué ces dernier jours la vie des partis au pouvoir. Le  SG du RND a démissionné et le chef de l’Etat a affiché son soutien  au SG du FLN. Un commentaire ? 

***Ce sont des réajustements qui tiennent compte des changements des rapports de force à l’intérieur du pouvoir.

Des changements en faveur du camp de Bouteflika ?    

***Il y a plusieurs petits pôles. On ne peut pas dire qui a gagné et qui a perdu.

Pensez-vous que le changement politique en Algérie est envisageable dans un avenir proche ? 

***Il y a trois voies de changement. La première est que le pouvoir en place, qui prend conscience du danger sur l’avenir de la nation, appelle au changement. Cette voie n’est pas possible dans le cas algérien. 

Pour la deuxième voie,  le changement viendrait de négociations entre le pouvoir et l’opposition. Malheureusement, ni l’opposition n’est unifiée ni le pouvoir n’est unique, d’où l’impossibilité de cette voie également.

La voie la plus probable est le changement par l’explosion de la rue. Tout le travail politique doit consister à éviter cette voie qui mène vers l’inconnu.

Concrètement, comment éviter ce troisième scénario ?  

***Travailler pour l’organisation d’élections présidentielles anticipées, conduites par une commission indépendante. C’est le seul moyen pour éviter l’explosion de la rue. *Farouk Djouadi / El Watan-lundi 01 juin 2015

**Le pouvoir n’a plus de cap pour le pays

Le pouvoir n’a plus comme cap, aujourd’hui, que la mise en place des instruments de succession à Bouteflika. Mais pressé par le temps, il agit de plus en plus de manière expéditive et brutale. Aussi a-t-il vite liquidé les trois dossiers les plus lourds de son règne, en souffrance au niveau de la justice, en les faisant défiler en des temps records, puis en les vidant de leur substance.

Les vrais responsables des affaires de corruption sont passés entre les mailles du filet, laissant par la même entre les mains des juges des lampistes exposés à de lourdes peines. Des deals ont été tacitement conclus, les plus productifs avec Khalifa Moumen et Chakib Khelil, tandis que des ministres et de hauts dignitaires du régime ont été «préservés» de la barre des accusés.

Qu’importent les atteintes aux procédures et aux droits des accusés, l’essentiel est que les affaires Khalifa, Sonatrach et autoroute Est-Ouest ne viennent plus polluer la transition vers la succession.

En même temps, au plan politique, le pouvoir a tranché dans le vif. Sur intervention directe du président de la République, le FLN a été livré avec armes et bagages à Amar Saadani, personnage fantasque mais serviteur du régime parmi les plus zélés, rempart contre tout ennemi réel ou supposé (dans la société civile, la presse indépendante et l’opposition politique). Pour ne pas qu’il soit rattrapé par des dossiers scabreux (foncier de Djelfa, biens et avantages en France), Amar Saadani a eu besoin du parapluie de Bouteflika. Il aura également besoin du soutien de son successeur dont on ne connaîtra le nom qu’à la toute dernière minute, quand Bouteflika aura achevé les arrangements entre les différents pôles de décision. Pour l’heure, il met en confrontation deux personnalités, Ouyahia ou Sellal, le premier auquel a été «rendu» le RND pour qu’il puisse agir sur la scène politique, le second «introduit» au FLN afin qu’il bénéficie de son sponsoring le moment voulu.

Ouyahia a une longueur d’avance du fait de son expérience politique et managériale, mais Sellal a l’avantage d’une fidélité à toute épreuve adossée à une certaine «fraîcheur politique» qui le rend consensuel.

Reste la population. Dans une tradition bien ancrée depuis l’indépendance, elle n’aura qu’à plébisciter le choix opéré par Bouteflika et avalisé par les autres décideurs, notamment militaires. Le FLN s’y prépare, avec la nouvelle force de frappe issue de son dernier congrès : plus de 500 membres au comité central (à faire pâlir les Bolcheviks) et des structures disséminées dans tout le pays. Idem du ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales qui, comme d’habitude, répondra présent pour «orienter» les chiffres.

Reste une inconnue, un grain de sable qui pourrait détruire cet engrenage infernal : la crise économique. Elle ne semble, pour l’instant, inquiéter le pouvoir que sur quelques effets secondaires alors qu’elle est profondément structurelle : elle remet en cause l’ensemble du modèle économique en cours, basé sur la rente pétrolière, abondante et facile d’accès. La fameuse paix sociale a été gagnée depuis le début du siècle par une redistribution de la rente, laquelle est montée en cadence d’année en année pour atteindre des sommets à l’apparition du Printemps arabe.

Des conséquences politiques majeures apparaîtront si cette paix sociale est sérieusement remise en cause et si les intrigues de palais continuent de prendre le pas sur les profondes aspirations populaires. Des régimes bien plus sophistiqués que le pouvoir algérien sont tombés comme des châteaux de cartes lorsque la population a crié sa colère et investi la rue. L’histoire est là, têtue, pour nous rappeler cette leçon. Octobre 1988 a joué ce rôle chez nous, un basculement de l’histoire que Bouteflika a ignoré et méprisé.

*Ali Bahmane-El Watan-mercredi 03 juin 2015

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*le timbre du passeport à 10.000 DA, de la folie!

*Les taxes de la colère

**le gouvernement a mis l’index sur les entreprises de production, et favorise les sociétés d’importation.

Hausse de l’Impôt sur le bénéfice des sociétés, le timbre du passeport passe à 10.000 DA, augmentation du prix de la cigarette de 10 DA, une taxe de 17% pour toute transaction, autant d’impôts qui soulèvent déjà des interrogations et l’inquiétude des citoyens.

Alors que le patron de la Centrale syndicale Abdelmadjid Sidi Saïd, avait mobilisé des ministres du gouvernement pour soutenir le produit «made in Algeria», voilà que le nouveau projet de loi de finances 2015 met dans le même «panier» un opérateur national qui emploie plus de 10.000 travailleurs et un piètre importateur qui possède une secrétaire et un déclarant en douanes. Ainsi, selon les détails du nouveau projet de loi de finances 2015, le gouvernement a mis l’index sur les entreprises de production, favorisant les sociétés d’importation.

Dans le nouveau texte qui sera soumis aux députés, le gouvernement propose d’amender l’article 150 du Code des impôts directs et taxes assimilées, en baissant l’impôt sur le bénéfice des sociétés (IBS) pour les entreprises d’importation et de services qui passerait de 25% actuellement à 23% et d’augmenter celui des entreprises de production de 19% à 23%. C’est un véritable cadeau pour les importateurs. Cette décision risque de mettre en péril certaines PME qui viennent d’être lancées et inquiéter certaines entreprises nationales de production, encore en activité. Cette mesure est perçue par certains opérateurs comme «antinationale», puisqu’elle ne protège pas la production locale. Alors qu’en revanche, ces nouvelles taxes font la part belle aux importateurs qui inondent le marché de produits non nécessaires pour le quotidien algérien, comme les fruits exotiques, les produits cosmétiques de luxe ou encore la friperie qui possède d’ailleurs un important lobby, puisqu’elle a réussi à se réinstaller sur le marché national, après une première interdiction. Le gouvernement devrait revoir sa copie et améliorer ce texte qui met en danger la production nationale. Les PME qui font beaucoup dans l’approvisionnement du marché local en produits de première nécessité comme le lait, le café, les produits laitiers ou encore les boissons en tous genres, devraient bénéficier de plus d’attentions du gouvernement. A côté de ces taxes, figurent beaucoup de nouveautés dans le projet de la loi de finances 2015. La première «surprise» vient du passeport biométrique, dont le timbre fiscal passera de 2000 DA actuellement, à un million de centimes dès le 1er janvier prochain. Cette multiplication par cinq du prix du timbre est justifiée par le gouvernement, par «l’augmentation de la durée de validité de ce document de voyage, prolongée jusqu’à dix ans». Le timbre fiscal pour la carte d’identité nationale a été, quant à lui, supprimé. Par ailleurs, l’impôt forfaitaire, qui n’était appliqué jusque-là qu’aux petits commerçants et artisans, sera généralisé en 2015 aux professions libérales et petites entreprises. Le projet de loi de finances 2015, prévoit également une augmentation des impôts et taxes sur le tabac, avec dix dinars de taxe supplémentaire, pour chaque paquet de cigarettes. Une taxe aberrante de 17% touchera également, toute transaction immobilière et vente de véhicule déjà utilisé. Une mesure qui vise apparemment à ralentir la vente sur le marché parallèle des véhicules d’occasion et freiner les transactions immobilières.
Il est également proposé dans cet avant-projet de loi de finances 2015, qui sera débattu, lors de la session d’automne du Parlement, la suppression de fonds spéciaux, comme le fonds de soutien à la presse et la formation des journalistes, le fonds de soutien des investissements de promotion des activités touristiques, ou encore le fonds national de protection du littoral et zones touristiques.
Le gouvernement a également prévu la réintroduction à partir de janvier prochain, avec un taux réduit de 7%, de la TVA sur les importations de l’aliment de bétail pour volailles, avec maintien de l’exemption des droits de douanes pour cette catégorie d’importateurs. Dans un souci de booster l’investissement, d’encourager les grosses entreprises et contribuer à la levée de certaines contraintes administratives et bureaucratiques, le gouvernement a opté dans la loi de finances 2015, pour l’exemption pendant cinq années de l’impôt sur le bénéfice, la taxe de l’activité professionnelle (TAP) et l’IRG pour les entreprises et sociétés activant dans le domaine de l’industrie, outre l’accès à des crédits bancaires à un taux bonifié. Enfin, les jeunes qui bénéficieront de crédit Ansej ne paieront pas d’impôts ni taxes pendant les cinq prochaines années.
La suppression des droits d’enregistrement sur les transactions immobilières effectuées par les services relevant du domaine de l’Etat, et l’exemption de tout impôt et taxe au titre du droit de jouissance sur les terres appartenant au domaine privé de l’Etat, et destiné à l’investissement productif sont également prévues dans le projet de loi de finances de l’année prochaine. Même si ces taxes visent à renflouer les caisses de l’Etat en prévision d’une éventuelle mesure de récession.*Par Salim AGGAR - Mercredi 20 Aout 2014 *L’expression

**Le gouvernement s’emmêle les pinceaux

Face au déclin des recettes des exportations d’hydrocarbures, des mesures d’alignement du taux de l’IBS de 23% s’appliqueront aux producteurs, alors que la politique économique actuelle vise à favoriser l’industrie et la production nationales.

Le projet de loi de finances pour 2015, dont on attend toujours de connaître l’échéance officielle pour son examen en Conseil des ministres, fait déjà l’objet de tant de spéculations et de tergiversations. Document de politique économique par excellence, le projet de loi de finances attendu devrait logiquement être moins anodin que ceux proposés ces quelques dernières années, car intervenant, tout simplement, dans un contexte de moindre aisance financière, voire de début de crise.

Et c’est ainsi que, faute d’une vision économique rationnelle et de long terme, le gouvernement semble déjà commencer à tergiverser sur les mesures à prendre pour faire face à la nouvelle ère de moindres quantités d’hydrocarbures à exporter et donc, de moindre rente à distribuer.

Nouveau régime fiscal

Aussi, les premiers éléments filtrant sur les dispositions du projet de loi de finances pour 2015 laissent surtout entrevoir à quel point les décideurs en place s’emmêlent déjà les pinceaux. Tel qu’annoncé officiellement, le document en question doit d’abord servir à enclencher un nouveau plan quinquennal d’équipements et d’investissements publics. L’optique d’une politique de rationalisation des dépenses et de maîtrise des déficits serait donc logiquement écartée.

Le gouvernement restera ainsi prisonnier de sa logique d’investissement public pour maintenir la croissance artificielle qui sous-tend l’essentiel de sa politique économique de la dernière décennie. Et pour maintenir cette croissance, sans laquelle il y aurait aggravation du chômage et des déficits sociaux, le gouvernement – contrairement à ce qu’il aime prêcher – ne pourra que maintenir le train actuel de ses dépenses à l’importation, dont l’essentiel, faut-il le rappeler, va à l’équipement et aux factures alimentaire et de médicaments.

Or, les autres grandes lignes annoncées de la loi de finances pour 2015 seraient conçues pour instaurer de nouvelles mesures visant à favoriser l’industrie et la production nationales, comme convenu par les accords lors de la dernière tripartite.

La même taxe pour tous

D’emblée, le projet de loi en question charrierait, si l’on en croit les informations rapportées hier par TSA, une mesure pour le moins incohérente, à savoir un alignement à 23% des taux de l’impôt sur les bénéfices des sociétés (IBS), mettant ainsi producteurs et importateurs sur un pied d’égalité.

C’est dire que les résolutions de réhabilitation de l’industrie et de la production nationales, serinées à tue-tête ces derniers mois, ne sont en fait qu’un simple discours de circonstance, face au déclin amorcé du secteur des hydrocarbures. En somme, hormis quelques «mesurettes», qui serviront surtout à détourner le débat des véritables enjeux, tels le retour au crédit à la consommation et une nouvelle taxe des passeports, le contenu du projet de loi de finances pour 2015 devra surtout charrier de graves paradoxes de politique économique, en autorisant encore des allocations inconsidérées de ressources publiques pour financer la croissance par l’importation. *Akli Rezouali-El Watan-Mercredi 20 Aout 2014

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4 réponses à “Où va l’Etat algérien ? 2”

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