Dans quelle Algérie voulons-nous vivre ?

**l’Algérie éternelle avec son histoire ancienne, tumultueuse, riche et diverse

Dieu, dans son immense générosité, a gratifié notre terre de joyaux naturels extraordinaires

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*voir images: l’Algérie en fête, le 05 juillet 1962 

L’Algérie réelle est le ciment de l’Algérie éternelle. Ses racines sont fortement ancrées dans son histoire ancienne, tumultueuse et, par-dessus tout, riche et diverse.

Depuis des décennies, notre pays traverse une crise presqu’existentielle dont les symptômes se manifestent, à divers degrés, dans les domaines économique, politique, identitaire, culturel, spirituel et moral. Ce postulat établi, une question lancinante domine les débats : comment s’en sortir et dans quelle Algérie voulons-nous vivre ?

De nombreux peuples ont déjà été – dans un passé plus ou moins récent –, confrontés à cet écueil. Par un zeste de patriotisme et un travail objectif sur soi, c’est-à-dire à travers le tissu social, les réponses ont bourgeonné tels des arbres dans une prairie. C’est que la solution est à l’intérieur. L’Algérie est la solution de l’Algérie, par ses richesses naturelles, par sa diversité culturelle, par la compétence de ses hommes. Et, ma foi, notre pays ne manque ni d’hommes et de femmes et encore moins de compétences. Jugurtha a défié les Romains et, dans la cité divine, Saint-Augustin a porté haut la spiritualité. Ben M’Hidi, Krim Belkacem et bien d’autres encore ont tenu la dragée haute à la quatrième puissance militaire mondiale de l’époque.

Pas si loin de nous, les Verts ont fait s’agenouiller la terrible équipe de l’ex-RFA en un mémorable match de football. On peut citer également, de nos jours, le professeur Noureddine Mellikechi, qui fait partie du groupe en charge du projet « Curiosity » destiné à inspecter les secrets de la planète Mars. Bien sûr, la liste est loin d’être exhaustive de ces talents et compétences anciennes ou actuelles. Mais comment ne pas évoquer toutes ces personnes, nombreuses, qui ont porté l’Algérie au cœur, et demeurent, sinon bannis, du moins oubliés par l’Algérie officielle, oubliés notamment dans les programmes scolaires au nom d’un nationalisme frelaté ? Parmi ces exclus de la mémoire, figure en bonne et triste place la famille Amrouche, qui a donné trois personnalités d’envergure au pays. Il y a là une saga familiale, déchirante d’émotion, mais porteuse d’une sève gorgée d’admiration.

Les Amrouche constituent une branche dont le destin si singulier est cependant intimement lié à l’histoire contemporaine de l’Algérie. Née dans l’opprobre, la mère, Fadhma Ath Mansour, a longtemps traîné ses guêtres jusqu’à la limite de ses forces. De père inconnu ou refusant de la reconnaître, la petite fille avait ainsi vécu sans affection paternelle et sans cadre familial, passant une enfance difficile, allant de couvent en couvent, des Ath Yenni aux confins d’Ighil Ali. Là, un certain Belkacem Amrouche l’avait épousée. Malgré les affres de l’errance et une immense souffrance, elle avait continué à butiner insatiablement et goulûment, dans la riche tradition kabyle. Un tel nectar a été naturellement transmis à une nombreuse progéniture attachante, passionnée et ouverte sur un monde ingrat et douloureusement changeant.

Au milieu de la fratrie, brillaient deux étoiles incandescentes : Jean El-Mouhoub et Marguerite Taos. L’oralité et l’écriture étaient leurs deux outils de transmission des connaissances, de la mémoire et des convictions. Inaugurant un nouveau cycle du roman algérien par sa plume féminine, Taos avait balisé le chemin par une expression littéraire à voix multiples, se signalant par une série de romans inspirés, Jacinthe noire, Rue des tambourins, L’amant imaginaire, Solitude, ma mère ainsi que son fameux recueil de contes et de poèmes, Le grain magique, Taos avait révélé son talent de conteuse et une tendance à témoigner autant sur une époque que sur la condition féminine. Sur scène, sa voix envoûtante avait porté haut la culture de son pays et le combat de ses congénères. Par ailleurs, dès 1966, elle était devenue l’éminence grise de l’Académie berbère (Ndlr : association parisienne défendant la culture et la langue amazighe).

Quant à El-Mouhoub, journaliste, poète, homme de lettres mais aussi de radio, il apparut vite comme un être aussi surdoué que sa sœur et un esprit à l’engagement sincère. Après les Chants berbères de Kabylie», ayant reflété la dimension universelle de la culture locale, il avait rédigé tout de go son magistral Eternel Jugurtha, introduction au génie africain. C’était, grosso modo, un texte philosophique et humaniste s’inscrivant, avant terme, aux antipodes d’un certain «Discours de Dakar» d’un Sarkozy insultant l’Afrique, peuples et Histoire. Cependant, la grandeur de cette famille lettrée, s’est surtout illustrée dans les prises de position solennelles en faveur de la liberté du peuple algérien à un moment crucial et tandis que d’autres esprits avaient choisi la gloriole et la réussite personnelle qui s’offraient dans la France des Trente Glorieuses. «Pacifiste, il dénonça avec vigueur et inlassablement la féroce répression qui décimait son pays», dixit Krim Belkacem. Par cette conviction sacrée, il joua un rôle important dans la préparation des accords d’Evian ayant conduit à l’autodétermination du peuple algérien. Il avait ainsi tourné le dos à ceux qui avaient «jeté les Algériens hors de toute patrie humaine» pour trouver refuge à Radio Genève. Plus loin, dans ce même poème (Le combat algérien, 1958), il avait martelé : «Ici et maintenant / Nous voulons/ Libres à jamais sous le soleil dans le vent /La pluie ou la neige / Notre patrie : l’Algérie». Hélas, les manuels scolaires ne disent rien aux enfants de ce patriote !

Pourtant, rien n’est plus difficile que d’enterrer une vérité à tout jamais. Bien après la disparition d’El-Mouhoub, Ferhat Abbas témoignait pour l’auteur de Etoile secrète, Cendres et Un Algérien s’adresse aux Français, avec ces mots éloquents : «Nous qui croyons en Dieu, nous pensons que notre ami est toujours parmi nous : c’est pourquoi nous sommes sûrs qu’il n’y a qu’une seule manière d’honorer sa mémoire : rester fidèles à son idéal de paix et de fraternité humaine et agir pour que prospère, dans les meilleures conditions une Algérie réconciliée avec elle-même.» Aujourd’hui, nous voici donc à découvrir, ou à redécouvrir, la vraie famille Amrouche telle qu’elle est et doit être perçue : une fierté algérienne !

Par son caractère populiste, jetant l’anathème sur les hommes et les femmes ayant fait fi de la pensée unique, l’Etat algérien, arrogant dépositaire de l’histoire officielle, a mis le couvercle sur des noms, des lieux et des événements influents. Toute honte bue, le fleuve a été détourné, pour paraphraser Rachid Mimouni. Mais, pas pour longtemps. Il y a des méandres impossibles à traverser, trop étroits, comme il y a des mensonges indigestes, aigres, impossibles à avaler. Ceci dit, Dieu ,dans son immense générosité, a gratifié notre terre de joyaux naturels extraordinaires. Aussi, la main de l’homme en a pétri des «créations à résonnance humaine et de civilisation». Par-ci, le Tombeau dit de la Chrétienne. Par-là, le mausolée de Medghacen. Par-là, La Casbah. Des jardins, des parfums et des couleurs. Ailleurs, des villages encore parés de leur beauté et traditions… Et si la liste n’est pas exhaustive, il y a aussi un effrayant constat qui peut donner l’ulcère et de violentes nausées : tous nos vestiges tombent en décrépitude. Un par un.

Voilà donc une sous-culture destructrice qui nous poursuit, jusque dans nos souvenirs personnels, archives manuscrites et photographiques. Cette hémorragie finit par amputer les lieux de patrimoine et de mémoire en concassant le réel et l’authentique. Ainsi, c’est bien la légende et la manipulation qui feront école et seront des repères incontournables pour des âmes perdues ! Que reste-t-il de l’artisanat et des arts traditionnels ? Peintures, poteries, tatouages ? Que reste-t-il des maisons d’Abane Ramdane et de Didouche Mourad ? Quel est l’état de santé de nos oasis ? Que reste-t-il des ruines de la Qalâa des Beni-Hammad, des cités d’Achir et de Tahert ? N’est-il pas vrai que de nombreux monuments dédiés aux martyrs sont souillés sans que cela n’émeuve personne ?! Jusqu’à quand laissera-t-on faire, en toute impunité, les prédateurs des vieilles monnaies et autres pièces archéologiques ?

Un insupportable spectacle d’abandon meuble et gangrène le paysage. Et le patrimoine, matériel et immatériel, se trouve déclassé par la grâce d’une amnésie scélérate. Ce plongeon vertigineux laisse pantois et déroge grandement à la construction paisible d’une nation souveraine et prospère. Les lieux d’histoire qui parsèment les quatre coins de notre pays représentent un véritable musée à ciel ouvert, implanté au milieu d’une nature luxuriante. L’Unesco, dont les efforts pour la préservation du patrimoine sont louables, mérite bien un encouragement attentif, franc, ici et maintenant. La culture, les vestiges, l’histoire et le patrimoine sont autant de vocables formant un même projet : réconcilier les Algériens avec eux-mêmes, seul remède contre la violence et la décadence. Comment parler de notre histoire si les vestiges du passé sont mis quelques pieds sous terre ? Questions à deux dinars : que serait la Chine sans sa muraille ? Que serait Paris sans la tour Eiffel et le château de Versailles ? Que serait Rome sans son Colisée et la fontaine de Trévi ? Mais, passons…

Naturellement, Tlemcen a besoin de Lalla Setti et la maison de Mohammed Dib. Bejaïa a besoin du mausolée de Yemma Gouraya et de la maison des Amrouche. Oran a besoin de Santa Cruz et de la maison de Zabana. Sétif a besoin de Aïn Fouara et de la pharmacie de Ferhat Abbas… Toutes les villes et provinces d’Algérie ont le devoir chauvin de restaurer, préserver et transmettre leur patrimoine où le souffle de l’histoire reste fort et permanent. Pépinière d’hommes actifs au génie indéniable, l’Algérie doit se tourner vers elle-même pour puiser la force et la fierté d’exister et faire face au désenchantement terrible qui secoue le tissu social. De par le monde entier, autour des lieux de Mémoire et d’Histoire, fleurissent des leviers économiques fructueux, générateurs de richesse et de convivialité. Les pyramides d’Egypte, la cité Machu Picchu au Pérou, en sont des exemples édifiants qui mêlent la mémoire à la rentabilité et aux bénéfices. Multiple, riche et belle, l’Algérie qui se targue de rendre hommage à ses meilleurs enfants, en valorisant leurs œuvres et leurs traces, doit dépoussiérer ses archives dans un élan de cohérence et d’ouverture.

Actuellement, la maison des Amrouche à Ighil Ali, se trouve au cœur d’un conflit lamentable entraînant un chagrin collectif. Elle mérite un sursaut d’orgueil porté par la scène publique et une prise en charge effective de l’Etat, légitime garant d’une filiation solide avec ses racines et dont le prochain rayonnement serait profitable à l’Algérie entière. Un sincère hommage à cette famille ne serait pas de trop pour un Etat sûr de lui, fier de son passé et jaloux de ses richesses. Détourner le regard est un rabaissement moral irresponsable. Cette maison est aussi un monument culturel qui demeure – j’en suis profondément persuadé –, habitée par les âmes des siens qui attendent, patiemment, une évocation pleine de reconnaissance et un regard empreint d’affection.    

*Par: Tarik Djerroud. Ecrivain-Paru dans El Watan-13.04.2013.

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      Les débats sur l’avenir de notre patrie

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«L’Algérie n’est pas une propriété privée»

Entrtien avec: Me Boudjemaâ Ghechir. Président de la Ligue algérienne des droits de l’homme (LADH)

- Le pouvoir, à travers ses nombreux canaux, veut faire taire les voix qui réclament l’application de l’article 88. Est-ce légitime de parler de cette disposition de la Constitution ?

Tout le monde parle aujourd’hui de l’Etat de droit. Fondamentalement un Etat de droit signifie que les pouvoirs et les institutions publics exercent leurs fonctions selon les règles définies par un ensemble de normes juridiques qui sont hiérarchisées. Et l’ordre hiérarchique des normes juridique place, au sommet, la Constitution.

Le président de la République est malade, il est en France depuis le 27 avril, mais il n’y a aucune communication crédible sur la maladie et l’évolution de l’état de sa santé, capable de rassurer une opinion publique de plus en plus méfiante. Le Premier ministre a dit clairement que sur recommandation de ses médecins, le Président doit observer un strict repos en vue d’un total rétablissement (le strict repos est en France). Peut-il ainsi donc observer un strict repos en France et suivre les activités du gouvernement et honorer les exigences protocolaires en Algérie ? La logique veut que le Président, dans l’état actuel des choses, se trouve dans l’impossibilité d’exercer ses fonctions. L’article 88 de la Constitution règle cette situation et exige que le Conseil constitutionnel se réunisse de plein droit, et après avoir vérifié la réalité de cet empêchement par tous les moyens appropriés propose à l’unanimité, au Parlement, de déclarer l’état d’empêchement. Le Parlement siégeant en chambres réunies, déclare l’état d’empêchement du président de la République à la majorité des deux tiers de ses membres et charge de l’intérim du chef de l’Etat pour une période maximale de 45 jours le président du Conseil de la nation. Si le président de la République revient dans les 45 jours, l’état d’empêchement est levé automatiquement. La déclaration de l’état d’empêchement est un acte constitutionnel qui s’inscrit dans les strictes dispositions constitutionnelles et les normes de l’Etat de droit. Donc, il est légitime de parler de cette disposition de la Constitution, si on veut vraiment la pérennité de l’Etat et éviter le blocage institutionnel, surtout que la Constitution accorde tous les pouvoirs au président de la République, lequel ne peut déléguer ses pouvoirs, donc la solution est l’intérim car il est inadmissible de laisser un grand pays comme l’Algérie sans chef d’Etat.

La réaction des pro-Bouteflika s’inscrit dans la logique du véritable enjeu de pouvoir et s’articule autour de réseaux organisés autour de la rente.

- La communication sur l’état du Président soulève beaucoup de critiques. A quoi obéit cette communication ?

C’est du mépris et de l’incompétence en même temps. Les défiances de la communication officielle alimentent la spéculation et les rumeurs parce que les responsables algériens ont toujours la «phobie» de la communication. Le président de la République est le président de tous les Algériens, il incarne l’unité de la nation et sa maladie concerne tous les Algériens. Quand ceux-là interpellent les responsables du pays pour connaître la vérité sur l’état de santé du Président, le gouvernement est dans l’obligation de rendre public un bulletin de santé de celui-ci. Seule une communication fiable et convaincante peut consoler les citoyens. Lorsqu’une seule personne dispose sans partage de tous les pouvoirs et que le peuple doute qu’il puisse les tenir en main à cause de sa maladie, il entraîne la faiblesse et la fragilité du pays. L’Algérie n’est pas une «boutika», une propriété privée, mais un grand pays qui appartient à tous les Algériens et Algériennes, lesquels doivent participer à préparer l’avenir. Le président de la République endosse trop de responsabilités, il est donc plus judicieux de revoir l’ordre constitutionnel afin de rééquilibrer et partager les pouvoirs entre toutes les institutions.

- Des journaux ont été censurés et un directeur de publication traduit en justice, comment expliquez-vous cette démarche ?

Le 3 mai dernier, à l’occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse, les journalistes algériens ont débattu la problématique de l’ouverture de l’audiovisuel et ont parlé aussi des contraintes économiques et financières, de l’éthique et la déontologie, du monopole de la publicité, de la médiocrité du contenu, de la limitation de la liberté d’action des journalistes par les rédactions, de l’autocensure et des textes d’application du code de l’information. Mais ils ont oublié d’aborder une question que j’estime très importante : «l’imprimatur» et aussi le fait que notre pays est parmi ceux qui sont les moins respectueux de la liberté de la presse. Ce qui s’est passé avec les deux journaux démontre clairement que l’imprimatur est toujours en vigueur dans notre pays. Le pouvoir continue à considérer que les Algériens ne possèdent pas la maturité suffisante pour lire tel ou tel article. Les médias dans notre pays ne jouissent pas de toute la liberté requise, le pouvoir invente toutes sortes de subterfuges pour empêcher les journalistes algériens de s’émanciper et s’impliquer de manière efficace dans les affaires publiques et permettre aux citoyens de bénéficier pleinement du droit à l’information.

- Il y a eu aussi l’implication rapide du parquet qui a soulevé des critiques sur une autosaisine sélective…

Les voix qui critiquent l’autosaisine sélective ont entièrement raison, et dans cette affaire, le problème est plus grave, parce que les informations incriminées ont été censurées alors qu’elles n’ont pas été publiées pour que le parquet puisse les lire et décider de l’opportunité des poursuites. La seule interprétation est que le parquet a reçu l’ordre de l’autorité qui a censuré les informations, donc c’est le pouvoir politique qui a décidé des poursuites. C’est malheureux de constater que la justice est inconditionnellement soumise au pouvoir politique, au détriment de son indépendance et le strict respect de la loi. Les poursuites engagées par le parquet contre le directeur des deux journaux sont illégales et injustifiées. Les informations incriminées ont fait l’objet d’une censure préalable. En matière de délit de presse, il n’y a pas de tentative de délit, l’article 31 du code pénal est clair et stipule que «la tentative de délit n’est punissable qu’en vertu d’une disposition expresse de la loi».

La réalité prouve encore que la force prime sur la loi et non le contraire, comme il se doit. Notre justice est une justice de l’ordre public, pas une justice de vérité et d’équité. La raison d’Etat est toujours invoquée pour infléchir le cours de la justice. Elle est au service du pouvoir politique. Les dirigeants échappent à la loi, car il y a deux poids, deux mesures dans les poursuites judiciaires, selon que l’on soit un protégé du pouvoir ou non.

- La maladie du Président a éclipsé justement les scandales de corruption. Que pensez-vous de l’attitude de la justice ?

Les poursuites engagées sont en cours d’instruction et les juges ne peuvent agir ni selon la loi ni selon leur conscience, car ils n’ont aucune garantie concernant leur carrière professionnelle. L’institution judiciaire se trouve affaiblie et la justice est exercée dans un cadre où s’entrecroisent des influences et des pressions directes et indirectes, faisant du juge un simple comptable de décisions rendues. Quant à Chakib Khelil, c’est le parfait exemple du dirigeant qui échappe à la loi et bénéficie de la protection du pouvoir.

- Amnesty International vient de critiquer les pouvoirs excessifs du DRS, qu’en pensez-vous ?

Le code de procédure pénale algérien considère les officiers et sous-officiers du DRS, spécialement désignés par arrêté conjoint du ministre de la Défense et du ministre de la Justice, comme des officiers de la police judiciaire. Celle-ci en général est dirigée par le procureur de la République dans chaque ressort de cour. Elle est surveillée et contrôlée par la chambre d’accusation. Mais en réalité, ces officiers et sous-officiers du DRS qui relèvent de la police judiciaire échappent au contrôle des instances judiciaires concernées, vu la situation particulière du corps.

- L’après-Bouteflika est-il engagé, selon-vous ? Quel est le scénario ?

A mon avis l’après-Bouteflika s’est engagé en avril 2011, après la chute de Ben Ali et Moubarak. Bouteflika a bien reçu les messages du «Printemps arabe». Il est conscient que l’actuelle génération des Algériens refuse clairement la légitimité révolutionnaire et exige l’engagement dans la légitimité démocratique. Mais les réseaux bien organisés autour de la rente essaient de maintenir le statu quo et appellent à un autre mandat pour Bouteflika. Le choix du président de la République dans notre pays n’a jamais été l’affaire des citoyens, mais celle du pouvoir réel et ses laboratoires, donc il est difficile d’imaginer un scénario.

- La rue peut-elle influencer le cours des choses ?

Malheureusement, l’Algérie est caractérisée par le délitement des valeurs, l’effritement de la société et la déliquescence institutionnelle. La jeunesse algérienne est très affectée par le chômage, surtout dans les rangs des diplômés et l’Etat peine à lutter contre ce fléau. Le manque de visibilité de l’avenir, l’érosion du niveau de vie, cette crise a fait naître une génération qui ne croit plus à un changement qui viendrait par la politique. Ces jeunes ont une image négative des partis et n’ont pas l’habitude de voter. Quant aux syndicats autonomes, nés à la faveur de l’ouverture démocratique au début des années 1990, ils sont comme des clandestins. Ils sont exclus de fait des rares processus de négociations et consultation lors de l’élaboration des plans nationaux de développement économique et social, pour l’enrichissement de la législation du travail, négociation des conventions, représentation aux conseils d’administration des organismes de Sécurité sociale, etc. Je crois que l’ancien ordre social a cessé d’être viable, il est donc urgent de revoir le contrat social et de redéfinir le rôle des partenaires sociaux. La nouvelle phase de transition économique doit s’accompagner d’une vaste phase de transition sociale et culturelle et l’espace économique doit s’accompagner d’un espace social, si une synergie doit être établie entre eux, de sorte que le social ne soit pas seulement une contrainte pour l’économique mais aussi un facteur positif pour celui-ci. Si on veut lier solidement développement économique et développement social dans notre pays, un effort de cohérence est indispensable en vue de s’entendre sur l’effectivité des droits fondamentaux de l’homme, tous les droits de l’homme (économiques, sociaux et culturels) sans lesquels les droits civils et politiques perdent souvent leur signification, les uns et les autres étant complémentaires, sans la garantie et le respect desquels il n’y a pas de progrès possible. Ce qui est sûr aujourd’hui, c’est que notre système politique veut maintenir le statu quo. Heureusement, sa démarche n’a pas pu conquérir l’esprit et le cœur des Algériens, donc ils dénoncent à haute et intelligible voix et demandent le changement.**Nouri Nesrouche-El Watan-28.05.2013.

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*Les Algériens aspirent au changement.

De quelle Algérie rêvent-ils ?

Qu’ils soutiennent le Président-candidat, Abdelaziz Bouteflika, ou son principal rival, Ali Benflis, ou qu’ils soient encore pour le boycott,  le ton est presque le même : ils veulent des lendemains meilleurs. Ici, quelques paroles de citoyens de divers horizons pour raconter l’Algérie qu’ils attendent, celle dont ils rêvent.

***-Nacer Boudiaf, Fils du défunt Président Mohamed Boudiaf : Un Président qui parle à son peuple

Je rêve d’une Algérie telle que la voulaient Boudiaf, Ben Boulaïd, Ben M’hidi, Didouche, Krim, Abane et tous ceux qui ont donné leur vie pour que le peuple  choisisse réellement un jour dans sa vie. Choisir son mode de vie, son maire, son Président. Depuis l’indépendance confisquée, le peuple vit sans vérité, sans justice, sans limite imposée par la loi. Le peuple rêvait d’une Algérie
riche ; or le pays est riche mais le peuple est pauvre, le Président est malade, les enfants sont désemparés. Nos économistes ont tiré la sonnette d’alarme pour nous prévenir «d’une Algérie de l’après-pétrole». Maintenant, le système qui a assassiné Abane en pleine Révolution et Boudiaf en pleine indépendance confisquée a plongé le pays dans l’incertitude de «l’Algérie de l’après-17 avril». Je rêve d’une Algérie où le Président peut s’adresser au peuple pour lui dire pourquoi il tient tellement au pouvoir. La présidentielle est inédite.

Le président d’honneur de FLN se présente sous l’étiquette «candidat libre. L’ancien secrétaire général du FLN se présente sous l’étiquette «candidat libre». Les autres candidats, de moindre envergure, en revanche, se présentent sous les étendards de leurs partis «clés en main». Le conflit des années 1990 opposait l’armée aux islamistes. En 2014, ces deux protagonistes se sont tus. Pas de candidat islamiste, pas de candidat démocrate d’envergure issu en dehors du système, donc une élection verrouillée où nous aurons droit soit au Président sortant, soit au candidat qui a été le directeur de campagne du Président sortant en 1999, son directeur de cabinet et «son» secrétaire général du FLN. Le peuple algérien qui a combattu le colonialisme, ennemi d’hier, se retrouve incapable de s’exorciser pour combattre le mal, ennemi de toujours».

***-Nazim Baya, Fondateur du site MKD et du micro-blog El-Manchar : Le rêve d’un vote  par texto

L’Algérie dont je rêve, moi personnellement, est une Algérie dont le peuple serait libre et souverain. C’est-à-dire une Algérie où ce sont, nous autres, Algériens qui choisissons ceux qui la gouvernent. Ça n’a pas l’air compliqué, et pourtant le vote par texto pour le candidat préféré à l’émission Alhane Wa Chabab reste encore à l’heure actuelle la seule expérience démocratique qu’ont connue les Algériens depuis plus d’une vingtaine d’années. S’ils nous font confiance pour nos goûts musicaux, pourquoi en serait-il autrement de nos choix politiques ? Sans doute ont-ils peur que nous reconnaissions la vieille rengaine, toujours la même, qu’ils nous servent depuis l’indépendance. La fameuse chanson de soutien à l’un des candidats, diffusée sur Youtube et sanctionnée par plus de 10 000 dislikes, a vite été reconnue comme telle d’ailleurs. Preuve que le peuple a l’oreille fine.»

***-Nacereddine Mesli, membre du conseil national du RCD : Les femmes, ces révolutionnaires dont on a besoin

Le pays traverse une crise complexe et on ne sait pas si on pourra trouver une issue. Nous sommes face à un pouvoir mafieux, fort et qui a énormément d’argent. Ici, à Tlemcen dont je suis originaire, nous militons depuis des années mais le RCD n’a toujours pas de local. Des partis créés bien avant nous ont leurs locaux. Mais nous avons la conviction de lutter pour la bonne cause. C’est le règne de l’allégeance. Et quand ce sont des intellectuels lui font allégeance, la crise s’aggrave. Le pouvoir achète ses soutiens. Le régionalisme pèse lourd en Algérie.

Mais les gens commencent à prendre conscience, ils en ont marre et s’inquiètent pour leur avenir. Tous les Algériens veulent la paix, mais en même temps ces gens-là ne quitteront le pouvoir que par la force. Dr Saïd Saadi, avant son départ de la tête du parti, disait que tout repose sur les femmes. Je le pense aussi. L’Algérie a besoin de changement, et le jour où les femmes se soulèveront en Algérie, alors nous aurons notre indépendance. Quand les femmes s’exprimeront comme le fait Amira Bouraoui, du mouvement Barakat, l’Algérie avancera. Pour moi, cette élection est une mascarade et je suis pour le boycott. C’est la fin du régime de Bouteflika. Et ce sera une fin explosive. Ce qui se passe actuellement à Ghardaïa n’est pas anodin.»

***-Nora Sari, enseignante de français à la retraite, journaliste et écrivaine : Il ne nous reste que le rêve

Je rêve d’une Algérie où les enfants iraient à l’école, au lycée et à l’université pour y recevoir un enseignement de qualité, dispensé par des enseignants qualifiés. Je rêve d’une université où chaque étudiant en fin de cursus ait l’assurance de trouver un emploi, et d’un système éducatif qui permettrait à chaque élève exclu d’être immédiatement pris en charge par un centre d’apprentissage. Je rêve d’un pays où aucun enfant de moins de 18 ans ne soit obligé de travailler pour venir en aide à sa mère veuve ou divorcée sans ressources, parce que les services sociaux sont absents et que cet enfant qui ne cire plus les chaussures des passants, comme il le faisait hier, ne garde plus le bétail de l’éleveur du coin, ne vende plus des légumes au marché, ni la galette le long de la route, ni… qu’il meurt en mer sur une embarcation de fortune. Je rêve d’un système de santé performant, avec des hôpitaux ultra-modernes, où l’accueil des malades serait digne de celui d’un malade et que les services des urgences soient aux normes internationales, et que les médicaments soient à la portée de tous. Je rêve d’un pays où aucun bidonville ne logera des familles d’Algériens, et que l’accès au logement soit garanti pour tous. Je rêve d’une Algérie où les droits des femmes ne seraient ni piétinés ni bafoués et qu’un nouveau Code de la famille soit pensé sans discriminations ni inégalités en droits et en devoirs. Enfin, je rêve d’une Algérie où la justice est indépendante et légifère au nom de la loi et du peuple algérien et que l’Etat de droit puisse s’y enraciner pour bannir à jamais la corruption, les inégalités sociales, le népotisme et la hogra! Et que le rêve soit permis, car il ne nous reste que ce rêve aujourd’hui, ici et maintenant.»
***Naïma Batel. Militante et membre fondatrice UDR/ MPA
Bouteflika, le candidat de la stabilité
Je rêve d’une Algérie stable, d’une Algérie moderne, d’une Algérie qui puisse aller vers une transition sans heurts ni malheurs. En deux mots, une Algérie que nous transmettrons à nos enfants avec fierté comme l’ont fait avant nous nos honorables chouhada. Aujourd’ hui, l’axe est mis sur les droits de la femme, le logement pour tous, les réseaux routiers, la position de l’Algérie à l’international ! Tous les ingrédients sont réunis pour qu’on puisse aller de l’avant. Je suis et je demeure une pro-Bouteflika inconditionnelle ; ceci dit, mon soutien ne date pas d’aujourd’hui. En effet, depuis le premier mandat, on constate avec fierté la continuité dans la logique et la cohérence d’une politique réfléchie et adaptée menée étape par étape par le président Bouteflika.»
***Scander Souffi, médecin et militant associatif :
Benflis, le candidat du changement
Pourquoi je soutiens Ali Benflis, co-fondateur de la ligue algérienne des droits de l’homme, ancien ministre des Réformes de la Justice et ancien chef du gouvernement ? La question recèle en elle-même la réponse. Durant toute sa campagne, son ton sincère et ses thématiques de la société des libertés, de la transition générationnelle et de l’Etat de droit ont séduit et mobilisé des pans entiers d’une société longtemps otage du statu quo et de la non-gouvernance, usée par tant d’inégalités et écœurée par les anachronismes et la médiocratie. Le projet du candidat a réconcilié de nombreux Algériennes et Algériens des nouvelles générations avec leurs identités, leur politique et leur avenir. Ils ont réappris à espérer ! Le renouveau national et l’instauration de nouvelles légitimités basées sur le mérite et l’exemplarité ne sont plus une option pour le pays mais une nécessité. Ils sont à même de libérer les énergies et les initiatives et aboutiront aux indispensables transformations sociales pourvoyeuses de justice et de démocratie, seules garantes d’une stabilité pérenne et durable. Même si l’échéance électorale du 17 avril ne bénéficie pas des faveurs de l’ensemble des acteurs du changement, Ali Benflis y incarne la promesse ferme d’une Algérie nouvelle. Les désillusions passées ont nourri à juste titre la défiance, mais la participation est aujourd’hui un choix à la fois difficile et indispensable pour saisir les tribunes, consolider les rangs, dénoncer les torts et puiser dans la moindre perspective possible d’un changement pacifique et serein. Dans tous les cas, nous serons du bon côté de l’Histoire et c’est loin d’être négligeable, les échos de cette dernière pouvant résonner et inspirer bien longtemps après. Quelle que soit l’issue du scrutin, l’ambition portée pour l’Algérie impose le prolongement de l’engagement et son élargissement. Il est grand temps que les acteurs pour une Algérie meilleure transcendent leurs cloisonnements pour inscrire enfin leur action dans la concertation et la durée. Godot ne viendra jamais.»
Bouredji Fella-El Watan-le 17.04.2014  

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*L’avocat et militant des droits de l’homme, Mokrane Aït Larbi, lance une initiative pour un changement pacifique

Mokrane Aït Larbi, est allé au-delà des résultats du vote du 17 avril 2014, en proposant une feuille de route, basée sur une période de transition, chargée de préparer des élections présidentielle et législatives anticipées.

Maître Mokrane Aït Larbi affirme détenir la réponse à la question que tous les acteurs politiques se posent depuis des mois, à savoir : «Après le 18 avril, que faut-il faire pour pousser au changement pacifique ?» Pour Me Aït Larbi, il faut juste quelques mesures autour desquelles, dit-il, il y a eu consensus au sein de la classe politique. «Nous constatons que des débats, qui ont marqué les quatre mois ayant précédé le scrutin, s’est dégagé un consensus autour de plusieurs points. La nécessité d’un changement avec des moyens pacifiques, l’élaboration d’une Constitution consensuelle garantissant l’indépendance de la justice, la limitation du mandat présidentiel à un seul, le renforcement des libertés fondamentales des droits de l’homme et de la citoyenneté, des pouvoirs du gouvernement et du Parlement, de la lutte contre la corruption sous toutes ses formes et enfin l’alternance au pouvoir par des élections propres et transparentes», dit-il dans une déclaration largement reprise hier sur les réseaux sociaux.

Me Mokrane Aït Larbi propose également la révision du code électoral, ainsi que toutes les lois relatives aux partis politiques, aux associations et à l’audiovisuel, adoptées durant ces dernières années, mais aussi l’ouverture du champ aux jeunes pour accéder à tous les domaines et à toutes les institutions. L’avocat estime nécessaire de tenir l’Armée nationale populaire et les services en dehors du jeu politique et de les mettre au strict service du peuple, de la patrie et de l’Etat. Pour lui, il est impératif de construire un Etat démocratique en rejetant celui basé sur la religion. Et pour mettre en œuvre ces «dénominateurs communs», l’avocat juge important d’avoir «une démarche claire, adoptée par tous et d’ouvrir le dialogue entre les forces de changement pacifique d’où qu’elles viennent et sans exclusion aucune» et avec «la participation du pouvoir».

La feuille de route qu’il défend repose sur quatre points essentiels : la mise en œuvre d’une structure autour de laquelle se réuniront les forces de changement pacifique pour s’entendre sur le programme de transition dans le cadre des institutions existantes, l’invitation du pouvoir pour discuter le programme de transition et la définition des étapes, la création d’un comité national composé des représentants des partis politiques, des associations, du pouvoir et des personnalités pour le travail consensuel. Me Aït Larbi souhaite que ce comité soit présidé par une personnalité qui jouit d’une grande probité, à l’image de Liamine Zeroual, qu’il souhaite voir assumer cette mission. Le dernier point évoqué est l’organisation anticipée des élections présidentielle et législatives dans un délai entre 12 et 18 mois, durant lequel de jeunes personnalités crédibles pourront entrer en force dans la course électorale. Dans ces conditions, «le peuple votera en toute liberté et en toute conscience et ainsi il pourra se réapproprier sa souveraineté de manière pacifique».

L’avocat met en garde contre un éventuel refus du régime de répondre aux aspirations populaires. «Dans le cas où le pouvoir ne répond pas favorablement à la volonté du peuple pour la transition vers un système démocratique par des moyens pacifiques et conformément aux normes de l’Etat, il portera seul l’entière responsabilité de ce qui en découlera comme conséquence.» En fait, l’avocat rejoint dans une large mesure les propositions de sortie de crise déjà faites par de nombreuses personnalités et partis politiques durant la campagne électorale. Reste à savoir si cette feuille de route qu’il propose pourrait faire son chemin dans un environnement où les jeux sont déjà faits et où les changements, relèvent de l’utopie…

Salima Tlemçani-El Watan-le 19.04.2014 

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**L’Algérie face à son destin

*Les nécessaires transitions multidimensionnelles

«Les défis contribuent à augmenter la confiance en soi ainsi que l’estime personnelle»

Dans quelle Algérie voulons-nous vivre ? chitour_une

Cette année 2013 est l’année des multiples défis qui sont à relever. L’Algérie sera soumise à des contraintes de plus en plus importantes à la fois sur le plan interne, mais aussi sur le plan externe avec l’insécurité à ses 7000 km de frontières où elle est contrainte à la fois, de combattre le terrorisme, mais aussi d’être vigilante pour tarir l’hémorragie de son économie (denrées, et surtout carburants) mais aussi traquer la contrebande de drogue.
   De plus, le dernier rapport du Giec concernant l’étude du climat n’a pas intéressé grand monde dans le pays. Outre le fait que certains ne sont pas informés, d’autres le minimisent et pensent à tort qu’il est plus juteux de parler de foot ou de rapporter des rumeurs sur les états d’âme du microcosme politique qui fait de 2014 un horizon indépassable. Pour paraphraser le président Jacques Chirac, le feu est dans la maison et on regarde ailleurs. Nous sommes dans la position de Djeha «hate takhti rassi» (pourvu que je m’en sorte). Eh bien non! Nous n’allons pas nous en sortir si on ne fait rien. Force est de constater que ce qui meut le landerneau politique n’a qu’un lointain rapport avec l’avenir opérationnel de l’Algérie. Pourtant, les défis qui attendent l’Algérie n’attendront pas. Nous n’aurons pas de sursis. Ces défis sont de plusieurs ordres. Sans vouloir jouer les pythies, il est indéniable qu’il nous faut prendre à bras-le-corps notre destin en mettant en place une transition multidimensionnelle. Je vais en citer les plus pertinents et qui ne doivent pas souffrir de retard.

La nécessaire transition de notre modèle de consommation vers l’autosuffisance
Les derniers chiffres du Centre national de l’informatique et des statistiques (Cnis) des Douanes ne sont pas rassurants. Ils confirment la tendance à la hausse des importations et, en même temps, la contraction des revenus pétroliers. La balance des paiements en déséquilibre entraîne une fragilisation des finances publiques. Le pétrole et le gaz constituent à eux seuls plus de 98% du volume global des exportations.  La balance commerciale ne cesse de se dégrader début 2013 en raison d’une baisse des cours du pétrole nettement inférieurs à ceux de la même période de l’année dernière. De plus, la baisse en quantité et en valeur des exportations pétrolières qui a impacté négativement la balance commerciale du pays, alors que les importations ont poursuivi leur tendance à la hausse. «Avec une facture des importations qui devrait atteindre 60 milliards de dollars à fin 2013, toute perturbation exogène aurait des conséquences dramatiques sur l’économie algérienne.
Au moment où l’Etat essaie avec les partenaires sociaux de sortir des sentiers battus et d’innover pour une création de richesse endogène qui devra se substituer graduellement à la «bazarisation» actuelle pour permettre de réhabiliter un outil de travail mis à mal par une mondialisation laminoir qui a fait des Algériens des consommateurs décérébrés qui continuent sans aucune retenue à gaspiller une ressource unique sans création de richesse.  Peut-on continuer ainsi. C’est dire que l’on ne produit pas grand-chose   Que se passera-t-il lorsque la rente diminuera, ou s’éteindra quasiment, au rythme de la baisse prévisible des sources d’énergie fossile.  Pendant les vingt premières années, le pays a formé à l’université des diplômés en prise directe avec le développement d’un tissu industriel qui a par la suite disparu au profit d’une bazarisation. Exception faite des entreprises dans le domaine du pétrole, la plupart travaillant dans l’amont, toutes les autres entreprises ont disparu.
On ne peut pas continuer à consommer sans produire et les acteurs socio-économiques devraient sortir des sentiers battus et changer le fusil d’épaule. Comment produire algérien? Comment substituer à l’importation de ce qui est essentiel, des produits locaux? S’il faut aller vers un protectionnisme, assumons! Nous ne serons par le premier pays à le faire. Mais pour parler de patriotisme économique, il faut mettre à plat ce qui ne va pas et se donner un cap multidimensionnel qui, non seulement créera de la richesse, mais permettra d’apporter des réponses crédibles à la demande d’emploi des jeunes.

Le cri d’alarme du Giec
Avant de parler de la nécessaire transition énergétique en Algérie, rappelons le contexte mondial. Le pétrole est sur le déclin, 36 milliards de tonnes de CO2 dans l’atmosphère. En 1990, la concentration de CO2 dans l’atmosphère s’élevait à 354 parties par million (plus que le niveau de 280 ppm qui prévalait avant l’ère industrielle). Cette année, la concentration de CO2 atmosphérique a franchi la barre des 400 ppm pour la première fois. Le cinquième rapport du Giec, publié le 26 septembre 2013 reconnaît le rôle des émissions anthropiques de gaz à effet de serre dans l’évolution du climat. La température moyenne de la Terre devrait encore grimper de 0,3 à 4,8°C d’ici à 2100 et le niveau des mers va significativement s’élever: c’est le constat des experts du climat du Giec, plus certains que jamais de la responsabilité de l’Homme dans le réchauffement climatique. Dans son nouveau rapport, le Giec revoit à la hausse l’augmentation du niveau de la mer, qui devrait être de 26 à 82 cm d’ici 2100, selon le nouvel état des lieux scientifique sur le changement climatique. Pour le Giec, il est désormais «extrêmement probable» que l’influence humaine est la principale cause du réchauffement observé depuis le milieu du XXe siècle, ce qui équivaut à 95% de certitude dans la terminologie très précise du rapport d’une trentaine de pages, synthèse de plus de 9000 études scientifiques publiées. Le Giec estime probable que la Terre se réchauffe entre 0,3°C, dans le cas le plus optimiste, et 4,8°C d’ici à la fin du siècle par rapport à la température moyenne de la période 1986-2005. La forte incertitude dépendant évidemment, en premier lieu, des quantités de gaz à effet de serre qui seront émises dans l’atmosphère ces prochaines décennies. Les experts s’attendent également à ce que le réchauffement climatique provoque des événements météorologiques extrêmes plus intenses, même si certains aspects ne sont pas encore tout à fait clairs. «Les vagues de chaleur vont probablement se produire plus fréquemment et durer plus longtemps. Avec le réchauffement de la Terre, nous nous attendons à voir les régions actuellement humides recevoir davantage de précipitations.  Seul le scénario le plus optimiste permettrait de contenir la hausse des températures à 2°. Mais même celui-là «ne viendra que si une action rapide est lancée,» a prévenu le secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale, Michel Jarraud.(1)

Le coût de l’inaction
Il est nécessaire de diminuer fortement les émissions (dans la gamme de -50 à -85% en 2050 par rapport à l’an 2000, pour une température à l’équilibre de 2 à 2,4°C). Nous sommes loin de cette discipline des Etats. Une réduction rapide des émissions permettrait de maintenir le réchauffement dans des limites sécuritaires (estimées à une hausse inférieure à 2 °C de la température moyenne du globe). Le fait de ne pas agir rapidement, et ce, à l’échelle planétaire léguera à notre descendance un fardeau plus lourd d’adaptation devant les hausses rapides du niveau des océans et les tempêtes dévastatrices. D’ici 2030, la demande énergétique mondiale va augmenter. Les scénarii placent la fourchette entre 15 et 17 milliards de tonnes. En clair, nous allons doubler la production de CO2!  Les pénuries d’eau pourraient frapper, elles, entre 1,1 et 3,2 milliards d’êtres humains. Compte tenu de l’inertie du système, la simple stabilisation de la teneur en CO2 de l’atmosphère autour de 550 ppm  exigerait une diminution par 2 des émissions actuelles. La tâche est urgente, prévient Sir Nicholas Stern. Retarder l’action, même d’une décennie ou deux, nous entraînerait sur un territoire dangereux. La facture de l’inaction risque d’être salée. Le coût du changement climatique a été évalué à plus de 5500 milliards de dollars, soit 20% du PIB mondial.

Et l’Algérie dans tout ça? La transition énergétique pour conjurer les défis climatiques
Nous ne serons pas épargnés à la fois du fait des changements climatiques qui vont nous affecter directement. Fortes précipitations erratiques en certains endroits, canicules en d’autres. De plus et c’est le plus grave aussi, les pays du Sahel frontaliers seront eux aussi frappés durement par les convulsions du climat; la conséquence la plus évidente est que nous aurons des réfugiés climatiques qui viendront s’ajouter aux réfugiés économiques que nous avons connus et aux réfugiés politiques des derniers conflits sahéliens.
Comment, en effet, penser l’avenir pour agir par voie de conséquence et ne pas être dépassé par le mouvement du monde quand il a lieu. «Gouverner, dit-on, c’est prévoir.» Pour tenter de prévoir l’avenir, il faut d’abord voir le présent dans ses multiples facettes.  Parmi les dimensions technologiques, trois contraintes nous paraissent être les plus représentatives du monde de demain. Il s’agit de l’eau, de l’énergie et du climat. Si les deux premières contraintes sont «solutionnées» de façon différente par les pays riches et puissants, il n’en est pas de même concernant le climat: riches comme pauvres, faibles comme puissants. Car, pour laisser aux générations futures une planète fréquentable, nous ne pouvons plus continuer à gaspiller l’eau et l’énergie.
Quelles solutions innovantes mettre en oeuvre pour combattre le risque de changement climatique? Comment, enfin, puisque nous nous projetons dans l’avenir, assurer une disponibilité de l’eau qui sera l’un des enjeux majeurs dans les  prochaines années? Comme on le sait, les hydrocarbures constituent la source principale de devises. Les choix économiques inadaptés ont débouché sur l’économie de rente, la dépendance alimentaire, la vulnérabilité, la volatilité et la dépendance multidimensionnelle. L’Algérie vit, présentement et pour les quelques prochaines années, un rendez-vous avec son destin. Dit autrement, nous sommes peut-être un pays «conjoncturellement riche» mais misérablement sous-développé. Il serait tragique que l’Algérie soit réduite à un marché  sans sédimentation de développement.
En 2030, nous connaîtrons des problèmes de sécheresse drastique et notre agriculture au nord deviendrait une agriculture différente, probablement saharienne, nous ne préparons pas l’avenir, nous vivions au quotidien pendant que d’autres pays se projettent dans le futur. A titre d’exemple, l’énergie, le réchauffement climatique, la dépendance alimentaire devraient être des axes de recherche majeurs. Plus que jamais nous devons gérer sous contrainte et profiter de cette accalmie factice de la manne pétrolière pour préparer le monde de demain. Nous ne pouvons rien sans avoir une utopie. Nous devons nous garder de nous endormir. La gestion de cette échéance de 2030 se prépare dès à présent.
Si on décide de se battre pour exister, il nous faut un cap, une feuille de route à 2030. Il y a une semaine, la France mettait en place une nouvelle politique énergétique appelée «transition énergétique». Ce dossier a mobilisé comme le précédent «Grenelle de l’Environnement» des milliers d’acteurs allant de la société civile, à l’université et aux industriels. Il nous faut de la même façon, un projet mobilisateur multidimensionnel. Fixons un seuil et tâchons de l’atteindre.
1°-Laisser 50% de la richesse prouvée et ne l’utiliser qu’à partir de 2030.
2°-Développer une politique agressive d’économie d’énergie qui nous fera préserver 25% de nos ressources.
3°-Fixer un seuil pour les énergies renouvelables par étape 10% en 2015, 20% en 2020 et 30% en 2030.
4°-Mettons en place une politique du transport de l’habitat et des économies d’énergie. Is not to late, mettons-nous au travail sans tarder.
Ces mesures ne sont pas exhaustives, elles permettent néanmoins de créer une dynamique. Cependant, rien ne réussira sans l’adhésion des acteurs que sont les Algériennes et les Algériens. La mobilisation des médias lourds permettra certainement une prise de conscience des enjeux et une adhésion de chacun.
La transition vers l’économie de la connaissance: le monde qui se prépare à l’insu de l’Algérie
Il est de la plus haute importance que l’Etat à travers les secteurs dans le cadre d’une planification qu’il faut réhabiliter, et d’une stratégie multisectorielle confie au système éducatif, notamment à la formation professionnelle et à l’université la formation des jeunes à même de prendre en charge la demande sociale en termes d’emplois créés à partir d’un savoir acquis. A titre d’exemple, la mise en place sans tarder d’une stratégie énergétique reposant sur un modèle de consommation à différents horizons 2030 et 2050 permettra de former les femmes et les hommes qu’il faut pour être en prise directe avec la demande. Cela commence à l’école, former l’éco-citoyen, demain respectueux de la nature, économe en tout est de la responsabilité du système éducatif dans son ensemble. Nous sommes convaincus aussi que le développement de grands travaux structurants permettra de mobiliser des dizaines de milliers de diplômés qui créeront et participeront à cette épopée seule utopie capable de faire redémarrer la machine industrielle et sociale qui tournera, à n’en point douter, le dos à une rente éphémère mais que l’on peut mettre à profit pour asseoir un développement durable permettant de laisser un viatique en énergie fossile pour les générations futures en allant vers des économies d’énergies,en adossant chaque calorie exportée à une calorie renouvelable.
Pour y arriver, l’Etat se doit,  à travers l’université et les enseignants former l’homme nouveau qui ne doit pas être un assisté, mais déjà avant la sortie même de l’université, un entrepreneur qui entreprend quelle que soit sa projection. Quels que soient les dirigeants, les transitions de l’Algérie sont inéluctables. Les retarder compromettra durablement l’avenir. Il faut rappeler enfin, que les réformes économiques nécessitent pour réussir l’instauration de la démocratie basée sur la construction d’un Etat de droit. L’expérience dans de nombreux pays a montré que s’il est possible de se mettre d’accord sur les grandes lignes d’un programme politique économique et social, une décentralisation effective, une autonomisation des acteurs, l’indépendance de la justice pour mettre fin à la corruption seront des signes de mobilisation. Il y a cinquante ans, l’Algérie n’avait pas de cadres pour prendre en charge son développement, mais elle avait la foi en son avenir. Redonnons le feu sacré à cette jeunesse seule capable de donner un destin à ce pays. Pour cela, seul le parler vrai, le patriotisme, les consensus sur l’Ecole permettront cela. Le destin de l’Algérie est à ce prix.*Par Pr Chems Eddine CHITOUR -L’Expression-30.09.2013

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Ali Benflis. Président de Talaîou El Houriyet :

«L’Etat est menacé, la cohésion nationale fragilisée, la société dévitalisée…»

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	Ali Benflis  » src= »http://www.elwatan.com/images/2015/02/23/ali-benfliss-8_2601249_465x348p.gif » /></b></span></span></p>
<p><em><strong><span style=*L’administration vient de vous donner l’autorisation de tenir le congrès constitutif de votre parti après plusieurs mois de tergiversations. Est-ce pour vous synonyme de dégel ? Comment considérez-vous une telle décision ?

Vous faites bien de rappeler le temps particulièrement long qui s’est écoulé avant que nous soit accordée l’autorisation de tenir le congrès constitutif de notre parti. Il s’agit de huit mois pendant lesquels nous avons été indûment privés d’un droit politique fondamental, celui de créer une formation politique et d’y défendre nos idées et nos convictions ainsi que le projet politique en lequel nous croyons. Créer un parti politique n’est ni une faveur que l’on fait ni un privilège que l’on concède de manière subjective et discrétionnaire. C’est un droit absolu qui doit être absolument respecté. Vous comprendrez donc que je ne donne aucune autre signification à la décision prise d’autoriser Talaîou El Houriyet à tenir son congrès constitutif.

Est-ce le signe d’un dégel, comme vous le dites ?

Personnellement je ne le crois pas et je pense qu’une telle lecture de cette décision serait excessive et réductrice. Ce n’est pas parce que le droit de créer un parti politique a été tardivement respecté qu’il faut nécessairement y voir un ressaisissement du régime politique en place. Le dégel, si dégel il doit y avoir, interviendra le jour où ce régime politique se résoudra enfin à admettre que notre pays est dans une impasse politique, économique et sociale, que sa part de responsabilité dans cette impasse est lourde et que la pérennité de l’Etat national, la cohésion de la nation et l’harmonie de notre société lui commandent de s’armer de lucidité et de courage et de s’engager sur la voie du changement.

Vous annoncez aussi que les premières assises de votre parti auront lieu la première semaine de juin. Pensez-vous être prêt dans ces délais ?

Pour moi, les délais sont fixés pour être tenus et nous nous y tiendrons. Si l’échéancier que nous avons prévu n’est contrarié par aucun autre développement ne dépendant pas de notre volonté, le congrès constitutif de notre parti se tiendra à la date annoncée et, je vais vous surprendre, peut-être même un peu avant.

Durant ces huit longs mois, nous ne sommes pas restés les bras croisés à compter les jours qui passaient. Non, nous avons investi le terrain dans les limites que nous permettait la loi. Nous nous sommes astreints à un strict respect de la législation en vigueur, mais cela ne nous a pas empêchés d’agir et de nous préparer pour toutes les éventualités. Sachez que nos dossiers étaient ficelés pour les trois scénarios envisageables : celui du refus, celui du silence et celui de l’accord donné à la tenue du congrès constitutif de notre parti. Nous étions donc fins prêts, qu’il s’agisse de l’action politique ou des moyens de droit.

Aujourd’hui que l’autorisation nous a été accordée, le dispositif prévu est entré dans sa phase de mise en œuvre. Nos bureaux provisoires dans les 48 wilayas du pays, qui sont déjà constitués, seront installés formellement d’ici la première semaine du mois de mars au plus tard. La constitution des représentations du parti au niveau de nos communes a été, elle aussi, entamée depuis un certain temps et elle est en bonne voie. Je compte entreprendre dès cette semaine des consultations sur la composition de l’instance nationale de préparation du congrès constitutif du parti et de ses huit commissions ; je compte installer officiellement cette instance avant la fin de la première semaine du mois de mars.

Nous envisageons de réunir les quatre congrès régionaux du parti courant avril.Et nous aurons le mois de mai pour mettre les dernières touches à la tenue du congrès constitutif de Talaîou El Houriyet. Voilà notre feuille de route. Elle est réaliste et mesurée, elle est calculée et praticable. Prions pour que rien ne vienne la contrarier.
 
Talaîou El Houriyet ne serait-il pas une copie conforme du parti dans lequel vous avez fait votre parcours politique ?

Permettez-moi de vous dire ce que Talaîou El Houriyet ne sera pas et ne sera jamais. Il ne sera pas un parti-alibi dont le seul mérite serait de servir de parure à un multipartisme de façade ; il ne sera pas un parti distributeur de soutien et d’allégeance ni un parti clientéliste ; il ne sera pas un parti constamment aux aguets pour s’assurer du sens des vents, des faveurs, des privilèges et des largesses rentières ; il ne sera pas un parti qui bradera son projet politique ou y renoncera pour faire sien celui des autres par des calculs étroits et intéressés, la recherche du confort immédiat et pour être dans les bonnes grâces des gouvernants du moment. Nous avancerons vers nos concitoyennes et nos concitoyens à visage découvert et la main tendue, avec un projet politique qu’ils jugeront eux-mêmes. S’ils nous accordent une majorité de gouvernement, nous gouvernerons avec dévouement, honnêteté et sincérité ; s’ils nous renvoient à l’opposition, nous nous opposerons avec rigueur, vigueur et responsabilité. Nous serons donc un parti légitimiste, légaliste et citoyen.

Et nous sommes un parti né de la seule volonté de ses militants. Nous avons une vision de l’Algérie de demain et nous disposons d’un projet global de la traduire en nouvelles réalités politiques, économiques et sociales. Notre filiation, c’est la République démocratique et sociale, dans le cadre des principes islamiques dont ont rêvé nos pères et qui n’a pas vu le jour.

Nous sommes un parti national démocrate. Je sais que certains se réclament aussi de cette filiation historique et de cette identité politique. La différence entre eux et nous, telle que je la conçois, s’établira et se vérifiera à travers les choix et le contenu des programmes politiques, à travers les pratiques et les méthodes de fonctionnement de nos partis et, par dessus tout, à travers notre capacité à persuader de la justesse des idées que nous portons et de leur aptitude à puiser la confiance de la seule source qui vaille, celle du peuple souverain.

Nos militants, nos sympathisants, nos soutiens et les membres fondateurs ne se seraient sans doute jamais donné toute cette peine pour produire un ersatz de parti. Seul un véritable parti moderne et performant mérite leur abnégation et leur sacrifice. Nous devons bien cela à notre peuple et à nous-mêmes qui entendons le servir.

L’Algérie est en crise. Estimez-vous que créer un parti sur une scène qui connaît déjà une overdose de formations politiques sans ancrage est un moyen de l’en sortir ?

J’ai toujours trouvé profondément injuste que l’on parle de formations politiques majoritaires et de formations politiques sans ancrage dans notre société. Y a-t-il eu des élections régulières pour conforter ce constat de manière indubitable et irrécusable ? Vous le savez, je le sais et tout notre peuple sait que toutes les élections, de la base au sommet, ont été réduites à d’indignes allocations de quotas électoraux par un appareil politico-administratif que ne guide que le souci de punir ou de récompenser en fonction des soumissions ou de ce qu’il considère être des insubordinations. Qui pèse quoi sur la scène politique nationale ? Qui représente qui et quoi dans nos institutions nationales et locales ? Qui a été véritablement porté au pouvoir et qui a été réellement renvoyé à l’opposition par un verdict populaire authentique ? Nul ne le sait ou, à tout le moins, moi je ne le sais pas et je ne crois pas être le seul. Aussi longtemps que cette question de la sincérité de l’urne et du scrutin — et donc de la légitimité — n’auront pas été tranchées, tout jugement sur le poids et l’influence des partis ne saurait être autre chose qu’un jugement de valeur, donc un jugement susceptible d’être arbitraire et, partant, non fondé. Oui, la grave crise politique actuelle a joué un grand rôle dans la création de Talaîou El Houriyet. Cela n’a pas été le seul facteur, mais il a été l’un des facteurs les plus déterminants.

Je l’ai déjà dit et je tiens à le réitérer ici : si en Novembre 1954, le devoir national avait pour objectif la libération du pays, ce même devoir national nous dicte l’obligation de participer à la construction d’une Algérie démocratique. Nul ne peut se dérober, aujourd’hui, à cet appel du devoir national et certainement pas nous. Nous ne pouvions nous résigner à rester des témoins passifs alors que notre pays s’abîme dans une crise politique, économique et sociale d’une gravité exceptionnelle, sans précédent. L’Etat national est menacé, la cohésion nationale est fragilisée, la société toute entière est dévitalisée. Créer un parti politique dans ces conditions n’est ni une lubie ni un hobby, cela s’appelle un acte patriotique.

C’est dans vos colonnes que j’ai développé pour la première fois, il y a de cela plusieurs mois, ce que j’ai dénommé «un processus global de sortie de la crise de régime». Je l’ai développé depuis à plusieurs reprises. C’est là notre acte patriotique et c’est là notre contribution, quel que soit son mérite, à l’avènement de l’alternative démocratique en laquelle nous croyons et à laquelle tout notre peuple aspire. Ce n’est que notre contribution, mais nous la croyons nécessaire et utile. Le peuple en jugera.

Le pays connaît aussi des problèmes de gouvernance économique, d’évasion fiscale, de corruption… En un mot, la désorganisation que vit l’économie est ahurissante. Quelles solutions préconisez-vous ?
Plus d’un demi-siècle après l’indépendance du pays, l’économie nationale reste purement rentière. Que de temps perdu, quel échec affligeant ! Notre économie entretient aussi une relation d’absolue dépendance avec l’étranger pour presque tous les besoins nationaux, y compris les plus essentiels. Toutes ces contreperformances que nous n’avons cessé d’accumuler ont leurs raisons. Elles ne sont pas dues à un manque de moyens car nous en avons disposé et nous en disposons toujours et de beaucoup. Elles ne sont pas dues non plus à la rareté ou à la qualité de la ressource humaine, celle-ci existe et se révèle performante dès qu’une chance lui est donnée.

Elles ne sont pas dues aux exemples de réussite dont nous aurions pu nous inspirer si l’imagination était venue à nous manquer. Ces exemples de réussite abondent autour de nous et ont été le fait de pays disposant de bien moins de moyens que le nôtre. Non, la raison de nos contreperformances économiques est à rechercher ailleurs et cette raison se décline en quatre mots : les mauvais choix politiques.

Et les ravages occasionnés par ces mauvais choix politiques ont été amplifiés ces dernières années par la véritable entreprise de prédation à laquelle a été soumise l’économie nationale par la corruption, la fraude généralisée au commerce extérieur, la fuite de capitaux, l’évasion fiscale et les rentes de situation indues que le régime politique lui-même a créées au profit exclusif de ses clientèles diverses et variées.
Voilà tous les maux dont souffre l’économie nationale et dont elle continuera à souffrir aussi longtemps qu’une œuvre de redressement national n’aura pas été mise en marche. Avec tous les moyens financiers dont la seule évocation donne le vertige, le régime politique en place n’aura pas été l’auteur du miracle économique algérien.

Loin de là, hélas. Pourtant, il a eu pour lui le temps – 16 années –, l’argent – plus de 600 milliards de dollars – et la discipline de fer que peut imposer toute autocratie. Tout cela a été vain et le pays en est toujours à la case départ. Ne nous trompons pas, l’état de notre économie est à l’image de tout le reste et en particulier à l’image d’un régime politique dépassé, sans prise sur les événements, sans vision et sans projet. Le redressement de notre économie ne pourra pas s’accomplir isolément de l’entreprise globale de renouveau national. L’avenir de notre économie est aussi dans l’alternative démocratique.

Vous organiserez demain, avec la CNLTD, des sit-in pour soutenir la contestation contre le gaz de schiste, mais vous ne sortirez pas avec des slogans politiques. Pourquoi ?

Pour trois raisons bien simples. La première est que l’objet de ces rassemblements réside dans la solidarité et le soutien à apporter à nos concitoyens d’In Salah. Il est donc naturel que les slogans qui seront arborés ou scandés portent sur l’objet même de ces rassemblements. La seconde raison est que des slogans autres que ceux-là auraient dilué ou obscurci le sens de notre message de solidarité et de soutien. Et en toute franchise, la troisième raison est que des slogans politiques nous auraient certainement valu des griefs de récupération politicienne de la pénible épreuve que vivent In Salah et tous nos concitoyens de la région.

Ce dont nous sommes les témoins à In Salah est un éveil de la citoyenneté. Ils sont les acteurs de cet éveil, tout l’honneur et le mérite leur en reviennent. Nul n’entend s’approprier ou confisquer ce qui leur revient de droit.

Comment voyez-vous l’avenir énergétique du pays, au moment où les hydrocarbures conventionnels commencent à s’amenuiser ?

Nul n’est censé réinventer la roue aujourd’hui. Faisons simplement ce qu’ont fait avant nous des Etats responsables et sérieux. Et commençons par le commencement. Débattons et adoptons une stratégie nationale de l’énergie. Dans le cadre de celle-ci, entendons-nous sur la part de chaque source d’énergie – conventionnelle, non conventionnelle et renouvelable – dans notre futur mix énergétique.

Fixons, une bonne fois pour toutes, des objectifs chiffrés et un échéancier daté d’ici 2050 en passant par 2030 et 2040. Evaluons rigoureusement le coût de ces programmes et planifions l’allocation des ressources, au besoin par des lois-programmes. Voilà la manière avec laquelle tout le monde procède, pourquoi pas nous ? N’oublions pas simplement que lorsqu’il s’agit de l’énergie, ce sont des besoins de cette génération et des générations à venir.*Said Rabia-El Watan- Lundi 23 Fevrier 2015

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      Les conditions d’une succession pacifique

M.C Mesbah : Zeroual, une personnalité emblématique capable de faire l’unanimité.

Sidhoum Mesbah

S.E Sidhoum : L’Algérie a besoin de femmes et d’hommes d’Avenir et non du passé.

**Publiés dans: lequotidienalgerie-31.05.2013.**

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Par Mohamed Chafik Mesbah (Politologue, officier supérieur, en retraite, de l’Armée nationale populaire)

Un spectre de menaces pèse sur l’Algérie. Risque de dislocation de la cohésion sociale. Risque d’amputation de l’intégrité territoriale. Risque d’effritement de l’unité de l’armée si elle était forcée de s’impliquer dans des tâches qu’elle réprouve. En l’absence d’un capitaine capable de tenir la barre, le pays est exposé à un risque d’implosion certain. Quels scénarios d’évolution pour la situation à venir en Algérie ? Ce sont, principalement, le statu quo, la succession violente ou la succession pacifique.

Le statu quo tout d’abord. Le commandement militaire et les services de renseignement pourraient procéder à un coup de force et destituer l’actuel chef de l’Etat en intronisant un nouveau à sa place. L’ère des coups d’Etat étant révolue, il est peu probable que les chefs militaires, à la tête du corps de bataille ou de l’appareil de renseignement et de sécurité, se placent en situation de rébellion vis-à-vis du pouvoir légal.

Les détenteurs des vrais leviers de pouvoir pourraient, aussi, maintenir, virtuellement, en fonction Abdelaziz Bouteflika jusqu’à 2014, terme de son mandat actuel. Le temps de s’accorder sur un candidat de compromis en vue d’une succession négociée. Ce serait compter sans le climat social délétère qui règne dans le pays ni le profond état d’exaspération qui prévaut contre les scandales actuels de grande corruption. Le statu quo n’est plus tenable aujourd’hui.

La succession violente ? L’éclatement de profondes divisions politiques – jusque-là étouffées – accompagné de puissantes manifestations pourrait servir de catalyseur à un puissant et brusque soulèvement populaire. La police ne pouvant y faire face, c’est l’armée qui serait requise. Improbable que les chefs militaires actuels acceptent de tirer sur la foule. Ce serait l’avènement d’une conjoncture nouvelle où le sort du pays dépendra des rapports qui se noueront entre l’armée – qui aura refusé de réprimer – et la population – qui se sera soulevée.

Quid de la succession pacifique ? Une élection ouverte et pluraliste où les candidats déclarés se livreraient à une compétition loyale est-elle possible ? Il est difficile d’imaginer que, dans sa configuration actuelle, l’Etat algérien puisse organiser, dans un délai de soixante jours, un scrutin incontestable. L’administration publique algérienne est plus rodée à organiser des élections truquées que des scrutins transparents.

PROCESSUS DE TRANSITION DÉMOCRATIQUE

Reste la possibilité d’une élection consensuelle, avec une personnalité emblématique capable de faire l’unanimité. Jouissant de la sympathie populaire, il disposerait de l’adhésion des divers courants politiques et de l’appui des institutions nationales en général, l’armée et les services de renseignement en particulier. Naturellement, son élection ne poserait guère problème. Sa mission consisterait à animer une équipe chargée d’un vrai processus de transition démocratique. Il devrait passer le relais dans un délai maximal de deux ans, le temps que les partis politiques se reconstituent, que le mouvement syndical et associatif reprenne souffle et que des leaders de dimension nationale s’imposent. Ceux qui connaissent le président Liamine Zeroual, au pouvoir de 1994 à 1999, savent combien il est horrifié par les honneurs officiels. Il n’aura de cesse d’organiser, le plus rapidement possible et dans des conditions incontestables, l’élection présidentielle pluraliste qui lui permettra de passer le relais afin de rejoindre, paisiblement, son terroir, au plus profond des Aurès.

Face à ces scénarios, quelle pourrait être la position des principaux partenaires de l’Algérie, en premier lieu desquels les Etats-Unis et la France ? Les Etats-Unis ont l’avantage de ne pas cultiver les ambiguïtés. Leur préoccupation consiste à éviter que l’Algérie ne bascule précipitamment vers un état de déstabilisation irréversible.

Pour l’heure, ils entretiennent un partenariat quasiment stratégique avec les services de renseignement et accessoirement avec l’armée. Ils s’évertuent à vouloir établir un pont entre leurs partenaires connus d’aujourd’hui et ceux qu’ils escomptent pour demain, les leaders d’un courant islamiste fort et uni. Moins sensible à cette feuille de route stratégique, la France reste prisonnière de l’esprit « Françafrique » qui privilégie les rapports avec les régimes en place – peu importe s’il s’agit de dictatures – au détriment de l’écoute des aspirations légitimes des peuples africains et maghrébins.

L’évolution du monde fait que, désormais, facteurs internes et externes sont enchevêtrés au coeur des situations nationales. Il ne faut pas imaginer, pourtant, que les Algériens attendent des puissances étrangères qu’elles accomplissent, en leur lieu et place, la révolution démocratique dont leur pays a besoin. Il serait de bon aloi, tout de même, que la patrie des droits de l’homme appuie les droits de l’homme là où ils sont bafoués !

Pour le reste, prenons date avec l’histoire. Grâce à la conjonction d’énergies attendue entre chefs militaires pétris de convictions patriotiques et jeunesse palpitante d’ardeur et de vivacité, bien des miracles peuvent survenir. Aujourd’hui souffrante et affaissée, demain, l’Algérie se relèvera et sera debout !

Docteur d’Etat en sciences politiques et diplômé du Royal College of Defence Studies de Londres, il a publié en 2009, aux éditions Le Soir d’Algérie, « Problématique Algérie ».

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Réponse de Salah-Eddine Sidhoum

Avant tout,  je trouve qu’il est malheureux et désolant de voir que c’est Outre-Méditerranée que s’ouvrent les débats de fond sur l’avenir de notre patrie, et que de même, nos intellectuels préfèrent s’exprimer ailleurs qu’en Algérie.

Pour autant, je ne suis pas mécontent de voir notre compatriote Mohamed Chafik Mesbah, ancien officier des Services – lesquels, restent à mes yeux une police politique, même s’il n’aime pas trop ce qualificatif – exprimer les mêmes inquiétudes que nous, quant aux incertitudes de l’évolution de la situation du pays. Incertitudes derrière lesquelles semble se profiler –  à Dieu ne plaise – un vrai tsunami populaire, du fait du statu quo politique imposé par une oligarchie militaro-financière, grisée par les moyens répressifs énormes dont elle dispose et rendue arrogante et méprisante à l’égard de son propre peuple qu’imprudemment, elle croit avoir définitivement soumis.

L’aveu étant la reine des preuves, il est intéressant de constater que Mohamed Chafik Mesbah, en tant qu’ancien officier supérieur et connaisseur des arcanes du régime, reconnait explicitement que Bouteflika n’est en réalité que président d’un pouvoir apparent : « Les détenteurs des vrais leviers de pouvoir pourraient, aussi, maintenir, virtuellement, en fonction Abdelaziz Bouteflika jusqu’à 2014, terme de son mandat actuel ». En clair, il n’est pas le détenteur des vrais leviers de pouvoir. Bien entendu, nous savions cela mais ça fait plaisir quelque part, de l’entendre dire par ceux qui, il n’y a guère, disaient exactement le contraire…

De même qu’il est intéressant de constater, de l’avis même de Mohamed Chafik Mesbah, que jusqu’à présent et depuis 1962, les « élections » n’étaient que factices et qu’en réalité et comme toujours et jusqu’au jour d’aujourd’hui, l’oligarchie  s’est toujours entendue au sein de sa « coupole »  sur « un candidat de compromis en vue d’une succession négociée ». Cela s’était vu en 79, en 92, en 95 et en 99.

Tout comme je suis heureux de lire sous sa plume, que « l’administration publique algérienne est plus rodée à organiser des élections truquées que des scrutins transparents ». Une administration à la Naegelen, admirablement façonnée durant des décennies par la police politique. Et le fait que ce ne soit pas un farouche opposant du régime qui le dise, donne un peu plus de sel à la chose…

Jusqu’à présent ces constats étaient ceux « d’opposants radicaux » qui, dans les années 70 et 80 étaient qualifiés de « contre-révolutionnaires » et de « réactionnaires ». Aujourd’hui, nous sommes heureux de voir des compatriotes officiers supérieurs tenir le même discours que nous et arriver aux mêmes conclusions.

Oui, en l’absence d’une courageuse alternative politique de changement, nous allons tout droit vers une explosion, ce que j’ai toujours qualifié de tsunami populaire. La rente distribuée de manière prolifique à sa base sociale ne sera d’aucun secours au régime, lors de l’embrasement. Un embrasement éminemment potentiel qui n’attend plus qu’une simple étincelle, un simple incident anodin  pour mettre le feu aux poutres. L’exemple de Bouazizi en Tunisie et du jeune avocat de Benghazi est là pour confirmer la fragilité de la situation  de tout régime illégitime fondé sur la répression et la violence politique.

L’oligarchie comptera, comme toujours sur la force des armes et la répression, pour sauver ses privilèges. Et là je  rejoins Mesbah pour dire que cette fois-ci nos jeunes officiers et hommes de troupe ne serviront ni de mamelouks tirant sur leurs frères et leurs soeurs ni de boucliers humains, ni de chair à canon, pour sauver les intérêts d’une poignée de factieux, corrompus et antinationaux. Nous ne sommes pas déconnectés des réalités et nous vivons au sein de notre société pour savoir ce que pensent une bonne partie de nos frères et de nos enfants de l’institution militaire que nous côtoyons dans nos familles, nos quartiers et dans la vie de manière générale. Ils ont tiré les leçons des massacres d’octobre 88 et de la « sale guerre » des années 90, tout comme ils ont hautement pris en considération l’honorable attitude des armées tunisienne et égyptienne lors de l’intifadha de leurs peuples.

Si, sur le plan du constat, je partage avec Mohamed Chafik Mesbah, la vision sombre de la situation et de l’avenir incertain, je diverge sur plusieurs points par rapport à son approche des solutions.

Pour lui, un homme providentiel – Zeroual –  avec comme objectif une élection présidentielle « pluraliste » constitue  la solution.

Quitte à me répéter et tout comme je l’avais dit à son collègue M.T Yala : « aucun parti, aucune tendance, ni aucun homme politique ne peut se prévaloir à lui seul, de détenir les moyens de règlement de la grave crise politique que traverse le pays ».

Je crois encore une fois que cette question de l’homme providentiel si chère aux pays en voie de sous-développement, a fait son temps et a montré ses limites avec les dégâts que nous connaissons.

Avec tout le respect que j’ai pour notre compatriote Zeroual, en tant que citoyen, je crois sincèrement et franchement qu’il fait partie du passé et je reste persuadé que lui-même le pense. L’Algérie d’aujourd’hui a besoin de femmes et d’hommes d’Avenir. Et ils ne manquent pas, pour peu qu’on laisse les citoyens et les citoyennes s’exprimer librement et choisir démocratiquement leurs dignes représentants. L’Algérie n’a pas besoin d’un leader ou zaïm mais de tous ses enfants pour la sauver de cette terrible faillite sanglante. Tout comme nous devons ôter de nos esprits cette fâcheuse idée sclérosée que seuls les hommes du passé et du sérail sont capables de diriger le pays. Quel étrange paradoxe que celui de prêter des vertus politiques à la sénilité, dans un pays dont plus des trois quarts de la population ont moins de 30 ans !

Nous devons cesser de subir dans notre propre pays pour devenir les acteurs de notre propre histoire et les maîtres de notre destin. L’Algérie appartient à toutes les Algériennes et à tous les Algériens sans exclusion ni exclusive. Aucune barrière infranchissable ne sépare les Algériens entre eux malgré les discours haineux de tous bords servis à profusion durant ces dernières années par les sirènes de la division et de la discorde.

Quid de la Constitution ? Elire un Président LEGITIME sur la base d’une Constitution confectionnée sur mesure dans les officines et triturée au gré des humeurs ? L’oligarchie ne va-t-elle pas, encore une fois, sous couvert d’un changement de façade, procéder à une alternance clanique en nous déterrant des cadavres politiques ?

N’est-il pas plus sage d’aller vers une Constituante et d’avoir, pour la première fois depuis l’indépendance une Loi Fondamentale issue du peuple et non pas des officines d’ici et d’ailleurs ?

Encore une fois seul un changement radical est en mesure de mettre un terme à cette descente aux enfers.

De l’avis de beaucoup d’hommes politiques sages et lucides et loin des visions idéologiques ou partisanes étriquées, une période de transition allant de 18 à 24 mois est indispensable pour passer de ce régime illégitime en fin de cycle vers un Etat de Droit. Une transition assurée «grâce à la conjonction d’énergies attendue entre chefs militaires pétris de convictions patriotiques et jeunesse palpitante d’ardeur et de vivacité » pour  reprendre Mesbah. Et pour être plus clair, par une élite réelle et probe, issue de l’institution militaire débarrassée de cette oligarchie usée et corrompue, qui l’a longuement prise en otage et instrumentalisée et une élite politique saine, pas celle préfabriquée dans les laboratoires de la police politique. Une élite débarrassée elle aussi de ses carcans idéologiques stérilisants et de ses oripeaux partisans délabrés et dont l’objectif sera le changement radical du système et la construction d’un Etat de Droit, dans une Algérie de toutes et de tous sans exclusion ni exclusive.

Ces élites tant militaires que politiques ont aujourd’hui  une responsabilité historique dans le rétablissement de la paix et l’instauration d’un Etat démocratique. Il y va de leur  honneur et du destin de l’Algérie.

Oui, je terminerais comme Mohamed Chafik Mesbah, sur une note d’optimisme. Je reste persuadé que rien n’est perdu, malgré les incommensurables dégâts de l’imposture totalitaire. Avec beaucoup d’exigence morale et intellectuelle et un peu de courage politique, faisons tous ensemble que les heurs et malheurs vécus depuis 62 par notre Peuple puissent se transformer, grâce à la volonté et l’engagement sincère de toutes et de tous, en  une véritable résurrection d’une Algérie de dignité, de justice et de libertés démocratiques.

Salah-Eddine SIDHOUM

Alger le 31 mai 2013

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Réactions d’internautes:

 Naziha Selmani dit : une campagne orientée pour imposer les vieilles casseroles du système ou de sa périphérie. Vigilance. Vigilance !

 still dit : Merci si Salah-Eddine pour cette réponse mesurée, diplomatique et pleine de bon sens, a notre compatriote Chafik Mesbah. J’avais réagi spontanément avant même de lire l’article en totalité. Je sais pourtant que la spontanéité nuit a la politique et que seule la pondération la renforce.

 AIT MOHAND OU YIDHIRdit :Le colonel Mesbah a mon avis  n’a fait que lancer: UN BALLON SONDE …Mais il ne faut pas oublier non plus que les militaires ne lâcheront pas le morceau aussi facilement… alors, il va falloir faire trés gaffe…afin de preserver l’essentiel: SAUVER L’ALGÉRIE ET LE PEUPLE ALGÉRIEN …Rien ne doit se passer sans L’AVAL du Peuple ALGÉRIEN QUI NE VEUT ABSOLUMENT PAS DE SOLUTION IMPOSÉE

Mhenddit :Mais alors je partage TOUTES les observations que vous avez faîtes. Et c’est très bien que vous insistiez pour montrer à certains intellectuels, à certains  anciens responsables et commis de  l’Etat, à certains  officiers supérieurs en retraite, qui ont quitté le système pour une raison ou pour une autre, que s’ils interviennent pour critiquer les mandats de tels ou tels clans (ou personnes) ou en revanche de glorifier et de mettre en avant tel autre clan (ou personne) , qu’ils se trompe complètement de débat et qu’il est préférable qu’ils continuent à ne rien dire. Je suis peut-être un peu plus méchant en parlant ainsi que ces intervenants ou ils parlent pour qu’on progresse ou qu’ils restent là où ils sont. Si pour nous expliquer simplement le pourquoi du comment de la situation du pays, on a vu sur LQA , par exemple, que de simples citoyens « bassites ou lambda»  ont très bien compris le fonctionnement et les  problèmes de leur pays. Aujourd’hui, on a besoin  d’engagement, aujourd’hui on a besoin de proposition pour construire autrement le pays. Avec tout le respect qu’on doit à la personnalité « X» ou « Y », la question est ailleurs. L’Algérie n’a pas besoin de changer de personne ou de clan …mais de système politique. L’Algérie n’a plus besoin d’un Etat bananier…. mais d’une vraie République. L’Algérie a besoin, et en urgence, d’un Etat de droit. Point.

Makhloufi Slimane dit : « Si on sent comme le peuple, rien ne peut échouer;si on ne sent pas comme le peuple rien ne peut réussir »Abraham Lincoln
Il est temps de regarder la réalité en face, et de faire le bilan de cinquante années de gestion catastrophique tout en méprisant un peuple tenu à l’écart par la force des armes.L’heure a sonne pour que ces dirigeants se  rendent à l’évidence et que toute tentative hors de la volonté populaire est vouée à l’échec.Il est de notre intérêt à tous de sauver notre pays tout en conjuguant nos efforts et de laisser le peuple choisir librement ses futurs dirigents.

Chokri YACOUB de Tunisie dit :
Je souhaite de tout coeur  à mes frères et soeurs en Algérie un successeur digne de ce grand pays qui est la fierté du continent africain et du monde arabe,l’Algérie sera le ciment qui manque pour unifier le Maghreb.

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Par Luis Martinez (Directeur de recherches au CERI-Sciences Po)

Pour être restée à l’écart des révolutions arabes, l’Algérie est félicitée de toutes parts pour son modèle de stabilité dans la région. Alors que, dans les années 1990, sa guerre civile donnait des sueurs froides, elle est aujourd’hui considérée comme le pays le plus solide avec son voisin et rival, le Maroc.

Au regard des problèmes de sécurité en Libye et des orientations islamistes des régimes tunisiens et égyptiens, l’Algérie continue d’offrir le charme désuet d’un modèle de république nationaliste et militaire qui ravit les diplomaties occidentales, déstabilisées par l’irruption des partis islamistes et des sociétés civiles sur la scène politique des Etats d’Afrique du Nord. De plus, la présidence d’Abdelaziz Bouteflika, depuis 1999, offre un semblant d’autorité civile après le règne des généraux (1991-1999).

L’ART DU CAMOUFLAGE

Fortement décriés pour leur violation massive des droits humains durant la guerre civile, les militaires ont appliqué l’art du camouflage, si ce n’est celui de la mise en veilleuse, en disparaissant des écrans. Au cours de ces dix dernières années, l’armée algérienne, déchargée de la gestion des affaires politiques, s’est professionnalisée. Dans un contexte incertain, elle s’efforce de restaurer sa gloire passée par la démonstration de sa puissance.

Derrière la façade de son chef d’état-major, octogénaire, le général de corps d’armée Ahmed Gaid Salah, et de généraux à la retraite, parfois impliqués dans des affaires financières troubles, se profile une génération de quinquagénaires responsables des régions militaires et des principales unités opérationnelles.

Ils espèrent ne jamais revivre l’expérience d’une guerre civile et, si leur armée doit être le pilier de l’Etat, ils ne veulent pas qu’elle devienne l’ennemie d’une société civile. Les exemples des armées en Tunisie et en Egypte sont là pour leur démontrer, à l’inverse du choix des généraux éradicateurs en 1991, que la cohabitation est possible entre gouvernement islamiste et armée.

La fin proche de l’ère Bouteflika annonce-t-elle des changements politiques en Algérie ?

 Beaucoup les espèrent, mais peu les considèrent comme possibles. Après ses trois mandats, les institutions politiques sont en lambeaux : le Parlement, auquel s’est adressé François Hollande en décembre 2012, est une coquille vide. Les partis sont discrédités.

La Cour des comptes est paralysée. C’est dire que les usages des revenus pétroliers échappent à un contrôle rigoureux et transparent, au grand désespoir de la population. Lorsque les sommes dérobées sont trop importantes, le département du renseignement et de la sécurité intervient afin de réguler le marché de la corruption et de faire en sorte que les acteurs s’imposent des limites acceptables.

C’est avec un malin plaisir que la presse algérienne souligne comment des« officiers judiciaires militaires » ont mené des investigations qui sont à l’origine des plus grandes affaires de corruption. Mourant, le président est victime du retour des « barons » du système : certains, au sein de l’armée et des services, n’auraient qu’à contrecoeur accepté sa longue présidence et son soutien accordé à l’intervention française au Mali. Le 23 mai, le général à la retraite Mohand Tahar Yala, ancien commandant des forces navales, tire le premier : il accuse le président de  »haute trahison » et demande sa destitution immédiate.

LIGNE À HAUTE TENSION

Progressivement, les sources de financement du président, ainsi que celles de ses proches, sont neutralisées afin de réduire à néant le risque d’une candidature à la présidence qui ne serait pas sous le contrôle de l’armée et du département du renseignement et de la sécurité (DRS).

La « République des walis du président » s’achève. Car, sous la présidence d’Abdelaziz Bouteflika, le régime algérien a profondément changé. Séduit par la Tunisie de Ben Ali, Bouteflika a renforcé sa police.

Peut-on dire, comme l’affirment certains, que l’assassinat du directeur général de la sûreté nationale, Ali Tounsi, en 2010, symbolise la ligne à haute tension entre deux visions de l’Algérie : celle d’hier, avec son armée et ses services, et celle d’aujourd’hui avec le ministère de l’intérieur.

Depuis des mois, des affaires de corruption secouent le pays. L’après-Bouteflika fait craindre un retour à la violence en raison de la réapparition sur le devant de la scène de tous les hauts dignitaires qui avaient été contraints de démissionner sous sa présidence. Son agonie replonge l’Algérie dans l’incertitude et oriente de nouveau tous les regards vers l’armée, et surtout vers le DRS, dirigé depuis 1990 par le général de corps d’armée Mohamed Lamine Médiène.

Car derrière le rideau d’un régime stable se cache un constat inquiétant : hyperdépendance pétrolière, faiblesse des institutions, népotisme, système éducatif en piètre état, chômage massif des jeunes, corruption, terrorisme.

L’Algérie de Bouteflika a pris le chemin du Nigeria et non de la Malaisie. Le risque est grand, nous avertit le sociologue Zoubir Arous : « La société algérienne est sur un volcan. Tous les ingrédients de la déflagration sont réunis. »

RETARDER LES CHANGEMENTS POLITIQUES

L’Algérie post-Bouteflika aura fort à faire. Avec 200 milliards de dollars (155 milliards d’euros) de réserves de change accumulées et un baril de pétrole à plus de 100 dollars, les dirigeants de l’armée peuvent encore, pour quelques années, s’offrir le luxe de retarder les changements politiques que la région connaît et trouver de nouveau un équilibre dans cette instabilité.

Ils peuvent aussi surprendre et, par exemple, considérer que, dans un environnement social et politique aussi explosif, il est temps de laisser les électeurs choisir librement leurs élus, même s’ils sont islamistes.

L’Algérie renouerait alors avec sa transition politique interrompue il y a deux décennies. Mais reste à savoir si les dirigeants militaires sont enfin prêts à accepter les incertitudes qui accompagnent tout processus de démocratisation ? L’après-Bouteflika rouvre le débat.*publié dans: lequotidienalgerie-31.05.2013.**

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Mansouria Mokhefi (Responsable du programme Moyen-Orient Maghreb à l’Institut des relations internationales)

La communication confuse orchestrée par les partisans de Bouteflika sur son hospitalisation à Paris et le mystère maintenu sur la réalité de son état de santé ne peuvent plus empêcher la presse nationale et les partis de l’opposition de dénoncer les pratiques du secret et de la non-transparence qui caractérisent l’Algérie.

En raison de l’évidente incapacité du président à exercer ses fonctions, de nombreux partis exigent l’application de l’article 88 de la Constitution pour accélérer la transition.

Plus que l’empathie humaine d’un peuple pour son président malade, la populationalgérienne éprouve l’étrange sensation d’être maintenue dans l’ignorance et à distance d’une affaire capitale pour la nation.

DÉMENTIR LES RUMEURS

En se contentant de démentir les rumeurs selon lesquelles Abdelaziz Bouteflikaserait plus malade qu’on ne le dit, peut-être dans un coma profond, voire décédé, le pouvoir, sans apporter la moindre preuve que le président va aussi bien que l’affirment les déclarations officielles, a montré son incapacité à gérer une situation dans laquelle l’avenir du pays est en question et a fait preuve d’un mépris à l’encontre de la population.

Mépris qui, au moment où le pays est en pleine déshérence, accentue le climat de banqueroute morale et la grave crise de confiance des Algériens à l’égard d’unpouvoir discrédité.

En attendant la fin d’un régime qui n’a plus aucune légitimité démocratique et qui a laissé la corruption gangrener toutes les instances du pays, les Algériens sont indignés par les inégalités sur lesquelles ce pouvoir s’est bâti.

Et ils sont nombreux à être descendus dans la rue pour dénoncer, d’une part, les dramatiques carences de leur système médical, qui ne peut garantir de bons soins à des centaines de milliers de malades ni assurer un traitement adéquat à des milliers de personnes atteintes du cancer, et, d’autre part, les scandaleux privilèges de leurs dirigeants, qui peuvent bénéficier du meilleur traitement médical qu’ils vont chercher en France.

LA FIN DU POUVOIR SE DESSINE

En effet, si le président Houari Boumediene (1932-1978), dont la maladie avait elle aussi été entourée du plus grand secret et d’une grossière communication, avait préféré se faire soigner à Moscou en 1978, c’est à Paris que la plupart des dignitaires du régime reçoivent les soins que le système de santé algérien est encore loin de pouvoir fournir, malgré les compétences reconnues du corps médical.

Alors que la fin du pouvoir de Bouteflika se dessine et que l’Algérie est sur le point de clore tout un chapitre de son histoire, celui du maintien aux commandes de la génération issue de l’indépendance et d’un système aujourd’hui à bout de souffle, la persistance de l’agitation – grèves, manifestations, révolte dans le Sud – révélatrice du profond malaise social et de la faillite économique du pays le plus riche du Maghreb fait que celui-ci n’est plus à l’abri d’une plus grande instabilité.

Le mécontentement est général devant l’ampleur de la misère et du chômage dans un pays dont les richesses issues de la manne pétrolière restent invisibles pour la plus grande partie de la population.

La colère est vive devant les inégalités sociales et le désespoir profond chez une jeunesse privée d’avenir. Enfin, les désillusions sont grandes à l’égard d’un pouvoirqui avait les moyens d’assurer croissance et développement, cohésion sociale et sécurité et qui a échoué sur tous ces plans.

Pour beaucoup, la fin du règne d’Abdelaziz Bouteflika marque la fin d’une époque. Cela pourrait mettre un terme à la mainmise sur les richesses et les institutions du pays par les mêmes clans politiques et militaro-sécuritaires qui dirigent l’Algérie depuis les années 1960.

Cela permettrait aussi l’arrivée au pouvoir des nouvelles générations qui tiendront compte de la diversité culturelle du pays, se concentreront sur l’édification d’une économie capable de survivre à l’après-pétrole et bâtiront la nécessaire Union du Maghreb. Peut-être dans le cadre d’une nouvelle République.

Mansouria Mokhefi (Responsable du programme Moyen-Orient Maghreb à l’Institut des relations internationales)

publié dans: lequotidienalgerie-30.05.2013.**

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Par Boualem Sansal (Ecrivain)

Franchement, je ne suis pas particulièrement excité à l’idée d’écrire un papier sur l’Algérie. Il ne se passe rien dans le pays, je veux dire de neuf, de piquant, quelque chose qui date de ce siècle, qui interroge l’avenir et fait vibrer les jeunes. Des articles pour dire qu’il ne se passe rien de neuf, j’en ai écrit des tas ces douze dernières années, ils n’ont jamais rien appris à personne. Toujours les mêmes vieilleries, du réchauffé, des rumeurs de harem, les sempiternels trucages, des rodomontades d’anciens combattants, des discours creux, des successions poussiéreuses entre vieux de la vieille. Pff, c’est ennuyeux à mourir. Je voudrais pouvoir parler de choses belles et neuves, mais ça n’existe pas, ça me rend triste.

Il y a trois raisons à cette misère lancinante : l’armée, l’islamisme et Bouteflika. Il faut les voir un à un et les considérer ensemble dans leur relation intime. Nocifs, ils le sont pareillement, mais leur rapprochement est atomique, c’est la réaction en chaîne, l’apothéose du « Mal », et une radioactivité installée pour des siècles. Cela, chacun le sait, depuis toujours. Je l’écrivais déjà en 2000. Je n’étais pas le premier. En 1964, deux années à peine après l’indépendance, Mohamed Boudiaf, opposant lumineux au régime noir d’Alger, réfugié au Maroc, publiait un livre, Où va l’Algérie ? (Editions Librairie de l’étoile), dans lequel précisément il s’interrogeait sur l’avenir du pays qui pourtant avait fait de la planification socialiste et de l’héroïsme au travail sa ligne de conduite. Il n’a rien vu de rassurant. Boudiaf est le premier révolutionnaire algérien : en 1954, il a créé le Front de libération nationale (FLN) et déclenché la lutte armée contre la France.

A l’indépendance, écoeuré par les agissements des nouveaux dirigeants de l’Algérie, enivrés par le pouvoir, il les dénonça et dut fuir à l’étranger pour échapper à leurs tueurs. Ils le rattrapèrent trente-huit ans plus tard, l’attirèrent dans un guet-apens et l’assassinèrent d’une rafale dans le dos, sous le regard effaré du public et des caméras. C’était le 29 juin 1992, il avait 73 ans. Crime parfait, on connaît les assassins, trois généraux, on sait où ils habitent, où ils travaillent, mais aucune justice ne peut les atteindre. Même le diable a peur d’eux.

Ces messieurs ont vieilli, ils ont tous le cancer et des cirrhoses carabinées, mais leurs enfants sont là, beaux, brillants, polyglottes, efficaces comme des managers de multinationale, ils trafiquent avec le monde entier ; ces dernières années ils le font avec les Chinois, les Russes, les hindous, les Turcs, et l’incontournable Dubaï. On travaille en confiance avec eux, ils ne collaborent jamais avec la justice internationale. L’argent, ils le gagnent là mais le dépensent en Occident, où la démocratie sait protéger les riches et les voleurs. Ils y retrouvent leurs copains, les fils de dictateurs, les Kadhafi, les Moubarak, les Trabelsi, les Wade, les Bongo… avec qui ils font du business et prennent du bon temps dans les boîtes à la mode. Pour eux, le pays de papa n’est qu’une planche à billets.

MASSACRES AVEUGLES

Après dix années de terrorisme et de massacres aveugles, les islamistes ont compris le sens de l’histoire, ils ont abandonné les maquis des montagnes et intégré les maquis des villes. Ils ont pignon sur rue, ils tiennent la quasi-totalité du commerce de gros et demi-gros. Voici le deal que les généraux ont conclu avec eux avant de signer la loi d’amnistie générale, appelée « réconciliation nationale » : les généraux tiennent le haut bout de la chaîne de l’argent – ils contrôlent la Sonatrach, les banques, décident la politique économique du pays, imposent les modalités budgétaires, fiscales et autres. Ainsi, ils connaissent d’avance ce qu’ils vont gagner et ce que le peuple va perdre ; les barbus tiennent l’autre bout de la chaîne, ils réceptionnent les conteneurs des généraux, répartissent la cargaison entre leurs émirs et leurs troupes. Avec les miettes, ils dotent les mosquées et aident les pauvres à survivre. En plus d’une portion de la rente, ils ont aussi leur quota de ministres, députés, sénateurs, ambassadeurs, hauts fonctionnaires. De cette façon, ils font le lien avec l’internationale islamiste pour leur compte et pour le compte des têtes pensantes de la junte militaire.

Et tout là-haut, replié en son palais blockhaus, imprévisible et redoutable, il y a Bouteflika. Sa maladie mystérieuse et son air hagard ajoutent à la menace. En fait il faut dire « les Bouteflika ». Abdelaziz n’est rien sans sa fratrie autour de lui. C’est un peu les Borgia, ces gens, en plus fort. Le plus efficace est le cadet, Saïd, un génie de l’intrigue. Il n’a pas de fonction officielle mais il décide tout, surveille tout. On dit qu’il est féroce. Les ministres pissent dans leur froc quand il les convoque. Les généraux le détestent, un jour ils le tueront.

Dès qu’Abdelaziz rendra l’âme, Saïd le suivra dans la tombe. Les dossiers qu’il a constitués ne l’aideront pas, la justice les réfutera. Le président, qui a l’esprit dynastique, lui a confectionné un puissant parti pour le soutenir, dirigé par des apparatchiks capables de faire élire n’importe qui à n’importe quel poste ; ils feront barrage contre les généraux et les islamistes, mais au final ils trahiront, c’est la règle. Le pauvre Saïd aura du mal, voler dans l’ombre du frère président est une chose, voler de ses ailes sans bouclier ni parachute en est une autre. En attendant, tout ce beau monde amasse de l’argent par camions, c’est le carburant des guerres à venir. Grâce à Dieu, le prix du baril tient la cote, l’argent coule à flots, la réserve déborde de partout. Jusque-là, il a permis une cohabitation acceptable, personne n’est vraiment lésé, les milliards qu’on nous chaparde le matin, on les refait l’après-midi. Et voilà, nous avons tous les éléments de la pièce qui va se jouer dès l’annonce de la mort d’Abdelaziz Bouteflika : les acteurs, l’intrigue, le décor, les figurants. Il y a les parrains des uns et des autres, français, américains, russes, saoudiens, qataris, mais on ne les voit pas, ils sont derrière le rideau.

En vérité, la pièce est écrite depuis longtemps et se joue déjà dans les coulisses, les trois coups ont été frappés à l’instant où Bouteflika a été évacué à Paris, dans son hôpital préféré du Val-de-Grâce. Ombres, murmures et courants d’air. On pourrait se poser les questions qu’on se pose depuis le premier putsch en 1962, mais cela sert-il ? Nous recevrons les mêmes fausses réponses. Bouteflika mort, l’armée fera le ménage et adoubera Tartempion VI. Le roi est mort, vive le roi et Allah est grand.**publié dans: lequotidienalgerie-30.05.2013.**

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Salah-Eddine SIDHOUM répond au général M.T. YALA

 Cher compatriote,

A l’heure de l’intense grenouillage politique qui prévaut  à l’approche du changement de la vitrine du pouvoir apparent et des crasseux règlements de comptes entre les différents gangs du régime illégitime, via une certaine presse servile, votre contribution aura le mérite d’ouvrir le débat sur le devenir de notre patrie meurtrie par des décennies  de destruction programmée.

A la lecture de votre texte, je me suis permis de relever quelques points importants nécessitant des clarifications, pour éviter de participer consciemment ou inconsciemment à la falsification de  faits historiques.

Les différents problèmes socio-économiques cruciaux énumérés par votre équipe d’experts sont pratiquement connus par tous ceux qui portent l’Algérie dans leur cœur et qui vivent la triste réalité de l’Algérie profonde, pas de l’Algérie Potemkine du club des larbins.

Mais tous ces problèmes cruciaux  inventoriés ne peuvent être résolus sans le règlement définitif de la crise politique qui perdure depuis 62 et qui se résume en trois mots : légitimité du pouvoir. Tant que cette question n’est pas résolue, notre patrie continuera à plonger dans les abysses du désespoir et de la destruction nationale. La solution n’est nullement d’ordre technique. Elle est éminemment politique.

Effectivement, « l’avenir des enfants de l’Algérie est hypothéqué » mais depuis fort longtemps,  depuis 62, du fait du coup de force d’imposteurs et d’aventuriers auteurs  du crime de « haute trahison », pour avoir trahi les Idéaux de novembre 54 et la mémoire de nos martyrs qui se sont sacrifiés pour une Algérie de Justice, de Dignité et de Liberté. C’est de cette « haute trahison » que découlent tous les malheurs que nous vivons aujourd’hui.

Non, cher compatriote, le drame algérien n’a pas commencé en 92 ou 99, mais bel et bien au lendemain de l’indépendance, pour ne pas dire avant,  quand des algériens assoiffés de pouvoir ont liquidé  d’autres algériens, au nom d’une fausse légitimité révolutionnaire et se sont autoproclamés tuteurs de ce peuple par la force des baïonnettes.

Violence politique, corruption, clientélisme, népotisme, prébendes, ces fléaux érigés en méthodes de gouvernance, ont progressivement gangréné  la société algérienne qui atteindra durant cette dernière décennie, un état de déstructuration et de déliquescence avancées. Toutes les institutions mises en place depuis l’indépendance, dont la facticité  n’est plus à démontrer, ne servent que de devanture derrière laquelle se cache l’oligarchie militaro-financière, véritable maîtresse de la décision politique. Ce dont vous ne soufflez mot.

Les valeurs ancestrales  et les idéaux qui avaient fait la force de nos parents durant la nuit coloniale ont pratiquement disparu, laissant place à la « kfaza »  – cette propension typiquement algérienne à magouiller –  à l’opportunisme et à la médiocrité affligeante.

L’échec de ceux qui ont pris le pouvoir en 1962 est patent et sur tous les plans. Le système qui a disposé de l’Algérie comme d’un butin de guerre, a clairement montré ses limites. Ses politiques improvisées, menées sans la participation du peuple n’ont abouti qu’à d’amères désillusions. Ce régime, sans foi ni loi n’a pas hésité à faire couler le sang de ses propres concitoyens pour sauver ses privilèges à chaque fois que la nation lui a signifié  son rejet (octobre 88, janvier 92, avril 2001). Et la facture de  l’obstination du régime à se pérenniser en maintenant ce statu quo suicidaire, est déjà très lourde.

Tous les patriotes sincères et sages appréhendent ce que nous réserve l’avenir immédiat.  Les tensions entre le système obsolète et arrogant et la société poussée au désespoir par des décennies d’injustice et de hogra risquent de mener droit vers  plus de chaos et au final, l’implosion de la nation.

Vous dites que la responsabilité du président du pouvoir apparent dans ce chaos programmé est « clairement, totalement engagée ». Je crois à mon humble avis que la responsabilité de l’oligarchie militaro-financière, véritable pouvoir en Algérie, est plus grandement engagée dans ce fiasco institutionnalisé car c’est elle qui l’avait désigné en 99, puis reconduit en 2004 et 2009, comme elle l’a fait pour ses prédécesseurs en 79, 92 et 95.

Tout comme  les  volontés politiques et intellectuelles sincères n’ont pas été paralysées, seulement depuis la désignation en 99 du 1er responsable du pouvoir apparent par l’oligarchie militaro-financière. Elles ont hélas, été paralysées bien avant, par le système politique imposé par la force des armes,  faisant de  l’allégeance et de la médiocrité des constantes nationales et des critères de « patriotisme».

Il y a une question cruciale que vous semblez avoir éludée consciemment ou inconsciemment et qui est celle du rôle de l’institution militaire dans le passé et de sa place dans l’Algérie de demain, celle de l’Etat de Droit et des Libertés démocratiques.

Je crois sincèrement qu’il est temps d’inciser l’abcès et en politique, au sens noble du terme, rien ne doit être tabou,  sacré ou clandestin. La franchise et la transparence doivent être de rigueur. Il y va de l’avenir de notre Algérie.

Jusqu’à quand, les soldats, sous-officiers et officiers de notre armée nationale continueront-ils à servir de boucliers à l’oligarchie militaro-financière pour préserver ses privilèges ?

Jusqu’à quand, les services de la police politique continueront-ils à régenter le peuple par la terreur et la manipulation et au nom du prétexte fallacieux de la défense des intérêts supérieurs de la Nation ?

Jusqu’à quand les intérêts mercantiles d’une poignée de factieux et de véreux continueront-ils à se confondre avec ceux de l’armée nationale, institution de la République et de la Nation ?

L’institution militaire n’est tenue à servir ni une oligarchie, ni un clan mais l’Algérie, Etat et Nation, dans le cadre de ses prérogatives constitutionnelles. Elle doit cesser d’être la source du pouvoir et l’instrument des desseins claniques.

Il est temps aussi de dénoncer et d’écarter  les  factieux qui ont sali notre armée nationale et les bouseux qui ont pollué la politique, ceux qui ont utilisé les institutions de la République,  les symboles de la Révolution et la mémoire des Martyrs,  pour se servir au lieu de servir le Peuple et la Nation.

Tout comme il est aussi impératif, de briser le cercle vicieux dans lequel on a enfermé l’Algérie depuis 1962, à savoir celui d’un peuple sans souveraineté et d’un pouvoir sans légitimité pour reprendre notre frère Moncef Marzouki.

L’ère des tuteurs en col blanc ou en képi a provoqué assez de dégâts. Il est temps de mettre fin à l’usurpation du pouvoir qui dure maintenant depuis cinquante ans et de rendre la parole aux citoyennes et citoyens pour qu’ils puissent choisir souverainement et librement les institutions qui épousent leurs réalités socioculturelles.

Le jeu de substitution aux forces politiques réelles qui représentent les aspirations authentiques du peuple, par des forces préfabriquées dans les laboratoires de l’intrigue et de la manipulation se solde aujourd’hui pour notre pays, par un désastre sur tous les plans.

L’Histoire nous a enseigné encore une fois – et le drame national que nous continuons de vivre  en est un exemple –  que toute solution  qui n’emprunte pas le chemin du dialogue et de la concertation et qui ne s’appuie pas sur la volonté populaire  est vouée à un échec cuisant.

Oui, il est impératif et c’est un devoir sacré, de sauver notre patrie ! Mais comment ?

Certainement pas par un changement dans le système, dans le cadre d’une alternance clanique et en déterrant des cadavres politiques.

L’Algérie a besoin d’un changement radical et vous semblez partager cette approche. Ce changement a besoin, pour être sérieux et crédible auprès de notre peuple, de sang neuf, de visages nouveaux et de mains propres. On ne peut reconstruire notre pays avec ceux qui ont participé à sa destruction ni avec des potiches politiques créées de toutes pièces par qui vous savez. Et les volontés  sincères et engagées ne manquent pas, pour peu qu’on laisse le peuple s’exprimer librement et choisir démocratiquement ses dignes représentants.

Seul un réel et authentique processus démocratique permettra de construire un Etat assurant la paix civile et la prospérité sociale sur le plan intérieur et le respect des choix de ses citoyens à l’extérieur. C’est notre devoir à tous de contribuer à concrétiser ces objectifs légitimes.

Faudrait-il aussi rappeler tel un leitmotiv et se rendre à l’évidence comme nous l’avons toujours souligné, qu‘aucun parti, aucune tendance, ni aucun homme politique ne peut se prévaloir à lui seul, de détenir les moyens de règlement de la grave crise politique que traverse le pays. Pas plus qu’aucune institution ne peut ni ne doit se prévaloir d’être au-dessus de la souveraineté du peuple.

La solution  à court terme viendra de l’action mûrement réfléchie de toutes les élites intellectuelles, politiques et militaires engagées à servir l’Algérie et non d’une certaine «élite» de service et des « Services ».

Quant aux solutions à moyen et long terme, ce sont les représentants démocratiquement élus au sein des institutions de l’Etat de Droit qui en seront les artisans.  Et le Peuple doit être maître  de son destin et le moteur  de la Renaissance de son pays  et non un assisté à la merci de tuteurs autoproclamés.

Ce n’est qu’ensemble, que nous aurons la force de barrer la route à ceux qui se nourrissent du désordre et de la stagnation du pays.

Ce n’est qu’ensemble que nous atteindrons efficacement et pacifiquement notre idéal : l’édification d’un  État de Droit  et d’une Algérie de tous et de toutes, sans exclusion ni exclusive.

Mais au lieu d’un « plan de guerre », nous souhaitons mettre en place  un véritable « plan de paix »  articulé sur un compromis politique historique accepté et respecté par tous les acteurs civils et militaires. Un compromis définissant clairement et sans aucune ambiguïté les principes qui cimenteront désormais, la cohésion de notre peuple dans sa pluralité.

Gare à ceux  qui, dans les officines de l’intrigue et de la manipulation, œuvreront  à un faux changement, celui des apparences du système, alors que la situation chaotique actuelle nécessite un changement radical du système. Ils porteront une lourde responsabilité devant Dieu et devant l’Histoire, dans le déclenchement du terrible tsunami populaire  qui risque – ce qu’à Dieu ne plaise –   et faute d’alternative politique crédible, d’emporter non seulement ce régime déliquescent mais l’Algérie, tout entière.

  وقل اعملوا فسيرى الله عملكم ورسوله والمؤمنون

Cordialement.

Salah-Eddine SIDHOUM

Alger le 22 mai 2013- publié dans: lequotidienalgerie

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Revisitez l’Histoire, messieurs les imposteurs !

 Salah-Eddine SIDHOUM

La mort du criminel contre l’Humanité argentin Videla  m’offre l’occasion pour dire et rappeler aux aventuriers et autres imposteurs qui ont pris en otage notre Algérie, la considérant comme un butin de guerre :

Le tribunal de l’Histoire a irrémédiablement et sévèrement condamné votre système. Dans votre entêtement et votre attachement névrotique au pouvoir, vous courez non seulement à votre perte mais à celle de toute la Nation. Oubliez un instant vos containers sur les ports et vos comptes Outre-Méditerranée. Regardez la réalité en face et soyez un moment lucides, le temps d’une courte réflexion. Revisitez l’Histoire. Que sont devenus tous les régimes qui ont fondé leur pouvoir sur l’injustice et le mépris de leurs peuples ? Que sont devenues toutes les dictatures sud-américaines ? Qu’est devenu l’empire totalitaire soviétique, la monarchie iranienne, la dictature chilienne, la folklorique djamahiriya libyenne, le régime policier tunisien ? Que sont devenus les Bokassa, Mobutu, Mengistu, Vidéla, Duvallier, Papadopoulos, Rédha Pahlavi, Ceauscescu, Pinochet, Salazar, Caetano, Stroessner, Marcos, Suharto, Gueddafi, Benali et autres despotes qui avaient terrorisé leurs peuples ? N’avaient-ils pas eux aussi la force des armes et de l’argent ? Et pour certains l’intelligence en plus ? Aviez-vous songé un seul moment au sort que leur a réservé l’Histoire ?

Votre régime est appelé à disparaître. Il durera peut-être encore quelque temps, le temps pour vous de ruminer les illusions de pérennité de votre pouvoir mais aussi et surtout le temps de comptabiliser vos crimes et méfaits contre votre propre peuple, avant de répondre tôt ou tard de vos actes. Dois-je vous rappeler qu’ « Il ne suffit pas de prendre un fusil pour devenir le maître légitime d’un pays ».**Alger le 18 mai 2013- publié dans: lequotidienalgerie

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35 réponses à “Dans quelle Algérie voulons-nous vivre ?”

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