À l’heure des cyberdevoirs

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Il est loin le temps où vos écoliers travaillaient sur la table de la cuisine en se balançant des boulettes de papier. Le plus grand ne quitte plus l’ordinateur familial « pour ses exposés », les petits vont bientôt vous réclamer un portable pour leurs recherches sur les mouches.
Qu’on le veuille ou non, Internet s’est immiscé dans la vie scolaire, alors autant s’adapter.

On le sait, les adolescents sont devenus accros à MSN, YouTube et Facebook. Pleine de bonnes résolutions pour cette rentrée, vous ne vous ferez pas avoir cette année : « Internet, c’est après les devoirs ! » Grossière erreur stratégique : « Mais enfin maman, pour faire mes recherches et mes exposés, j’ai besoin de l’ordi. » Et c’est vrai : d’après une étude menée en 2008 par l’agence Calysto (1), près de 82 % des collégiens âgés de 11 à 15 ans utilisent le Web pour s’aider dans leurs devoirs. Le chiffre n’inquiète pas l’expert en pédagogie Philippe Meirieu (2) : « C’est tout à fait normal. Bien sûr, il faudrait pouvoir évaluer l’utilisation qui en est faite. »
Avec pour guides suprêmes Google et son fidèle Premier ministre Wikipédia, il n’est en effet pas facile pour Théo, élève de cinquième, de résister à la tentation du copié-collé pour son exposé sur les Carolingiens. Vous vous perdiez dans les index de l’Encyclopædia Universalis pour tomber sur un article incompréhensible de dix pages ; lui a un plan tout prêt à être imprimé et recraché. Ainsi tombe le diagnostic du pédagogue Philippe Meirieu sur les enfants du XXIe siècle : « Une génération du “Je veux tout, tout de suite”, habituée aux formats courts et au zapping, environnement créé par la télé, la pub et Internet. »

(1) Agence de conseil spécialisée dans le domaine d’Internet.
(2) Professeur des universités en sciences de l’éducation et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet, il publie en septembre Lettre aux grandes personnes sur les enfants d’aujourd’hui (éd. Rue du Monde), 19,80
€.

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Une bibliothèque mentale saturée

L’élève des années 2000 pense le monde différemment de celui des années 60. Philippe Meirieu parle de « bibliothèque mentale » pour représenter l’organisation de la mémoire : « L’enfant de 10 ans des années 60 disposait, dans sa bibliothèque mentale, de quelques dizaines de livres tout au plus, choisis le plus souvent par les adultes, des manuels scolaires, quelques romans, deux ou trois dictionnaires, une encyclopédie et un catalogue de jouets. » Assaillie d’informations déboulant de tous côtés – radio, pub, télé, Internet –, la mémoire de l’enfant d’aujourd’hui « ressemble à ma boîte aux lettres après un mois de vacances, sauf que lui n’a pas le temps de faire le tri, s’amuse Philippe Meirieu. Les parents doivent l’y aider. »

Pour Serge Pouts-Lajus, en charge des questions informatiques et nouveaux médias au sein de la société de conseil Éducation & Territoires, et également animateur du site Le Café pédagogique, Internet est comme une ville, où l’on peut se perdre, où il faut se méfier de certains quartiers et se faire guider par ceux qui la connaissent. C’est dans ce sens qu’a été institué dans les écoles le B2i (Brevet informatique et Internet), qui valide les compétences des élèves, notamment dans la recherche documentaire. Le Web est désormais reconnu comme un outil culturel à part entière, et qui plus est un outil accessible à tous. Comme le souligne Serge Pouts-Lajus, « beaucoup de familles ne sont pas équipées en encyclopédies imprimées, souvent très chères. Au moins, la majorité des élèves a Internet à la maison. »
Un aspect démocratique qui sous-tend le projet de Thierry Debarnot, créateur du site Devoirs.fr : « Internet a le don d’abolir les barrières. C’est un lieu d’échanges et non d’isolement. Les élèves de toute la France peuvent s’aider dans leur travail. » Et pourquoi pas ?

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Triche ou pas triche ?

 Yvon est en quatrième. Sur Devoirs.fr, il pose une question sur les formes et les emplois du subjonctif. C’est un étudiant,
bac + 4, qui lui répond en déclinant les conjugaisons une par une. Le site, lancé en avril 2009, a donné lieu à quelques bonnes surprises : les collégiens et lycéens ne sont pas égoïstes et partagent volontiers leurs difficultés. « Ce projet est entièrement basé sur l’entraide, et nous n’étions pas certains que cela fonctionne, explique Thierry Debarnot. Près de 90 % des questions posées sur le site trouvent une réponse. Même des adultes se sont impliqués, ils ont envie de participer et s’amusent à refaire des problèmes de maths ou des exposés d’histoire, comme pour réviser. »
À ceux qui croient encore que chercher une réponse sur Internet, c’est tricher, il répond : « Il y a deux ou trois ans, les élèves faisaient du copié-collé, mais les profs ont eu le temps de s’adapter, ils les mettent en garde et savent comment contrôler. En posant des questions à l’oral, ils savent tout de suite s’il y a eu une recherche réfléchie sur le sujet. » Gratuit et ouvert à tous, le site Devoirs.fr encourage l’échange et empêche le dynamitage de la réflexion : il est interdit de faire le devoir d’un autre dans son intégralité, et tout copié-collé est supprimé par les administrateurs.

Pour un jeune, le coup de pouce est plus rapide en passant par ce type de sites qu’en se perdant dans les cinq cents résultats affichés par Google. Car c’est finalement de cela qu’il s’agit. Parmi le français, l’anglais et la géo, c’est la matière « autre » qui tend à être la plus demandée, et les échanges de devoirs se métamorphosent en forums révélant les inquiétudes et la solitude de certains collégiens ou lycéens : « J’entre en seconde en septembre et je suis très inquiète à propos de mon niveau et du travail à fournir, avez-vous des conseils à me donner ? » Ou encore : « Je suis nul en anglais, comment puis-je m’améliorer ? »
La recherche d’une écoute et d’une présence rassurante apparaît donc comme la première motivation pour se connecter. « L’ordinateur a cette formidable capacité de nous isoler pour nous sortir de la solitude, estime Philippe Meirieu. C’est aux parents et aux professeurs de guider l’utilisation du Web. »
On l’aura compris, pour les nunuches de l’informatique, une session de rattrapage s’impose. Et peut-être finirez-vous par Twitter Théo depuis le bureau : « Trouvé
super site pour ta rédac anglais au prétérit ! Bisous. Maman. »(Le Figaro-02.09.09.)

 

22 réponses à “À l’heure des cyberdevoirs”

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