Bou Saàda, la cité du bonheur

Bou Saàda, une médina anciennement appelée la cité du bonheur

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* Par Farouk Zahi…(El Watan)–Dans son étude d’anthropologie sociale « Cultures oasiennes », Youssef Nacib fait remonter sa création aux Gétules, peuplades berbères de l’antique Numidie. Quand bien même, romaine ou hilalienne peu importe, elle est là, traversant le temps ; les deux derniers siècles l’ont marquée de profonds stigmates.

Après son abdication en novembre 1849 quelques jours avant la chute des Zaatcha, l’ère coloniale l’a exotisée tant il est vrai qu’elle jouit d’un site où le pittoresque s’allie à la beauté du relief : dunes, eaux vives de l’oued, jardins et palmeraie. Sous l’emprise des monts Kerdada et Azzedine des contreforts du massif saharien, elle s’est développée dans cet éco-système oasien, que rares sont les lieux qui s’en prévalent, c’est Bou-Saâda la fauve. Cécil Blount de Mille, le cinéaste biblique de Hollywood, y a tourné en 1949 quelques extérieurs de Samson et Dalila ; il en aurait dit d’ailleurs : « Cette région est un véritable studio à ciel ouvert… sans sunlight. »

Et bien plus tard, cinéastes étrangers et nationaux profitèrent de ce cadre pour immortaliser leurs œuvres cinématographiques. Ces atouts et ses atours en firent la première halte de tout éthnographe ou voyageur en mal de dépaysement. Ce tableau manquerait de piquant sans les danseuses « Ouled-Naïl » ; image d’Epinal consacrée, par une pernicieuse volonté réductrice. Les tenants d’un colonialisme d’acculturation globale, sans recours, en avaient décidé ainsi. Sinon, comment expliquer l’occupation violente d’espaces arides ? La convoitise de terres fertiles ne peut même pas, dans ce cas, être invoquée. La conquête armée poussait à l’errance des milliers de personnes, spoliées de leurs parcours et de leurs cheptels. Les bâtisseurs de l’Ordre messianique organisaient la ville autour du bastion fortifié du nom du sinistre Cavaignac. Ce triste sire prête toujours son nom à une importante rue de la capitale.

Le nouveau quartier s’appellera désormais Le Plateau de la discipline, par opposition au vieux bâti de la médina. Datant du XVIe siècle selon certaines sources, cette dernière fut construite autour de Djamaâ-Ennakhla ou mosquée de Sidi Thameur, saint-patron de la cité. La fortification située sur la butte dominant le Ksar veillera pendant longtemps à la quiètude des lieux. L’immense horloge incrustée à son faîte a égrené le temps durant le temps qu’aura duré sa colonisation. La révolte de Benchabira, n’est pas complètement étouffée, elle prêtait main forte à Bouziane des Zaâtcha. Les Ouled Ameur, alliés d’El Mokrani ont été difficilement réduits. Le fameux Beauprêtre blessé a failli y laisser sa vie, El-Bayadh l’a rattrapé.Pour mieux faire avaler la pilule aux notables, dans un souci feint de préserver l’honneur des familles des appetits sexuels de la soldatesque, on crée Tabeg El Kelb (péjoration populaire). Il s’agissait, comble du cynisme, du premier lieu de débauche. Malheur au vaincu ! Le choix du lieu n’est pas innocent ; à la jonction des fractions des Ouled H’Meida et des Chorfa, cette aire abrite plusieurs sanctuaires maraboutiques. Le choix du lieu participait d’une volonté délibérée de profaner le culte. Il désacralise par l’humiliation les repères cultuels de cette population déjà dominée par le salpêtre du canon. Cette communauté, fière et rebelle, fait prévaloir un rigorisme religieux à même de la protéger de la violence coloniale. La zaouia d’El Hamel et la bourgade d’Eddis des Ouled Brahim, satellites de la cité, constitueront pendant longtemps des citadelles du savoir aussi bien spirituel que temporel. Lalla Zeineb des Chorfa aura la lourde charge de diriger la zaouia à la mort de son vénérable père, le Cheikh Mohammed ben Belkacem de la Tarika Rahmania.

De grandes personnalités politiques et autres telles que Isabelle Eberhardt retiendront l’image d’une femme à la fois ascétique et déterminée à diriger sa communauté comme l’a si bien fait son défunt père. Minée par la maladie, elle mourut relativement jeune et célibataire. L’Emir EI Hachemi qui revenu volontairement au pays après son exil syrien, n’a-t-il pas choisi la cité pour y vivre et plus tard y être enterré ? Sur recommandation de son illustre père, les frères Bisker l’ont accueilli et installé dans la maison du chérif hassanite Azzedine ben Laïfa, vieille famille du quartier. Charles de Gallant rapporte dans son « Excursion à Bou-Saada et M’Sila – mars 1889 » cette recommandation de l’Emir Abdelkader à son fils : « Si tu dois retourner au cher pays natal, je te conseille de te diriger sur Bou-Saâda où je conserve encore de fidèles amis, parmi les Chérif et les Bisker. » En effet, les deux frères Hadj Mohammed et Hadj M’hamed, fils de Kouider ben Bisker, qui se rendaient à Damas, passaient plus d’un mois auprès de L’Emir lors de leur pèlerinage à la Mecque et à Jérusalem. Celui-ci les traita en hôtes de marque en raison de l’aide que lui avait fournie leur père Kouider dans son combat contre l’envahisseur. La famille princière était composée de deux adolescents, Khaled et Mustapha, une jeune fille Amina, leur mère Lalla Aïcha, leur grand-mère maternelle Lalla EI-Fassia et l’Emir EI-Hachemi. C’est probablement à cette époque que Salah Chouikh, dit Ghandi, faisait la connaissance de l’Emir Khaled, initiateur de la création de l’Etoile Nord Africaine. (E.N.A). A sa création, le 2 juillet 1926, Salah Ghandi faisait partie du bureau exécutif de ce parti politique historique(1).

L’Emir El Hachemi qui s’éteignit le 16 avril 1902 était inhumé dans cette terre généreuse, à quelques mètres à peine de la demeure où il marqua de son empreinte sa courte présence. Il est l’une des gloires de ce fief qui a résisté aux troupes du colonel Pein, appelé de Constantine à la rescousse pour l’assaut final lors de l’abdication de la résistance après le dépôt macabre d’un monticule de têtes décapitées sur la place centrale. La résistance continuait à sourdre par l’éducation religieuse et le repli sur la mosquée. La cité comptait une quinzaine de mosquées à l’indépendance. Le maintien de l’accoutrement, le burnous en était le symbole, les usages, la langue qui conserva sa pureté jusqu’à nos jours et la manufacture domestique (tissage-tannerie et forge, le couteau bou-saâdi, en est sont des vestiges), constituèrent les remparts à la dépersonnalisation culturelle. L’opposition à l’occupation armée s’organisait autour de l’école coranique qui se muait en médersa. La flamme se raviva avec l’avènement de l’Etoile-Nord-Africaine, le PPA, le MTLD, l’UDMA, le PCA et enfin le FLN.

La cité du bonheur prit sa revanche en islamisant les non moins célèbres peintres parisien, Alphonse Etienne Dinet et flamand, Edouard Verschaffelt. Elle s’énorgueillit d’avoir enfanté deux figures de l’érudition religieuse : Cheikh Belkacem EI-Hafnaoui et Mohamed Abderrahmane Eddissi, condisciples d’EI-Kettani et aînés de Abderrahmane Djillali. Les Bisker, les Abdelatif, les Chérif, EI Bouti, Benaziez, Kirèche, Bayoud, Laraf, issus du 2e collège pourtant, enseignèrent dans la langue de Molière. Madani Chérif fut le premier normalien indigène ; il enseignait le français, en 1882 à Tizi Ouzou, il était suivi par les Benchenouf, Chemissa et autres. Les frères Benselama, médecin et pharmacien, les frères Bensalem, médecin et chirurgien-dentiste, arrachèrent de haute lutte leur diplôme d’une faculté de médecine coloniale, pas très ouverte à l’indigénat. La dernière de ces grandes figures, disparue en février 2005, fut sans nul doute Abdelkader Benraâd, digne produit de cette lignée. Médersien des années cinquante, il fut le promoteur de la plus grande colonie de lycéens et lycéennes bou-saâdis du lycée franco-musulman de Ben-Aknoun et de jeunes filles de Kouba. Bilingue avéré, il fut le principal initiateur de la formation d’enseignants au lendemain du recouvrement de la souveraineté nationale. D’autres comme les Lomri dirent le droit, parmi eux l’une des premières magistrates du pays. Ahmed ben Djeddou faisait partie des premiers enseignants de l’université d’Alger. Abdelkader Hamida, militant de l’Union Démocratique du Manifeste Algérien, jeté ligoté du haut d’un hélicoptère,Thameur ben Chenouf dit Kamel, cadre émérite de la fédération FLN de France, Mokhtar Abdelatif, compagnon de Taleb Abderrahmane sont parmi ceux et celles qui ont été élevés dans le giron de Slimane ben Rabéa et Sidi-Thameur, co-fondateurs de la médina. Ses filles ne sont pas en reste ; Boutaïba, la première femme pilote d’hélicoptère, Bisker, membre fondatrice de l’UGEMA et officier de l’ALN plus tard et Bouziane et d’autres, sont le produit de cette société qui a su pratiquer un Islam tolérant et universaliste. Hadj Zerrouk Lograda, réformiste, créait la première medersa mixte dans les années quarante, au quartier des Ouled-H’Meida. Benmabkhout fut dans les années trente du siècle dernier, le premier journaliste francophone de Radio Baghdad, A.Bisker signait d’un couteau ses articles dans « El Bassair ».Résistants et intellectuels à la fois, ils ont couvé la braise qui raviva un des foyers du 1 novembre 1954. Le défunt Abdelkader Dalaoui, jeune militant de la cause nationale de l’époque,se rappellait de ces hommes qui ont devancé les événements en faisant recruter pour le maquis de Lakhdaria (ex palestro) de jeunes volontaires. Smail Bouchelalègue et Ali Benaissa n’en sont jamais revenus. Quant au recruteurs, il s’agissait de Abdelkader Amrane , mort en novembre 2006 et le défunt Badredine Mohamed, coiffeur de son état, pendu à Haouch-Ennaas par les hordes bellounistes. Lors d’une émission télévisée sur l’Histoire de la révolution armée, l’ex.commandant de la wilaya 6, Amor Sakhri disait à l’ex colonel Ouamrane ceci : « … Bou-Saâda est allée à la révolution, bien avant que la révolution ne vienne à elle … ». Il faisait allusion à l’armement qui partait des Souamaa et des H’Malat à partir de Maadher Bou-Saada. Ces deux tribus naguère bellicistes, étaient fortement armées avant le déclenchement de la guerre de libération ielles détenaient des mousquetons et Statti, reliques de la 2è Guerre Mondiale.

L’éveil nationaliste déclenché par le pogrom de 1945, permit aux Ouléma d’inscrire la ville parmi ses places fortes. Une souscription fut lancée auprès de la population, pour la réalisation d’une médersa qui, au lendemain du recouvrement de la souveraineté nationale, devenait l’un des premiers instituts islamiques. Cette institution formera de nombreux cadres, dont certains ont occupé de hautes fonctions de l’Etat. Le défunt Mohamed Boudiaf cet enfant adoptif de la cité, qui a séjourné chez sa famille maternelle Labadi a suivi ses études complèmentaires, au collège jouxtant l’école Lucien Chalon, présentement Sidi-Thameur. Son patriotisme reconnu n’a pu se nourrir qu’auprès d’une communauté brimée par le caid, le gendarme et le garde champêtre. Le défunt Kaddour Benaissa, coureur cycliste et militant du P.P.A, Ali Abdelkrim cadre fondateur des SMA, Aissa Bayoud militant du PCA furent de ses compagnons de route.Ces deux derniers sont toujours parmi, que Dieu leur prête vie encore. En Janvier 1956, la première bombe explosait à Tabek El kelb, réponse tardive mais réponse tout de même, à l’affront subi un siècle durant. Achour Ziane vieux militant du P.P.A premier responsable zonal, créait son premier maquis le 02 décembre 1955 et faisait la jonction avec Hocine ben Abdelbaki de la zone des Aurès, dans la tribu des H’Ouamed. A la création des wilayas historiques par le congrès de la Soummam, la 3è mintaqa devient le P.C de la wilaya 6 dirigée par Si-EI-Haouès et à sa disparition par Mohamed Chabani. Cette région a, contre tout préjugé, était au centre du combat. La place militaire tenue par un général de l’armée d’occupation, ne comptait pas moins de 14 casernements, toutes armes confondues. L’aviation, arme redoutable et meurtrière était basée à 10 kms à Eddis en plus d’une base d’hélicoptère à M’cif au pied de l’expugnable mont de M’Harga. Si Amirouche et Si-EI-Haouès dont tout le monde, leur reconnaît l’intelligence, ne se seraient pas aventuré, sur un terrain où il y risqueraient leur vie et celle de leurs compagnons. Grâce au sacrifice de ces deux grandes figures, « Djebeil Thameur » est ce haut lieu que retiendra l’Histoire de la révolution armée. M’hamed Boutchicha( disparu recemment) rescapé de la bataille livrée le 28 mars 1959, se souvenait nettement du déroulement de la bataille inégale. Lograda Belgacem, l’Indochinois, « ouvrait le bal » à Goueygaâ, en compagnie de Amor Driss et Slimane Lakhal dit l’Ouahrani. Ce dernier quitta sa caserne des spahis, avec armes et bagages en 1956. Ahmed Zahi, à la fleur de l’âge, inaugurait en octobre 1961, cinq mois avant le cessez-le-feu, la première bombe humaine en se faisant exploser par une grenade défensive, emportant avec lui des harkis.

Mohamed Labadi, fonctionnaire communal, transporteur d’armes pour le maquis, utilisait un officier de l’armée française comme sauf conduit, en le prenant à son bord. Amar Benaissa, emporté par la maladie en ce mois d’aout 2005, est ce condamné à mort qui se jeta d’une jeep, échappant ainsi à ses bourreaux parachutistes. Si Larbi Baza est cet ancien militant, qui assumait son engagement lors de la grève des huit jours et refusait l’ouverture de son magasin, en dépit des menaces des militaires coloniaux. Il inaugurerait, d’ailleurs la longue liste de détenus. L’enfant Chebichèbe, de Larouiya des Ouled Slimane, fut brûlé vif sur une touffe d’alfa, pour avoir refusé de dénoncer des résistants, dissimulés pas très loin du lieu de la crémation. S’il avait été documenté, ce frêle corps carbonisé aurait été présenté au parlement français, lors des débats sur la loi de février 2005, sublimant le colonialisme en Afrique du Nord,  malheureusement la mélodie se jouait en sous-sol. La région de Bou-Saada, mintaka 3 et P.C de la wilaya 6 de l’A.L.N, a supporté les principales batailles, qu’a eu à mener cette dernière contre les forces coloniales. Les maquis de Djebel-Messaâd, Meharga, Zaâfrania, Mimouna, Grine-Kebch, Zerga et Goueygaâ témoignent encore de l’âpreté des batailles, dont certaines durèrent des semaines. Le décrochage sur un terrain semi-aride, était des plus aléatoires. Sollicitée par l’Histoire une fois encore, la cité abritait l’été 1962 l’Etat Major de l’ALN et le futur président Ben Bella. Le capitaine Zerguini relatait dans un rapport que la réunion qui s’est tenue à l’hôtel « Le Caid », regroupait outre Ben-Bella et H.Boumédiène, M.Chabani commandant de la Wilaya 6, le colonel Othmane commandant de la wilaya 5, le colonel T.Zbiri commandant de la wilaya 1 . C’est le 27 août 1962 que la marche sur Alger fût décidée et que l’A.L.N prenait, à partir de ce jour, le nom d’Armée Nationale populaire (A.N.P.). En 1964, le colonel Chabani organisait sa sédition dans cette même ville, comptant probablement sur les nombreux compagnons de route, qu’il avait laissés derrière lui.

Cité séculaire à rayonnement culturel et cultuel , elle interpelle les consciences à l’effet, de la soutirer de la déshérence dans laquelle, elle a été durablement confinée. Si Hérodote disait que l’Egypte est un don du Nil, Y.Nacib dit quant à lui, que Bou-Saâda est un don de l’oued. Cet oued, vaisseau nourricier de la cité se meurt, sous les miasmes de rejets putrides. Le tissu urbain médiéval subit l’injure du temps. Son gommage inéxorable par la propre descendance, de ceux-là mêmes, qui ont su le sauver de la « mission civilisatrice » du colonialisme, ne peut relever que du parricide culturel. Son site fédérateur entre le Nord et le Sud, l’inscrit naturellement dans toute dynamique de développement spécifique. Elle devra se rapproprier le rang non usurpé, qui est le sien, depuis fort longtemps. La sentence populaire ne disait-elle pas : « La lettre de Fès est lue à Bou-Saâda ! » ?

- Notes de renvoi :

- 1/ Ali Mahsas – Le mouvement révolutionnaire en Algérie- p.54
- 2/ M.Harbi et G.Meynier – F.L.N -documents et histoire-

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*2e colloque national sur l’histoire de Bou Saâda…(El Watan-01.07.09.)

- Il est bien évident qu’un peuple placé sous le joug de la faim, l’analphabétisme et le déni ne pouvait résister que sous l’étendard de la conviction religieuse et de la foi. »Organisée par l’association culturelle Emir El Hachemi, la 2e édition du Colloque sur l’histoire de Bou Saâda et de sa région s’est tenu le jeudi 18 juin, à l’Institut des techniques hôtelières et de tourisme paré pour la circonstance. En dépit de la canicule particulière, l’assistance fort nombreuse a consenti le déplacement. Venues de tous les horizons, de vieilles figures de la guerre de libération ont tenu à faire le pèlerinage, tels que le commandant Amor Sakhri, le capitaine Mohamed Tahar Khalifa, plus connu sous le nom de Hama Tahar et bien d’autres. Chabane Hamouda et Abderrahmane Chabani, respectivement fils du colonel Si El Haouès et frère du colonel Chabani, chef de la Wilaya VI historique, ont tenu à être présents à l’événement. L’assistance admirative leur a fait un accueil à la hauteur du respect dû aux deux personnages de légende.

Ouverte par Belkacem Maâmeri, président de l’Assemblée populaire de la wilaya, cette manifestation, inscrite dans le registre du devoir de mémoire, débuta par deux communications introductives de Mohamed Houari, sociologue, et Rachid Bou Saâda, professeur de sociologie à l’Université d’Alger, sur le contexte religieux et sociologique de la région au tout début de l’occupation coloniale. L’opposition à la spoliation fut régulière et diverse. La révolte de Cheikh Mohamed Benchabira, chef religieux, et ses khouane opposèrent une vive résistance en novembre 1849, quelques jours avant la révolte des Zaâtcha. Elle fut suivie bien plus tard par les révoltes des Ouled Ameur et des Ouled Fredj. Plusieurs familles du clan Mokrani, exilées, trouvèrent refuge auprès de la zaouïa d’El Hamel. Centre géographique à la croisée des grandes voies menant aussi bien de l’Est à l’Ouest et du Nord au Sud, Bou Saâda constitue un point nodal stratégique de tous les courants, commerciaux, sociologiques et politiques. C’est ainsi que le premier conférencier s’est appesanti sur les nombreuses résistances opposées à l’occupation coloniale depuis 1830 et sous toutes les formes, et ce, jusqu’au déclenchement de la révolution armée.

La vieille communauté d’essence pastorale et citadine a su se prémunir de l’invasion armée de tout temps en lui opposant les bastions cultuels et culturels. La preuve de la résistance religieuse est confortée par Mohamed Tahar Khalifa dans son intervention où il disait : « On ne nous appelait pas révolutionnaires, mais moudjahidine. Il est bien évident qu’un peuple placé sous le joug de la faim, l’analphabétisme et le déni ne pouvait résister que sous l’étendard de la conviction religieuse et de la foi. » Il rappelle, à ce titre, ce déserteur de l’armée française qui rejoint les rangs de l’ALN à Chabaât El Guettara en octobre 1956, mort au combat un mois après. On ne lui connaissait pas de nom, il se faisait appeler « Djab rouhou bi yeddou ». C’est-à-dire, recruté sans contrainte. L’orateur responsable de la ville de Bou Saâda et de sa périphérie immédiate, de 1958 à 1961, a longuement parlé du soutien logistique apporté aux unités combattantes à partir des cellules politico-administratives (OPA), au nombre de six, qui activaient au sein de la ville. Elles étaient souvent constituées de personnes au dessus de tout soupçon. Il évoquera ainsi, à titre indicatif, Mostefa Mohamedi, Ahmed Bensiradj, Smaïl Chaoui et le lieutenant Baroudi. Ce dernier, officier d’active dans l’armée française, était structuré dans ces cellules clandestines.

Compte tenu du blocus imposé à la région en matière d’armement, les responsables de cette époque ont chargé son épouse, native de la ville, de faire la jonction avec le commandement au Maroc. Elle fera le déplacement par la route jusqu’à Tlemcen, ensuite à Oujda. Le choix et la volonté de ces personnes, qui s’exposaient à un danger certain, participaient de leur apparente proximité avec l’administration française. Ces cellules, qui collectaient les fonds destinés au financement du maquis, étaient de véritables places fortes du renseignement. Tout mouvement de troupe de l’ennemi était signalé, ce qui permettait aux unités combattantes de se prémunir de toute surprise. La communauté mozabite de la ville, relativement importante, a participé financièrement sous la conduite de Ahmed Smaoui. Il n’était pas aisé d’accéder au commerce de ce dernier à cause des nombreux postes militaires ; aussi, le défunt M’Hamed Boutchicha, un djoundi et l’orateur, emmitouflés dans des melhfa (voile traditionnel de femme), ont pu le contacter en plein jour. Il ajoute : « C’est ainsi que nous passions à 9 h du matin à quelques mètres d’officiers en palabre à l’entrée principale de l’hôtel Transat, occupé par le commandement militaire français ».

Il rappelle cette autre aventure où, dans le même accoutrement, ils traversèrent de nuit un barrage militaire fortement gardé sous la conduite du jeune Mohamed Salah Mohamedi, la cocarde tricolore bien en évidence sur le pare-brise de la Peugeot 203. Plus que le fait d’armes, l’absence de renseignements et de financement pouvait faire échouer n’importe quelle organisation militaire. Et c’est à ce titre qu’il évoque le hold-up de la recette des contributions diverses de la ville. Planifiée comme coup de force, cette opération fut menée sans risques mortels pour le groupe de choc qui devait être constitué à cet effet. Les jeunes employés de ladite recette, Nourredine Djaballah et le défunt Athmane Benaziez qui avaient la confiance du receveur, se chargeaient de l’opération en douce et rejoignaient le maquis. Le butin était de l’ordre de 12 000 000 de francs. Une fortune pour l’époque. Interceptés par le défunt Kacimi Mohamed au volant de sa voiture, ils traversèrent la ville comme s’ils étaient en mission de perception, pour être ensuite conduits à Roumana. L’orateur ne manquera pas à la fin d’évoquer ce grand moussebel qu’a été le défunt Ziane Essed, dit le « borgne », son domicile dans les Haouamed ne désemplissait pas de djounoud en transit. Il assurait gîte et couvert. Beaucoup de valeureuses femmes perdaient l’usage de leurs mains à force de pétrir le pain pour de pleines katibate.

Il rappelle, non sans émotion et avec beaucoup de fierté, le sacrifice de ces deux sœurs en Kabylie qui se jetèrent dans un précipice. Elles refusaient ainsi une demande en mariage qui leur était faite par deux harkis ! Ne voulant certainement pas contrevenir à la volonté de leur tuteur, soumis sans nul doute à la pression, elles préservèrent l’honneur du clan par le sacrifice suprême. Le silence religieux de l’assistance à majorité juvénile et le peu de questions posées renseignaient, un tant soi peu, sur l’attrait magique de la narration des faits par un des principaux acteurs. Et c’est dans ces circonstances où l’expression « On buvait ses paroles » trouverait sa plénitude. Le commandant Amor Sakhri, responsable de la zone de 1956 à 1958, a, quant à lui, énuméré les différentes étapes du militantisme d’hommes illustres de l’association El Islah autour de Cheikh Ziane Achour dès 1955. Il citera Abdelkader Hamida, Lamouri Fakani, Tahar Meftah dit « Lebkhour », Abdelkader Lebsir. Sur le plan militaire, la zone a été soumise à un déluge de feu à travers d’innombrables batailles, Djebel Zaâfrania, « Fernène » sur la carte d’état-major, a connu à lui seul plus de 12 batailles dont la dernière et décisive contre les hordes de Belounis.

A propos de ce félon, l’histoire retiendra que sa sédition a fait reculer le terme de la guerre de plusieurs années. Sa machiavélique création n’avait pas d’autres buts que de contrer l’ALN et de protéger la route du pétrole récemment découvert au Sahara. C’est au titre des nombreuses batailles menées à Zaâfrania que le défunt Mohamed Boudiaf comptait commémorer la fête de l’indépendance de l’année 1992 à Oued Chaïr (Mohamed Boudiaf actuellement) au pied de l’ inexpugnable djebel, siège du commandement général de la wilaya. Le destin en décida autrement, un certain 29 juin de la même année. Les nombreuses batailles menées par l’ALN, inaugurées par celle de Dermel en 1956 et les suivantes marqueront pour longtemps les annales guerrières de l’armée française. Il citera, entre autres, celles de Kerdada, M’Harga 1 et 2, Doukhane, Metalahoutha, Zerga, Mimouna et Djebel Thameur. La Wilaya VI n’a dû sa survie qu’au soutien logistique de Bou Saâda, des Zibans et de Messaâd au pied du Djebel Boukhil. Les notables et beaucoup de chefs religieux ont, en dépit des apparences, constitué les premiers noyaux de l’action politico-administrative.

La ville devenait de plus en plus difficile d’accès, ses trois accès principaux étaient placés sous bonne garde. C’est grâce à la population, qui prit fait et cause avec la révolution, que les djounoud et fidayine circulaient presque librement à l’intérieur de la communauté citadine. Hamouda Chabane, enseignant universitaire et chercheur, invité à prononcer quelques mots sur l’événement, a eu à exprimer sa fierté devant cette reviviscence de la mémoire et ces initiatives louables pour dépoussiérer des pans entiers de l’histoire commune. Quelques témoignages ont été apportés à l’assistance dont le plus émouvant fut celui de Belkacem Didiche, ancien infirmier de l’ALN. La gorge nouée par l’émotion, il raconta à la salle le martyre à vif du défunt Kaddour El Bahi, victime d’un engin explosif. Les dégâts corporels occasionnés étaient tellement nombreux qu’il était presque impossible qu’il leur survive.

L’amputation de l’avant-bras pratiquée sur lui à vif par le commandant Chérif Kheïredine avec la scie d’un couteau suisse relève plus du miracle que de l’acte médical propre. Après guérison du moignon dont il se moquait lui-même, Si Chérif lui prédisait un appareillage en URSS. Le sort fut ainsi jeté, et l’invalide fut appareillé à l’indépendance en Bulgarie ! Le colloque se termina avec la recommandation d’envisager la création d’une fondation de la Wilaya VI, à l’instar des autres Wilayas historiques.

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Bou Saâda : la cité du bonheur, entre nostalgies et rancœurs

Celui qui n’a pas revisité cette vieille cité oasienne depuis 10 ou 15 ans, sera certainement frappé par cette exubérance urbaine qui ne sied pas au calme légendaire de la cité.

Happé par un fol carrousel automobile, il ne pensera plus à admirer, comme jadis, les dunes ondulantes de oued Maïtar ou la palmeraie visible de loin. Les voraces pelleteuses ont eu raison du lit de l’oued et même du sable dunaire. Les chantiers du centre du pays, en manque de ce précieux matériau, s’approvisionnent ici même. Le béton, l’aluminium et les couleurs criantes ont fait le reste. Deux mondes parallèles se côtoient et ne se voient pas, le jeune conducteur aux lunettes fumées, kit à l’oreille et bras tendus sur le volant du 4/4 rutilant, et l’homme déguenillé poussant son baudet de colportage. Ancien centre culturel à rayonnement régional, la cité geint sous le dépit du lustre perdu.

Le cours complémentaire de l’école coloniale, qui eut pour élève, entre autres, feu le futur président Boudiaf, suppléait celui du chef-lieu qui n’existait pas comme tel encore. Au lendemain de l’indépendance, l’Institut islamique, issu de la médersa libre, formait de pleines cohortes de jeunes venus d’horizons divers. Nous nous astreindrons, dans le propos, à évoquer quelques secteurs dont le déficit est si prégnant qu’il est du devoir de chacun et quelqu’en soit le niveau de responsabilité, de s’en inquiéter. Il faut convenir que même défigurée, l’agglomération est irréversiblement citadine et que par conséquent elle doit bénéficier, non pas du traitement réservé à une quelconque daïra rurale, mais bien plus que cela. Il s’agit en fait d’une ville dont la population dépasse de loin celle de certains chefs- lieux de wilaya, qu’ils soient du Nord ou du Sud.

A ce titre et en comparaison avec les villes voisines dont la physionomie socio-économique a changé par le fait de leur statut administratif, elle marque le pas en dépit des sommes colossales que les différents plans de développement lui consacrent assurément. La problématique est certainement ailleurs. Les quelques volets que nous tenteront d’aborder sont, à notre sens, les plus ressentis mais pas forcément exprimés.

Urbanisation et mobilier urbain

Délestée de son caractère oasien, qui alliait bâti ancestral et bâti colonial, la cité est en passe de devenir hybride et sans caractère typique. Pendant que le vieux bâti est presque à l’abandon, dont l’inestimable patrimoine du ksar, le nouveau n’arrive pas à régénérer la ville pour une avantageuse substitution. La nouvelle ville aurait dû être à la jonction du nouveau et de l’ancien tissu urbain. Des unités d’habitat auraient pu être érigées dans des enclaves d’anciens quartiers avec le double avantage de densifier l’occupation et de bonifier l’urbanisation. On aurait pu, comme dans la vallée du M’Zab, préserver le style architectural par l’adaptation du nouveau bâti au contexte local.

Nous ne forçons pas le trait en évoquant la vallée du M’Zab, quand on sait que Ghardaïa et Bou saâda ont des similitudes frappantes dans leur topographie et dans leur sociologie. Fleurons du tourisme oasien, elles ont perdu de manière inégale leurs attraits. Bou saâda, dépersonnalisée par le parpaing, gagnerait à être sauvée. Il y a lieu de citer, à titre illustratif, la différence criante entre les ksour de Ghardaïa et le quartier d’El Qaïssa, dont la construction en dégradé peut être esthétiquement améliorée par le mortier traditionnel et la chaux. L’on nous dira à juste titre, que le citoyen mozabite est traditionaliste par essence, le Bou Saâdi l’est aussi, mais des contingences ont fait qu’il passe son temps à ruminer une déception qu’il n’arrive toujours pas à transcender.

L’harmonie jadis obtenue au moyen d’une architecture qui faisait épouser le bâti ocre avec son support topographique, est violemment agressée par des éléments modernes de construction. Les exemples les plus marquants sont la nouvelle gare routière et le syndicat d’initiative qui jurent pas leur vitrage, leur aluminium et l’incongrue couleur orange. Ils viennent d’être rejoints par la poste principale en «bleu et jaune» qui barbouille l’harmonie visuelle jusque-là obtenue par le champ de «Bordj Essaâ» (ex-Fort Cavaignac) et l’ancien hôpital colonial. Quant aux réservoirs d’eau de couleur bleue perchés sur des collines, cela fait déjà longtemps qu’ils parasitent le panorama.

L’éclairage public, affublé au centre-ville par des points lumineux d’ambiance et excessivement chers, n’arrive pas à lutter contre la pénombre, ou peu. Pendant que la voie rapide Bou saâda-Eddis est profusément éclairée sur 14 kilomètres, des quartiers entiers sont mal éclairés. Il suffit pour cela de faire une incursion nocturne pour s’en rendre compte. Loin de nous l’idée d’une quelconque dénégation des efforts consentis depuis des décennies par les uns et les autres, mais il est du devoir de chacun d’évaluer à leur juste mesure les retombées aussi bien positives que négatives de tout acte de développement. L’évaluation sereine ne fera qu’aider les promoteurs à plus de pertinence dans leur démarche de planification.

L’agglomération actuelle dont la population a été multipliée par 4 ou 5 depuis les années 1960, dépassant déjà les 150 000 âmes, étouffe sous le flot du parc roulant. Il n’existe en fin de compte qu’une seule rue à double voie où se déverse tout le trafic routier. Certains l’appellent avec ironie «le pantalon». Malgré son ancienneté, le quartier du 1er Novembre sur la rive droite de l’oued n’a bénéficié que de peu d’aménagements urbains, ou du moins d’ intérêt soutenu des aménagistes. Appelé toujours «Dachra El Gueblia», il conserve jusqu’à l’heure actuelle son caractère semi-rural ou semi-urbain selon l’angle de vue. Il en est d’ailleurs de même pour les quartiers populaires de Sidi Slimane ou même ceux appelés pompeusement résidentiels, tels que Slimane Amirat, Chabani et bien d’autres. La nouvelle ville n’échappe pas à la règle, sous-équipée et pauvre en mobilier urbain, elle souffre d’une voierie dégradée, à telle enseigne que le sol chahuté prend ses droits.

Sa construction en conurbation fera perdre, à brève échéance, le souffle aux VRD. Le creusement du réseau d’assainissement laisse toujours de profondes scarifications sur l’asphalte qui tardent à être reprises. Le seul aspect urbanistique que présente la ville se trouve, malheureusement, conservé par le quartier anciennement européen et c’est vexatoire. L’unique pont qui relie les deux rives de l’oued ne réussit pas à faire la jonction harmonieuse et continue entre les espaces urbains. Emporté par les flots, sa destruction a obligé les résidants à faire le détour par la route de Biskra  pendant longtemps. La politique de la ville doit être, dans ce cas précis, volontariste et même téméraire. Elle devra tailler dans le vif quitte à recourir à l’expropriation.

L’agglomération a besoin et plus que jamais d’un nouveau maillage de voies d’accès et d’évacuation. Les sites historiques partent inexorablement en ruine, il s’agit de la vieille Médina dont plusieurs tentatives de réhabilitation n’ont pas été concluantes, le fort du sinistre Cavaignac et sa muraille, la maison où a séjourné à la fin de sa vie El Emir El Hachemi et tout l’environnement du Musée national Nacereddine Dinet où il faut inclure la maison dans laquelle Si Mohamed Boudiaf a passé son adolescence pendant qu’il était au collège. En ce qui concerne les espaces de convivialité, à part le famélique square «El Wiam», il n’existe aucun parc où espace vert où les familles peuvent s’aérer pendant la canicule.

L’unique place publique, poumon jadis de la ville et baptisée «place des Martyrs» pour avoir reçu les corps ensanglantés de 14 chahids pendant la Révolution, est livrée à la curée de l’informel. La rue de la République, anciennement rue principale pour ne pas citer le nom du capitaine colonial qui lui a donné son nom, est dans un piteux état. Encombrée par le stationnement bilatéral et les taxis clandestins, elle fait peine à voir par l’état de ses trottoirs et ses façades décrépies. L’entrée nord de la ville, qui en est la première façade exposée au regard du visiteur, est quelconque. On est happés de prime abord par la clientèle des 2 stations-service datant des années soixante et qui se trouvaient à l’époque bien loin des habitations.

L’arrêt des bus et le marché déglingué participent à la cohue générale à qui, il faut ajouter le flux routier vers Biskra ou Alger. Le projet de contournement de la ville tarde à voir les jour.  Les quelques plaques qui portent des dénominations de rue n’ont pas été refaites depuis leur installation première en 1962 ou 1963, elles deviennent difficilement lisibles. Plusieurs rues et ruelles n’ont jamais porté de nom malgré la longue liste de personnalités érudites et militantes que la cité a enfantées. Nous citerons, en prenant le risque d’en omettre beaucoup, Belkacem Hafnaoui, Brahim Markhouf, Ammar Chérif, Kaddour Benaïssa, Mohamed Khalifa dit Hadj Zerrouk,
Khalil Kacimi, Aïssa Bisker, Ahmed Kirèche (Bendjeddou), Terfaya Abderrahmane, Benaïssa Belkacem, Ahmed Bisker de l’ex-Organisation spéciale (OS) de Belcourt, Abdelkader Amari, Abelkader Daloui, Abdelkader Amrane, Abdelkader Zelouf et enfin Salah Chouikh, membre fondateur de l’Etoile nord-africaine (ENA).

équipements publics

II est de notoriété publique que les organismes et autres institutions, au lieu de participer à l’amélioration du bâti par l’édification de leur propre siège, parasitent le parc immobilier communal et se complaisent dans des situations de dénuement avéré. C’est ainsi que la caisse générale de retraite (CGR) et celle des assurances des non salariés (CASNOS) occupent des cagibis indignes de ces institutions nationales. La Banque nationale d’Algérie (BNA) git dans un siège qui ferait honte à une quelconque institution, même caritativ.e. Il en est de même pour Sonelgaz dont la clientèle couvre 5 daïras. Il faut assister au rush de l’encaissement des redevances pour se faire une idée. Le pâté d’établissements publics qui prétend être le centre administratif et financier est un conglomérat de bâtisses aussi inesthétiques qu’inadaptées.

Relativement récent, le siège de la commune ne semble plus être adapté à ses missions institutionnelles. Jouissant depuis l’époque coloniale d’une agence Air Algérie, la ville l’a définitivement perdue depuis 2005 et sans appel. En ce qui concerne le réseau postal, il n’existe que 5 bureaux de poste, RP comprise. Le ratio actuel ne peut être que de 1/30 000 habitants. Le siège de la daïra, même s’il bénéficie d’une convenable assiette, n’est pas mieux loti. La vieille construction jure par son anachronisme. D’ailleurs, son extension s’est faite au détriment d’un court de tennis que les plus de soixante ans ont fréquenté bien avant ceux de Biskra qui est devenue une grande école nationale depuis lors. Le projet du nouveau tribunal, annoncé à plusieurs reprises, semble faire du surplace à force.

Transports publics

Si l’on veut mesurer la déshérence d’une ville comme Bou saâda, il suffit de jeter un coup d’œil sur les transports urbains. Les quartiers périphériques les plus chanceux sont desservis par de vieilles guimbardes pétaradantes d’un autre âge. Quant au reste du tissu urbain, il subit le diktat des taximen et autres fraudeurs. De vieilles voitures particulières conduites par d’hirsutes individus assurent une mission de service public que l’Etat leur a, inexplicablement, abandonné. Heureux déjà qu’elles existent, car sans cela la marche à pied aurait été de rigueur. Nous avons  appris, avec bonheur, que l’agglomération de In Salah (34 000 habitants) vient de bénéficier, récemment, d’une unité de transport public.

Le plan de circulation qui existe probablement n’a certainement pas été réactualisé depuis fort longtemps ; la preuve en est administrée par l’embouteillage chronique du centre-ville. L’aérodrome d’Eddis, pour lequel a été consacré un substantiel budget, git sous un silence oppressant. Il aurait pu être destiné à un trafic par avions taxis, évitant ainsi à de grands malades et vieilles personnes les affres de la route. Aux dernières nouvelles, une future structure aéroportuaire est prévue pour le chef-lieu de wilaya, ce qui supposera la disqualification définitive de l’équipement actuel. Il connaîtra ainsi le même sort que l’aéroclub qui a formé avec bonheur des dizaines de jeunes dont certains sont devenus des pilotes de ligne.     .

Activités touristiques

Hormis les hôtels Kerdada et Le Caïd, qui ont été avantageusement sauvés par le groupe El Djazaïr, la ville a perdu les hôtels Oasis, Le Sahara, Le Beauséjour, qui tombent presque en ruine. On ne peut pas dire honnêtement que les structures hôtelières aient évolué. L’involution est patente et personne ne pourra avancer le contraire. Si le site naturel est du seul ressort du divin, ses apprêts peuvent être de la seule volonté humaine. Les anciens se rappellent encore de cette vivacité touristique qui faisait le bonheur de tous, même si le mode en était artisanal. Il ne serait pas inopportun de susciter le tourisme familial chez des particuliers qui possèdent de grandes demeures inoccupées. Mais comme chacun sait, le tourisme ne peut s’accommoder du dénuement en prestations de services.

Culture et loisirs

Le marasme culturel qui imprègne certaines régions du pays est plus mortifère à Bou saâda, qui ne dispose d’aucune infrastructure culturelle digne de ce nom. La ville, qui disposait de deux salles de cinéma dans les années soixante, n’a plus rien. Elle vit dans le «souvenir» des fresques filmiques dont certaines ont été tournées sur les sites immédiats. La salle des fêtes communale, pour laquelle on projetait de généreux desseins, n’est qu’une salle inadaptée où on organise les événements du tout-venant. A part une ou deux maisons de jeunes, il n’existe pas d’espaces d’expression culturelle où l’on puisse pratiquer l’art dans ses multiples dimensions. Compte tenu de ses potentialités culturelles, la cité mérite largement une maison de la culture et plusieurs centres culturels de proximité. Le seul réalisé et excentré d’ailleurs ne peut remplir à lui seul cette mission.

L’orchestre national symphonique qui a eu à se produire dans la cité à 3 reprises n’a trouvé comme lieu de production que l’auditorium du centre d’hôtellerie et de tourisme. Un théâtre de verdure peut à lui seul briser, pendant la saison estivale, la platitude chronique. La technologie offre, actuellement, des moyens peu onéreux et capables de divertir : Data show, écran géant, etc. Le CD, miracle technologique, a supplanté depuis longtemps les volumineux fonds documentaires et autres filmathèques. Ancienne place forte du hippisme, la cité a vécu avec amertume la disparition de son hippodrome qui ne lui a pas été restitué. Celui qu’on tente d’installer au niveau des vestiges d’un projet de stade abandonné ne semble apparemment n’être qu’un ludique champ de fantasia.

Le musée du Djihad, inauguré en grande pompe il y a deux ou trois ans, garde encore ses portes closes. Espérons enfin que le projet de centre universitaire, décidé par la plus haute autorité du pays à la demande pressante de jeunes fédérés autour de l’objet, ne tarde pas à se concrétiser sur le terrain à l’effet d’atténuer un tant soit peu, les effets négatifs sur une population échaudée, plusieurs fois décontenancée par son exclusion des grands projets structurants. Les rail et l’autoroute continuent à éviter la cité.

Voici, chers lecteurs et lectrices, quelques «ruminements»- d’un sexagénaire qui aspire à vivre quelque temps encore dans une cité qui a fait jadis le bonheur de voyageurs et de personnages illustres qui ont choisi d’y séjourner et d’y mourir. L’histoire condamnera, en juge impartial, tous ceux et celles qui n’ont pas su préserver et retransmettre un patrimoine matériel et immatériel, dont peu de cités peuvent s’enorgueillir.*Par Farouk Zahi–El Watan-17.02.2013.

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37 réponses à “Bou Saàda, la cité du bonheur”

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