L’islam Dine et Dounya

           **L’organisation sociale

Par : Dr Ahmed BENBITOUR

 Dans une précédente contribution, nous avons exposé les raisons de l’expansion rapide de l’Islam au début. Nous poursuivons aujourd’hui cette analyse en proposant les principes de l’organisation sociale de la société tels que proposés par le Coran et la sunna.
Le Coran nous propose plusieurs principes de l’organisation de la société. Il est dit : “Nous n’avons, dans le Livre, rien manqué.” 6-38. Je me limite, dans cet exposé, à cinq principes que je considère très importants, au moment où tout le monde s’inquiète de la bonne gouvernance et du droit de l’homme.

Le premier principe est l’anoblissement de l’être humain et sa prédilection. Il est écrit dans le Livre : “Et très certainement, Nous avons donné de la noblesse aux enfants d’Adam. Et Nous leur avons procuré, sur terre comme sur mer, de quoi monter et attribué d’excellentes choses comme nourriture, et les avons fait exceller d’excellence sur beaucoup de ce que Nous avons créé !” 17-70.
Le deuxième principe est l’égalité ; alors que la différenciation ne se justifie que par le niveau de piété : “Ô les gens ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle et vous avons désignés en nations et tribus, pour que vous vous entre-connaissiez. Oui, le plus noble des vôtres, auprès de Dieu, c’est le plus pieux des vôtres. Dieu est savant, informé, vraiment.” 49-13. 
Comme il est aisé de le constater, ce principe s’oppose aux systèmes de classes et au racisme.
Il appelle à l’égalité et la justice : les gens sont égaux. Il ne peut y avoir de différenciation pour des raisons de race, de couleur, de langue, de religion, de genre ou de nationalité. Le troisième principe est la fraternité humaine : “Ô hommes ! Craignez votre Seigneur qui vous a créés d’un seul être et qui, ayant créé de celui-ci une épouse, fit naître de leur union un grand nombre d’hommes et de femmes. Craignez Dieu que vous invoquez dans vos requêtes mutuelles ; craignez (de rompre) les liens du sang. Certes, Dieu vous observe.” 1-4.
De même, le droit à la charité et à la justice est protégé pour les frères humains, y compris pour les non-musulmans, comme l’atteste ce verset : “Dieu ne vous empêche pas, à l’égard de ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures, de leur faire la charité et d’être, envers eux, à la balance. Oui, Dieu aime ceux qui traitent à la balance.” 8-60.
Le quatrième principe est la fraternité islamique : “Les croyants ne sont rien moins que des frères. Réconciliez donc vos frères (quand ils sont séparés par un différend) et craignez Dieu pour (mériter) sa miséricorde.” 10-49.
Et le Prophète nous enseigne : “L’un de vous ne peut être considéré croyant que lorsqu’il aime à son frère ce qu’il aime à lui-même.”
Le cinquième principe est la sacralisation du respect de la vie privée : “Croyants ! Abstenez-vous de vous livrer aux conjectures (sur autrui) car il est des suppositions qui sont des péchés. N’espionnez point et ne médisez pas les uns des autres. Lequel d’entre vous voudrait manger la chair de son frère mort ? Vous en auriez horreur ! Craignez Dieu ! Il est très clément et très compatissant.” 12-49.
C’est sur ces cinq principes que devrait se baser l’organisation de la société musulmane dans sa dimension sociale : l’anoblissement de l’être humain, l’égalité, la fraternité humaine, la fraternité islamique et la sacralisation du respect de la vie privée. Mais, lorsque nous parlons de l’organisation sociale, nous devons porter une attention particulière à la question du pouvoir politique.
Dans la société musulmane, le pouvoir est organisé autour de trois principes : la non-appropriation du pouvoir, le pouvoir est éphémère, le pouvoir se réalise par la consultation, la finalité et l’effort.
Le pouvoir n’appartient ni à une lignée, ni à une oligarchie, ni à une catégorie sociale. “El moulkou lillah.” Le pouvoir (comme la richesse) est éphémère. Ce n’est qu’un dépôt (amana).
C’est une mission devant laquelle les montagnes ont reculé, nous dit le Coran : “Nous avons proposé aux cieux, à la terre et aux montagnes la responsabilité (de porter les charges, de faire le bien et d’éviter le mal). Ils ont refusé de la porter et ont eu peur, alors que l’homme s’en est chargé ; car il est très injuste (envers lui-même) et très ignorant.” 72-33. Dieu qualifie l’homme d’être devenu injuste et insensé dans une telle situation.
Le pouvoir en Islam repose sur la consultation (choura), la finalité (maqsad) et l’effort (ijtihad).
La consultation est un principe constitutionnel dans la société musulmane : “…qui répondent à l’appel de leur Seigneur, accomplissent la Salât, se consultent entre eux à propos de leurs affaires, dépensent de ce que Nous leur attribuons, et qui atteint par l’injustice, ripostent.” 38/39-42. 
Mais la consultation doit nécessairement déboucher sur la décision et l’action : “Et consulte-les à propos des affaires ; puis une fois que tu t’es décidé, confie-toi donc à Allah, Allah aime, en vérité, ceux qui Lui font confiance.” 3-159. Le pouvoir repose sur une finalité ; il doit aller aux opprimés et aux méritants : “…Ceux qui, si Nous leur donnons la puissance sur terre, accomplissent la Salât, acquittent la zakat, ordonnent le convenable et interdisent le blâmable. Cependant, l’issue finale de toute chose appartient à Allah.” 22-41. Mais aussi : “Or, Nous voulions favoriser ceux qui étaient opprimés dans le (dit) pays, faire d’eux des dirigeants, des héritiers.” 28-5.
Le pouvoir s’appuie sur l’effort (ijtihad), à savoir un engagement vers le développement scientifique et éducatif en s’ouvrant sur le monde.
La motivation pour ce développement scientifique et éducatif est assurée par une incitation au savoir et une considération particulière pour les gens du savoir. Les savants musulmans se sont empressés, dès les premières heures, d’étudier les sciences des différentes sources : asiatiques, grecques et autres.
C’est ce qui a permis l’izdihar. Et c’est lorsque, autour du quatorzième siècle de l’ère chrétienne, les musulmans ont fermé les portes de l’ijtihad que la communauté musulmane a commencé sa décadence.
C’était alors les conflits internes pour l’accession au pouvoir, la répression des peuples et leur éloignement de toute source de pouvoir.
Nous aborderons la question de l’organisation de l’économie en Islam dans la prochaine contribution. (Liberté-19.08.2010.)

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**L’organisation économique

Par : Dr Ahmed BENBITOUR

Trois principes consignés dans le Coran caractérisent l’approche économique en islam : la propriété et la richesse, comme le pouvoir, appartiennent à Dieu qui les a confiés en héritage (istikhlaf) aux gens sur terre. Ils sont donc par essence éphémères (amana). Le développement économique, comme le travail ne peuvent être utiles que s’ils sont précédés de bonnes intentions. Le développement économique est donc au service du développement social.

La place privilégiée accordée à la science et aux gens de sciences
ll En ce qui concerne la propriété et la richesse, le Coran nous enseigne : “À Dieu appartient tout ce qui est dans les cieux et sur terre.” 284-2. Cette richesse et cette propriété qui appartiennent à Dieu sont confiées aux gens sur terre sous formes de bienfaits et de gratifications. Mais les gens ne doivent pas s’en approprier pour accumuler des richesses.
Dieu interdit ces pratiques de façon insistante et répétée pour lever toute équivoque.
Voici quelques versets sur le sujet : “Croyez en Dieu et son Envoyé et dépensez, en œuvres charitables, des biens dont il a fait de vous les bénéficiaires.” 7-42. “Donnez-leur des biens dont Dieu vous a gratifiés.” 33-24. “Malheur à tout diffamateur calomniateur, qui amasse les richesses et se complaît à les compter.” 1/2-104. “Le désir d’augmenter vos richesses vous préoccupe, jusqu’au moment où vous descendez dans la tombe.” 1/2-102. “Annonce à ceux qui thésaurisent or et argent sans dépenser dans la cause de Dieu un châtiment douloureux.” 34-9.
Le Coran incite au développement économique tout en le mettant au service du développement social comme le confirme plus d’un verset : “C’est Dieu qui a créé les cieux et la terre, fait descendre de l’eau du ciel grâce à laquelle il fait pousser des fruits pour votre nourriture. Il vous a soumis des vaisseaux qui par sa permission voguent sur les mers. Il vous a soumis les cours d’eau.” 32/34-14.
Dieu insiste sur la satisfaction des besoins essentiels des populations : “Dieu a fait de vos demeures un habitat pour vous…” 80-16.
Dieu encourage le développement de l’agriculture et de l’industrie : “C’est lui qui, du ciel, pour vous a fait descendre l’eau. D’où boisson et plantes où faire paître…” 10/11-16. Mais aussi : “Et pour lui nous avons fait couler la source de cuivre.” 12-34. Dans la qualité de fabrication et l’industrialisation, le Coran nous commande : “Fabrique des cottes de mailles complètes et mesure bien les mailles. Et faites œuvre bonne. Oui, j’observe ce que vous faites.” 11- 34. Par ailleurs, le travail est anobli en Islam.
Le Prophète dit : “Une main qui agit vaut mieux qu’une main qui se tend.” Le Coran nous enseigne : “… qui a créé la mort et la vie pour vous mettre à l’épreuve et (connaître) parmi vous le meilleur en œuvre.” 32-62. Ce n’est pas le meilleur en richesse, ni le meilleur en statut mais le meilleur en œuvre que Dieu cherche à connaître.
L’Islam prohibe la corruption et les pots de vin : “Que les uns ne s’emparent pas illicitement des biens des autres ; ne vous en servez pas pour corrompre les juges dans le dessein d’accaparer une fraction des biens d’autrui, injustement et en toute connaissance de cause.” 188-2. Ou : “Ne remettez point aux soins des hommes ineptes les biens dont Dieu vous a confié la garde.” 5-4.
L’Islam garantit le revenu minimum, appelle à la redistribution et combat le gaspillage et l’excès. Voici quelques versets : “Et donne son droit au détenteur de parenté et au pauvre et à l’enfant de la route. Mais ne gaspille pas en gaspillage.” 26-17. “Et c’est dans leurs biens, le mendiant et le déshérité avaient un droit.” 19-51. “Et mangez et buvez, mais point d’excès ! Il n’aime pas les excessifs.” 31-7. “Et quand Nous voulons détruire une cité, Nous commandons à ses gens aisés, et ils pratiquent la perversité. Alors la Parole s’avère contre elle et Nous la détruisons de destruction.” 16-17.
Concernant les règles de gestion budgétaire, il est dit : “Rien d’autre, en vérité : les recettes de l’État sont pour les besogneux, et pour les pauvres, et pour ceux qui sont lourdement endettés, et dans le sentier de Dieu, et pour l’enfant de la route. Arrêté de Dieu ! Et Dieu est savant et sage.” 60-9. L’Islam se caractérise par une forte incitation au savoir et une grande considération pour les hommes de sciences. Le premier verset du Coran commence par : “Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé.” 1-96
Dieu va jusqu’à placer les gens de sciences au niveau des Prophètes et des califes dans la proposition de solutions aux problèmes des musulmans. Jaouhari Tantaoui a noté qu’il y a dans le Coran 750 versets qui appellent à la réflexion et à la recherche scientifique ; alors qu’il n’y a que 150 qui appellent à la science de la religion (fiqh).
J’aimerais terminer cet exposé sur l’organisation de l’économie en Islam par cette parole du calife Omar s’adressant à son fils : “Tout homme, investi d’une autorité sur les musulmans, qui nomme un fonctionnaire par amitié ou parenté trompe Dieu, son Prophète et les musulmans.” À comparer avec ce que nous vivons aujourd’hui !
Voilà donc pour l’approche du développement économique en Islam, elle :
– favorise le développement économique tout en le mettant au service du développement social,
– accorde une place de choix au travail et à la qualité,
– prohibe la corruption et les pots de vin,
– accorde une place primordiale à la science et à la considération des gens de sciences.
 Nous aborderons la question de la méthodologie du Coran dans la résolution des problèmes complexes, jeudi prochain.  (Liberté-26.08.2010.) 

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L’ISLAM DANS SES DIMENSIONS TEMPORELLES ET SPIRITUELLES

Le développement économique au service de l’homme

Par : Dr Ahmed Benbitour

 4eme  partie

Un État social réalise une croissance économique qui crée des emplois pour tous, qui réduit sensiblement la pauvreté, qui est à l’écoute des doléances de ses citoyens, qui est enracinée dans la culture locale, qui est participative, qui est respectueuse de l’environnement. Un État qui assure l’équité par l’égalité des chances à savoir, ce qu’une personne accomplit durant son existence est avant tout fonction de ses capacités et de ses efforts, plutôt que d’un contexte préétabli : race, sexe, milieu familial et social, pays d’origine. De même ne laisser personne sur le trottoir pour l’accès à l’éducation, la santé, la consommation. Les principes de l’Islam mettent le développement économique au service du développement social. La ZAKAT est le moyen par lequel l’Islam assure une redistribution permanente et équitable des richesses. La ZAKAT est un impôt de solidarité et non une aumône légale. L’Islam n’est pas une religion de charité. Le Prophète dit : “Une main qui agit vaut mieux qu’une main qui se tend” ou encore, “La ZAKAT est un droit du pauvre sur les biens du riche”. “Et donne au proche parent ce qui lui est dû ainsi qu’au pauvre et au voyageur (en détresse). Et ne gaspille pas indûment” (Coran 17-26). “Et sur les biens desquels il y a un droit bien déterminé (La ZAKAT) pour le mendiant et le déshérité” (Coran 70-24/25). L’Islam est contre l’accumulation privée des richesses matérielles qui n’assurent pas une fonction sociale. “Croyez en Dieu et Son Envoyé et dépensez en œuvres charitables, des biens dont il a fait de vous les bénéficiaires” (Coran 62-7). “À ceux qui thésaurisent l’or et l’argent et ne le dépensent pas dans le sentier d’Allah, annonce un châtiment douloureux” (Coran 9-34). L’Islam est contre ceux qui profitent de leur richesse pour exploiter les autres. “Que les uns ne s’emparent pas illicitement des biens des autres ; ne vous en servez pas pour corrompre les juges dans le dessein d’accaparer une fraction du bien d’autrui, injustement et en toute connaissance de cause” (Coran 2-188). “Et ne confiez pas aux incapables vos biens dont Allah a fait votre subsistance. Mais prélevez-en pour eux, nourriture et vêtement ; et parlez-leur convenablement” (Coran 4-5).“Tout homme investi d’une autorité sur les musulmans qui nomme un fonctionnaire par amitié ou parenté trompe Dieu, son Prophète et les musulmans”, déclarait le Calife Omar à son fils.  “C’est Dieu qui a créé les cieux et la terre ; fait descendre l’eau du ciel grâce à laquelle il fait pousser des fruits pour votre nourriture. Il vous a soumis les vaisseaux qui, par sa permission voguent sur les mers. Il vous a soumis les cours d’eau. Pour vous, il a soumis le soleil et la lune à une révolution invariable ainsi que la nuit et le jour. Il vous a accordé (une partie) de tout ce que vous lui avez demandé. Aussi seriez-vous incapables de dénombrer les bienfaits de Dieu si vous les comptiez. (Mais) l’homme est en vérité injuste et ingrat au possible” (Coran 14-32/34). L’imam Bakr Sadr interprète dans ce verset le mot “injuste” comme étant la mauvaise redistribution du revenu et la privation d’une partie plus ou moins importante des individus composant la collectivité des biens que Dieu a mis à la disposition de cette collectivité. Il interprète le mot ingrat comme étant l’incapacité de la collectivité à développer par l’investissement ce que Dieu à mis à sa disposition.
Aïd Moubarak Saïd. À jeudi prochain pour la suite de notre analyse. Entre-temps, débattons sur les meilleurs moyens d’avancer vers un avenir de progrès et de prospérité pour tous les Algériens. À la tentation du pessimisme, opposons la nécessité de l’optimisme ! (Liberté-24.08.2011.)

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L’ISLAM DANS SES DIMENSIONS TEMPORELLES ET SPIRITUELLES

Les instructions de l’imam Ali Ibn Abi Taleb

6eme partie

J’aimerais terminer cette série sur l’Islam et l’État par la présentation d’un cas. Il s’agit des instructions de l’Imam Ali Ibn Abi Taleb, quatrième calife, données à Al-Achtar, à l’occasion de son investiture comme gouverneur de l’Égypte quand des troubles éclatèrent sous le mandat de Mohamed Ibn Abi Bakr, son prédécesseur. Je ne donne que des extraits de la lettre d’instructions. Cela nous permettra de voir le profil des dirigeants dans le cadre des principes de l’Islam. Cela se passe au 7e siècle du premier millénaire ; nous sommes au troisième millénaire ! Début des citations :  » Fréquente assidûment les gens de science, discute souvent avec les sages pour pouvoir affermir les bons principes qui assurent la bonne marche du pays et consolider les bonnes pratiques qui ont été celles de tes prédécesseurs. Sache que tes administrés se retrouvent en catégories intimement liées les unes aux autres, de telle sorte qu’aucune d’entre elles ne saurait être saine si les autres ne le sont pas. Parmi celles-ci il y a les soldats de Dieu, les agents des affaires, les magistrats, les scribes, les contribuables tant musulmans que d’autres religions, les commerçants et les artisans. Il y a également la classe des déshérités et des pauvres. Dieu a fixé le droit comme le devoir de chacun, soit dans son Livre, soit dans la Sunna (tradition) du Prophète, que Dieu soit satisfait de lui. Il s’agit d’un dépôt qu’il nous a confié, et que nous préservons. Les armées sont, par la grâce de Dieu, le rempart du peuple, la gloire des dirigeants, la force de la religion, le garant de la sécurité ; les affaires de la nation ne peuvent prospérer sans leur présence. Les armées ne peuvent être sur pied que s’il leur est remis la part de zakat que Dieu leur a accordée, afin qu’elles soient puissantes dans le combat contre l’ennemi, qu’elles puissent compter dessus pour se perfectionner et l’utiliser pour leur entretien.
Mais ni les armées ni le peuple ne pourraient être d’utilité sans le soutien d’une troisième catégorie, celle des magistrats, des scribes et des agents des affaires publiques et privées, vu les contrats que ces derniers établissent et la confiance que l’on place en eux en ce qui concerne les affaires de l’État comme des particuliers.
Mais tous ne peuvent prospérer que grâce aux commerçants et aux artisans, par les services qu’ils rendent dans les marchés et en d’autres lieux pour accomplir des tâches dans des domaines où les autres se sentiraient incapables. Les nécessiteux et les déshérités, quant à eux, ont le droit de recevoir aide et secours.
Dieu n’a omis le droit de personne. Chacun a, dans la mesure de ses besoins, des droits sur l’administrateur ; ce dernier ne trouvera d’excuses, pour ce dont Dieu l’a chargé, qu’en s’occupant d’eux, en s’appuyant sur l’aide de Dieu et en habituant avec patience son âme à l’amour de la justice dans l’accomplissement de ses fonctions, fussent-elles grandes ou petites… Les choses les plus agréables et les plus précieuses pour un administrateur sont l’épanouissement de la justice dans le pays et les manifestations d’amitiés entre les administrés.
Choisis comme juges, parmi tes administrés, ceux pour qui tu as le plus d’estime, ceux qui ne s’impatientent pas, que les plaignants ne rendent pas acariâtres, qui ne persistent pas dans l’erreur, qui n’agissent pas par cupidité, qui étudient ce qui leur est soumis dans toute sa profondeur et non superficiellement, qui ne tranchent pas rapidement sans réfléchir, s’ils n’ont que des présomptions… Observe bien le comportement de tes fonctionnaires et choisis-les après les avoir mis à l’épreuve, ne les nomme pas par favoritisme ou par égoïsme, ces deux défauts font partie des ferments de l’iniquité et de la trahison.   Occupe-toi de la terre dans l’intérêt de ceux qui la travaillent car l’abondance des produits de la terre et la prospérité des producteurs conditionnent le bien-être d’autrui… Sois plus préoccupé du bon état de la terre que des entrées qu’elles peuvent rapporter, car ces dernières ne peuvent te parvenir que si les premières sont bien entretenues. Celui qui demande l’impôt sur les terres, sans s’occuper de leur entretien, ruine le pays et rend la vie difficile au peuple, et son autorité sortira de cette situation affaiblie…Informe-toi de l’état des orphelins et des gens âgés qui n’ont pas de moyens pour supporter leurs situations…  » (fin de citations).
Je n’ai présenté ici que très peu de cette longue lettre qui reste un modèle pour ce qu’on pourrait appeler aujourd’hui « feuille de route ».
J’espère avoir proposé dans ces six contributions consécutives les éléments qui permettraient l’approfondissement de l’analyse sur la réponse à l’objectif principal de la Révolution d’indépendance nationale tel que consigné dans la Déclaration du 1er novembre 1954 : « l’instauration de l’État algérien démocratique et social dans le cadre des principes de l’Islam ».
À la tentation du pessimisme opposons la nécessité de l’optimisme !

  (Liberté-27.08.2011.)

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**La méthodologie du Coran dans la préparation à la décision

Par : Dr Ahmed BENBITOUR

Pour mieux s’imprégner de l’esprit du Coran dans la préparation à la décision, nous nous référons aux deux exemples suivants que sont : le changement de l’orientation de la prière (la qibla) et l’interdiction de l’usure (erriba).

À cet égard, il est utile de rappeler que la Révélation et le début de l’Islam ont eu lieu, alors que le Prophète vivait à La Mecque. Mais lorsque la vie devint impossible pour lui et pour les premiers musulmans, objets de torture, d’humiliation, voire d’assassinat de la part des mécréants quoreïshite, il entreprit son émigration vers Médine. Ce fut alors la hijra et l’épopée des Mouhajirine et des Ansar : les Émigrés et les Auxiliaires. À souligner qu’à La Mecque, la prière était déjà consacrée et était devenue un des cinq piliers de l’Islam.
Le Prophète orientait la
prière vers El-Qods, mais il faisait en sorte que la qaâba soit située entre lui et El-Qods. Après son émigration, en raison du nombre accru de musulmans,
se posa le problème de l’orientation de la prière vers El-Qods,
tandis que la Qaâba se présentait derrière les fidèles, car de
Médine, El-Qods se situait au nord et la Qaâba au sud ! Devant un tel dilemme qui ne pouvait laisser le Prophète sans inquiétude, un verset lui apparut pour le réconforter : “Nous te voyons souvent tourner ton visage vers le ciel. Nous t’orientons donc (pour la prière) vers une direction qui te donnera satisfaction. Tourne donc ton visage vers la Mosquée sacrée. (Croyants) où que vous soyez, tournez votre face dans sa direction.” 144-2. Bien entendu : la Mosquée sacrée, c’est el-masjid El-Haram.
Les réactions à cette révélation ont été de quatre sortes : (1) les compagnons du Prophète ont respecté l’appel de Dieu. (2) Les Juifs déclarèrent que c’était là une preuve que Mohammed n’est pas un Prophète, puisque tous les Prophètes qui l’ont précédé avaient orienté leurs prières vers El-Qods. À l’évidence, la fin du verset qui vient d’être cité leur était destiné, comme en témoignent les termes suivants : “Certes, ceux qui ont reçu l’Écriture savent que c’est une vérité (venue) de leur Seigneur qui n’est point inattentif à ce qu’ils font.” (3) Les hypocrites (el-mounafiquoune) ont déclaré être dans la confusion la plus totale : “Nous ne savons plus quelle est la prière qui prévaut : celle par laquelle on s’orientait vers El-Qods ou celle par laquelle on s’oriente à présent vers la Mosquée sacrée ?”
Par le verset suivant, l’on retient ce qui suit : “Les insensés parmi les hommes s’écriront : qu’est-ce qui les a détournés de la qibla, vers laquelle ils s’orientaient (pour prier). Dis leur : l’Orient appartient, comme l’Occident, à Dieu qui dirige qui il veut vers un droit chemin.” 142-2. (4) Les mécréants de La Mecque ont dit : c’est le début du retour de Mohammed à notre religion. Cela commence par l’orientation vers notre qibla, puis le reste suivra. C’est alors qu’apparut  le verset suivant : “Nous n’avons fixé pour toi la qibla (vers El-Qods, comme direction de prière) que pour que tu distingues celui qui te suit de celui qui se détache de toi.” 143-2.   
Puis vinrent d’autres versets de réconfort envers le Prophète et pour transcender ce problème : “À Dieu appartient l’Orient et l’Occident. En quelque direction que vous vous orientez, vous serez en face de Lui. Dieu est immense et omniscient.” 115-2. Ou encore : “La charité ne consiste nullement à tourner (en priant) votre visage du côté du levant ou du couchant. Elle consiste à croire en Dieu, au Jour dernier, aux anges, au Livre, aux prophètes, à donner de son bien, quelque attachement qu’on lui porte, à ses proches, aux orphelins, aux indigents, aux voyageurs, aux mendiants et pour l’affranchissement des esclaves. (Elle consiste) à observer la prière, à s’acquitter de l’aumône. Sont charitables ceux qui demeurent fidèles aux engagements qu’ils ont contractés, se montrent patients dans l’adversité, dans la douleur et au moment du danger. Voilà les hommes pieux !” 177-2.
Voilà donc comment la Révélation (les versets du Coran) a aidé le Prophète à faire face à une crise majeure et à résoudre un problème complexe, par la sagesse et la bonne exhortation.
Le deuxième exemple se rapporte à la prohibition de l’usure, erriba. Quatre ensembles de versets dans le Coran portent sur cette question.
Le premier verset fut révélé à la Mecque. L’on se doit de garder à l’esprit que la communauté musulmane y était minoritaire. Par ailleurs, la pratique de l’usure était très répandue parmi les commerçants bédouins arabes. Il y avait péril à l’interdire brutalement, compte tenu du fait que le milieu des commerçants était fortement hostile à toute approche morale dans le négoce. C’est pourquoi il était important, pour une religion naissante, d’annoncer habilement toute démarche de justice et de solidarité. C’est en cela que le premier verset de la Mecque sur le sujet ne comporte aucune interdiction formelle du riba : “Ce que vous prêtez à usure pour accroître vos biens au détriment du prochain ne vous sera de nul profit auprès de Dieu. Ce que vous donnez, par contre, en aumône, quêtant la face de Dieu, voilà qui vous sera porté à plusieurs fois sa valeur.” 39-30.
Ici, l’approche pédagogique est claire : amener à s’interroger devant une espèce de contradiction : quand vous recevez, vous êtes perdant mais lorsque vous donnez, vous êtes gagnant. Se pose alors le questionnement : qu’est-ce que gagner et qu’est-ce que perdre ?
Quelques années plus tard, lorsque le Prophète s’installa bien à Médine, trois versets devaient prohiber erriba de façon catégorique. Au départ, il fallait souligner, en direction des Juifs fortement implantés à Médine, que cette prohibition n’était pas le fait de l’Islam seul, puisque les Prophètes antérieurs l’avaient déjà interdite, comme on peut le lire en ces termes : “De même que nous sévîmes contre leur pratique de l’usure, qui leur était pourtant interdite, et leur avidité à s’enrichir au détriment de leurs semblables. À ceux d’entre eux demeurés incrédules seront réservés les pires tourments.” 160-4. Cette interdiction devait impérativement s’inscrire dans une finalité globale, à savoir dans la création d’une vie spirituelle et communautaire nouvelle : “Croyants, ne pratiquez pas l’usure, multipliant abusivement vos profits. Craignez Dieu : vous en serez plus heureux.” 130-3. Par la suite apparut une série de versets confirmant la prohibition de l’usure : versets 275 à 280 de sourate Al-Baqara. Je citerai ici celui qui dresse un parallèle entre erriba et zakat : “Ceux qui pratiquent l’usure se lèveront (le jour de la résurrection) tels des possédés touchés par Satan, et cela parce qu’ils auront prétendu que le troc est assimilable à l’usure, alors que Dieu a permis le commerce et rendu l’usure illicite… Dieu réduit à néant le profit usuraire et accroît le mérite des aumônes.”
Ces deux questions nous offrent un exemple de la méthodologie du Coran dans la préparation à la décision en vue de la résolution des problèmes complexes : l’approche globale, le gradualisme, la pédagogie, la prise en compte du contexte dans lequel doivent se réaliser les commandements des versets, l’importance accordée aux rapports des forces en présence et l’importance accordée à toutes les composantes de la société et aux minorités, les dimensions spirituelles et communautaires.
C’est donc à travers une telle approche que l’on peut comprendre l’expansion rapide de l’Islam et l’accueil enthousiaste qui lui fut réservé dès sa révélation.
Aujourd’hui, notre appréciation et notre fidélité à l’Islam demeurent intactes. Bien plus, à travers son rayonnement caractérisé par sa cohérence et par son éternel attachement à la préservation de l’être humain, nous sommes en mesure d’apprécier cette perspective d’universalité et d’ouverture au monde qu’il nous offre depuis sa révélation.
Dans ce cadre précisément et à ce stade de notre réflexion, bien des questions nous interpellent et requièrent de notre part une attention particulière. L’une de ces questions pourrait s’inscrire dans les termes suivants : “Pourquoi les musulmans n’ont pas pu s’intégrer pleinement dans la mouvance humaine de progrès ?” Ce sera l’objet de notre rendez-vous de jeudi prochain. (Liberté-02.09.2010.)

**Les raisons du retard de développement dans les sociétés musulmanes ?

Par : Dr Ahmed BENBITOUR

À ce stade de notre réflexion, nous garderons à l’esprit, comme l’ont affirmé les penseurs et les chercheurs de l’histoire des civilisations, qu’au début du IIe millénaire, la lumière rayonnait au Sud au moment où l’obscurantisme couvrait le Nord de notre planète.
Ainsi, comme l’attestent les écrits d’Occidentaux, Cordoue, sous le règne des califes Abderrahmane III et Al-Hakam II,  était, au Xe siècle, la ville la plus civilisée d’Europe… Plus précisément, elle fut alors la capitale la plus importante d’Islam. “La brillante culture des musulmans dans le domaine des sciences diverses… répondait au concept que l’Islam avait de l’homme en tant qu’être doué de réflexion qui n’appartient pas à une seule nation mais à toutes les civilisations…” “Au cosmopolitisme économique suit comme il est naturel, celui de la culture : Arabes et arabisés constituent, désormais, une inséparable unité linguistique, religieuse et culturelle et leur langue se modèle de manière à s’adapter à toute expression de pensée…” “L’islamisation progressive s’accompagna comme il est naturel de l’arabisation qui, en quelques générations, annula toute différence entre dominateurs et dominés.” (fin des citations). Comme il est aisé de le constater, le message de l’Islam à son apogée permettait à l’homme de transcender son appartenance à une nation pour se fondre dans le cours universel.

Ainsi donc, grâce à une telle fusion, Cordoue devenait la capitale de l’Islam la plus importante avant même Baghdad du fait même que la culture, l’économie, la science et la technologie concourraient harmonieusement au rayonnement de cette religion qu’est l’Islam. Aujourd’hui, l’on ne peut que déplorer que la lumière ait cessé de briller sur le monde musulman dans son ensemble pour éclairer les autres parties du globe. À cet égard, l’on se doit de mettre en évidence le fait que les nations du Nord avaient su tirer profit de la Révolution industrielle du XIXe et  du XXe siècles pour consolider leur unité et renforcer leur développement en bénéficiant des progrès technologiques puisés du Sud à travers l’occupation étrangère, la colonisation, le protectorat des pays au sein desquels les habitants n’avaient pas droit de cité, considérés non pas comme des citoyens, mais de simples indigènes. L’exemple de l’Algérie est un cas édifiant sur les méthodes d’occupation de son territoire et de la soumission de ses populations, comme l’atteste le rapport de la Commission gouvernementale d’enquête française en 1833. L’on se doit de rappeler dans ce contexte que les pays musulmans, pour leur part, se débattaient désespérément, victimes de leurs divisions et sombraient durablement sous la domination des nouveaux occupants. Pour illustrer cette dégradation, il est tout à fait approprié de mentionner quelques écrits contenus dans le rapport de la commission gouvernementale française cité ci-dessus, à propos des méthodes d’occupation du territoire algérien : “Nous avons réuni au domaine les biens de fondations pieuses, nous avons séquestré ceux d’une classe d’habitants que nous avons promis de respecter… Nous nous sommes emparé des propriétés privées sans indemnité aucune, et, de plus, nous avons été jusqu’à contraindre les propriétaires, expropriés de cette manière, à payer les frais de démolition de leurs maisons et même d’une mosquée. Nous avons profané les temples, les tombeaux, l’intérieur des maisons, asile sacré chez les musulmans. Nous avons massacré des gens porteurs de sauf-conduits, égorgé sur un simple soupçon des populations entières qui se sont ensuite trouvées innocentes ; nous avons mis en jugement des hommes réputés saints dans le pays, des hommes vénérés, parce qu’ils avaient assez de courage pour venir s’exposer à nos fureurs, afin d’intercéder en faveur de leurs malheureux compatriotes ; il s’est trouvé des hommes pour les condamner, et des hommes civilisés pour les exécuter.” (fin de citation). C’est par de tels moyens que le colonialisme se manifestait : atrocité, barbarie, brutalité, mépris, domination, séquestre et spoliation. De telles pratiques ne manquaient pas d’anéantir toute possibilité d’harmonisation et de rapprochement des civilisations. Au-delà des sacrifices consentis pour les indépendances réalisées dans les années 1950 et 1960, les modèles de développement, à cette époque, variaient du modèle du capitalisme d’État et du parti unique à celui de l’industrialisation par la substitution à l’importation et, enfin, celui hérité du colonialisme, à savoir la spécialisation dans l’exportation des matières premières.Tous ces modèles ont connu un échec sur les plans politiques, économiques et même sociaux et entraîné la stagnation de l’ensemble des pays concernés. Un autre élément de dramatisation de cette stagnation est que les élites n’étaient pas associées à la mission de construction d’un État moderne et d’une économie adaptée. Ajouter à cela trois facteurs : (1) l’abondance des revenus financiers à la disposition des gouvernants ; (2) le faible niveau de mobilisation populaire ; (3) la valeur stratégique des hydrocarbures pour les puissances internationales. Tout ceci pour dire que ce sont des conditions historiques qui ont placé les pays du Sud dans cette situation. Il ne s’agit pas de trouver des excuses afin d’expliquer notre état de sous-développement, mais de fonder nos analyses sur des hypothèses de travail solides. Il ne s’agit ni de culture ni de morale. Ceci dit, les faits sont là : nous enregistrons un retard notable dans la construction de l’État de droit, la démocratie, les libertés et l’alternance au pouvoir. D’où la nécessité de revoir la copie et d’appeler au changement pacifique du système de gouvernance. Il faut se méfier du leurre de l’électoralisme. Les élections plurielles ne signifient pas la  démocratie, puisque les gouvernants ont acquis l’art d’organiser des élections plurielles sans changement de majorité. C’est la démocratie de façade. Aujourd’hui, il y a urgente nécessité de passer d’un État faible par la force de la répression et l’exclusion (justifiées pour le maintien de l’ordre) à un État fort par la force du droit, de la justice et de la participation.
Il faut aider la société à s’imprégner des valeurs qui ont fait la grandeur de l’Islam au départ : cohérence entre dine et dounya, éternel attachement à la préservation de l’être humain, universalité, ouverture. De même, les commandements dans l’organisation sociale, l’organisation économique et les méthodes de sagesse et de démonstration convaincante. Nous les avons proposés dans les quatre contributions précédentes. Saha Aïdoukoum. (Liberté-09.09.2010.)

**Renouer avec l’Islam qui prend en considération les paramètres du temps et de l’espace.

*interview de Mohamed Aïssa, ministre des Affaires religieuses et des wakfs

–Vous arrivez à la tête du ministère des Affaires religieuses avec un discours de rupture…   

Ce n’est pas un nouveau discours ou une rupture, mais simplement une démarche qui vise à dépoussiérer notre islam ancestral. Retrouver une pratique modérée de l’islam qui prend ses sources dans le texte de la Révélation, dans le texte du Saint Coran et de la sunna, mais aussi qui prend en considération les paramètres du temps et de l’espace. C’est ce qui a fait l’histoire de cette religion. Et chaque fois qu’il y a eu égarement, cela a donné lieu à l’extrémisme.

Or l’Algérie s’est égarée, a perdu ses repères, ses référents en la matière. Et dans un contexte de «révolution» au nom d’un islamisme radical, nous avons perdu nos repères et nos référents authentiques. Nous avons oublié que nous appartenons à une civilisation qui a jailli de Cordoue et nous nous sommes retrouvés dans une pratique bédouine de la religion. Cela n’amoindrit en rien la vie bédouine, mais seulement, l’Algérie appartient à la Méditerranée, très proche de l’Europe, elle a été fortement influencée par  l’Andalousie. L’Algérie avait accueilli ceux qui ont été harcelés par l’Inquisition en Espagne et qui sont venus avec leurs arts leur savoir-faire, leur réflexion et leur philosophie. C’est ça l’Algérie qui a été contrainte à oublier ses jalons et ses repères. Comment faire en sorte de renouer  avec  l’islam de Cordoue ?

Ce que je fais, aujourd’hui, entre d’abord dans l’esprit de la lettre de mission qui j’ai reçue et dans une démarche gouvernementale qui poursuit l’objectif de développer et de promouvoir le référent religieux national. C’est une préoccupation qui concerne directement mon département qui doit dépoussiérer et déblayer ces référents. Pour que la nation dans laquelle est inscrit «l’islam religion de l’Etat», comprenne que cet islam a de tout temps accepté l’autre, est modéré et a toujours uni les Algériens ; comme étant  le catalyseur qui a pu réunir les Arabes et les non-Arabes, les gens de différentes couleurs et qui a uni le Sud et le Nord.

C’est cet islam que nous devons recouvrer. Nous devons retrouver ce que nous appelons dans notre jargon au ministère «l’Islam  référent national». Il ne s’agit pas du malékisme, je le dis et le redis.  La malékité de la société est une réalité, mais c’est celle qui permettait d’accepter l’ibadité, le hanafisme durant la période ottomane et permet aujourd’hui de puiser dans l’effort de jurisprudence hanbalite, ce qui est bénéfique pour la société algérienne. Mon discours s’axe sur tout cela pour promouvoir ce référent religieux national, il faut bien sûr parfois attirer l’attention sur des mouvements qui veulent le détruire. Au final, nous voulons réconcilier les Algériens avec l’islam authentique.

-Pensez-vous que les ingrédients qui ont conduit à un terrorisme massif durant la décennie noire sont encore là ? L’Etat a-t-il tiré la leçon de cette période tragique ?

Selon l’analyse, fournie par notre ministère depuis des années, est que l’interprétation de la religion est liée au temps et à l’espace.  Ce qui est propre au Pakistan ne l’est pas en Algérie, et vice versa. Ce qui s’est passé avant la décennie noire, c’est-à-dire le background et la philosophie qui a présidé à la décennie noire, est que nous avons importé une façon de pratiquer l’islam qui est propre à un autre pays. Je vous donne des exemples concrets, parce que nous avons oublié ce qui s’est passé, nous sommes amnésiques. Allez voir le Nigeria, c’est un pays musulman de rite malékite, il a importé le wahhabisme de l’Arabie Saoudite et cela a donné Boko Haram. L’Irak qui a toujours été hanafite et qui a importé une façon de pratiquer la religion propre aux pays du Golfe, cela a donné Daech. C’est exactement ce qui s’est passé en Algérie. En tout cas, les Algériens, les institutions et les imams se sont ressaisis et la mosquée, qui était le pupitre à partir duquel jaillissait la discorde, a été récupérée pour en faire un outil de réconciliation nationale, qui veut dire réconciliation des Algériens avec leur pratique ancestrale de la religion.

-Cette pratique importée est due justement à l’envoi des imams et des enseignants des instituts islamiques se former en Arabie Saoudite qui, au retour, diffusent le wahhabisme. Vous continuez encore à envoyer des imams en Arabie pour formation ?

Je ne me souviens pas que l’Algérie ait envoyé de jeunes Algériens pour se former en imama en Arabie Saoudite ou dans n’importe quel autre pays. L’Algérie a toujours formé ses imams, ils sont le fruits de l’Enseignement supérieur qui a en son sein des doctorants, qui sont formés dans des pays orientaux. Il se n’agit pas du wahhabisme qui est unificateur pour son pays d’origine, seulement lorsqu’on le greffe à un autre pays, il devient un danger. Nous avons des doctorants qui se sont ressourcés ailleurs que dans le wahhabisme, dans des contrées chiites et chez les confréries des Frères musulmans. Cela existe à l’université et forme actuellement des étudiants qui détiennent des licences en sciences islamiques et qui veulent devenir imams.

Le ministre des Affaires religieuses, vous le dit d’emblée, s’immunise contre ces courants en imposant un concours pour recruter des imams, mais également pour la formation. Tout détenteur d’un diplôme supérieur en sciences islamiques ne peut prêcher dans nos mosquées qu’après avoir suivi une formation qui dure un semestre suivi d’un examen. Nous avons exclu tous ceux qui veulent renouer avec la faute que nous avons commise avant 1990. Ce dispositif existe, conjugué avec les autres partenaires, les services de sécurité et le ministère de l’Enseignement supérieur avec lequel il a été convenu, à l’occasion de la prochaine rentrée universitaire, de créer un institut à double tutelle qui formera des imams.

Ces départements seront démultipliés avec le temps dans d’autres wilayas et nous pourrons parvenir ainsi à avoir un diplômé propre à l’Algérie,  engagé patriotiquement et authentique dans sa réflexion et dans sa démarche. L’Algérie n’a pas envoyé des imams pour des formations à l’étranger et ne le fera pas ; elle ne veut surtout pas renouer avec l’aventure.

-Il subsiste encore des mosquées et des lieux de culte qui sont sous le contrôle des imams radicaux, voire takfiriste. Votre département arrive-t-il à neutraliser ces fiefs ?

Aucune mosquée n’échappe au contrôle du ministère des Affaires religieuses et de l’Etat algérien. Elles exercent sous l’égide du ministère, les imams sont installés sous autorité, ce sont des fonctionnaires de l’Etat  qui perçoivent un salaire et ils sont assistés et accompagnés par des inspecteurs du ministère sur le terrain, ils sont sanctionnés positivement ou négativement. Certains établissements sont sous l’égide d’autres départements qui disposent de salles de prière. Et je vous assure que mon ministère ne cautionne pas le discours développé dans ces lieux.

C’est pourquoi nous avons avancé une alternative dans le cadre du décret présidentiel régissant les associations à caractère religieux pour convertir toutes les salles de prière civiles en des mosquées de quartier et de demander aux autres départements ministériels et à des établissements, publics ou privés, qui disposent de salles de prière une aide et une assistance pour gérer ces lieux de culte. J’ai adressé récemment une correspondance au ministère de l’Enseignement supérieur pour ouvrir un champ de concertation concernant l’invitation de certains «savants» – des prêcheurs – qui viennent de l’étranger pour une visite parfois touristique et que subitement se transforment en prêcheurs dans les salles de prière  des universités et ailleurs. J’ai déjà l’engagement de mon collègue de l’Enseignement supérieur et nous allons arriver à contrôler l’ensemble des lieux de culte en Algérie, non pas dans un but de restriction, mais d’assistance et d’accompagnement et surtout d’immunisation contre les dérives qui ont déjà mené l’Algérie vers la décennie noire.

-Votre ministère dispose-t-il d’un encadrement suffisamment qualifié pour  pouvoir porter votre réforme ?

Nous avons quelque 23 000 cadres pour 17 000 mosquées, seulement la formation n’est pas la même pour tous. J’ai des imams, des muezzins et des gardiens de mosquée, mais l’élite manque. C’est pour cela que  je prône la concertation avec d’autres départements ministériels. Nous interpellons les universitaires, les hommes de culture, les journalistes à s’impliquer non pas pour combattre les autres idéologies, mais pour mettre en relief une appartenance ancestrale, historique qui a fait l’honneur du bassin méditerranéen à l’époque de Cordoue et que nous voulons partager avec tous les Algériens. 

Ce n’est pas seulement un travail de prêche, mais de sensibilisation permanente et d’interpellation dans lequel doit s’impliquer tout homme de culture sinon tout intellectuel.  Et ce n’est pas  en nombre qu’il faut parler, mais en efficacité et compétence. Si Malek Bennabi était unique dans sa génération, il a marqué son époque parce qu’il était cartésien dans son analyse et je peux citer d’autres savants. L’Algérie a besoin que son élite intellectuelle savante s’implique  dans la société avec une volonté de sauvegarde et d’immunisation et surtout de patriotisme, sans laquelle aucun département ou institution  ne peut nous sauver. Et c’est pourquoi  je multiplie les appels et reviens à la charge à chaque fois pour mieux expliquer ma démarche.  

-Vous vous revendiquez cartésien…

Je suis un matheux. Descartes est venu bien après l’islam. Le concept de raison qu’il a développé recoupe celui développé par l’islam. La raison est le quintessence de ce que Le Tout-Puissant a créé en nous. Et c’est pour cela qu’il n’incombe aucune responsabilité à la personne qui perd sa raison. La raison doit primer.  

-Nous assistons à une montée de la violence et de l’intolérance due essentiellement à un discours religieux haineux diffusé dans certaines mosquées ?

Je partage complètement avec vous ce point de vue. Nous avons perdu nos jalons que j’ai énumérés plus haut. Le discours religieux actuel s’axe sur l’attaque. Nous avons perdu ce prêche qui vous serre le cœur, qui pousse à aller demander pardon à une personne que nous avons blessée, à nos mamans insultées. Nous avons perdu cette con science qui responsabilise et vous incite à revenir au droit chemin.
L’imam, actuellement, succombe, j’allais dire subi, à une pression sociétale un peu marginale et une pression qui est de plus en plus amorale mais surtout  violente.

Au lieu de guider la société, l’imam est plutôt guidé par  cette société, j’en sais des choses, j’ai été inspecteur général dans ce ministère. Je découvre à chaque fois que l’imam qui fuse radicalement, lorsque il s’attaque à un commerce, aux mères, à son voisin, et à l’autorité publique, généralement cela vient d’un petit lobbying autour de lui qui le pousse à le faire. Je m’engage, dès aujourd’hui, à lancer une campagne de civisme et de combat contre la violence dans les mosquées, les zaouïas et les centres culturels islamiques, dans les médias pour combattre ce fléau avec l’objectif de parvenir à une société de tolérance religieuse, civique et sociétale.  Ce sont des mots  que nos  mosquées ont perdus, nous interpellons nos imams à y revenir.

La propreté pour ne parler que de ça nous l’avons perdue, alors qu’il est dit dans le texte sacré que «La propreté tient de la foi». Le prophète de l’islam instruit tout un chacun à balayer devant chez soi. La période du terrorisme est révolue, maintenant nous devons mener à bon port notre société vers le civisme et donner l’exemple à autrui. Cette bataille, on l’engagera et se fera en collaboration étroite avec les départements en charge de l’école, de la communication, de la jeunesse et tous les acteurs qui ont un impact direct sur la société.

-En parlant justement de l’école, faut-il revoir le contenu des programmes de l’éducation islamique ?

Il y énormément de choses à revoir et je suis conforté dans cette démarche par ma collègue de l’Education nationale, Mme Nouria Benghebrit. Nous avons été instruits par le Premier ministre de revoir ensemble le contenu des programmes. Jusque-là,  enseigner l’éducation islamique formait un pseudo mufti et non un musulman civil, bon modéré, patriote. Les éducateurs renflouaient  les élèves de connaissances avec des références discutables, car ne venant pas du référent national en raison de la période durant laquelle ces programmes ont été établis.  Nous conjuguons nos efforts dans l’école publique, privée, coranique et privée pour parvenir à une culture civique et contre la manifestation de l’intolérance.

-Existent-ils des enseignants s’érigeant en apprentis muftis ?

C’est une réalité, mais je laisse le soin à la ministre de l’Education nationale de vérifier cela. Dans mon secteur en tout cas, je le constate. Dans les écoles coraniques, nous avons des enseignants s’érigeant en muftis autoproclamés, parce que cela a été rendu possible en l’absence d’un vrai mufti. Mon souci majeur est de dépoussiérer la proposition déjà avancée au niveau de la Présidence, qui consiste à ériger une institution de fatwas. Je la conçois comme une académie et à ce moment-là ces muftis autoproclamés découvriront qu’ils sont dépourvus de connaissances et de savoir et qu’ils sont uniquement des charlatans qui utilisent la religion à des fins mercantiles et politiciennes. Ils sont facteurs de blocage contre toutes les solutions que développe l’Algérie en matière de prise en charge de la société. Ils décrètent telle ou telle loi illicite (Ansej, prêt  sans intérêts à partir de la Zakat…).

Paradoxalement, ils justifient les fausses déclarations aux impôts,  ils trouvent licites des pots-de-vin pour faire passer des valises. Nous observons que ces gens-là sont les plus proches des barons de l’informel en Algérie. Je dois souligner que dans cette académie siègeront toutes les compétences nationales dans divers domaines et tous les rites confondus. Elle sera un espace de concertation et de débat ouvert et c’est le meilleur moyen pour neutraliser ces apprentis muftis.

-Nous avons observé depuis l’apparition des chaînes satellitaires et nombreux sont les Algériens qui sollicitent l’avis des prédicateurs étrangers, dont les fatwas sont à la limite de la haine, voire des appels au meurtre. Pourquoi ces Algériens se tournent-ils vers ces prédicateurs ?

J’ai constaté, quand j’étais directeur de l’orientation dans ce ministère, que ces charlatans venus d’ailleurs n’étaient pas reconnus comme muftis dans leur pays d’origine et qu’ils sont à la recherche de la notoriété et surtout le gain rapide et facile en prêchant sur des chaînes satellitaires privées à la recherche d’audience. Nous avons effectivement constaté leur influence dangereuse. Dès 2002, nous avons lancé sur la télévision nationale l’émission «fatwas en live», certes qui n’est pas parfaite, mais nous avons constaté que les Algériens reviennent de plus en plus vers nos imams.

La raison pour laquelle des Algériens se tournent vers ces «prédicateurs» est due à une gestion bureaucratique du culte chez nous, ce qui a poussé les Algériens à croire qu’il existe deux islams en Algérie. L’un officiel, celui du président de la République qu’il instrumentalise à des fins politiques et pour demeurer au pouvoir, et l’autre de la résistance  défendue malheureusement par ces charlatans. La réforme que j’avais engagée, et que je concrétise maintenant que j’ai des prérogatives en tant que ministre, est de bannir cette distinction. Nous n’avons qu’un seul islam celui pratiquét par nos ancêtres.L’imam n’a pas à autoriser ou à interdire, sa mission est de donner des conseils, d’être un exemple de rectitude.

-Dans ce chantier de réformes que vous avez engagé, le soufisme aura-t-il sa place ?

Surtout le soufisme. Nous sommes un pays de révolution et de révolte nous sommes des Amazighs, c’est une réalité, nous refusons d’être matraqués comme nous refusons d’être contraints à des choix que nous refusons. Les Algériens ont épousé l’islam à l’époque de Omar Ben Abdelaziz, lorsque qu’il avait envoyé dix érudits savants qui représentaient l’islam authentique et modéré de Médine. Ce sont ceux-là qui ont marqué le Maghreb qui à une époque avait épousé le soufisme.

Les livres d’histoire nous apprennent que  tous les exégètes et narrateurs pendant cinq siècles étaient des cheikhs soufis. Ils sont exégètes, jurisconsultes, narrateur de la tradition du prophète. Ce sont des choix non pas politiques mais ceux de la société elle-même. C’est pourquoi, lorsque est intervenu l’islam ottoman en Algérie, qui était nakchabandi dans un contexte soufi, il n’a laissé aucune trace en Algérie et c’est la même chose qui est intervenu dans le champ juridique avec son rite hanafite. Malgré la prédominance du rite malékite, les ibadites existent toujours. Le soufisme, la spiritualité qui est le ton dominant de notre référent religieux, le dogme d’El Achaâri qui utilisait la philosophie, sont les trois piliers de notre islam national qui sont soumis à la jurisprudence pour s’adapter au temps et à une diversité synonyme de richesse nationale.

-Parlons justement de cette diversité. Comment retrouver cette cohabitation sereine entre les religions qui a de tout temps marqué l’Afrique du Nord  ?

Elle existe au niveau des institutions. Je reçois des correspondances, les chefs d’église et nous engageons une concertation concernant l’impact positif des religions monothéistes sur notre société. Les musulmans ne veulent  pas convertir les autres qui ne le font pas non plus, ce qui a valu à monseigneur Duval d’avoir le surnom «Mohamed Duval», un homme qui avait soutenu la Révolution algérienne. Cela ne peut être oublié ou nié par la société algérienne, qui a la vision un peu parasitée. L’Algérien d’aujourd’hui n’accepte pas l’autre, son voisin, son coreligionnaire. Il faut insuffler le civisme dans la société, de sorte à renouer avec la civilisation moderne qui consiste en l’acceptation de l’autre. La mosquée doit bannir l’insulte contre les autres religions, il y a une évolution, mais des choses reste à faire.

-Est-ce que, aujourd’hui, les autres religions ont une place en Algérie ?

Tout à fait. Elles ont toutes leur place en Algérie, parce que d’abord ce sont des Algériens. Monseigneur Teissier a été consulté comme personnalité nationale pour la révision de la Constitution, le président de la République convie les chefs d’église aux fêtes nationales.
Le texte que nous avons soumis au gouvernement, qui j’espère va être validé en conseil du gouvernement, prend dans ses dispositions en charge l’organisation du culte autre que musulman à travers un mouvement associatif à caractère religieux. La République garantie la liberté de conscience interpelle les musulmans, les chrétiens et les juifs à s’organiser dans le cadre des lois de la République. C’est de cette façon que l’Etat défendra les églises, les synagogues s’il y lieu de les assister, de les sécuriser et d’insuffler dans la société le sentiment d’accepter l’autre et de pas avoir peur de cet autre.

-Nous avons vu à Ghardaïa un conflit qui a pris une ampleur confessionnelle jusqu’à voir des individus profaner des tombes ibadites. Comment en sommes-nous arrivés là ?

Le différend n’est pas religieux, il est d’ordre sociétal. C’est le refus de l’autre. Les problèmes du foncier, du travail, des arouchs et de l’appartenance se superposent avec une instrumentalisation malveillante dans une ambiance de haine. Quand on  est figé dans une appartenance, on harcèle l’autre sur cette base. Sans citer les noms, il y a ceux qui se ressourcent au Yémen qui font une projection dans ce qui se passe à Ghardaïa, cela devient dangereux. Le malékite qui habite à Ghardaïa est un Algérien, qui doit éprouver ce sentiment d’appartenance au pays. Et c’est pareil pour le Mozabite, qui lui aussi, avec son propre rite est une communauté algérienne qui a réussi à vivre, à commercer dans toutes les régions du pays.

-Le mouvement salafiste qui se fait de plus en plus conquérant, représente-t-il un danger pour la société ?

Je dirais qu’il représente un égarement de la société. Cette dernière croit que l’islam rigoriste développé par le salafisme est l’islam réel, et que celui prêché par des imams rémunérés par l’Etat est faux. Et c’est pour cela que j’insiste sur la nécessité de revenir à notre islam ancestral au référent national avec une formation solide des imams. Je ne voudrais pas citer un pays spécifiquement, mais nous remarquons que des prédicateurs qui suivent la politique de leurs gouvernements, qui considèrent l’illicite d’hier comme étant licite aujourd’hui, parce que leur politique a changé, qui hier ont poussé vers Daech et qui aujourd’hui le condamnent…  

-L’Arabie Saoudite, via sa représentation diplomatique, diffuse gratuitement le Coran accompagné des «tafassir» (interprétations) qui n’ont rien à voir  avec la pratique religieuse dans notre pays ?

Je n’ai pas cette information, ni par mon inspection ni par les rapports de sécurité, mais si cela s’avère vrai, je vais officiellement interpeller, par le voie diplomatique, l’ambassade qui se prête à cet exercice. C’est strictement interdit. Il est interdit aux Algériens de se faire accompagner par des manuels de pratique religieuse de certains pays. L’Etat sait se défendre et défendra la société. L’Algérie imprime son Coran, diffuse gratuitement des manuels qui nous sont propres. J’ai connaissance que certaines chancelleries d’obédiences autres que celle que vous citiez ont été interpellées et que certains diplomates ont été invités à quitter l’Algérie parce qu’ils ont usé de manuel de prosélytisme d’un rite banni dans notre pays.

*Hacen Ouali- El Watan-17/09/2014 

Il n'y a qu'un seul islam. Il n'y en a ni deux, ni deux cents. Rien qu'un et un seul! C'est l'islam du Coran

**il n’y a qu’un seul islam. 

Ce qui change, ce qui est pluriel, c’est le comportement des hommes, leur manière de comprendre et de pratiquer cette religion.

«A trop bien vouloir faire, on finit toujours par mal faire.» C’est un adage qui met en garde contre l’excès de zèle et tous ces comportements inutiles dont on pourrait aisément se passer sans rien perdre.
Notre ministre des Affaires religieuses veut faire bouger les choses. C’est tant mieux et nous l’avons déjà signalé dans ces mêmes colonnes. Il veut dépoussiérer les mentalités, et c’est très bien. Cela permettra au moins de secouer un peu notre léthargie et d’ouvrir les yeux à ceux qui les ont toujours gardés fermés ou semi-ouverts. Il veut reconsidérer l’état des lieux, et c’est parfait. Nous applaudissons. Il veut déterrer la perception du religieux de là où l’ont mise les incapables et les faux dévots. Nous avons dit bravo.
Toutefois, comme emporté par son élan, le ministre des Affaires religieuses, plutôt soucieux de faire dans l’inédit, semble ne plus avoir le temps de trop s’intéresser à ses propres idées et même à ses propres paroles. C’est, du moins, ce que l’on constate à la lecture de l’entretien accordé par M.Aissa à El Watan.

Il n’y a qu’un islam
C’est ainsi que notre ministre des Affaires religieuses, sans le vouloir peut-être, se trouve en train de conjuguer l’islam au pluriel. Or, en réalité, il n’y a qu’un seul islam. Il n’y en a ni deux, ni deux cents. Rien qu’un et un seul! C’est l’islam du Coran, celui de Mohammed (Qsssl), celui que nous connaissons tous.
«Dans un contexte de révolution au nom de l’islam radical, avait dit notre ministre, nous avons perdu nos repères et nos référents authentiques.» Or, il n’a jamais existé d’islam radical, tout comme il n’a jamais existé d’islam modéré non plus.
C’est dans la bouche et sous la plume des non-musulmans que l’on trouve ces expressions. Ils les utilisent pour décrire certains comportements qu’ils trouvent, plus ou moins, extrémistes. Est-ce que cela veut dire que, nous aussi, nous devons faire usage des mêmes expressions? Pour paraître moderne, doit-on, absolument, reprendre les mêmes expressions dans nos discours? Ou bien est-ce une manière, pour le ministre des Affaires religieuses, de lancer des signaux vers ceux qui nous regardent à un moment où certaines puissances tapent sur la table pour «la liberté du culte» alors que d’autres veulent la garantie d’un «islam modéré»?
Ce qui change, ce qui est pluriel, c’est le comportement des hommes, leur manière de comprendre et de pratiquer cette religion. Il y a des comportements modérés, des comportements extrémistes, des comportements radicaux, etc. Il y a autant de comportements que de manières de les classer. Mais il n’y a qu’un islam.
C’est pour cela que, admettre l’existence de plusieurs islam c’est déjà commencer à se perdre dans la forêt des mots car dire qu’il y a différents islam signifie qu’on peut entreprendre une certaine évaluation de l’islam en soi. L’aberration!
Que signifierait donc l’islam radical? Et quel sens donner à l’islam modéré? Lequel des deux est le plus loin de la Révélation? Et lequel en est le plus proche?

Ceux qui jugent l’islam
Dans ce jeu d’évaluation et d’étiquetage, certains ont fini par inverser les choses en déplaçant les repères. Souligner la prétendue modération ou la soi-disant radicalisation de l’islam c’est juger de sa conformité à certains repères humains. Or, vouloir juger une religion comme l’islam par rapport à des repères humains est en soi une prétention déplacée et un exercice débile. Cela nous rappelle l’ouvrage de Philippe d’Iribane L’islam devant la démocratie dont, à lui seul, le titre est révélateur de la conception erronée que se fait de l’islam ce chercheur du Cnrs, né pourtant dans un pays musulman (le Maroc). L’islam est une religion, la démocratie un style de gouvernement. Ce grand chercheur n’ignore pas que la comparaison nécessite l’homogénéité des choses comparées. Pourtant, il entreprend sa comparaison qui n’est, en fin de compte, qu’un plaidoyer contre l’islam, une accusation, une charge violente.
L’auteur ne cache ni ses intentions ni la démarche douteuse à travers laquelle il veut atteindre son objectif et il exhibe même, fièrement, la confusion qu’il entretient de manière volontaire entre islam et musulmans. «J’ai donc voulu enquêter sur la philosophie islamique, le droit islamique et remonter jusqu’au Coran pour comprendre. J’ai alors été frappé par la cohérence de cet ensemble sur deux principes: la vertu de l’unanimité, qui entraîne la réprobation des voix discordantes, et celle des certitudes indiscutables, qui excluent toute nuance entre ceux qui partagent ces évidences – qui sont les bons, les justes… – et ceux qui les contestent – les impies, les malhonnêtes. C’est cette perception très tranchée du bien et du mal, du vrai et du faux, basée sur des convictions inébranlables qui explique que, dans l’islam, le débat soit interdit.»
Il n’est nullement besoin de lunette astronomique pour voir comment l’auteur a volontairement accompli un cheminement douteux en passant de l’islam (philosophie islamique, droit islamique, Coran) aux hommes (voix discordantes, les bons, les justes… – et ceux qui les contestent…) pour revenir, en fin de compte, à l’islam (c’est cette perception… qui explique que, dans l’islam, le débat soit interdit).
Cette démarche lui a permis d’entretenir la confusion entre la religion et les hommes, entre l’islam et les musulmans pour arriver, à la fin, à vouloir faire porter à la religion les comportements des hommes et, surtout, à glisser l’idée d’une pluralité d’islam. Il le dit clairement. «Même, dit-il, si l’on voit depuis des décennies s’étendre et s’imposer un islam fondé sur une stricte application du Coran, il faut savoir qu’il existe d’autres formes plus ou moins réceptives aux valeurs démocratiques. Comme l’islam populaire et syncrétique qui vénère les saints (comme en Indonésie ou au Mali) et que l’islam strict et rigoureux que l’on connaît aujourd’hui combat depuis le XIXe siècle. Or on constate qu’en Egypte, nombreux sont ceux qui rejettent cet islam de dogmes et qui veulent revenir à une version antérieure de leur religion. A un islam plus apaisé, plus populaire.»
Dans sa charge contre l’islam, d’Iribane essaie de lui faire porter tous les maux des hommes. «Depuis toujours, dit-il, on sait que domine, dans les pays marqués par l’islam, la crainte de la division et le goût de l’unanimité. C’est cette spécificité qui explique l’absence de tolérance de ces cultures face à toute forme de pluralité et donc la difficulté à accepter la liberté de la presse, la liberté d’expression, de conscience, etc.». Voilà! Tout est dit.
La colère cachée de ce vieil homme contre l’islam provient de sa déception de voir les pays musulmans, tout comme la Chine d’ailleurs, ne pas rentrer dans les rails décidés par l’Occident.
Il le signifie sans détour: «On a longtemps cru, soutient-il, que toutes les cultures étaient en train de converger, que certaines mettaient simplement plus de temps que d’autres à entrer dans le processus mais que, au final, l’ensemble de l’humanité allait bientôt ressembler à l’Occident. Or, lorsque l’on voit la Chine et l’islam, il ne semble pas qu’on en prenne le chemin.»

Changement de cap
Que des non-musulmans parlent de l’islam au pluriel, cela n’a rien de surprenant, et l’on trouverait bien mille et une enseignes sous lesquelles inscrire de tels propos et une telle démarche, peu amènes, mais lorsque cela vient d’un musulman, un ministre des Affaires religieuses, de surcroit, cela ne peut que choquer.
Mener campagne pour que l’on cesse de tout faire porter à l’islam, voilà, une bien belle mission pour notre ministre des Affaires religieuses. Oui, s’il arrive à faire comprendre aux gens, musulmans et non musulmans, qu’il n’existe qu’un seul islam mais que la pratique de cet islam diffère selon la compréhension des uns et la perception des autres, ce serait une belle chose. S’il arrive à inverser le raisonnement pour que l’on arrive en fin de compte à saisir le comportement des musulmans par rapport à leur religion au lieu de juger l’islam par rapport au comportement des musulmans, ce serait une réussite plus grande encore.
Nous ne devons point nous cacher la réalité du monde. Ni sous une gandoura ni dans le noeud d’une cravate.
Les non-dits des expressions comme «l’islam modéré» ou «l’islam radical» sont aussi sournois que pervers. Les reprendre est une erreur, surtout lorsqu’on dit être venu pour dépoussiérer les consciences et secouer les volontés de bien faire les choses.
Si nous parlons donc d’hommes modérés, nous en trouverons bien parmi les musulmans, les chrétiens, les juifs et ailleurs. Et aucune religion n’en sera stigmatisée.
Si nous parlons de comportements radicaux des hommes ou de comportements extrémistes, nous allons aussi en trouver un peu partout dans ce monde.
Dans toutes les confessions, dans toutes les races, à travers tous les continents. Mais si nous parlons d’islam modéré ou d’islam radical, où bien donc allons-nous les trouver? Chez les Zoroastristes? Allons, allons, ouvrons un peu les yeux! *Par Aissa HIRECHE - Dimanche 21 Septembre 2014-L’Expression

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44 réponses à “L’islam Dine et Dounya”

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