El Bahdja retrouve son chaâbi

Les chouyoukh régalent les mélomanes sans toucher le moindre sou.

Non, vous ne rêvez pas. Les notes qui vous parviennent émanent d’une touchia, jouée pour de vrai. Nous sommes à El Kettani, au pied de Bab El Oued. Sur l’esplanade souffle une mélodie portée par l’air marin. Répandues dans le ciel, les notes illuminent les étoiles. Chaque astre brille pour un maître du chaâbi. El Hadj M’rizek, El Hadj M’hamed El Anka, Dahmane El Harrachi, El Badji, El Hadj El Hachemi Guerrouabi, Amar El Achab et les autres sont là.. Les maîtres sont venus apprécier les performances de leurs élèves.
Rendez-vous est pris au café El Bahdja. Cela fait un bon moment que la prière des taraouih a pris fin. L’aiguille marque 22h. C’est l’heure! Au café El Bahdja règne une ambiance qui rappelle les félicités d’Alger d’antan. Les Dziryate ont repris leurs plumes pour écrire une nouvelle page de l’histoire d’El Bahdja. «Goulou li ya samaïne rihet El Bahdja win?» (Vous qui m’écoutez, dites-moi qu’est devenue l’âme d’Alger) se lamentait Abdelmadjid Meskoud. Eh bien, en ce mois sacré, Alger a retrouvé son âme. Sur la fibre du chant authentique, El Bahdja a replongé dans le monde merveilleux du nabaoui (chant religieux). Ce soir, une nouvelle page du livre d’or du chaâbi vient d’être ouverte. A l’intérieur du café El Bahdja, la scène de la qaâda est fin prête. Les enceintes sont installées, la table préparée, les chaises prêtes à recevoir le cheikh et ses musiciens. Les chaises sont adossées au mur sur lequel est suspendu un tapis représentent la Kaâba, Lieu Saint de l’Islam. Au milieu de la table est déposé un vase plein de fleurs, à côté d’un plateau garni de tasses et d’une cafetière. Les mélomanes ont déjà pris place à l’intérieur comme à l’extérieur de l’établissement. Exiguïté de l’espace oblige, ceux qui sont «dehors» sont plus nombreux que ceux qui sont «dedans». Tels des papillons enchantés, «les garçons» de café flânent entre les présents. «Apportez-moi du qalb ellouz, khouya», demande un client. Le thé, le café et le qalb ellouz «tournent» entre les tables. A chaque client ses préférences. Au coin de la salle, tout près de la scène, nous apercevons un vieil homme, les cheveux gris et bien coiffés. Sur les rides de son visage, le temps a laissé une empreinte, celle d’une longue histoire d’amour le liant au chaâbi. «Ammi, entre vous et le chaâbi, c’est un long roman qui continue de s’écrire?», A notre question, Chérif Hammad, 82 ans, replonge dans les souvenirs de son enfance. Le regard du vieil homme retrouve les visages de ceux qui l’ont longtemps bercé. Ecoutons-le: «J’ai assisté à des soirées animées par El Hadj M’rizek, El Hadj M’hamed El Anka, Khélifa Belkacem, El Hadj Menouar, Omar Mekraza, Mohamed Rachid et d’autres. A chaque rendez-vous, la magie de la musique m’emportait aux nues.» A un moment, le regard du vieillard brille.
Se décline alors l’image intacte de la soirée de son mariage en 1952. Laissons-nous envelopper par la volupté de cette évocation. Ammi Chérif raconte: «Je n’oublierai jamais cette soirée. Plus de 1000 personnes ont assisté à la qaâda, plus de 1000 coeurs ont vibré aux rythmes, de Mersoul Fatma et de Mehenni El Djoudi et El Arfaouia. La soirée fut animée par le grand El Hadj Mohamed El Anka.»
La huitième décade entamée, Ammi Chérif n’hésite pas à venir de Birkhadem à Bab El Oued, une quinzaine de kilomètres pour vivre les moments de bonheur que procurent les qaâdate.
Un homme, au seuil de la soixantaine, arrive. Après les salamalecs d’usage, Ammi Chérif l’invite à la discussion. «C’est un musicien», nous confie-t-il. L’homme en question, d’une corpulence imposante, est joueur de banjo. Dans la vie courante, le musicien troque son banjo pour la plume. Il est également dessinateur. Le dessin a fait de Ammi Ahmed un technicien supérieur en génie civil. C’est dire que chez l’artiste, la muse s’exprime de différentes façons. Derrière ses lunettes, le regard de Ammi Mohamed nous invite à le découvrir, jeune et plein de verve, effectuant ses premiers pas dans la chanson chaâbie. D’une voix tendre, il se lance dans un récit digne des Milles et Une nuits. Le musicien retrouve l’enfant en lui. L’enfant suit les pas de Mersoul Fatma. L’envoyé de la fée d’El Anka le mène à travers l’histoire du qsid. L’histoire s’écrit en poème. Le poème coule comme un fleuve portant en douceur les songes du garçon. A l’âge de 17 ans, le fleuve dépose Mohamed devant la porte d’un Collège d’enseignement général (CEG) à Kouba. Il l’ouvre et s’ouvrent devant lui les voies d’un monde, jusque-là, insoupçonné. «Ma première soirée, je l’ai animée en 1970 avec Abdelkader Touchi. Depuis, j’ai travaillé avec tant de noms qui ont fait les beaux jours du chaâbi. Parmi ces noms, figurent Kamel Bourdib et El Hadj Boudjemaâ El Ankis».
La discussion prend une saveur particulière. L’ambiance est agrémentée par la présence de M.Youcef Kechkar, chauffeur de taxi et chanteur. Malgré ses 65 ans, l’animateur des qaâdate et aâras (fêtes), n’a rien perdu de sa grâce. Le souffle du chaâbi a envahi le chanteur dès l’année 1959. Durant 40 ans, Ammi Youcef n’a produit que deux cassettes. «La première en 1985 et la seconde en 1986», confie-t-il. La raison? Selon Ammi Youcef: «Nous sommes les victimes des éditeurs et autorités qui tendent à marginaliser le chaâbi et ses chanteurs. Pourtant, cette musique fait partie de l’identité nationale», nous confie-t-il On nous invite à céder la place.
Le cheikh qui devait animer la qaâda de ce soir est arrivé. Il s’agit de Madani Haroun, originaire de Bou Haroun dans la wilaya de Tipaza. «Quels sont les chouyoukh qui vous ont marqués?» En digne héritier de la musique chaâbie, Madani Haroun répond: «Je respecte tous les chouyoukh, mais j’ai un penchant pour Amar Ezzahi». C’est en 1980 que Madani Haroun a entamé une carrière de 25 ans. Fait curieux, le chanteur ne compte qu’un album durant tout son parcours. Comme pour pousser la surprise jusqu’au bout, Madani Haroun avoue: «L’album est en préparation et il contiendra des qsids chaâbis». Vivement que l’album sorte! Sur ces mots, le chanteur prend place avec ses musiciens, deux joueurs de banjo et un percussionniste. Un note aiguë s’échappe de l’un des deux banjos. La percussion prend le relais. L’autre banjo reprend en «grave». De son mandole, Madani Haroun orchestre le tout. La touchia est lancée. Que la soirée commence!
La mélodie évolue sur un rythme qui nous invite à redécouvrir les merveilles oubliées d’Alger. Au bout d’un moment, la croisière musicale fait une halte. Alors, Madani Haroun lance un istikhbar. «Lli Yetleb Yetleb Rebbi (qui veut demander, demande à Dieu)», par ce vers, le cheikh lance un nabaoui qui rappelle les soirées ramadhanesques de jadis. Les mélomanes sont transportés par les notes enivrantes. Mohamed Sase, copropriétaire du café avec son frère Smaïl, sont aux petites soins avec les clients. En toute modestie, Mohamed raconte: «Cet amour pour le chaâbi, nous l’avons hérité de notre père feu Abdelkader, qui était un ami de El hadj M’hamed El Anka». Ensuite, Mohamed nous invite à le suivre et…agréable surprise: les anciens élèves d’El Anka sont là! Parmi eux se trouve cheikh Kamel Fardjallah. «J’ai commencé en 1966 au conservatoire d’Alger, sis à Bab El Oued». A l’époque, les élèves du chaâbi suivaient des cours chez El Hadj M’hamed El Anka. Du grand maître, cheikh Fardjallah garde le souvenir d’«un maître, à la fois, rigoureux et pédagogue». Un peu plus loin, nous apercevons cheikh Abldelkader Chercham. Le chanteur a fréquenté le Conservatoire d’Alger à partir de 1965. «En 1970, j’ai eu le Prix de l’unanimité au niveau du Conservatoire». Un souvenir particulier? Abdelkader Chercham raconte: «L’un des événements les plus marquants de ma carrière remonte à l’année 1969. Cette année-là, je fus désigné par El Hadj El Anka pour prendre l’intérim. En 1972, j’ai pris la succession du maître et j’ai enseigné jusqu’en 2005.»
Pour ce Ramadhan, Abdelkader Chercham a effectué l’enregistrement de six titres en kabyle.
Intitulé Delbagh Allah, Rebbi yiwen (j’implore Dieu, l’Unique), est l’un des titres de la production du chanteur. Les autres sont des reprises de El Hadj M’hamed El Anka, de H’sisen et de cheikh El Hasnaoui.
Cet enregistrement sera diffusé durant ce Ramadhan sur la Chaîne tamazight. Durant ce mois sacré, le café El Bahdja accueille des noms et pas des moindres pour égayer les nuits d’El Bahdja, organisées par l’association Noudjoum El Bahdja. Cette association contre vents et marées, travaille bénévolement pour rendre au chaâbi son lustre d’antan. A ce titre, le président Sid-Ali Bahari lance un appel aux autorités concernées: «Aidez-nous à nous réapproprier notre culture. Nous ne pouvons plus continuer à travailler dans le bénévolat.» Information révélatrice: les chouyoukh animent les soirées du café El Bahdja sans toucher un sou. Tout simplement, ils continuent à jouer par amour pour leur art favori. Cela dit, une question s’impose: où est le grand Amar Ezzahi? (L’Expression-03.09.09.)

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4e Festival national de la chanson chaâbi

Les différentes étapes d’organisation et les grandes lignes du programme du 4e Festival national de la chanson chaâbi, dont la finale des compétitions se tiendra au Théâtre national Mahieddine- Bachtarzi (Alger), ont été présentées lors d’un point de presse, animé samedi, à l’Institut national supérieur de musique (Insm). «L’opération de sélection a débuté dès le mois de mars dernier avec l’enregistrement des fiches de participation des candidats et après le casting auquel ont pris part les jeunes amateurs de toutes les wilayas. On a organisé les présélections qui ont abouti aux demi-finales tenues à Sétif, Mostaganem et Alger en juillet 2009», a indiqué M.Abdelkader Bendamèche, commissaire général du Festival national de la chanson chaâbie. «Pour Alger, nous avons inclus ces demi-finales dans le cadre du 2e Festival culturel panafricain», a précisé l’organisateur, ajoutant que 83 jeunes artistes sont arrivés aux demi-finales et 30 à la finale. Evoquant le programme du festival, M.Bendamèche a confié que cette édition sera organisée en hommage à l’artiste défunt Hadj M’rizek tout comme seront honorés les interprètes Amar Lachab et Hassen Saïd. «Nous avons rendu, lors des trois précédentes éditions tenues en 2006, 2007 et 2008, hommage respectivement à El Hadj M’hamed El Anka, à Hadj El Hachemi Guerrouabi et à Mohamed El Badji, qui était également un grand militant», a rappelé Bendamèche soulignant que le festival, depuis sa création, se tient sous le signe «Le savoir et la connaissance». Au programme de cette édition figurent trois journées d’études en direction des jeunes artistes participant à la finale ainsi que, «comme le veut la tradition», l’édition d’un «diwan» (recueil) regroupant les poésies qui seront interprétées à cette occasion.(l’Expression-07.09.09.)

 

 

 

143 réponses à “El Bahdja retrouve son chaâbi”

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