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Pour un Maghreb des peuples

**Les Tunisiens peuvent travailler en Algérie sans permis de travail

Désormais, les Algériens et les Tunisiens ne seront plus soumis à l’obligation d’obtenir un permis pour pouvoir travailler dans les deux pays.

C’est ce qu’a déclaré, hier, sur les ondes de la Radio Chaîne 3, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Mohamed El Ghazi. Les ressortissants des deux pays auront, donc, juste un document délivré par les wilayas. L’accord devait être signé hier à l’occasion des travaux de la 20e session de la Grande commission mixte algéro-tunisienne, coprésidée par le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, et le chef du gouvernement tunisien, Habib Essid. Dans une déclaration faite à son arrivée avant-hier à Alger, le chef du gouvernement tunisien a affirmé que sa visite en Algérie était «une occasion pour renforcer la coopération et la concertation autour des questions politiques et économiques d’intérêt commun».

Les relations de coopération entre l’Algérie et la Tunisie dans le domaine de l’énergie ont «atteint un niveau d’excellence», ont affirmé le ministre de l’Energie, Salah Khebri, et le ministre tunisien de l’Industrie, de l’Energie et des Mines, Zakaria Hamad, qui s’exprimaient à l’issue d’un entretien qui a porté sur l’évaluation de l’état d’avancement de la coopération énergétique bilatérale. «Le travail entre nos deux pays se poursuit dans de très bonnes conditions et nos relations sont excellentes», a déclaré M. Khebri à l’APS après cet entretien.

Les deux parties ont convenu d’établir des évaluations continues de la coopération bilatérale dans le domaine énergétique. Pour sa part, le ministre tunisien a indiqué que son pays était toujours intéressé pour développer la coopération énergétique avec l’Algérie. «Nous avons fait un suivi des décisions que nous avons prises lors de la dernière rencontre (en septembre dernier, ndlr). Tout va pour le mieux.

Nous sommes en train de concrétiser ces décisions et notre coopération est excellente», a souligné M. Hamad. Il a ajouté que les deux parties se penchent sur le développement de cette coopération dans différents volets : approvisionnement en gaz, renforcement des achats du gaz algérien et augmentation des capacités de stockage tunisiennes. En 2014, il a été convenu que l’Algérie alimente les villes frontalières tunisiennes en gaz naturel, notamment Sakiet Sidi Youssef, Tabarka et Aïn Draham dans un premier temps.

De même, il avait été mis en service, durant le même année, la 5e interconnexion électrique liant Annaba à Tunis d’une capacité de 400 kw. Cet ouvrage est accompagné d’un contrat commercial d’échange d’énergie (électricité) conclu en juillet 2015 entre Sonelgaz et la Société tunisienne d’électricité et de gaz (STEG). Fin septembre dernier, les deux pays avaient affirmé, à l’occasion de la visite à Alger de Zakaria Hamad, leur volonté de renouveler les contrats d’approvisionnement de la Tunisie en gaz naturel algérien et l’élargissement des capacités de ce pays voisin de stockage du gaz liquéfié. Sur les questions qui préoccupent la sous-région, il y a une entente parfaite entre les deux voisins.

Le secrétaire d’Etat tunisien chargé des Affaires arabes et africaines, Touhami Abdouli, a souligné à son arrivée avant-hier à Alger «la convergence de vues» entre l’Algérie et la Tunisie concernant les questions d’intérêt commun et d’actualité. Dans une déclaration à la presse au terme de ses entretiens avec le ministre des Affaires maghrébines, de l’Union africaine et de la Ligue arabe, Abdelkader Messahel, M. Abdouli a indiqué qu’«il y a une convergence de vues totale entre les deux pays sur les questions économiques, sociales et politiques d’intérêt commun, ainsi que les questions d’actualité, notamment les crises libyenne et syrienne».

C’est qu’a rappelé aussi Abdelkader Messahel qui a estimé, dans une déclaration rapportée par l’APS, que l’Algérie et la Tunisie «partagent la même vision» concernant «le règlement politique de la crise libyenne à travers la formation d’un gouvernement d’union nationale et le rôle de l’ONU dans le règlement de la crise». Selon lui, outre la situation en Libye, les deux parties ont évoqué «la lutte antiterroriste et la situation au Sahel». En somme, a-t-il encore souligné, les dix accords qui concernent la coopération bilatérale dans plusieurs domaines et les questions d’intérêt commun «permettront aux peuples algérien et tunisien de s’unir davantage, notamment dans le contexte régional actuel».*el watan-mardi 27 octobre 2015

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*L’intégration économique otage des contraintes géopolitiques

Le Grand-Maghreb face à la nouvelle donne régionale

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Bien que des changements soient intervenus dans certains pays du Maghreb avec l’arrivée au pouvoir des islamistes en Tunisie, au Maroc et en Libye, une relance de l’Union maghrébine, qui aboutirait à une intégration économique de la région, est encore peu probable, de l’avis des experts nationaux et étrangers.

Zoubir Yahia, professeur en relations internationales et directeur de recherche en géopolitique à Euromed Management, affirme qu’«il y a des possibilités, mais il y a trop de flou en ce moment pour s’attendre à ce qu’il y ait des changements». La dernière visite du président Bouteflika en Tunisie pour assister à la commémoration de la première année de la chute de Ben Ali où celle effectuait la semaine dernière par le ministre des Affaires étrangères marocain en Algérie «donnent l’impression qu’il existe une volonté de changement, mais ce n’est pas la première fois qu’il y a de tels mouvements» qui sont davantage révélateurs d’«une politique des petits pas». Si l’arrivée des islamistes au pouvoir est une certitude dans les pays précédemment cités, on ne peut pas en dire autant pour les perspectives de l’UMA dans ce contexte, car il reste encore «des inconnus», selon M. Yahia.

«La situation libyenne n’est pas superbe, il existe encore une instabilité qui pose un problème sécuritaire aux frontières non seulement pour l’Algérie, mais aussi pour la Tunisie, il y a les législatives qui vont avoir lieu en Algérie et on ignore si l’arrivée du PJD au Maroc va changer la donne». Sans compter, ajoute-t-il, qu’il «reste beaucoup de problèmes à régler : le Sahara occidental, mais aussi la réouverture des frontières algéro-marocaine et sous quelles conditions». Pour Didier Billion, directeur des publications de l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), «aujourd’hui, on est dans une nouvelle configuration politique, mais ce n’est pas le caractère islamiste ou pas de ceux qui se retrouvent aux affaires dans certains pays du Maghreb qui va modifier fondamentalement la question ; les contraintes géopolitiques dépassant largement les référents idéologiques».

 Il s’agit, selon lui, de savoir si les nouvelles équipes au pouvoir «ont plus de volonté politique indépendamment de leur affiliation idéologique à tenter de se rapprocher avec leurs voisins pour construire un certain nombre de projets communs». Or, «personne ne peut répondre à cette question parce qu’on est encore dans des problèmes de transition», mais «peut-être que l’initiative peut venir de l’Algérie qui elle connaît une stabilité plus affirmée que les autres pays de la région». Autant d’incertitudes qui laissent à penser que les solutions politiques aux marasmes de l’UMA devront encore attendre, reléguant au second plan l’objectif d’une intégration économique. Car loin des discours officiels, la réalité est tout autre.

 Chacun pour soi…

 Dans un livre intitulé L’Algérie et le Maroc : Quelles convergences économiques, Camille Sari, docteur en sciences économiques, note que le Maghreb est la seule région au monde qui ne connaît pas de construction régionale et où le commerce intra-maghrébin est insignifiant. Forts de leurs propres atouts économiques (l’énergie pour l’Algérie et la Libye, l’agriculture et le phosphate pour le Maroc, le tourisme et les services pour la Tunisie), les pays du Maghreb semblent très bien s’accommoder de l’absence d’un marché commun.

 «Pour le moment, chacun pense qu’il peut s’en sortir seul», estime le professeur Yahia pour qui l’intégration est néanmoins «nécessaire» au vu des «pertes considérables» pour les pays en termes de croissance. Selon la Banque mondiale, le coût du non Maghreb coûte à la région un à deux points de croissance. Selon cette institution l’intégration maghrébine pourrait accroître le PIB réel par habitant en Algérie, au Maroc et en Tunisie de respectivement 34, 27 et 24% entre 2005 et 2015.

 Cela sans compter qu’un marché intégré «attirerait beaucoup plus les investisseurs étrangers que les pays pris individuellement», pense M. Yahia. C’est d’autant plus vrai, explique-t-il, que pour l’instant, les économies maghrébines sont à la peine : l’économie tunisienne a été fragilisée avec la chute de Ben Ali et la baisse des recettes du tourisme, en Libye c’est l’instabilité politique, alors que l’Algérie reste à la merci du pétrole et avec 47 milliards de dollars d’importations comme l’année dernière ça peut être une catastrophe comme en 1986 si les prix baissent.

 Une monnaie commune pour faciliter les échanges

 Pour Camille Sari, l’intégration économique maghrébine est un moyen de «gagner en indépendance économique». Pour y arriver, il considère «indispensable de créer une union douanière» afin que le libre-échange soit de mise à l’intérieur des frontières de l’UMA et que les entreprises maghrébines ne payent pas de droits de douane.
Il propose dans un second temps de mettre en place une monnaie commune le «dinrham» (contraction des mots dirham et dinar) qui cohabiterait avec les monnaies nationales.Son rôle est de faciliter les échanges de biens, de services et de capitaux sans altérer le droit de battre monnaie de chaque Etat. L’objectif est de passer d’un taux des échanges entre pays du Maghreb de 2% à 40%, ce qui est la moyenne des échanges au sein des zones économiques internationales.

 Les islamistes seront-ils plus enclins à jouer la carte de l’intégration économique au-delà des clivages politiques ? Rien n’est moins sûr. Pour l’ancien diplomate algérien Abdelaziz Rahabi, «le courant islamiste au Maghreb n’a pas encore une doctrine économique claire sur le plan interne et des réponses aux vrais problèmes posés par le démantèlement tarifaire contenu dans les accords d’association avec l’Union européenne, l’adhésion à l’OMC ou encore la zone le libre-échange arabe». Il n’est d’ailleurs pas exclu, selon lui, «que les islamistes reproduisent le discours des années soixante sur le Maghreb des peuples dans une première phase avant de passer au libre commerce dans une deuxième phase pour revenir à la case départ dans 4 ou 5 années». Quant à l’Algérie, «faute de débat national, on risque de payer, encore une fois, le coût du dogmatisme qui a marqué notre politique maghrébine depuis les années quatre-vingt», estime M. Rahabi. (El Watan-30.01.2012.)

***   «L’Algérie n’est pas responsable du blocage de l’UMA»

 L’UMA dans son architecture actuelle est «dépassée» et il est de la responsabilité de l’Algérie de faire admettre à ses partenaires la nécessité de la «repenser».

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C’est du moins, ce qu’a déclaré Abdelaziz Rahabi, ancien ambassadeur de l’Algérie à Madrid, qui estime dans un entretien à El Watan Economie que «l’Algérie peut proposer d’engager un débat sur la réforme de l’UMA pour plusieurs raisons».
D’abord, parce qu’elle «n’est pas responsable du blocage de l’UMA et à ce titre, elle n’a pas à assumer le passif en la matière». Ensuite, parce qu’elle «a donné plus que quiconque à l’intégration économique en finançant, notamment, pour plus de 200 millions de dollars, en pure perte, des projets industriels en Tunisie et en ouvrant son marché aux produits maghrébins». Et enfin, parce qu’«elle a adopté également un choix plus politique qu’économique en faisant transiter plus de la moitié de son gaz par le Maroc et la Tunisie».

Tout cela lui donne une sorte de «légitime crédibilité» pour convaincre ses partenaires de l’impératif de repenser l’Union. Si l’UMA est aujourd’hui en panne, c’est d’abord parce qu’elle est «le fruit d’un grand malentendu», estime M. Rahabi, se demandant s’il s’agissait «de concrétiser une aspiration des nationalistes maghrébins contenue dans le traité de Tanger en 1958 ou bien de former une espèce de syndicats de monarques ou encore d’aboutir à une intégration économique avec des économies peu complémentaires». Au sommet de Zéralda en 1988, les dirigeants avaient «mesuré le poids des différents blocages, mais ils étaient conscients de la nécessite d’une organisation régionale politique, économique et culturelle».

 Le problème est, dit-il, que l’Union «reproduit ses propres contradictions en n’accordant pas la place qu’il faut aux opérateurs économiques et sociétés civiles au Maghreb qui s’imposent comme des acteurs et les moteurs du changement dans le Monde arabe».S’agissant du coût du non Maghreb, l’ancien ambassadeur soutient que «la croissance économique de la région «est plus tributaire de politiques économiques de chacun des pays et des exigences de bonne gouvernance que de la libre circulation de marchandises». Le fait est que les 5 pays du Maghreb font l’essentiel de leur commerce avec l’Occident et l’Asie, alors que les échanges entre eux ne dépassent pas les 3%. Tout le reste n’est que «marketing diplomatique visant à faire porter à l’Algérie la responsabilité du blocage de l’UMA.(El Watan-30.01.2012.)

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Pour un Maghreb des peuples  P160502-11

MOHCINE BELABBAS, PRÉSIDENT DU RCD

« L’intégration maghrébine est notre salut »

Le président du Rassemblement pour la culture et la démocratie, Mohcine Belabbas, a déployé hier, tous ses talents d’orateur pour plaider la cause de l’intégration économique nord-africaine qui constitue, depuis quelque temps, le cheval de bataille du RCD.
«L’avenir de notre pays est inséparable de lespace nord-africain», a-t-il déclaré à l’ouverture d’un Colloque international sur l’économie et le coût de la non-intégration nord-africaine organisé par son parti.
«Malgré des malentendus et des insuffisances, nos aînés ont compris que la solidarité entre nos pays était l’une des conditions qui allait mener à la libération de nos nations», a ajouté M.Belabbas. Ce qui avait été souhaité durant l’occupation coloniale devient aujourd’hui une condition essentielle de notre développement, de la sécurité de notre région, de l’émancipation de nos peuples; nos peuples doivent apprendre à se reconnaître, s’apprécier, s’aider», a-t-il déclaré devant une foule de cadres, d’économistes, d’experts et de chefs d’entreprise, dont des Marocains et des Tunisiens.
Déclinant par la suite l’ambition du parti qu’il manage à travers l’organisation de cette rencontre, Mohcine Belabbas a souligné que, au-delà des nombreuses études qui chiffrent le blocage du projet de l’intégration économique nord-africaine, «le RCD inscrit son action dans une régionalisation qui redonne du sens au territoire à travers l’institution d’une Fédération des Etats d’Afrique du Nord». Néanmoins, M.Belabbas a insisté sur le fait que «l’intégration régionale est avant tout une stratégie pour la croissance économique, le développement des marchés, la création d’emplois, l’améliorations des conditions de vie», ce qui laisse entendre que même si les pays du sous-continent nord-africain peinent à s’entendre politiquement, ils sont stratégiquement tenus de mettre leurs différends politiques de côté et laisser les intérêts économiques des uns et des autres imposer leur loi.»
En plus d’être pragmatique, cette perspective est, pour le président du RCD, possible car, «la proximité géographique, l’identité commune et l’histoire partagée facilitent l’intégration d’autant plus que la conjoncture et les tendances lourdes sont à la construction d’ensembles humains administrés dans une décentralisation libératrice des compétences face aux impératifs de la mondialisation». Le président du RCD a fait savoir que «la stabilité est avant tout un projet crédible aux yeux de la population, un projet économique et social, une assise financière saine, davantage encore un déploiement stratégique et politique intégrant toutes les opportunités et prévenant les contraintes de notre environnement».
De plus, a-t-il ajouté, «la stabilité se nourrit de la diversification de la production, de l’investissement dans l’industrie et les infrastructures, d’un secteur bancaire encourageant le financement de la production nationale, d’une agriculture intensive». Abdelhak Lamiri, P-DG de l’Insim et expert en management a, par la suite, souligné, dans un exposé qu’il a présenté sur la transition vers une économique de production, que les principaux problèmes qui se posent pour l’économie algérienne s’articulent autour du management et de la gestion. «Il existe une corrélation étroite entre la qualité du système éducatif et la croissance économie. Sans système de formation performant, sans gestion et management de qualité, aucune croissance économique n’est possible. Or, chez nous, alors que nous avons une économie sous-gérée, nous lui injectons des sommes colossales. C’est comme si on donnait de l’argent à un alcoolique. Il ne peut l’utiliser que pour s’enivrer. L’argent qu’on injecte dans l’économie algérienne ne peut qu’alimenter les circuits informels et de corruption», a-t-il analysé en plaidant pour une réforme structurelle profonde à la base avant de penser aux financements de l’économie.
Dans son intervention sur les solutions à court terme à la crise actuelle Ali Benouari a, lui aussi, plaidé pour une rupture totale avec le modèle actuel de croissance en recommandant la mise en oeuvre de réforme de tout l’appareil économique national, en commençant par son centre de pilotage: la décision politique. Néanmoins, il a formulé, dans la foulée, quelques pistes susceptibles d’être explorées à court terme, notamment l’abolition de l’Accord d’association avec l’Union européenne, la dévaluation du dinar, l’augmentation des taxes douanières, la révision des transferts sociaux, etc.
Dans l’après-midi, le coordinateur d’Ibtikar, Sammy Oussedik, MM.Arab et Belhadh, respectivement économistes marocain et tunisien, ont animé une table ronde sur le «coût de la non-intégration nord-africaine» et, à travers des échanges très riches sur tous les enjeux qui entourent cette perspective fédératrice, une opinion unanime a été dégagée: l’intégration économique nord-africaine profite pour l’ensemble des pays de la région.*Par Amar INGRACHEN - Lundi 02 Mai 2016 / L’Expression

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****Au Maroc, alors que les villes comme Marrakech et Ouarzazate attirent nombre de touristes, et rassemblent les montagnards proches venus faire leur marché, d’autres populations marocaines demeurent moins visibles, bien éloignées des points de passage et des routes fréquentées. 

*************Dos de femme, dos de mulet

**Ces Marocains oubliés du  Haut-Atlas

siroua bergeres

Dos de femme, dos de mulet», dit un proverbe de l’Atlas. On ne peut s’empêcher de penser à ce dicton berbère en voyant ces femmes qui remontent les vallées étroites des oueds vers les ksour. 

Elles marchent pliées sous une charge de bois mort ou de l’herbe fraîchement coupée pour leurs bêtes. Ces images de paysans voyageant à dos de mulet ou de baudet le long de pistes poussiéreuses vers des villages de terre qui se fondent dans le paysage sont les premières que l’on recueille en arrivant dans le sud-est, un vaste territoire déshérité que l’on appelle localement Assameur. Administrativement, cette région est celle de Dra Tafilelt qui regroupe les provinces de Figuig, Zagora, Ouarzazate, Tinghir et Errachidia.

«C’est la plus vaste en territoire et la plus pauvre économiquement», résume Mhand Mimouni, ingénieur de l’Académie régionale de l’enseignement et de la formation et activiste amazigh, venu de Meknès.  C’est lui qui doit nous convoyer jusqu’à Alnif, où doit avoir lieu un gala en hommage à Omar Khaleq, dit Izem, le militant amazigh assassiné fin février dans l’enceinte de l’université de Marrakech. Pointant du doigt vers la chaîne montagneuse du Haut-Atlas qui se dresse comme une gigantesque muraille au nord, Mhand dit pensivement : «Le Haut-Atlas est une barrière entre le Maroc utile et le celui des oubliés.

Même les nuages ne passent pas de ce côté-ci du territoire marocain.» Il poursuit : «Deux grands axes ont été développés par le Makhzen ces dernières années : l’axe Tanger-Kenitra-Rabat-Casa-Marrakech, et l’axe Meknes-Fes. Le reste est aux oubliettes.» Difficile de ne pas leur donner raison quand on quitte Ouarzazate, qui affiche fièrement son nouveau statut de grand studio du cinéma mondial et qu’on s’enfonce dans les vallées des vieux ksour, ces beaux villages tout en pisé qui attirent les touristes en quête d’authentique ou d’exotisme.

Arrivée à Alnif en fin de journée. C’est un vieux ksar en pisé, un village plus ou moins moderne tout autour et une oasis. Sur l’immense esplanade où se tiennent habituellement fêtes, galas et mariages collectifs, la scène du gala est déjà dressée. La voix d’Oulahlou tonne déjà à travers la sono. L’ambiance est chaleureuse. Hommes et femmes se côtoient sans vraiment se mélanger dans un respect total. Les discours politiques se suivent pour dénoncer la mort d’Omar Izem et appeler à la mobilisation. Artistes kabyles et marocains se produisent ensemble, comme Omar Tawarguit et Amar Amarni, ou séparément comme Oulahlou, considéré ici comme une superstar au vu de l’accueil du public. A la fin du gala, c’est une longue séance de photos souvenir qui attend l’artiste dont la dimension maghrébine est bien établie depuis des années.

enfants tissaldai

Tadighoust est un exemple de ces contrées reculées du Sud-Est. Un village et une palmeraie à une vingtaine de kilomètres de Goulmima, sur la route des gorges de Gheris. Mercredi, jour de marché. Belle occasion de faire une virée dans le souk coloré et animé de la localité. Premier constat : le marché est mixte. Hommes et femmes se côtoient tout naturellement le long de l’allée principale où les marchandises sont étalées à même le sol sur une bâche ou un tissu.

On se croirait dans la Kabylie des années 1960. A commencer par ses rangées de mulets, de chevaux et de baudets attachés aux eucalyptus qui bordent la route. Intriguée par notre accent, Khalti Rabha, une sympathique femme au sourire charmeur, qui nous prend pour des gens du Rif, veut en savoir davantage sur nos origines. Elle nous offre des mandarines. Les femmes portent une sorte de voile noir avec des motifs rouges. «Cela remonte à loin, aux temps de la shiâa», nous expliquent Roqiya et Zaïd, deux étudiants qui prennent le temps de flâner au souk. Peu de touristes s’aventurent jusqu’ici. Nous sommes loin des cohortes de Marrakech ou Agadir.

Un territoire de patrimoine et de culture

Cette région reculée a abrité pendant longtemps toutes les oubliettes et les bagnes de sinistre mémoire du défunt roi Hassan II : la prison de Tazmamart, celle de Kalaât Mgouna, Aghbalou n’Kerdous, etc. «Le Makhzen a surtout construit des prisons et a fait de cette région une poubelle de prisonniers», dit Moha Mallal, chanteur, peintre, artiste engagé et figure culturelle bien connue du Sud-Est. «La nature est sévère, souvent impitoyable.

Ce n’est pas seulement  l’Etat qui nous a marginalisés, mais devant nous il y a cette immense barrière (le Haut-Atlas) qui nous sépare du Maroc humide, du Maroc utile. Le sud-est est un territoire de patrimoine, d’identité, de culture, mais pas d’économie», résume Moha que nous avons rencontré dans la ville d’Errachidia.

C’est également une terre d’émigration et chaque foyer compte deux ou trois émigrés en Europe. Mounir Kejji, homme des médias et activiste bien connu dans le milieu amazigh, ne mâche pas ses mots : «Un chemin de fer entre Agadir et Errachidia serait facile à faire et contribuerait quelque peu à rompre l’isolement de la région, mais cela n’a pas été fait. C’est pourtant une région riche en ressources minières. Il y a la mine d’argent d’Imider et la mine d’or de Tiouit.  Malgré ces richesses, la région est exclue de tout programme de développement socioéconomique. L’oligarchie bourgeoise de la ville de Fès a fait main basse sur les ressources et les richesses de la région à travers les sociétés qu’elle dirige», estime-t-il.

Pour nos amis militants du Mouvement culturel amazigh (MCA), l’avènement du nouveau monarque a quelque peu changé la donne. Dès son arrivée, celui-ci aurait tenté de se réconcilier avec les «autochtones» en programmant une première sortie historique dans la Rif, cette région berbérophone frondeuse où son auguste père a laissé des souvenirs plus qu’amers. «M6 tente toujours d’acheter la paix sociale et le Rif a bénéficié d’importants projets de développement», dit l’un des militants. Par contre, les provinces du sud ont été délaissées. «C’est pourtant ici que l’on retrouve la majorité des 22 000 victimes dûment recensées par la commission ‘‘Equité et réconciliation’’ chargée de faire le bilan de Hassan II et de tourner la page des violations des droits de l’homme», estime Mounir.

Le territoire des fiers Aït Atta

Aujourd’hui, la région est toujours marginalisée mais elle reste farouchement rebelle. C’est le territoire de la grande tribu des Aït Atta, longtemps restée insoumise. Les Aït Atta est l’une des plus grandes confédérations berbères connues. Sédentaires ou nomades, ces tribus habitent le Djebel Saghru dont l’immense territoire s’étend entre le Haut-Atlas et l’Anti-Atlas.  «Ils sont organisés en cinq grandes tribus comme les doigts de la main», dit Omar qui officie comme guide.

Et chaque année ils élisent un «amghar oufella», un chef suprême, pour un mandat d’une année non renouvelable. Selon la légende, les Aït Atta se réclament d’un lointain ancêtre appelé Dada Atta qui aurait trouvé la mort dans un combat contre un clan des Beni Maakil, lors des invasions hilaliennes. Comme témoignage de leur bravoure légendaire, les Aït Atta célèbrent, aujourd’hui encore, la bataille de Bougafer qui les a opposés à l’armée française en 1933.

Deux mois d’un combat sans merci entre un millier de guerriers berbères faiblement  armés contre des troupes composées de 80 000 hommes épaulés par l’artillerie lourde et l’aviation. 25 officiers français y ont trouvé la mort, dont le fameux capitaine Bournazel surnommé «le diable rouge». Le 25 mars 1933, Assu u Basslam, le courageux chef qui dirigeait la révolte, se rend sous les huées des femmes qui voulaient continuer la bataille jusqu’à la mort. Sur la route d’Alnif, non loin d’Imi n Tizi, nous passons tout près du lieu de la dernière bataille sans pouvoir marquer un arrêt, faute de temps.  

Notre arrivée au Maroc coïncide avec la mort du militant berbériste Omar Khaleq à l’université de Marrakech. Agressé par des étudiants «affiliés au Polisario», dont il dénonçait le régime de faveur octroyé par le makhzen afin de les récupérer, Omar a succombé à ses blessures après plusieurs jours dans le coma. Ses funérailles à Ikniwen, son village natal, donnent lieu à un très vaste rassemblement. La mort de Omar ranime la contestation des Amazighs du Sud en lutte contre une double exclusion, économique et culturelle.

Une vague de manifestations dénonçant cet assassinat traverse toutes les localités berbères, secoue Tiznit, Kalaât Mgouna, Meknès, Agadir, Tinghir, avant d’arriver devant le Parlement de Rabat. «Les autorités voulaient l’enterrer le soir même pour éviter les rassemblements», dit Mounir Kejji, activiste amazigh et homme de média. Omar devient très vite un martyr de la cause amazighe, sa tombe un lieu de pèlerinage. Sa mort fédère désormais tout le Sud-Est et le prépare à de nouvelles luttes. *Djamel Alilat/ el watan/ samedi 23 avril 2016

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**photos: source– voyages.ideoz.fr

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***Ahmed Kateb. Enseignant-chercheur, spécialiste en relations internationales

«Une approche sectorielle pour relancer la dynamique de l’union»

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Ahmed Kateb est maître assistant à l’Ecole nationale supérieure de journalisme et des sciences de l’information et doctorant en sciences politiques à la faculté des sciences politiques et de l’information. Il a notamment collaboré à l’ouvrage collectif Europe et Maghreb: voisinage immédiat, distanciation stratégique, édité par le Cread et réalisé sous la direction de Abdennour Benantar.

-L’arrivée des islamistes dans certains pays maghrébins peut-elle résoudre les problèmes politiques qui freinent l’Union maghrébine?

Je ne le pense pas réellement, et ce, pour plusieurs raisons. La première est relative à la volonté politique de chaque parti islamiste au Maghreb, et à la place qu’occupe la notion d’unité maghrébine dans son programme. Pour les islamistes dans leur grande majorité, il existe une unique notion supranationale, la oumma, qui est un idéal en soi vers lequel il faudrait revenir. Et la oumma idéale est d’abord celle qui a vécu et connu le prophète Mohammed ; vient ensuite l’époque du califat bien guidée, Al Khilafa Arrachida, à laquelle a fait référence l’actuel Premier ministre tunisien, Hamadi Jbali, avant de se rétracter. Nous sommes ici dans un schéma supranational qui ne fait pas spécialement référence au Maghreb, dont l’acronyme renvoie pourtant au mythe symbolique de la oumma.

La deuxième raison qui appelle au scepticisme est relative à la situation politique dans chacun des pays concernés. Si l’alternance au Maroc s’est faite sans douleur et dans le cadre des référents traditionnels makhzeniens, soit la sacralité de la personnalité royale, du système monarchique et de ce que les Marocains appellent l’unité territoriale (la question du Sahara occidental occupé), cela veut dire que le gouvernement de Abdelillah Benkirane hérite, grosso modo, du passif des gouvernements nationalistes et socialistes marocains, qu’il perpétuera avec quelques modifications de circonstances. En Tunisie et en surtout en Libye où le changement s’est fait de manière brutale et chaotique, l’urgence est dans la reconstruction de l’identité nationale sur de nouvelles bases consensuelles. L’idéal maghrébin se trouvant de facto relégué au second plan.

Autre raison, les aspirations des sociétés maghrébines qui sont plutôt stato-centrées. Chaque peuple milite pour ses propres aspirations dans un cadre de l’Etat-nation. On parle de démocratie en Algérie, de démocratie au Maroc, en Tunisie, en Libye et en Mauritanie, mais on ne parle pas de démocratie au Maghreb. Le Maghreb c’est également une affaire des peuples qui le composent, d’où l’importance de l’édification du Maghreb par le bas, grâce notamment au rôle avant-gardiste que peut jouer une société civile maghrébine virtuelle qui ne se sent pas confinée par les frontières matérielles des Etats.

-L’UMA est perçue souvent comme une coquille vide. Les dirigeants maghrébins ont-ils encore quelques bonnes raisons de vouloir la relancer ?

Même si elle est une coquille vide, l’UMA a, au moins, le mérite d’exister. Les structures, même dépassées sont là, et elles attendent d’être rénovées, remises à niveau pour être compatibles avec les exigences d’un monde en perpétuel changement. Cela veut dire que si la volonté de relancer l’UMA est réelle, les dirigeants ne vont pas bâtir des structures ex nihilo. Une base existe.
Pour revenir à votre question, il est important de savoir que l’existence du Maghreb est une nécessité géopolitique non seulement pour les Etats qui le composent, mais également pour ses partenaires proches et lointains.

A ce propos, le politologue Michel Camau distingue entre deux notions du Maghreb : le fait maghrébin ou le Maghreb en soi, c’est-à-dire la région identifiée comme telle sur le plan géographique avec sa profondeur historique et anthropologique, et c’est le Maghreb dans sa configuration actuelle comme nous la connaissons. Il y a également l’idée maghrébine ou le Maghreb pour soi, qui sous-entend le projet à construire qui donnera sens à l’espace maghrébin perçu comme une entité régionale avec sa propre dynamique d’intégration. Et c’est cette deuxième notion qui doit être le leitmotiv des dirigeants de la région.

A un autre niveau d’analyse, force est de constater que l’idéal maghrébin s’éloigne à mesure que s’enlise la construction institutionnelle de l’ensemble géopolitique. A qui incombe la faute ? Il est malheureux de noter que les politiques nationales ont biaisé la construction maghrébine, chaque pays ayant son propre agenda qui prime sur les dénominateurs maghrébins communs, fussent-ils minimes. Pour revenir un peu à l’histoire, c’est le Maroc qui, en août 1994, a gelé les structures de l’UMA dans la foulée de ses accusations contre l’Algérie dans l’attentat de Marrakech. Ce sont les égoïsmes nationaux qui ont tué dans l’œuf l’idée maghrébine, seul le dépassement de ces égoïsmes pourra donner un sérieux coup de fouet à la construction de l’UMA.

-Quelle approche voyez-vous pour rebooster l’UMA ?

L’approche sectorielle paraît la mieux outillée pour relancer la dynamique de l’union. L’expérience européenne est là pour le prouver. Et c’est la démarche qui est suivie actuellement par l’Algérie et le Maroc pour transcender leurs différends. Il serait également intéressant de voir, par exemple, les trois pays du Maghreb historique (Algérie, Maroc, Tunisie) former une sorte de noyau central, un moteur, sur lequel viendraient se greffer par la suite la Libye et la Mauritanie. C’est dire que les options existent, aux dirigeants de les prendre à bras-le-corps. Enfin, la récente intervention atlantiste contre la Libye a prouvé, s’il en est, l’impérieuse nécessité de la construction d’un complexe maghrébin de sécurité.

Car outre les menaces endogènes (fléaux sociaux, criminalité organisée, terrorisme international), les pays du Maghreb sont loin de se menacer mutuellement, la principale menace provient du Nord. D’ailleurs, pour reprendre la typologie proposée par le politologue Abdennour Benantar, l’Europe considère sa coopération avec le Maghreb selon deux approches : la coopération par peur et la coopération par intérêt.

-Pensez-vous que l’Occident et l’Europe précisément puissent jouer un rôle dans cette relance ?

Il s’agit ici de perception qu’ont les uns des autres. Comment les Européens, et plus généralement les Occidentaux nous perçoivent-ils ? Sommes-nous source de menaces, des partenaires, ou pis encore des mercenaires à leur solde ? Le Maghreb est perçu comme source de menaces potentielles pour l’Europe étant donnée la proximité géographique entre les deux ensembles et la transnationalisation des menaces endogènes qui menacent l’existence des pays maghrébins eux-mêmes. Là, il y a urgence de coopération, de crainte d’exportation de ces risques qui peuvent déborder de l’autre côté de la Méditerranée. Nous sommes ici dans le schéma de coopération par peur.

L’Europe et l’Occident en général endiguent la menace par l’établissement de stratégies de coopération sécuritaire et économique qui favorisent le statu quo sur place, soit le maintien d’un Maghreb a minima, dont les Etats coopèrent séparément avec l’UE et/ou l’OTAN, et qui entrent en concurrence entre eux pour bénéficier de maximum de dividendes de cette coopération. Reste que dans les discours, le Maghreb est présenté comme un partenaire idéal pour l’UE. C’est une question de voisinage bien sûr, mais d’intérêts également. Il ne faut pas perdre de vue que l’Europe a développé toute une batterie de mesures de coopération avec le Maghreb, dans le cadre bilatéral ou multilatéral.

Le processus de Barcelone lancé en 1995 constitue, malgré ses lacunes, l’aboutissement le plus accompli de cette recherche de partenariat euro-maghrébin. Le forum des 5+5 constitue également un cadre approprié de dialogue et de concertation, sans parler de l’Union pour la Méditerranée (UPM) lancée en 2008. Ce schéma de coopération par intérêt favorise l’idée d’un Maghreb plus intégré, mais il est important de noter que c’est le premier schéma (la peur) qui l’emporte sur le second (l’intérêt). A défaut donc d’un Maghreb réellement intégré et plus autonome, et se trouvant dans l’impossibilité de confiner la région en quarantaine, l’Europe tend à faire adopter aux pays du Maghreb une posture intermédiaire, celle de Limes, d’avant-poste dont le rôle principal serait d’empêcher tout débordement de menaces et de périls du sud de la Méditerranée et d’Afrique subsaharienne (phénomène migratoire, terrorisme international, criminalité organisée) en direction du Nord. C’est entre autres l’un des principaux objectifs de la politique européenne de voisinage (PEV) à laquelle l’Algérie vient de souscrire. .(El Watan-30.01.2012.)

**Le MAE Marocain : «L’Algérie est un pays prioritaire»

 Le nouveau chef de la diplomatie marocaine, Saad-Eddine El Othmani, s’est rendu hier, au deuxième jour de sa visite en Algérie, au siège du MSP où il a été reçu par les dirigeants de cette formation politique.Avant cette escale, Saad-Eddine El Othmani a été reçu par le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, à la résidence Djenane El Mufti à Alger en présence de son homologue algérien, Mourad Medelci. Auparavant, M. El Othmani a été reçu par le ministre d’Etat, représentant personnel du président et chef de file du FLN, Abdelaziz Belkhadem. Au siège du MSP, le ministre marocain des Affaires étrangères et aussi membre du Parti de la justice et du développement marocain (PJD) a souligné «l’amitié forte» qui lie les deux partis politiques. Dans son intervention, l’hôte de l’Algérie explique qu’il n’est pas venu en Algérie pour évoquer les questions qui fâchent, mais plutôt les dossiers sur lesquels il y a un minimum de consensus.

«Dans le Maghreb, l’Algérie est pour le Maroc un pays prioritaire. Nous sommes ici pour renforcer nos relations et relancer par là même l’Union du Maghreb arabe», a fait remarquer M. El Othmani. Et d’ajouter : «L’Algérie et le Maroc ont convenu de poursuivre régulièrement leur concertation politique au niveau des ministres des Affaires étrangères des deux pays à raison de deux rencontres par année.» Il annonce aussi la tenue d’une haute commission mixte algéro-marocaine à Rabat au courant de cette année. Les deux pays ont décidé, en outre, de mettre en place des commissions mixtes dans différents secteurs pour procéder à une évaluation régulière de leur coopération, notamment dans le domaine de l’agriculture, de la jeunesse, des sports, de l’eau et de l’énergie. «L’instauration de ces relations bilatérales sectorielles vise à approfondir la coopération et à l’élargir au mieux des intérêts des deux pays et des deux peuples», a-t-il affirmé.

Une autre commission se penchera sur les mécanismes à mettre en place pour relancer l’UMA. «Nous avons ouvert les dossiers qui lient les deux pays, notamment dans le domaine économique. Par contre, concernant les points de divergences, nous avons décidé de les traiter ultérieurement», avoue le chef de la diplomatie marocaine qui évoque comme point de divergence la question de l’ouverture des frontières. «La rencontre d’aujourd’hui est un premier pas. Une prise de contact lors de laquelle nous nous sommes refusé de parler des dossiers qui posent problème. Les discussions entre l’Algérie et le Maroc se poursuivront et il y aura des visites de nos responsables en Algérie. Il s’agit là d’un long processus», estime M. El Othmani, précisant qu’«il est impossible de régler nos différends en une seule visite». (El Watan-25.01.2012.)

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**Pour un Maghreb des peuples

Au lieu et place d’un Maghreb des Etats, le choix de l’expression « Maghreb des peuples » est plus approprié et répond aux aspirations des peuples de la région… . Ce  » Maghreb des peuples a été sgalvaudé au lendemain des indépendances nationales…. Il demeure pourtant d’actualité. La construction d’un « Maghreb des peuples » est devenue une nécessité politique et géostratégique.

 l- Le Maghreb des pouvoirs autoritaires

Avec les indépendances nationales, les peuples du Maghreb n’ont, paradoxalement, pas obtenu le droit de choisir leur îpropre destinée. Les pouvoirs autoritaires qui se sont installés aux commandes ont confisqué la souveraineté populaire dans les cinq pays du Maghreb. Environ cinquante ans après, ces pays peinent à sortir de l’ornière autoritaire.

La Libye :

Mouammar Kadhafi est toujours aux commandes, 40 ans après le coup d’Etat militaire qui l’a intronisé.

La Mauritanie :

Un vent d’espoir a soufflé sur ce pays après l’élection présidentielle de mars 2007. Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a été porté à la présidence suite à une transition démocratique ponctuée par un scrutin à deux tours exemplaire. Etait-ce la fin du cycle des coups d’Etat militaires ? Malheureusement, non. Le 6 août dernier, à la faveur d’un nouveau coup d’Etat militaire, il a été renversé.

L’Algérie, le Maroc et la Tunisie :

Ces trois pays sont, aujourd’hui encore, hermétiques à toute idée démocratique. Les pouvoirs en place ont conscience qu’une simple démocratie de façade suffit amplement pour donner le change sur le plan international. Les démocraties occidentales ont, certes, imposé dans les relations internationales des standards de « démocratie » et de « bonne gouvernance », mais, dans la pratique, elles se satisfont de simples faux-semblants… et tout fait pour saboter le « Maghreb des peuples »… Car  leurs intérêts immédiats priment sur tout le reste. L’essentiel étant de ne pas apparaître ouvertement en porte-à-faux avec les valeurs universelles dont elles se réclament, car le risque d’être désavouées par leurs opinions publiques, composées de citoyens électeurs, les obligent à quelques retenues. C’est dans un tel contexte, caractérisé par un climat d’hypocrisie dans les relations internationales, que les régimes autoritaires maghrébins ont instauré des jeux politiques factices. Pour donner quelque peu de crédibilité à ces pseudo-ouvertures, ils tolèrent un certain pluralisme politique, syndical, associatif et médiatique. Mais, parallèlement, tous les moyens de l’Etat sont utilisés pour miner l’échiquier politique. L’essentiel pour eux étant d’atomiser, de neutraliser et de réduire, voire de contrôler, leur opposition politique. Ainsi, la vie politique dans un pays du Maghreb est réduite à :
- une représentation nationale croupion ;
- des organisations politiques réduites à un rôle « d’alibi démocratique » ;
- une Constitution périodiquement piétinée par les tenants du pouvoir ;
- un champ politique illisible (où règne une cacophonie organisée) ;
- un recyclage permanent de cadres de l’opposition. Les uns cédant aux sirènes des pouvoirs autoritaires, alors que les autres continuent de subir toutes sortes d’intimidations -l’assassinat politique restant une pratique usitée par les régimes autoritaires maghrébins. Le terrain de la confrontation politique s’avère donc être un leurre. Au fil des ans, la société maghrébine a fini par intégrer cette réalité. Cette situation a entraîné la disqualification de l’ensemble des acteurs politiques, y compris les organisations autonomes de l’opposition démocratique. Plus grave encore, l’instrumentalisation à outrance du champ politique a fini par discréditer, aux yeux d’une opinion maghrébine sceptique, le concept même de « démocratie ». Ce sentiment d’indifférence vis-à-vis du politique, renvoyé par les sociétés civiles maghrébines, trouve dans une moindre mesure son origine dans l’échec des partis autonomes de l’opposition démocratique. Ces derniers ne sont pas exempts de toute responsabilité. Même si certains d’entre eux, précurseurs des luttes pour les libertés démocratiques au Maghreb, à l’instar de l’USFP(1) au Maroc et du FFS(2) en Algérie, ont fait naître dans l’opinion une véritable espérance démocratique. De toute évidence, ils se sont avérés incapables d’incarner des alternatives démocratiques aux pouvoirs en place, le fonctionnement d’appareils ayant partout pris le pas sur la vie organique et politique des structures de base. Cela s’est traduit par une fermeture du jeu politique à l’intérieur d’organisations se réclamant, paradoxalement, des principes et des idéaux démocratiques. Un comble ! Ce contexte a favorisé l’émergence de radicalismes politiques adossés à telle ou telle autre composante de la personnalité maghrébine : berbérité, arabité, islamité … En outre, l’absence de confiance envers les acteurs du champ politique institutionnel, toutes tendances confondues, a induit une crise de la médiation politique. L’expression des mécontentements populaires s’est, tout naturellement, retrouvée dans la rue sous forme d’émeutes incontrôlables. Les revendications populaires, qui auraient pu s’inscrire dans une confrontation politique régulée par les mécanismes inhérents à un jeu démocratique, se traduisent sur le terrain par autant de situations insurrectionnelles :
- au Maroc, les émeutes de Sidi Ifni (2008) ;
- en Tunisie, les émeutes du bassin minier de Gafsa (2008) ;
- en Algérie, les émeutes se suivent à un rythme soutenu : Kabylie (2001), Oran (2008), Chlef (2008), Ghardaïa (2008/2009), etc ;
- en Mauritanie, à Nouakchott, les émeutes de la faim de 2007 ;
- en Libye, à Benghazi, des émeutes anti-italiennes sont réprimées dans un bain de sang (2006).

- II- Echec de l’intégration régionale du Maghreb

Alors que nous nous trouvons à un moment de l’histoire où l’insertion positive dans la globalisation conduit à un renforcement des Unions régionales, le projet maghrébin s’avère totalement en panne. Pourtant, la formation d’une organisation de coopération régionale, à l’instar de l’Union européenne, demeure le meilleur moyen de peser dans les relations internationales. Les pouvoirs politiques dans les pays du Maghreb le savent. Mais, existe-t-il une volonté politique d’affronter cette réalité ? Non, bien entendu. Partout, c’est un statu quo suicidaire qui est observé.

Un statu quo suicidaire

Coupés de leurs sociétés respectives, ces régimes autoritaires dépensent toute leur énergie dans un seul but : pérenniser leur système de pouvoir. Les corps de sécurité, notamment les services de renseignements, quadrillent les sociétés et les mettent sous haute surveillance. La justice est instrumentalisée, la séparation des pouvoirs étant un concept abstrait. La corruption aux sommets des Etats est systématisée. Son corollaire, le clientélisme, investit les différentes strates des sociétés. Ce fléau social devient l’instrument de prédilection pour assurer la constitution de « bases sociales » à ces régimes sans légitimité démocratique (monarchies / pouvoirs militaro-policiers / pouvoir personnel) … La dilapidation des deniers publics s’effectue en dehors de tout contrôle politique. Dans un tel contexte, les sociétés civiles sont réduites à assister, impuissantes, à la détérioration de leurs situations politique, économique et sociale : des franges de populations, de plus en plus larges, basculent dans la pauvreté. Les jeunes dans le désespoir. Sans perspectives, ils ne rêvent que de s’embarquer vers des cieux supposés plus cléments, en l’occurrence vers la rive nord de la Méditerranée.

En finir avec les faux-semblants démocratiques

Les résultats d’une enquête menée sous les auspices du CERI(3) et de l’INESG(4) ont montré que seule la « démocratie » est à même de faire sortir les dirigeants maghrébins d’une « logique nationale ». Si ces derniers avaient accepté une démocratisation négociée des systèmes de pouvoir et des sociétés maghrébines, cela aurait favorisé l’ancrage d’une vraie culture démocratique. Une culture du dialogue et du compromis qui auraient pu favoriser le dépassement des rivalités historiques et politiques entre les pays du Maghreb. Malheureusement, l’option choisie a été, derrière l’illusion démocratique, le maintien du statu quo. Avec en prime, une incapacité chronique à surmonter des antagonismes qui constituent un frein à la formation d’une entité de coopération régionale viable. Est-il encore temps de renverser cette dérive suicidaire ? Comment convaincre les chefs d’Etat du Maghreb que sans véritable ouverture démocratique, le projet maghrébin d’aujourd’hui restera à l’état de simple construction virtuelle ? Un sursaut salutaire, à l’échelle du Maghreb, des acteurs autonomes du monde politique, universitaire, associatif, syndical et des médias, serait en mesure de peser en faveur de vraies ouvertures politiques et de mettre fin aux faux-semblants démocratiques. Une telle initiative collective ne pourrait s’inscrire dans la durée que si elle s’articule autour de dynamiques politiques, adossées aux mouvements sociaux et aux organisations autonomes de l’opposition démocratiques. A condition que ces dernières ne fassent pas l’impasse sur le bilan de leur participation aux échiquiers politiques institutionnels, et que des enseignements soient tirés pour ne pas reproduire les mêmes erreurs, garantissant de la sorte la pérennité de ce qui pourrait déboucher sur un mouvement pacifique d’émancipation politique. A défaut, le risque d’une instabilité sécuritaire, politique, économique et sociale guettera l’ensemble des pays de la région. Mais, les pays de la rive nord de la Méditerranée auront à assumer leur part de responsabilité dans l’hypothèse d’une synergie dans l’action des acteurs de la société civile maghrébine. Ils savent qu’ils n’ont aucun intérêt à voir se développer sur leur flanc sud une situation chaotique susceptible de porter atteinte à leur« sécurité intérieure ». Pourquoi n’influent-ils pas sur la politique de l’Union européenne pour que cette dernière accepte enfin de s’engager dans des accords « actifs » 4 encadrés, notamment, sur la question des droits de l’homme et sur la nécessité de profondes réformes politiques, économiques et sociales, internes au pays du Maghreb ? Il y va pourtant de la stabilité d’une aire géographiquement proche au cœur d’enjeux géopolitiques considérables. Les pays de la rive Nord disposent d’atouts qui les mettent en situation de jouer un rôle responsable dans ces questions de géostratégie mondiale. En effet, leur proximité géographique et culturelle ainsi que la présence sur leur sol d’une importante communauté nord-africaine fait de l’Union européenne dont ils sont membres, une partenaire ayant quelques longueurs d’avance sur ses concurrents du moment : les Etats-Unis, la Chine et la Russie.

- III- Maghreb et enjeux géopolitiques : quelles marges pour des régimes affaiblis ?

L’écrasante hégémonie des Etats-Unis dans le système-mondial s’est imposée dans la foulée de l’effondrement de l’ordre issu de la Seconde Guerre mondiale. Cet « unilatéralisme américain » s’inscrit ainsi dans une nouvelle période géostratégique qui verra, à terme, une reconfiguration des relations internationales dans un monde multipolaire, avec, notamment, l’émergence de puissances régionales en Asie et en Amérique latine. Le plus inquiétant est de voir se dessiner un nouvel ordre mondial injuste dans lequel les Nations unies et les Etats se trouvent dépassés par les nouveaux acteurs internationaux que sont les holdings ou les grands consortiums pétroliers dont l’unique stratégie est le contrôle des ressources naturelles.

Maghreb et « sécurité nationale des Etats-Unis »

Ainsi, aujourd’hui, l’un des facteurs fondamentaux pour obtenir la paix et la sécurité internationales est l’approvisionnement continu en pétrole qu’exigent les pays industrialisés, surtout les Etats-Unis, l’Union européenne, la Chine et l’Inde. La lutte sourde pour sécuriser les « voies de passage », les puits de pétrole, les pipelines et les oléoducs, est en œuvre au Maghreb. Notre région est au cœur d’enjeux liés à la sécurité énergétique des Etats-Unis. Elle est même otage de cette guerre du pétrole.

Illégitimité et faiblesse des pouvoirs maghrébins

Or, seuls des pouvoirs portés par une légitimité démocratique disposent de marges politiques pour préserver les intérêts vitaux de leurs peuples. Tel n’est pas le cas des régimes autoritaires des pays du Maghreb qui ne peuvent que se soumettre face aux gigantesques moyens des consortiums pétroliers américains, fers de lance de la pénétration des Etats-Unis au Maghreb. Les dirigeants maghrébins continuent d’offrir le spectacle d’Etats divisés dont les diplomaties et les économies se tournent le dos. Obnubilés par la seule perpétuation de leur système de pouvoir, ils ne sont pas en situation de résister à la politique d’ouverture des lobbies pétroliers. C’est cette politique qui, aujourd’hui, est en œuvre dans la région. Illustration :

• L’Algérie et le retour aux concessions pétrolières

Quelques mois avant l’attentat du World Trade Center, l’Algérie figurait déjà sur une liste de pays clés cités dans le rapport du NEPD group 5, présidé par l’ex-vice-président américain, Dick Cheney. Ce rapport recommandait au président G.W. Bush de développer une coopération accrue avec ces « Etats pivots »(5) pour, entre autres objectifs favoriser « l’ouverture de leur secteur pétrolier à l’investissement international ». « Un système de sanctions, nouvel outil primordial de la politique étrangère américaine, devant être mis en place pour tenir compte de la sécurité énergétique des Etats-Unis »(5). En d’autres termes, les Américains se sont fixé comme objectif le transfert de la souveraineté nationale des Etats pivots, sur les réserves et la production des gisements exploités, au profit de leurs propres compagnies pétrolières. En Algérie, cela s’est traduit par un feuilleton autour d’une nouvelle loi sur les hydrocarbures. Les Algériennes et les Algériens ont assisté en spectateurs au bradage d’une partie de leur souveraineté nationale par un président politiquement très affaibli. Abdelaziz Bouteflika a, en effet, promulgué par ordonnance, en février 2005, une nouvelle loi sur les hydrocarbures qui a remis en cause la structure même des relations en vigueur entre les pays producteurs et les compagnies pétrolières, celle du partage de production. (Production Sharing Agreement-PSA). Un véritable retour en arrière avec des contrats de concessions similaires à ceux qui ont permis le pillage de nos ressources dans les années soixante. Mais en juillet 2006, un coup de théâtre remet les pendules à l’heure. Que s’est-il passé dans l’intervalle à l’intérieur des arcanes du pouvoir ? A la suite de révélations fracassantes portant sur plusieurs scandales(6), d’ordre militaire, économique et financier, liés aux activités des services de renseignements américains, via notamment une société mixte algéro-américaine d’engineering et de construction, Brown&Root- Condor(7) (BRC), le président algérien a pu être convaincu de l’existence d’un plan visant le transfert de propriété de nos ressources stratégiques. Face à ce complot, Abdelaziz Bouteflika et les décideurs militaires algériens ont procédé à l’annulation des principales dispositions de cette loi et mis fin à toute possibilité d’attribution de concessions aux entreprises pétrolières étrangères qui s’installent en Algérie. Est-ce une simple coïncidence si, à la suite de cette annulation, nombre de médias américains ont rendu publiques des informations, jusque-là classées confidentielles, qui ont accentué le profond malaise existant entre les autorités algériennes et la population. Les Algériennes et les Algériens ont ainsi pu découvrir :
- La présence de troupes américaines dans…la région du Sahel. Officiellement, seuls des experts militaires fournissent une assistance au Mali, au Tchad et à la Mauritanie dans la détection et le monitoring de mouvements suspects … des personnes et des biens. Rien que cela.
- La présence sur leur sol d’un bureau du FBI, installé à Alger depuis l’année 2002.

• Les Etats-Unis s’installent dans le Sahel

Le volet de ce plan consacré à l’installation de troupes américaines au Maghreb est déjà en cours d’exécution. L’annonce par le département de la Défense des Etats-Unis de l’activation du commandement militaire des Etats-Unis pour l’Afrique (US AFRICOM), en octobre 2007, n’a fait que confirmer cet état de fait. Cela n’a d’ailleurs suscité aucune réaction de la part des dirigeants des pays du Maghreb. Ces derniers, discrédités sur le double plan, national et international, ne sont aucunement en mesure de s’opposer aux velléités de multinationales pétrolières. Les gesticulations du président algérien qui, un jour promulgue une loi « d’abandon de souveraineté nationale » et le lendemain l’abroge, illustrent le niveau d’irresponsabilité et de légèreté qui caractérise une diplomatie dangereuse pour les intérêts vitaux du pays. Son refus, aujourd’hui, de céder aux demandes pressantes des Etats-Unis d’installer le siège de l’AFRICOM(8) dans le Sud algérien, ne présage en rien de ce que seront les futures compromissions visant à obtenir plus de compréhension, voire le silence, sur les faux-semblants démocratiques qui caractérisent la vie politique algérienne (élections présidentielles d’avril 2009 jouées d’avance ; modification de la Constitution ouvrant la voie à un troisième mandat pour Bouteflika, quelques mois seulement avant le scrutin, dans une parodie de démocratie … ). Dans l’ensemble des pays du Maghreb, on retrouve sur le plan diplomatique cette même légèreté qui hypothèque tout projet d’intégration régionale et qui, à terme, risque de transformer la région en aire de tensions régionale et internationale.

L’« Union pour la Méditerranée », un choix à contresens

Les pays de la rive nord de la Méditerranée, plus largement ceux de l’Union européenne, ont, bien entendu, déjà pris la mesure de ce risque majeur. Ils savent que…leur propre sécurité nationale reste étroitement corrélée à la stabilité politique et sécuritaire de la région. Mais alors, comment interpréter l’adoption par l’Union européenne du montage incertain proposé par le président français, Nicolas Sarkozy ? La fondation à Paris, les 12 et 13 juillet dernier, de l’« Union pour la Méditerranée » (UPM) a, en effet, réuni pas moins de quarante-trois chefs d’Etat autour d’une même table pour parler de projets économiques et de paix. Parmi eux, les principaux protagonistes du conflit au Proche-Orient. Ce sommet de l’UPM, sous l’égide de l’Union européenne, a apporté une caution politique au « statu quo » autoritaire qui règne au Maghreb, plus largement dans l’ensemble des pays de la rive sud de la méditerranée. C’est d’ailleurs cette contrepartie politique que la plupart des chefs d’Etats du Maghreb, en quête de légitimité internationale, sont venus recueillir à Paris. A l’exception de la Libye, tous les pays du Maghreb y ont été représentés. La Mauritanie, la Tunisie et l’Algérie l’ont d’ailleurs été au plus haut niveau. En acceptant de siéger au sein de l’UPM, les dirigeants maghrébins, au-delà des contours imprécis de cette organisation, ont surtout accepté de se prêter à une mise en scène des plus sordides : le lancement d’un cadre politique donnant l’illusion d’une normalisation des relations entre le monde arabe et l’Etat d’Israël sans qu’un début de solution au conflit du Proche-Orient ne soit esquissé. Force est donc de constater qu’il n’existe toujours pas, aujourd’hui, de volonté politique en faveur d’un changement de cap des relations euro-méditerranéennes. Pourtant, ce changement est inéluctable pour une Europe amenée à peser dans les enjeux de géostratégies mondiales qui se dessinent sur son flanc sud. De nouvelles relations euro-méditerranéennes responsables doivent être sous-tendues par une vision stratégique englobant les questions de co-développement, de sécurité, de flux migratoires … et de santé. Celles-ci doivent ainsi tourner le dos à la politique actuelle de « l’Europe citadelle », caractérisée par une vision commerciale déséquilibrée et une logique sécuritaire plutôt inquiétante. (Source…El Watan )

Notes de renvoi

- 1) L’USFP (Union socialiste des forces populaires), né en 1959, est en crise depuis plusieurs années. Son dernier congrès (Bouznika, juin 2008) s’est achevé par une suspension de six mois. Les « éléphants » du parti (ministres, ex-ministres et notables, grands élus ont été débordés par des délégués de base décidés à peser sur les orientations du parti … (Voir l’article de Hamid Barrada « Où va l’USFP ? » dans Jeune Afrique n° 2476 du 22 au 28 juin 2008).
- 2) Le FFS (Front des forces socialistes), né en 1963, est confronté à une protesta qui revendique une « démocratie interne » et une participation effective des militants à la décision politique au sein du parti. Son dernier congrès (Alger, septembre 2007) s’est tenu en violation des procédures statutaires du parti. Nombre de structures de base, dont l’émigration, ont été écartées. Voir l’article « Où va le FFS », de Nadia Taâlba, Mahfoud Yanat et Farid Aïssani dans El Watan (Edition du 20 juin 2007) : www.elwatan.com/Ou-va-le-FFS. Voir aussi l’excellente analyse de El Hadi Chalabi* « Amrane ou le militantisme dans la tourmente : aperçu sur le champ politique à travers la crise du FFS » (*El Hadi Chalabi est maître de conférences des universités Paris VII, Paris VIII et chercheur au Centre d’études sur l’Orient contemporain (CEOC) à Paris III. Il est l’auteur de L’Algérie, l’Etat et le droit (Arcantère, Paris 1989), La presse algérienne au-dessus de tout soupçon (Ina-yas Alger-Paris 1999), ainsi que de nombreux articles sur les institutions et le droit algériens.)
- 3) Le Centre d’études et de recherches internationales (CERI) à Paris et l’Institut national des études stratégiques et globales (INESG) à Alger ont réalisé une enquête en juillet 2006 : « L’Algérie, L’Union du Maghreb arabe et l’intégration régionale » (rédigée par Luis Martinez).
- 4) Voir l’analyse de l’économiste algérien Smaïl Gouméziane, intitulée « L’Euro-Maghreb entre deux eaux », décembre 2002, disponible sur le site d’information www.algeria-watch.org
- 5) Lire l’entretien de Hocine Malti réalisé par Madjid Laribi du joumal électronique, le Maghrébin. (Site : www.lemaghrébin fr). Voir aussi l’article de Hocine Malti « Les guerre de Bush pour le pétrole/ mars 2008 » (Disponible sur le site www.algeria-watch.org).
- 6 à 8) Brown & Root Condor, BRC, a été créé en 1994, en association avec une société de renommée mondiale Kellog Brown & Root (KBR). Cette dernière est une filiale de Halliburton, dirigée par Dick Cheney. BRC a été au cœur du scandale des fameuses mallettes de commandement, achetées aux Etats-Unis. De quoi s’agit-il exactement ? Selon des informations citées par le journaliste indépendant, Madjid Laribi, recoupées par ailleurs par d’autres sources, à une date indéterminée (sans doute début 2006), les services de renseignement militaire russes (GRU) ont révélé aux chefs de l’armée algérienne le trucage par les services américains des systèmes de communications sophistiqués récemment achetés aux Etats-Unis par BRC pour le compte de l’état-major général. Selon Laribi, ces « valises de commandement » permettant de sécuriser et de contrôler toutes les communications militaires étaient en réalité « connectées en permanence sur les systèmes d’intelligence électronique américains et israéliens » pour le compte du ministère de la Défense, dans lesquelles les Américains avaient installé des micro-puces qui ont permis à l’état-major de l’armée américaine et à la CIA de se tenir informés en permanence et en temps réel des activités et des secrets de l’armée algérienne … Voir l’analyse de François Geze et Salima Mellah « EI-Qaïda au Maghreb », ou la très étrange histoire du « GSPC algérien » (2007). Et, l’article de Hocine Malti intitulé : « Les Américains en Algérie : pétrole, magouilles et terrorisme ».(Disponibles sur le site www .algeria-watch.org)

L’auteur est Ex-secrétaire national du FFS chargé de l’Emigration.

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Rédha Malek, à l’ouverture des travaux de la troisième conférence internationale sur le droit des peuples à la résistance, organisée les 15 et 16 décembre 2012 à Alger

    « Pas d’UMA sans la RASD »

«La construction du Grand Maghreb passe par la reconnaissance de la Rasd en tant qu’Etat libre et souverain aux côtés des pays de l’UMA.»

«Tant que la question du Sahara occidental ne sera pas résolue, on ne construira pas l’UMA», a déclaré l’ancien Premier ministre, Rédha Malek, à l’ouverture des travaux de la troisième conférence internationale sur le droit des peuples à la résistance, organisée les 15 et 16 décembre à Alger. Intervenant devant de nombreux invités parmi lesquels figurent 69 élus français, des ambassadeurs et des personnalités représentant la société civile, l’ancien membre de la délégation algérienne ayant pris part aux accords d’Evian, est convaincu que sans un changement dans l’attitude marocaine vis-à-vis de la question sahraouie, il ne sera pas possible d’édifier l’Union du Maghreb comme souhaité par tous les peuples appartenant à la région. Saluant la résistance et le courage des combattants sahraouis dans les territoires sous occupation marocaine, et faisant un parallèle entre l’Algérie, sa longue marche et surtout les événements héroïques du 11 Décembre qui précipitèrent le processus de libération de l’Algérie du joug colonial, l’hôte de marque de la conférence est persuadé que la victoire est proche et que le peuple sahraoui recouvrera bientôt sa liberté.
«Les manifestations du 11 Décembre ont constitué un tournant et précipité le processus de libération du pays. C’est en tout cas la conclusion à laquelle avait abouti le général de Gaulle qui a changé de politique, en optant pour la négociation pour sortir la France du guêpier dans lequel elle se trouvait. Il en va de même en ce qui concerne le peuple sahraoui qui lutte depuis 37 ans pour arracher son indépendance.
Tout le monde sait qu’historiquement le Sahara occidental n’appartient pas au Maroc. Même la vision des Etats-Unis et des Européens a changé», a-t-il confié. Pour plus de précisions, Rédha Malek a indiqué que «la question avait été soumise à la Cour internationale de La Haye et que celle-ci a conclu que le Sahara occidental n’appartenait pas au Maroc».
Battant en brèche les thèses selon lesquelles l’Algérie aurait des visées expansionnistes et que le Sahara occidental lui servirait de corridor pour l’océan Atlantique, il a expliqué que «l’Algérie ne veut pas de corridor sur l’Atlantique, que sa politique est claire et qu’elle milite en faveur du droit et des peuples qui luttent pour arracher leur indépendance». Selon lui «le Maroc fait une fixation sur le référendum et surtout sur l’identification des électeurs. Le moment est venu pour trouver une issue à ce problème et construire le Maghreb».
Rapportant une anecdote, et pour souligner le poids de l’Algérie et l’efficacité de sa diplomatie, Rédha Malek se souvient de ce jour où le président américain Jimmy Carter avait sollicité l’aide de l’Algérie pour libérer les otages américains.
«En décembre 1979, le président américain m’a demandé si l’Algérie pouvait faire quelque chose pour libérer les otages américains qui étaient détenus en Iran. Je lui avais répondu que nous allions essayer. Sans plus attendre, alors que je ne lui avais pourtant rien demandé, il avait confié que les USA allaient se pencher sur la question du Sahara occidental, en guise de remerciements.»
Faisant partie, lui aussi, des hôtes de la conférence organisée conjointement par le Comité national algérien de solidarité avec le peuple sahraoui et l’ambassade de la Rasd, Abdelkader Taleb Omar, Premier ministre de la Rasd, a dans son intervention dénoncé les violations massives et répétées des droits de l’homme au Sahara occidental par l’administration d’occupation marocaine et exige le respect des résolutions de l’ONU pour que soit organisé dans les plus brefs délais un référendum d’autodétermination libre et transparent, pour permettre au peuple sahraoui de décider librement et lui-même de son destin.*L’Expression-16.12.2012.

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37 réponses à “Pour un Maghreb des peuples”

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