Le Maghreb et la démocratie vont de paire

** Droits humains dans les pays du Maghreb….La Coordination maghrébine des organisations des droits humains (CMODH) a fait le point sur la réalité des droits humains dans les pays du Maghreb.  » Printemps arabe » oblige, les organisateurs ont choisi la Tunisie pour y débattre mais aussi pour y rencontrer tous ceux qui font bouger la Tunisie post-Ben Ali. C’est du moins ce qui ressort du communiqué ‘ dont Liberté a été destinataire d’une copie ‘, rédigé à l’issue de cette tournée maghrébine, effectuée les 10 et 11 juillet 2012. La délégation représentant la CMODH, a, lors de la rencontre qu’elle a eue avec la société civile tunisienne, les missions diplomatiques maghrébines (Algérie, Maroc) et étrangères (France, Italie), les personnalités politiques tunisiennes et de la presse locale, dressé un état des lieux sur les droits de l’Homme dans la région et a présenté les structures de la coordination, ses objectifs et sa stratégie pour l’avenir. Lors d’une rencontre avec le président de la République tunisienne, Mohamed Moncef El-Marzouki, l’accent a été mis sur la nécessité de nouer des relations entre la coordination et la composante de la société civile à l’échelle maghrébine. Reçus en outre par Samir Dilou, ministre des Droits de l’Homme et de la Justice transitionnelle et Nourredine Bhiri, ministre de la Justice, les membres de la délégation ont eu à s’informer sur les difficultés qui caractérisent la période de transition et le processus de démocratisation après la révolution du 14 Janvier. Les deux ministres, pour leur part, ont insisté sur la nécessité d’ouvrir un dialogue avec la société civile sur les questions relatives à la période de transition et particulièrement la justice transitionnelle. En outre, la délégation de la CMODH s’est entretenue avec Abdel Basset Ben Hassen, président de l’Institut arabe des droits de l’Homme, qui a eu à s’informer sur la mission de la coordination et qui a estimé que l’institut est prêt à collaborer avec cette coordination sur les questions d’intérêt commun. À rappeler que cette coordination, constituée de 24 organisations des droits de l’Homme du Maghreb, a été fondée au Maroc en 2006. (Liberté-30.07.2012.)

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*Classement des Etats défaillants: toujours les mêmes

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	L&rsquo;indice 2015 des Etats d&eacute;faillants.<br /><br />
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<div id=L’indice 2015 des Etats défaillants.   Le Maghreb et la démocratie vont de paire trans trans trans

L’indice classe les Etats sur la base de critères sociaux (pauvreté, pression démographique…) et politiques (légitimité de l’Etat, respect des droits de l’Homme …). L’Algérie a occupé le 67e rang dans ce classement qui comprend 178 Etats dans le monde.

L’Algérie est classée dans la « catégorie jaune » des Etats qui ont mérité un avertissement dans l’indice 2015 des Etats défaillants, établi par le Fonds pour la paix (FFP).

L’Etat algérien a occupé le 67e rang dans ce classement qui comprend 178 Etats dans le monde. La Finlande a occupé le 178e et dernier rang alors que la première place, en terme de défaillance, est accordée au Sud Soudan, suivi de la Somalie et de l’Afrique centrale.  

L’indice, établi depuis plus de 10 ans, classe les Etats sur la base de critères sociaux à l’exemple de la pauvreté, inégalités dans le développement, la pression démographique ou la fuite des cerveaux et. Le classement prend en compte également des critères politiques en rapport avec la légitimité de l’Etat, le respect des droits de l’Homme, la sécurité et l’intervention étrangère dans les affaires internes de l’Etat.

Dans la région Maghreb, le Maroc occupe la 89e place devant la Tunisie 86e, selon cette étude. La Libye, théâtre d’une guerre civile depuis 2011, a été classée 25e, dans la catégorie « orange » des Etats en « alerte ». L’indice des Etats défaillants a pour objectifs de promouvoir « une plus grande stabilité dans le monde  et encourager le débat pour la sécurité durable », selon l’ONG Fund for peace.*El Watan-lundi 22 juin 2015

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Un parti marocain se démarque du makhzen vis-à-vis de l’Algérie

Le parti socialiste unifié (PSU) marocain vient de dénoncer le soutien de la diplomatie du royaume apporté au Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK) en Algérie.

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La décision du PSU de dénoncer les agissements du makhzen en faveur du MAK, dans son entreprise séparatiste, a été prise à l’issue de la dernière réunion du bureau politique du parti tenue cette semaine.

Pour le parti de la gauche marocaine, les relations entre le Maroc et l’Algérie doivent aspirer à la volonté des deux peuples de renforcer leurs relations tout en appelant à ouvrir une nouvelle page dans ses mêmes relations.

Le PSU a réaffirmé son attachement aux principes de l’unité des peuples et de bon voisinage  tout en préconisant le règlement de tous les questions et des problématiques par la démocratie et le dialogue.*Par Lila Ghali | 11/12/2015 | algerie1.com/

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*Le nouveau visage de l’islamisme

*Convaincre qu’ils ne sont pas les ennemis de la démocratie

Le premier souci des islamistes aujourd’hui : c ‘est convaincre qu’ils ne sont pas les ennemis de la démocratie, qu’ils sont capables de partager le pouvoir et que les opinions nationales et internationales n’ont pas à s’alarmer de les voir truster des élections dans le sillage des révoltes dans le Monde arabe.

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C’est ce que s’est employé à faire Rached Ghannouchi à la suite de la victoire du mouvement Ennahda en Tunisie. Sur ses traces, les leaders du PJD marocain, parti qui vient d’avoir la majorité relative au Parlement, rassurent l’Occident qu’il n’a pas d’inquiétude à se faire sur le respect des libertés.

Les Frères musulmans d’Egypte, que les pronostics donnent comme évidents vainqueurs des élections, se feront sans doute un devoir de ne pas briser cet élan visant à tranquilliser sur l’aptitude de ces mouvements à se dissoudre dans la démocratie.
On est loin des vociférations éruptives du FIS algérien qui, bien avant l’annonce de sa victoire aux élections, promettait les tribunaux populaires aux intellectuels, l’application stricte de la charia et déclarait la démocratie kofr.

Manœuvre tactique ou réelle évolution dans la praxis politique de la mouvance islamiste ? Sûrement les deux. Les analystes pensent que ce sont d’abord les sociétés arabes elles-mêmes qui ont changé, du moins dans leur rapport avec l’islam politique. Lors des révoltes en Tunisie, en Egypte, en Syrie… les slogans des manifestations n’ont jamais porté de contenus religieux. Ce qui a fait écrire à beaucoup d’experts internationaux que l’on assistait là à des «révolutions post-islamistes», refermant avec fracas la parenthèse d’une «domination» idéologique des islamistes sur les masses. Le concept pèche cela dit par sa propension à donner du Monde arabe l’image d’une étendue géographique homogène, majoritairement acquise à l’islamisme, avant la déferlante des révoltes. Il y a également que les calamités politiques provoquées par les islamistes dans les années 1990 et début des années 2000 qui sont passées par là.
Post-islamisme et contre-révolution

 La dantesque expérience algérienne avec le FIS, puis les attentats du 11 septembre 2001 sous la bannière d’Al Qaîda auraient consacré ce que Gilles Kepel, spécialiste de l’islam et du Monde arabe, appelle «une scission historique» à l’intérieur de la nébuleuse fondamentaliste. Selon lui, une partie s’est lancée dans le djihad terroriste, liguant le monde entier contre elle et se faisant traquer partout. Les autres, ayant opté pour une logique de compromis avec la démocratie, occupent désormais le devant de la scène, avec comme héraut un AKP turc qui séduit un peu partout dans le Monde arabe. Le modèle, même si l’on pense qu’il n’est pas applicable partout, peut servir néanmoins «de boîte à outils» dans laquelle peuvent puiser les islamistes arabes, selon la formule de l’ancien ministre français des Affaires étrangères, Hubert Vedrine.

 La Turquie d’Erdogan, dans la néo-rhétorique de la propagande islamiste, passe donc pour le parangon de cette alchimie heureuse entre l’islam politique et la démocratie. Erdogan himself surfe sur cette vague qui le présente et son parti, l’AKP, comme les précurseurs d’une réforme décisive de la souche idéologique de l’islamisme, avec à la clé une success story économique que personne ne conteste.

 Lors de sa tournée en septembre dernier en Egypte, Tunisie et en Libye, il s’est fait le prophète triomphant de ce nouvel ordre islamiste, si sûr de lui qu’il ne craint pas d’évoluer à l’ombre de la laïcité. Ce discours est-il à ranger dans le registre de la rhétorique lénifiante si chère au courant islamiste ? Sans doute trop tôt pour le savoir, mais ce qui paraît certain est que le chœur patelin qu’exécutent présentement les leaders de la mouvance dans les pays arabes laisse clairement penser que, sur le plan tactique à tout le moins, des réglages ont été effectués pour faire passer la vague verte sans trop d’hostilité.

 Les islamistes ne peuvent pas se permettre d’afficher des prétentions qui brusquent des rues arabes encore bouillonnantes de révoltes et des opinions dont l’enthousiasme a été douché par ce que d’aucuns ont appelé la contre-révolution islamiste. (El Watan-30.11.2011.)

***Un Maghreb islamique ?

Les démocraties occidentales «applaudissent» déjà

 Le revirement est spectaculaire. Après avoir longtemps joué la carte des «démocrates» arabes, des «forces progressistes», les démocraties occidentales changent leur fusil d’épaule et se montrent plus que jamais disposées à traiter, sans réserve ni complexe aucun, avec des gouvernements islamistes.

Et qu’importe que ces derniers soient composés d’éléments djihadistes – comme en Libye – ou d’islamistes «light» – comme en Tunisie et au Maroc. A Bruxelles comme à Washington, l’heure est décidément au grand écart. Les superpuissances américaine et européenne, contraintes – sous l’effet prodigieux des «révolutions arabes» ou guidées par une approche somme toute pragmatique – adaptent leur discours aux réalités changeantes d’un monde arabo-musulman tombant peu à peu dans la gouvernance islamiste. Les mouvements et partis islamistes – dont certains étaient jusque-là classés sur la black-list des organisations terroristes – sont considérés désormais comme des «partenaires» politiques à part entière et voient leurs victoires électorales prestement saluées.

Quid de la «menace» islamiste, ce «mal absolu» guettant aux portes de l’empire ? Oubliée à l’heure des petits calculs géopolitiques. Pas droit de cité à l’ère des révoltes arabes. Le ton est désormais tout autre : à l’acceptation du fait et de la victoire islamiste.
En Libye, ni les déclarations de Moustapha Abdeljali, président du Conseil de transition (CNT) sur l’application de la charia ni le poids de djihadistes au sein du Conseil de transition n’ont sonné le tocsin chez les dirigeants de l’UE et des USA, pourtant réputés défenseurs zélés de «l’idéal» démocratique. L’absence de réaction, lourde de sens, est synonyme d’approbation, de compromission même.

Au lendemain de la victoire électorale des islamistes d’Ennahda en Tunisie, la chef de la diplomatie américaine, Hillary Clinton, s’est empressée de saluer le «modèle» tunisien. Pendant des années, a-t-elle ajouté, les dictateurs ont dit à leurs peuples qu’ils devaient «accepter des autocrates pour éviter des extrémistes. Trop souvent, nous acceptions nous-mêmes ce raisonnement (…). Nous reconnaissons aujourd’hui que le véritable choix est entre la réforme et les troubles», a-t-elle déclaré. «Les Etats-Unis sont prêts, a ajouté la secrétaire d’Etat, à coopérer avec les islamistes vainqueurs» des élections tunisiennes. Mme Clinton estime que «les islamistes ne sont pas tous les mêmes» et trouve «l’idée selon laquelle des musulmans pratiquants ne peuvent s’épanouir dans une démocratie insultante, dangereuse et fausse».

Même son de cloche côté européen. En félicitant Ennahda pour sa victoire, Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne, et Stefan Füle, le commissaire en charge des relations avec les pays voisins de l’UE, confirment le changement de cap de la politique étrangère de l’Union européenne sur la question de la prise du pouvoir par les islamistes : «L’UE se réjouit à la perspective de collaborer étroitement avec la nouvelle Assemblée et les autorités et institutions tunisiennes pour répondre aux aspirations des Tunisiens à la démocratie, à la liberté, à la justice sociale et à la dignité», déclarent-ils dans un communiqué conjoint. (El Watan-30.11.2011.)

***L’Occident face à l’Islamisme

 Les Occidentaux se basaient, il y a quelques mois, sur la présence d’islamistes sur leurs territoires pour qualifier certains pays de terroristes. Aujourd’hui, la donne a-t-elle changé?

Après Rached Ghannouchi en Tunisie, Abdelilah Benkirane au Maroc, Mohamed Badie, chef des Frères musulmans égyptiens, se prépare à prendre le pouvoir au Caire

Après Rached Ghannouchi en Tunisie, Abdelilah Benkirane au Maroc, Mohamed Badie, chef des Frères musulmans égyptiens, se prépare à prendre le pouvoir au Caire

Le Printemps arabe, ayant balayé certaines dictatures et menaçant d’autre, a ouvert les portes aux islamistes. L’un des aspects les plus intéressants des «Printemps arabes» reste le contexte islamiste. En Tunisie, en Libye, au Maroc et en Egypte, les islamistes bombent le torse, rassurent et se voient rassurés du côté de l’Occident. Ils ont été largement plébiscités vainqueurs des scrutins post-«révolution» en Tunisie et au Maroc et sont en pole position en Libye et en Egypte. C’est dire qu’il aura fallu, paradoxalement, que les peuples arabes se révoltent pour que le tabou (l’islamisme) soit levé et normalisé. Aux élections, ils sont sortis largement vainqueurs contre les formations démocratiques.
Pourtant, à l’exception du cas libyen, les islamistes se sont montrés, dans les pays arabes en ébullition, en marge des révoltes et à l’abri des protestations de rues. Ils ont pris le train des révoltes en marche au moment où ces dernières ont fait tomber des régimes, que l’on croyait bien établis. «Le Printemps arabe s’est produit alors que l’Occident connaissait la plus grande vague d’islamophobie de son histoire. Alors qu’on parlait de libertés en Tunisie et en Egypte, on jouait en Europe avec le fantasme de l’islamisation», a souligné Henry Laurens, spécialiste d’histoire du Monde arabe, auteur d’un ouvrage: la Question palestinienne. Cela signifie-t-il que le syndrome islamiste ne fait désormais plus peur aux Occidentaux? Ou le soutien indirect de la diplomatie occidentale aux islamistes cache-t-il des desseins inavoués? Une diplomatie qui, pour rappel, fait de la promotion de la démocratie une nouvelle arme d’ingérence dans les affaires internes de pays souverains et de l’islamisme un critère pour qualifier un Etat de voyou et/ou de terroriste. Jusqu’alors, les Américains, les Britanniques, les Français ne tenaient pas à offenser les dirigeants libyens, égyptiens, tunisiens ou marocains, qui avaient fait des islamistes leurs favoris aux postes de commande, quitte à en exagérer la menace sur la stabilité de leur pays et détourner les objectifs des révoltes de leurs peuples. C’est dire qu’une nouvelle lune du miel recommence entre les Occidentaux et les islamistes, après celle des années de la guerre froide. Face à cette contradiction apparente de messages inquiétants, et d’autre part de déclarations d’intentions plus apaisantes des islamistes, les Occidentaux voient-ils la nécessité d’aider les cadres de ce nouveau pacte: Islamistes-Occidentaux. Et pour paraphraser «les prêtés» à François Mitterrand à propos de Mikhaïl Gorbatchev dans les années 1980: «L’important n’est pas que ces nouveaux acteurs, en l’occurrence les partis religieux, soient sincères, mais que tout se passe comme s’ils étaient sincères.»

Il faut faire avec les islamistes
Depuis le début de l’été, les diplomates américains, britanniques et français au Caire, à Tunis ou ailleurs au Maghreb, n’hésitent plus à rencontrer les leaders des formations intégristes locales, forces (devenues) incontournables dans le nouveau paysage politique, hérité des dictatures renversées par les soulèvements des peuples. «Surprenez-nous, on vous surprendra», avait déclaré en avril Alain Juppé, le ministre français des Affaires étrangères, lors d’un colloque organisé par le Quai d’Orsay à l’Institut du Monde arabe (IMA), qui réunissait des islamistes du Maghreb. Mieux encore, Alain Juppé avait même proposé, le 16 avril dernier, l’ouverture d’un large dialogue avec les courants islamistes du monde arabe qui «respectent les règles du jeu démocratique et bien sûr, le principe fondamental du refus de toute violence». Et en même temps, le chef de la diplomatie française avait appelé ses ambassadeurs à «élargir le spectre de leurs interlocuteurs aux courants islamiques ayant accepté le jeu démocratique et renoncé à la violence». Ainsi, au Caire, quelques semaines après, l’ambassadeur français Jean Félix Paganon brisait le tabou en s’entretenant avec Mohammed Morsi, le chef du parti Liberté et Justice, émanation des Frères musulmans. Aux journalistes, Jean Félix Paganon a déclaré:«On demande aux Frères musulmans comment ils voient la transition. Quels sont leurs éléments de programme et leur stratégie électorale.» En Tunisie, l’ambassadeur français, Boris Boillon, s’est lui aussi entretenu régulièrement avec Rached Ghannouchi, le chef du parti islamiste Ennahda, interdit du temps de Ben Ali. En Libye, encore, il y a eu des entretiens avec les intégristes activant sous la houlette de l’ancien djihadiste Abdelhakim Belhadj. Mais là, plus qu’ailleurs, les Occidentaux se sont succédé, un après l’autre, auprès des islamistes libyens. En Jordanie, une diplomate a rencontré récemment Zaki Ben Rachid, un dirigeant des Frères musulmans. Mais là «ce n’était pas une première», prévient-on à l’ambassade de France. On les rencontre régulièrement, ils font partie du paysage politique depuis bien des années. C’est dire que le pacte a était bel et bien conclu entre islamistes pressentis au pouvoir dans le Monde arabe et l’Occident. A ce sujet, William B. Quandt, ex-membre du Conseil de sécurité national américain, avait déclaré, dans les colonnes de l’Expression, que «les islamistes sont en position d’exercer visiblement le pouvoir, de se confronter au réel et aux jeux de coalition interne et externe, mais aussi il faudra à l’Occident réussir la réinvention de ses relations avec ces nouvelles classes politiques plurielles, forcément différentes des relations avec des régimes en situation de monopole, jadis incarnés par un individu érigé en interlocuteur unique». Dans cette optique de la relation avec le Monde arabe, William B. Quandt a souligné que «l’Occident a un rôle à jouer».( l’Expression-30.11.2011.)

 ***Moncef Marzouki. Nouveau président de la République tunisienne

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Dans le mouvement g&eacute;n&eacute;ral du monde, la libert&eacute; est en train de faire sauter les murs les plus &eacute;pais, mais cela ne se fera pas sans que les murs r&eacute;sistent.<br /> » src= »http://www.elwatan.com/images/2011/11/30/portrait_759133_465x348.jpg » width= »374″ height= »267″ /></a></span></strong></span></p>
<p><span style=Lorsqu’il est rentré en Tunisie après une longue absence, une marée humaine enthousiaste de ses partisans l’attendait à l’aéroport de Carthage. Une ambiance fébrile et un moment solennel lorsque l’infatigable militant des droits de l’homme et bête noire du régime déchu fit son apparition sur le tarmac. La ferveur était telle que Marzouki lui-même était surpris et ne s’attendait sans doute pas à cet accueil plus que chaleureux. Le point d’orgue sera atteint lorsqu’il fut carrément happé par la foule pour être porté comme un glorieux vainqueur de pugilat sur les épaules de ses fans.

La communion était totale. Marzouk a dû penser, en ces moments-là, aux luttes ininterrompues qu’il a menées en sa qualité de droit de l’hommiste déterminé jusqu’à l’entêtement, mais aussi aux blessures physiques et morales que lui a fait subir le régime innommable de Ben Ali. L’idée d’être à la tête de la République, au nom de laquelle il a été relégué et humilié, lui a-t-elle effleuré l’esprit en ces moments heureux ?

 Toujours est-il que quelques semaines après, le voilà investi à la magistrature suprême de son pays. Il a réalisé son rêve. Il l’a fait parce qu’il ne savait pas que c’était impossible ! Les premières paroles iront au peuple et à sa jeunesse, artisans de cette métamorphose inouïe qui balaye d’un trait les méfaits dévastateurs des «républiques monarchiques» que Marzouki désigne avec dérision les «Djomloukiate». Nationaliste, Marzouki dit qu’il est viscéralement attaché à son pays. Dans ce registre, il est assurément dans son élément. Et comme le poète, il pourrait fredonner cet air :
«Je n’aurais jamais cru qu’on se rencontrerait/ Le hasard est curieux/ Il provoque les choses/ Et le destin pressé un instant prend la pause/ Non, je n’ai rien oublié !»

 Parti en France où il exerce son métier en Alsace, Marzouki restera toujours à l’écoute de son pays, convaincu que le seul exil insupportable est d’être loin de ses convictions. Docteur en médecine de l’université de Strasbourg en 1973, ancien interne des hôpitaux et assistant à la faculté de médecine de Strasbourg, il est spécialiste en médecine interne, neurologie et santé publique. De 1981 à 2000, il est professeur en médecine communautaire à l’université de Sousse en Tunisie.

 Les droits de l’homme, une obsession

 Il débute son engagement en faveur des droits de l’homme en 1980 en entrant à la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH). En 1985, il est élu par le troisième congrès comme membre de son comité directeur, puis, en 1987, désigné au poste de vice-président chargé de l’éducation du public et de la formation des militants. En 1989, il est élu à l’unanimité comme président de la LTDH. Toutefois, le 14 juin 1992, l’organisation est dissoute suite à son opposition à une nouvelle loi sur les associations. Marzouki constitue alors en 1993 le Comité national pour la défense des prisonniers d’opinion qui est déclaré illégal.

 La LTDH est finalement légalisée à nouveau en mars 1993, mais face aux pressions diverses, Marzouki annonce, lors du congrès tenu en février 1994, sa décision de ne plus briguer aucune fonction au sein de l’organisation. Il décide de présenter sa candidature à l’élection présidentielle du 20 mars 1994, mais ne parvient pas à réunir le nombre nécessaire de signatures requises afin de participer à l’élection et sera plus tard emprisonné et interdit de passeport. De 1989 à 1997, il est également membre du comité directeur de l’organisation arabe des droits de l’homme basée au Caire et membre actif de la section tunisienne d’Amnesty International. Il est désigné président de la commission arabe des droits de l’homme entre 1996 et 2000 et porte-parole du conseil national pour les libertés en Tunisie, poste qu’il occupe du 10 décembre 1998 au 16 février 2001.

 Notre confrère Fayçal Métaoui avait rencontré Marzouki. Il nous décrit dans quelles circonstances, en dévoilant le climat de terreur qui régnait en Tunisie avant la révolution du jasmin. «En 2000, la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH), dirigée par l’avocat courageux Mokhtar Trifi, était mise sous pression par la dictature de Zine Al Abidine Ben Ali. Les animateurs de cette ligue, qui ont refusé la mise au pas imposée par le régime, étaient traduits en justice. Les procès, qui étaient de véritables simulacres de justice, étaient devenus nombreux. Pour assister à l’un de ces jugements, je me suis déplacé en Tunisie en compagnie de mon collègue et ami d’El Khabar, Slimane Hamiche.

 L’avocat algérien, Boudjemaâ Ghechir, président de la Ligue algérienne des droits de l’homme (LADH), était aussi du voyage. Il devait plaider en faveur des responsables de la LTDH en vertu des conventions judiciaires liant les deux pays. En dépit de cela, le juge a refusé la présence au prétoire de l’avocat algérien. Cela devait susciter une controverse dans une salle d’audience remplie comme un œuf. Le lendemain, Slimane Hamiche et moi-même avions décidé de nous déplacer par train à Sousse pour rencontrer l’opposant, ex-président de la Ligue arabe des droits de l’homme, Moncef Marzouki. Dans le train, confortable et agréable, nous avons constaté que nous étions filés. Des policiers en civil étaient assis en face nous. Ils ne faisaient rien pour être discrets.

 Arrivés à Sousse, nous devions prendre un taxi vers la Marina d’El Kantaoui, à 10 km de la ville. Moncef Marzouki nous avait donné rendez-vous dans un café. ‘‘Je ne peux pas vous recevoir chez moi. Ils vont débarquer et m’accuser d’intelligence avec des puissances étrangères. Je préfère discuter avec vous dans un endroit ouvert’’, nous a-t-il expliqué.

 Un authentique opposant

 Autour d’un jus d’orange pressé, nous devions discuter et réaliser une interview pendant plus d’une heure sur la situation politique de la Tunisie. Les policiers en civil, lunettes noires et costumes gris, ne cessaient de faire le va-et-vient devant le café. ‘‘Ne faites pas attention à eux, c’est une habitude’’, prévenait l’opposant tunisien. Moncef Marzouki, qui avait fondé avec d’autres militants démocrates tunisiens le Conseil national des libertés en Tunisie (CNLT), était mis sous une étroite surveillance, lui et sa famille. Médecin, il avait été empêché d’exercer et d’enseigner à l’université. Le régime de Ben Ali pratiquait la politique de ‘‘l’appauvrissement’’ des opposants. Mais, Marzouki et ses compagnons luttaient avec courage et détermination contre cette politique en actionnant les ressorts de la solidarité.

 Après un déjeuner dans un restaurant du coin, durant lequel l’opposant nous expliquait dans le détail tous les malheurs que les agents de Ben Ali-Trabelsi (du nom de Leïla Trabelsi, seconde épouse du dictateur) faisaient endurer à l’opposition. Nous devions reprendre un taxi vers la gare ferroviaire de Sousse pour rejoindre Tunis. A ce moment, une dizaine d’hommes en civil s’étaient approchés de nous. ‘‘Suivez-nous’’, ordonnaient-ils. Nous avions refusé en demandant à ces individus de décliner leur identité. L’un d’eux nous a exhibé une carte de couleur rouge sur laquelle était écrit ‘‘Al amn el kawmi’’ (Sûreté nationale). Après présentation de nos passeports, les questions fusaient : ‘‘Comment êtes-vous entrés en Tunisie ?’’, ‘‘Qu’est-ce que vous êtes venus faire en Tunisie ?’’, ‘‘Dans quel hôtel vous logez ?’’, ‘‘Qui avez-vous rencontré ?’’, ‘‘Quand partez- vous ?’’… Après trois ou quatre coups de téléphone, les policiers changeaient d’attitude en se rendant compte de notre qualité de journalistes algériens.

 Devenus soudainement aimables, ils nous souhaitaient… ‘‘la bienvenue en Tunisie’’. A Tunis, la filature policière était devenue plus dense et plus présente… jusqu’à la salle d’embarquement de l’aéroport Tunis-Carthage… Marzouki préside depuis le 25 juillet 2001 le congrès pour la République, parti qu’il a fondé et qui n’est pas reconnu par les autorités tunisiennes avant la révolution tunisienne. Le 17 janvier 2011, Marzouki annonce sa candidature à la présidentielle et rentre de son exil le lendemain. Le 8 mars, la légalisation de son parti est annoncée.

 Lors de l’élection de l’assemblée constituante du 23 octobre 2001, premières élections libres organisées depuis l’indépendance, son parti obtient la seconde place en nombre de sièges derrière le parti islamiste Ennahdha. Lui-même est élu dans la circonscription de Nabeul. Ecrivain bilingue, il a publié seize livres en arabe et quatre en français, traitant de médecine communautaire, d’éthique médicale, des droits de l’homme et du problème de la démocratisation dans les pays arabo-musulmans, parmi lesquels figure Dictateurs en sursis. Une voie démocratique pour le monde arabe publié aux éditions de l’Ateliers à Paris en 2009. Depuis l’avènement de la révolution du jasmin, la chronique tunisoise bruisse de rumeurs où l’on décortique l’histoire avec un humour parfois féroce.

 Une autre ère s’ouvre

 Les Tunisiens ? «Ils ont d’abord été dirigés par un grand cerveau malade, puis par une petite cervelle névropathe, c’est sans doute pourquoi, dans leur grande sagesse, après des décennies de migraines, les Tunisiens ont choisi de désigner à la tête du pays un neurologue», car Marzouki, professeur de médecine, va devoir ausculter son peuple. «Le personnage, commente-t-on, est à l’image de ses lunettes immenses et carrées. Posture élancée, col ouvert sans cravate, le président Moncef, fils de Mohamed El Bedoui Marzouki, est un authentique bédouin têtu et sans concession. Noblesse qu’il n’a jamais cherché à travestir, il ne pratique pas la langue de bois. A cause des souffrances et humiliations qu’il a lui même subies, il jouit d’un grand respect de la part du peuple tunisiens».

 Il se définit comme un nationaliste progressiste qui ne mésestime pas le poids de ses racines. Il s’en expliquait il y a quelques semaines. «J’ai deux techniques pour rester positif psychologiquement. La première, c’est que je me dis que le temps géologique n’est pas le temps des civilisations, que le temps des civilisations n’est pas celui des régimes politiques, et que le temps des régimes n’est pas celui des hommes. Il faut l’accepter. Si je m’engage dans le projet de transformer la Tunisie, vieille de quinze siècles, je ne vais pas la transformer en vingt ans. Je dois donc accepter les échéances de long terme. Et à partir de là, je ne me décourage pas.» «Et l’autre technique vient du fait que je suis un homme du Sud. Je viens du désert et j’ai vu mon grand-père semer dans le désert. Je ne sais pas si vous savez ce que c’est que de semer dans le désert. C’est semer sur une terre aride et ensuite vous attendez. Et si la pluie tombe, vous faites la récolte. Je ne sais pas si vous avez déjà vu le désert après la pluie, c’est comme la Bretagne !

 Un jour, vous marchez sur une terre complètement brûlée, ensuite il pleut à peine, et ce qui s’en suit, vous vous demandez comment cela a pu se produire : vous avez des fleurs, de la verdure… tout simplement parce que les graines étaient déjà là… Cette image m’a vraiment marqué quand j’étais enfant. Et, par conséquent, il faut semer ! Même dans le désert, il faut semer !» Il y a quelques jours, Marzouki affirmait que les relations algéro-tunisiennes «seront bien meilleures sous la deuxième République. Les Algériens seront considérés comme leurs frères tunisiens. Fini les vexations et le comportement inadmissible des sbires de l’ancien régime.»

 Et d’énumérer les problèmes en suspens entre les deux pays : «Je suis prêt avec la nouvelle équipe à aplanir tous les problèmes créés par Ben Ali et consorts, notamment au plan humanitaire. On sait que bon nombre de prisonniers algériens sont détenus dans les geôles tunisiennes depuis des années, souvent sans procès. Nous veillerons à étudier cette question le plus rapidement possible, de même que solliciterons un dispositif judiciaire afin de mettre à plat toutes les questions bilatérales liées aux familles, à la résidence, à l’héritage, au foncier…» (El Watan-01.12.2011.)

 htahri@elwatan.com

Bio express :

Né le 7 juillet 1945 à Grombalia en Tunisie, Moncef Marzouki fait ses études secondaires en Tunisie et au Maroc. Lauréat du Concours général en arabe, il bénéficie d’une bourse universitaire pour étudier en France. Docteur en médecine de la faculté de Strasbourg, il est ancien interne des hôpitaux en neurologie. A son retour en Tunisie en 1979, il s’engage comme militant à la Ligue tunisienne pour les droits de l’homme (LTDH), créée en 1977, la première à voir vu le jour dans le monde arabe. En 1981, il quitte les hôpitaux universitaires de Tunis pour diriger une expérience de santé publique autour de Sousse, où il devient professeur en médecine communautaire à la faculté. Il est élu membre du comité directeur de la LTDH en 1985, vice-président en 1987, puis président en 1989. Celle-ci est dissoute en 1992 en raison de son opposition à la nouvelle loi sur les associations, puis légalisée en 1993. Moncef Marzouki décide de ne plus y assurer aucune fonction et crée alors le Comité national pour la défense des prisonniers d’opinion qui est déclaré illégal. En 2001, il crée le Congrès pour la république (CPR) qu’il préside. Le parti est légalisé au lendemain de la révolution tunisienne. Moncef Marzouki rentre en Tunisie le 18 janvier 2011. Il est président de la République depuis décembre 2011.

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Le roi Mohammed VI du Maroc nomme Abdelilah Benkirane comme Premier ministre

Le roi Mohammed VI du Maroc a nommé mardi comme Premier ministre Abdelilah Benkirane, le chef du parti islamiste modéré Justice et développement (PJD), vainqueur des législatives de vendredi dernier, a indiqué une source officielle.

Le roi Mohammed VI du Maroc a nommé mardi comme Premier ministre Abdelilah Benkirane, le chef du parti Justice et développement (PJD, islamiste modéré) dont la formation fait sa première entrée dans un gouvernement.

 Le PJD qui a obtenu 107 des 395 sièges lors des élections législatives anticipées du 25 novembre va pour la première fois diriger un gouvernement de coalition…
Un journaliste sur place a précisé à l’AFP que M. Benkirane (57 ans) a prêté serment devant le roi lors d’une brève cérémonie.
Né à Rabat dans un quartier populaire, M. Benkirane, qui est membre du Conseil supérieur de l’enseignement, est marié et père de six enfants. Les islamistes modérés vont diriger pour la première fois un gouvernement qui sera étroitement contrôlé par le roi..

*****Lahcen Daoudi. Membre du secrétariat général du PJD (Maroc) :

 «Notre victoire confirme cette lame de fond islamiste»

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Membre du secrétariat général du Parti de la justice et du développement (PJD) et président de son groupe parlementaire, Lahcen Daoudi est le n°2 du PJD. Avec son allure «occidentale» (sans barbe), il incarne la vision moderniste du parti; il passe allégrement de l’arabe au français et au tamazight. Il n’hésite pas à serrer la main aux journalistes femmes – étrangères – avec lesquelles il discute sans retenue. Dans cet entretien, il exprime à chaud ses sentiments après la victoire de son parti et dessine les contours de ce que sera le Maroc à la sauce islamiste.

Rabat (Maroc). De l’envoyé spéciale d’Al Watan- 28.11.2011.

 - Quel bilan faites-vous de la campagne électorale et du déroulement du vote ?

Je pense que le PJD a mobilisé beaucoup de monde, parce que de nombreux Marocains devaient boycotter ces élections du fait que les attentes sont trop grandes et les frustrations aussi. La participation de notre parti a été donc une valeur ajoutée pour ce scrutin, d’autant plus que les autres partis n’ont pas mobilisé grand monde en se contentant de sortir la nuit pour distribuer de l’argent. Même des chefs de parti ont malheureusement succombé à cette corruption politique. Si l’administration s’est abstenue, cette année, de toute intervention, il y a eu tout de même un laisser-aller au niveau de la corruption.

- Vous voulez dire que le pouvoir de l’argent a influé sur les résultats des élections ?

Oui, hélas, il y a des Escobar qui distribuent l’argent et c’est toujours difficile de les attraper. On appelle la police et la gendarmerie, qui viennent, mais ces gens ont déjà déguerpi. Il est évident que ces pratiques ont influé sur les résultats et c’est bien au détriment du PJD qui, lui, a mené, et depuis des années, une campagne de proximité. Là où on pouvait prendre deux ou trois sièges, on n’en a pris qu’un seul. Nous avons, certes, gagné beaucoup de sièges (80), mais nous aurions pu en prendre un peu plus.

- Vous pensez donc que le PJD est la première force politique du royaume…

Oui, malgré la corruption et l’achat des voix, le PJD sera le premier parti, c’est évident. Sans cette corruption, on aurait été de loin les premiers. Et si le taux de participation a atteint 45%, c’est aussi grâce à nous. C’est un taux acceptable ,si l’on tient compte des grandes frustrations du peuple marocain. Mais c’est déjà mieux que les 37% de 2007.

- Vous serez appelés à nouer des alliances pour gouverner, compte tenu du mode de scrutin qui ne vous permet pas de prendre le gouvernail tout seul…

Absolument, mais nous nous engageons à ne jamais faire alliance avec le Parti de l’authenticité et de la modernité (PAM) de Fouad Ali El Himma (proche du roi). Non, il n’est pas question de s’allier avec les bandits ! Nous n’allons pas donner de la crédibilité à des bandits, impossible !

- Y a-t-il eu des fraudes au niveau des bureaux de vote ?

Non, non, il n’y a eu que l’argent. L’administration, cette année, s’est abstenue ; on n’a pas eu de plaintes de ce côté-là.

- Le Maroc aura, sauf grosse surprise, le premier chef du gouvernement islamiste de son histoire…

Oui, fort probablement, mais lequel ? C’est, comme vous le savez, le roi qui choisit au sein du parti vainqueur. Donc on ne sait pas lequel parmi nous.

- Beaucoup d’observateurs évoquent désormais un «Maghreb islamique» en référence aux succès d’Ennahda en Tunisie, des rebelles islamistes en Libye et, maintenant, du PJD au Maroc. Quel commentaire faites-vous ?

C’est un Maghreb tout court. Le Maghreb est par nature islamique et si on ajoute cet adjectif, c’est pour le rendre péjoratif. Or, les pays du Maghreb sont musulmans. Donc, à mon avis, la vague est arrivée, les gens veulent vivre leur identité et personne ne pourra la leur enlever.

- Qu’est-ce qui fait la force du PJD pour s’ériger en première force politique du royaume ?

L’intégrité. C’est l’image d’intégrité qui est fondamentale chez les Marocains. Je vous fais remarquer que dans toutes les communes et régions où nous sommes présents, nous avons rempli notre contrat avec succès. D’ailleurs, l’organisation Transparency International prend comme modèle les communes et les régions gérées par le PJD. Et ce n’est pas pour nos beaux yeux.

- En tant que parti islamiste sans expérience dans la gestion des affaires du pays, vous sentez-vous capables de faire face aux problèmes du Maroc ?

Oh ! Vous savez, on va jouer un match qui n’est pas gagné d’avance. C’est un match difficile contre la crise ; on a beau être le Barça du Maroc, mais le Barça peut lui-même perdre.

- Est-il vrai que le PJD a demandé au roi dernièrement de supprimer l’expression «la personne du roi est sacrée» dans la Constitution ?

Ecoutez, je l’ai dit en public dans une conférence : il n’y a que Dieu qui soit sacré. On l’a fait dans les années soixante, parce qu’il y a eu des tentatives de coup d’Etat, mais en 2011, cela ne rime plus avec la réalité.

- Quel est votre avis sur la revendication d’une monarchie parlementaire ?

On ne peut pas sauter comme cela vers la monarchie parlementaire, c’est impossible. Les laïcs marocains n’ont rien proposé.
En Occident, vous avez l’Eglise qui gère le côté religieux, chez les chiites vous avez un clergé et dans les pays sunnites, il n’y a rien. Si le religieux n’est pas géré par l’Etat, il y aura alors toutes les possibilités d’un éclatement. Le PJD aura ses mosquées, les salafistes auront leurs mosquées, Al Qaîda aura ses mosquées. Donc on ne peut dire, dans un pays comme le Maroc, qu’on va créer un Etat laïque, c’est impossible.

- Et que pense le PJD de l’Union maghrébine ?

On a beau créer des obstacles pour stopper cette marche vers l’Union des pays du Maghreb, c’est une marche inexorable. On n’a vraiment pas le choix.

- Entretenez-vous des relations avec le MSP algérien avec lequel vous partagez les référents idéologiques ?

Oui, nous travaillons avec ce parti algérien comme nous travaillons avec l’AKP en Turquie, Ennahda en Tunisie et les Libyens. Nous attendons aussi le succès des Frères musulmans en Egypte et en Syrie.

- Cette vague islamiste est-elle un phénomène de mode ou un refuge populaire pour le Monde arabe ?

C’est une lame de fond, parce que le marxisme a échoué, le libéralisme a échoué, c’est donc en quelque sorte un retour vers soi. On a cherché dans les poches de Marx, d’Adam Smith et qui sais-je encore, mais on n’a rien trouvé. Il est temps de fouiller dans nos propres poches !

- Que répondez-vous à ceux qui craignent le pouvoir du PJD, au Maroc et ailleurs ?

Il n’y a que les corrompus qui craignent le PJD. S’agissant de nos partenaires, les Américains et les Anglais veulent travailler avec le PJD, il n’y a que les corrompus européens qui ne souhaitent pas travailler avec nous, parce que le PJD va jouer la transparence.

- Quel sera votre mot d’ordre, maintenant que vous êtes au pouvoir ?

La moralisation. Et là j’insiste, au-delà de la dimension religieuse, sur l’éthique dans la gestion des affaires. Il s’agira pour nous de lutter contre la corruption sous toutes ses formes. Ne soyons pas complexés ; l’éthique islamique est semblable à l’éthique universelle. (Publié sur El Watan-28.11.2011.)

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*Le Maghreb et la démocratie vont de pair

** Interview de Abdelhamid Mehri au Quotidien d’Oran (03.03.09.)

Vingt ans après le lancement de l’Union du Maghreb arabe (UMA), le 17 février 1989 à Marrakech, le bilan est dérisoire. Les économistes maghrébins ne parlent plus du Maghreb. Quand ils se rencontrent, c’est pour évoquer les coûts du « Non-Maghreb » : 2 % de croissance manquée par an pour les économies de chaque pays, selon les estimations les moins pessimistes. Pour avoir une idée de l’ampleur du manque, il faut savoir que 1 % représente plus de 10 milliards de dollars de valeur ajoutée pour les pays maghrébins. Pourquoi cela ne décolle pas ? Abdelhamid Mehri est un militant maghrébin au long cours, porte-parole de la conférence historique de Tanger d’avril 1958 qui a regroupé les partis nationalistes maghrébins, l’Istiqlal marocain, le Néo-Destour tunisien et le FLN algérien. Il évoque, dans cet entretien au Quotidien d’Oran, les espoirs soulevés par la naissance de l’UMA et l’incapacité des régimes politiques à se transcender pour le Maghreb. Ce qui a manqué, explique-t-il, c’est la dynamique démocratique qui aurait permis de dépasser des conceptions divergentes… 51 ans après Tanger, 20 ans après Marrakech, une appréciation très politique sur les raisons qui empêchent l’aspiration maghrébine, très répandue, de se concrétiser.
Le Quotidien d’Oran: Le traité de Marrakech qui a fondé l’UMA a vingt ans. Comment cela a-t-il démarré après 13 ans de rupture entre l’Algérie et le Maroc ?
Abdelhamid Mehri: Le début de l’Union du Maghreb, c’est la rencontre de Zeralda (Algérie) en juin 1988. Elle avait été précédée par des contacts directs entre le roi Hassan II et le président Chadli Bendjedid. Ces premiers pas étaient marqués par un certain optimisme mais qui n’a pu être entretenu par un élan de démocratisation des régimes qui aurait permis d’atténuer des conceptions fort différentes. Je pense que l’esprit de Tanger aurait dû alimenter cette tentative, malheureusement, les intérêts des régimes ont fini par créer des structures de pure forme, loin de l’intérêt évident des peuples de la région.  Après la mort de Boumedienne, les frères marocains ont pensé que les choses allaient se débloquer facilement. Ils croyaient, à tort, que la question du Sahara occidental n’était qu’une invention du président défunt. La reprise des relations avec l’Algérie était donc perçue comme un moyen de faire passer la vision marocaine sur la question du Sahara. Côté algérien, il y avait une certaine disponibilité à dépasser l’enfermement et à aller vers la construction du Maghreb.
Q.O.: Qu’est-ce qui n’a donc pas marché ?
A.M.: Il n’y avait pas nécessairement des arrière-pensées, les acteurs ne manquaient pas de sincérité, mais ils étaient porteurs de notions et de concepts très différents, qui n’auraient pu être dépassés que si les régimes avaient pris le chemin de la démocratie. Ce qui n’a pas été le cas. La perpétuation de régimes autoritaires, pas seulement en Algérie et au Maroc, n’était pas en mesure de produire une Union maghrébine. L’UMA est, aujourd’hui, à l’image des régimes politiques au Maghreb.
Q.O.: Quelles sont ces conceptions différentes ?
A.M.: La question du Sahara occidental est un des dossiers sur lequel ces conceptions se heurtent et bloquent l’évolution. Au Maroc, la légitimité est fondée sur l’allégeance et il leur est difficile d’imaginer une nouvelle légitimité qui toucherait au fondement du régime. Dans ces conditions, quelle forme de légitimité devait fonctionner dans les territoires, objet de litige, est-ce la forme marocaine traditionnelle de légitimité ou une nouvelle légitimité ? Le retour du Sahara occidental par le biais des formes d’allégeance traditionnelle posait problème à l’Algérie, elle-même revenue sur la scène par l’exercice de l’autodétermination. Côté algérien, accepter l’allégeance traditionnelle ou historique met en cause tous les fondements et ouvre la voie à la remise en cause de ses frontières. On est donc face à deux conceptions que nous n’avons pas dépassées.
Q.O.: Qu’est-ce qui aurait pu faire que ces approches conflictuelles soient dépassées durant ces 20 années d’existence de l’UMA ?
A.M.: Je pense que nous aurions pu les dépasser si l’on était allé vers la démocratie. L’esprit profondément maghrébin de la conférence de Tanger, que les régimes oeuvrent à étouffer, aurait, dans un contexte démocratique, créé des dynamiques permettant de dépasser le blocage. C’est pour cela que je dis que la démocratie et le Maghreb marchent de pair.
Q.O.: Est-il vrai qu’à Zeralda, comme à Marrakech, lors de la réunion constitutive de l’UMA, la question du Sahara occidental n’empêchait pas la construction du Maghreb ?
A.M.: C’est vrai, il y avait cette conception que l’on pouvait construire des relations qui faciliterait la marche vers la construction. J’observe que par moment, cette conception prévaut au Maroc, parfois en Algérie. Rarement, elle ne prévaut en même temps dans les deux capitales. Plus gravement, et cela ne concerne pas seulement l’Algérie et le Maroc, tous les pouvoirs maghrébins entravent des constructions horizontales et des liens entre les organisations civiles, syndicales. Quand vous lisez les journaux maghrébins, vous découvrez une approche étriquée, sectaire, qui ne donne aucune place à la dimension maghrébine. Les Marocains, qui ne connaissent l’Algérie qu’à travers les journaux marocains, et les Algériens, qui ne connaissent le Maroc qu’à travers les journaux algériens, n’ont aucune idée réelle de ce qui se passe dans leurs pays respectifs. Ils n’ont que des dénonciations et des insultes à l’égard de l’autre. J’ai dit une fois à des amis marocains que ce qui se dit dans les journaux marocains à propos du régime algérien était peut-être fondé, mais que cela était valable pour l’ensemble des régimes maghrébins. Les médias ont une approche étriquée. Ils parlent beaucoup de ce qui se passe dans le monde et ignorent complètement ce qui se passe dans leur propre région. Je trouve que cela est absurde. Mais cela est bien conforme aux logiques autoritaires qui prévalent et qui tendent à casser toute action commune et à empêcher les contacts entre les acteurs des sociétés.
Q.O.: Que vous inspire la fermeture de la frontière entre l’Algérie et le Maroc ?
A.M.: La fermeture des frontières n’est pas une solution aux problèmes qui existent. Instaurer des visas non plus. En fait, le blocage du Maghreb est la responsabilité de tous les Etats du Maghreb, pas seulement du Maroc et de l’Algérie. Les échanges intermaghrébins sont dérisoires. Je trouve que nos politiques ne sont ni réalistes ni raisonnables d’aller vers l’Union pour la Méditerranée alors qu’ils ne sont pas en mesure de régler les problèmes entre maghrébins. C’est de la fuite en avant. Notre adhésion à l’Union pour la Méditerranée est un acte dénué de sens. Je pense que l’ensemble des politiques nationales sont erronées et sont liées à la vision antidémocratique des régimes.

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11 réponses à “Le Maghreb et la démocratie vont de paire”

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