M’dina J’dida

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*Qui se souvient de Benyamina ? Ce vieil homme malingre et non-voyant, qui venait occuper, le temps d’un après-midi, un coin de l’espace qu’on appelait «Ed-dara», à l’emplacement actuel du Palais des Expositions d’Oran.

Les passants devinaient de loin sa présence et se pressaient autour de ce musicien qui suscitait l’émotion que faisaient naître les airs langoureux de son violon qu’accompagnait une voix tellement  fluette qu’on avait l’impression d’entendre chanter une petite fille.

Quand, en 1845, le général de Lamoricière, gouverneur militaire de la Place d’Oran prit la décision d’éloigner les «Indigènes» à plus d’un kilomètre de la ville européenne — localisée dans les bas quartiers (Sidi El-Houari) — les populations issues des tribus Z’malas, Douaïr et Ghraba étaient assez nombreuses pour être les candidats potentiels du premier bidonville oranais, une population confinée dans le dénuement et la misère morale à la limite du supportable. C’était le village des «Djali» ou des «Exilés», sur les nattes d’alfa utilisées à l’époque et que l’administration coloniale surnommait par dérision «Village nègre». Plus tard, la cité fut débaptisée «Ville nouvelle». C’est le quartier mythique de la ville d’Oran, connu de nos jours sous le nom de M’dina J’dida, une cité chargée d’histoire et de légendes.

En 1881, ce bidonville accueillait 7000 habitants, une création coloniale qui va constituer le premier d’une série d’autres pour accueillir des milliers de campagnards, des familles d’agriculteurs chassées par les nouveaux colons. Ils viendront grossir ces conglomérats de sordides baraques en tôle et en bois, des mansardes en torchis, qui naissent un peu partout, à El Hamri, Medioni, El Barki, Sidi El-Hasni, au pied du Murdjadjo, près du cimetière chrétien, à la sortie sud, près des fermes.

Tahtaha mythique !

Après la Deuxième Guerre mondiale, les chercheurs et les sociologues signalèrent la présence de 56 bidonvilles dans les zones éloignées du centre-ville.
M’dina J’dida fait face à un autre quartier européen : le Plateau St Michel. Le quartier s’étend entre le boulevard Paul Doumer (actuellement Ahmed Zabana), le cimetière israélite et le boulevard de Mascara. Une vie particulière a toujours animé cette cité sans caractère architectural, après la disparition des baraques et des maisons de fortune dans les années 50. Ses nombreux petits magasins sont groupés à peu près par rues, selon les activités : marchands d’articles indigènes, brodeurs, fabricants de couvertures (bourabah), savetiers, tailleurs, bijoutiers, gargotiers, fripiers, torréfacteurs, coiffeurs, pâtissiers, boulangers, laitiers, cafés et bains maures, marchands de céréales et légumes secs, moulins de mouture et grandes minoteries.

La double voie, rue Yusuf – boulevard Joseph Andrieu, (actuellement Esplanade de l’Indépendance) plus connue sous l’appellation «Tahtaha» en constitue l’artère principale. Elle était bordée de bains maures, comme le «Bain du Lion», ou de «L’horloge» et de cafés, d’où s’échappaient des chants bédouins à la voix nasillarde que diffusaient des phonographes.Ces cafés étaient les lieux de rendez-vous qui attiraient une foule de clients, des gens de passage, des marchands d’œufs et de volailles, venus des zones rurales limitrophes et d’autres visiteurs en quête de travail. Ces établissements alternent avec les maisons d’habitation de un à trois étages. A côté, une petite mosquée à minaret quadrangulaire s’élève au centre.

Dans la rue Tombouctou, se donnent rendez-vous une douzaine de gargotiers vendant beignets, frites, poissons frits, poivrons, piments, œufs durs et petit lait. En pénétrant un peu plus dans cette artère, on rencontre quatre boulangers, deux épiciers, un Espagnol, fabricant d’espadrilles, trois bijoutiers israélites, trois coiffeurs dont un spécialisé dans la circoncision (tahhar), six restaurants offrant des menus traditionnels comme le fameux couscous garni. Dans cette même rue s’élève le centre médico-social tenu avec dévouement par les «Sœurs de la Présentation de Tours». Non loin, sur une petite place, se dresse l’oratoire quadrangulaire, couvert de tuiles vertes semi-cylindriques, le mausolée de Sidi B’lal, orienté vers l’Est, c’est-à-dire vers La Mecque.

A la rue du Figuier, se dresse le groupe scolaire Pasteur et le nouveau marché couvert de Sidi Okba, réalisé en 1953 par la municipalité du député-maire Henri Fouques-Duparc. Construit dans un style hispano-mauresque, ce marché est l’œuvre du célèbre architecte de la ville d’Oran, Wolff. Cet équipement communal abrite une multitude de petits marchands de fruits et légumes, de viandes et tripes exposées en plein air. D’autres commerçants vendent tissus, épices, articles de quincaillerie, notamment des brûleurs de café (hammassa), des fourneaux en terre cuite (madjmar) ou à pétrole, des plats en bois pour rouler le couscous (gass’a), des entonnoirs en alfa pour le cuire (keskess), des balais en palmier nain, des nattes d’alfa (h’ssira). Dans la rue Bey Mohamed El-Kébir se trouvent de nombreuses boutiques de marchands d’articles de l’artisanat pour les touristes (tapis, objets en cuivre et en cuir brodé), et pour les clients nationaux, des a’baya, sarouel, burnous, babouches, chéchias, boubous et des coupons de tissus pour robes. On peut apercevoir aussi des fabricants de burnous tendant leur fil à leurs gros orteils.

Arts… et métiers

Dans la même rue, trois savetiers, dont un brodeur de babouches, travaillent avec des fils d’or et d’argent. Un peu plus haut, une douzaine de bijoutiers israélites, dont Bendjamène était le plus réputé, exposent dans les vitrines des bijoux de toutes sortes. Il y avait aussi la bijouterie-joaillerie bien achalandée d’un musulman, Sid-Ahmed Mehani, plus connu sous le sobriquet de Hamr-el-Aïn. Dans les vitrines, l’on proposait à la clientèle, surtout féminine, des chaînes torsadées, des colliers avec des pendentifs que l’on appelle «cravache boulahia», des paires de gros bracelets (sammiyine) d’or ciselé, d’autres plus fines au nombre de sept (semelles), de lourds bracelets ouverts que les belles dames portaient à leurs chevilles (kholkhal) à l’occasion des mariages, des boucles d’oreilles agrémentées de «perles baroques» que l’on passe dans un fil jaune.

Curieux quartier que la cité de M’dina J’dida où la population grouillante achète, vend et pratique une variété d’occupations artisanales et commerciales. Le reste est composé d’habitations où voisinent de modestes maisons de rapport, le patio et la baraque, notamment à la rue du Figuier où existaient des maisons de fortune. Le quartier comptait de nombreuses écuries, dont les plus connues avaient pour noms Kouri Nemiche, Kouri Gomez, Kouri Ghalem. Elles offraient le gîte aux chevaux, ânes et carrosses utilisés par les marchands ambulants de légumes… L’actuelle Esplanade de l’Indépendance, «Tahtaha», abritait à l’époque des commerces de confection et d’habillement dans des petites baraques. C’est là que s’attroupaient les badauds pour écouter les histoires fantastiques des conteurs populaires, les «meddah» ou pour voir les tours de passe-passe du célèbre prestidigitateur, «Erroukhou» (Le blond), connu pour sa chevelure blonde et ses yeux gris.

C’est un illusionniste hors pair qui sait transformer un bonbon en billet de banque. C’est aussi un charmeur de serpents qui attirait beaucoup de monde. Il y avait parfois les spectacles des acrobates qu’on appelait «H’adada Moussa» qui venaient se produire sur cet espace. Parfois, ce sont des conteurs ou musiciens qui viennent chanter la malvie et la misère sociale. A M’dina J’dida, berceau du Mouvement national, le jeune Ahmed Zabana, aux côtés d’autres compagnons, déborde d’activités pour préparer le déclenchement salvateur de la glorieuse Révolution du 1er Novembre 1954. Nous sommes dans les années 50 et le vent de l’insurrection ne va pas tarder à souffler dans cette ville où l’opulence des plus nantis, c’est-à-dire les Européens, était une image insoutenable en comparaison avec la situation de détresse qui prévalait dans l’autre communauté, celle des colonisés, les indigènes. (El Watan-04.09.2010.) Par Abdallah Bendenia

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45 réponses à “M’dina J’dida”

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