Promenade à travers Oran

coopération Algerie France Europe 2012

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**Oran berceau de mon enfance,

Oran me fait oublier mes souffrances,

O toi qui pars pour mon pays,

Dis leur d’en prendre soin!

Je n’oublierai jamais mon pays,

Ma terre et celle de mes ancêtres….*Ahmed Ouahbi

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Promenade à travers Oran

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*Oran (en arabe وهران – Wahrān), surnommée « la radieuse » (en arabe الباهية – el-Bāhia), est la deuxième ville d’Algérie et une des plus importantes du Maghreb. C’est une ville portuaire de la Méditerranée, située au nord-ouest de l’Algérie, à 432 km de la capitale Alger, et le chef-lieu de la wilaya du même nom, en bordure du golfe d’Oran. Oran a su préserver son identité tout en s’imprégnant de l’influence de ses occupants successifs.

La ville est située au fond d’une baie ouverte au nord et dominée directement à l’ouest par la montagne de l’Aïdour, d’une hauteur de 420 mètres, ainsi que par le plateau de Moulay Abdelkader al-Jilani. L’agglomération s’étend de part et d’autre du ravin de l’oued Rhi, maintenant couvert…cliquer ici: .oran-plus-d’infos

**photos sur Oran:  Dis, c’était comment Oran

**voir vidéo sur : Oran Wahran el Bahia

**cliquer ici: Les Forts d’Oran

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*Quand vient la fin de l’été

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 A Oran, par ces longues journées ensoleillées de fin d’été, il ne reste pour le visiteur que les quartiers de l’ancienne ville à parcourir pour repartir avec une tête pleine de souvenirs des chaudes baignades et des nuits festives qui ont animé, durant toute la saison, le chapelet de plages, s’étirant du village côtier de Saint Roch au complexe touristique des Andalouses.

Quand vient la fin de l’été, il reste ces lieux-dits, ces places, ces boulevards et ces sites et monuments qu’on croise en traversant la ville. Pour le voyageur, qui entre en rade du port ou par la route de la zone-Est l’aspect de la cité de Sidi El-Houari est imposant de par son apparence sévère et majestueuse. En effet, cette mégapole, fondée en 902 par des marins andalous, jadis cité des conquérants espagnols et capitale beylicale des Turcs, offre au regard la vue un peu farouche de ses falaises abruptes et ses pentes escarpées du Murdjadjo que domine le fort de garde de Santa Cruz. Mais Oran, pour le passé et le présent, est toujours un port commercial florissant et combien de poètes ont loué sa beauté et son charme pittoresque. Ses visiteurs, historiens, chroniqueurs et romanciers ont conservé et relaté de riches souvenirs à travers les longues balades à travers ses ruelles chargées d’histoire. Alors flânons un peu dans cette grande cité méditerranéenne et portons nos pas vers un endroit où la ville respire librement les effluves marins venant du large. Nous voila sur la plate-forme inférieure de la promenade « Létang » (actuellement Ibn Badis), créée, autrefois, en 1847, dans les talus broussailleux surplombant une crique, abri pour les corsaires qui écumaient les côtes et la haute mer. Plus à l’Est, une ligne sinueuse de falaises plonge du Murdjadjo jusqu’à la mer. En leur milieu, une masse imposante s’élève : Djebel Ak’har (Montagne des lions) et, tout au bout de l’horizon, la pointe de l’« Aiguille » casse la perspective de la baie d’Arzew. A l’Ouest, sur les hauteurs du Murdjadjo, la chapelle de Santa Cruz couronne un vieux fort espagnol du 17e siècle. Une belle forêt de pins recouvre aujourd’hui cette montagne haute de 300 mètres à laquelle on accède par le téléphérique. Devant nous, les grands bassins du port commercial et la gare maritime très animée par les voyageurs en cette période de vacances et où les rouliers blanchâtres reliant les ports d’Alicante (Espagne) et Marseille (France) attirent de nombreux badauds qui observent, à partir du balcon de la route du port, les arrivées et les départs des familles issues de l’émigration et d’autres touristes. Sur les quais, des marchandises déversées par les cargos et de longs entrelacements de rails. Mais par d’étroites allées d’une charmante intimité, grimpons jusqu’à l’étage supérieur de la promenade « Létang », au pied des hauts murs d’enceinte du Château Neuf (Bordj Lahmar), laissant à mi-chemin « L’allée des veuves » . Le paysage que nous dominons est moins sévère. Toutes les lignes, tous les contours, toutes les masses sont plus souples, plus estompés.(El Watan-11.08.09.)

***Deux nouveaux espaces de loisirs pour la ville

La ville d’Oran vient d’être embellie par deux nouveaux espaces de détente et de loisirs qui ont été ouverts au public en cette période de printemps au grand bonheur des enfants et de leurs parents.

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Le premier, situé à proximité de la Cité Lobet et du grand carrefour des Castors, est d’une grande superficie. Il vient d’être équipé d’aires de jeux comprenant des toboggans et des balançoires en plus de bancs et autres mobiliers urbains. Dans ce même espace, qui commence à connaître un taux de fréquentation appréciable de jeunes et moins jeunes, les agents communaux ont également aménagé des espaces verts agrémentés de massifs fleuris. La population des cités voisines et les élèves des établissements scolaires ont accueilli avec joie l’ouverture de ce projet qui améliore et agrémente le cadre de vie des habitants. L’autre équipement réalisé au cours de cette même période est localisé à proximité du rond-point du pont Zabana.

Il a complètement transformé le paysage de ce magnifique site qui domine le port commercial. Réalisé par les travailleurs de la Division de la Protection de l’Environnement de la commune, ce jardin de détente dominant la route du port, a été conçu pour offrir aux promeneurs une vue panoramique sur la baie d’Oran et la perspective du Murdjadjo. Des plants d’arbres d’ornement et des espaces de fleurs de différentes espèces font de ce jardin un lieu de villégiature par excellence. D’ailleurs, des bancs publics ont été disposés pour offrir aux visiteurs la meilleure vue sur ce beau panorama. (El Watan-07.04.2010.)

***Loisirs et aires de détente 

Les équipements de jeux sont pris d’assaut par des familles venues parfois des quartiers périphériques pour offrir à leur progéniture des moments agréables de divertissement.

A Oran, la réalisation d’un tel projet est accueillie avec enthousiasme par la population en raison du déficit accusé dans ce secteur face à une forte demande générée par la réception de nouvelles cités d’habitat. Il est vrai que des opérations de réalisation de stades combinés, de boulodromes et autres aires de jeux, de jardins de loisirs et de détente initiées par l’APC d’Oran au profit des quartiers populeux, ont été d’un grand apport pour l’épanouissement de la jeunesse en manque d’activités sportives. Sur un autre plan, les aménagements opérés pour rendre plus viable le vaste jardin municipal ont permis à la commune de récupérer cet équipement botanique et zoologique de plus de dix hectares et de l’ouvrir aux citoyens à la recherche de quiétude et de repos. D’ailleurs, l’organisation des 1ères floralies nationales a été un grand évènement et une heureuse découverte pour les visiteurs qui ont apprécié les expositions des fleuristes, artisans potiers, pépiniéristes, paysagistes, artistes peintres. Même le plan d’eau a été équipé de pédalos pour offrir aux enfants des moments de joie et de bonheur.

Un autre espace localisé entre le centre-ville et le quartier de Sidi El-Houari, en l’occurrence la « Promenade de Létang », a fait l’objet d’initiatives pour rendre ce jardin centenaire plus fréquentable. Aussi, en dehors du jardin « La Roseraie » ouvert depuis des lustres dans la rue Khemisti, il serait souhaitable pour la division en charge de l’environnement d’envisager la programmation d’autres espaces de détente et de loisirs dans les nouvelles cités d’habitat. Des initiatives pour développer ce secteur devraient également concerner de nombreux jardins et terrains inexploités dans les différentes agglomérations des douze secteurs urbains au profit de la masse juvénile.(El Watan)

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*trouvé sur un forum: Retourner à Oran
après 47 ans…

Bonjour, Salam

A sept ans, j’ai quitté Oran, c’était en 62. Je n’y suis
jamais retourné. Aujourd’hui j’ai décidé de franchir le pas. Avec mes 3 enfants
je compte y séjourner une semaine, la dernière de cette année 2009.

A
Oran, je ne connais personne, j’ai habité le quartier Gambetta, j’y ai fréquenté
son école jusqu’au cours préparatoire.

Toutes les informations seront
les bienvenues, traversée, hotels, quoi voir? que faire découvrir à mes enfants?

Comment circuler à Oran?

Je voudrais aussi retourner dans mon
quartier (Gambetta) revoir mon ancienne maison!

Bref, je cherche à
organiser ce séjour, faire des rencontres et créer des amitiés, et pourquoi pas
y retourner plus tard.

J’ai entendu dire que les « français comme moi »
sont particulièrement bien reçus, par les algériens soucieux et conscients qu’au
delà des nationalités et des peuples, il reste les origines.

Mes
racines? je les ai égarées, j’éprouve le besoin de les retrouver, de les
toucher. Tout simplement de revoir mon pays, celui qui m’a vu naître.

Cordialement à toutes et à tous
krokodyle

**une réponse:

Bonjour,

Après 47 Ans d absence ?!? , Toute l Algérie , et a travers la
ville d’ Oran a eu des changements Radicaux……….C une Autre Ville, un autre
Visage Plus Grande , plus Animée, plus éclairé, une population bcp plus jeune,
tu va être Surpris et resté bouche bé….et tout est a découvrir……je te conseil de
louer une Voiture et rouler en tte liberté….et visiter Oran et tte sa région…tu
as un programme bien chargé…lol….

Ce qui diffère les
Algériens par rapport a nos voisins, vis-à-vis du contact avec les étrangers, c
que ici les gens Vois la présence des étrangers d un Coté Amicale , et chaleur
Humaine ( comme membre de leur Famille) , y a pas d intérêt commerciale ou de
but matérielle derrière le contacte…..un contact naturelle et de bonne Foi……..

On na pas de Haine contre les gens qui ont quitter l Algérie en 1962,
les gens qui ont quitter l Algérie de leur propre gré ( Malgré que les accords d
Evian les protégent et offre même la Nationalité pour ceux qui restent), les
comptes sont a régler avec les gens qui ont fait souffrir le peuple Algérien
pendant 132 Ans, avec les collabo, avec les gens qui ont massacrer la population
Civile , qui ont porter les armes cotre Notre révolution , qui ont contribuer au
pillage de nos richesses et a la pollution toxique de notre Sahara, a faire de
notre terre un terrain gratuit pour tester les formules Chimique et toxique, et
faire de notre population des cobayes pour leurs expériences. Uniquement envers
ces gens la que Le peuple Algérien n est pas Prêt à Oublier ses Souffrances, ni
à pardonner ses Bourreaux….. (Comme l Europe vis a vis des Nazis).Clin d'oeil

Crois Moi cher Monsieur, que tu va apprécier bcp toi et tes enfants
votre présence en Algérie et surtout toi a ta ville natale Oran, Et je pense
bien que tu va même « p être » regretter de ne pas avoir met tes pieds ici avant
cette date……le contacte va être spontané, sans protocole et ton âme va être en
osmose et en harmonie avec l âme d El Bahia et de sa population sans protocole
et avec une souplesse imaginable. Bienvenu parmi Nous, et n oublie pas surtout
stp, que ici il y a tjrs algérien qui souris d’un coin ou le soleil Brille ….(
meme a la derniere semaine de Decembre)

Bonne
Journée……………………………………Tamurtanagh

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*Quarante ans après, ils ont revu Oran et leurs vieux copains

19 mars 1962, les accords d’Evian mettent fin à la guerre d’Algérie. Jean-Paul et Andrée, pieds- noirs de l’Oranie, ont dû quitter leur Algérie. Ils vivent aujourd’hui dans le Lot et, depuis, n’avaient pas revu le village de leur jeunesse. Notre reporter les a accompagnés pour un voyage qui ressemble à un pèlerinage…

Le 19 mars. C’est un anniversaire qui remue des souvenirs, des consciences et des douleurs. Une date historique pour les uns, parce qu’elle signifie le début de la paix. Maudite pour d’autres, car elle ravive des blessures profondes. Le 18 mars 1962 à Evian, le ministre gaulliste Louis Joxe pour le gouvernement français, Ferhat Abbas et Krim Belkacem pour le gouvernement provisoire de la république algérienne, rédigeaient les fameux accords qui mettaient fin au conflit algérien. Les accords d’Evian.

Ce 19 mars, à 12 h30, le cessez-le-feu mettait fin à huit années de guerre en Algérie. Plus de 27.000 soldats français ne sont jamais revenus de là-bas. Côté algérien, 120.000 hommes, femmes et enfants au moins ont disparu. Plus d’un million de pieds-noirs ont abandonné leurs terres, leurs maisons, leur bonheur pour un avenir incertain. Des milliers de supplétifs, les harkis, ont été abandonnés à une vengeance impitoyable qui n’a pas épargné les colons comme à Oran le 5 juillet, quand la liesse de la foule se mua soudain un délire meurtrier. A la même époque, les durs de l’OAS tiraient sur les Arabes aux terrasses des cafés d’Alger. Ces « événements d’Algérie » ont profondément marqué l’histoire de France pendant les années 1950-60, et encore durant les décennies qui ont suivi.

19 mars 1962. 19 mars 2002. Quarante ans. Aujourd’hui, le devoir de mémoire et le pouvoir des images font de cet anniversaire un exercice de vérité. Une vérité bonne à savoir quand bien même ses mots (tortures, massacres, trahisons) et plus encore ses photos sont souvent insupportables. Une vérité qui permet de tourner une page sans l’ignorer, de nouer des liens plus étroits entre deux pays riverains de la même Méditerranée. Toulouse n’est jamais qu’à une heure et vingt minutes de vol d’Oran. L’envoyé spécial de « La Dépêche du dimanche » a proposé de ramener à Oran un couple de rapatriés originaires du Tarn et du Lot. Quarante ans après. C’est le récit de ce retour, la (re)découverte de leur pays qui est devenu un autre pays, que nous racontons ci-dessous.(La Dépêche du Midi-18/03/2002 )

**Un reportage de Pascal JALABERT

L’autre matin, Jean-Paul et Andrée Taddei sont revenus « là-bas ». Il pleut depuis trois jours sur l’Oranie. Des flaques vastes comme des mares, rougies de terre, menacent de couper l’autoroute entre Oran et Hassimefsouk, le village natal de Jean-Paul. La France l’avait baptisé du nom de l’écrivain français Ernest Renan. A d’autres « bleds », un préfet ou un évêque attribuait un nom de saint (Saint-Cloud, Saint- Maur), de général ou de président de la République (Gaston-Doumergue).

Entre Oran et Renan, la vieille route n’existe plus. Les vignes ont disparu et des villages ont poussé. De part et d’autre de l’autoroute, sillonnée par les autobus qui relient ces nouvelles banlieues lointaines à la ville, des minarets dépassent des champs verdis par les pluies de l’hiver. Renan, « village dominé par le blanc clocher de son église, est entouré d’un terroir créé par les Européens », écrivait l’instituteur en 1958.

Dans cette plaine, brûlante l’été « même sous les arbres », cinq générations de Français avaient planté des milliers de ceps. Au port d’Arzew tout proche, on remplissait les pinardiers avec un vin qui titrait 14°. Il était vidé à Sète, coupait les vins du Languedoc et semait la colère dans le Midi. « Mon père possédait quelques arpents, et pour arrondir les fins de mois, il était courtier. Il mettait en contact les propriétaires d’ici avec les négociants de Béziers et de Narbonne », se souvient Jean-Paul Taddei. Il a quitté Renan et l’Algérie française en 1961 à 22 ans, juste après son mariage à la mairie de Hamam Bouhadjar, le village d’Andrée, son épouse, et à l’église Saint- Esprit d’Oran.

Ils sont revenus, à bord d’un cargo, pendant l’été 1963, rendre visite aux parents d’Andrée qui avaient décidé de s’accrocher à leurs vignes, malgré « le massacre des colons ». Le 5 juillet 1962, dans la nuit, 800 colons ont disparu. Le lendemain, ils étaient des milliers sur le port, assis sur des malles, valises à la main, à attendre des bateaux. Le préfet en demandait dans toute l’Afrique du Nord. La nationalisation des terres a chassé définitivement les derniers en 1964.

En France, dans les années 1960, Jean-Paul a bûché dur à la fac de Montpellier où l’on n’aimait guère les pieds-noirs; il vient de terminer sa carrière de prof d’anglais et de principal de collège en Corse et se retire à Grezels, dans le Lot, où il a écrit un livre sur son Algérie (1).

« Ma maison!… »

«  Ce retour, j’y ai songé pendant des années; j’en pleurais la nuit pendant mes insomnies… On arrive ».

A l’entrée du village, le stade n’a pas changé, avec ses murs en ciment troués et son terrain pelé. Le glorieux RAC, le Renan Athlétic club a laissé la place au B. S. Hassi-Mefssouk. « On clouait trois languettes de cuir sous les chaussures juste avant les matches pour éviter de déraper. Je me demande comment mon genou n’est pas encore rouge tellement il s’est frotté à cette terre ». En face, les cuves démontées mais le fronton intact, la cave-coop désaffectée sert à stocker du matériel.

« Ma maison est à 300 métres »… La route continue entre deux rangées de constructions aux allures de cubes de briques et de parpaing, accrochés et empilés de façon désordonnée. Des ferrailles dépassent des murs, donnant une impression de chantier mal terminé malgré les paraboles.

Au rez-de-chaussée, en général, une boutique a été ouverte. Au dessus, le nombre de niveaux varie selon la taille de la famille ou la fortune du propriétaire. « Méconnaissable. Le village est méconnaissable. Entre le stade et chez nous, il n’y avait rien ». La gorge serrée, le visage collé à la vitre, Jean-Paul scrute une à une les habitations comme s’il avait peur de manquer sa maison. Ou pire, qu’elle ait été détruite.

« La voilà. J’ai failli ne pas la retrouver ». C’est une vraie maison avec un toit pentu, une façade rouge coincée entre deux bâtisses plus hautes. Un pavillon douce France des années 30. Un muret et un portail de fer cachent l’entrée. Un homme ouvre. « Soyez le bienvenu ». Il n’a pas connu le père de Jean-Paul. Originaire de Tlemcen, une grande ville plus à l’ouest, il est arrivé à Hassimefsouk dans les années 80. Jean- Paul entre sans un mot. Il n’avait pas le souvenir d’un couloir aussi large. Il continue, seul avec l’actuel propriétaire qui le guide d’une pièce à l’autre. La cheminée, la cour à l’arrière, la cuisine… Jean-Paul voudrait remercier. Mais ni les mots, ni les larmes ne parviennent à sortir. Andrée prend des photos.

Déjà, un brouhaha monte de la rue. Du monde attend devant la porte. En tête du groupe, s’avancent Mohamed Semmache, le maire, et un homme de petite taille, avec un bonnet rouge et une veste en cuir noir à peine élimée: « Tu te rappelles, Jean Paul? Je suis Taïeb Benhaouda ». Ils s’embrassent, se glissent dans un coin, rigolent, discutent. « Ahmed, tu te rappelles? Il est mort ». « Celui-là, je n’ai plus de nouvelles ». « Et mon frère ». Jean-Paul glisse quelques expressions en arabe. Ils rient.

Le maire prend la parole: « On vous attendait. On va vous recevoir officiellement à la mairie. Vous verrez, elle est toujours au même endroit ». Elle s’appelle maintenant l’Assemblée populaire communale. Le drapeau vert et blanc au croissant rouge est hissé sur le fronton, au dessus d’un jardin fleuri qui a remplacé l’esplanade où l’on organisait les bals populaires.

En face, il y avait l’église. Quelques coups de masse pour étêter le clocher, de la peinture jaune et verte pour donner des couleurs l’ont transformée en mosquée. Une cigogne niche au sommet du minaret. A côté, le « café de la place » tout blanc a disparu, mais un autre est installé un peu plus loin avec des murs « bleu Pepsi-Cola », des tables de dominos pour les anciens et des jeux électroniques pour les jeunes.

C’est maintenant une foule compacte qui entoure Jean-Paul et Andrée dans la grand rue. Même les jeunes aux casquettes longues et aux survêtements bouffants regardent et écoutent avec curiosité.

« Ton père… »

« Seuls les morts et ceux qui sont en France ne sont pas venus pour t’accueillir », lance Bachir, moustache grise, habillé en décontracté, comme un retraité de chez nous, « Moi aussi, Jean-Paul, j’ai quitté le village dans les années 60, juste après toi ». A l’époque, les aciéries du Creusot recrutaient à Oran. Les enfants de Bachir font leur vie en France et lui, avec sa retraite de Creusot-Loire, la partage entre sa maison du côté de Gueugnon et son village. Boadbdallah, le bavard (à l’école, il était doué à l’oral, il est devenu instituteur) raconte: « Aujourd’hui, il y a deux événements dans notre village: il pleut depuis trois jours et c’est le premier retour d’un pied- noir! Jean-Paul, il faut que tu saches que ton père, c’était le défenseur des ouvriers. Combien de fois, on l’a vu aider nos parents pour des papiers à Oran. Tu te souviens de l’instituteur Monsieur Guttierez? Il avait raison de nous donner des raclées ».

Ils l’aimaient. Les classes étaient deux fois mixtes, avec les filles et les garçons des petits propriétaires-vignerons européens et les fils de leurs ouvriers musulmans. La classe était la même pour tous. Leurs ancêtres étaient tous gaulois et à la récré, dans la poussière ensoleillée des matches de foot improvisés, il n’y avait pas de pieds-noirs et d’arabes mais juste des copains.

D’ailleurs, l’école est intacte: deux buts au milieu de la cour goudronnée, des arcades peintes en jaune et le préau sombre qui protégeait des grosses chaleurs.

Abdelkader, 66 ans, drapé dans une gandoura bleue en grosse laine, n’a pas osé entrer. Lui n’allait pas à l’école. Mais quel footballeur! Jean-Paul l’a tout de suite reconnu, malgré les rides: « J’étais ailier droit, lui toujours à gauche. Il avait ce dribble, ce coup de patte qu’ont les gauchers ». Abdelkadher a eu sept enfants, « tous mariés ». Il vient de prendre sa retraite de la compagnie nationale d’électricité.

Jean-Paul, à son tour, improvise un discours, la gorge serrée. « C’est une plaie à refermer, une souffrance à évacuer. Maintenant, la France et l’Algérie ont un avenir à préparer ». Tous applaudissent. Les copains l’étreignent.

A la mairie, sous la photo du président Bouteflika, le maire ouvre le livre d’un érudit local qui raconte l’histoire de Renan de 1848 à 1958. La famille de Jean-Paul figure parmi les premiers arrivants en 1850. En 1871, avec l’installation des Schmidt, des Hirsch et des Weber fuyant l’Alsace allemande, la population double. Au début du XXe siècle, les noms des fonctionnaires sonnent ariégeois ou tarnais. Puis, dans les années 20 et surtout en 1936, s’installent des cohortes de Guttierez et de Garcia, Espagnols exilés vers le sud par l’avancée des franquistes en Espagne. En général, ces Andalous devenaient artisans. En 1958, le village compte 329 Européens dont 30 % d’agriculteurs, et 475 musulmans, tous ouvriers agricoles.

« Nous sommes 7.425 actuellement », indique le maire, tout aussi précis. A l’image de l’Algérie indépendante (9 millions d’habitants en 1962, 34 millions en 2001), Hassi Mefsouk a grandi dans la démesure démographique, la richesse du pétrole (le terminal d’Arzew est tout proche) et a connu les horreurs du terrorisme. L’ancien maire, Hocine, a été assassiné il y a neuf ans, abattu par les intégristes qui avaient promis la mort à qui occuperait la fonction. Il a payé son courage de sa vie. « C’était un ami que je connaissais. On s’était écrit, téléphoné et un jour je n’ai plus eu de nouvelles », leur raconte Jean-Paul.

Ce fut l’un des rares actes de terreur des islamistes dans l’Oranie, qui dans les années 1990-1997, a accueilli des milliers de gens de tout le pays, fuyant les massacres.

Deuxième ville d’Algérie, Oran compte ainsi un million d’habitants et la « wilaya » plus de 3 millions. Dix fois plus qu’en 1962. Des immeubles, des voies rapides, des embouteillages, le grouillement de la foule… « C’est un peu déboussolant et j’ai du mal à m’y retrouver », avoue Andrée en entrant dans la ville.

Les taxis collectifs, des Peugeot 504 break et des Renault 12 peintes en jaune, déversent bruyamment des norias de banlieusards vers le centre ville. Des hommes sont vêtus de djellabahs rustiques, d’autres à l’Européenne. Près de l’Université, des filles marchent sur des talons compensés, portent blue-jeans à pattes larges et pull-over moulant comme les « beurettes » de nos lycées. Elles croisent ou accompagnent des copines qui ont la tête couverte par le « hidjab » traditionnel. Parfois des visages sont voilés.

Le tourbillon de cette foule algérienne envahit les places ombragées par des ficus taillés au carré et les trottoirs cahotiques des boulevards sur lesquels les boutiques n’hésitent pas à empiéter. Le photographe ne vend pas de piles au cadmium, mais il lui faut moins de deux minutes pour en ramener une de quelque part.

Chez son voisin, au rez de chaussée, Sidi Ahmed réchappe les pneus et répare les télévisions. Au premier étage, ses fils revendent des logiciels piratés et louent un accès internet. « On est les rois de la copie et du piratage en Algérie. Tu trouves tout ce que tu veux », assure un jeune homme.

Dans les bistrots bondés, les patrons font hurler les présentateurs de jeux télévisés français et les héroïnes de séries américaines comme pour couvrir le brouhaha des conversations animées de gestes, de sourires et de rebuffades. La chaleur sucrée des pâtisseries se répand dans les rues autour du marché. Les Oranais raffolent de ces gâteaux crémeux et gluants. Ils préférent toujours la baguette aux pains ronds traditionnels. Les tonneaux d’olives, les paniers de graines de couscous, les cagettes de dattes donnent à ce marché une saveur assaisonnée de Méditerranée.

Dans la rue centrale du marché à peine éclairée par la lumière du jour qui se glisse entre les auvents des boutiques et les parasols des étals, le petit marchand d’agrumes s’écrie derrière sa pyramide orange: « Des clémentines comme ça, tu n’en goûteras pas à Paris ». Jean-Paul rappelle que la clémentine a été inventée au jardin public d’un village à moins de 40 kilomètres d’ici sur la route de Sidi-Bel Abbés par le moine Clément. Il montre un passage.

« Derrière, c’est la rue d’Arzew. Andrée, c’est là que je t’ai vue pour la première fois ». Le bar s’appelait « Le whisky à gogo ». Il n’a pas résisté aux lois d’interdiction d’alcool. Mais plus bas, le café de Clichy avec sa marquise rouge en demi-lune est toujours là. La jeunesse branchée d’Oran s’y montrait et s’y amusait, les vedettes en tournée s’y arrêtaient. Andrée et Jean-Paul Taddei se sont mariés à l’église Saint-esprit, une paroisse discrète entre un passage et une maison bourgeoise. « A l’époque, Musulman ou chrétien, il fallait faire les choses dans l’ordre ».

En avançant au milieu des boutiques, en regardant les balcons de fer forgé des immeubles aux murs grisonnants, ils retrouvent vraiment « ce soleil algérien qui donne une lumière que nul ne peut pas décrire » et l’Oran de leurs vingt ans. Là-haut au dessus de la ville, les murailles du fort espagnol de Santa-Cruz rougeoient face au couchant. Des générations de pieds-noirs catholiques montaient chaque année prier la vierge, parce que, dit-on, elle avait chassé le choléra qui inspira à Albert Camus son roman « La Peste ». En bas, entre ciel et mer sur sa corniche de béton construite par nos polytechniciens d’avant-guerre, le front de mer, aujourd’hui boulevard des Héros de l’indépendance, passe en revue le port de commerce, la rade de Mers el Kébir et la préfecture côté ville.

Imposante et majestueuse sur sa place dominant les palmiers et les kiosques à journaux, la cathédrale est devenue une studieuse bibliothèque pour les lycéens. De part et d’autre de l’escalier de la mairie, les deux lions de bronze brillent. « A gauche, c’était la rue des juifs. On n’avait pas fait un mètre là-dedans que ça sentait les épices »…

Dans le quartier de Bel Air, Andrée finit par tomber sur sa maison au 26 rue Waldeck-Rousseau. Elle s’arrête. La façade est verte. « Elle était rose ». Elle ne veut pas déranger, mais les propriétaires sont devant la porte. Ils ont entendu parler de ses parents, de leurs anciens voisins. « Entrez, madame ». Elle monte l’escalier de marbre bordé de grilles de fer forgé. Avec des canapés en tissu bordeaux, des tentures orange autour des fenêtres, un immense lustre de perles, le salon est richement décoré. Une larme à l’oeil, elle suit timidement les propriétaires qui tiennent à lui montrer les pièces une à une.

« Vous viendrez vendredi prendre le couscous, c’est promis ».

«  Inch Allah »…

Au lycée Lamoricière

Andrée reconnaît une maison: « C’est là qu’habitait la famille d’Yves Saint Laurent. J’étais en classe avec la soeur d’Yves ». Les tribunes d’un stade apparaissent au coin d’un boulevard. Jean-Paul s’exclame: « J’étais là pour l’inauguration en 1958. Dis donc! un match entre le Real de Puskas, Kopa et Di Stefano contre le grand Reims de Justo et Piantoni. A chaque fois qu’une équipe de la métropole venait pour la coupe du France, c’était plein ». Louison Bobet et Fausto Coppi disputaient les critériums cyclistes sur les boulevards de la ville qui portaient des noms de maréchaux d’Empire. Héros et dates de la révolution les ont remplacés mais les plaques sont conservées.

Jean-Paul était pensionnaire au lycée Lamoricière. « Dortoir 9, classe 21 ou 22. J’avais gravé mon nom sur le banc comme tout le monde ». Des noms qu’on n’oublie pas… Victori, Bensoussan, Rico, Tari, Moya, Allaux, Esclapez, Roustand, Cheik Mankour, Bentatar… Le bâtiment style caserne du XIXe en impose avec sa grande cour, sa façade rouge et or dominant une allée de palmiers et de bougainvilliers. A l’intérieur, en déambulant sous les arcades d’un patio à l’autre, en grimpant aux larges escaliers pour monter vers les classes, on se croirait dans un palais andalou. Les salles de classe n’ont pas de porte. Comme à l’époque. « Après les cours, on allait tous en étude surveillée. Ensuite, on nous laissait tranquilles dans une salle. L’internat, c’était une famille. les autres n’avaient pas le droit au titre de potache. » Comme dans les années 50, des élèves vont et viennent pendant l’interclasse.

Jean-Paul Taddei fait le tour de toutes les cours, parle longuement avec le proviseur, un ancien élève à peine plus jeune que lui, s’attarde devant les statues d’albâtre d’inspiration antique qui décorent les entrées. Il ne manque que le Neptune dans ce décor aux influences militaires, andalouses, néo-classiques et coloniales. Le proviseur explique que bientôt le lycée va devenir le consulat de France. Jean-Paul lui confie: « Je ne sais pas comment c’était ailleurs à 20 ans, je ne sais pas ce que disent vos jeunes maintenant, mais au lycée d’Oran, j’ai vraiment compris le sens du mot heureux. Eh bien! purée! aujourd’hui, je suis heureux ». .(La Dépêche du Midi-18/03/2002 )

 

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Blason aux armes d’Oran, détail du plan en 1883

Oran, Quartier de la Calere

Place de la République

La porte du Petit Santon…(source site: HADJ MILIANI )

Oran, Boulevard Malakoff

Oran, Place Kléber

Oran,  rue du Vieux Château

Oran, Rue Philippe

Oran, Rue Philippe

Oran, La manufacture de Tabac Bastos

Oran, Rue de Gênes.

Oran, Rue Adj Chef Pasquier

Oran, Casino Bastrana

Oran, Boulevard Oudinot

Oran, les bas quartiers

Escaliers familia

Escalier Rue de Rome

Les lavoirs de la place des Quinconces

Place de la perle

PLACE DE LA PERLE

 

Place des Quinconces

La Place kleber et la Rue Charles-Quint

Place Kleber

Place des Quinconces

Mosquée du bey, place de la perle

Place de la perle, mosquée du Bey

Mosquée du Bey

Santa-Cruz vue de la place de la perle

Plan d’Oran-1757

FORTIFICATIONS

LE PASSAGE BOUTIN SURPLOMBE PAR L’EGLISE SAINT LOUIS

source: site HADJ MILIANI

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**un autre site à découvrir: ballade dans la ville d’Oran.

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187 réponses à “Promenade à travers Oran”

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