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une nouvelle République à tout prix-24

5052021

*une nouvelle République à tout prix-24

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*Hirak, enjeux politiques et dynamiques sociales

«Hirak, enjeux politiques et dynamiques sociales», est le titre générique d’une douzaine de contributions qui viennent d’être publiées en deux tomes dans le nouveau numéro de Inssaniyat, revue qu’édite périodiquement le Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC) d’Oran.

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«Le hirak revendique et met en action un processus de la reconstruction du récit national à partir de nouveaux paradigmes politiques et sociétaux dont les fondements philosophiques s’articulent autour des idées de démocratie et de modernité», conclut, entre autres, la chercheuse Fatma Oussedik qui a tenté dans sa contribution de comprendre «la dimension sociale et anthropologique du discours des manifestants». «Ce discours se décline dans des slogans emblématiques dont la charge et les dimensions politiques sont fortes», souligne-t-elle.

Dans une contribution intitulée Le hirak : les ordres discursifs d’un mouvement en gestation, le chercheur Karim Ouaras écrit : «Soucieux de bâtir un Etat de droit, les Algériens occupent massivement l’espace public pour clamer haut et fort leur détermination à en finir avec le système politique qui gouverne l’Algérie depuis 1962. Le mouvement révolutionnaire en cours constitue une agora où les ordres discursifs ‘‘d’en haut’’ et ‘‘d’en bas’’, se croisent, se concurrencent et s’affrontent suivant différentes stratégies.»

A partir d’observations de terrain faites à Oran et à Alger, la contribution de ce chercheur «interroge des pratiques langagières et des discursivités émanant du hirak». «Se révélant sous forme de slogans, chants, dessins, vêtements, danses, chorégraphies, drapeaux et emblèmes, ces pratiques langagières, dévoilant une richesse discursive, aident à saisir et à mesurer la profondeur des mutations qui caractérisent la société algérienne d’aujourd’hui», résume ce chercheur.

Dans une autre contribution ayant pour titre «Contester le hirak : essai d’analyse du discours», le chercheur en histoire, Amar Mohand-Amer, décortique quant à lui «la littérature politique consacrée au discours de réfutation et de déconstruction relatif à la dynamique politique et sociale induite par le mouvement du 22 février 2019».

Ce chercheur distingue deux aspects liés au discours de contestation du hirak. Des aspects que cet historien considère comme «pertinents et répondant à des interrogations majeures pour l’intelligibilité du processus de récusation du hirak». «Le premier renvoie, observe-t-il, aux présumés liens et accointances du mouvement du 22 février avec des puissances, officines ou organismes externes. Le second se décline par des questionnements autour de son unité et homogénéité dans la durée», explique ce chercheur.

De son côté, la chercheuse Aïcha Benamar a axé son enquête sur la mobilisation féminine au sein du Le hirak. «La participation féminine aux marches révèle certains signes suscitant quelques interrogations», note-t-elle.

Ce travail est basé sur des entretiens menés par trois doctorantes qui ont participé aux marches et qui ont «permis d’appréhender les principaux déterminants de cette mobilisation». La chercheuse s’est notamment penchée sur plusieurs interrogations : «En quoi la sociologie des mouvements sociaux permet-elle d’analyser cette participation ?

La participation des femmes dans le mouvement remet-elle en cause la doxa quant à leur sous-participation, en dehors du militantisme partisan ?

Quelles sont les différentes logiques d’action de cette mobilisation féminine ?». Enfin, dans une contribution liée à l’histoire et aux enjeux mémoriels en rapport avec le hirak, le chercheur Hassan Remaoun a axé son travail autour du slogan Novembria-Badissiya et de son envers Dawla madania (Etat civil).

Cet historien met en lumière des «relectures par les courants en confrontation au sein du hirak, en s’interrogeant sur les différentes articulations opérées au sein de ce mouvement social entre politique, identité, mémoire et histoire. Il est question également à leurs références au militaire, au religieux et à l’Etat, avec les enjeux que cela implique pour l’Algérie contemporaine».

A travers sept autres contributions, des chercheurs ont travaillé sur une multitude d’aspects liés au hirak.

*elwatan-  mercredi 05 mai 2021

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*207 détenus croupissent en prison à cause de leurs opinions politiques

*vague d’indignation au sein de le société civile et les réseaux sociaux 

Détenus d’opinion : Lancement d’une large campagne de solidarité

lancement d’une large campagne de solidarité avec les détenus d’opinion 
–par chérif laib -vendredi 4 juin 2021 

l’escalade de le répression contre les militants et les activités de hirak en algérie se poursuit, tandis que  le liste les détenus s’allonge de plus en plus. cette situation n’a pas laissé les internautes algériens indifférents, ces derniers ont lancé  une initiative qui consiste à dédier une journée à le solidarité avec les détenus politiques et d’opinion en lançant un hach tag sur les réseaux sociaux « #libérez_les_détenus_d’opinion ».

l’incarcération, le maintien en détention ou encore le condamnation de plusieurs activistes, militants et journalistes engagés dans le hirak, ces derniers jours, on provoqué une vague d’indignation au sein de le société civile et les internautes algériens.

en effet, un appel a été diffusé massivement sur les réseaux sociaux pour organiser cette journée de solidarité nationale avec les prisonniers politiques algériens.

« vendredi 04 juin 2021, nous serons les millions d’algériennes et d’algériens dans les quatre coins de monde, à être au rendez-vous toute le journée : chacun sur facebook et sur twitter, instagram ou ailleurs, nous serons solidaires les détenus d’opinions, ces oubliés de le campagne électorale et de l’algérie nouvelle », lit-on dans l’appel diffusé sur les réseaux sociaux.

le hashtag « #libérez_les_détenus_d_opinion » a été rapidement et largement relayé par les  internautes qui affirment que les autorités doivent libérer immédiatement et sans condition tous les militants et prisonniers détenus pour avoir exprimé pacifiquement leurs opinions.

« l’algérie nouvelle » compte plus de 200 détenus d’opinion !
les arrestations et les condamnations qui on eu lieu ces derniers temps, notamment dans les rangs les militants de mouvement populaire ne cessent de prendre de l’ampleur.

en effet, depuis quelques semaines et  l’approche les échéances législatives et locales, le répression s’est banalisée et élargie à tous les niveaux . les dizaines de jeunes  son incarcérés et condamnés  pour leur opinion et leurs positions politiques et pour avoir manifesté pacifiquement.

dans son dernier bulletin, le comité national pour le libération les détenus (cnld), déplore un bilan sinistre et effrayant de 207 détenus qui croupissent en prison à cause de leurs opinions politiques. *Algérie360- vendredi 4 juin 2021 

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Appel à l’organisation d’un “congrès pour la volonté populaire”

initiative lancée par des activistes du Hirak

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Un groupe de citoyens et de citoyennes se réclamant du Hirak lance un appel pour l’organisation d’un congrès rassemblant toutes les forces attachées aux principes de la Révolution du 19 Février 2019 afin “d’élaborer une alternative politique efficace et réaliste” pour sortir le pays de la situation de blocage qui le paralyse.

Dans un enregistrement vidéo posté sur les réseaux sociaux, les promoteurs de cette initiative — dont le chef de file n’est autre que l’universitaire, ex-cadre de Jil Jadid, Sofiane Sakhri —, résultat, selon eux, d’un échange avec d’autres groupes du Hirak —, dressent un tableau effrayant de l’Algérie qui se trouve entre les mains d’un “régime incapable d’accompagner les ambitions du peuple algérien (…), d’affronter les défis de l’heure (…) et de s’adapter aux évolutions et aux développements”.

Le pouvoir actuel, constatent-ils, vit une crise de légitimité en raison de son échec à opérer la transition de la “légitimité révolutionnaire” vers la “légitimité populaire”, ce qui a engendré “la légitimité de la violence et du fait accompli”. Le système dirigeant est ainsi entouré par une clientèle dont le rôle traditionnel est de servir en contrepartie de privilèges et de bénéfices, et de groupes qui profitent de l’opacité d’un système se nourrissant de la corruption et de la tyrannie. 

“Le devoir national et moral exige de revoir la nature d’un système au pouvoir qui ignore la volonté populaire et à œuvrer à asseoir les bases d’un système démocratique fort pour la construction de l’Algérie rêvée”, estiment encore les initiateurs de l’appel, convaincus que l’effondrement économique et le front intérieur agité ne permettent pas d’affronter les menaces internes et externes. D’ailleurs, rappellent-ils, les Algériens ont, à diverses occasions, refusé d’adhérer à la feuille de route du pouvoir en boycottant le processus électoral imposé, à la légitimité contestée.

La relance du pays suivant la voie tracée par la déclaration du 1er Novembre et la plateforme du Hirak passe par la construction d’un État de droit qui garantisse aux citoyens la liberté d’exercer leurs droits et devoirs : “Pour cela, il faut un pacte social consensuel et un système politique légitime consolidé par une justice indépendante, une politique socioéconomique efficace et une diplomatie dynamique”, préconisent les promoteurs de l’appel, en soulignant le rôle de l’armée dans l’accompagnement de ce projet salutaire dans le strict respect de ses missions.

Tout en affirmant que cette démarche n’a aucun caractère partisan ou idéologique, conformément aux principes du Hirak du 22 Février 2019, les auteurs de l’appel soulignent la nécessaire poursuite de la révolution populaire jusqu’à la concrétisation de ses objectifs, et leur attachement à la non-violence et à l’unité nationale, valeurs dont le peuple algérien a toujours fait preuve, notamment à l’occasion de la crise de l’oxygène et de l’épisode des feux de forêt. 

Les promoteurs de l’appel affirment rejeter la politique de diabolisation de parties proposant des solutions de sortie de crise et refusent toute ingérence extérieure dans le traitement des problèmes internes. * S. OULD ALI – Liberté – jeudi 14 octobre 2021

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--Abderrahmane Hadj Nacer 

     « Le hirak va bien »

–1 Mai 2021

« J’ai fait un petit tour dans un panier à salade pour une photo prise vers 15h30 à Didouche. J’ai partagé un temps précieux avec 16 concitoyens très divers et très motivés. Le hirak va bien. J’ai été libéré 2h plus tard seul ». Ce post a été publié hier par Abderrahmane Hadj Nacer ancien gouverneur de la Banque centrale sur sa page Facebook. Il venait d’être embarqué, lors du 115è vendredi à Alger.

Hirak. Aux origines d’un mot

Depuis quelques mois, les mouvements qui s’affirment dans le monde arabe ont été nommés hirak. Un néologisme qui prouve que la langue arabe, comme le monde du même nom, vit, manifeste, se transforme.

Par Akram Belkaid,  Journaliste-écrivain,  15 novembre 2019. OrientXXI

Depuis le 22 février 2019, les Algériennes et les Algériens manifestent au moins deux fois par semaine dans la rue, le mardi pour les étudiants et le vendredi pour l’ensemble de la population. Né d’une opposition quasi unanime à un cinquième mandat de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika, ce mouvement pacifique et national exige désormais un changement profond du système politique. La contestation, dont l’un des slogans phare est « yetnahaw ga’ » (« qu’ils dégagent tous » ou « ils dégageront tous »), a un nom que même les officiels emploient : le Hirak.

Ce mot arabe, tiré de la racine h-r-k, signifie « mouvement ». C’est une innovation linguistique, même si sa déclinaison n’est pas erronée sur le plan grammatical. Son emploi est néanmoins récent et remonte à 2007 avec la naissance, au Yémen, du Hirak Al-Janoubi, le mouvement sudiste (ou du Sud), une formation politique séparatiste qui s’est dotée en 2009 d’un appareil militaire. Avant l’Algérie, à partir d’octobre 2016, les Marocains du Rif ont aussi utilisé ce terme pour désigner leur mouvement de protestation sociale contre le sous-développement de leur région : al- Hirak al-cha’bi fil Rif, le mouvement populaire dans le Rif.

Depuis octobre 2019, le mot hirak est employé aussi bien au Liban qu’en Irak pour désigner les protestations populaires contre les pouvoirs en place. On retrouve aussi sa trace dans certains comptes-rendus de presse concernant la manifestation de quelques milliers de Koweïtiens contre la corruption, le 7 novembre 2019. Ce terme semble donc faire consensus pour désigner une nouvelle étape dans les soulèvements populaires du monde arabe. Pourtant, des réserves existent quant à son emploi et à sa généralisation. Des médias comme Al-Jazira ou Al-Arabiya tentent de lui donner une sonorité plus littéraire en prononçant « harak », terme qui, lui, existait déjà. C’est aussi le cas de l’avocat algérien Mostefa Bouchachi, l’une des principales figures médiatiques de la contestation.

Employer la forme harak permet ainsi de se rapprocher du terme usuel pour désigner un mouvement politique ou social : haraka. Ainsi, en Algérie, si l’on évoque le mouvement national qui mena à l’indépendance, on emploiera l’expression « haraka wataniya » (mouvement national).

Pourquoi alors utilise-t-on désormais hirak ou harak (termes masculins) plutôt que haraka (mot féminin) ? Impossible de répondre avec exactitude à cette question. On peut supposer que l’intérêt pour ce mot vient du fait que sa prononciation brève et claquante ainsi que sa ressemblance avec le mot hariq, qui signifie brûlant, peuvent induire l’idée d’un mouvement vigoureux et incandescent.

Autre piste : en Algérie, certains avouent préférer hirak à haraka, ce dernier mot étant trop proche de harka, mot tiré de la même racine, qui signifiait « groupe mobile » durant la Guerre d’indépendance. Ces unités étaient composées de « harkis », des supplétifs musulmans de l’armée française en guerre contre le Front de libération nationale (FLN).

Le cinéaste et écrivain Kadour Naïmi s’insurge quant à lui contre ce qu’il considère comme « un terme vague, trop neutre, ‘‘chewing-gum’’, passe-partout » et lui aurait préféré celui d’intifada, c’est-à-dire soulèvement. Un terme, explique-t-il dans son blog Hirak ou intifadha qui « contient l’idée de ‘‘secousse salutaire’’ ». Pour cet auteur, qui fustige aussi le succès de la chanson La liberté du rappeur Soolking dans les cortèges du Hirak, « ce qu’on appelle le mouvement populaire algérien de 2019 est, de fait, un ‘‘soulèvement’’ contre une oligarchie trop prédatrice, afin de se ‘‘secouer’’ de sa léthargie, de se débarrasser des saletés sociales dont il est victime, pour retrouver sa propreté (sa dignité) ». Certes, comme le rappelle Naïmi, ce terme reste très lié à la cause palestinienne, ce qui explique la réticence de nombre d’Algériens à se l’accaparer, même si la presse indépendante le glisse de temps à autre comme synonyme de hirak.

En Algérie comme au Liban ou en Irak, on peut aussi relever l’expression « ‘issyane madani », désobéissance civile, « moudhaharate silmiya », manifestations pacifiques, ‘itissam, protestations de rue ou sit-in, sans oublier l’incontournable thawra, révolution. Dans le cas algérien, ce dernier mot n’a pas échappé à l’inévitable qualificatif à usage médiatique qui en a fait, du moins à ses débuts, une « révolution du sourire » tout comme le soulèvement tunisien de 2011 fut appelé « révolution du jasmin ». Des dénominations qui n’ont rien à voir avec la dureté de la répression contre les manifestants. Mais l’expression « révolution du sourire » a très vite été abandonnée par les « hirakistes » qui lui préfèrent celle de « thawra silmiya », la révolution pacifique (le mot « silmiya » vient de la même racine que « salam », la paix). Souvent le qualificatif « silmiya » est transformé en nom utilisé seul : « essilimiya », c’est-à-dire la pacifique. Une manière de marquer le caractère innovant d’un mouvement de contestation qui ne casse rien et qui se contente de marcher et de chanter pour imposer, sans dégâts matériels ni dommages humains — un vrai changement. - 1 Mai 2021

*Source : Orient XXI

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Le Hirak, expérience d’une agora politique

Si l’objectif premier du Hirak était de contester le système politique dans son ensemble, sa longévité et sa périodicité en ont fait un espace de débat citoyen des questions politiques internes et internationales.

Des milliers d’Algériens sont sortis le 22 février 2021 pour célébrer le deuxième anniversaire du Hirak, ce mouvement populaire de grande envergure qui a fait tomber l’ancien président de la République Abdelaziz Bouteflika, et qui a conduit à l’arrestation de plusieurs hauts responsables de l’État.

Après l’interdiction des marches en mars 2020 pour des raisons sanitaires liées à la pandémie de Covid-19, les « hirakistes » ont à nouveau battu le pavé comme aux premiers jours pour demander le départ d’un système politique en place depuis 1962. C’est de la ville de Kherrata (280 km à l’est d’Alger) que le signal de la reprise a été donné. Le 16 février 2021, une foule immense venue de plusieurs villes du pays avait occupé la rue dans cette commune où, à la même date en 2019, les premières manifestations du Hirak avaient commencé.

Pour ces milliers d’Algériens, il s’agissait de montrer que le mouvement n’était pas mort et que le combat pour une Algérie meilleure se poursuivait toujours. Ceux qui doutaient encore d’un véritable retour du Hirak ont été définitivement fixés le vendredi 19 février 2021 : la foule des manifestants était bien celle des grands jours. « Le Hirak n’est pas mort et le combat est loin d’être terminé » : ce sont là les messages que la rue a tenu à transmettre. Le lendemain, c’était au tour des étudiants de reprendre leurs manifestations hebdomadaires, comme en 2019.

Le 18 février, redoutant sans doute cette reprise et à quelques jours de la date anniversaire du « Hirak béni » selon les mots du président Abdelmadjid Tebboune, ce dernier a annoncé accorder sa grâce — pour le moins inattendue — aux détenus du Hirak, « entre 55 et 60 personnes en tout ». Une dizaine de jours plus tard, le ministère de la justice annonçait la libération de 59 détenus du Hirak, dont le journaliste Khaled Drareni, devenu l’une des figures emblématiques de ce mouvement. Mais ce geste d’apaisement n’a pas eu l’effet escompté.

**UN RENDEZ-VOUS HEBDOMADAIRE

À défaut de réaliser son ambition de « faire tomber le système », le Hirak s’est peu à peu transformé en une force populaire d’opposition réagissant aux différentes décisions du gouvernement et exprimant, à chaque manifestation, ses opinions sur des questions d’actualité. Entre les printemps 2019 et 2020, même si la revendication principale demeurait celle du départ du régime, les slogans commentaient chaque vendredi les décisions du gouvernement ou réagissaient à ses annonces. Ainsi, au mois d’octobre 2019, le Hirak dénonçait l’adoption de la loi sur les hydrocarbures par le conseil des ministres, car elle offrait selon lui des privilèges inadmissibles aux compagnies étrangères, , en réduisant la fiscalité.

Trois mois plus tard, en janvier 2020, c’était contre les déclarations du président de la République Abdelmadjid Tebboune concernant « la nécessaire exploitation du gaz de schiste » que la rue bouillonnait. Les « hirakistes » se méfient de cette source d’énergie jugée dangereuse pour l’environnement. « Non au gaz de schiste », « le gaz de schiste, faites-le à Paris » (où certains responsables politiques avaient l’habitude d’acheter des logements luxueux), figuraient parmi les slogans les plus scandés durant cette période. Conséquence : durant les jours suivants, les pouvoirs publics se sont abstenus de remettre le sujet sur la table. Même après l’interruption du Hirak pour cause de Covid-19, cette question n’a plus été évoquée par les autorités. Du moins, elles n’en parlent plus comme un choix gouvernemental assumé, mais comme une option à envisager à l’avenir.

La question du schiste a été d’ailleurs habilement éludée dans le plan d’action du gouvernement présenté le 11 février 2020 devant l’Assemblée populaire nationale. Dans son chapitre consacré à l’énergie, le document ne fera mention que d’hydrocarbures conventionnels, de projets de prospection en off-shore et d’énergies renouvelables. Dans ce même document, le gouvernement promettait d’augmenter le salaire minimum national, de faciliter la création d’associations et d’autoriser l’ouverture de radios web et de radios hertziennes. Autant de mesures visant à apaiser les esprits au premier anniversaire de la contestation.

Hakim Addad, un des fondateurs de l’association Rassemblement, actions, jeunesse (RAJ) très active au sein du Hirak, est persuadé que ce mouvement populaire fait réellement peur au pouvoir : « C’est une agora nationale et hebdomadaire qui ne semble pas près de s’essouffler ». Mieux encore, le mouvement de contestation ne s’est pas seulement intéressé aux questions internes. Il s’est aussi exprimé sur des dossiers internationaux. Début 2020 par exemple, des manifestants ont exprimé haut et fort leur rejet de « l’accord du siècle », ce « plan de paix » proposé par le président américain Donald Trump, censé résoudre la question israélo-palestinienne. Des pancartes dénonçant « le deal de la honte » n’étaient pas rares à Alger les vendredis 31 janvier et 7 février 2020.

Saïd Loucif, professeur de psychologie sociale des organisations à la faculté de sciences politiques et des relations internationales (Université Alger 3), constate cette nouvelle dynamique d’opposition dans le Hirak qui « s’inscrit dans une grande lutte pour la reconnaissance et la réappropriation de la chose politique ».

**LE POUVOIR SEGMENTE LES REVENDICATIONS

Ce commentaire régulier de l’actualité politique a fait du Hirak une force politique conséquente malgré son manque de structuration et sa diversité. Cherif Driss, professeur de sciences politiques à l’école supérieure de journalisme et de sciences de l’information à l’université d’Alger pense que le Hirak est devenu durant sa première phase une véritable force de pression avec laquelle le gouvernement devait composer : « Les décisions du gouvernement, qu’elles soient relatives à la réforme de la loi sur la retraite, la réforme de la loi sur la santé, les impôts, en plus de la décision de supprimer l’impôt sur le revenu global pour les revenus inférieurs à 30 000 dinars (190 euros), prévues dans son plan d’action de 2020, ont été influencées par les revendications du Hirak. »

Toutefois, Driss soutient que « le pouvoir fait en sorte qu’il y ait une segmentation des revendications, en séparant les revendications à caractère social de celles à caractère politique et en répondant essentiellement à celles de la première catégorie. Il veut faire croire que le Hirak ne souhaite pas un changement d’ordre politique, mais un changement d’ordre social et économique. » Le professeur considère que le Hirak algérien pourrait s’installer dans la durée. En revanche, « il ne pourra atteindre ses objectifs ni être une force de changement déterminante s’il ne se structure pas et s’il n’a pas de leaders ».

Noureddine Bekkis, professeur de sociologie politique à l’université d’Alger espère quant à lui une convergence des réformistes. Intervenant sur le plateau de Radio M (radio web privée) en février 2020, il a expliqué que le mouvement était devenu avec le temps une force d’opposition, mais qui n’est pas appelée à s’organiser ni à évoluer davantage. « Le Hirak n’est pas une révolution, mais il a mis en marche une dynamique réformatrice », signale-t-il. « Ce sont les plus modérés du côté du Hirak et du côté du pouvoir qui arriveront à un terrain d’entente pour concrétiser les réformes souhaitées ».

Cependant, le professeur Bekkis déplore le manque d’enracinement social structurel du Hirak : « Il n’existe ni syndicat ni parti puissant sur lesquels le Hirak peut s’appuyer, car le système a déjà cassé tous les cadres susceptibles d’accompagner un tel mouvement », remarque-t-il. Il reste tout de même optimiste, considérant que le pays est dans une dynamique positive et qu’il faudra attendre un peu pour voir de réels changements.

Saïd Loucif partage ce constat, convaincu que « c’est toute l’activité politique qui doit être repensée en Algérie, surtout que les partis d’opposition ne sont, dans leur majorité, que des appareils créés pour noyer justement l’action politique ».

**COOPTATION, RÉPRESSION, DIVISION

De son côté, Louisa Driss-Aït Hamadouche, professeur de sciences politiques à l’université d’Alger, souligne la difficulté de la tâche à laquelle s’est attelé le mouvement de contestation : « Le système algérien qui a une forte capacité de résilience s’est toujours appuyé sur trois piliers pour assurer sa longévité : la cooptation, la répression et la division », explique-t-elle. Elle remarque néanmoins que ces méthodes ne semblent pas aussi efficaces qu’avant. Et souligne : « La réduction des ressources financières du pays et les procès engagés contre certains hauts responsables réduisent le champ de la cooptation. La répression débouche sur l’émergence de héros nationaux. Et les tentatives de division n’ont pas brisé l’élan national bien au contraire. Je ne pense pas qu’un changement de régime soit impossible. En revanche, cela exige la révision de la structuration de l’État et donc de ses institutions, ainsi que de l’ordre économique et social. »

En 2020, le président Tebboune avait décrété le 22 février, date anniversaire du Hirak, journée nationale de la fraternité et de la cohésion entre le peuple et son armée pour la démocratie. Jamais le pouvoir n’avait été aussi conciliant avec un mouvement populaire qui réclamait clairement sa tête. Tout un symbole. * source: orientxxi/ Par AHMED GHANEM - 15 AVRIL 2021

AHMED GHANEM - Journaliste.

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  *escalades de la répression contre les droits et les libertés

 Halte à la guerre déclarée contre le peuple algérien

Offensive sécuritaire et judiciaire : Des personnalités et partis prennent position

03 MAI 2021 

Plusieurs personnalités et responsables de partis ont clairement exprimé une position politique après la dispersion par la police de la marche hebdomadaire du hirak à Alger et les nombreuses interpellations.

Les signataires sont des acteurs publics de toutes sensibilités connus pour leur engagement dans le mouvement populaire et des citoyens à la notoriété reconnue dans leurs métiers en Algérie et dans la diaspora.

Ils ont signé samedi dernier une déclaration intitulée «Halte à la guerre déclarée contre le peuple algérien». Parmi les premiers signataires, on retiendra, entre autres, le Parti socialiste des travailleurs (PST), le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), le Rassemblement des jeunes pour l’Algérie (RJPA), l’Union pour le changement et le progrès (UCP) et l’Union pour l’Algérie (UPA).

Il y a aussi Mokrane Aït Larbi (avocat), Mohcine Belabbas (président du RCD), Madjid Bencheikh (ancien doyen de la faculté de droit d’Alger), Mostefa Bouchachi (avocat), Ali Brahimi (militant politique), Nacer Djabi (universitaire), Smail Lalmas (économiste), Slim Othmani (entrepreneur), Mahmoud Rechidi (porte-parole du PST) et Nacera Dutour (Sos Disparus).

Selon ce document, «les Algériens subissent depuis plusieurs semaines l’une des pires escalades de la répression contre leurs droits et libertés. Cette offensive sécuritaire et judiciaire pour les empêcher de s’exprimer, de revendiquer, de manifester, de s’organiser, de faire grève, de rendre compte dans les médias et les réseaux sociaux, d’exister en tant que citoyens est en train de prendre les allures d’une guerre ouverte contre le peuple algérien».

La même source met en exergue «des illusoires complots terroristes pour justifier le retour aux pratiques les plus détestables de l’arbitraire (enlèvements, perquisitions, mises au secret)». Les signataires fustigent «l’impuissance du gouvernement face à la crise économique, son entêtement à tenir un agenda électoral rejeté par l’immense majorité du peuple et le naufrage de son calendrier vaccinal contre la pandémie».
La crainte actuelle est de s’enfoncer davantage «dans une aventure sécuritaire au très lourd prix» dans un contexte de crise multiforme, l’une des plus graves crises de l’histoire du pays où les problèmes s’enchaînent.

Le dialogue que proposent plusieurs forces politiques vise en particulier à réduire les méfiances. Les signataires refusent toutes les situations de domination et la politique qui se limite à changer la forme et non le fond de la réalité. Le dialogue est un instrument clé qui peut aider à sortir de la spirale sans fin des conflits et des tensions multiples que traverse la société. Aux yeux des signataires, faute de débat, d’échanges et de sens partagé, il est difficile de faire face aux défis tout seul.

La déclaration appelle à la libération de «tous les détenus politiques, à la cessation des poursuites et au rétablissement de tous les droits et libertés garantis par la Constitution et par les conventions internationales signées par l’Algérie».

Les citoyens et les organisations signataires de cette déclaration appellent en outre «à l’arrêt immédiat de cette inacceptable agression contre l’intégrité physique et morale des Algériens. Nous rendons pour responsables les autorités algériennes des conséquences funestes de cette dérive répressive». *elwatan-  03 mai 2021

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L’Algérie ne se porte pas bien, il faut s’occuper d’elle

La présidence de la République, polluée par l’argent qui joue un rôle important en politique, est fermée, verrouillée, il faut ouvrir ses portes et ses fenêtres, chasser le renfermé, créer un puissant appel d’air frais qui viendra non seulement de la mer et des plaines, mais des plateaux et des montagnes du pays. Il faut insuffler un peu d’air frais à un pouvoir qui étouffe, parce qu’il maintient le statique mortifère qui est la même pièce de théâtre politique jouée par les mêmes acteurs. Le président doit faire preuve de sens politique, témoigner d’une grande capacité d’ouverture vers le peuple, s’ouvrir sur les partis politiques de l’opposition, les représentants des syndicats et de la société civile autonome et les jeunes générations. Le pouvoir qui est divisé en clans, puis en castes, enfin en dynasties qui ne sont pas l’apanage des monarchies, s’est replié sur lui-même, a peur de l’ouverture, parce qu’il croit que ce serait sa fin, son arrêt de mort. Il n’y a pas que les monarchies qui créent des dynasties. Il faut d’abord changer de gouvernement, aucun ministre n’a démissionné et aucun n’est démissionné. La longétivité des ministres n’est pas un facteur de stabilité, mais fabrique de la fragilité économique et de l’exaspération sociale. Ahmed Ouyahia, un simple artisan du pouvoir, voire un technocrate, dont certains vantent la compétence et le pragmatisme méticuleux, soucieux de précision, pense toujours à son avenir, mais n’en parle pas. Le président couve le premier ministre et ses conseillers sont ses prolongements.

Il faut jeter un regard lucide sur la nature du pouvoir

Le pouvoir vieillit et le pouvoir absolu vieillit absolument. L’Algérie est une ruche où les abeilles se laissent commander par les guêpes. Le retour du monopole politique, de la pensée unique qui étouffe les voix de l’opposition, renforce l’idéologie ou le discours politique, social et moral dominant, conduit à la régression des libertés. Le président a construit un pouvoir vertical pour ne pas subir des influences diverses ni s’entourer d’avis divergents, avant de décider. C’est l’identification du peuple avec celui qui le gouverne, le cheminement au renoncement des Algériens à exercer pleinement leurs devoirs de citoyens responsables. La verticale du pouvoir qui personnalise et concentre un pouvoir illimité entre les mains du président, dans un pays où il n’y a pas de contre-pouvoir, est dangereuse. Tout émane du président, tout dépend de lui. Il n’y a pas de séparation mais confusion des pouvoirs, le pouvoir législatif joue un rôle mineur et le pouvoir judiciaire est aux ordres du pouvoir exécutif.
La magistrature est dans son ensemble non pas debout ou assise comme le veut la loi, mais à genoux et à plat ventre comme le veut le pouvoir exécutif. Quand l’opposition est faible, le pouvoir qui ne peut se mouvoir sans écraser quelqu’un, se divise et, quand elle est forte, il se ressoude pour se défendre. Il faut clarifier le jeu politique : d’un côté le pouvoir sans tensions ni rivalités ou divergences stratégiques, qui ne peut durer sans cohésion au sommet, de l’autre l’opposition dans toutes ses composantes, sans déchirements fratricides, sans polémiques ou recherches de leaderships qui minent son union.
Le président exerce une emprise totale sur la chaîne unique de télévision. En Afrique et dans le monde arabe, le pouvoir se transmet de père en fils comme dans les monarchies. En Algérie c’est la transmission dynastique du pouvoir par la fratrie qui semble être, pour le moment, une rumeur qui a pris le pas sur l’information. Y’a-t-il des remous à ce sujet parmi d’autres gouvernants au sommet de l’Etat ?

Le silence est de rigueur. Le peuple Algérien veut être maître de son destin. La minorité riche dit comme Letizia Bonaparte, il y’a plus de deux siècles : pourvu que ça dure, sachant pertinemment que cela ne peut pas durer. La majorité pauvre peut faire sienne la citation d’Aimé Césaire : Mon nom : offensé, mon prénom : humilié, mon état : révolté.
L’Algérien a le choix des mots qui expriment sa situation présente : rejeté, méprisé, angoissé, marginalisé, floué, aliéné, etc, etc.
L’humour aussi est un acte de résistance, la forme la plus aiguë du désespoir. Le président américain Obama n’a pas adressé de félicitations au président Bouteflika pour sa 2è réélection à la magistrature suprême, entachée de fraude bien intégrée dans les mœurs politiques du pays et présente au rendez-vous de toutes les élections. Le scrutin du 8 avril 2009 a été marqué par un niveau record d’abstention. Le président Obama a déclaré à Accra capitale du Ghana : «L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais de fortes institutions». Il n’approuve pas les pouvoirs qui font les coups d’Etat ou modifient la constitution pour rester au pouvoir.
Il ne veut pas cautionner les responsables des Etats qui maintiennent les statiques et ne s’engagent pas dans la démocratie, le respect des droits de l’Homme et la lutte contre la corruption. La corruption, inséparable de l’exercice du pouvoir, qui est à tous les niveaux et dans tous les domaines, est le cancer du peuple. L’état d’urgence permanent est un danger pour la démocratie, les droits de l’Homme, l’exercice des libertés individuelles et collectives.

Chaque année à l’approche du Ramadan et des anniversaires de dates symboliques, à savoir l’anniversaire de sa création et de son allégeance à El Qaïda Maghreb, le GSPC déclenche de grandes offensives dans de nombreuses wilayas, avec des moyens importants. Le 17 juin 2009 un convoi de gendarmerie nationale tombe dans une embuscade qu’il a tendue sur la RN5 dans la wilaya de Bordj Bou Arréridj, 18 gendarmes et 2 civils décèdent dans cette attaque. L’embuscade perpétrée le 29 Juillet 2009 à Damous dans la wilaya de Tipaza a fait 23 victimes, tous des militaires. Le choix des cibles est concentré sur l’armée et les forces de sécurité. Le GSPC est présent et actif sur le terrain, a des relais au sein de la population donc la capacité de se renouveler. La force donnée pour décapitée à plusieurs reprises par le ministre de l’Intérieur, se renouvelle par l’engagement de nouvelles recrues. La stratégie sécuritaire du pouvoir, inadaptée, doit être revue, corrigée. La charte nationale qui devait être un grand projet politique a été réduite à sa dimension sécuritaire. L’amnistie sans vérité et justice n’est qu’impunité. L’effet psychologique recherché par le président, à savoir une reddition massive de tous les groupes armés qui formeraient des files indiennes devant les commissions de probation, afin que les combats cessent faute de combattants, n’a pas eu lieu. C’est l’échec de la charte pour la réconciliation nationale.

La demande sociale a un coût, mais la paix sociale n’a pas de prix

Une partie importante du peuple se trouve en dehors des institutions, car elle n’a d’autre alternative que la rue pour s’exprimer. Le gouvernement mène une politique de plus en plus antisociale. L’aisance financière ne s’est pas reflétée sur la vie de tous les Algériens mais seulement sur la minorité au pouvoir. Il y a les nouveaux riches, toujours plus riches et les pauvres, plus pauvres. C’est une période bénie pour ceux qui s’enrichissent en toute impunité. La pauvreté fait tache d’huile, s’étend à tout le pays, affecte la majorité de la population. Les conflits isolés vont se reproduire avec plus de force et de manière coordonnée. Le président entend-il la colère des pauvres qu’il doit regarder dans les yeux pour mesurer leur détresse mais aussi les menaces de mécontentement, d’affrontement et de revendication ? Les inégalités ne sont pas réduites mais exacerbées et exigent la redistribution des richesses nationales. L’Algérie est l’exemple d’une profonde injustice sociale. Le pouvoir n’est pas à l’écoute de la société dont le pouvoir d’achat ne fait que baisser d’année en année. Il ne veut pas entendre cette Algérie des fins de mois difficiles, des pauvres, des chômeurs, des retraités. Il y’a une rupture, une cassure entre d’une part une minorité jouissant d’un niveau de vie égal ou supérieur à celui des pays les plus riches de la planète, et de l’autre la majorité de la population dont le problème fondamental est de satisfaire ses besoins les plus élémentaires. Une nouvelle période d’instabilité s’ouvrira. L’idéologie ultra-libérale se double d’une pratique dirigiste et sécuritaire. Les Algériens demandent du concret, veulent la réduction de l’inflation et la réhabilitation du dinar. Le rejet du libéralisme sauvage, sans règles ni garde-fous, qui ouvre la voie à la corruption et au marché informel qui fait la loi. Les Algériens doutent de l’objectivité des statistiques du gouvernement. Elles sont fausses et plus personne n’y croit. Comment vivre heureux dans une villa avec jardin et piscine ou un logement à 7 pièces quand les voisins vivent à 7 dans une pièce ?
Un manifeste pour la souveraineté du peuple et une Algérie de citoyens et non de sujets. Ecoutons ce qui se dit, ce qui se pense, ce qui se réfléchit pour entrer dans le 21e siècle. L’Algérie a perdu ses repères, se hâte avec lenteur, considère qu’il est urgent d’attendre. Il faut la mettre en état de marche, rassembler les Algériens de tous bords dans une société civile mobilisée et mobilisatrice pour qu’ils apportent le concours de leurs expériences et de leurs compétences à mettre au service de l’alternance démocratique. Trois principes fondamentaux, trois vertus démocratiques doivent guider le manifeste : ouverture aux jeunes générations dans la diversité, défense de la démocratie et des droits de l’Homme, préserver les valeurs humaines de dignité, de justice, de liberté et de solidarité. Cet impératif de dignité, doit être toujours présent, il ne faut jamais l’oublier. Tout débat apaisé, toute réflexion cohérente qui s’appuie sur une volonté politique et une intelligence stratégique pour éclairer la voie du manifeste contribuera à éliminer la régression politique et sociale.

– L’auteur est : Maître Ali Yahia Abdennour

* *elwatan- 12 AOÛT 2009 

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Le Hirak algérien : un laboratoire de citoyenneté

**Par Islam Amine Derradji & Amel Gherbi 
La mobilisation populaire qui soulève l’Algérie n’est pas seulement une révolte contre des conditions de vie devenues inacceptables. C’est aussi un mouvement qui fait des rues du pays le théâtre d’une construction organisée de la vie collective et politique par des citoyens qui revisitent leur histoire et prennent leur indépendance.

Depuis le 22 février, l’Algérie vit au rythme de mobilisations inédites. Des millions d’Algériens ont investi les rues du pays, pour s’opposer au cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, avant de revendiquer un changement radical de régime. Il en a résulté une inflation d’analyses visant autant à définir le phénomène – insurrection, crise, révolte, Hirakrévolution – (Hammouche 2019 ; Ferhani 2019) qu’à réfléchir à ses conditions d’émergence (Aziri 2019 ; Mohamed Aziz 2019). Certaines lectures expliquent ainsi le timing des mobilisations par l’opportunité politique qu’offrirait le moment électoral en contexte autoritaire ; d’autres soulignent le rôle des nouvelles technologies dans la structuration des réseaux qui articulent le mouvement ; d’autres encore expliquent les mobilisations par la dégradation des finances publiques et la corruption qui alimenteraient les griefs populaires ; certaines insistent enfin sur la contribution des jeunes et s’attachent à décrire l’avènement d’une génération politique débarrassée des traumatismes du passé et porteuse de renouveau démocratique.

Nous souhaitons compléter ces analyses en posant la question des expériences citoyennes que les mobilisations rendent possibles. L’objectif est moins de faire l’inventaire des conditions nécessaires à l’émergence du mouvement que de comprendre comment des figures citoyennes se forment et se révèlent, à mesure qu’elles fabriquent l’espace public qui les constitue. La citoyenneté est alors saisie par les pratiques sémiotiques des acteurs : la manière dont ils façonnent les catégories de leurs engagements publics, tracent les contours de leurs communautés et définissent le sens du bien commun.

Nous montrons plus spécifiquement que les mobilisations procèdent d’un souci de soi (Foucault 1984) qui se manifeste dans le déploiement d’une civilité urbaine. Les performances publiques des citoyens algériens contribuent, par l’autocontrôle et la maîtrise de soi, à démentir un discours officiel qui condamnait les manifestations au « chaos syrien ». Les citoyens puisent en outre dans un fonds commun de luttes pour la dignité, afin de rompre avec des figures de corruption que le régime avait fini par incarner (Hachemaoui 2011). Le roman national devient alors le support d’un processus de subjectivation politique qui accompagne la publicisation de l’espace public (Terzi et Tonnelat 2016).

Cette réflexion prend appui sur un matériau collecté en ligne : slogans et pancartes, vidéos des agoras citoyennes, entretiens accordés par les manifestants à des journalistes. Nous mobilisons également des données recueillies lors d’enquêtes de terrain réalisées entre 2012 et 2016, dans le cadre d’une recherche sur les émeutes en Algérie.

*Une histoire de luttes qui informe le présent

Les mobilisations des derniers mois s’inscrivent dans une longue histoire algérienne de lutte pour la dignité. Entamée après la Seconde Guerre mondiale avec le mouvement de libération nationale, qui devait mettre un terme au joug colonial français et constituer les Algériens en sujets politiques de plein droit, cette lutte se poursuit dès l’indépendance avec l’entrée en clandestinité de militants de gauche ou d’extrême gauche opposés au régime de parti unique (Metref 2017 ; Redjala 1988).

Dans les années 1970, Alger devient le lieu d’exil privilégié des révolutionnaires. L’ANC de Nelson Mandela, l’OLP de Yasser Arafat et les Black Panthers d’Eldridge Cleaver y trouvent refuge et assistance. L’Algérie soutient alors le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et interpelle les pays du Sud sur la nécessité de prendre leur destin en main (Deffarge et Troeller 1972).

Les années 1980 voient l’émergence d’un mouvement culturel berbère (MCB) revendiquant la reconnaissance officielle d’une identité amazighe, dépréciée par les tenants du nationalisme arabe (Temlali 2016). Les mouvements féministes s’amplifient également, portés par une opposition au nouveau code de la famille, accusé de confiner la femme algérienne au statut de mineur à vie (Belhouari-Musette 2006).

En dépit de la guerre civile des années 1990, les luttes n’ont jamais cessé, si bien que le premier mandat du président Bouteflika est marqué par d’importantes mobilisations en Kabylie, au printemps 2001, après la mort d’un jeune homme dans les locaux de la gendarmerie nationale. Ces mobilisations débouchent sur une plateforme de revendications exigeant alors le respect des libertés individuelles et l’approfondissement de la démocratie (Temlali 2003).

Qu’il s’agisse du cadrage des revendications ou des répertoires d’action, les marcheurs des dernières semaines ont largement puisé dans ce fonds commun de luttes, tantôt pour s’en faire l’écho, tantôt pour en tirer des leçons. C’est particulièrement évident dans la manière dont les symboles du roman national sont réinvestis : chants patriotiques, figures héroïques de l’indépendance, drapeau national comme signifiant d’un attachement indéfectible à la patrie.

« Un seul héros, le peuple », slogan fort du mouvement de libération national, se retrouve à nouveau écrit sur les pancartes. Les portraits de Larbi Ben’Mhidi ou d’Ali la Pointe, révolutionnaires mythiques, sont brandis en signe de gloire retrouvée (figure 1). Leurs photos contrastent ainsi avec un portrait présidentiel devenu synonyme de culte de la personnalité.

Figure 1

© Djamila Ould Khettab, Alger, mars 2019. Les auteurs et le comité de rédaction ont fait le choix de flouter les visages, afin de ne pas exposer les manifestant·e·s.

Si les marcheurs s’inscrivent dans la filiation du mouvement de libération nationale, invitant ainsi à reprendre le chemin d’une lutte pour la dignité, d’autres épisodes conflictuels passés orientent les choix stratégiques et les modes d’action.

Les appels au calme, à la retenue, au sens des responsabilités, sont ainsi marqués par l’expérience des émeutes d’octobre 1988 (Aït-Aoudia 2015). Les citoyens les justifient aussi bien par la nécessité de se prémunir contre la répression que par la volonté d’éviter d’offrir au régime la possibilité de bénéficier, comme il a pu le faire par le passé, d’un pourrissement de la situation. Missibssa, un jeune étudiant en finance de 20 ans, explique à France Inter que « toute la population algérienne est catégorique sur ce point : elle veut que ces manifestations restent pacifiques […]. Nous ne voulons pas que ces manifestations soient reprises par quiconque pourrait utiliser la haine et la casse » (Cavaillès 2019).

Les Brassards verts d’Alger et les Gilets oranges se constituent, à la suite d’appels lancés sur les réseaux sociaux, pour aider à encadrer les marches, alerter sur les risques de bousculades et apporter, en cas de besoin, des soins aux marcheurs. Toufik Amrane, journaliste et reporter d’images, a lancé l’initiative des Gilets oranges après que des accrochages ont éclaté le 12 avril entre manifestants et forces de l’ordre, près du tunnel des facultés, à Alger. Il explique avoir contacté des amis journalistes avant d’être rejoint par des bénévoles, dont plusieurs étudiant·e·s ou médecins (Nadir 2019). L’objectif est alors de maintenir le caractère pacifique des marches, en constituant « des rangées, une sorte de cordon entre les policiers et les manifestants, pour créer une distance entre les deux parties » (Alioui 2019).

En tirant ainsi les « leçons » de l’histoire, les marcheurs réinterprètent l’espace des possibles. Ils s’efforcent d’éviter les erreurs du passé et puisent dans le roman national les référents nécessaires à la fabrique d’une identité porteuse de dignité et de civilité.

Figure 2

© Jidal, Alger, mars 2019.

*Le souci de soi et le rapport au monde

Si la maîtrise de soi et la retenue des passions sont, comme l’évoquait Norbert Elias, corrélatives du « processus de civilisation » (Elias 1991), il s’ensuit que le caractère pacifiste des mobilisations et l’encadrement strict des marches permet d’envoyer le message sans équivoque au monde que « nous sommes nous aussi des gens civilisés » (figure 3).

Figure 3

© Dilem, Liberté, 18 mars 2019.

La civilité se manifeste également par des actes destinés à assurer la propreté de l’espace urbain ou à en embellir le mobilier. Brassards verts et Gilets oranges organisent le nettoyage des rues, s’affairent au ramassage des déchets après les marches ou repeignent les murs des villes (figure 4 ; Ghellab 2019 ; Saadoun, 2019).

Figure 4

© Jidal, Alger, mars 2019 et © Toufik Amrane, mars 2019.
On peut lire sur la photographie de droite : « pacifique, pacifique, marche civilisée ».

À rebours d’un discours officiel qui agite le spectre du chaos syrien ou renvoie de la jeunesse l’image d’une horde qui menacerait l’ordre public (Belghiche 2019), les marcheurs répondent par un humour caustique, tentent de fraterniser avec les policiers, pour s’en faire des alliés, et montrent à chacune de leurs sorties que la citoyenneté peut être une fête.

L’entrée dans l’espace urbain est alors l’occasion de forger une image positive et valorisante de « soi », qui rejette l’assignation à des catégories dépréciatives et rompt avec les images de barbarie terroriste que l’actualité régionale et internationale la plus tragique a contribué à diffuser. Moncef, jeune citoyen algérien interviewé par le site TSA, déclare ainsi : « Le gouvernement essaie de faire croire que nous sommes des sauvages, que nous ne savons pas nous exprimer, ni manifester de façon pacifique et organisée. Nous sommes en train de prouver le contraire. » Son amie Abir ajoute : « Nous voulons donner l’image d’un peuple civilisé, qui sait ce qui est bénéfique pour son pays » (Saadoun 2019).

La manière dont certains slogans reprennent les signes et symboles des produits mondialisés de consommation témoigne tout à la fois des armes de résistance qu’offre l’humour et de la volonté d’investir une culture partagée qui, par-delà l’Algérie, permet d’instituer un monde sémiotique commun. Les paquets de Marlboro deviennent ainsi « mal barrés, votre système nuit gravement à notre système de santé » (figure 5) ; on rappelle que « seul Chanel peut faire le numéro 5 » ; la formule de Yoda dans Star Wars est détournée au bénéfice du peuple (figure 5) et le docteur Emmett Brown de Retour vers le futur interpelle Marty McFly sur les risques de déchirures de l’espace-temps associés au prolongement du quatrième mandat du président Bouteflika (figure 6)…

Figure 5

© Ziri Gunfood Oulmane, Alger, mars 2019.

Figure 6

© Ziri Gunfood Oulmane, Alger, mars 2019.

Si les performances publiques offrent l’occasion d’une présentation et d’une représentation valorisante de soi, c’est aussi qu’elles permettent la mise à distance de parangons de servilité que le régime a fini par banaliser, comme la figure bien connue du chiyatt – le « brosseur » –, celui qui flatte le puissant dans le sens du poil ou en chante les louanges, pour mieux s’attribuer ses faveurs – ou la figure, plus récente, du mangeur de cachir. Le cachir est un pâté (bologne) offert en sandwich au public venu assister au meeting de campagne d’Abdelaziz Bouteflika. Le mangeur de cachir est alors décrié comme celui qui s’inscrit dans un rapport clientéliste avec le régime et accepte une posture de vassalité (figure 7). Cette posture est d’autant plus indigne que les meetings de campagne sont marqués par des rituels révérenciels impliquant le portrait officiel du président, à défaut de sa présence physique.

Dans ces conditions, la candidature d’Abdelaziz Bouteflika est vécue comme une humiliation. Les images du meeting, diffusées à la télévision nationale, se traduisent par un choc moral, une réaction viscérale d’indignation et de colère face à une situation jugée moralement insoutenable (Jasper 1998). Des portraits officiels du président sont alors arrachés des façades des Assemblées populaires communales de Khenchela ou d’Annaba.

Figure 7

© Hicheme le Hic, El Watan, 23 février 2019.

L’investissement collectif de l’espace urbain témoigne alors d’un souci de soi qui « place la question de la vérité – de la vérité de ce que l’on est et de ce qu’on est capable de faire – au cœur de la constitution du sujet moral » (Foucault 1984, p. 94). Elle s’accompagne d’un processus de subjectivation par lequel les marcheurs se donnent à voir tels qu’ils souhaitent être vus, rejettent l’assignation aux catégories d’incivilité, de chaos ou de barbarie et investissent les référents valorisants de l’identité collective (lutte du mouvement de libération nationale), pour rompre avec des figures de vassalité (culte du portrait présidentiel, figure du mangeur de cachir). Ils se définissent ainsi en sujets éthiques et politiques aptes à reprendre en main leur destin collectif.

Cette entreprise de redéfinition ouvre l’espace des possibles, dès lors qu’elle permet de réévaluer la capacité d’action des personnes mobilisées sur leur monde. S’inscrire dans la filiation des glorieuses figures de la guerre de libération nationale, c’est s’intimer le devoir d’agir et se sentir le pouvoir de le faire. C’est enfin raviver l’espoir en la possibilité de redresser les rapports entre État et société, dont la détérioration s’était jusqu’à maintenant traduite par un accroissement du nombre d’émeutes ou de candidatures à l’immigration irrégulière.

« Je ne veux plus te quitter, mon Algérie »

Dans un texte désormais classique, Albert Hirschman (1970) soutient que les individus peuvent répondre de deux manières à une relation qui se détériore : en sortir (exit) ou faire entendre leurs griefs (voice). L’option choisie dépend du coût d’opportunité de chacune, de l’attachement à l’organisation (loyalty) et de l’espoir en la possibilité effective de redresser la situation.

Dans le cadre de recherches menées sur les émeutes urbaines en Algérie (Derradji, à paraître), nous avons montré que les individus qui s’y engageaient faisaient l’expérience d’une dévalorisation statutaire. En dépit des motifs variés par lesquels ils justifiaient leurs actions – absence de logement, chômage, abus de pouvoir, corruption d’agents de l’État, difficulté d’accès aux services publics – ils exprimaient le sentiment unanime d’un déni de leur citoyenneté. Le concept de hogra était particulièrement mobilisé par les « émeutiers » pour rendre compte des rapports à l’autorité publique. Dans le langage populaire algérien, ce terme désigne à la fois un abus de pouvoir et le mépris dont peuvent faire preuve des individus qui occupent des positions dominantes.

Pour Adel, jeune « émeutier » de 28 ans, l’émeute est un voice. C’est le moyen de « transmettre un message et dire aux autorités qu’on existe ». Or si on lutte pour exister, c’est bien que la reconnaissance fonde l’égalité en dignité, laquelle permet un accès équitable aux ressources matérielles et symboliques de l’État. Si cette égalité ne semble pas garantie ; si les normes et obligations qui encadrent le rapport du citoyen à l’autorité publique sont enfreintes ou soumises au pouvoir discrétionnaire d’agents de l’État ; si des catégories d’individus jouissent d’un accès privilégié aux ressources matérielles ou symboliques de l’État, alors que d’autres s’en trouvent exclus, l’autorité publique finit par construire, dans le quotidien de ses interactions avec les individus, des catégories duales de citoyenneté.

Ainsi relégué aux « lisières de la citoyenneté » (Jenson 2007, p. 24), Abdou, jeune « émeutier », finit par nous rappeler l’évidence en guise de justification de sa colère : « J’ai une carte d’identité nationale comme tout le monde. »

Dans ses travaux sur les harragas algériens, candidats à l’immigration irrégulière, Farida Souiah (2012), montre comment ces derniers sont souvent évoqués comme « preuve ultime des dysfonctionnements qui touchent le pays » (p. 105). Elle souligne en outre qu’el harga est une sortie (exit) au sens d’Hirschman, « une stratégie active destinée à faire face à une situation difficile dans laquelle misère et hogra les empêchent d’envisager un avenir » (p. 119). Cette option finit, en outre, par supplanter le recours à la protestation (voice), car celles et ceux qui la choisissent ne croient plus en la possibilité d’améliorer leur situation en Algérie.

Les mobilisations des derniers mois se sont accompagnées de slogans tels : « pour la première fois, je ne veux pas te quitter mon Algérie » ou encore « rana hna ! » (on est là !) (figure 8). Les performances publiques des citoyens algériens, en introduisant de nouvelles façons de manifester et de se manifester (voice) et en réitérant l’attachement à la communauté politique, permettent la fabrique d’un sujet politique capable d’agir sur son monde et contribuent à renouveler la croyance en la possibilité d’un avenir meilleur, porteur d’opportunités sociales et de dignité politique. Le présent embrasse ainsi dans une même vision une gloire passée retrouvée et des attentes futures réactualisées.

Figure 8

© Algérie Debout, 2019 

Le sentiment d’une reprise en main du destin collectif finit par libérer les énergies. Les initiatives citoyennes se multiplient à travers le territoire national algérien et racontent le besoin collectif d’entreprendre. Des débats et des assemblées citoyennes sont ainsi organisés par différents collectifs pour discuter de l’Algérie de demain (figures 9 et 10).

Si les slogans à travers lesquels s’expriment les manifestants véhiculent des discours qui s’inscrivent dans le registre du lien social qui unit – sinon uniformise – et qui pacifie – sinon invisibilise les divergences –, les interactions citoyennes au sein des forums publics qui se constituent (physiques comme médiatiques) offrent autrement la possibilité de se manifester (voice). À cet égard, en publicisant des situations problématiques vécues individuellement ou localement, ces modalités d’interaction expérimentales laissent transparaître les clivages et les inégalités qui traversent le monde social (Terzi et Tonnelat 2016 ; Dewey 2010 ; Mead 2006). La préservation de l’espace public est alors tributaire de la manière dont ces rapports sont négociés, pour permettre l’expression du dissensus, sans compromettre la participation à la communauté politique.

*Mérites et limites d’une expérience citoyenne transformatrice

Les mobilisations des derniers mois ont fait bien plus que briser le mur de la peur, comme aiment à le souligner certains analystes de la scène politique algérienne (Lepage 2019). Elles ont conduit à un véritable réenchantement du politique.
D’abord, parce qu’elles procèdent d’un salutaire souci de soi (Foucault 1984), les performances publiques des citoyens algériens participent, par l’autocontrôle et la maîtrise de soi, à déconstruire un discours officiel qui condamnait les manifestations au « chaos syrien ». Ils puisent en outre dans un fonds commun de luttes pour la dignité, afin de rompre avec des figures avilissantes de vassalité et façonner des représentations valorisantes de soi qui participent de la formation du sujet politique.

Ensuite, parce qu’elles permettent, comme l’évoquait déjà Hannah Arendt, le passage d’une existence privée, tout entière affairée aux activités vitales de production et de reproduction, à une existence publique soucieuse de discuter et de construire un monde commun. Le sentiment de fierté retrouvée dont témoignent les citoyens algériens, de même que le bonheur d’être ensemble qu’ils expriment, rappellent le caractère émancipateur de l’action politique (Arendt 1995).

La préservation de cet acquis demeure toutefois un enjeu perpétuel. Alors que l’appropriation des espaces publics offre des ressorts à la « motilité » (Djelloul et Mezoued 2019 ; Kaufmann et Jemelin 2004), sinon des « prises » (Joseph 1997) génératrices d’une confiance dans la capacité de se redéfinir et d’agir collectivement, la (dé)libération des voix (au sein de dispositifs publics de prise de parole) met en évidence l’épreuve d’articuler le pluralisme d’une société qui (ré)apprend tout juste à se (re)connaître. Autrement dit, à travers les différentes modalités d’expression, survient une prise de conscience de la composition du public et de ses qualités sociologiques diverses. Se profilent alors des revendications identitaires plurielles, qui laissent largement indéterminées les modalités de la coexistence au sein d’un espace politique commun revitalisé.

Bibliographie

**source: metropolitiques.eu/ 12 juillet 2019

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