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ébéniste

24112012

**il faut d’abord savoir observer. Avant de savoir toucher

Nicolas est ébéniste depuis 31 ans. Il nous raconte comment il vit son boulot.

Sur le bois, ses yeux, sa peau, ses oreilles se concentrent, réfléchissent pour contrer la résistance.

Pour concevoir un meuble ou des boiseries, il faut d’abord savoir observer. Avant de savoir toucher, pour Nicolas Bachmann, ébéniste depuis 31 ans

« L’œil va te donner envie de toucher. Le premier regard va te donner cette envie de palper, de sentir cette douceur, de voir s’il y a des irrégularités. Lorsqu’on a l’œil aguerri, on voit les défauts. L’œil est critique. »

L’oreille, la paume et la pulpe des doigts

L’oreille aussi renseigne

« Au sifflement du rabot, je sais si c’est un bois tendre ou un bois dur. »

Tandis que la main, la peau supervisent les différentes étapes

« Après la phase de ponçage, je vais passer la main sur le meuble pour voir si c’est lisse. Le bout des doigts est la partie la plus sensible. La pointe des doigts permet de décrire une finition. »

« Je rêve souvent que je me suis planté »

Impossible, pour autant, de savoir avec certitude si la fabrication va bien se terminer :

« Le bois, c’est vicieux. Il arrive des jours où je n’arrive pas à le travailler même si le matériau est le même. »

D’ailleurs, s’il n’y a pas de résistance, « ce n’est pas intéressant », poursuit Nicolas. Il n’est pourtant pas toujours aussi serein. L’ébéniste crée des meubles et des pièces uniques pour une clientèle étrangère aisée. Le bois peut être onéreux :

« Dès qu’il y a une matière qui coûte cher, il y a une prise de risque. Je rêve souvent que je me suis planté : une fois que le bois est coupé, il est coupé. »

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*Questions/réponses

**Quel est votre contrat ?

Un CDI à temps plus que plein à l’atelier Melville, dans le VIIe arrondissement de Paris. J’ai 47 ans, je suis passé par 30 à 40 ateliers et chantiers.

**Quel est votre salaire ?

Environ 45 000 euros annuels avec les heures supplémentaires et en travaillant à l’étranger.

Sinon, c’est de l’ordre de 2 000 à 2 500 net par mois quand je suis en France.

**Quels sont vos horaires ?

Je travaille en moyenne 45 heures par semaine. Et la nuit, à titre exceptionnel, car cela a un coût pour l’employeur. Je travaille le week-end aussi, très souvent. Quant aux jours fériés, je n’en ai pas connus beaucoup cette année.

Je suis obligé de m’adapter. Pour le montage des stands de la Biennale des antiquaires, j’ai travaillé de 7 heures à 20 heures sur une courte durée, quatre-cinq jours. Et parfois, je vais installer les éléments fabriqués sur place : à Moscou, à New York, au fin fond du Massachusetts ou au Mali. Je fais des chantiers partout dans le monde.

Je fais donc des heures sup’, elles sont déclarées. De plus, la boîte fonctionne sur un système de repos compensateur. Les heures sup’ sont mises en plan épargne retraite par exemple.

**Rapportez-vous du travail chez vous ?

Non, mais il peut m’arriver de ramener un plan pour le comprendre. Je passe suffisamment de temps au travail, et je ne suis pas dans un contexte où je peux rapporter un ordinateur à la maison et travailler. Il faut que j’aie les machines à portée de main, et puis c’est un métier bruyant, je ne vais pas emmener mes machines chez moi !

**Quel rôle estimez-vous jouer dans l’entreprise ?

Caméléon parce qu’un jour, on peut me demander d’être aussi bien à l’atelier qu’en pose, chez le client, à finir de monter un meuble.

Il y a des choses qui ne peuvent être ajustées ou posées que sur place. Il peut s’agir d’un agencement ou d’une bibliothèque : les coupes de corniche, par exemple, ne se font que sur place.

**Votre travail vous demande-t-il un effort physique ?

C’est un métier très physique. Pour porter des charges lourdes j’appelle du monde. L’équipe, je crois que c’est essentiel.

Je crois aussi qu’il est très important de mesurer ce que l’on porte. Pour déplacer les meubles, nous avons recours à une boîte de levage, ou nous utilisons des « lifts ».

Je travaille dans toutes les conditions extrêmes : le bruit, la poussière, les odeurs, le chaud ou le froid (il y a des travaux qui nécessitent une certaine température, voire de l’humidité).

On se protège beaucoup les oreilles. La protection, passe aussi par un gros système d’aspiration pour éviter toutes les poussières nocives à l’inhalation et les odeurs de colles ou de vernis. Nous portons des masques et des lunettes.

Les gants, c’est une protection recommandée par la médecine du travail. Mais j’ai été habitué à travailler 30 ans sans gants. On m’a demandé d’en mettre du jour au lendemain. J’en mets souvent, mais je les porte en mitaines car j’ai besoin de sensibilité, de toucher, de palper.

*Votre travail vous demande-t-il un effort mental ?

Oui, pour un tracé au sol, un tracé sur un meuble, des recherches de point, une recherche de cotation, des vérifications, par rapport à ce qui a été dessiné au bureau. L’ordinateur peut faire une erreur.

*Votre travail laisse-t-il des traces sur votre corps ou dans votre tête ?

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Aux mains, aux genoux, au dos. Je suis souvent à genoux pour tracer et ajuster quelque chose ou quand je fais du montage. Mais c’est en scierie que les postures sont pénibles.

C’est un métier à risque avec des outils tranchants. C’est un métier de vigilance aussi et de réflexion quand tu travailles sur une machine. Je me suis coupé le tendon deux fois à la main droite.

La première fois, c’est arrivé à Long Island, aux Etats Unis. C’était stupide, dans la précipitation, j’ai manqué de vigilance. Un collègue n’avait pas remis une protection sur la machine. C’est une blessure plus mentale que physique. Les mains, c’est vital. Sans mains, tu n’es rien.

*Avez-vous l’impression de bien faire votre travail ?

Oui, parce que si je ne fais pas bien mon travail, il faut que je change de boîte.

Je suis très réactif et souple. Je dois l’être : je travaille dans une entreprise où 80% de la production vient de l’intérim. C’est un mode de recrutement.

Mais je dois avant tout travailler bien. On me demandera toujours d’accélérer. La contrainte de production reste essentielle, après c’est une notion de méthode. Moi, je prends mon travail pour réaliser au mieux. Vite et bien, ça n’existe pas mais il faut rester dans une trilogie temps, qualité et rentabilité.

Je travaille dans une entreprise qui évalue bien. L’évaluation, c’est quelque chose de très difficile dans le métier. Parfois, le client fixe des délais courts, mais les chefs me laissent une marge.

*Si vous deviez mettre une note à votre bien-être au travail dans votre entreprise, sur 20, quelle serait-elle ?

15/20 car je suis satisfait des tâches que l’on peut me confier, les activités sont variées, j’ai de bons rapports avec mes collègues, le cadre de travail me plaît et j’ai peu de transport.

Ce qui ferait augmenter cette note ? Je dirais la qualité de vie au sein de l’entreprise et le salaire, mais il est possible d’avoir un super salaire et de mal travailler…**Rue89-23.11.2012.

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