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Le Japon bascule à gauche

29082009

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 Selon les dernières estimations, le Parti Démocrate obtiendrait 306 sièges sur les 480 de la Chambre des députés. Un véritable basculement du pouvoir, après plus d’un demi-siècle de domination des conservateurs.

**Raz-de-marée de l’opposirion aux législatives.

Dimanche, dans son quartier général à Tokyo, Yukio Hatoyama pose devant les roses rouges accrochées sur le nom des candidats victorieux de sa formation, le Parti démocrate du Japon.
Dimanche, dans son quartier général à Tokyo, Yukio Hatoyama pose devant les roses rouges accrochées sur le nom des candidats victorieux de sa formation, le Parti démocrate du Japon. 

Les Japonais ont voté massivement dimanche en faveur du Parti démocrate, sanctionnant sévèrement les conservateurs au pouvoir depuis cinquante-quatre ans.

coeur- Au pouvoir depuis 1955, le Parti libéral démocrate (PLD) du premier ministre Taro Aso a subi dimanche un échec retentissant. Au terme de législatives historiques, le tout-puissant parti conservateur ne dispose plus que d’une centaine de députés contre 307 dans le Parlement sortant. Son adversaire, le Parti démocrate du Japon (PDJ), remporte, selon les dernières estimations, entre 300 et 329 sièges. La majorité est de 241 sièges. Un score qui dépasse ses plus folles espérances.

Les électeurs n’ont pas fait de quartier, sanctionnant les poids lourds de la majorité sortante avec férocité. Tetsuzo Fuyushiba, ancien ministre de la Construction et pilier du parti bouddhiste Komeito, allié du PLD, a été ainsi battu par une jeune femme sans expérience. Même ceux et celles qui incarnaient un certain renouveau du PLD, les «enfants de ­Koizumi», de jeunes députés parrainés il y a quatre ans par l’ex-premier ministre Junichiro Koizumi, ont été décimés.

Taro Aso a aussitôt reconnu sa défaite. Lundi, il a annoncé qu’il quittait la présidence du PLD. M. Aso, 68 ans, qui a atteint des records d’impopularité, devrait toutefois rester à la tête du gouvernement jusqu’à l’élection du nouveau premier ministre, Yukio Hatoyama, 62 ans, président du PDJ, par le Parlement d’ici à deux semaines.

Les commentateurs nippons, pour qui ce scrutin était le plus palpitant de leur carrière, ne pouvaient retenir hier leur excitation. Dans les rues en revanche, pas le moindre signe d’intérêt. Ni concert de klaxons ni libations pour fêter le changement. Le taux de participation a d’ailleurs été similaire à celui de 2005.

Un programme ambitieux pour réformer le pays

Que fera le PDJ de cette vic­toire ? Ce dernier a un programme ambitieux. Il veut d’abord réduire les prérogatives des bureaucrates et du parti au pouvoir au profit du premier ministre. Il espère ainsi régler les querelles interministérielles qui paralysent l’action du gouvernement et empêchent le Japon de se réformer depuis trente ans. Pour ce faire, le PDJ renforcera le cabinet du premier ministre en le dotant d’un bureau national stratégique chargé de planifier l’action de l’État. Il mettra également en place un conseil de la réforme administrative pour mettre fin aux ententes entre bureaucrates et intérêts privés. Il compte notamment s’attaquer à la pratique des amakudari, ex-bureaucrates «descendus du ciel» pour occuper des postes lucratifs dans le secteur privé.

En votant pour le changement, les Japonais ont voulu aussi sanctionner les excès de la politique libérale menée par le PLD au cours des dernières années, responsable selon eux de l’aggravation des disparités sociales, du chômage et de la précarité. Mais les nouveaux dirigeants japonais devront avancer prudemment. Le PDJ veut profondément modifier l’économie japonaise en faisant en sorte que les grandes entreprises ne soient plus les seules bénéficiaires de la croissance. Partisan de la relance par la consommation, le PDJ s’est engagé à mener une politique «au service de la vie des gens», basée sur un programme d’allocations pour les retraités, les familles et les plus démunis. C’est une révolution au Japon. Dimanche soir, après avoir remercié les électeurs pour leur soutien, Yukio Hatoyama a déclaré que le «principal défi sera de faire de cette victoire celle du peuple, sans être arrogant».

Transition en douceur

Mais M. Hatoyama est aussi bien conscient qu’une fois l’excitation retombée les choses sérieuses vont commencer pour son jeune parti, qui n’a jamais encore gouverné. Le PDJ devrait nommer dès lundi une équipe restreinte qui sera chargée d’assurer une transition en douceur avec l’administration sor­tante. Pour rassurer, Yukio Hatoyama pourrait confier le portefeuille des Finances à Hirohisa Fujii, qui occupa déjà ce poste lors du seul gouvernement non-PLD qu’ait connu le Japon, en 1993. Selon le politologue Takao Toshikawa, «le PDJ se servira de ce ministère pour s’attaquer aux privilèges des autres ministères, comme celui de l’Aménagement du territoire ou celui de l’Agriculture».

La victoire du PDJ devra être consolidée l’an prochain, lors de sénatoriales partielles. Il ne contrôle pour l’instant en effet le Sénat qu’avec quelques voix d’appoint. Sénat et Chambre basse ayant au Japon pratiquement les mêmes prérogatives, la mise en œuvre de son programme de réformes pourrait en être compliquée.(Le Figaro-31.08.09.)

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*Les Japonais ont choisi le changement ….La victoire écrasante du Parti démocrate (centre gauche) lors des élections législatives du 30 août est historique, après plus d’un demi-siècle d’exercice du pouvoir monopolisé par les seuls conservateurs du Parti libéral-démocrate (PLD) et les « batailles au sabre de bois » entre ses différentes factions. Ce succès devrait se traduire par des changements profonds dans l’Archipel.

L’inexpérience du pouvoir des démocrates, conjuguée à d’éventuelles scissions au sein du PLD, en plein désarroi après sa déroute, pourrait entraîner une certaine confusion politique dans un pays habitué à la stabilité. D’autant qu’en donnant la priorité à une croissance tirée par la demande interne – et non plus par les investissements et les exportations – et à la protection sociale, les démocrates bousculent le modèle « Usine Japon » qui a prévalu depuis les années 1960.

Les élections du 30 août ont tourné au référendum sur le PLD : au-delà des programmes, c’est une pratique du pouvoir et une logique économique et sociale qui ont été rejetées. Les démocrates entendent inverser les priorités en faisant de l’amélioration des conditions de vie l’objectif fondamental de leur gouvernement. Pour leurs adversaires, cette politique « à la Robin des bois » risque de compromettre la compétitivité industrielle de l’Archipel et va déstabiliser les finances publiques.

Depuis l’éclatement de la « bulle spéculative », au début des années 1990, la société japonaise a été déstabilisée : un relatif égalitarisme des chances, un éventail des salaires réduit, un quasi-plein-emploi et une amélioration du niveau de vie par une redistribution des dividendes de la croissance ont fait place à la montée des inégalités, la précarité de l’emploi, un système des retraites en quasi-faillite et un appauvrissement relatif de beaucoup. Autant de phénomènes à l’origine du malaise social qui a été la toile de fond des élections.

Le programme des démocrates est audacieux : en donnant la priorité à la protection sociale, il tend à s’inscrire dans la ligne du « capitalisme démocratique » des pays scandinaves. Mais il lui faut définir une voie japonaise de croissance qui permettrait, en tenant compte de l’héritage socioculturel national, de surmonter l’alternative néolibéralisme/Etat providence : autrement dit, refonder le modèle qui fut à l’origine de l’expansion des années 1960-1980. La rupture avec le passé pour laquelle ont opté les Japonais a un salutaire effet de catharsis. Il reste aux démocrates à être à la hauteur des attentes.(le Monde-01.09.09.)

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*coeur-Un résultat net et sans bavure. Les Japonais ont voté massivement dimanche(30.08.09.) en faveur de l’opposition centriste qui a promis de mener une politique plus sociale, après 54 ans de règne des conservateurs sur la deuxième économie du monde. Selon les dernières estimations de la télévision publique NHK, le Parti Démocrate du Japon (PDJ) obtiendrait 306 sièges sur les 480 de la Chambre des députés, infligeant une cuisante défaite au Parti Libéral-Démocrate (PLD-droite), qui ne récolterait que 119 sièges.

Les résultats officiels, en nombre de sièges et en pourcentage, ne seront connus que lundi matin, mais le premier ministre Taro Aso a d’ores et déjà reconnu sa défaite, en annonçant son intention de démissionner de la présidence du PLD. Aso, 68 ans, qui a atteint des records d’impopularité, devrait toutefois rester à la tête du gouvernement jusqu’à l’élection du nouveau Premier ministre, Yukio Hatoyama, 62 ans, président du PDJ, par le Parlement d’ici deux semaines.

**Programme généreux d’allocations

Déjà majoritaire au Sénat, grâce à l’apport de deux autres partis d’opposition, le PDJ va désormais avoir un contrôle absolu sur le Parlement et la voie libre pour mener son programme ambitieux de réformes. «Aujourd’hui, le peuple japonais a eu le courage de choisir un changement de gouvernement et je l’en remercie», a déclaré Hatoyama, lors d’une conférence de presse. «Tout commence à partir de maintenant. C’est un changement de la vieille politique vers la nouvelle politique, c’est-à-dire vers un nouveau gouvernement centré sur le peuple qui a retrouvé ses droits.»

En votant massivement pour l’opposition, les Japonais ont voulu sanctionner les excès de la politique libérale menée par le PLD au cours des dernières années, responsable selon eux de l’aggravation des disparités sociales, du chômage et de la précarité. Le PDJ s’est engagé à mener une politique «au service de la vie des gens», basée sur un programme généreux d’allocations pour les retraités, les familles et les plus démunis. Partisan de la relance économique par la consommation, il a promis également la gratuité partielle de l’éducation, une prime à la naissance et la suppression des péages sur les autoroutes. «Nous accordons bien sûr beaucoup d’importance à la croissance économique, mais nous devons avant tout augmenter le revenu des individus», a souligné le futur premier ministre.

**Obama espère une «alliance forte» avec le Japon

Au plan diplomatique, Hatoyama, riche héritier d’une longue dynastie d’hommes politiques souvent comparée aux Kennedy, est partisan d’un Japon plus indépendant à l’égard des Etats-Unis et davantage tourné vers l’Asie, sans toutefois remettre en cause l’alliance stratégique avec son allié américain. Le président américain Barack Obama a fait savoir dans un communiqué qu’il espérait une «alliance forte» avec le futur Premier ministre.

Lors de sa conférence de presse, Hatoyama a également annoncé son intention de tout faire pour tenter de résoudre avec Moscou le différend territorial sur les îles Kouriles. «Une lourde responsabilité» attend le parti, a-t-ilreconnu, conscient qu’une fois l’excitation retombée, les choses sérieuses vont commencer pour son jeune parti qui n’a jamais encore gouverné.

Le PLD, artisan du «miracle économique» qui a fait du Japon la deuxième puissance économique du monde, se retrouve relégué dans l’opposition pour la deuxième fois de sa longue histoire à la tête du Japon. En 1993-94, il avait dû céder le pouvoir à une coalition hétéroclite qui n’avait duré que dix mois. Aujourd’hui, il a face à lui un vrai grand parti, maître du Parlement, qui va tout faire pour se maintenir au pouvoir. Sa traversée du désert sera certainement mise à profit pour refonder le parti. (Le Figaro-30.08.09.)

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*Le Japon au seuil d’une alternance historique

Yukio Hatoyama salue le représentant du PDJ d'un quartier de Tokyo, avant un meeting, mardi dernier à la gare d'Akabane.
Yukio Hatoyama salue le représentant du PDJ d’un quartier de Tokyo, avant un meeting, mardi dernier à la gare d’Akabane. 

Yukio Hatoyama, promis au poste de premier ministre à l’issue des législatives de dimanche, incarne le basculement à gauche de l’Archipel après plus d’un demi-siècle de domination des conservateurs.

coeur- «Yukio Hatoyama ? La moitié de ses coups de téléphone sont pour appeler sa femme. Il aspire à une vie tranquille.» Cet ancien secrétaire de l’actuel président du Parti démocrate du Japon (PDJ) nourrit peu d’illusions sur le prochain premier ministre de l’archipel. Au diapason des analystes, hommes politiques et diplomates qui le fréquentent, il n’est pas impressionné par la fulgurance ou les convictions de son ancien «patron». Au terme des élections législatives qui auront lieu dimanche, Yukio Hatoyama entrera sans doute dans l’histoire. Il sera le premier homme politique de l’après-guerre à avoir offert à son pays une véritable alternance, en battant le Parti libéral-démocrate (PLD), au pouvoir depuis 1955.

Ses proches assurent pourtant qu’il n’a rien d’un personnage historique. «C’est l’école de la cuillère en argent dans la bouche», résume un lobbyiste. Après Yasuo Fukuda, fils de premier ministre ; Shinzo Abe, fils de ministre et petit-fils de premier ministre ; Taro Aso, petit-fils et beau-fils de deux premiers ministres, le renouveau sera donc incarné par Yukio Hatoyama, petit-fils de premier ministre. Un «sang bleu» qui, du côté de sa belle-famille, les Ishibashi, fondateurs du géant du pneumatique Bridgestone, a hérité d’une fortune colossale. Rien de bien rebelle chez ce fils de très bonne famille, au regard étrange, alternativement surnommé par les médias «l’extraterrestre» et «le Kennedy du Japon»…

Yukio Hatoyama cultive pourtant une certaine originalité. Ses études d’ingénieur par exemple, incongruité dans une classe politique formée d’ordinaire sur les bancs des facultés de droit et d’économie de Tokyo. Autre fait plutôt rare dans sa génération, Yukio a terminé son cursus à Stanford, aux États-Unis, d’où il a ramené un anglais que ses interlocuteurs étrangers qualifient d’excellent. Son parcours politique ensuite : dans un pays où ceux-ci sont d’ordinaire désespérément mornes, le sien ne manque pas de virages depuis son entrée dans la carrière, louvoiement perpétuel entre une majorité qui périclite et une opposition qui se cherche. Tout comme son frère Kunio, qui, lui, après un passage dans l’opposition, est aujourd’hui un des leaders du PLD.

Yukio Hatoyama devient député en 1986, au moment où le PLD, tout-puissant, règne sur un Japon dont l’apparente réussite économique fait trembler le monde. Ce parti s’était transformé en miroir de la société, se confondant avec elle. Mais la machine se détraque. En 1993, sentant le vent tourner, Yukio Hatoyama rejoint une bande de députés sécessionnistes dans l’opposition, encore constituée à l’époque d’une myriade de petits partis. Incapable de s’y épanouir, il rentre dans le rang du PLD.

Sa devise, «amour-amitié»

Mais les forces du changement commencent à prendre forme : en 1994, une réforme du mode de scrutin a été votée, qui vise à accoucher de deux partis, comme en Grande-Bretagne. Les petites formations d’opposition doivent fusionner. La plupart des députés choisissent d’entrer au PDJ, dans le sillage d’Ichiro Ozawa, charismatique député, soleil noir autour duquel gravite, aujourd’hui encore, le PDJ, mais aussi toute la classe politique japonaise.

Quelles sont les convictions de Yukio Hatoyama ? En Europe, il passerait pour un homme de gauche. Sa devise, Yu-ai, ou «amour-amitié», est empruntée au vocabulaire de la franc-maçonnerie, dont son grand-père fut un des plus puissants représentants au Japon. Le programme qu’il défend comporte un important agenda social. On sait qu’il se prononce, en privé seulement, pour la suppression de l’article 9 de la Constitution, qui a fait du Japon une nation pacifiste après-guerre en l’interdisant de maintenir une armée. Il souhaite, en public cette fois, que le Japon adopte une attitude «adulte» face à son héritage militariste. Il ne manque jamais de recevoir les délégations d’anciennes victimes étrangères de l’armée impériale japonaise, venues demander réparation.

Par tempérament, Yukio Hatoyama sera probablement davantage un orchestrateur, laissant ses ministres travailler leurs propres dossiers, plutôt qu’un véritable inspirateur. Ce rôle sera sans doute dévolu à Ichiro Ozawa, l’architecte de la prise du Sénat l’an dernier et, demain, de la victoire à la Chambre basse.(Le Figaro-28.08.09)

******Pour s’attaquer aux inégalités sociales

  Frappées par la chute brutale des exportations - qui constituent l'ADN de l'économie nippone -, les entreprises ont massivement licencié et l'emploi se précarise de plus en plus. Ici, un chômeur erre dans les rues de Tokyo.
Frappées par la chute brutale des exportations – qui constituent l’ADN de l’économie nippone -, les entreprises ont massivement licencié et l’emploi se précarise de plus en plus. Ici, un chômeur erre dans les rues de Tokyo.
 

Le programme électoral de la gauche nippone s’adresse en priorité aux familles et aux plus démunis. Mais la question du financement reste posée.

coeur-Crise oblige, ce sont les questions économiques et sociales qui auront dominé la campagne électorale nippone. Le pays vient tout juste de sortir de sa pire récession depuis la Seconde Guerre mondiale, après une dizaine d’années de croissance molle. Un rebond timide, intervenu entre mai et juin, probablement trop tard pour sauver les conservateurs. D’autant que, malgré la reprise, le pays a resombré dans la déflation. Les prix à la consommation ont encore reculé de 2,2 % en juillet. 

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Enfin, l’annonce à deux jours du scrutin d’un taux de chômage record, à 5,7 %, risque d’anéantir les dernières chances du premier ministre Taro Aso. Frappées par la chute brutale des exportations – qui constituent l’ADN de l’économie nippone -, les entreprises ont massivement licencié et l’emploi se précarise de plus en plus. Le choc est tel qu’il a commencé à bousculer les fondements même de la société. Premières victimes, les jeunes, qui appellent au changement et n’hésitent plus à descendre dans la rue.

Les démocrates ont bien compris le message. Le parti promet d’éradiquer les inégalités sociales. Son programme ciblé sur les plus démunis lui a valu le surnom de «Robin des Bois» : allocations familiales, enseignement gratuit, meilleure prise en charge des chômeurs, limitation des contrats précaires…

**Endettement record

«Nous augmenterons le revenu disponible de chaque foyer et nous éliminerons l’anxiété face au quotidien», promet le PDJ dans son programme. «Notre stratégie, c’est de commencer par améliorer les revenus des ménages, ce qui fera ensuite croître l’économie», a expliqué Yukio Hatoyama, futur premier ministre en cas de victoire. Il n’est pas sûr pour autant que cela suffise à relancer le moteur de la consommation, qui a encore chuté en juillet. D’autant que la dégradation de l’emploi qui va se poursuivre dans les prochains mois risque de peser sur le moral des ménages. Comme l’indique Naoko Ogata, économiste au Japan Research Institute : «Le marché du travail ne cesse de se dégrader, ce qui déprime les consommateurs et conduit à un cercle vicieux de l’économie. La demande intérieure est très faible et la pression déflationniste devrait s’accroître encore.»

Le grand défi pour la future majorité sera de combiner relance et déficit. Car les milliards de yens injectés dans l’économie ont gravement plombé la dette publique. Le Japon détient le record du pays développé le plus endetté, avec une ardoise qui atteint presque deux fois le montant du PIB. Pour financer leurs promesses évaluées à 125 milliards d’euros, les socialistes avancent plusieurs pistes, entre chasse aux gaspillages budgétaires et coupe dans les salaires des fonctionnaires. Il compte aussi sur la vente de participations dans les entreprises et des biens immobiliers de l’État. Si le scénario laisse dubitatifs certains économistes, les Japonais, eux, semblent prêts à y croire.(le Figaro-28.08.09.)

*****Les femmes japonaises ne veulent pas faire des enfants !!

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À l’aube des élections législatives du 30 août, les dirigeants japonais tirent la sonnette d’alarme : la population aura diminué de 20 % en 2050. Malaise économique ou blocages culturels, les femmes en âge de procréer renoncent ou tardent à enfanter. Écrivain et correspondante à Tokyo pour l’AFP, Karyn Poupée décrit un état d’esprit bien éloigné des préjugés occidentaux.

Lefigaro.fr/madame. – Comment expliquer le faible taux de fécondité des femmes japonaises (1,37 enfant par femme en 2008), parmi les plus bas du monde ?
Karyn Poupée. - Les Japonaises font moins d’enfants qu’elles ne le désireraient. Quand on les interroge, dans l’idéal, elles en auraient deux ou trois. Dans la réalité, elles en ont beaucoup moins ou pas du tout. Mais avoir un bébé hors mariage est quasi impensable ici. Or l’âge du mariage recule sans cesse. Les femmes ont beau être en campagne permanente pour trouver un conjoint, elles sont aussi de plus en plus exigeantes. La génération en âge de procréer est née entre les années 70 à 90 et a vécu les pires années de fluctuations économiques, d’où une recherche de sécurité maximale. Cette appréhension bride les couples. Une angoisse qui n’avait pas tant lieu d’être dans les années 50, où les hommes signaient des contrats pour un emploi à vie.

Pourquoi vie active et maternité semblent-elles incompatibles au Japon ?
Les structures de gardes d’enfants n’ont pas été mises en place lorsque les femmes se sont mises à travailler. La conurbation de Tokyo compte 35 millions d’individus, la gestion des crèches et autres structures d’accueil en nombre suffisant semble impossible et les mamans ont des difficultés à confier leur progéniture à des nounous. Elles ne sont pas tranquilles, elles culpabilisent. Mais il faut surtout comprendre que toutes les femmes ne souhaitent pas conjuguer travail et maternité. Elles choisissent souvent de rester à domicile et d’abandonner leur emploi pour se consacrer aux enfants dans leurs premières années. Cette proximité maternelle permanente leur paraît indispensable. Le retour dans l’entreprise est ensuite difficile après deux ou trois ans d’absence. On ne peut pas juger cette société avec un œil occidental : au Japon, la mère au foyer n’a pas une image dégradée, bien au contraire.

**« Un enfant représente une charge pour vingt ans, et cela fait peur »

Une étude de l’université Nihon révèle qu’en 2007, près d’un couple sur quatre n’a eu aucun rapport sexuel durant plusieurs semaines ou mois. La sexualité passe-t-elle désormais après le travail ?
Les rapports sexuels chez les couples mariés sont moins fréquents que dans les autres pays. Les hommes se disent fatigués par leur travail, mais je pense que c’est surtout un problème d’incompréhension entre les sexes et de communication entre époux. Alors que le commerce du sexe est florissant parce qu’il est déconnecté des sentiments, le sujet est parfois tabou dans l’intimité amoureuse. Dans l’esprit d’un Japonais, avoir un rapport sexuel signifie aller jusqu’au bout, avec une grossesse en perspective. Dans ce pays où il y a une réelle appréhension pour tout ce qui est médicamenteux, les moyens de contraception sont beaucoup moins utilisés qu’ailleurs. On préfère donc se priver pour ne pas prendre de risque.

Les candidats aux élections législatives du 30 août ont soulevé le problème de la démographie dans leur campagne. La population est-elle sensible au sujet ?
Le principal parti d’opposition (le Parti démocrate du Japon ou PDJ, NDLR), qui a de fortes chances de gagner ces élections, propose de verser un salaire équivalent à 200 euros par mois aux jeunes mamans pendant deux ans. Mais je crains que ce type de mesure ne change pas grand-chose : un enfant représente une charge pour vingt ans, et cela fait peur.
Le déclin démographique inquiète les autorités et les milieux d’affaires, mais pas forcément les citoyens lambda qui se préparent à vivre dans une société de personnes âgées et en viennent parfois à se réjouir du fait que « moins de monde » signifie aussi « des métros plus vivables aux heures de pointe ». D’ailleurs, la retraite et la santé sont les principaux soucis des électeurs et les politiques bichonnent surtout les plus âgés, parce qu’ils votent plus. On a déjà commencé à aménager les villes, à repenser les commerces et autres lieux en conséquence.(Le Figaro-28.08.09.)

Les Japonais, de Karyn Poupée (éd. Tallandier), 25 €.
Ce livre a remporté le prix franco-japonais Shibusawa-Claudel en 2009.


 







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