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2019 en Algérie

28122011

    *2019, l’année du Hirak

*2019 : Le formidable éveil populaire

Depuis la manif’ historique du 22 février 2019, le mouvement populaire n’a eu de cesse de renouveler son répertoire de mots d’ordre, enrichissant au fil des semaines sa batterie de slogans et faisant preuve à chaque fois d’une formidable créativité.

En passant en revue les principaux slogans qui ont jalonné cette impétueuse année 2019, le premier mot qui nous vient à l’esprit est «Silmiya !» (Pacifique !). A la moindre charge de la police, à la moindre attitude agressive d’un insurgé, on entendait «Silmiya ! Silimiya !» (Pacifique ! Pacifique !) Et c’est devenu la marque de fabrique du mouvement, ce qui explique l’appellation «Silmiya» dont l’a affublé une partie de l’opinion longtemps avant l’apparition du mot «hirak» dans le dico des manifestants.

Fruit d’un élan d’indignation massif contre le système Bouteflika, le mouvement s’est d’abord exprimé contre le 5e mandat de Boutef. Aussi, l’un des tous premiers slogans entendus dans les manifs aura été le truculent «Makache el khamssa ya Bouteflika, djibou el BRI ou zidou essaîqa !» (Pas de 5e mandat, Bouteflika, ramenez la BRI et les forces spéciales).

Il faut dire que ce couplet fracassant résonnait vigoureusement dans les stades avant d’investir la rue. On se souvient du très pertinent «Makache er-Raïs kayen tswira… !» (Il n’y a pas de Président, il y a juste une photo) qui résumait admirablement l’état de déliquescence de la fonction présidentielle qui n’était plus incarnée par la personne physique du Président mais par un cadre photographique trimballé de cérémonie en cérémonie dans une mise en scène ubuesque.

En évoquant les chants des stades qui enflammaient les manifs, la palme revient incontestablement à La Casa d’El Mouradia, un chef-d’œuvre signé Ouled El Bahdja qui est vite devenu l’hymne de l’insurrection populaire : «Saâte el fedjer ou madjani noum/ Rani n’consommi ghir bechouiya… !» (C’est l’aube, je n’ai toujours pas trouvé le sommeil, je consomme par petites doses).

Jusqu’au départ forcé de Abdelaziz Bouteflika, c’est principalement le président et sa bande, la fameuse «i3ssaba», qui subissent le feu de la contestation. A la tête du clan : Saïd Bouteflika. Les manifestants ne le ratent pas. «Hada echaâb la yourid, Bouteflika we Saïd !» (Ce peuple ne veut pas de Bouteflika et Saïd), scandent-ils. On pouvait entendre aussi : «Djoumhouria, machi mamlaka !» (C’est une République, pas une monarchie).

«Yetnahaw ga3 !»

Le 11 mars, sous la pression populaire, Bouteflika, de retour de Genève, annonce par le biais d’une énième lettre lue à la télévision qu’il renonce à briguer un 5e mandat. L’élection du 18 avril est annulée. Première grande victoire pour le mouvement populaire. Le soir de l’annonce, alors qu’une journaliste de la chaîne Sky News Arabia fait un live sur la rue Didouche pour recueillir les impressions des citoyens suite au retrait du Président, elle est interrompue par un jeune homme en colère qui lâche : «Yetnahaw ga3 !» (Qu’ils dégagent tous !).

Le dégagisme a désormais un slogan et un visage. Il faut reconnaître que la formule est d’une redoutable efficacité, un peu à la «Yes we can» qui a fait la fortune d’Obama. Elle est reprise à toutes les sauces : «Echaâb yourid yetnahaw ga3 !» (Le peuple veut qu’ils partent tous) «Hé, viva l’Algérie ! yetnahaw ga3 !» «Mzinou n’har el youm yetnahaw ga3 !» (Quel beau jour aujourd’hui, ils dégagent tous !)… Si Bouteflika ne brigue pas un 5e mandat, il ne démissionne pas pour autant, ce qui inspirera ce refrain caustique «Ma tzidche dqida ya Bouteflika !» (Pas une minute de plus, Bouteflika !)

Le thème de la corruption va rapidement s’imposer également, aux cris de «Klitou lebled ya serraquine !» (Vous avez pillé le pays, bande de voleurs). Autre slogan à succès durant cette première phase du mouvement : «El bled bladna we endirou rayna !» (Ce pays est le nôtre et on y fera ce qui nous plaît).

Après le départ de Boutef le 2 avril, feu Ahmed Gaïd Salah, qui était jusque-là épargné par les manifestants, va devenir progressivement l’une des cibles favorites des frondeurs. Cela commence doucement avec ce slogan plutôt sympa : «Sorry, sorry, Gaïd Salah, echaâb hada machi djayeh, goulna yetnahaw ga3 !» (Désolé Gaïd Salah, ce peuple n’est pas dupe, on a dit ils dégagent tous).

«Pas de chantage, libérez les otages !»

Toutefois, l’interdiction du drapeau amazigh et les campagnes d’arrestation, qui vont s’abattre sur plusieurs manifestants et autres figures du hirak, vont nourrir quantité de slogans hostiles au pouvoir de fait incarné par AGS : «Dawla madania, machi askaria !» (Etat civil, non militaire), «Had echaâb la yourid hokm el askar min djadid !» (Ce peuple ne veut pas d’un nouveau régime militaire), «Les généraux à la poubelle, wel Djazaïr teddi l’istiqlal !» «Y en a marre des généraux !» «El Djeich dialna wel Gaïd khanena !» (C’est notre armée mais Gaïd nous a trahis)…

A partir des arrestations massives du 21 juin, il ne se passera plus un seul vendredi ni un seul mardi où les foules n’exigent la libération des détenus d’opinion en martelant : «Harrirou el moataqaline !» (Libérez les détenus), «Harrirou el massadjine, ma baouche el cocaïne !» (Libérez les détenus, ils n’ont pas vendu de cocaïne), «Makache echantage, libérez les otages !»

A noter aussi la montée des slogans anti-élection dès que la date du 4 juillet a été cochée sur le calendrier pour la tenue de l’élection présidentielle. Le slogan «Makache intikhabate ya el issabate !» (Pas d’élections avec les gangs) fait alors son entrée bien avant le scrutin du 12 décembre. Le 5 juillet, pour le 57e anniversaire de l’indépendance, qui coïncidait avec le 20e vendredi du hirak, un cri cinglant va fuser furieusement : «Echaâb yourid el istiqlal !» (Le peuple veut l’indépendance).

Tebboune, nouvelle cible des manifestants

Autres chants répétés avec ferveur : ceux scandés à la gloire de deux figures de la Révolution : Ali Ammar, dit Ali La Pointe, et le Colonel Amirouche. Dans les deux hymnes, ces mots de détermination : «Makache marche arrière !» Chronologiquement, il y a eu d’abord cette complainte adressée au héros de la Bataille d’Alger : «Ya Ali Ammar, bladi fi danger. Nkemlou fiha la Bataille d’Alger. Makache marche arrière eddoula fourrière. El yed fel yed neddou l’istiqlal !» (Ali Ammar, mon pays est en danger.

Nous allons continuer la Bataille d’Alger. Pas de marche arrière, le gouvernement est à la peine. Main dans la main, on arrachera l’indépendance). Après, il y a eu ce serment ardent : «Ahna ouled Amirouche, marche arrière ma n’ouellouche, djaybine el houria !» (Nous sommes les enfants de Amirouche, pas de marche arrière, on arrachera la liberté).

A l’approche de la rentrée, les manifestants brandissent une nouvelle arme : la désobéissance civile. On entend alors les foules crier : «Rahou djay, rahou djay, el issyane el madani !» (La désobéissance civile arrive).

Et lorsque Abdelkader Bensalah, le chef de l’Etat par intérim, convoque une nouvelle fois le corps électoral en fixant l’élection pour le 12 décembre, le rejet du scrutin va s’exprimer avec énergie pendant trois mois : «Dégage Gaïd Salah, had el âme makache el vote !» (Pas de vote cette année), «Makache intikhabate maâ el issabate !» (Pas de vote avec les gangs), «Dirouna les menottes, makache el vote !» (Mettez-nous les menottes, pas de vote), pouvait-on entendre dans les marches.

Après la disparition du chef d’état-major, Ahmed Gaïd Salah, le 23 décembre, terrassé par une crise cardiaque, c’est le nouveau locataire d’El Mouradia qui est devenu la cible principale des manifestants, comme on a pu l’entendre vendredi dernier : «Dégage Madjid Tebboune, had echaâb machi aggoune !» (Dégage Tebboune, ce peuple n’est pas idiot), «Tebboune m’zewar, djabouh el askar !» (Tebboune est un «président truqué», il a été ramené par les militaires), «Allah Akbar ma votinache, Tebboune dialkoum ma yehekemnache !» (Dieu est grand, on n’a pas voté, votre Tebboune ne nous gouverne pas)…

A retenir enfin ce nouveau slogan entonné en boucle, et où l’on retrouve le mot «silmiya», l’ADN de l’insurrection pacifique : «Enkemlou fiha ghir be silmiya, ou ennehou el askar mel Mouradia !» (On poursuivra notre lutte pacifiquement, et on boutera les militaires du palais d’El Mouradia).    

MUSTAPHA BENFODIL - elwatan- mardi 31 décembre 2019

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Plusieurs événements ont marqué le pays

2019, une année exceptionnellement algérienne

 Les Algériens sortent brusquement du profond coma politique, décident de prendre leur destin en main et dressent un infranchissable barrage contre la folie de la galaxie bouteflikienne. La fatalité paralysante est enfin vaincue en ce vendredi 22 Février. Une journée à inscrire désormais dans le calendrier des fêtes victorieuses.

C’est un retour inespéré dans le cours de l’histoire. Après une longue période d’effacement, l’Algérie revient miraculeusement dans le concert des nations vivantes, retrouve toute sa vitalité et se remet en marche. Alors qu’elle se dirigeait dangereusement vers la confirmation du régime de Bouteflika au pouvoir qui allait briser ses derniers ressorts, l’Algérie a été saisie d’un vent de liberté qui va l’arracher à un destin funeste.

Au moment où toutes les équipes composant le système politique s’affairaient à imposer au peuple et au pays un 5e mandat, leurs séides rameutés pour la cause, un ouragan populaire jaillit des montagnes écrasées par des années d’humiliation. Sans sommation, les Algériens sortent brusquement du profond coma politique, décident de prendre leur destin en main et dressent un infranchissable barrage contre la folie de la galaxie bouteflikienne.

La fatalité paralysante est enfin vaincue en ce vendredi 22 Février. Une journée à inscrire désormais dans le calendrier des fêtes victorieuses. Elle marque la fin d’un interminable cauchemar et inaugure une séquence historique exaltante. Par millions, les Algériens de toutes les catégories sociales et des quatre coins du pays se mettent à croire en leur capacité à changer le cours de l’histoire.

Une libération psychologique qui délivre tout un peuple qui semblait se découvrir en ce vendredi historique. Dans toutes les villes du pays surgissent des cris de liberté et de démocratie. Le pouvoir, les appareils de l’Etat civils et militaires, leurs relais dans la société sont pris de court. Panique générale. Par effet de surprise, le peuple du vendredi a démoli les certitudes aveuglantes des décideurs.

Pour la première fois dans l’histoire nationale, les Algériens prennent l’initiative, agissent et mettent en demeure ceux qui depuis des décennies ont accaparé le pays. Le pouvoir dans ses différentes strates perd le contrôle des événements et la situation lui échappe. Le succès du vendredi 22 Février entraîne tout le pays dans une insurrection citoyenne générale. Les vendredis se suivent et les mobilisations populaires se musclent.

Par leur caractère pacifique, joyeux et enchantant, les marches hebdomadaires deviennent un rendez-vous de luttes, des moments d’émancipation et surtout une occasion renouvelée pour rebâtir la communion nationale. Face à la montée en puissance des vagues citoyennes qui prennent les formes d’une révolution, le pouvoir tente de résister.

C’est trop tard. Les Algériens ne veulent plus rien entendre en dehors de leur voix et rendent inopérantes les multiples manœuvres des partisans du 5e mandat présidentiel. Les menaces répétées du chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah – défenseur acharné de la reconduction de Abdelaziz Bouteflika – n’avaient aucun effet dissuasif sur les mobilisations. Bien au contraire, elles produisent l’effet inverse.

Le rapport de force n’est plus du côté des hommes du système. Mais en faveur des hommes et des femmes qui remplissent les rues d’Algérie, qui ensemble s’emparent du fait politique et agissent en tant qu’acteur central. Au bout d’un troisième vendredi, Abdelaziz Bouteflika renonce au périlleux 5e mandat. La mobilisation du vendredi 8 mars, qui concédait avec la Journée internationale des droits des femmes, lui a été fatale.

Une journée historique qui contraint les hommes du sérail à jeter l’éponge. Première victoire politique engrangée par les Algériens qui marchent vers la liberté. Cependant, le renoncement acté le 10 mars était vite perçu comme un repli tactique. Un coup de Jarnac. Ultime manœuvre des Bouteflika. Vigilants et éveillés, les Algériens ne se sont pas laissé berner. Le soir-même de l’annonce de l’abandon du 5e mandat, des milliers de citoyens déjouent la manœuvre.

Le «Yetnahaw gaâ !» lancé par un jeune manifestant au micro d’une télévision résume à lui seul le rejet massif d’un pouvoir rompu aux méthodes diaboliques. Cette formule magique est devenue le slogan qui rythme les marches populaires et crée des fissurations dans le régime. Le chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah, pilier central de la maison Bouteflika, sentant le vent tourner, quitte le navire et le fait couler.

C’était une scène de la tragédie grecque, le moment où Gaïd Salah à partir du ministère de la Défense nationale, entouré de tous les chefs de forces armées, sommant Bouteflika de remettre sa démission. L’histoire s’accélère et les Algériens avancent à un rythme politique soutenu. Ils font annuler l’élection présidentielle du 18 avril, puis celle du 4 juillet.

Inédit dans les annales politiques. Les hommes du premier cercle tombent, et font la chaîne devant les juges. Une partie est envoyée au cachot. Les deux puissants patrons des Services de renseignement, Tartag et Toufik, arrêtés, jugés et condamnés. Le frère du Président déchu est aussi emprisonné. Les trois sont accusés de comploter contre l’armée.

D’anciens chefs de gouvernement, d’ex-ministres, des hommes d’affaires, d’anciens généraux sont également emprisonnés pour des faits de corruption. Les événements se bousculent pendant que les mobilisations populaires font l’actualité internationale. Et dans cette folle année 2019, le pays tangue. La révolution fait face à une redoutable contre-révolution.

Aux grandes avancées citoyennes, le pouvoir oppose une forte résistance et tente de recoller les morceaux de sa maison et entache la joyeuse insurrection. Il jette en prison des jeunes, des figures du mouvement, des militants politiques et associatifs en les accusant d’atteinte à l’unité nationale… absurdes accusations contre de braves Algériens dont le seul tort était de défendre l’honneur du pays.

Comme s’il fallait gâcher cette fête nationale qui dure depuis dix mois. Mais au-delà des triomphes et des échecs qui ont accompagné la révolution en cours, 2019 aura été une année exceptionnellement algérienne.*HACEN OUALI -  elwatan- mardi 31 décembre 2019

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*2019, l’année du Hirak

Le pays a vécu plus d’événements au cours de l’année qui s’achève qu’en dix ou vingt ans. D’abord, une vaste mobilisation populaire de dix mois, phénomène inédit depuis l’indépendance.

Un soulèvement citoyen et pacifique contre un système autoritaire, dont le régime finissant de Bouteflika en a été l’expression la plus répulsive et qui n’a fait qu’attiser davantage l’opposition de ces millions d’Algériens qui ont investi les rues de toutes les villes du pays depuis le 22 février.

Cet élan populaire, ce hirak, qui, durant dix mois dans le calme et la sérénité, a exprimé haut et fort en exigeant le départ du système politique dévoyé, de ses résidus et dénoncé par la même la corruption qui l’a gangrené et souillé toutes les institutions élues par la fraude et le clientélisme dévastateur.

Jamais, sans doute par le passé, l’aspiration à une Algérie libre et démocratique n’aura été aussi largement partagée dans un degré de conscience élevé tout au long de ces «vendredis et mardis de l’espoir». Et surtout dans une communion fraternelle jamais vue auparavant qui a suscité l’admiration et le respect de par le monde.

La détermination de cette Algérie qui manifeste aura eu raison du régime finissant, dont la déchéance aura été l’une des plus grandes humiliations du système autoritaire, tout comme les deux tentatives de tenir une présidentielle en avril et juillet 2019.

Par contre, rien n’aura réussi à émousser, encore moins affaiblir, le hirak qui aura réussi à traverser les grosses chaleurs de l’été, les vacances et le Ramadhan et à poursuivre sa marche émancipatrice en se réappropriant les symboles de la Guerre de Libération nationale et les figures historiques qui l’ont portée.

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Rien, pas même les provocations et les tentatives de division de la part du pouvoir autour de la question de l’emblème amazigh brandi par les manifestants n’ont réussi à détourner la volonté citoyenne de s’affranchir une fois pour toutes de l’autoritarisme dévastateur.

Encore moins les arrestations arbitraires et l’emprisonnement de manifestants, de cybermilitants ou encore de personnalités historiques, comme le moudjahid Lakhdar Bouregaâ, n’ont ni freiné, ni empêché le hirak de gagner en ampleur et en maturité, de devenir incontournable à travers les revendications et les aspirations populaires qu’il porte.

Depuis le 12 décembre, le pouvoir incarné par un nouveau Président mal élu ne semble pas avoir rompu avec les anciennes pratiques autoritaires, en dépit de l’intention formulée du bout des lèvres de dialogue et d’ouverture. Dans la pratique, les arrestations se multiplient malgré des appels à des mesures d’apaisement, à travers l’élargissement des détenus et la libération de l’expression dans les médias publics.

Plus grave encore, la tentation de la répression du hirak et de toute contestation populaire est de plus en plus évidente à travers l’interdiction par les autorités officielles de plusieurs marches ces dernières semaines dans de nombreuses wilayas. Tout comme la volonté de revenir au monopole de l’information officielle à travers le canal de l’APS qui, même si certains s’obstinent à ne pas y voir une tentation de verrouillage médiatique, ne se situe pas moins aux antipodes de l’exigence d’ouverture, comme signe et volonté d’apaisement du climat social.

Le laxisme, enfin, dont font preuve les autorités à l’égard des actes de violence contre le hirak et les provocations en tout genre, suscite interrogations et inquiétudes sur les véritables ou supposés instigateurs et à qui profitent de tels agissements ? Mais en dépit de cela, il est de plus en plus évident que tout comme l’année qui s’achève, celle qui vient sera celle du hirak.* REDA BEKKAT -   elwatan- mardi 31 décembre 2019

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2020, la fin du système ?

À l’orée de l’an 2020, l’Algérie se trouve dans une situation à première vue paradoxale. Depuis plus dix mois, un mouvement populaire massif, pacifique et déterminé revendique la mise en place d’un système de pouvoir civil et démocratique. Mais, après dix mois d’une mobilisation souvent vilipendée et réprimée, le régime se fait plus que jamais militaire et autoritaire.

L’an 2020 s’ouvre sur un état lamentable des droits des citoyens : l’ampleur de cette régression des libertés se mesure à travers le nombre record de prisonniers politiques et d’opinion, la pratique systématique de la censure de la presse et la répression, par endroits brutale, des manifestations… Le pouvoir s’enfonce dans la fuite en avant répressive qui a commencé dès le début de l’été 2019 et le divorce entre la revendication populaire de rupture systémique, d’un côté, et son intransigeance conservatrice, de l’autre.
Politiquement, le régime fait comme si de rien n’était et se perd dans ses activités restauratrices–élection, nominations…–réservant la sourde oreille aux revendications politiques citoyennes. C’est ainsi, parfois quand la réponse à une demande s’avère insupportable pour le pouvoir en place, il ne lui reste que le choix d’ignorer le problème. Et de dériver dans le déni, faisant mine de croire à des élections qui n’ont engagé qu’une marge de l’électorat national et qui ont connu le boycott absolu dans une importante région du pays.
En face, le mouvement populaire, au lieu de pâtir du déni de réalité et la politique autoritaire et de verrouillage démocratique, se raffermit et s’amplifie. Le peuple manifestant perçoit bien que le refus de prise en compte de sa revendication vient d’un refus de restitution du pouvoir d’orientation politique à un peuple qui a finalement décidé de s’approprier sa légitime souveraineté. Mais le hirak s’est mis en perspective historique, de sorte que l’aspiration démocratique qu’il projette dans ce mouvement ne peut être contrariée par les péripéties de la vie politique à court terme.
La revendication tardera donc dans sa matérialisation institutionnelle mais ira en se renforçant dans sa résolution. 
Ainsi, l’évolution de la situation nationale, depuis le début du mouvement populaire, n’a rien de paradoxal, comme on pourrait le penser. C’est même dans la nature des choses que, dans un mouvement contradictoire–l’un révolutionnaire, l’autre immobiliste, dans notre cas–les caractéristiques de l’un et de l’autre vont en s’exacerbant. L’usage de la répression et l’attitude de déni sont aussi les signes d’une faiblesse politique. 
Puisse l’année 2020 clôturer le bilan désastreux de ce système ! - par Mustapha HAMMOUCHE – Liberté- jeudi 02 janvier 2020

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2020 : des vies et des vœux  !

On se souhaite, pour 2020, que l’Algérie sorte des griffes de la dictature pour se blottir dans les mains duveteuses des enfants de la liberté.

Le Hirak en pointe.

On se souhaite, pour 2020, que nos luttes ne restent pas vaines, et que dans nos veines coule le sang de ceux qui ont donné leur vie pour que vive l’Algérie

On se souhaite, pour 2020, faire descendre d’autres têtes, élaguer d’autres maux qui nous débéquettent, nous faire épurer des miasmes d’un régime qui cherche à se refaire.

On se souhaite, pour 2020, que la modernité fuse comme un candélabre sur les longues luttes d’émancipation qui nous attendent et qu’il va falloir défendre contre les sangsues du régime et autres islamistes pérorant la gloire du système.

On se souhaite, pour 2020, d’aimer plus nos femmes, nos filles, nos sœurs et toutes les femmes, parce que, face à nous, subsistent encore une pluie de marchands d’esclaves et toute l’infamie que représente le code de la famille .

On se souhaite, pour 2020, moins de Généraux repus, et plus d’écoles et d’hôpitaux dans nos quartiers reclus.

On se souhaite la liberté pour nos amis, nos frères et sœurs qui croupissent dans les prisons, parce que le prix de la liberté, pour ce régime rompu aux méthodes fascisantes de Mussolini, n’a de cesse d’endeuiller des familles . Nos pensées à Kamel Eddine Fekhar, celui qui, cette année, a laissé sa vie.

On se souhaite pour 2020 que les puits de pétrole, propriétés privées des États-majors militaires et autres oligarques féodaux, reviennent au peuple, comme cette terre arable qui meure entre leurs mains et qui ne demande qu’à être labourée des mains qui l’ont libéré.

On se souhaite, pour 2020, l’indépendance tant attendue, tant espérée, tant sacrifiée, mais qui tarde à venir, qui est prisonnière des perfides héritiers de Massu, Aussaresses et autres tortionnaires.

On se souhaite, pour 2020, plus d’emblèmes Amazighs sur cette terre ancestralement berbère, éternellement piétinée, souillée par le wahhabisme conquérant et autre de ses sbires ,Naima Salhi.

On se souhaite l’amour. Ce mot tant oublié, tant refoulé, tant meurtri, tant châtié tant enchâssé, tant confisqué, qu’on ne sait plus comment le prononcer. Leurs mains assassines nous ont fait oublier d’aimer.  

On se souhaite, pour 2020, que nos luttes convergent, que nos rêves se décuplent, que nos serments se maintiennent , et qu’aucune khalouta ne nous verse dans les strapontins qui font durer le régime et ses macabres desseins.

On se souhaite, pour 2020, que notre pays soit celui de sa jeunesse, fleurissante par son abnégation à bâtir une société juste, vaillante par son courage à ne laisser de quartiers aux baltaguias du régime et autres serviles , pétillante par son envie mordante de vivre aujourd’hui, et ne rien croire en leurs promesses fallacieuses d’un lendemain enchanteur, un demain belliqueux et fossoyeur.

On se souhaite, pour 2020, de rebâtir, dans chaque quartier, dans chaque rue et sur chaque toit de maison, l’espoir de vivre enfin libre ! Libre, pare qu’on n’a jamais été aussi loin des scellés qui nous retenaient jusque-là prisonniers. Libre, parce qu’on n’a jamais été aussi proche de la vie. ** Auteur:  Mohand Ouabdelkader   

*lematindalgerie- mercredi 01 janvier 2020

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Record du nombre de hauts responsables politiques mis en détention

L’année 2019 est, incontestablement, celle de la lutte contre la corruption. Elle est aussi celle qui a battu les records du nombre de hauts responsables politiques poursuivis et placés en détention. Deux anciens Premiers ministres et une dizaine de ministres sont en prison, alors que trois autres sont sous contrôle judiciaire et le quatrième en fuite à l’étranger.

Jamais la justice algérienne n’a engagé autant de procédures de poursuites contre des hommes d’affaires et de hauts responsables politiques que durant l’année 2019.

Dès la démission forcée du président Bouteflika, à la faveur du mouvement de contestation populaire du 22 février dernier, des interdictions de sortie du territoire national (ISTN) touchant de nombreuses personnalités politiques et économiques ont été notifiées aux responsables des services de la police des frontières pour empêcher d’éventuelles fuites à l’étranger.

Ali Haddad, patron du groupe ETRHB, très proche du frère du Président déchu, est le premier à être arrêté au poste-frontière d’Oum Teboul, à El Tarf, alors qu’il s’apprêtait à quitter le pays pour la Tunisie, avec deux passeports.

C’était au début du mois d’avril. Quelques jours après, les frères Kouninef, du groupe KouGC, sont convoqués à la brigade de recherche de la Gendarmerie nationale à Alger, suivis d’Issad Rebrab, patron du groupe Cevital, avant qu’ils ne soient déférés devant le tribunal de Sidi M’hamed, à Alger. Les enquêtes préliminaires ouvertes par le parquet général près la cour d’Alger sur des faits de corruption, de transfert illicite de devises et de blanchiment d’argent aboutissent à l’inculpation de nombreux hommes d’affaires, alors que les dossiers des hauts responsables sont déférés devant la Cour suprême.

Cette haute juridiction décide de la mise en détention de l’ex-Premier ministre, Ahmed Ouyahia, après l’avoir auditionné pour des faits de corruption, liés à plusieurs dossiers, dont ceux des concessionnaires automobiles, dont Mahieddine Tahkout, patron de Cima Motors, Mourad Oulmi, patron de Sovac, Hacène Arbaoui, patron de Kia Motors Algérie et d’Ahmed Mazouz, propriétaire du groupe qui porte son nom, et Mohamed Bairi, patron du groupe Ival.

Les griefs retenus contre l’ex-Premier ministre vont de l’ «octroi d’indus avantages à autrui», «abus de fonction», «conflit d’intérêts» jusqu’à «corruption lors de passation de marchés publics». Les mêmes chefs d’inculpation sont retenus contre Abdelmalek Sellal, également ex-Premier ministre, qui se voit pour la première fois dans les annales de la justice, poursuivi aussi pour «financement occulte de la campagne électorale du 5e mandat» avorté du Président déchu. Il est placé en détention provisoire.

Cette haute juridiction a, par la suite, entendu de nombreux ministres, Amara Benyounès, du Commerce, Djamel Ould Abbès, de la Solidarité nationale, Saïd Barkat, de la Solidarité également, Youcef Yousfi, de l’Industrie, Mahdjoub Bedda, de l’Industrie, Amar Ghoul, des Travaux publics, Abdelghani Zaalane, des Travaux publics, Mohamed Ghazi, du Travail, et Tayeb Louh, tous placés en détention provisoire. Jamais autant de ministres n’ont été mis en prison dans l’histoire du pays.

Au tribunal de Sidi M’hamed, le magistrat instructeur a ordonné l’incarcération de sept personnes dans le cadre de l’affaire Kia, à commencer par Hacène Arbaoui, ainsi que de nombreux cadres de l’industrie et de l’ex-DG de la BNA, tous jugés et condamnés à des peines allant de 2 ans à 20 ans de prison. Le tribunal auditionne également l’homme d’affaires Mahieddine Tahkout, qui sera placé en détention avec son fils et de nombreux fonctionnaires de l’Industrie.

Dans le cadre de cette affaire, trois ministres sont poursuivis par la Cour suprême, Mahdjoub Bedda, de l’Industrie, Youcef Yousfi, de l’industrie, ainsi que Amar Ghoul, des Travaux publics et des Transports, et placés sous mandat dépôt pour «octroi délibéré d’indus avantages», «abus de fonction», «dilapidation de deniers publics et corruption».

Toujours devant le tribunal de Sidi M’hamed, l’ex-patron de la police, Abdelghani Hamel, comparaît avec ses trois enfants et son épouse, avant qu’il ne soit placé en détention, lui et ses deux enfants, tandis que sa fille et sa femme sont mises sous contrôle judiciaire pour «détournement de foncier» et «enrichissement illicite».

Il est également poursuivi dans le cadre de l’affaire de Mme «Maya», mais pour d’autres affaires à Tipasa et à Oran. Quelques jours après, Ahmed Mazouz, gérant et propriétaire du groupe Mazouz et son partenaire, fils de l’ancien Premier ministre, Sellal Abdelmalek, sont devant le tribunal avec de nombreux cadres du ministère de l’Industrie et le chargé des transactions financières de la campagne électorale.

Ils sont les premiers à être jugés et condamnés à l’issue d’un méga procès qui a défrayé la chronique. Le magistrat instructeur près le même tribunal a, par ailleurs, placé en détention l’ex-directeur général de l’établissement public Sahel et ex-président-directeur général de la Société d’investissements hôteliers (SIH/Spa), Hamid Melzi, ainsi que Mahieddine Tahkout et 19 autres personnes.

De même qu’il procède à l’incarcération des frères Kouninef (Réda, Abdelkader, Karim et Tarek). Puis, c’est au tour du patron du groupe Sovac, Mourad Oulmi, d’être placé en détention avec son frère et 52 autres responsables pour «avoir bénéficié d’indus avantages» et «transféré illicitement des capitaux à l’étranger».

Si le premier dossier lié à Arbaoui, Mazouz et Mohamed Bairi, dans lequel sont impliqués Sellal, Ouyahia, Bedda, Yousfi et Zaalane a été jugé, il reste cependant plusieurs autres affaires encore en instruction et dans lesquelles les mêmes responsables et d’autres sont accusés et certains placés sous contrôle judiciaire, comme l’ex-ministre des Finances, Karim Djoudi, l’ex-ministre des Transports, Amar Tou, et de l’ex-ministre du Tourisme, Abdelkader Benmessaoud.

Il s’agit de l’affaire Sovac, Tahkout, de Haddad, mais aussi de l’ex-wali Abdelkader Zoukh, de Abdelghani Hamel.

C’est dire qu’une longue liste de personnalités publiques est actuellement en instruction, pour la majorité en prison, alors que l’on évoque encore d’autres dossiers non encore ouverts. A tort ou à raison, pour beaucoup, 2019 a été celle de la lutte contre la corruption…

*SALIMA TLEMCANI -  elwatan- mardi 31 décembre 2019

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«Yetnahaw gaâ !»

Ce slogan qui galvanise les foules

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Aujourd’hui les mots «Yetnahaw gaâ !» sont happés au vol par les Algériens. Ils sont inscrits sur des murs et des plaques, des T-shirts et parfois dans les textes plus élaborés. Une notice Wikipédia lui est même consacrée.

Yetnahaw gaâ !» Qui n’a pas entendu dans les marches populaires, en réunion restreinte de famille ou d’amis, sur les plateaux télé, ces deux mots en dardja (arabe algérois) ? Le slogan est apparu au tout début du hirak. Son lanceur : Sofiane Bakir Turki, jeune Algérois de 33 ans, a interrompu le direct d’une correspondante de Sky News Arabia, le soir du 11 mars 2019, où Bouteflika annonça qu’il renonçait à briguer un 5e mandat.

Le buzz provoqué par le slogan lancé en direct sur la chaîne était assuré. Le jeune père de deux enfants et vendeur de son état dans une pizzeria de quartier avait-il calculé son coup ? Aucunement. «J’étais dans mon quartier de la rue Larbi Ben M’hidi avec un ami. On était surpris de voir tous ces gens qui défilaient en voiture. Mon ami m’a dit que c’est sûrement des ‘‘cachiristes’’ qui nous pourrissent la vie.

Nous avons marché jusqu’à la rue Didouche Mourad. Arrivés devant la fac centrale (université Benyoucef Benkhedda), on a remarqué une foule de journalistes, avec parfois juste des téléphones, mais reconnaissables à leurs micro-cravate. Un groupe de personnes s’est rassemblé autour d’une journaliste. J’ai proposé à mon ami de rester et voir ce que disent les gens. J’ai même failli en arriver aux mains avec un citoyen…

La journaliste a commencé à dire que les Algériens se félicitent. C’est à ce moment-là que je suis intervenu pour dire que je ne suis pas d’accord. Le cameraman m’a retenu de la main en disant que c’est un live, mais je n’ai rien voulu savoir. Le slogan est sorti.

Le Bon Dieu a fait que je réagisse de la sorteC’était vraiment spontané», nous raconte Sofiane, indiquant que la journaliste, Yasmine Moussous, qui a rejoint depuis l’incident Russia Today (RT), lui a assuré, lors d’une rencontre ultérieure, qu’elle avait regretté de l’avoir interrogé, de crainte qu’il dise des insanités. Finalement les mots «Yetnahaw gaâ !» sont happés au vol par les Algériens.

Ils sont inscrits sur des murs et des plaques, des T-shirts et parfois dans les textes plus élaborés. Une notice Wikipédia lui est même consacrée. Des supporters de l’EN, lors d’un match de la CAN-2019 au Caire, ont écrit le slogan sur une pancarte. Ils ont été arrêtés et expulsés vers l’Algérie. Des actrices ont brandi le même slogan lors de la 72e édition du Festival de Cannes.

Et même la chanteuse Souad Massi a entonné une chanson intitulée Yetnahaw ga3. Nabni, think tank algérien fondé en avril 2011, a même élaboré une plateforme «Yetnahaw ga3». «Les slogans se succèdent, mais ‘‘Yetnahaw ga3’’ reste l’appel le plus constant du mouvement. Cette revendication est paradoxalement absente, à notre connaissance, des propositions de transition rendues publiques à ce jour.

Et quand elle est évoquée, seules les figures de l’ancien pouvoir sont citées (el îssaba), alors que le changement qu’attendent les citoyens est bien plus profond», soutient Nabni. Sofiane Bakir, jeune jovial au regard malicieux, a quitté le magasin depuis trois semaines pour n’avoir pas été assuré par son employeur.

Il est désormais chômeur. «J’ai des promesses pour un poste stable d’agent», souligne-t-il. Il n’est pas rare de voir le jeune dans les marches. Comment réagit-il à l’écoute du slogan ? «Je suis très fier. Tout est venu grâce à Dieu !» lance-t-il, tout sourire.

* IDDIR NADIR -  elwatan- mardi 31 décembre 2019

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Bouteflika, la fin d’un président qui voulait mourir au pouvoir

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Vêtu d’une gandoura beige, assis sur un fauteuil roulant près d’une table d’appoint aux couleurs bois, le président Bouteflika, interloqué, jette un coup d’œil à sa lettre de démission, soigneusement couverte d’une chemise aux armes de la Présidence, avant de la remettre, d’un geste lent et difficile, au président du Conseil constitutionnel, Tayeb Belaïz. Ce dernier, un peu embarrassé, se lève brusquement pour l’accueillir.

Cette séquence d’une minute et 10 secondes, diffusée par la chaîne de Télévision publique, résume la fin pitoyable, voire même tragique du long règne de celui qu’on a fini par assimiler à un monarque. Cloîtré dans sa résidence médicalisée sur la côte ouest d’Alger, Abdelaziz Bouteflika s’est engagé pour un 5e mandat. Mais, hasard de l’histoire, il n’a finalement pas terminé le quatrième, durant lequel ses apparitions publiques étaient rares.

Ramené en 1999 en «sauveur», ce sémillant ministre des Affaires étrangères durant les années 1970, qui criait haut et fort son refus d’être «un trois quarts de Président», est sorti par le trou de la serrure.

En effet, décrié et dénoncé par des millions d’Algériens qui manifestaient pacifiquement à travers le pays des semaines durant, il a été poussé non seulement à renoncer à sa candidature le 11 mars, mais aussi à démissionner de son poste de président de la République le 2 avril.

L’homme, dont on dit qu’il voulait mourir Président, a donc été contraint de se plier à la volonté d’un mouvement populaire, qui a ébloui le monde entier, et a cédé le pouvoir avant le 28 avril, date de la fin effective de son dernier mandat présidentiel.

Personne n’aurait imaginé que le désormais ex-président de la République finisse de la sorte. La retraite politique de Abdelaziz Bouteflika n’a certainement pas été pas comme il la souhaitait, lui qui a réussi en deux décennies à jeter partout les tentacules de son pouvoir.

Sa démission avait été précédée, faut-il le rappeler, par un ultimatum de l’armée. Dans un communiqué au ton martial, le haut commandement de l’armée avait réclamé, quelques heures avant la démission de Bouteflika devant les caméras de la télévision, la mise en œuvre «immédiate» des dispositions de l’article 102 de la Constitution.

Le haut commandement militaire dénonçait dans son communiqué «l’entêtement, la tergiversation et la sournoiserie de certains individus qui œuvrent à faire perdurer la crise et la rendre plus complexe».

Son 4e mandat a été pénible pour lui et nuisible pour le pays. Abdelaziz Bouteflika ne s’est jamais remis de son AVC de 2013. Lorsqu’il faisait des apparitions publiques, dictées par son très limité agenda présidentiel, les signes de sa maladie apparaissaient clairement sur son visage, dans sa voix et ses gestes. Beaucoup d’observateurs estimaient qu’il n’était pas en mesure de poursuivre son 4e mandat.

Certains politiciens ont même appelé à l’application de l’article 102, anciennement 88. Mais ni Bouteflika, ni son entourage, ni ses alliés ne voulaient entendre parler de l’application des dispositions constitutionnelles concernant le cas d’empêchement pour des raisons de santé.

Pire, il est allé vers un nouveau mandat. Un acte qui a été considéré par les Algériens comme une nouvelle provocation et une honte. Une provocation à laquelle le peuple a répondu en se soulevant le 22 février contre le régime en place et pour le changement démocratique.

*MOKRANE AIT OUARABI - elwatan- mardi 31 décembre 2019

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L’an 2020 n’en sera que plus beau !

La plus belle année de l’Algérie indépendante prend fin. La société a laissé éclore un potentiel révolutionnaire jamais insoupçonné. Et ce, sans que l’on ait eu à la voir se transformer dans sa structure et dans sa culture. 
Dans une société paralysée par des décennies d’école crétinisante, de formatage mental religieux et politique, de terreur, de promotion de la haine et de l’intolérance et de corruption, le peuple, presque unanime, et dans une ambiance de communion, a subitement rompu ses chaînes pour proclamer la fin de sa condition de communauté très largement fragmentée, réprimée, terrorisée et corrompue. Durant plus de dix mois, et dans un pacificisme jamais démenti, pas même localement, le peuple est régulièrement et massivement sorti exiger le droit de se défaire d’un système de pouvoir autoritaire et sectaire qui lui a été historiquement imposé et d’en inventer un autre qui traduirait son aspiration à une gestion souveraine de ses affaires. Ce qui lui a été prescrit par la force des armes, le peuple veut l’abolir par la puissance tranquille de sa seule volonté ! 
Le pouvoir, habitué, du fait de ses capacités manipulatoires, répressives et corruptives, à avoir le dernier mot contre les revendications collectives, a tenté de canaliser le mouvement populaire, cédant sur le circonstanciel pour préserver l’essentiel. Alors, une fois l’effet de surprise passé et des concessions symboliques lâchées, retour aux fondamentaux : il bat le rappel des forces conservatrices, manœuvre, censure, intimide, réprime… 
Tout cela marqué par les abus, les maladresses, les hésitations et les contradictions d’un pouvoir qui a toujours préféré la corruption des élites sociales et politiques à la gestion politique des mouvements sociaux. Ainsi, le régime a fini par considérer la revendication populaire de rupture avec le système comme irrecevable, poursuivant alors la mise en œuvre de son option conservatrice qu’il croit avoir imposée par sa stratégie de passage en force et en particulier par la tenue de l’élection présidentielle empêchée en avril puis en juillet derniers. Dans des conditions qui furent loin d’être celles qui, normalement, consacrent la validité d’un scrutin démocratique. 
Après bientôt une année, la finalité politique du soulèvement pacifique est donc toujours au stade d’objectif. Le mouvement populaire, qui a déjà éprouvé les pires difficultés sans perdre ni de sa mobilisation, ni de sa vitalité  physique et intellectuelle, ni de sa discipline pacifiste, est condamné à l’endurance si, comme il apparaît, la volonté populaire d’émancipation démocratique ne l’a pas quitté.
Alors, 2020 a des chances de ressembler à 2019, dans un continuum révolutionnaire que rien ne vient, pour l’heure, démentir. La voie choisie par le peuple est longue et belle : on y paie de temps de résistance ce qu’on veut préserver de paix et d’unité. Le monde s’en souviendra et, peut-être un jour, s’en inspirera. 2019 fut une bonne année. Que 2020 soit meilleure !

*par Mustapha HAMMOUCHE – Liberté- mardi 31 décembre 2019

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*année 2011 en Algérie

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*Autoroute Est-Ouest longue de 1.216 km

 un mégaprojet aux dimensions maghrébines et africaines, quasi parachevé en 2011

L’achèvement en 2011 de l’autoroute Est-Ouest, dont le premier ’’coup de pioche’’ a été donné au milieu des années 1980, représente pour les pionniers de ce mégaprojet, le début d’une nouvelle épopée : celles des grandes liaisons autoroutières maghrébines, et africaines.

Relancée en 2007, ce projet d’autoroute, réalisée à plus de 96% et dont l’idée est née il y a plus de 40 ans, n’a été mis en chantier qu’après la résolution du problème de financement, qui se posait avec acuité entre 1980 et 1990, une période de grandes difficultés économiques en Algérie.

Mais, cela n’a pas empêché l’entame, dès la fin des années 1980, de quelques tronçons notamment les évitements d’Alger, de Blida, de Bouira et de Constantine (400 km environ), parallèlement à l’exécution des études techniques de toute l’infrastructure (1.216 km) qui ont été achevées en 1994. C’est suite à une décision du Président de la République M. Abdelaziz Bouteflika en 2005, que l’autoroute Est-Ouest a été effectivement relancée et déclarée projet structurant à la dimension nationale, et partie intégrante de l’autoroute Transmaghrebine (7.000 km) et de la Transsaharienne Alger-Lagos (9.000 km).

Elle a été conçue pour promouvoir les échanges économiques, et faciliter les déplacements des personnes et des marchandises sur l’axe de l’autoroute qui s’étend d’El-Tarf à Tlemcen tout en desservant une vingtaine de wilayas les plus touchées par le problème de congestionement du trafic routier. A la suite de la levée des contraintes techniques dans les régions au relief difficile, notamment à l’Est, que la cadence d’exécution de ce projet aux imension maghrébines (1.720 km) a été particulièrement accélérée en 2011.

Côté équipements, les tronçons routiers ouverts à la circulation de Tlemcen à Constantine (1.000 km) ne sont pas encore dotés de toutes les commodités de servitude prévues, notamment des aires de repos et des stations services. Sur les 42 stations-services prévues, une seule a été ouverte récemment dans la wilaya de Relizane. Et si ce projet a été confié aux groupements chinois Citic-Crcc et japonais Cojaal pour un coût de 11 milliards de dollars, l’apport des entreprises nationales publiques et privées, a été non négligeable. En effet, une bonne partie des travaux de revêtement de la chaussée et la réalisation des ouvrages d’art a été lÆ£uvre, entre autres, de l’Entreprise nationale des grands ouvrages d’art (Engoa) et de la Société algérienne des ponts et travaux d’art (Sapta).

Les ingénieurs, personnels de maîtrise et ouvriers de ces entreprises, déjà rompus aux techniques de réalisations de mégastructures routières, ont amélioré au cours de la réalisation de cette autoroute leur expérience dans les toutes dernières techniques de réalisation d’ouvrages d’art, dont des ponts et des viaducs aux allures futuristes.

Des hommes et des routes

« L’autoroute Est-Ouest a permis la formation d’un capital de techniciens, de cadres et d’experts en travaux publics évalué à 5.000 ingénieurs », avait affirmé le ministre des Travaux publics M. Amar Ghoul au cours de l’une de ses visites à ce mégachantier national. « Ces ressources humaines sont appelées à contribuer à la concrétisation des projets inscrits dans le plan directeur du secteur des travaux publics notamment la rocade des Hauts-Plateaux (1.300 km) » a-t-il insisté. L’achèvement total de l’autoroute Est-Ouest, prévu au début de l’année 2012, devra ainsi ouvrir la voie au lancement de plusieurs grands projets routiers qui doivent densifier le réseau routier national à travers de nombreuses wilayas des hauts plateaux et du sud du pays. Il s’agit, outre la rocade des hauts plateaux qui devra desservir plusieurs wilayas, de la 3eme rocade d’Alger (Tipasa-Bordj Menaiel) sur 125 km, et le dédoublement de trois routes nationales Nord-Sud, dont la RN-1 Alger- El-Menea (870 km), l’un des axes principaux de la Transsaharienne dont le tracé en Algérie est estimé à 3.000 km. (Echorouk-28.12.2011.)

**les investissements ont triplé en 2011

Pour un montant de 1.300 milliards de dinars, les investissements en Algérie ont été trois fois plus importantes durant les onze mois de l’année 2011, en comparaison à la même période de l’année 2010.Le nombre de projets initiés est de 7.047 avec la création de 140.770 nouveaux emplois. Le nombre d’emplois enregistrés a été deux fois plus élevé que celui de l’année 2010. C’est ce qu’a indiqué jeudi à l’APS Abdelkrim Mansouri, directeur général de l’Agence nationale de développement de l’investissement (ANDI) Le bilan non encore finalisé de l’ANDI rapporte que 99.71% des investissements sont initiés par des investisseurs nationaux avec une valeur de 850.6 milliards de dinars. Les investisseurs étrangers, sont présents en Algérie avec un pourcentage 33 % d’une valeur de 423 milliards de dinars. Les investissements étrangers en 2010 ont enregistré 6 projets, cette année le nombre de projets a quadruplé, soit 24 projets déclarés, selon l’ANDI. L’ANDI par le biais de son responsable considère que cet accroissement des investissements est le fruit de la stabilité de la législation durant l’année 2011. (APS-29.12.2011.)

**Année 2011, Tlemcen capitale de la culture islamique

La capitale des Zianides, Tlemcen, consacrée tout le long de 2011, « Capitale de la culture islamique » aura vécu une année intense et chargée d’activités scientifiques, artistiques et culturelles de haute facture présentées par des troupes nationales et internationales.

Cet événement, inauguré en grande pompe, a rendu à Tlemcen son lustre d’antan. Il a contribué de manière significative, par le biais des films documentaires, des colloques, des semaines culturelles nationales ou étrangères, du théâtre, des expositions, à dépoussiérer une grande partie du patrimoine immatériel et matériel que recèle la « Perle du Maghreb ». Les films produits et présentés par leurs réalisateurs dans ce cadre -plus d’une trentaine-, constituent un fond cinématographique de grande importance puisqu’il met en valeur des hommes et des femmes et d’autres figures illustres qui ont marqué l’histoire de Tlemcen et de sa région dans divers domaines. Le 4ème art s’est, quant à lui, penché sur l’histoire et les hommes qui ont fait l’histoire de la cité en présentant des spectacles abordant Sidi Haloui, Sidi Boumediène et autres faits historiques mettant en exergue un patrimoine et une histoire inégalable aussi riche que variée. Au total, ce sont 17 pièces théâtrales sur les 19 programmées qui ont été présentées à un public avide de connaître et de s’approprier son histoire.

Des programmes multiples et variés

Les grandes expositions sur l’art musulman, le patrimoine immatériel oral en terre d’Islam et autres ont attiré de manière spectaculaire le public vers les différents musées de Tlemcen, nouvellement crées à l’instar du musée d’art et d’histoire, situé en plein c£ur de la ville. Une dynamique qui s’est développée au fil de l’année grâce à la qualité des expositions qui ont permis au public de s’imprégner d’autres cultures de pays musulmans comme c’est le cas avec les Semaines culturelles internationales qui ont vu défiler un nombre important de pays musulmans ou amis de l’Algérie. Les derviches tourneurs turcs, l’Opéra italien, le Samaa soufi iranien, l’andalou marocain, le malouf tunisien, la danse soufie indienne, le folklore koweitien et émirati, l’habit camerounais, le chant religieux musulman américain représentée par la troupe « Native Deen », l’art traditionnel indonésien, la calligraphie arabe de manière générale ont été autant de thèmes qui ont subjugué le public présent à chaque fois en grand nombre. L’activité scientifique n’est pas en reste dans ce grand événement qui a marqué l’année 2011, puisque dix colloques internationaux sur les douze programmés à cette occasion ont été tenus avec une participation record d’éminents historiens, chercheurs et universitaires venus des quatre coins du monde. Ces colloques ont permis de mettre la lumière sur les grands savants, écrivains et grands hommes de l’histoire ancienne et contemporaine de Tlemcenà l’instar de Sidi Daoudi, premier savant dans le monde musulman au 10ème siècle à commenter « Sahih el Boukhari », ou Messali Hadj, l’un des père du nationalisme algérien, ou Mohamed Dib ou encore Sidi Abou Médien El Ghouth, le saint patron de la ville de Tlemcen et le soufi universel qui a instauré les fondements du soufisme au Maghreb et dans plusieurs pays islamiques.

Une année riche en sonorités et couleurs

Tlemcen 2011 a été aussi riche en couleurs avec la participation de toutes les wilayas d’Algérie qui ont mis en valeur un patrimoine séculaire, montrant combien la culture nationale est riche et variée. D’autres festivals comme ceux de la musique andalouse et les musiques anciennes, de danses populaires, de gnaoui et diwan, d’el inchad ont imprimé une ambiance exceptionnelle que les tlemcéniens ne sont pas prêts d’oublier de sitôt. Cette manifestation culturelle d’envergure internationale, parrainée par le président de la République, M.Abdelaziz Bouteflika, et organisée par le ministère de la Culture, a également permis de renforcer les structures culturelles de la cité des Zianides. Le nouveau palais de la culture d’Imama, le théâtre de verdures et les halls d’exposition de koudia, le musée d’art et d’histoire de Tlemcen, le palais royal d’El Mechouar, la salle de cinéma « Le colisée » et le centre d’études andalouses figurent parmi les plus importants acquis de Tlemcen et qui vont certainement lui permettre de devenir, dans un futur proche, un pôle de rayonnement culturel national par excellence. A cela, s’ajoutent les multiples opérations de restauration ayant touché l’ensemble des sites et monuments historiques qui ont attiré tout au long de cette année, de nombreux touristes notamment nationaux. Tlemcen est appelée donc également à devenir un véritable pôle de développement du tourisme culturel, créateur de richesses et d’emplois. La wilaya de Tlemcen qui a vécu une année durant sous le signe de la culture, compte capitaliser désormais cette expérience et en faire d’elle un levier pour réinstaurer les traditions culturelles sur des bases solides et pérennes. (APS-28.12.2011.)

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*L’émeute pour se faire entendre des autorités

Dans plusieurs wilayas du pays, les populations bloquent les routes ou ferment les sièges des communes pour réclamer une prise en charge de leurs problèmes quotidiens.

La wilaya de Tizi Ouzou n’a pas été épargnée par le mouvement de protestation que connaissent plusieurs villes du pays ces derniers temps. Ainsi, à Draâ El-Mizan, les habitants de la cité Maâmar ont exprimé, avant-hier, leur colère pour exiger des autorités locales l’amélioration de leurs conditions de vie. Pour se faire entendre, ils sont descendus dans la rue en bloquant la RN25 qui traverse leur cité. Les contestataires soulèvent aussi l’alimentation en eau potable et le raccordement au gaz naturel. De leur côté, les habitants du village d’Azifour, distant d’environ trois kilomètres du chef-lieu de la commune d’Aïn Zaouïa, ont exprimé, avant-hier, leur colère en fermant la mairie. Ces citoyens revendiquent l’amélioration de leur cadre de vie. Ils réclament aussi l’achèvement de l’extension du projet de gaz naturel lancé en 2008. Ces villageois soulèvent aussi le problème du bitumage de la route qui mène vers leur localité, en état de dégradation. Les habitants de Bouhamou, ceux de Laâziv n’Cheikh et des quartiers du chef-lieu ainsi que bien d’autres ont montré leur colère devant les retards accusés dans la réalisation des opérations lancées à leur profit ou devant le manque de toutes les commodités. À Boghni, ce sont les transporteurs de voyageurs qui reviennent à la charge. Après un sit-in devant la Direction des transports pour dénoncer leur refus d’intégrer la nouvelle gare routière, dans l’après-midi d’avant-hier, ils ont fermé le siège de la daïra. Les contestataires veulent signifier aux autorités locales leur refus de la décision de délocaliser l’ancienne gare routière et la mise en service de la gare multimodale de Bouhinoun. À Amizour, dans la wilaya de Béjaïa, le siège de l’APC a été fermé, hier, par les citoyens des quatre villages, El-Hama, Aregrag, Boumraou et Aoucha, de la région. Les manifestants exigent la répartition équitable des PCD afin de bénéficier d’un revêtement des routes de leur village, d’une salle de soins, d’une alimentation en eau potable et du gaz de ville. Pour la ville de Tichy, les habitants de la cité Tassift ont fini par libérer la RN9 à la circulation après l’avoir fermée, hier, de 8h à 9h. Ils ont libéré la route une fois que le maire leur a annoncé que le projet de revêtement des artères de leur cité qu’ils réclament a été confié à une entreprise de réalisation. Dans la wilaya de M’sila, les habitants des quartiers Kerrouh et Chebilia ont bloqué la RN6 la semaine dernière. Des dizaines de résidants de la cité Mezrir, qui se situe à la sortie sud-est de M’sila, ont procédé, hier matin, à l’interruption de la circulation au niveau de l’important axe routier de la RN40 qui relie M’sila à Ouled-Derradj. Les difficultés de la malvie, et surtout des négligences et l’absence d’assainissement, d’eau potable et du gaz naturel sont les raisons de la protestation. Par ailleurs et suite au blocage, lundi, de la RN79 reliant Mila à Ferdjioua via Rejas, et devant l’intransigeance des habitants du douar Chebchoub, qui revendiquent l’approvisionnement régulier de leur localité en gaz butane, une force antiémeute de la Gendarmerie nationale de l’escadron de Bouhatem est intervenue, lundi vers 17h, pour débloquer la route et rétablir le trafic automobile sur cet axe névralgique. Trois gendarmes ont été blessés et trois protestataires arrêtés. (Liberté-28.12.2011.)

**Les faits dominants de 2011 : Protestation, commerce informel, harga

La satisfaction de besoins sociaux a été à chaque fois entachée d’iniquité, ce qui a poussé la population à sortir dans la rue pour exprimer violemment son courroux.

La protestation sociale a été un des faits qui ont marqué l’année 2011. L’accès au logement et à l’emploi en sont à l’origine. C’est surtout le logement qui a provoqué le plus la colère et généré la contestation, souvent violente, des citoyens se disant lésés et exclus du bénéfice d’un toit décent. Le gros des manifestations s’est déroulé dans les communes de Annaba, El Bouni et El Hadjar, l’axe où sont concentrés l’essentiel de la population de la wilaya et des habitations précaires. Réagissent à ces actions de protestation qui ont pour cadre les sièges de la wilaya et des daïras, constamment cernés par des dispositifs de sécurité, le premier responsable de la wilaya accuse directement des manipulateurs parmi ceux ne réunissant pas les critères pour bénéficier d’un logement public locatif (LPL).

La distribution des logements ayant eu lieu dans la transparence, selon lui, il appelle les demandeurs de logements à être patient et faire confiance aux décideurs locaux car «les tricheurs et les faux sinistrés ne peuvent plus sévir du fait que les personnes sur lesquelles ils comptaient pour accéder au logement, ont été neutralisés», a-t-il rassuré en affirmant que les ailes des trafiquants de logements ont été cassées sans donner d’autres détails. 30 000 logements, tous segments confondus, sont en cours de réalisation dans différents sites de la wilaya, qui a bénéficié, dans le cadre du programme quinquennal 2010-2014, de 40 000 logements. «J’invite les demandeurs de logements à visiter ces sites», a déclaré le wali comme pour les sécuriser.

L’autre problème qui a engendré également des actions de protestation, est le manque de l’emploi. Les jeunes qui sont les plus touchés par le fléau du chômage, se regroupaient généralement devant le siège de la wilaya pour exprimer leur mécontentement quant à l’absence de débouchés en matière d’insertion professionnelle. Fort heureusement, la dynamisation des dispositifs de soutien de l’Etat à l’emploi (ANSEJ, ANGEM et CNAC) a quelque peu allégé et réduit la tension qui poussait jusqu’à la fermeture de routes et autres accès.

D’autres manifestations relatives à des revendications dues à l’amélioration du cadre de vie ont eu lieu dans certaines cités et localités rurales telle Koudiat Merah, dans la commune de Aïn Berda, laissée en marge du développement à en croire ses habitants, qui ont bloqué plus d’une fois RN21. La Harga vers la rive nord de la méditerranée a été aussi un fait qui n’est pas passé inaperçu en 2011, d’autant plus qu’on comptait parmi les candidats à l’immigration clandestine des femmes avec des bébés. En outre, la ville de Annaba qui n’a pas encore reconquis son titre de coquette, continue de vivre dans l’insalubrité à cause de multiples problèmes liés aux retards dans l’exécution du programme d’amélioration urbaine et à la prolifération inquiétante du commerce informel. (El Watan-29.12.2011.)

** L’Algérie de 2011 n’a pas changé sur le plan politique.

Mohamed Hennad : «Le pouvoir est crispé, ne sachant quoi faire pour dépasser l’impasse politique»

Aucun changement. L’Algérie de 2011 n’a pas changé sur le plan politique. Bien au contraire, elle a encore régressé. C’est ce que pense le politologue Mohamed Hennad qui revient ici sur les «réformes politiques» initiées par le président Bouteflika. Ces réformes venues d’en haut, estime-t-il, ne visent en réalité qu’à maintenir le statu quo.

-L’année 2011 tire à sa fin. Elle a été très remarquable pour le Monde arabe, où plusieurs pays ont connu des changements politiques profonds ; des régimes sont tombés et des processus démocratiques ont été enclenchés. L’Algérie a connu, elle aussi, des mouvements de protestation qui ont contraint le pouvoir à annoncer «des réformes politiques». Quel bilan, faites-vous, de la situation politique en Algérie durant cette année charnière ?

A vrai dire, je ne veux pas être parmi ceux qui veulent faire tendance et s’ingénient à ponctuer le temps pour le simple plaisir de le ponctuer. Il est, quand même, triste de voir les années défiler dans notre pays sans que les choses y changent sinon pour le pire. Bien plus, notre pays ne cesse de régresser dans des domaines vitaux, notamment en matière de sécurité publique et environnementale et de transparence dans la gestion des affaires publiques ; ce qui porte un sacré coup au moral de la nation que certaines chancelleries n’ont pas hésité à qualifier de «malheureuse». Je vais, peut-être, vous étonner si je vous disais, aussi, que le sens de la pudeur est en perte de vitesse dans notre pays, sachant que ce sens est le ciment même de toute vie communautaire. Vous dites «année charnière», les années algériennes n’ont jamais cessé d’être «charnières».

Sincèrement, je ne peux utiliser cette expression pour qualifier la situation dans notre pays. Pour ce qui est des réformes, je dirais, tout simplement que l’enjeu fondamental semble moins lié aux réformes – inévitables par ailleurs – qu’au souci de ne pas perdre les élections prochaines – la campagne électorale ayant déjà commencé, notamment au sein du FLN ! Car ce pouvoir fera tout pour ne pas permettre l’alternance en perdant les élections.

C’est le propre d’un pouvoir conquérant ! Cependant, ce dernier sait que les élections prochaines seront beaucoup plus difficiles à manipuler que celles qui ont eu lieu à ce jour, et ce notamment pour les raisons suivantes : les bouleversements que vit la région, avec quatre «révolutions» ayant déjà réussi à faire «dégager» les anciens dirigeants. Aussi, le problème qui se pose, aujourd’hui, au pouvoir algérien réside dans le fait que trois pays aussi nord-africains et arabes que le sien (Tunisie, Maroc, et Egypte) ont situé une barre démocratique déjà trop haute pour lui à atteindre, puisque lesdits pays ont connu des élections qui vont, malgré tout, conduire au changement de la pratique politique et au renouvellement de l’élite dirigeante qui a dominé la scène politique dans leurs pays jusqu’à présent.

Les frustrations nées de l’échec répété depuis l’ouverture du champ politique en 1989, doublé d’une demande, nationale et internationale, incessante pour une alternance et une meilleure gouvernance du pays. Il faut savoir aussi que les pays occidentaux nous surveillent de très près, notamment à travers leurs chancelleries. Tout le monde le sait. La fragilité grandissante de l’Alliance présidentielle (majorité écrasante au «Parlement», conçue pour freiner le pluralisme) à cause de son caractère plutôt disparate. Les divergences au sein de cette alliance pourraient engendrer une concurrence assez rude entre ses trois composantes lors des prochaines élections. C’est ce qui pourrait expliquer les agitations du leader du MSP depuis quelque temps, encouragé par la victoire des islamistes aux élections qui ont eu lieu en Tunisie, au Maroc et en Egypte. Il faut aussi ajouter au tableau la maladie du président A. Bouteflika et le blocage auquel elle a conduit. En cas d’ un empêchement quelconque d’ici là, le pouvoir se trouvera devant une situation difficile à gérer, d’autant plus qu’actuellement aucune figure ne semble émerger du lot pour assurer une succession en douce.

-Les textes législatifs élaborés dans le cadre «des réformes politiques», promises par le président Bouteflika, ont largement été critiqués même par des parties au sein du pouvoir. Pensez-vous que la démarche adoptée jusque-là est en mesure de mettre le pays sur la voie de la démocratie ?

Comme je viens de le dire, le vrai enjeu est ailleurs. A ce titre, les critiques qui peuvent s’exprimer çà et là importent peu finalement, tant que ce qui doit attirer notre attention est moins le contenu de ces réformes que la démarche adoptée dans leur élaboration et adoption. Tout d’abord, lesdites réformes sont le «fait du prince», c’est-à-dire octroyées au lieu d’être le fruit d’un débat national et/ou d’une négociation entre les différentes forces politiques du pays. Elles ont été le résultat de simples «consultations» initiées et conduites par le pouvoir en place. De ce fait, l’application de ces réformes restera, en toute logique, tributaire de la volonté de celui qui les aura décidées. Ensuite, elles sont fondées sur des considérations sécuritaires d’abord, puisque c’est le ministère de l’Intérieur – notre cheval de Troie – qui en est l’élaborateur et l’exécutant ! Enfin, elles n’ont pas été accompagnées de mesures à même d’instaurer la confiance qui fait lamentablement défaut chez nous.

Parmi ces mesures, l’on peut citer, par exemple : le refus d’annuler l’article 93 du projet de loi électorale obligeant – pour des raisons évidentes – les ministres désirant se porter candidats aux prochaines élections législatives de démissionner, trois mois avant l’échéance électorale ; le remplacement du gouvernement actuel du moment que celui-ci est basé sur des considérations partisanes et de quotas par un gouvernement intérimaire sans enjeu électoral pour ses membres. Il aurait même été judicieux de dissoudre la législature actuelle d’autant plus qu’elle est devenue la risée de tout le monde, y compris des députés eux-mêmes.

-Dans sa dernière intervention, le président Bouteflika paraît satisfait de sa démarche et promet d’organiser «des élections législatives pluralistes et transparentes». Quels sont les enjeux de ces élections pour le pouvoir et pour la classe politique nationale ?

M. le Président, comme tous les présidents du monde, a le droit d’être satisfait de tout ce qu’il fait. Toutefois, lorsqu’il insiste que les prochaines élections législatives seront sans précédent en matière de transparence, cela veut dire, a contrario, que les élections qu’a connues l’Algérie jusqu’à présent ont été toutes frauduleuses, y compris ses propres élections, bien entendu. Il faut donc commencer par reconnaître, sans détour, ce fait avant de promettre quoi que ce soit ! En même temps, rien ne garantit que cette promesse sera tenue cette foi-ci, d’autant plus qu’il s’agit d’une promesse qu’on ne cesse de répéter à la veille de chaque échéance électorale. Car une fois les résultats de ces élections seront connus, on ne pourra rien contre ; ce sera un fait accompli, comme toujours !

Quant aux enjeux de ces élections pour le pouvoir en place, je pense qu’ils sont clairs. Comment faire pour demeurer au pouvoir sans perdre la face devant les opinions publiques nationale et internationale, vu tout ce qui se passe, depuis plus d’une année, chez nous, autour de nous et ailleurs. Il s’agit là d’une équation qui sera très difficile pour le pouvoir à résoudre. Ceci côté pouvoir. Côté «classe politique», il faut distinguer, grosso modo, deux classes : une plus ou moins parasitaire qui voudrait voir les choses rester, tant bien que mal, en l’état dans notre pays et l’autre plus ou moins de défi qui voudrait le contraire, mais qui, primo, peine à s’entendre sur un dénominateur commun, notamment comment préparer le terrain pour une compétition politique saine avant de parler de cette compétition en elle-même ; secundo elle ne donne pas l’impression d’avoir bien appris la leçon, notamment avec le régime en place . Par conséquent, l’enjeu sera différent selon qu’il s’agisse d’une ou de l’autre classe.

-Le système algérien est-il prêt à faire sa mue ?

Franchement, non ! Il est quand même triste de constater que la «tragédie nationale» n’a servi à rien jusqu’à présent. Bien plus, elle continue sous une forme ou une autre ! Force est de constater que le pouvoir en place ne veut pas faire sa mue, mais il faut, aussi, se rendre à l’évidence qu’il est foncièrement incapable de faire cette mue sans qu’il y soit contraint d’une manière ou d’une autre. Je dirais même qu’il est crispé, ne sachant quoi faire pour dépasser l’impasse politique que le pays vit depuis une bonne vingtaine d’années. Car, il doit penser que toute initiative crédible de changement dans les mœurs politiques et dans l’élite régnante serait, inévitablement, fatale pour lui. Bien plus, il est à parier que ses dignitaires craignent des poursuites sérieuses si jamais leur système tombe. (El Watan-29.12.2011.)

**Réformes politiques, niveau de vie, libertés, SNMG, allègement du credoc, boom des importations…

2011, L’année des désillusions

Tripartite, augmentation du SNMG, allégement du credoc, révision de la loi sur les hydrocarbures, lancement des activités de l’assureur français AXA, explosion de la facture des importations, etc.

Retour en arrière sur quelques faits marquants de l’actualité économique algérienne. Après une période de tensions, le gouvernement et le patronat privé ont renoué en mai dernier le fil du dialogue. Signe du dégel : l’allègement du crédit documentaire (credoc), fortement contesté par les chefs d’entreprise. Les entreprises sont autorisées à utiliser la remise documentaire, voire même utiliser le transfert libre à hauteur de 4 milliards de dinars (contre 2 anciennement) pour leurs importations de biens d’équipement, de matières premières et d’intrants non destinés à la revente en l’état.

En 2009, les autorités avaient instauré le credoc comme unique moyen de paiement des opérations de commerce extérieur dans l’espoir de mettre un frein aux importations massives. En vain. L’autre fait marquant : l’augmentation du Salaire national minimum garanti (SNMG). Lors de la 14e tripartite consacrée aux questions sociales, le gouvernement a concédé une majoration de 20% du SNMG fin septembre, faisant passer celui-ci de 15 000 à 18 000 DA à partir de janvier 2012.

Une concession qui ne satisfait pas pour autant les syndicats autonomes. Cette augmentation coûtera 75 milliards de dinars au budget de l’Etat. Dans le secteur de l’énergie, le gouvernement entend réviser la loi sur les hydrocarbures pour encourager l’investissement étranger dans l’exploration. Alger compte aussi garder le contrôle sur son pétrole et son gaz. L’Algérie a durci à partir de 2009 les conditions d’investissements étrangers.

Cette mesure interdit à tout investisseur étranger de détenir plus de 49% du capital d’une société de production tout en répartissant les 51% restants entre plusieurs partenaires algériens, de sorte que ces derniers restent majoritaires. Par ailleurs, Noredine Cherouati a été limogé de son poste de PDG de la compagnie nationale Sonatrach, dont l’image de marque est ternie par une série de scandales financiers. Il a été remplacé par un autre haut cadre de l’entreprise, Abdelhamid Zerguine, ancien responsable de la filiale de la société nationale des hydrocarbures à Lugano (Suisse).

Toujours au sein de Sonatrach, l’ex-PDG du groupe, Mohamed Meziane, a vu sa peine confirmée début décembre par la justice à deux ans de prison dont un ferme pour malversations et à une amende. Abdelhafid Feghouli, qui occupait la vice-présidence du groupe, a été condamné en appel à la même peine, soit un an de prison dont huit mois avec sursis et 200 000 DA d’amende.
Côté entreprises, et après avoir conclu en mai 2011 un partenariat avec la BEA et le FNI, l’assureur AXA annonçait, mardi 20 décembre 2011, le lancement officiel de ses activités sur le marché algérien par le biais de ses deux sociétés, AXA assurances Algérie dommage et AXA assurances Algérie en partenariat avec la Banque extérieure d’Algérie et le Fonds national des investissements. AXA espère ouvrir une trentaine d’agences et une quinzaine d’espaces d’ici 2012 et créer de 300 à 400 postes d’emploi en 2012.

Pour clore cette liste, notons l’explosion de la facture des importations que ni l’annulation du crédit à la consommation ni l’établissement du crédit documentaire n’ont pu juguler. Cette année encore, la facture devrait franchir un nouveau cap avec plus de 43 milliards de dollars. Les onze premiers mois de 2011 enregistrent déjà 42,63 milliards de dollars contre 36,49 au cours de la même période en 2010, soit une hausse de 16,83%, selon des chiffres provisoires du Centre national de l’informatique et des statistiques des Douanes (CNIS). (El Watan-29.12.2011.)

  «Le régime refuse de tirer les leçons de ce qui se passe autour de lui»

Mostefa Bouchachi déplore la régression de la situation des droits de l’homme…La situation des droits de l’homme en Algérie n’a connu aucune amélioration

 

.Au contraire, l’Algérie enregistre un recul inquiétant dans tous les domaines. Aveugle, le régime algérien ne veut pas tirer les leçons de ce qui se passe en Afrique du Nord et au Moyen-Orient et s’entête encore à empêcher les citoyens d’avoir leurs droits fondamentaux. C’est le constat établi par le président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (Laddh), Mostefa Bouchachi. «Contrairement à tous les pays du monde et particulièrement ceux de notre région, l’Algérie a enregistré en 2011 une régression dans tous les domaines : droits de l’homme, démocratie et lutte contre la corruption», affirme-t-il dans une déclaration à El Watan. La vie publique, ajoute-t-il, demeure strictement contrôlée par le pouvoir qui refuse de concéder aucune ouverture aux Algériens.

«Les droits civiques et politiques sont bafoués. Malgré la levée officielle, le 24 février 2011, de l’état d’urgence, les citoyens algériens ne voient aucun effet sur le terrain. Les marches, comme moyens civilisés de revendications, sont toujours interdites. Non seulement à Alger, mais sur tout le territoire national. L’administration et les différents services de sécurité interdisent tout mouvement de protestation», souligne-t-il. Le refus d’agréer de nouveaux partis politiques, de nouvelles organisations syndicales et des associations sont aussi, ajoute Mostefa Bouchachi, des preuves supplémentaires de cette régression.

«Ces interdictions prouvent que les droits des Algériens ne sont pas consacrés par les lois et la Constitution, mais restent tributaires du bon vouloir des dirigeants», déplore-t-il. Le président de la Laddh relève également les restrictions sur l’exercice du culte non musulman, et ce, en contradiction avec la loi fondamentale du pays qui garantit cette liberté. «La loi de 2006 est contraire à la Constitution, puisqu’elle oblige les non-musulmans à obtenir une autorisation de l’administration pour créer leurs associations ou ouvrir des lieux de culte», explique-t-il.

La liberté de la presse reste également un vœu pieu. En plus du monopole sur l’audiovisuel, le pouvoir, estime Mostefa Bouchachi, «exerce des pressions sur la presse indépendante et les journalistes, contraints, de ce fait, à recourir à l’autocensure pour échapper aux représailles». «Les tenants du pouvoir imposent des redressements fiscaux aux journaux qui les critiquent, tandis que les titres de la presse qui véhiculent leur propagande bénéficient de toutes les largesses», dénonce-t-il.

Qui refuse la démocratisation du pays ?

Partant de ce constat, le premier responsable de la Laddh regrette le comportement du régime algérien «qui refuse de voir autour de lui pour prendre connaissance de l’évolution rapide de la démocratie dans le monde». «Il semble que le pouvoir officiel et le pouvoir réel ne sont pas conscients que le rejet de l’ouverture et la privation des Algériens de la liberté et des moyens pacifiques d’expression mèneront à l’implosion sociale», met-il en garde. Et d’enchaîner : «L’Algérie a vécu une période difficile. Je pense qu’il vaut mieux éviter l’aggravation de la crise.» Dans ce sens, Mostefa Bouchachi s’interroge sur les tenants et les aboutissants de cet entêtement à rejeter toute demande de changement en Algérie. «Qui a pris la décision d’empêcher les Algériens d’enclencher une transition démocratique pacifique et au profit de qui ?», demande-t-il, avant de répondre : «Cette situation n’est pas dans l’intérêt de l’Algérie ni de celui du régime.»

Selon lui, le temps a changé et le monde a évolué et évolue toujours. Et cela, enchaîne-t-il, n’est pas dans l’intérêt des décideurs qui veulent faire barrage à tout changement. «Quand on sait que la démocratie sera effective en Tunisie et qu’au Maroc il y a une ouverture, tandis qu’en Libye la dictature est tombée par la force des armes, je dis qu’il vaut mieux qu’il y ait une transition pacifique en Algérie. Mais si les décideurs optent pour le maintien de la situation actuelle, les conséquences seront dramatiques pour le pays et pour eux-mêmes», avertit-il.

Poursuivant, Mostefa Bouchachi rappelle qu’avec le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication, «il est difficile à tout régime dictatorial de continuer à endormir les peuples». «Les Algériens sont éveillés et la démarche du pouvoir ne réussira pas. Je sais que la société craint toujours le remake de l’expérience des années 1990, mais il ne faut pas la prendre en otage», lance-t-il en conclusion. (El Watan-29.12.2011.)

**Manne financière et promesses de réformes pour acheter la paix sociale

Nacer Djabi, sociologue, fait le bilan d’une année de contestation ….

L’année 2011 a commencé, en Algérie, dans la tourmente.

De violentes émeutes ont embrasé plusieurs régions du pays, se propageant comme une traînée de poudre. Bien que maîtrisées, les convulsions de ces révoltes ont perduré et fait le lit des mois qui ont suivi. Dans le même temps, le vent de la révolution a soufflé sur de nombreux pays de la région arabe, balayant par la même des présidents greffés au pouvoir. Le rapport entre les deux ? «Il est indéniable que ces mouvements populaires, qui ne sont pas nouveaux en Algérie, aient pris plus d’ampleur et un cachet différent, en partie sous l’influence d’un facteur exogène, à savoir les événements qui ont eu lieu, en Tunisie et en Egypte, entre autres», explique le sociologue, Nacer Djabi. Pourtant, les résultats de ces «expressions populaires» diffèrent du tout au tout, tant sur un plan politique que social.

Les raisons en sont, selon le sociologue, l’essence même de ces mouvements de contestation, dont il décortique «l’année 2011». «Le bilan que l’on peut faire de cette année de fronde est qu’elle n’a pas dépassé les dimensions socioéconomiques et corporatistes», entame-t-il. La manne financière du pays a pu éteindre les velléités de révolte et acheter la paix sociale. «Et ce en satisfaisant certaines demandes de ces mouvements, qui se sont organisés et rassemblés derrière les syndicats autonomes. Ces derniers ont confirmé leur statut d’acteur majeur et d’interlocuteur incontournable dans la vie publique.

D’autres formes de contestation sont apparues, qui se rapprochent plus de la révolte populaire auxquelles l’Algérie s’est habituée. Mais ce qui a aussi caractérisé cette fronde sociale, c’est qu’elle a pu sortir des grandes villes et atteindre les régions du sud du pays, et ainsi poser des problèmes tels que l’emploi et l’iniquité de la répartition des ressources et richesses du pays», énumère-t-il

Des changements imposés de l’intérieur ou de l’extérieur

Le sociologue poursuit : «Toutefois, ces différents mouvements ont poursuivi leurs revendications socioéconomiques et corporatistes, sans poser ou évoquer plus d’exigences citoyennes et politiques, et ce, pour différentes raisons. L’on peut par exemple citer le manque d’encadrement politique de ces lames de fond, la faiblesse des partis politiques, ainsi que le manque de maturité des syndicats.» Par ailleurs, des tentatives avortées de rassemblements pour le changement politique ont été enregistrées. «Ces actions n’ont rencontré aucun écho et aucune adhésion auprès de la population. Elles se sont cantonnées à des franges réduites de la société et à des formations politiques restreintes. Et ce en sus du consensus et le statu quo qui caractérise la scène politique nationale, que l’on peut considérer comme la cause essentielle de cet échec», commente M. Djabi.

«La seule différence notable que l’on a pu observer en 2011 est le fait que la contestation a pu imposer la mise en œuvre de réformes, officiellement s’entend. Ce processus a démontré encore une fois la paralysie qui maintient le système politique dans l’inertie et son incapacité à améliorer la gestion de la chose publique», analyse-t-il. Et si constante il y a au sein de la société algérienne, c’est bien le manque d’intérêt et de foi des citoyens envers la politique et ceux qui la pratiquent. «La fin de cette année est marquée par l’adoption de ce qui est appelé les ‘réformes politiques’, par la possibilité pour de nouveaux partis politiques d’activer, ainsi que par l’annonce par le président de la République d’élections législatives transparentes et plurielles, sous contrôle international», énumère M. Djabi.

Ces paramètres garantiront-ils un scrutin et des résultats auxquels les Algériens accorderont du crédit ? «Nous aurons la réponse au printemps», répond le sociologue. D’autant plus que l’on pourrait considérer que le pouvoir est obligé, Printemps arabe oblige, de lâcher du lest. «Ce type de changement politique, auquel n’a toujours pas abouti l’Algérie, est ardu et délicat, de par nos expériences et notre système politique. Le pouvoir n’a aujourd’hui plus le choix. Soit, il introduit des changements de sa propre initiative, soit, ces changements lui seront imposés de l’extérieur. Tout simplement parce que l’Algérie ne peut pas se permettre de se transformer en ersatz de Corée du Nord, en Afrique du Nord», affirme M. Djabi. (El Watan-29.12.2011.)

 **5e édition du Festival d’Oran du film arabe -Oren

 Le film libanais « Hala lawain » réalisé par Nadine Labaki a remporté le « Wihr d’or », grand prix du long-métrage, décerné jeudi, lors de la soirée de clôture de la 5e édition du Festival d’Oran du film arabe (FOFA).

 

Cette distinction est d’une valeur de 50.000 USD. Elle a été attribuée par un jury de professionnels présidé par la tunisienne Fatima Bensaïdene. Le jury du court-métrage, présidé par le cinéaste algérien Abdenour Zahzah, a décerné le prix du meilleur court-métrage au film « hayate qacira » (vie courte) du réalisateur marocain Adil Fadily. Cette distinction est dotée d’une valeur de 30.000 USD.

Autres distinctions constituant le reste du palmarès :

Prix de la meilleure réalisation : « Kef el Qamar » du réalisateur égyptien Khaled Youssef.

Prix du meilleur scénario : « Hala lawain » de Nadine Labaki.

Prix de la meilleure interprétation masculine : Ibrahim El Bakkali et Lotfi Sabeur (Maroc) dans le film « Majid » de Nassim Abassi.

Prix de la meilleure interprétation féminine : Claude Msoba Taz pour son rôle dans le film « Hala lawain ».

Des mentions spéciales ont été attribuées à « Asma » du réalisateur égyptien Amr Salama et « Andalousie mon amour » du marocain Mohamed Nadhif pour les longs-métrages et « Bahia wa Mahmoud » du réalisateur jordanien Zeid Abou Hamdane et « Hanine » du réalisateur palestinien Oussama Bourady, « djin » de l’Algérienne Yasmine Chouikh et « bip » de l’égyptien Haithem Sakr.

Le prix du jury a été décerné à « Dima Brando » du réalisateur tunisien Ridha El Bahi pour les longs-métrages et « Hawas » du réalisateur égyptien Mohamed Ramadan pour les courts-métrages.

Pour les films documentaires, le jury, présidé par le critique égyptien Tarik El Shinnawi, a récompensé l’œuvre « Dar el hadith » réalisée par Said Eulmi dans le cadre de la manifestation « Tlemcen, capitale de la culture islamique 2011″.

Lors de cette 5e édition, 12 longs-métrages étaient en compétition officielle ainsi que 23 courts-métrages et 9 documentaires, rappelle-t-on. (Echorouk-23.12.2011.)

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