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Le succès du livre numérique

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Sur le marché, la concurrence oppose le Kindle d'Amazon (à gauche) et l' eReader de Sony.


Sur le marché, la concurrence oppose le Kindle d’Amazon (à gauche) et l’ eReader de Sony.

C’EST DÉJÀ DEMAIN (3) – Sony va lancer deux nouveaux modèles d’eReader ce mois-ci aux États-Unis. La compétition est rude avec le Kindle d’Amazon.

Le succès du livre numérique coeur- Bientôt, il sera commun de feuilleter son livre numérique sur la plage. Mercredi, The Wall Street Journal révélait que Sony, le géant japonais de l’électronique, allait lancer en août deux nouveaux modèles de son eReader. Avec un prix réduit à 199 dollars, contre environ 300 à 400 dollars pour les modèles actuels, le futur «Pocket Reader», pourrait populariser le livre numérique.

Une autre version, avec écran tactile, comme l’iPhone, sera disponible au prix de 299 dollars, soit le moins cher de ceux vendus aux États-Unis. Les experts estiment que ce marché devrait atteindre 13 millions d’exemplaires d’ici à 2013. Le constructeur japonais s’est allié à l’américain Google qui a fourni les contenus numériques.

En face, Amazon, le géant américain de la distribution de livre sur Internet, assure la promotion du Kindle fabriqué par E Ink qui vient juste d’être racheté par le taïwanais Prime View. Le Kindle 1 a été lancé aux États-Unis en 2007, puis la famille a été complétée par le Kindle 2 (299 dollars) et en mai 2009 par le Kindle DX (489 dollars), doté d’un grand écran. Amazon a clairement choisi l’option technologique. Sa simplicité d’utilisation (ergonomie, téléchargement sans fil aux États-Unis), son confort de lecture, sa capacité de mémoire (jusqu’à 3 500 livres), sa possibilité de lire des journaux (le New York Times, le Boston Globe et le Washington Post) doivent rendre, aux yeux de Jeff Bezos, patron d’Amazon, le Kindle indispensable aux lecteurs. Vendu uniquement aux États-Unis, le Kindle a déjà été écoulé à près d’un million d’exemplaires.

Bataille autour des contenus numériques

L’important pour tous ceux qui ont acheté un lecteur de livres électroniques est d’avoir accès à ses ouvrages préférés. C’est là que le bât blesse. L’acheteur d’un Kindle ne peut télécharger des livres que sur le Kindle Store où il trouve seulement les 300 000 titres proposés par Amazon. En revanche, l’eReader donne accès à un plus vaste catalogue composé de livres proposés par de multiples libraires en ligne comme la Fnac en France ou aux États-Unis Barns & Noble. Ce dernier vient d’annoncer que sa plate-forme eBookstore propose 700 000 références et devrait atteindre 1 million d’ici à un an. Les nouveautés seraient vendues à partir 9,99 dollars.

Sony, qui veut élargir au maximum son marché, a signé un accord, en début d’année, avec le géant Google pour avoir accès aux livres numérisés par ce dernier. Résultat : depuis lundi, un million d’ouvrages, passés dans le domaine public et numérisés par Google, sont téléchargeables gratuitement sur son eReader.

Apple, le champion de l’iPhone (13,7 millions vendus dans le monde) et de l’iPod (218 millions d’exemplaires vendus à ce jour), ne peut pas rester en dehors de ce marché du livre électronique. L’entreprise de Cupertino pourrait lancer une tablette tactile avant la fin de l’année au prix de 600 à 1 000 dollars. Version agrandie de l’iPod Touch, le terminal serait destiné essentiellement au divertissement (musique, films, photos…) et pourquoi pas à la consultation de livres électroniques, voire de titres de presse. Le succès de sa plate-forme de téléchargement iTunes pourrait attirer nombre de clients. (Le Figaro).

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*La révolution numérique

Un écran portatif qui peut contenir 160 livres, des BD sur téléphone portable…Découverte des nouveautés dans les travées du salon du livre .

coeur- La 29ème édition du Salon du Livre ,qui ferme ses portes mercredi, est marquée du sceau de la révolution numérique. Après la photo, la vidéo et la musique, le livre se numérise. Emporter avec soi 160 livres pour un poids total de 260 g est désormais chose possible, avec le Reader, l’ebook commercialisé par Sony. Lire ses BD partout à n’importe quel moment de la journée sur son téléphone portable est la promesse tenue d’Ave!Comics, l’application développée par la société montpelliéraine Aquafadas.Le monde traditionnel de l’édition jouera-t-il le jeu ? Lefigaro.fr a rencontré les acteurs phares de cette aventure innovante, derrière laquelle se profile le paysage littéraire de demain.

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*Les succès inattendus de l’été


Bien avant les grands départs de juillet, ces auteurs discrets, sérieux, se sont glissés dans les librairies. (François Bouchon/Le Figaro)

Bien avant les grands départs de juillet, ces auteurs discrets, sérieux, se sont glissés dans les librairies. 

Contre toute attente, Jacqueline de Romilly, Antony Beevor et Mona Ozouf se retrouvent aux côtés des best-sellers attendus. Quant au livre de l’été, il est écrit par deux inconnues. Son titre : «Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates».

coeur-Qui sont-ils ? Certains noms ne nous disent rien : Sam Savage, Mary Ann Shaffer, Anny Barrows… D’autres sont connus, mais on ne les associe pas aux lectures de vacances (Mona Ozouf, Stefan Zweig, Jacqueline de Romilly). Et pourtant ces écrivains se sont invités subrepticement parmi les best-sellers de l’été. Ils se sont crânement installés dans les meilleures ventes de ce mois de juillet 2009, rivalisant dans le sac de plage des lecteurs avec ces habitués des gondoles (celles des librairies, pas celles de Venise) que sont Marc Levy, Guillaume Musso et autre Douglas Kennedy.

Bien avant les grands départs de juillet, ces auteurs discrets, sérieux, se sont glissés dans les librairies. Ils ont attendu leur heure. Leurs premiers lecteurs les ont appréciés au point qu’à la veille des vacances, quand l’un de leurs amis a déclaré : «Je ne sais pas quoi lire», comme une jolie femme dirait : «Je ne sais pas quoi me mettre», ils lui ont conseillé d’acheter Firmin ou Composition française. Et les estivants sur le départ ont suivi le conseil, accordant leur confiance au «bouche-à-oreille». Et c’est ainsi que naissent les succès…

Ces invités surprise, dont personne n’aurait juré il y deux mois qu’ils seraient nos compagnons d’évasion, sont à nos vacances ce que sont parfois certaines destinations : des escapades non prévues mais qu’on ne regrette pas. À côté des grands classiques auxquels on sacrifie toujours un jour ou l’autre, villages fleuris et stations balnéaires référencées, il y a ces bourgades éloignées des routes nationales, ces sites négligés des guides, sur lesquels on est tombé par hasard et qui valaient le détour.

Les livres de vacances valent le détour quand ils répondent précisément à la définition que Rivarol donnait de la lecture : «Charmant oubli de vous-même et de la vie.» Ils peuvent être distrayants ou sérieux, qu’importe. On les associera à jamais à l’ombre bienveillante d’un tilleul, à la fraîcheur séculaire d’une maison de pierres. Peut-être même qu’on y reviendra. Ainsi cet été, les lecteurs se tournent encore et toujours vers Claudie Gallay, auteur d’un roman, Les Déferlantes, paru en mars 2008 et qui avait déjà eu leur faveur en 2008. Son succès s’apparente à une croisière au long cours plutôt qu’à un flirt estival. Mais une présence de près d’un an et demi sur les listes des meilleures ventes est rarissime dans l’édition. La plupart des ouvrages que l’on s’arrache aujourd’hui seront balayés par l’avalanche des livres de septembre. L’horloge de la société française sonne en effet dès la mi-août l’heure de la rentrée. Rentrée politique, sociale, scolaire. Rentrée ­littéraire avec plus de 600 nouveaux romans à paraître. Aux écrivains de soleil succéderont des centaines de romanciers bardés pour les joutes de novembre. On se frotte déjà les mains : l’automne est la saison des feuilles mortes, sauf en littérature où il est la saison des promesses. Mais il n’est pas interdit d’ici là de profiter des plaisirs de l’été.

ÉPATANTES PATATES

 

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Écrit par deux Américaines inconnues, ce roman qui raconte les années de guerre à Guernesey est le phénomène éditorial de l’été.

Il ne faut pas avoir d’idées préconçues. Les titres les plus incongrus peuvent se révéler très vendeurs. Prenez Extension du domaine de la lutte, La Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules ou encore L’Élégance du hérisson… ces livres aux titres pour le moins dérourants ont été d’immenses succès publics. Un nouvel exemple nous est donné aujourd’hui avec Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates. Ce livre nous vient des États-Unis où il a connu, sous le même titre, un succès retentissant. Il est cette semaine en troisième place de la liste des meilleures ventes du New York Times, après plusieurs mois de présence dans ce classement. En France, les tirages dépassent les prévisions les plus optimistes. On en est à ce jour à 150 000 exemplaires. Dès le départ, l’éditeur français a cru au livre. Les droits ont été acquis par Maggie Doyle, pour les éditions NiL, dès le mois de mai 2006 alors que le roman n’était pas encore terminé. C’est ce qui s’appelle avoir du flair… Pour le lancement du livre, l’éditeur a pu compter sur le soutien d’Anna Gavalda qui a dit l’avoir touvé « Absolument délicieux.» Aussitôt, un bandeau rouge a été confectionné, où l’on peut lire, en gros caractères, le jugement définitif de l’auteur d’Ensemble c’est tout.

Situé en 1946, le roman décrit le calvaire que viennent d’endurer les habitants de Guernesey durant l’occupation allemande, de 1940 à 1945. Cette sombre période est évoquée par le biais de la correspondance d’une jeune romancière londonienne avec des habitants de l’île anglo-normande. Ces insulaires ont la particularité de tous appartenir à un club de lecture au nom étrange inventé pendant la guerre pour tromper l’occupant. Le roman, dont on a loué l’humour typiquement british, a été écrit à quatre mains par deux Américaines inconnues, Anny Barrows et Mary Ann Shaffer. La première a été bibliothécaire et libraire, elle est morte l’an dernier peu avant la publication de son livre ; malade, elle s’est fait aider par sa nièce Mary Ann, qui avait écrit des livres pour la jeunesse. De l’élégance, du charme, de la délicatesse, une pincée de bons sentiments, sans oublier l’authentique recette de la tourte aux épluchures de patates et à la betterave : le cocktail a séduit les lecteurs qui aiment les belles histoires et les bons petits plats.

«Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates», de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Aline Azoulay. NiL, 390 p., 19 €.

RETOUR AUX RACINES

 

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Dans son dernier livre, l’historienne Mona Ozouf évoque son enfance passée en Bretagne.

On ne l’attendait pas dans ce registre : spécialiste reconnue de la Révolution française, l’historienne Mona Ozouf a publié au printemps dernier un récit tendre et subtil, mêlant l’évocation de son enfance en Basse-Bretagne dans les années 1930 et 1940 à des réflexions sur les identités nationales et régionales. Un retour aux racines, à la pureté d’une certaine enfance, auquel le public a été sensible.

Sous-titré «Retour sur une enfance bretonne», Composition française dresse le portrait émouvant et belliqueux du père de l’auteur, disparu quand elle avait quatre ans. Un « instituteur communisant », ardent défenseur de la cause bretonne, directeur d’une association et d’une revue baptisées « Al Farz » (« La Faucille »), dans le bourg familial de Plouha. L’évocation de sa grand-mère, Marie-Scholastique, une femme énergique qui lui transmet l’héritage des chansons et de la parole bretonnes, se prolonge par un bel hommage à ce qui fut qualifié à l’époque de baragouin, de « langue des poules et des ploucs » par l’administration. Sous la plume d’Ozouf, le breton devient une de ces «langues âpres et laconiques qui développent chez leurs locuteurs des passions abruptes et encouragent l’esprit de sécession». On découvre également sa rencontre avec Louis Guilloux (auteur de Sang noir) qui lui fait découvrir Camus. Elle a alors seize ans, elle est dans la « laïque » à Saint-Brieuc. Avide de lectures, elle dévore Ernest Renan, les romanciers russes du XIXe, Colette, les régionalistes Anatole Le Braz, Emile Masson de Pontivy, Les Chouans de Balzac… Elle vit alors entre trois mondes, marqués par « la foi chrétienne de nos ancêtres chrétiens, la foi bretonne de la maison, la foi de l’école dans la raison républicaine ».

Sa « matière de Bretagne », Mona Ozouf la nourrit continûment dans ce pays peuplé de chapelles et de calvaires, de korrigans et de fées parcourant la bruyère et les genêts qui s’étendent jusqu’à l’extrême-occident du continent. On songe à la « tendresse religieuse de la Bretagne » évoquée par le jeune Gustave Flaubert.

Un livre émouvant à mettre aux côtés du Pain des rêves de Louis Guilloux et de Changer la vie de Jean Guéhenno.

«Composition française», de Mona Ozouf. Gallimard, 262 p., 17,50 €.

LE FESTIN D’UN RAT

 

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Il fait craquer tous ses lecteurs, ce rat des bibliothèques qui dévore, au propre comme au figuré, les ouvrages à portée de ses incisives.

Qui aurait parié sur l’engouement des lecteurs pour la biographie d’un rat ? Oui, mais pas n’importe quel rat. Firmin, c’est son nom, est un gaspard américain de Boston et a la particularité de dévorer les livres à portée de ses incisives, au propre comme au figuré. Amoureux de la littérature, Firmin les grignote ou les dévore. De Flaubert à Faulkner en passant par Joyce ou Tolstoï. Ce n’est pas de sa faute. Délaissé par ses parents, le rongeur est contraint de se nourrir de papier, réfugié dans une librairie poussiéreuse. C’est également un fan de Fred Astaire et de Charlie Parker. Ce conte bourré d’humour, à la fois hommage à la littérature et critique d’un monde moderne et inhumain, a bénéficié pour sa traduction française d’une vaste campagne de publicité, y compris dans le métro. En renfort : le bandeau de recommandation d’Alessandro Baricco : «Si lire est ton plaisir et ton destin, ce livre a été écrit pour toi.» Pourtant, l’auteur de ce tout premier roman est totalement inconnu : un certain Sam Savage, âgé de 68 ans et coulant paisiblement sa retraite dans le Wisconsin. Comme quoi, parfois, la valeur peut attendre le nombre des années. Et comme le dit Firmin, l’anti-Mickey Mouse, le Ratatouille de librairie : «Il n’est pas nécessaire de croire aux histoires pour les aimer. J’aime toutes les histoires. J’aime l’idée de progression, de début, de milieu et de fin. J’aime la lente accumulation d’éléments de compréhension, les paysages brumeux de l’imaginaire, les promenades labyrinthiques, les pentes boisées, les étangs réfléchissants, les revirements tragiques et les quiproquos comiques. » Le credo de tous les amoureux de livres, qui seraient donc plus nombreux qu’on aimerait le croire. Ce qui rassurera en ces temps de morosité persistante.

«Firmin-Autobiographie d’un grignoteur de livres», de Sam Savage. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Céline Leroy. Actes Sud, 204 p., 18 €.

À L’OUEST, DU NOUVEAU

 

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Depuis sa sortie il y a plus d’un an, rien n’a pu déloger «Les Déferlantes» des listes des meilleures ventes.

Après avoir été le roman de l’été 2008, Les Déferlantes sera-t-il le succès de l’été 2009 ? Le cinquième ouvrage de la discrète Claudie Gallay n’a pourtant rien du «pavé de plage». C’est un épais roman de près de 600 pages, peuplé de personnages cabossés et construit autour d’une énigme, celle d’un naufrage dans lequel périt toute une famille. L’action se passe à l’extrême pointe du Cotentin, mais le récit n’a rien de régionaliste. Les critiques ont aimé cette histoire, les libraires et le bouche-à-oreille ont fait le reste. 200 000 exemplaires avaient déjà été écoulés quand le livre reçut, en juin, le grand prix des lectrices de Elle. L’effet immédiat a été de relancer ses ventes. Le roman, fait rarissime dans l’édition, vit donc son deuxième été en librairie. S’il n’est pas en première position dans les listes des meilleures ventes, il bat les records de durée dans les classements. Ce succès couronne un auteur, que les critiques et les libraires avaient repéré dès son premier roman, L’Office des vivants, paru en 2001. Il récompense aussi le travail de son éditeur, le Rouergue, petite structure créée en 1986 à Rodez et portée depuis à bout de bras par Danielle Dastugue. Une éditrice opiniâtre, qui défend personnellement ses livres auprès des libraires et des journalistes. « La Brune », collection dans laquelle est publiée Claudie Gallay, compte une cinquantaine d’auteurs. Les profits dégagés grâce aux Déferlantes (dernier chiffre annoncé par l’éditeur : 250 000 exemplaires, sans oublier la vente du livre dans douze pays et un contrat avec TF1 pour une adaptation) vont permettre à cette maison de poursuivre avec une certaine sérénité son travail exigeant.

«Les Déferlantes», de Claudie Gallay. Éditions du Rouergue, 526 p., 21,50 €.

LE 6 JUIN, HEURE PAR HEURE

 

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Soixante-cinq ans après le Débarquement allié, l’historien anglais Antony Beevor éclaire d’un jour nouveau la bataille de Normandie.

L’étude de l’histoire est un perpétuel recommencement. Les festivités annuelles qui commémorent le débarquement du 6 juin 1944 avaient fini par enfouir un certain nombre de réalités sous un halo d’impressions approximatives. Après les épreuves épouvantables auxquelles furent soumis les soldats alliés sur les plages d’Omaha et Utah Beach, leur marche sur Paris aurait été une relative formalité. Or, il n’en est rien : cette bataille de Normandie fut une vraie guerre dans la guerre qui faillit tourner à l’avantage des Allemands. Une guerre où le nombre de victimes civiles françaises égala, les premiers jours, les victimes militaires et qui ravagea la Normandie, notamment la ville de Caen, transformée en petite Stalingrad. Cette redécouverte est sans doute une des raisons du succès de D-Day et la bataille de Normandie, où l’historien anglais Antony Beevor, qui a consacré plusieurs livres à la Seconde Guerre mondiale (Stalingrad, La Chute de Berlin…), décrit la bataille grâce à des archives inédites auxquelles il a eu accès, notamment les « débriefings » des soldats américains enregistrés à chaud par le service d’information des armées. Nous suivons donc, heure après heure, les pérégrinations des combattants sur le terrain. Le courage extrême, la folie destructrice, la peur au ventre, la haine de l’ennemi et les horreurs qu’on lui fait subir : précisément décrites, ces réalités contribuent à faire de ce livre un témoignage de premier ordre sur ce qu’est la guerre. Enfin, Antony Beevor nous rappelle le rôle fondamental de la Résistance française dans l’affaiblissement d’une armée allemande à la détermination fanatique. Si on ajoute à tout cela l’événement qu’a constitué la venue du président Obama sur les plages de Normandie cette année, on comprend que cette somme ne soit pas passée inaperçue.

«D-Day et la bataille de Normandie», d’Antony Beevor. Traduit de l’anglais par Jean-François Sené, Raymond Clarinard et Isabelle Taudière. Calmann-Lévy, 638 p., 26 €. (Le Figaro-29.07.09.)

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*Des polars pour tous

 SÉLECTION – Tous les romans policiers sont dans la nature… Classiques ou débridés, noirs ou comiques, exotiques, parisiens, intellos ou sportifs, la gamme est très variée. En voici un échantillon. Et pour ceux qui voudraient écrire eux-mêmes des histoires de crimes, il existe un manuel pour apprendre à ficeler une enquête.

coeur-Ambiance noir et blanc

 

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Viviane Hamy, éditrice de Fred Vargas, a déniché un jeune auteur prometteur.

C’est une brigade un peu spéciale qui officie au 36, quai des Orfèvres, celle des suicides. Guérin, la quarantaine, en est le patron depuis deux ans. Il est devenu «le spécialiste de la mort volontaire». Son travail ? Traiter une dizaine de cas par semaine, et passer des centaines d’heures dans la salle des archives. Allez comprendre, dans son job, il existe des pics d’activité : de juin à début juillet – la pire période -, et de décembre à janvier, «lorsque le froid engourdissait la vie, la privant d’autant d’énergie pour se nuire à elle-même».

Dans ce service des suicides, on y envoie les éléments les plus récalcitrants comme Guérin, justement. On ne sait trop pourquoi, lui, il y a pris goût à ce travail, et s’y sent comme un poisson dans l’eau – est-ce de la perversité, comme le pensent ses collègues, ou autre chose ? Guérin est soutenu par un stagiaire, Lambert. Sa principale qualité ? La gentillesse. Défaut ? On le dit simple, voire simplet. Les autres policiers le qualifient de « lampadaire sans ampoule ».

Ambiance noir et blanc, superbes portraits de per­sonnages cabossés, dialogues réa­­listes, situations pour le moins ­­cu­rieuses – la scène du début don­ne le ton avec cet homme qui court nu au milieu du périphérique en vue de percuter un véhicule -, incontestablement, Antonin Varenne possède cette flamme qui donne de la chair aux mots. Pour le situer, il faut imaginer Navarro écrit par Modiano ; toutes proportions gardées, c’est un peu ce qui arrive avec ce polar, Fakirs, porté par le jeune romancier. Le livre tient par l’intrigue – de la veine des meilleures, le côté sombre en plus -, mais il atteint une autre dimension par la plume et l’univers de Varenne qui classent ce policier au rayon littérature.

Alpiniste du bâtiment

Du coup, on a envie d’en savoir plus sur cet auteur. La maison d’édition Viviane Hamy nous apprend qu’Antonin Varenne est né à Paris voilà près de 36 ans, et qu’il est titulaire d’une maîtrise de philosophie après avoir travaillé sur « Machiavel et l’illusion politique ». Diplôme qui l’a amené à épouser la carrière… d’alpiniste du bâtiment. Il a bourlingué en Islande et au Mexique. Il est l’auteur de deux autres romans policiers publiés par une petite maison d’édition toulousaine.

Avec Fakirs, il rejoint la collection « Chemins nocturnes » chez Viviane Hamy, et côtoie ainsi Fred Vargas et Dominique Sylvain. Varenne a décidé de consacrer tout son temps à l’écriture. C’est tant mieux, car on attend avec ­impatience la prochaine histoire de ce bourru mais attachant Guérin.

«Fakirs», d’Antonin Varenne, Éditions Viviane Hamy. 286 p., 17 €.

Flagrant Delhi

 

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Un détective qui travaille à l’ancienne se heurte aux nouveaux codes sociaux de l’Inde. Cocasse garanti.

À côté du polar historique, l’autre genre en vogue est le polar contemporain sociologique tendance cosmopolite. Il faut donc considérer avec attention cette nouvelle collection de livres de poche en 10/18 qui fait voyager le lecteur du côté sombre de Delhi à Edimbourg en passant par Stockholm. L’auteur qui ouvre le bal de cette série est Tarquin Hall, un Anglais grand connaisseur de l’Inde. Son premier roman est aussi un inédit qui met en scène un détective de Delhi, Vish Puri, autoproclamé meilleur privé de l’Inde. Il est vrai que sous ses airs débonnaires, ventre proéminent et moustaches de rajput, Vish Puri, Chubby pour les intimes, ne laisse rien au hasard. Son instinct et sa foi inébranlable en les méthodes de ­Chanayaka, le fondateur, il y a deux mille ans, « des arts de l’espionnage et de l’investigation », en font un enquêteur de premier ordre pour une multitude d’affaires. Et dans ce livre, plusieurs sont à démêler. En toile de fond, l’auteur dépeint une Inde contemporaine aux prises avec une modernité que la société a parfois du mal à assimiler. Le travail à l’ancienne de Vish Puri détonne dans un pays où la corruption, le mensonge, l’argent facile et le crime ont fait leur nid. Sans jamais se départir d’un humour plutôt réjouissant, Tarquin Hall signe là un premier polar indien épicé comme un bon curry.

«L’Homme qui exauce les vœux», de Tarquin Hall, traduit de l’anglais par Anne-Marie Carrière, 10/18, 320 p., 8,60 €.

Les golfeurs voient rouge

 

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Le swing peut aussi être une arme fatale… Un recueil de nouvelles par les meilleurs auteurs américains du genre.

Golfeurs, ces nouvelles sanglantes servies sur le green sont faites pour vous. Surtout si vous éprouvez quelques difficultés avec votre swing ces derniers temps… En com­paraison avec les malheureux as­sassinés à coup de clubs évoqués par les meilleures plumes actuelles du polar américain, vos petits soucis sur les fairways vous paraîtront subitement dérisoires. À moins que certaines situations décrites dans ces quinze histoires courtes ne vous donnent de mauvaises idées…

Ces nouvelles au suspense très efficace, réunies par l’éditeur new-yorkais Otto Penzler, offrent des intrigues et des styles extrêmement variés. À chaque fois, le golf est présenté sous un jour différent, et il sert d’élément déclencheur à des engrenages mortels. Si les passionnés de la petite balle blanche seront particulièrement séduits par cet ouvrage, les autres ne devraient toutefois pas rester insensibles à son charme vénéneux.

La terrible vengeance de l’humilié

Les personnages évoqués peuvent être touchants et troublants. À l’image de Kramer dans Bienvenue dans le monde réel, de Lawrence Block. ­Kramer est un retraité qui joue une fois par semaine au golf, mais sans jamais s’aventurer sur un parcours. De simples entraînements au practice suffisent à son bonheur. Jusqu’au jour où un golfeur, un vrai, lui propose de jouer dix-huit trous, dans « le monde réel », lui dit-il. Kramer s’aperçoit alors qu’il ne sait pas jouer. La vengeance de l’humilié sera terrible…

Autre atmosphère dans L’homme qui ne jouait pas au golf. Simon Brett y met en scène Leonard Wensam, un mari qui fait croire à sa femme qu’il taquine la petite balle blanche pour mieux la tromper… Seul problème, cette femme découvre l’affreux ­mensonge et décide de se mettre au golf. Elle tombe alors amoureuse de son professeur et le charge de la venger. Quant à Injouables Mensonges, Wil­liam G. Tapply y évoque deux joueurs qui trichent. Celui qui perd est un parrain de la mafia qui décide de régler son compte à son adversaire imprudent. Au bout du compte, le lecteur passe en frissonnant d’un univers à l’autre. Des mondes unis par le golf.

«Meurtre dans le rough», histoires inédites de Lawrence Block, Ken Bruen, Ian Rankin etc. présentation d’Otto Penzle, traduit de l’anglais par Claire Habart, Michel Lederer et Maryse ­Leynaud, Albin Michel, 442 p., 24 €.

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*écrire un roman policier…Le polar a gagné depuis longtemps ses lettres de noblesse. Enquête policière, comédie sociale, thriller haletant, polar venu du froid au succès planétaire (voyez Millénium et ses clones), il touche tous les publics. Ce succès conduit de nombreux auteurs à se lancer dans le genre, sans en connaître toutes les ficelles. Pour ceux-là, ce petit livre très pratique sera d’un grand secours. En s’appuyant sur de multiples exemples ainsi que sur les témoignages de spécialistes du genre, Alain Bellet donne des conseils judicieux sur la façon de conduire un roman policier. Indispensable aux auteurs en herbe, même si, comme le rappelle Patrick Raynal, longtemps directeur de la mythique «Série noire» : «On peut apprendre à structurer, à agencer, jamais à écrire.»

«Écrire un roman policier et se faire publier», d’Alain Bellet, Éditions Eyrolles, 136 p., 18 €.

 

 







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