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La FIFA rend hommage à Saïfi et Antar Yahia

26112009

* Une autre gifle pour les Egyptiens

La belle qualification des Verts tout comme les performances réalisées par nos joueurs continuent de faire l’événement un peu partout dans le monde.

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Par contre, les Egyptiens continuent toujours de verser dans la polémique à travers leurs différentes porcheries dont les plus réputées sont bien évidemment, les chaînes de télévisions Dream, Modern Sport, Nile Sport et Al Hayat. Des chaînes de la honte et du ridicule représentées par des pseudo-journalistes qui n’ont ni religion ni origine et qui osent parler de l’Algérie des martyrs et des hommes avec un grand H.
Mais comme nous sommes au-dessus de toutes ces bassesses, il est préférable de laisser ces chiens enragés aboyer autant qu’ils veulent du moment que la belle caravane algérienne est déjà passée en Afrique du Sud. Le mieux sera de parler football et de revenir justement aux belles performances réalisées par les Guerriers du désert.
L’une des nombreuses bonnes nouvelles nous vient de la Fédération internationale de football (Fifa) qui vient tout juste de faire figurer les noms de deux de nos héros sur la liste des grandes stars africaines.
En effet, Rafik Saïfi et Anthar Yahia sont cités parmi les grandes stars d’un football africain qui va disputer pour la première fois la Coupe du Monde sur ses propres terres, en l’occurrence l’Afrique du Sud, a estimé hier l’instance de Blatter.
Anthar Yahia «le solide défenseur algérien (1m 87m pour 79 kilos) est entré dans l’histoire du football algérien en inscrivant le but de la qualification dans le match décisif contre l’Egypte (1-0) d’une puissante frappe sous la barre dans un angle impossible», écrit le site officiel de la Fifa. «Devenu un héros dans son pays, il n’en est cependant pas à son coup d’essai avec 5 buts en 34 sélections avec les Verts. Il sera l’un des piliers sur lesquels s’appuiera l’Algérie pour faire bonne figure lors de son retour sur la scène mondiale, 24 ans après sa dernière apparition», ajoute l’instance dirigeante du football mondial.
La Fifa a également mis en lumière d’autres stars africaines à l’instar de l’Ivoirien Didier Drogba (Chelsea) et le Camerounais Samuel Eto’o (Inter Milan) considérés comme «les porte-drapeaux» du football africain sur la scène mondiale, et les dignes successeurs des George Weah, Abedi Pelé, Mustapha Dahleb, Roger Milla, Laurent Pokou et autres Rabah Madjer.
Et au moment où nos héros se font une place dans la cour des grands, les Amr Zaki, Ahmed Hassan et consorts, nagent dans la bassesse en prenant part à la guerre anti-Algérie déclarée par toutes les chaînes minables des Egyptiens.
Heureusement que l’opinion mondiale connaît parfaitement la vérité et sait très bien que le jeu des Egyptiens est compris par tout le monde. Même certains artistes, jadis respectés, à l’image de Youssra (la bonne…), Ahmad Bidir (la brute) et Ahmed Essaka (le mauvais), sont tombés dans le piège du mensonge et de la haine en critiquant ouvertement l’Algérie à maintes reprises. Tiens…tiens…,ça nous rappelle bien le film de Sergio Leone Le Bon, la Brute et le Truand, même si là y a pas photo entre le ridicule et le top.
Une chose est sûre, l’histoire retiendra que les Egyptiens ont bel et bien atteint le ridicule, eux qui évoquent chaque fois les fameux 7000 ans de civilisation. En sept jours seulement, ces piètres égyptiens ont vraiment touché le fond de la médiocrité et du mensonge.
Mais comme notre Algérien est au-dessus de tous ces bobards, on le répète pour la énième fois: «Les chiens aboient, la caravane passe.» (L’Expression-26.11.09)

**********************Donner une suite au miracle «Vert»

Après ce qu’ont réalisé les footballeurs algériens tout au long de leur épique épopée, notamment en terre des Pharaons, on se met à rêver à ce que pouvait être l’avenir de l’Algérie, s’il est donné, s’il a été donné, à tous ses fils, singulièrement ceux expatriés, de servir leur patrie sans calcul et loin de toute récupération populiste et politicienne. Ce que les joueurs émigrés algériens ont apporté de plus et de professionnalisme à l’Equipe nationale, les milliers de cadres algériens émigrés à l’étranger peuvent en faire de même dans les secteurs de l’éducation, de la médecine, de l’ingénierie, de l’industrie, de l’agriculture moderne, des médias et de l’information. En un mot dans des secteurs où l’Algérie a pris beaucoup de retard qui pénalise son développement. Ce qui a pu donc être fait par et avec les footballeurs émigrés – y compris ceux disposant de la double nationalité qui ont choisi les couleurs de l’Algérie – peut et doit être renouvelé, sur une autre échelle autrement significative pour le pays, avec nos élites aujourd’hui installées en Europe et en Amérique du Nord en particulier. C’est là un gisement fantastique demeuré en friche, s’il n’a été marginalisé par les pouvoirs publics. Sans revenir sur les circonstances qui ont incité ce personnel qualifié algérien à quitter l’Algérie, il est sans doute patent que donner une suite à l’extraordinaire élan national, induit par la chevauchée des Verts vers le Mondial sud-africain, est devenu incontournable. La joie des Algériens établis aux quatre coins de la planète, témoigne ainsi largement de l’amour de ces citoyens pour leur patrie, pour leurs racines. Il suffit seulement que les pouvoirs publics soient disponibles à écouter et surtout à travailler avec cette diaspora, capable de remettre l’Algérie sur la bonne trajectoire, pour chasser les doutes qui ont paralysé le pays durant des années. Une étude de la revue française Arabies estimait, il y a deux ans, de 400.000 à 500.000 les cadres algériens opérant actuellement à l’étranger. Ainsi, il est indiqué que 7000 médecins généralistes et spécialistes, infirmiers et paramédicaux algériens activent actuellement en France. Ce qui est énorme alors que l’Algérie est confrontée à un manque qui ne lui permet pas de doter ses hôpitaux en personnels qualifiés. L’Algérie est riche de ressources que beaucoup nous envient, elle a des cadres (intra et extra-muros) performants, et pourtant elle n’a pas réussi son développement par son décollage économique et social. La fusion entre les joueurs émigrés et locaux a été une réponse claire et éclatante à ce que peuvent faire des Algériens lorsque n’entrent pas en compte des faits bassement populistes et/ou politiciens. Qu’est-ce qui bloque donc pour que l’Algérie se paie l’invraisemblable luxe d’ignorer, pire, de marginaliser son élite qu’elle soit ici ou établie à l’étranger? Ce n’est pas normal qu’un pays qui a tout pour réussir et devenir le leader arabe et africain et un dragon dans le monde arabe et continental, puisse continuer à stagner dans le sous-développement. «L’union fait la force», affirme la sage maxime. Tous, nous savions que l’Algérie avec ses seuls joueurs du «cru» n’aurait pas fait long feu en qualification de la Coupe du Monde et que c’est l’apport de nos émigrés qui a fait la différence. Tous, nous savons que l’Algérie a peu de chance de décoller et d’accrocher le train du développement si l’on demeure sur le quant-à-soi qui nous a joué de si mauvais tours. De fait, il y a des leçons à tirer de ces jours de fièvre du Mondial qui ont remis l’Algérie sur orbite. Personne ne comprendrait en effet, que les choses restent en l’état et que rien ne vient déranger l’immobilisme qui a gangrené le pays, quand le peuple, la jeunesse singulièrement, a montré combien l’Algérie pouvait engendrer les miracles. Plus que jamais, la balle est dans le camp des décideurs pour capitaliser l’incroyable élan patriotique induit par l’épopée des Fennecs. (L’Expression-26.11.09.)

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RUPTURE DES RELATIONS DIPLOMATIQUES AVEC L’EGYPTE
Les partis politiques disent «non»

La classe politique algérienne ne veut pas mélanger la chose sportive et les relations politiques entre Etats.

Non. Les partis politiques algériens ne souhaitent pas la rupture des relations diplomatiques avec l’Egypte. Hormis le FNA de Moussa Touati, les autres partis, contactés par L’Expression, ne veulent pas mélanger les torchons et les serviettes. Pour ces derniers, un match de football doit rester dans son cadre sportif, tandis que les relations politiques entre les deux pays, dépassent une rencontre de 90 minutes. C’est l’idée défendue par le FLN. Saïd Bouhadja, porte-parole du Front de libération nationale, a estimé que les attaques égyptiennes contre tout ce qui est algérien «ne proviennent pas de l’Egypte officielle». «Un match de football ne peut déterminer les relations politiques d’un Etat. Chaque chose à sa place. Le foot reste le foot, mais la politique c’est plus important que le foot», a déclaré, M.Bouhadja. Et d’ajouter: «Certes, il a y une certaine contradiction dans les déclarations anti-Algérie. Ce sont les deux fils du président Moubarak qui ont mené cette campagne, mais ils ne représentent, réellement, pas l’Egypte officielle.» Le porte-parole du FLN explique que la campagne médiatique égyptienne contre l’Algérie est destinée à la consommation interne. «La campagne menée par les télévisions égyptiennes est destinée à régler les problèmes égypto-égyptiens. Juste pour calmer le peuple égyptien. Le pouvoir en place a misé sur une victoire pour concrétiser son agenda politique, mais il a échoué. C’est un coup dur qu’il n’arrive pas à digérer», a-t-il expliqué. Le RND, parti du Premier ministre Ahmed Ouyahia, estime de son côté que «l’Algérie construit ses relations sur des bases solides. Il faut bien séparer la chose sportive et la politique», a déclaré Abdessalem Bouchouareb, membre du bureau national du parti. Et d’ajouter: «Le peuple algérien se fait respecter à travers le monde. La Révolution algérienne est universelle. Ce n’est pas une déclaration de presse qui peut remettre en cause les symboles de l’Algérie.» Même discours au MSP de Bouguerra Soltani. «Le MSP ne s’est jamais inscrit dans la ligne de ceux qui demandent la rupture des relations avec les pays avec lesquels nous avons des relations historiques et économiques», a répondu Abderahmane Saïdi, président du conseil consultatif du MSP. Et de préciser que cette question relève des Affaires étrangères et du président de la République, seul habilité à se prononcer sur cette question. «Nous dénonçons fermement cette campagne menée par la presse égyptienne visant à diaboliser l’image de l’Algérie.» M.Djoudi, porte-parole du Parti des travailleurs, de Louisa Hanoune, estime que son parti ne souhaite pas une telle démarche. «Les déclarations des journalistes égyptiens n’engagent que ces derniers. Elles ne sont pas celles de tous les Egyptiens ni celles de l’Egypte en tant qu’Etat. Je pense qu’on ne doit pas se rabaisser à ces déclarations des chaînes de télévision», a préconisé M.Djoudi. Des avis que ne partage pas le FNA de Moussa Touati, qui demande la rupture des relations avec l’Egypte. «Nous étions les premiers à demander la rupture des relations avec l’Egypte. Nous maintenons notre demande», a déclaré M.Touati hier à L’Expression. Et de s’interroger: «A quoi bon entretenir des relations avec un pays qui continue à porter atteinte à notre révolution, à nos martyrs et aux symboles de notre pays?». Bref, on maintient les relations diplomatiques avec l’Egypte. Mais que faut-il faire devant cette campagne médiatique égyptienne contre l’Algérie? Les avis sont divers. Les partis politiques sont divisés. Le FLN de Abdelaziz Belkhadem demande des poursuites judiciaires. «Il est impératif de porter plainte auprès des instances juridiques internationales, à l’image de la Ligue arabe et la Cour pénale internationale», a souhaité M.Bouhadja. Et de souligner: «Cette campagne ne doit pas passer sous silence». Au RND, «nous soutenons toutes les actions que prendra notre Etat» sur cette question. M.Bouchouareb précise que «le peuple est libre d’agir comme il le souhaite». Pour M.Saïdi, l’Algérie peut dénoncer cette campagne au sein de la Ligue arabe ou l’Union africaine. Et de préciser que l’Egypte «doit s’excuser officiellement pour avoir porté atteinte à la dignité des Algériens». Sur ce point, le PT, de l’avis de M.Djoudi, estime que la position de «mépris» adoptée par l’Algérie est la meilleure réponse. «L’Etat algérien est sage. On ne doit pas se rabaisser au niveau des insultes égyptiennes», a-t-il conclu. (L’Expression-26.11.09.)

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El Gueddafi veut jouer les prolongations

L’Egyptien Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe, a sollicité le Guide de la Révolution libyenne pour désamorcer la crise diplomatique naissante entre Le Caire et Alger.

L’information a été reprise par l’ensemble de la presse internationale (Le Monde, Le Point, Le Nouvel Observateur, L’Orient Le Jour, la presse canadienne et marocaine…). L’initiative semble être déjà à un niveau très avancé. Hosni Moubarak, sans doute tout heureux de ces bons offices et de la porte de sortie «honorable», concoctés en haut lieu, qui s’offrent à lui, a déjà fait part de son «respect» à Mouamar El Gueddafi. Il n’a pas omis de saluer «l’initiative fraternelle» du colonel qui l’a informé des «moyens» qui seront mis en oeuvre pour mettre fin à la violente campagne médiatique déclenchée par les médias égyptiens contre l’Algérie et qui a pris la tournure d’une crise diplomatique unique dans les annales des relations entre les deux pays. Des flots d’injures, d’insultes ont été déversés sur les supports médiatiques égyptiens (télévisions, radios, quotidiens…) contre le peuple algérien, dont le seul tort a été de fêter comme il se doit la victoire de son Equipe nationale de football sur celle des Pharaons, qui l’a du même coup qualifié pour le Mondial d’Afrique du Sud qui aura lieu en 2010. L’emblème national a été brûlé publiquement par les juristes égyptiens! Suprême insulte faite à un peuple dont les meilleurs fils ont été torturés, martyrisés et se sont sacrifiés pour libérer leur pays de 132 ans d’un colonialisme aveugle dont il porte encore aujourd’hui les stigmates. Quand une nation, respectable jusqu’à la veille du 14 novembre 2009, date à laquelle les hooligans égyptiens ont déclenché les hostilités en agressant le bus qui transportait le staff algérien, se targue d’être porteuse d’une civilisation plusieurs fois millénaire, s’adonne à des actes barbares d’une telle violence, elle ne peut prétendre qu’au statut usurpé de «Oum Eddounia».
L’Algérie ne porte en elle aucune intention belliqueuse envers quelque pays que ce soit. Encore moins envers l’Egypte, avec laquelle elle n’a en partage qu’un fonds linguistique commun: l’arabe. Aucune frontière n’unit les deux pays, pour qu’elle y observe une violation de ses territoires.
Un journaliste égyptien présent à Khartoum a poussé la paranoïa collective qui s’est emparée des médias de son pays, jusqu’à voir dans la présence des avions militaires algériens qui ont transporté les supporters de l’Equipe nationale au Soudan comme une éventuelle agression contre le territoire égyptien. Ce type d’opération possède en l’Etat hébreu, des maîtres en la matière. Les Egyptiens y ont déjà goûté en leur concédant le Sinaï qui ne leur a été restitué qu’après que la cause palestinienne fut sacrifiée sur l’autel de la reconnaissance officielle de l’Etat israélien, suite à de longues années de pourparlers qui se sont soldés par des accords de paix séparés, entre Egyptiens et Israéliens. Une stratégie imposée dans la région par les négociateurs de l’Etat sioniste. En ce qui nous concerne, les deux millions de kilomètres carrés qui constituent le territoire national est suffisamment riche en ressources pour faire vivre 35 millions d’Algériens. La solidité financière de l’économie algérienne (144 milliards de dollars de réserves de change) lui a permis de faire face à une crise financière internationale qui a mis à genoux les économies des pays les plus industrialisés de la planète. Est-ce toutes ces performances économiques que les Egyptiens nous jalousent? En tous les cas, avec ce feuilleton qui n’est pas encore près de nous livrer son épilogue, les Egyptiens qui se sont taillés une réputation incontestable dans l’art de la dramatisation, n’ont certainement pas fini de nous désagréablement surprendre.
«Le Guide de la Révolution, président de l’Union africaine (UA), va travailler pour combler le fossé qui s’est creusé entre l’Egypte et l’Algérie à la suite de la récente rencontre de football entre les sélections des deux pays», a rapporté mardi l’agence de presse officielle libyenne Jana. L’initiative à laquelle a adhéré Mouamar El Gueddafi ne porte pas, selon toute vraisemblance, son empreinte. C’est l’Egyptien Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe, qui a sollicité le Guide de la Révolution libyenne dans le cadre de cette mission de bons offices, dont les autorités
algériennes n’ont pas encore fait mention, afin de désamorcer la crise diplomatique larvée entre le Caire et Alger. Hosni Moubarak qui s’est pris les pieds dans ses lacets adoptera indéniablement profil bas. Il devra déployer des trésors de diplomatie, et faire amende très honorable, pour que le peuple algérien puisse, peut-être, lui pardonner un jour. (L’Expression-26.11.09.)

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*L’escalade de la haine des cinéastes égyptiens

 » Je sais désormais à quoi m’en tenir sur les cinéastes égyptiens, les journalistes et le festival du Caire. Je suis tombé sur des gens effrayants, tendance soumission aveugle au pouvoir de Moubarak, qui ressemble de plus en plus à Mussolini envoyant ses « chemises noires » contre l’ambassade d’Algérie. Qu’ils aillent tous au diable ! Le Caire, c’était l’enfer. Soudain, j’ai vu l’autre visage de la ville, des ruines partout, des trottoirs défoncés, des rues noires de saleté, des mendiants et des mouches. »

Le Caire (Egypte). De l’envoyé spécial d’El Watan. 

Et j’ai vu l’immense souffrance, la détresse de ces Cairotes non pas à cause de leur noire misère mais parce qu’ils ont perdu un match de football contre l’Algérie. Même les gens humbles, crasseux, qui semblent être la majorité des habitants, se sont mis à crier vengeance contre l’Algérie. Le Caire a oublié l’humour pour entrer dans l’hystérie. Le jour-même où Moubarak s’est couché devant l’Israélien Peres en visite officielle, il ordonnait à ses hordes de loubards d’aller brûler le drapeau algérien devant notre ambassade.J’ai cherché en vain un journal propre, intelligent ; un cinéaste, un artiste, un professeur d’université courageux, honnêtes, qui s’opposent à cette infecte politique de haine et de terreur qui secouait Le Caire après la victoire de l’Algérie : il n’y en avait pas un seul, aucun. Ils étaient tous aux ordres, intoxiqués par les mensonges du pouvoir selon lequel les supporters algériens étaient armés comme des Sioux à Khartoum et s’attaquaient aux paisibles Egyptiens… Le 33e festival du Caire lui-même ressemblait à une cour d’esclaves au service d’un certain Farouk Hosni dont on sait le sort funeste de sa candidature à l’Unesco. Mais ce type-là a tout de même recueilli la voix de l’Algérie ! Pour ensuite, recroquevillé dans son fauteuil de l’opéra lors de la cérémonie de clôture, flottant de son misérable oubli de ce que l’Algérie a fait pour lui, organiser une grossière machination contre le cinéma algérien.Bien fait pour nous qui avons soutenu ce ministre de la Culture égyptien qui sent une grosse odeur de moisi après 22 ans au même poste ! Rappel. L’idée d’inviter Rachedi et d’autres cinéastes algériens au 33e festival du Caire a germé en juillet dernier, lorsque le festival d’Oran a accueilli une forte délégation d’Egypte avec toutes les convenances dues à des artistes. Treize films algériens au programme, un hommage à Rachedi, un dîner officiel à la Citadelle dans une ambiance tout à fait normale, avant les deux matchs. Puis le triomphe des Verts à Khartoum a soudain entraîné toute l’Egypte vers les rivages d’une dangereuse escalade de haine. Sans rime et sans raison cinématographique, les organisateurs du festival du Caire ont suivi l’insipide mouvement, transformant l’évènement en un traquenard. Deux cinéastes au jury, Belkacem Hadjadj et Lies Salem, ont claqué la porte. Les journalistes ont cherché un vol retour pour rentrer au pays. Les films de Rachid Bouchareb, Abdelkrim Bahloul, Bachir Derraïs, Saïd Ould Khelifa, Fatma Zohra Zamoum… ont soudain disparu des salles après le but de Antar Yahia ! Dans les rues, des gens d’habitude simples, dociles, larbins, des épiciers, des bouabs, des chauffeurs de taxi se sont pris pour des foudres de guerre. Et pendant tout ce temps, la presse continuait à étaler des montagnes d’inepties, de mensonges hallucinants, tout à la gloire d’un raïs inexorablement courbant l’échine devant son visiteur venu de Tel Aviv. En débarquant au Caire, j’étais encore sous le charme de Bombay (Mumbai), du merveilleux temps de Juhu Beach et des défilés des stars de Bollywood couvertes de soie et de bijoux qui participaient au 11e festival du film de Mumbai (MFF) organisé par la Mumbai Academy of Moving Image (MAMI). A côté de Bombay, Le Caire, c’est désormais le néant. Il faut fuir la misère exécrable de l’Egypte et aller vers la singulière beauté de l’Inde. (El Watan-26.11.09.)

****************L’amour du pays dans les tripes…

Il a suffi d’une bande de jeunes portant enfoui au fin fond des tripes un amour du pays insoupçonné jusque-là, pour remettre en cause toutes les conjectures passées comme certitudes sur l’intensité de notre nationalisme qu’on avait vite remisé au musée des souvenirs. L’expression de cette vigueur retrouvée, tel un vent salutaire, a fini par chasser la chape de sinistrose sous laquelle on suffoquait à petit feu et qui avait failli fausser la perception qu’on pouvait avoir de l’Algérien.Nous avons repris gout à la vie et renoué orgueilleusement avec les reflexes ancestraux qui avaient fait la force des générations antérieures dans notre fol espoir de croire aux miracles. Nul besoin de recourir au doucereux racolage pour savoir si l’événement nous propulsait au firmament de l’allégresse. On était réellement heureux de vivre intensément et même de participer corps et âme à une réjouissance vraiment conviviale qui nous change des cérémonies barbantes et onéreuses qu’on subissait dans une ambiance affectée et d’une tristesse à pleurer.

 L’Algérien se réconcilie avec lui-même, retrouve son identité avec fierte, son drapeau et son hymne national qu’il entonne avec une ferveur inégalée depuis celle de juillet 1962. A quelques temps de là, certains n’avaient qu’un rapport juste formaliste à la limite du factice pour ces symboles, alors que d’autres préféraient exhiber ostensiblement les bannières d’autres pays dans les gradins et sur leurs vêtements.

 Avec ceux qui n’osaient pas s’afficher à coté de l’emblème national considéré comme ringard, il y avait l’espèce la plus inquiétante : celle qui refusait ostensiblement d’assister à la levée des couleurs dans des établissements publiques en prétendant qu’il n’était pas assez… musulman.

 S’extrayant de l’attraction émasculante des nombreuses chapelles avec leurs faux dévots, leurs sermons anachroniques et leurs discours populistes nos jeunes se sont détachés des pesanteurs pour libérer des pulsions saines longtemps refoulées.

 Les interdits, les handicaps psychologiques et toutes les inhibitions et hypocrisies accumulées volèrent en éclat pour la réappropriation de leur véritable nature et de l’un de ses besoins vitaux : faire spontanément la fête au village selon leurs propres règles. Une réelle fierté d’assister à ce défoulement sain de notre jeunesse enfin maitresse de ses actes, débarrassée de l’oppression de tutelles auto proclamées. Elle venait d’exorciser les vieux démons qui l’entravaient au grand dam de quelques vautours qui ont du assister, la mort dans l’âme au déferlement des flots de la vie qui reprenait ses droits. C’était la bérézina de leur stratégie d’endoctrinement et l’échec pitoyable de leurs doctrines archaïques. Le feu était dans la baraque ; même les plus inconditionnelles de leurs ouailles, happées par la grande crue, leur filaient inexorablement entre les doigts. En un tour de main et sans dieu ni maitre notre jeunesse a pu réaliser et vivre passionnément une kermesse à la dimension de notre grand et merveilleux pays. Les martyrs, longtemps dépités par notre ingratitude et de ce que nous avons fait du produit de leurs sacrifices peuvent à présent se rasséréner quant à l’authenticité de leurs surgeons et donc sur l’avenir du pays. Le levain qu’ils ont semé a levé et les jeunes pousses ont administré la plus grande leçon de nationalisme par sa profonde sincérité tant elle était simplement naturelle et complètement désinteressée. Aucun de ces jeunes n’a été effleuré par une quelconque ambition d’accession à la fortune ou au pouvoir, son seul crédo est de hisser vers les plus hautes cimes les couleurs nationales pour lesquelles il vient de prouver à quel point il était prêt à offrir le meilleur de lui-même.

 On ne donnait pas cher de ces jeunes avec lesquels on a rarement connu une pareille harmonie dans leurs relations avec le reste de la société. A les entendre récriminer sans interruption et reprocher même au bon dieu de les avoir fait naitre sous ce ciel, le plus averti des observateurs n’aurait pas hésité à conclure qu’il était en présence d’un magma inflammable de jeunes perclus par l’amertume n’ayant qu’une notion suspicieuse du patriotisme et n’éprouvant que de l’indifference, voire de l’aversion, pour tout ce qui peut représenter le pays.

 Ils ont vite été rangés dans la catégorie peu recommandable des émeutiers par désir morbide d’embêter les autorités ou de harrags stupidement séduits par un mythique eldorado de l’autre côté d’une mer traitresse. Pour les moins virulents on leur reproche dans notre immense indulgence de n’être que d’encombrants parasites passant leurs caprices sur leurs géniteurs et vivant honteusement à leurs crochets.

 Englués dans le marécage des fausses convenances et d’étranges attitudes greffées cyniquement dans la culture générale et perpétuellement ravivées par les gardiens du temple soucieux de préserver leur influence inhibitrice sur la socièté, ils ont même perdu le reflexe juvénile de se défoncer et de mordre la vie à pleines dents. En leur présence on a la désagréable impression d’être au milieu d’un troupeau de zombis débarquant d’un monde glauque avec leur accoutrement ridicule et une sénilité prématurée dans le comportement. Condamner un jeune, qui de nature doit bouillonner de vie, à se morfondre dans un ersatz de culture incitant la plupart du temps au renoncement de soi même débouche nécessairement sur une interminable veillée de guerre avec des instincts toujours plus destructeurs pour compenser la frustration d’épanouissement nécessaire à cet âge. Benmhidi, en grand visionnaire éclairé, connaissait déjà les leviers jalousement gardés de son peuple en lançant la fameuse prédiction «Jetez la révolution dans la rue et le peuple la saisira».Elle n’a jamais été aussi bien illustrée que par l’éruption de ce volcan incandescent autour d’une cause pourtant banale au départ et n’intéressant que la frange bien particulière des sportifs et de leurs fans En ce mois de novembre, notre mois des défis, les Algériens ont laissé de coté toutes les rancoeurs et les mesquineries d’une quotidienneté cafardeuse n’offrant que le doute et le désenchantement.

 On s’aperçoit que, même recouverts par les cendres des multiples reniements, les tisons ardents d’un patriotisme loyal n’ont jamais disparu, mais personne cependant n’était prêt à soutenir le pari qu’une équipe de foot bal pouvait les transformer en un gigantesque brasier et mobiliser spontanément toutes les couches et tous les âges de tout un peuple dans une communion aussi mémorable.

 D’horizons différents, de fortunes diverses et avec parfois des projets de société antinomiques, ces millions de voix hurlant jusqu’au nirvana « one two, three…viva l’Algérie ! » donnaient le frisson. Brandir fièrement les couleurs nationales avec pour unique cri de ralliement l’hymne national constitue le meilleur désaveu de ceux qui prétendaient que l’Algérien était devenu un indécrottable opportuniste peu sensible au devenir de son pays qu’il «vendrait» pour une bouchée de pain !

 Amazigh n’est pas seulement le nom d’un génotype, il désigne surtout l’homme stoïquement debout devant l’adversité. Il est généreux par nature mais allergique jusqu’à l’obsession à toutes forme d’injustice. Il y a un mot du cru intraduisible fidèlement dans d’autres langues et qui désigne beaucoup plus un feeling que seul un Algérien peut identifier : « Hogra » sous l’effet duquel ce dernier peut soulever des montagnes !

 L’un de nos présidents l’avait bien utilisé pour envoyer facilement des milliers de jeunes au front pieds nus. Mais personne ne s’était plaint à l’époque ; comme aujourd’hui, il fallait être à la hauteur du défi, les souliers on en reparlera plus tard entre nous ! C’est cet esprit qui a permis à cette équipe de nous faire vivre sur un nuage pendant toute cette période.

 L’idéal, maintenant serait de ne pas en redescendre après l’euphorie et sombrer dans la médiocrité, mais d’utiliser cette dynamique dans le lancement d’autres chantiers qui méritent tout autant notre enthousiasme pour améliorer nos conditions de vie. Il n’est pas impossible de garder en bonne santé cette flamme sublime pour éclairer la grisaille de notre quotidien et canaliser ces torrents d’énergie capables de nous projeter au niveau des grandes nations. Pour cette fois nos autorités ont eu l’intelligence d’enfourcher sans tarder la grande vague et de l’accompagner au grand bonheur de tout le monde. Qu’y a-t-il de mieux qu’une symbiose aussi productive entre gouvernants et gouvernés ?

 Un grand coup de chapeau au maitre d’œuvre de cette véritable expédition sur Khartoum de milliers de jeunes en un temps si court et sans aucun problème. Déplacer cette masse de jeunes surexcités sur une aussi longue distance, les prendre en charge intégralement et les organiser aussi efficacement sur tous les plans dans un pays étranger au milieu d’un environnement parfois hostile relève d’une gageure. Un haut degré de professionnalisme qui rassure les plus sceptiques sur les capacités de notre pays et son avenir.

 L’atavisme de Novembre est peut être pour quelque chose dans cette réalisation historique mais une judicieuse décision politique orchestrée de main de maître par nos cadres pour réussir avec quel panache une aventure aussi prodigieuse force le respect et la considération. Une étape importante à inscrire au palmarès de nos réussites et à honorer par le plus populaire des saluts : « One, two, three…viva l’Algérie ! … »(Le Quotidien d’Oran-26.11.09.)

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Un moment algérien

La FIFA rend hommage à Saïfi et Antar Yahia spacer

Depuis l’Indépendance, les communions générales, ces moments où l’on sent qu’un lien magique unit la presque totalité des Algériens, ont été plutôt rares. La victoire du dix-huit novembre dernier à Khartoum fait partie de ces instants euphoriques où le temps semble être soudain suspendu. On pourrait, non sans raison, ironiser sur le caractère puéril et démesuré d’une telle joie nationale et répéter à l’envi, la bouche pincée, que les peuples se font toujours duper par un peu de pain et des jeux.

 Ce serait ignorer la force du football et sa capacité à traduire les attentes d’un peuple ou d’une société.

 Quelles sont les leçons de cette rencontre et de l’agitation multiforme qui l’a entourée ? Ne perdons pas de temps avec les considérations sur le jeu et la tactique. A l’exception du but, combien sommes-nous à nous souvenir du match ? En réalité, l’enseignement le plus important est extra-sportif : la jeunesse algérienne est en quête d’une grande cause mobilisatrice que seul le football a été capable de lui offrir.

 Les tribulations de nos supporters, du Caire à Khartoum, ont quelque chose d’épique. Ces gamins sans passeport et qui, pour certains d’entre eux, n’avaient jamais quitté le sol national ; ces chants durant les entraînements des Verts où les galeries scandaient « n’ayez pas peur, nous sommes là pour vous protéger » ; cette émotion générale qui a traversé le pays et irrigué les veines de la diaspora, de Montréal à Abou Dhabi en passant par Gaza et bien sûr par Marseille et Paris ; l’indignation et l’incompréhension face au déchaînement des télévisions satellitaires égyptiennes : voilà autant d’ingrédients qui pourraient alimenter une chanson de geste moderne.

 De Khartoum, il faudra aussi retenir le courage et la générosité de ces supporters algériens. Ils furent le douzième et même le treizième homme. Cela peut être une satisfaction mais, pour autant, tout observateur avisé ne peut ignorer que cette énergie ne se satisfera pas longtemps du seul football. Elle aura besoin d’autre chose et très vite. A défaut, ce potentiel se réalisera autrement et pas forcément de manière positive. Pour être clair, il est urgent que nos dirigeants se rendent compte que la jeunesse algérienne n’en peut plus d’attendre des jours meilleurs. Souvenons-nous seulement de cette jeunesse qui chantait la gloire des Madjer, Assad et Belloumi dans les années 1980 et de ce qu’une partie d’entre elle est devenue par la suite…

 Il existe un autre enseignement de la rencontre de Khartoum qui permet de faire de cette qualification en Coupe du monde de football une allégorie de la situation actuelle de l’Algérie. Quelle a été la recette du succès ? D’abord, la sélection de jeunes joueurs. Inutile d’insister sur l’importance de ce facteur. Ensuite, la présence à la tête de cette équipe d’un entraîneur expérimenté. Un « cheikh » comme l’appellent ses troupes. Cela mérite réflexion quand on pense au nombre de cadres mis sur la touche en raison de leur âge malgré leur expérience. L’un des drames de l’Algérie est qu’elle semble être en permanence tentée de faire table rase du passé. Pourtant, il n’y a pas qu’en football que la continuité et les cheveux blancs ont du bon…

 Dans le même ordre d’idée, l’EN s’est aussi qualifiée parce qu’elle a fait appel à des joueurs professionnels aguerris. Le football est ainsi l’un des rares domaines où le recours à la diaspora pour aider le pays ne souffre d’aucun questionnement ni d’aucune entrave. Tout le monde est d’accord et reconnaît cette nécessité. De même, il est évident que ces joueurs, aussi importants soient les sacrifices qu’ils concèdent, n’acceptent pas non plus d’être maltraités par ceux qui font appel à eux, notamment sur le plan des compensations matérielles. Le football algérien a l’intelligence de comprendre que le volontariat a ses limites.

 Quand donc aurons-nous un vrai débat sur la meilleure manière, non pas de faire revenir les talents algériens qui vivent à l’étranger, mais de les utiliser pour qu’ils contribuent à faire sortir le pays de son enlisement ? A ce sujet, relevons au passage que si l’Algérie se trouve désormais au vingt-huitième rang du classement mondial de la Fédération international de Football (Fifa), elle ne pointe qu’à la cent huitième place dans le dernier rapport sur l’indice de développement humain établi par le Programme des Nations unies pour le développement (pnud).

 Mais le match à Khartoum a aussi été un moment maghrébin. Voici ce qu’a écrit une personnalité française à ses amis algériens : « Je suis à Casablanca. Je suis tranquille en train de travailler. Une immense clameur surgit de la ville. Inquiet je téléphone à un ami. Il me dit l’Algérie vient de marquer un but. Je continue, tranquille. Une heure après les voitures hurlent dans toutes les avenues. Je téléphone à un ami. Il me dit «Nous avons gagné». Je lui dis «qui ?». Il me dit «ben, l’Algérie !» » Et cette personnalité de conclure : « Le Maghreb existe enfin, je l’ai vu et entendu ».

 Si la jeunesse algérienne a besoin de cause mobilisatrice et d’une vision pour l’avenir, les peuples du Maghreb réclament l’union. Quand Casablanca ou Tunis explosent de joie lorsque l’Algérie se qualifie, c’est tout sauf anodin. Malgré le temps qui passe, les inepties chauvines de part et d’autre des frontières, l’aspiration à un rapprochement maghrébin – ne parlons même pas d’union – existe encore. Certes, c’est une pulsation presque inaudible mais le football l’a révélée au grand jour et ce n’est pas uniquement parce que les Maghrébins se rejoignent dans le peu d’estime qu’ils ont pour les dirigeants égyptiens et leur valetaille.

 D’ailleurs, nous devrions aussi réfléchir aux propos de l’un des rejetons du fils Moubarak. « Les Algériens ne sont pas des Arabes », a-t-il prétendu, faisant écho à une présentatrice de Nile TV qui pensait insulter les Algériens en les traitant à la fois de barbares et de Berbères.

 Curieusement, à lire la presse algérienne, rares ont été ceux qui ont répondu aux délires égyptiens sur la non-arabité algérienne. A l’inverse, la guerre d’indépendance, celle des six jours et de Suez ont plus mobilisé nos plumes attentives à défendre l’honneur national. Question : et si ce fils à papa disait vrai ? Et si, même s’il ne faut guère rêver, le football nous forçait finalement à débattre au sujet de notre identité ? (Le Quotidien d’Oran-26.11.09.)

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*Une nouvelle gouvernance pour «l’Algérie qui gagne» ?

La victoire sur l’Egypte a déclenché un déferlement impressionnant. Un raz de marée, un tsunami que les gens du système ne comprennent pas ou font semblant de ne pas comprendre, mais qu’ils redoutent, tout en voulant l’exploiter sans vergogne.

Tout le monde s’interroge: pourquoi cet immense engouement et que peut-il révéler sur l’avenir de la République, que beaucoup, frileux en diable, avaient hâtivement précipitée aux oubliettes de l’histoire. Et pourtant, le peuple des jeunes est là, plus présent que jamais, plus virulent et exigeant qu’hier. Surtout conscient des enjeux réels, un temps occultés par un match de football qui a redonné à tout un peuple fierté et dignité ; et un élan patriotique dont on ne mesure pas encore toute la portée après des décennies de hogra et de barbarie.

 Mais avec cela nous sommes côté cour et personne ne veut admettre la réalité de ce qui est caché, de ce qu’ils veulent cacher et travestir au peuple plus jamais dupe des simagrées d’un pouvoir à bout de souffle, voulant reprendre haleine, en puisant dans cet immense réservoir qui s’offre à lui ; et qu’il sait ne pas être dupe.

Un quart de siècle de déserts traversés

Cela fait près d’un quart de siècle, après le faste des années 82 et 86, que l’Algérie n’avait pas fait la fête. Puis notre pays a traversé, à partir d’octobre 88, les affres de la barbarie. Avec, cependant, les fulgurantes éclaircies dues, en sport, à Hassiba Boulmerka, Nourredine Morceli, Djaber, Hamed et Nouria Benida. Même si l’athlétisme n’a rien à voir, en terme d’audience et de charisme collectifs, avec le football.

 Pour ce qui est du politique, nul ne fut dupe de la supercherie de l’après-octobre 88. Peu crurent aux faux-semblants de la libéralisation économique, politique et sociale. Maïs ils furent beaucoup à se laisser emporter par la vague d’unanimisme qui montait, via médias emportés par une euphorie qui fit tourner la tête à toute la mouvance démocratique. Penser que la société se libérait fut une tragique illusion. Au contraire, elle était de plus en plus ligotée, bâillonnée, interdite de manifester et de s’exprimer pour oser réclamer ses droits constitutionnellement établis. La parole des pauvres et des miséreux n’était plus portée par personne, pas même par ceux que l’on appelle «élus du peuple». La création littéraire, artistique et scientifique végétait à l’ombre de ministères tutélaires, plus prompts à organiser de grandes zerdas qu’à accepter que la liberté des justes s’exprimât.

La glaciation systémique et le dégel footballistique

Une pieuvre immense, que l’on nomme commodément système, enserre la société et tous les appareils politiques, syndicaux ou associatifs, et surtout économiques, dans une nasse de tentacules invisibles mais puissants, propres à décourager toutes les velléités ou tentatives de résistance ou de changement. Dans cette énorme opération d’embastillement social, politique et culturel qui dessert plus le système qu’elle ne le sert – parce que par définition les systèmes exècrent la liberté et l’intelligence – il est à craindre de voir ces bastilles où croupissent droits et libertés du peuple, exploser un jour au visage de ceux qui les construisent ou les contiennent, en se servant de mille et un expédients.

 Etat d’urgence, répression policière, justice aux ordres, redressements intempestifs, islamisation planifiée de la société, non pour sa libération, mais essentiellement pour sa plus grande caporalisation, grâce à l’effet du sacré et au recul de la citoyenneté, dévitalisation et dévirilisation de la vie politique, sont les maîtres mots de la vaste entreprise de dépossession du peuple de sa souveraineté et, partant, de ses droits les plus élémentaires à espérer qu’un jour le changement advienne.

 Et, sur cette lente mais inexorable glaciation systémique, s’abat l’éclair fulgurant de l’exploit de l’équipe nationale de football. Le «peuple jeune» et moins jeune, où la femme a réussi à imposer son espace – pour un temps, admis et respecté – envahit les rues et fait sauter, sans coup férir, les verrous d’un état d’urgence, plus alibi liberticide que rempart sécuritaire.

 La joie gronde dans les rues bousculées et chavirées par un enthousiasme sans retenue. On dirait que les jeunes générations ont voulu faire plus fort, plus large et plus haut, que celles de l’indépendance, lorsque le peuple en joie, s’est réapproprié sa liberté pendant de folles journées de liesse.

 Ils ont senti d’instinct que la patrie était «en danger» et qu’il était de leur devoir de voler à son secours ; alors foin des entraves de toutes sortes face à cet enthousiasme patriotique démesuré, plus fort et plus étendu que tout ce qui aurait pu lui être opposé.

Les politiques surfeurs

Le président de la République, qui fait partie de ces leaders du 21e siècle sachant surfer sur les événements, après s’être rendu compte que l’ère des Grands Timoniers était révolue, a su utiliser cette vague énorme qui a déferlé sur tout le pays dans ses coins les plus reculés.

 Joël de Rosnay attentif aux nouveaux types de gouvernance écrit dans L’Homme symbiotique: «Le politicien-surfeur cherche à créer des événements qui fournissent l’énergie nécessaire à son propre mouvement.          Comme le disait Henri Kissinger: «Il faut non seulement surfer sur la vague des événements mais créer celle sur laquelle on surfera».

 Et cela, non seulement pour répondre à l’appel d’une jeunesse chauffée à blanc et frustrée de n’avoir pas eu de révolution à faire comme ses aînés, mais pour s’assurer les rênes d’un pouvoir que des «niches» du système avaient tendance à lui contester.

Quelles lectures faire ?

Quelle lecture faut-il faire de ces journées de crainte, d’angoisse et de joie partagées, pour une équipe nationale de football, nouvelle, jeune, dynamique et consciente de l’ampleur de ses responsabilités ; conscience encore plus aiguisée par les traquenards du Caire.

 Une équipe qui va aller loin. Tout le monde s’en doute et le prédit, parce que conduite par un chef avisé, qui sait être prudent quand les circonstances l’exigent et conquérant lorsqu’il le faut. Pour l’essentiel, je retiens trois pistes de lecture possibles.

 Un: C’est grâce au sport que l’unité patriotique s’est réalisée, alors que tous les hommes politiques s’y sont cassé les dents et ont blanchi sous le harnais, sans trouver de formule «magique» pour y parvenir. Et puis, l’ont-ils vraiment voulu ? Le peuple, faisant fi de tous les atermoiements déchirements et autres frilosités, a donné sa réponse: la bonne, celle ayant transcendé les clivages politiques, les bégaiements et hiatus de l’histoire.

 Deux: C’est grâce au sport que le peuple s’est réapproprié l’espace de sa souveraineté. Même si cela tient plus du symbolique que du réel. Il lui a fallu près d’un demi-siècle pour bousculer tous les obstacles qui lui ont barré la route de la liberté et notamment la peur que le système lui a instillé comme un insidieux poison.

 Trois: C’est grâce au sport que la voix du changement, que le système a voulu rendre inaudible, vient de se faire entendre avec une clarté sans pareille et une patriotique unanimité nationale, surprenante et indestructible. Un fleuve qui emportera tout sur son passage s’il venait à être vite oublié et méprisé, comme du temps de toutes les hogras qu’il a eu à supporter. Il est évident que cette victoire va avoir d’autres répercussions, notamment au plan économique, comme l’a mis en évidence El Kadi Ihsane, dans sa dernière chronique d’El Watan économie ; ou, sur le plan administratif et institutionnel, comme l’a si bien prédit le ministre de l’Intérieur, faisant allusion à «l’Algérie qui gagne» et à toutes les implications de ce que gagner veut dire en terme de changement.

Le changement: un dialogue constructif entre l’Algérie d’en bas et l’Algérie d’en haut

Le président de notre République l’a compris. Il a décrété, en un temps record, la mobilisation générale de tous les appareils étatiques autour de l’équipe nationale et de ses supporters.

 Il est simplement à souhaiter que cette mobilisation collective ne soit pas circonstancielle mais s’inscrive durablement dans le temps, pour le sport, le logement, l’hôpital, l’école, le niveau de vie, l’emploi des jeunes et l’environnement. Le tout couronné par des institutions démocratiques.

 Saura-t-on se servir de cette victoire et de celles qui vont suivre pour impulser, de manière vigoureuse et décisive, les voies du changement et se mettre enfin à écouter le peuple et sa jeunesse, pour les faire participer effectivement à la gestion des affaires de leur pays. A abattre toutes les citadelles de l’immobilisme et de la corruption qui ont entravé la créativité et le dynamisme de jeunes entrepreneurs ; à lever tous les obstacles que le système et la bureaucratie ont élevés entre le pouvoir et le peuple au point de rendre infranchissable le fossé qui a séparé, depuis l’indépendance, gouvernants et gouvernés, fourvoyant ainsi notre pays dans une terrible impasse ? J’ai vu au stade du 5 Juillet les jeunes venus reprendre leurs passeports pour aller à Khartoum, après l’ébullition de la veille. Je les ai vus se réunir, débattre et dégager entre eux une solution. Puis désigner leurs représentants qui ont exposé aux responsables des pouvoirs publics la solution et les moyens de l’appliquer. Pour moi, ce moment ne fut pas vain, comme on pourrait le penser. Il fut exceptionnel parce que porteur de la démarche démocratique et citoyenne qui va faire advenir le changement véritable. Pas le changement décrété par en haut, mais celui construit démocratiquement avec les principaux concernés, en mobilisant les énergies et compétences de tous, pour le mettre en oeuvre. Le changement véritable et durable est un dialogue démocratique permanent entre l’énorme énergie et l’intelligence collective de la société face aux pôles de la décision politique qui ne seraient plus seuls à gouverner, mais gouverneraient avec un peuple désormais debout. Sinon, nous risquerions de retomber dans le monde de l’illusion, de la peur et de la hogra. Elles mèneraient alors, de manière inéluctable, aux dérives nourrissant des désordres, difficiles, si ce n’est, impossibles à contenir. Un match de football vient de le démonter sans conteste et de rendre possibles les voies du changement et d’une nouvelle gouvernance.(Le Quotidien-26.11.09.)

***********Autopsie d’une joie rare 

S’il est un match riche en enseignements, c’est bien celui qui a qualifié l’Algérie contre l’Egypte. Passons sur les qualités humaines, professionnelles et stratégiques de Cheikh Saadane. Passons sur cette équipe merveilleuse, sur ces jeunes qui savent dire « incha’Allah » avec un accent d’émigré ou d’immigré selon la rive, qui donne la chair de poule et qui sonne vrai dans leurs bouches. Passons sur la victoire et laissons les autres commenter leur échec et essayer de le rafistoler par quelques pierres pyramidales endeuillées, tombées en ruine comme un faux rêve. Passons sur les décisions nasales de Bouteflika et sur une joie pour une fois réelle lisible sur son visage, ainsi que sur le bonheur grandiose de toute une population qui a crié à l’unisson, ce but plus que satanique, mortel pour l’équipe égyptienne. Passons donc sur la joie et essayons de tirer profit non plus d’une victoire désormais acquise mais de ce phénomène social qui a bouleversé toutes les données en offrant matière à travail et réflexion. A travail et à réflexion d’abord. Avant cela relevons les détails d’une fête qui n’a de semblable que celle qui a marqué la libération du pays de l’avis de ceux qui les ont vécues à quarante-sept ans d’intervalles. Des signes forts étaient là.

D’abord le drapeau

Sans attendre cette fameuse campagne de distribution promise par l’Etat via les scouts, la population s’est dotée de l’emblème national sous toutes ses formes. De l’immensément grand ombrageant des rues entières, à celui suspendu à une fil reliant deux balcons et retenu par des bouteilles d’eau vers ses extrémités inférieures, pour maintenir sa droiture contre les vents. Un drapeau droit comme on en a toujours rêvé. On pouvait voir aussi des drapeaux sur les balcons, ou couvrant le mur d’un immeuble de haut en bas, sur les devantures de magasins, sur les toits des véhicules. Certains véhicules ont poussé la décoration jusqu’à coller sur les capots des autocollants représentant le drapeau national. Brandi particulièrement par des jeunes, filles et garçons, que l’on croyait attirés seulement par les équipes étrangères et la fuite du pays, sortant des portières de voitures comme des bouquets de fleurs, mais brandi aussi par de moins jeunes longtemps silencieux, découvrant avec satisfaction que leurs bras pouvaient bouger au-dessus de leurs corps. En tout état de cause, il paraissait plus beau dans des mains jeunes accompagnant un sourire, un clin d’oeil ou un cri de joie poussé du fonds des poumons, un baisé envoyé en soufflant sur la paume de la main. L’Etat n’avait plus besoin de dire au peuple ce qu’il devait faire. Il le savait par instinct et il le faisait mieux encore et plus proprement. Il suffisait à l’Etat de s’habiller en civil et de veiller aux dépassements, veiller à la circulation et laisser s’exprimer une dynamique cachée occupant pour une fois son propre terrain, son véritable registre. Le vrai rôle de l’Etat en somme. Avant la fête, le pavoisement ressemblait à un ancien premier Novembre du temps où les personnels de santé défilaient aux côtés des militaires, des pompiers, des douaniers, des athlètes et autres catégories professionnelles. Du temps où les catégories professionnelles existaient réellement. Après la fête, le pavoisement se faisait par des corps, enveloppés de la tête au pied d’un drapeau qui renaissait de sa jeunesse et qu’aucune autre manifestation n’avait jamais réussi à le montrer aussi haut en couleurs, aussi beau. De Tamanrasset à Dunkerque. De Londres à Ghaza. De Rabat à Tunis. Et jusqu’au pôle Sud, parait-il. Un défi que n’ont relevé ni les moudjahidine, vrais ou faux, ni les appareils administratifs qui peinent à délivrer un extrait de naissance correct. Au moins celui d’un drapeau. L’engouement pour notre emblème national a été exceptionnel de la part d’une jeunesse sans complexe, qui n’a connu ni la Guerre de Libération, ni les premières années d’indépendance. Et puisqu’elle s’est saisie du flambeau faute de le recevoir d’autrui, qu’elle le garde. Elle en fera meilleur usage que ne l’ont fait les anciens.

Les habits ensuite

Le football a son commerce et il s’est exprimé à travers les étalages alignés à même les trottoirs ou dans les magasins de vêtements. Des survêtements aux tricots de différentes longueurs en passant par des chapeaux amusants, des bandeaux et autres brassards de poignés. Des tricots de sport qui ont mis en avant la mixité tant décriée par les séparateurs de sexes, qui ont failli réussir leur triste entreprise de construction d’un mur de différence. On n’a pas eu besoin de constitution rafistolée et sur mesure, pour déverser un nombre effarant de filles dans les rues, habillées de blanc et de vert pour la circonstance, pour nous démontrer combien ces « filles de mon pays » sont jolies lorsqu’elles se révoltent, en bravant les interdits imposés au nom d’une certaine morale. Mon Dieu qu’elles sont jolies ! Ces tricots chinois sont la seule bonne chose que nous ayons su importer de Chine depuis l’encre et les maçons. Les Chinois ont gagné et nous aussi, et c’est ce que l’on peut appeler un commerce équitable. Ils nous ont permis d’honorer nos couleurs parce qu’ils travaillent vite et beaucoup, et de nous habiller tous de la même façon comme du temps de Mao. D’ailleurs, on a même vu des Chinois porter les couleurs algériennes et scander à leur façon au milieu de nos jeunes « one, two, three viva l’Algérie » comme s’ils étaient enrhumés. En les écoutant, on a l’impression que les Chinois parlent du nez. C’est peut-être parce qu’ils en ont eux.

Les DJ et la musique après

Encouragés par des centaines de chansons officielles ou non, composées pour la circonstance avec les moyens du bord et parfois par une reprise d’airs anciens, chaque rue avait son matériel de diffusion audio et même ses écrans géants. Sa radio de rue en fait une idée à méditer en continuation des radios locales qui descendent très peu dans la rue. S’il est vrai que la culture est quelque peu éloignée du sport, d’ailleurs chez nous elle-même éloignée de la culture elle-même, un concours de la rue la mieux animée, de la chanson la plus écoutée, du chanteur, de la chanteuse ou du groupe le plus populaire, auraient été les bienvenus. Même le chanteur d’El-Bahara, qui a bercé « Djibouha ya laouled » en 82, a repris du service avec les yeux ouverts cette fois-ci. C’est dire qu’entre-temps il a compris. On a entendu des chansons oranaises, kabyles, chaouies, gnaouies et même égyptiennes, pour la dérision, après un changement de contenu. La chanson andalouse n’était pas de la fête, c’est dire qu’elle est faite pour de tristes circonstances, d’amours perdus, de la bien-aimée qui s’en va revisiter Grenade et sa chute irréversible. La technique du D.J. par quartier a permis à chacun de rester à proximité de son domicile ne pouvant en fait se déplacer qu’à pied. Les mauvaises langues disent que ce sont les services de sécurité qui ont inventé cette technique pour empêcher une trop grande circulation des véhicules. Si tel est le cas, pour une fois, ils ont bien fait leur travail. D’ailleurs, on ne voyait pas de service d’ordre, et l’idée selon laquelle on devrait les recycler à des tâches d’utilité publique n’est pas mauvaise. Tout le monde a tapé des mains et dansé tard dans la nuit pendant trois jours. La télévision du vice et de la vertu avec ses quatre têtes a fait ce qu’elle a pu pour marquer l’événement, et c’est tout ce qu’elle pouvait faire en incrustant le portrait de Bouteflika à toutes les images sauf celles du match. Mais elle a fini par défendre les couleurs dans cette guerre d’information à l’instar de la presse écrite privée.

Bouteflika, enfin

Nul ne sait s’il a porté la tenue de l’équipe nationale à un moment, puisqu’il y en avait pour toutes les tailles ou s’il a regardé le match de qualification et encore moins avec qui. On ne sait pas s’il a crié comme nous tous, peuple d’en bas, au moment du but de Antar Yahya qui a fait vibrer nos coeurs. Voilà des images d’absence qui auraient rapporté gros pour ceux qui s’occupent de la communication personnelle du Président. Dans ce sens, Ould Abbès a été plus fort en volant la vedette y compris à Djiari. Bouteflika a été pourtant le symbole de la facilitation de l’équipe nationale le plus apprécié particulièrement, en prenant la décision d’envoyer nos troupes à Khartoum damer le pion aux acteurs qui nous ont saoulés des années durant de leurs éternels « mitgaouez ». En faisant parler Zerhouni à sa place et symboliquement devant les pompiers, le Président considérait sans doute que le feu allumé par les Egyptiens et en eux, n’était pas aussi important qu’on le croyait. L’Egypte a l’habitude de dire ce qu’elle ne fait pas et de faire ce qu’elle ne dit pas depuis Ben Gourion.

En conclusion

Durant près d’une semaine, si l’on compte l’avant et l’après-match, l’Algérie a offert un visage nouveau qui n’a pas encore révélé tous ces secrets. Pays de jeunes inscrit dans une dynamique surprenante et spontanée, elle s’est ouverte comme un livre nouvellement édité qui mérite une lecture particulière. La place du football dans la société ne parait pas être l’essentiel pour l’analyse et la frustration n’explique pas tout. La démonstration d’une mobilisation à grande échelle pour la victoire est désormais faite. La rapidité de cette mobilisation et son ampleur permet d’espérer une capitalisation de l’expérience acquise pour donner l’exemple à d’autres domaines. Si le football doit être la locomotive, il reste à lui accorder une place de choix dans la stratégie nationale qui sous-tend les plans de développement. Nos universitaires qui attendent les virements de fin de mois avaient là matière à réflexion et à recherche. La rue algérienne pour ceux qui s’intéressent aux phénomènes urbains avait de quoi fournir tous les éléments de réponses aux nombreux questionnements. Il faut juste décomposer le phénomène et de reproduire les scénarii de montage. Il y a juste à faire une autopsie sérieuse d’un complot échoué à travers la joie de la victoire. (Le Quotidien d’Oran-26.11.09.)

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  YAZID MANSOURI  «Fier d’être le capitaine d’une nation telle que la nôtre»

Dans une interview accordée à «Ouest France», le capitaine de la sélection algérienne est revenu sur la qualification des Verts au Mondial sud-africain malgré le climat hostile auquel ils étaient soumis en estimant que la joie, le soulagement et la fierté sont les sentiments qui prédominent actuellement, chez lui comme chez tous ses coéquipiers. Le capitaine lorienatais est revenu sur ce qui s’est passé pour la délégation algérienne, dont le bus a été caillassé peu après son arrivé au Caire. «Les Égyptiens ont tout tenté pour nous déstabiliser, c’est la preuve qu’ils nous craignaient. On n’a jamais répondu à leurs provocations», dira-t-il à ce sujet avant d’ajouter qu’«au départ, tout était nickel. Il y avait une foule de journalistes de différents pays. On monte dans le car et on n’avait que 500 mètres à effectuer jusqu’à l’hôtel. Au fur et à mesure du trajet, on s’est rendu compte qu’une première moto roulait sur le côté gauche du car, puis une deuxième puis on a été entouré par des motos. Et il n’y avait aucune escorte. Les crachats ont commencé à pleuvoir, puis les pierres. On s’est dit que c’est le folklore, et qu’ils voulaient simplement nous impressionner. Mais plus on avançait plus on recevait des pierres et à un moment donné une vitre a explosé. Durant dix minutes, la peur est montée. Deux joueurs n’ont pas eu le temps de se jeter dans l’allée et ont été touchés gravement, deux titulaires. Ils saignaient abondement». Mansouri estime que, pour lui, ces actes n’étaient pas isolés du fait que la police aurait dû intervenir, et avouera que les joueurs ne se sont sentis en sécurité qu’une fois arrivés à l’hôtel. L’intervenant affirme que les joueurs ne pensaient guère à un report du match après ce qui s’est passé malgré le fait que plusieurs d’entre eux, surtout ceux qui découvrent l’Afrique pour la première fois, étaient choqués. «En tant que capitaine, j’ai ensuite fait le point avec le président de notre fédération (Mohamed Raouraoua) et un délégué de la FIFA. Un rapport a été rédigé. Ensuite, tout a été fait pour garantir notre sécurité. Mais normalement ces jets de pierre auraient dû nous donner match gagné sur tapis vert. Je ne parle même pas de nos supporters qui ont été agressés», dira-t-il par la suite. Les provocations des Egyptiens, toujours selon Mansouri, ne sont pas arrêtées là puisque le lendemain, soit la veille du match, les joueurs devaient faire une séance d’entraînement au stade du Caire, qui se trouve juste à gauche de l’hôtel, et malgré cela, ils ont mis 1 h 40 pour y arriver, et après l’entraînement ils ont mis10 minutes pour revenir ce qui était «une provocation supplémentaire». «On s’est servi de ça pour se renforcer sur le plan mental, on voulait être plus intelligent qu’eux et ne pas entrer dans cette guerre. La veille et l’avant-veille du match, il y avait des mariages célèbrés sous nos fenêtres dans les jardins de l’hôtel avec klaxons et trompettes. Encore une fois, c’était la preuve qu’ils nous craignaient ; ils ont tout fait pour nous déstabiliser. C’est gravissime d’en arriver là», affirme- t-il en décrivant le climat intolérable de l’avant-match. Pour revenir au déroulement de cette rencontre, qui a débuté de la pire des façons pour les Verts qui ont encaissé le premier but dans les premières minutes, l’ex-havrais dira que ce but a perturbé ses coéquipiers, lesquels, ont résisté jusqu’à l’ultime minute de la partie, où ils ont encaissé le deuxième but. L’intervenant n’a pas omis d’en vouloir à certains joueurs égyptiens, qui étaient très provocateurs sur la pelouse. «Ce fut peut-être un mal pour un bien car on ne sait pas comment aurait réagi le public égyptien», estime-t-il. Il affirme, par ailleurs, que les joueurs avaient au fond d’eux un sentiment d’injustice et qu’ils ne se sont soulagés qu’une fois arrivés à Khartoum, où ils ont vu toute la foule qui a fait le déplacement pour les soutenir. Des images qui n’ont fait que gonfler le moral des joueurs, qui se sont sentis solidaires plus que jamais, où chacun des joueurs s’est battu pour l’autre. Il affirme, au dernier lieu, qu’il est animé d’une grande fierté d’être le capitaine de cette sélection en déclarant que «l’histoire retiendra que j’étais le capitaine de cette équipe qui est en train de réécrire une page du football algérien. Que mon nom y soit associé. Je pense à mes amis, à ma famille, à mes proches, Rabah Madjer, le grand Rabah Madjer, m’a même appelé sur mon portable pour me féliciter, je suis vraiment touché». (Le Courrier d’Algérie-26.11.09.)

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*L’incompétence pitoyable de l’«élite» égyptienne

 Plus les jours passent et plus les mondes intellectuel, médiatique et politique à travers le globe se rendent compte du lamentable et multidimensionnel échec de l’intelligentsia égyptienne. Ce qui se passe dépasse tout entendement.Nous découvrons avec stupeur que l’Egypte, dont nous admirons tout le peuple, l’histoire et la civilisation, est en fait gouvernée par des incompétents, éduquée par des incultes, et administrée par des maladroits chroniques qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez.

Il est difficile d’analyser un tel comportement politique, ses motivations internes ou ses buts externes. Un tel assaut en dit long sur les visées de la politique étrangère égyptienne envers l’Algérie (Le Maghreb ? Le monde arabe ?). Ou sur ce qu’une dictature voilée peut entreprendre pour protéger ou même réhabiliter un projet de passation de pouvoir impopulaire.

Il est aussi inutile ici de parler des détails, des communiqués, des articles de presse ou des talk shows diffusés par les sous-traitants médiatiques de la famille au pouvoir, ni des membres de la cour, lèches-bottes, qui, chacun selon ses capacités et talents, essayent de se surpasser à attaquer l’Algérie, son histoire, son peuple et ses martyrs, tout ça pour plaire au Prince.

Il est plutôt intéressant, surprenant même, de noter le degré d’incompétence avec lequel les classes politique, médiatique et artistique égyptiennes ont géré – et continuent de gérer – cette «crise» artificiellement créée et sournoisement entretenue. En une phrase : erreur sur erreur, incompétence sur incompétence.

Dès le 12 novembre, soit deux jours avant le match du Caire, les autorités égyptiennes, dont les objectifs sont malheureusement loin d’être limpides mais sûrement malveillants (ceci mérite d’être analysé), ont accumulé maladresse sur maladresse. 

 Un. Elles n’ont pas su sécuriser (ou du moins faire semblant) le trajet (de moins d’un kilomètre !) de l’équipe algérienne entre l’aéroport et l’hôtel. Ceci est étonnant pour un état policier qui épie les faits et gestes de ses citoyens et qui a une mainmise quasi totale sur sa population. 

 Deux. Elles ont nié les faits après l’agression alors que ces autorités savaient pertinemment qu’un journaliste d’une chaine de télévision européenne (canal +), donc impartiale, était présent et avait tout filmé. 

 Trois. Les autorités égyptiennes ont fait des divagations comme quoi que les joueurs se seraient automutilés (!). Les joueurs algériens seraient donc des névrosés maniaco-dépressifs ? 

 Quatre. Elles n’ont pas préparé le voyage et le séjour des supporteurs égyptiens, elles n’ont pas fait le nécessaire pour que le nombre de supporteurs soit égal au nombre de billets acquis (seulement 2.500 supporteurs pour plus de 9.000 billets disponibles ! C’est le monde à l’envers), et elles n’ont pas dégagé suffisamment de drapeaux pour que ce petit nombre de supporteurs puisse soutenir l’équipe égyptienne. 

 Cinq. Les autorités politiques et sportives ont préféré, à des supporteurs égyptiens, patriotes et encourageants, et motivés et motivants, une clique artistique passive et atone. Ces chanteurs (et chanteuses) et ces acteurs (et actrices) pensaient probablement être invités à Khartoum à l’opéra ou prendre le thé dans un salon huppé égyptien. 

 Six. Elles ont déclenché une campagne médiatique anti-algérienne d’une ampleur et d’une hostilité sans précédant en utilisant des témoignages bidons, des vidéos grossièrement truquées ou inauthentiques, et, plus lamentable encore, un langage primitif et ordurier reflétant la vraie nature de l’ « élite » égyptienne. Ces pseudo-intellectuels ont même l’idée farfelue d’ester l’Algérie en justice. C’est la psychose collective : on parle de boycotts, on parle de la Ligue arabe, de la Cour internationale de Justice de La Haye, de l’Organisation internationale de l’Aviation civile (il est interdit, parait-il, de transporter des civils dans des avions militaires)… etc. Bref, nous sombrons dans le ridicule.
Sept. Les médias, avec assentiment du pouvoir, ont continué la campagne de haine alors que les autorités médiatiques et politiques algériennes eurent la prudence et l’intelligence de ne pas entrer dans ce jeu malsain et de ne faire aucun commentaire, laissant les Egyptiens exhiber leur hystérie médiatique sur la scène internationale.
Huit. La paranoïa s’aggrave. Certains pays arabes et leurs médias sont accusés de complicité pour n’avoir pas diffusé des preuves inexistantes de « l’infamie » algérienne. Al-Jazeera et Alarabya sont mis aux piloris.
Neuf. A l’heure ou j’écris ces quelques lignes, une partie de l’« élite » égyptienne commence à critiquer l’autre, et personne n’est épargné : ambassadeurs égyptiens à Alger et à Khartoum, fédération égyptienne de football, écrivains, artistes et journalistes. Les seuls hors de portée sont les membres de la famille au pouvoir. La cour s’autodétruit, toujours pour plaire au Prince ou à ses héritiers.
A chaque étape de la crise qui n’en finit pas, à chaque tentative de reprendre la barre du bateau politico-médiatique égyptien qui est en train de chavirer, l’« élite » égyptienne s’est cassée les dents : contre-productivité totale et absolue.
Pour un pays qui se prétend leader culturel et politique du monde arabe, qui se vante d’avoir un des pourcentages d’éducation les plus hauts du monde arabe, qui se vante d’avoir une diplomatie chevronnée, et qui se vante d’avoir un arsenal de télévisions satellitaires à faire pâlir d’envie les plus grands networks américains, le résultat est minable.
Nous commençons à comprendre pourquoi toutes les entreprises sous leadership égyptien ont échoué, pourquoi toutes les guerres arabo-israéliennes ont été des fiascos, pourquoi les négociations israélo-palestiniennes se sont avérées catastrophiques, pourquoi les négociations Fatah-Hamas n’arrivent nulle part, et pourquoi les Etats-Unis et Israël font ce qu’ils veulent dans cette partie du monde.

Tout ce qui se passe peut se résumer en un mot : incompétence.

En ce qui concerne les classes politique et médiatique algériennes, le constat est tout autre. Aucune fausse note. Messieurs Bouteflika, Ouyahia, Djiar et Raouraoura : chapeau bas.(Quotidien d’Oran-26.11.09.)

 Par  Kerboua Salim  * Maître-assistant en civilisation américaine, Dpt d’anglais, Université Mohamed Khider de Biskra

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Risibles élites !

Brûler l’emblème national égyptien est criminel. C’est, dans le meilleur des cas, le fait de voyous, dont la place naturelle est en prison ou dans quelque centre de redressement pour jeunes délinquants. Mais riposter en brûlant l’emblème algérien n’est pas moins criminel, ni moins voyou, ni moins décadent.

 Chacun de ces deux drapeaux est le symbole d’une patrie et d’un peuple fiers. Pour chacun d’eux sont tombés de longs cortèges de martyrs ; certains dans la bataille de l’honneur, au bord du Canal (le canal de Suez, bande d’ignares !), d’autres dans les montagnes d’Algérie. La honte démente que nous vivons ces jours-ci fait certainement se retourner dans leurs tombes tous ces martyrs.

 Et puisque nous en sommes à brûler nos drapeaux de nos mains, à l’instigation des chambres d’enregistrement des responsables de nos défaites, je tiens à préciser que j’écris ces lignes pendant que le criminel Shimon Peres, le président de l’entité sioniste, pollue l’air du Caire (qui ne manque point de pollution) de son haleine raciste. Nos frères voyous, qui se sont sentis soudainement une âme de héros et ont brûlé le drapeau algérien sous bonne garde policière, se souviennent-ils que Jérusalem est en voie d’être perdue et qu’Al Aqsa est menacé à tout moment de destruction ? Se souviennent-ils qu’Israël demeure notre véritable ennemi, qui a tué (et continue de tuer sur nos frontières) des milliers d’Egyptiens, dont certains ont été ensevelis vifs sous les sables du Sinaï ? Un de ces voyous osera-t-il brûler le drapeau israélien ? Ou bien craindra-t-il de recevoir de retentissantes gifles sur la nuque, de la main du plus bas gradé CRS ?

 Nous avons aussi découvert ces derniers jours que les coeurs de certains débordaient d’amour pour Alaa Moubarak, l’aîné des fils du président (et, malheureusement, ils ne sont pas tous indignes de notre respect). J’ai été stupéfait de les entendre affirmer, sans peur ni détours, qu’ils le préféraient à son cadet, Gamal. Et pourquoi donc ? Parce que «Son excellence ne s’occupe que de business», ont-ils répondu, et que lorsqu’il a pris la parole à la télévision, il l’a fait à la manière des simples citoyens écrasés, les locataires des gradins de troisième catégorie. Mais lui a-t-il un jour traversé l’esprit de vivre l’écrasement de ces écrasés, ne serait-ce qu’une petite minute ?

 Et puisqu’il en est ainsi et que d’amour il s’agit, nos «amoureux» ne tarderont peut-être pas à exiger qu’au cadet on substitue l’aîné, et que ce dernier hérite de nous pour nous gouverner à la place de son frère: ces légendaire émeutes footballistiques n’ont-elles pas prouvé qu’il était le prince adulé des stades ? Et s’il s’avère difficile que cette transaction s’accomplisse sur le mode du simple troc, les amoureux d’Alaa, j’en suis certain, se montreront disposés à payer la différence de prix.

Risibles élites qui ont fait rire aux éclats le monde entier !!! (Q.d’O.26.11.09.)

«Al Dostour », Le Caire, 23 novembre 2009 (Traduit de l’arabe par Yassine Temlali)

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**Love story au pays des momies…..

Jamais il n’avait entendu une voix pareille. Un frisson délicieux parcourut son dos, ses jambes mollirent, et il dut s’asseoir sur une chaise qui était à portée de sa main pour pouvoir répondre au téléphone. C’était une voix ensorcelante, inhumaine. Dès les premières paroles, il eut la certitude qu’il était sur le point de vivre un événement extraordinaire, une histoire merveilleuse qui allait frayer la chronique pendant lontemps. Environ une demi-heure plus tard, alors qu’il raccrochait, la main tremblant d’émotion, des mots poignants se creusèrent un chemin dans sa gorge, et il s’entendit murmurer, des larmes aux yeux : «Voici enfin le jour que j’ai tant attendu. J’ai toujours su que je n’étais pas un individu quelconque comme ces millions de créatures épaisses et sottes qui pullulent et grouillent en Egypte, surchargeant notre patrie inutilement et dangereusement. Moi, je fais partie des hommes que Dieu, Tout-Puissant, a créés de l’argile qu’Il réserve aux élus. Comme Sethi 1er, Ramses II, Moubarek 1er, Moubarek II, et Moubarek III».

 Le lecteur se demande sûrement à qui appartient cette voix, et qu’a-t-elle dit pour mettre notre héros dans un état pareil ? Curiosité saine et légitime qu’il est de notre devoir d’émousser après l’avoir si bien aiguisé. Car sinon, que dirait-on d’un scibouillard qui invente des histoires qu’il ne sait pas mener à terme ? Les gens de notre âge n’ignorent pas l’ampleur des dégâts qu’occasionne un feu qu’on allume, mais qu’on est incapable d’éteindre.

 Eh bien, lecteur, ce matin-là à dix heures, c’est une jeune femme qui a appelé ce descendant des Pharaons. Après avoir souhaité le bonjour à notre personnage, elle s’est présentée comme étant une journaliste travaillant pour un grand quotidien étranger. Elle a ajouté :

- Fasciné par votre savoir-faire et le professionalisme dont vous avez fait preuve ces derniers temps, mon patron m’a chargée de vous demander si vous accepteriez de nous accorder une interview. Les chaînes de télévision égyptiennes attirent positivement son attention depuis bientôt un mois. Il nous a avoué que jamais il n’aurait cru qu’un petit pays arabo-musulman serait un jour apte à concevoir et réaliser des émissions d’une aussi bonne facture. Mais, si beaucoup d’animateurs ont plus ou moins provoqué son admiration, sachez, monsieur, que vous, vous l’avez complètement conquis ! À tel point qu’il nous a obligés de suivre toutes vos émissions. «Quel talent ! Quel génie ! Cet Egyptien est tout simplement fascinant ! Répète-t-il sans discontinuer depuis presque un mois. Quel langage percutant et vivant ! Voyez comment il sait choisir les mots avec lesquels il éclabousse ces bougres d’Algériens. Ces poignées de boue puantes qu’il leur jette à la figure avec plaisir. Pourtant, rien dans ses apparences ne laisse prévoir ce parler cru et débridé qui sévit dans les lieux malfamés. Au contraire, en le voyant ainsi gominé, maquillé et fringué, on s’attendrait à des paroles de femelette résidant dans un quartier chic, gorgées de miel, de gémisements, et de chichis. Quel dynamisme ! J’adore les garçons qui ne craignent pas de patauger dans la fange quand il le faut ! Non, il ne me trompera pas, j’ai la conviction intime qu’il est de notre peuple». D’ailleurs, il n’est pas le seul à jurer que vous êtes des nôtres. Ma mère est persuadée que vous appartenez à notre communauté.

 Lecteur, bien que nous brûlons d’envie de vous fournir tous les détails, pour ne pas alourdir le texte, nous éviterons de vous rapporter l’intégralité de ce que la demoiselle a dit à notre héros égyptien. Nous nous concentrerons sur l’essentiel. Ainsi, après avoir obtenu de notre vedette l’accord de l’interviewer, la mystérieuse jeune femme murmure : «Je serai donc chez vous à 20h. Vous me permettrez, monsieur, de vous dévoiler plus tard mon identité et le nom du journal qui m’emploie. Vous saurez tout au moment opportun. Je vous demanderais de patienter jusqu’à la fin de cette histoire. C’est une belle surprise qui nous attend tous les deux. À ce soir». Un autre frisson délicieux parcourt le dos de l’élu.

Notre héros se pomponne

Faut-il vous décrire comment notre journaliste a vécu les heures qui le séparaient de ce rendez-vous merveilleux ? D’accord, mais brièvement et avec pudeur, s’il vous plait. D’abord, il court chez un droguiste et revient chez lui avec des paquets contenant parfums, déodorants, pommades, poudres, gominas, savonnettes, champoings, lames à raser, et beaucoup d’autres produits de beauté que votre serviteur ne saurait pas nommer. Ensuite, il s’enferme dans la salle de bain et se pomponne pendant des heures. (Nous n’aurons jamais l’audace de reproduire ici fidèlement ses faits et gestes. Sachez seulement qu’il s’est adonné à un comportement douteux devant les glaces qui tapissent les murs de ce lieu. Nous éviterons aussi de révéler les rêveries que son imagination a fabriquées pendant qu’il se bichonnait). À 19h, il commande une table dans un restaurant chic de la capitale. Le reste du temps, il le passe à prier, remerciant et glorifiant Dieu de l’avoir créé d’une argile noble.

Notre héros se confie

Il est 20h45. Notre héros est assis en face d’une jeune blonde potelée et ravissante. Elle dit : «Monsieur, vous ne pouvez pas savoir combien je suis heureuse d’être ici avec vous. Vous êtes encore mieux que sur un écran de télévision». Il se trouble et rougit. Il risque de défaillir. Elle murmure : «Donne-moi du plaisir en me parlant de ces gens qui gitent dans ce patelin nommé bizarrement Algérie. Je t’en supplie. Use des mots délicieux que tu as employés dans tes émissions. Mieux, je veux entendre ta langue appêtissante ruisseler de toute la haine que secrètent abondamment tes entrailles à l’égard de cette peuplade. Laisse-toi aller. Plonge en tes profondeurs humides et rapporte-moi les merveilles qui y croupissent. Comme mon patron, comme tous ceux de ma communauté, j’aime les créatures qui ne grimacent pas devant la laideur. Les mollassons qui passent leur temps à soigner leur langage et leur viande me donnent la nausée. Sois un homme et je t’en serais profondemment reconnaissante. Je saurais comment te remercier». Alors, avec les miettes de force qui palpitent encore dans son corps, il répond au désir de sa plantureuse campagne :

- C’est une horde de voyous et de bâtards, mademoiselle. Des sauvages armés de couteaux, qui ne rêvent que de massacres. Des terroristes. Des barbares. Ce ne sont pas des gens respectables et distingués qui ont atterri au Soudan pour assister à un match de football, ce sont des bandits et des truands déversés par des avions militaires. Maquillés comme des Apaches, ils ont envahi les lieux, hommes, femmes et gamins, hurlant «One, two, three, viva l’Algérie !», des youyous effroyables fusant de la bouche impure de leurs garces d’épouses, de soeurs et de filles. Nos doux, paisibles et honorables supporters ont été épouvantablement traumatisés par ces tribus primitives que l’inceste ne repousse pas. Une mauvaise graine qui se multiplie librement au vu et au su de la communauté internationale ! Ombrageux et bagarreurs, les nerfs à fleur de peau, un rien les déchaîne et les transforme en fous à lier, les yeux injectés de sang, les mains tordues et agitées par un désir violent de tuer. Pourtant, Dieu est témoin des efforts que ma patrie, l’Egypte, a déployés pour les raffiner et les civiliser. Les milliers de chansons et de films d’amour vendus à bas prix à ces incultes indécrottables n’ont servi à rien. Ils sont si primitifs et si farouches que, même les actrices charnues et aguichantes que nos réalisateurs utilisent, n’ont pas réussi à les dégrossir. Nous croyions que la danse du ventre, les minauderies et les gémissements finiraient par les débarrasser de cette brutalité et cette méfiance qui les caractérisent. Nous nous sommes lourdement trompés. C’est une engeance indisciplinable et imperméable aux vertus de la civilisation. Personne n’a pu découvrir d’où ils viennent. Des centaines de chercheurs étrangers ont tenté vainement de déterrer leurs racines. Ils n’ont rien trouvé. Aussi profondément qu’ils ont creusé. Mais, rusée et diabolique, cette racaille s’est confectionnée une Histoire. Dans des dizaines de livres remplis de mensonges, ils racontent que ce qu’ils appellent leur patrie a été colonisée pendant plus de 130 ans par la Grande France, et que pendant tout ce temps-là, ils n’ont jamais cessé de se battre, pour chasser ces envahisseurs de leur pays. Qu’ils ont réussi à le faire un certain 5 Juillet 1962, après une guerre qui aduré 7 ans, déclenchée le 1er Novembre 1954, se vantent-ils, gonflés de bluff, les sales menteurs, les renards, les chacals, les chiens, les crasseux, les cafards, les rats, les poux, les moustiques, progéniture de Satan. Ils ont inventé de toutes pièces un drapeau avec trois couleurs qu’ils brandissent comme un fusil et des héros qu’ils fêtent et vénèrent aujourd’hui sans aucune honte. Ils prétendent qu’ils ont mené contre les Français une guerre qui leur a couté plus d’un million de martyrs. Et on les a crus, mademoiselle, on a gobé ces boniments ! Ils ont dupé tout le monde, ces mythomanes ! Mademoiselle, dans l’article que vous allez rédiger, il faut tirer la sonnette d’alarme, la tirer sans répit ! Il vous faudra convaincre les puissances occidentales qu’il est urgent de raser cette vermine de la surface de la Terre ! La bombarder jusqu’à l’éradiquer totalement ! Avant qu’il ne soit trop tard ! Mademoiselle, ces créatures sont très dangereuses ! Même leurs gamins se métamorphosent en bêtes féroces quand ils s’enveloppent dans leur torchon national…

 Notre héros parla ainsi pendant deux heures. La charmante demoiselle intervenait de temps à autre pour l’encourager à continuer, jouissant abondamment du plaisir de l’écouter. Cependant, entendant une voix annoncer qu’il était 23h exactement, elle se leva brusquement de table : Oh ! Oh ! Il faut que je rentre immédiatement ! Viens, nous allons terminer cette soirée à la villa que j’ai louée. Il faut que je sois là-bas avant minuit !

Notre histoire se dénoue

Ils arrivèrent à la villa en question à 23h58. Deux minutes plus tard, notre héros fut le témoin d’un événement fantastique. Subitement, la villa et la blonde furent plongées dans la nuit. Il pensa d’abord à une coupure de courant. Mais il ne s’agissait pas d’une panne d’électricité, car ses yeux purent bientôt percer l’obscurité et distinguer les choses. Il sentit un froid envahir ses jambes et il vit qu’il avait les pieds plongés dans une mare fangeuse et puante. Ne comprenant rien à ce qu’il lui arrivait, le pauvre chercha sa future dulcinée du regard. Elle était à ses côtés, mais il constata qu’elle s’était métamorphosée en laie. Des grognements attirèrent son attention. C’étaient un troupeau de sangliers. Une bande de marcassins plongèrent subitement dans la marre et se mirent à barboter avec joie dedans, éclaboussant généreusement notre héros. Il entendit la voix qui l’avait fasciné au téléphone lui chuchoter : «Je t’aime mieux comme ça ! Couvert de boue puante, tu m’excites terriblement. Continuez les coquins, pataugez de plus belle, il faut débarrasser mon amour de ces parfums dégoûtants qu’il s’est répandus sur la viande pour me séduire. Il me le faut puant ! Je le veux puant ! Ah ! Le bonheur qui m’attend ! Qui nous attend tous les deux, mon chéri ! Nous remplirons cette forêt de grognements de plaisir ! Sans trêve, tu me murmureras des paroles comme celles que tu as employées au restaurant, qui m’affoleront, qui m’embraseront. Ah ! Combien j’ai attendu ce moment ! Ah ! L’enfer que j’ai vécu ! Bien sûr, dès que je t’ai entendu à la télévision, j’ai su que tu étais de notre race. Tu me raconteras plus tard comment tu t’es changé en être humain. En ce qui me concerne, j’ai envoyé un e-mail à un nommé Charles Perrault, lui demandant de me donner l’adresse de la fée qui a aidé Cendrillon à séduire le Prince. Il m’a répondu, et j’ai pu contacter la magicienne. Elle a accepté de me donner un coup de main. Voilà comment j’ai été changée en demoiselle, chéri. Et voilà pourquoi je devais rentrer chez moi avant minuit. Tu me regardes avec des yeux hagards. Tu es choqué. Ne crains rien, ne t’affole pas, tu es parmi tes frères ! Ici, tu auras la liberté d’être toi-même ! Tu ne seras pas obligé de te pomponner tout le temps ! Viens, je vais te débarrasser de ces effets vestimentaires qui t’enlaidissent ! Ensuite, nous barboterons ensemble dans cette marre vaseuse et délicieuse éclairée par la lune. Désormais, tu es à moi, mon amour de sanglier ! Viens, ne me résiste pas, abandonne-toi… Bahibek wa mout fik… Habibi… Hayati…(Quotidien d’Oran-29.11.09.)

***************Le carnaval des chaînes de la haine

 Mikhaïl Bakhtine (1895-1975) est un historien, sociologue et théoricien russe de la littérature. Concepteur de la théorie du carnaval qu’il expose dans deux des ses principaux ouvrages : l’oeuvre de François Rabelais et la poétique de Dostoievski.

Bakhtine précise dans ces oeuvres que malgré le rapprochement qu’on peut faire entre le carnaval et le spectacle théâtrale, «le carnaval n’entre pas dans le domaine de l’art, il se situe aux frontières de celui-ci et de la vie ». (1) Le carnaval a trouvé aujourd’hui sa place dans les domaines les plus divers. Il existe comme loisir pour les enfants et les adultes ou le déguisement en est l’essence. Les psychiatres l’utilisent comme moyen curatif. Nombreux sont les anthropologues, les historiens, les sociologues qui ont étudié ce phénomène. Aujourd’hui, le carnaval sert de symbole de comparaison comme il sert de modèle explicatif, dans un large éventail de domaines : l’art contemporain, la politique, le sport et tant d’autres.

 La réaction épidermique et brutale des chaînes satellitaires égyptiennes à la suite de la défaite de leur équipe nationale nous a conduits à faire ressortir et analyser une foultitude de comportements observés lors des interminables verbiages organisés par ces chaînes qui cherchaient, à première vue, vouloir pallier d’abord aux fausses assurances et anticipations euphoriques d’avant-match qu’elles avaient prédites, puis, dans un second temps, de réorienter la crédulité béate de leurs téléspectateurs vers un travestissement de la réalité amère de la défaite de leur équipe sur le terrain en usant d’une « carnavalisation » des arguments présentés en ciblant cette fois-ci l’extérieur de l’arène.

 Pour échafauder sa théorie du carnaval, Mikhael Bakhtine s’appuie sur plusieurs aspects; nous nous limiterons aux plus pertinents d’entre eux et qui nous paraissent traduire les agissements mythomanes et les propos belliqueux des présentateurs égyptiens et leurs intervenants dans ces chaînes de la haine. La première caractéristique du carnaval que Bakhtine décrit dans sa théorie du carnavalesque porte sur le grotesque, il écrit dans l’oeuvre de François Rabelais : « C’est dans le masque que se révèle avec éclat l’essence profonde du grotesque.».(2) Un ensemble de faits et de propos vont alimenter le grotesque de l’atmosphère d’avant-match du Caire, à l’image de la thèse de l’auto-caillassage des footballeurs algériens de leur bus pour démentir les images du guet-apens dressé aux joueurs algériens à leur sortie de l’aéroport. L’imaginaire carnage de supporteurs égyptiens au Soudan annoncé en direct par le personnage controversé Houssam Hassan qui sidéra l’assistance des studios de Abu Dhabi-sport ou l’insolence des intervenants sur les plateaux de ces chaînes les conduisant à exiger carrément des excuses publiques du gouvernement algérien au stade du Caire vont amplifier cette outrance grotesque. Ces montages parodiques sont alimentés par une panoplie d’interventions téléphoniques qui frisent le ridicule. Le summum du grotesque est sans conteste cette contradiction dans les discours tenus. D’un côté, nous sommes conviés à des témoignages apocalyptiques qui décrivent des supporteurs assiégés par des Algériens en fureur et, de l’autre, ce sont les multiples assurances entretenues par les officiels égyptiens sur la bonne santé de leurs concitoyens. Les présentateurs désarçonnés persistent coûte que coûte à entretenir le scénario de la tragédie. Cette hybridité du discours qui consiste à alarmer d’un côté et d’assurer de l’autre est pour le moins que l’on puisse dire extrêmement affligeante. Cette théâtralité poussée va permettre la rentrée progressive sur scènes, des politiques à travers d’abord les déclarations insolentes des héritiers de la dynastie Moubarek puis celle de ministres qui vont frayer ainsi le chemin à l’intervention de leur Président. Ce dernier, sans trancher, va continuer d’entretenir la suspicion, l’ambiguïté et la contradiction dans le ton et le contenu du discours présenté à son parlement. Dans les studios on continuait de s’affubler en s’auto-intronisant et en se pavanant d’appartenir à une civilisation millénaire pour retomber paradoxalement sans retenue dans l’insulte et la calomnie la plus abjecte en direct sur les écrans de télévision. Bakhtine souligne précisément à ce propos dans l’oeuvre de François Rabelais : « le vocabulaire de la place publique accomplit des fonctions rabaissantes » (3).

 Un autre aspect est soulevé dans sa théorie du carnaval. Il s’agit de la notion de l’inversion carnavalesque qui illustre l’essence même du carnaval et qu’il nomme « le monde à l’envers ».

Elle est marquée notamment par la logique des choses à l’envers, illustrée par les commutations du haut et du bas, par les rabaissements, les profanations et par les formes les plus diverses du travestissement. Ce monde second s’édifie comme une parodie du vrai monde. Les obscénités proférées à l’encontre du peuple algérien, l’escalade verbale pernicieuse et vil, les propos grivois et les injures représentent le registre sur lequel se sont appliquées ces chaînes de la haine. Aucune retenue. À tour de rôle, c’est d’abord leur supposée élite qui ouvre le bal, ou plutôt le carnaval du mal, par un discours de bas étage où l’agresseur se prend pour l’agressé puis c’est le peuple qui est invité à vomir sa rage pour laisser ensuite le soin aux politiques de proférer un discours chauviniste des plus primaires qui consiste à boursoufler son égocentrisme dégoulinant de ratages. Le rituel est entretenu à coups de leçons de vertu et de religiosité taillées sur mesure pour la circonstance. Dès lors, les insultes abondent dans les échanges des studios de la décadence transgressant ainsi toute déontologie journalistique. Le langage politique officiel jouxte un registre d’injures, de diatribes et d’obscénités des plus sordides créant alors une situation tragi-comique des plus perfides.

 Les séances d’automédication à coups de profusion d’insanités et d’accusations adressées à l’Algérie d’avoir volé le trône et la couronne, vont se prolonger pour redoubler d’intensité dans la divagation, le mensonge à outrance et la grogne. Tous ces gesticulations convergeaient vers un objectif bien précis d’abord celui de travestir cette défaite en une victoire morale puis de laver par les turpitudes les plus saugrenues le flagrant et lâche caillassage du bus au Caire. Enfin, tenter de ficeler un dossier incriminant les Algériens de violences au Soudan et aspirer ainsi à faire rejouer le match et offrir en même temps au fils Moubarek, l’opportunité d’une intronisation en douceur. Seulement, ces scénarios se déroulaient à huis clos, les médias arabes et internationaux s’en tiennent à la version officielle, la campagne de dénigrement de ces chaînes va alors porter la diffamation hors de ses frontières. Aucune chaîne satellitaire n’est épargnée, on hurle à la complaisance avec des arguments délétères.

 Cette inversion carnavalesque des faits va conduire l’Egypte à se donner en spectacle et s’exhiber dans la laideur uniquement dans le but d’obtenir un quelconque aval de l’opinion international. La profanation de nos symboles par une opinion conditionnée va inciter des manifestants fanatiques chauffés à « noir » à attaquer notre ambassade, puis c’est autour des représentants de la justice et du barreau égyptien de rançonner en brûlant l’emblème national. Ardeurs d’une dignité déplacé qu’il fallait exhiber aux Israéliens lors du blocus alimentaire puis du massacre des enfants de Gaza. Ce qui mettra à nu un rabaissement de plus en plus amplifié d’une fraternité déjà empoisonnée.

 L’incitation implicite à entraîner la réaction de la diplomatie algérienne sur le terrain de la surenchère dans les déclarations inconsidérées ne va pas aboutir. La création de toute pièce de cette crise diplomatique par le pouvoir égyptien n’est qu’une manoeuvre-subterfuge travestie qui consistait aussi à détourner une opinion soumise à un quotidien pénible et à de multiples soubresauts sur le plan local à l’exemple de la grève de pain et les cochons d’Inde.

 Une autre caractéristique tout aussi illustrative de ce climat malsain, et qui appartient au carnaval tirée de la poétique de Dostoievski se rapporte au rite sacrificiel. Cette forme de punition rituelle qui consiste à accabler de tous les outrages un bouc-émissaire et conjurer par conséquent le sort. Bakhtine écrit : « Le rite sacrificiel tend à une valeur expiatoire et fécondante qui vise un double aspect, celui des liquidations des souillures passées et celui de la création d’un monde nouveau ». [4] Ces chaînes de la discorde vont, à partir des discours haineux de leurs pitres-animateurs ou bouffons-présentateurs qui sont entre autres des symboles du carnaval, faire porter progressivement dans un premier temps le chapeau de la défaite à un premier cercle celui des supporteurs et des joueurs algériens accusés d’avoir instaurer un climat d’hostilités et d’agressivité dans le stade de Khartoum puis à l’extérieur de ces joutes.

 Il est clair que ce match-barrage décisif était l’occasion rêvée dans l’imaginaire des politiques et du peuple égyptien de redorer ce blason de nation-phare du monde arabe après leurs cuisants déboires sur tous les fronts dans leur politique internationale de compromission. Comme la dramatisation grossière étant un trait du rite carnavalisé, on assiste ensuite à la narration d’épisodes les plus farfelues dans la tentative de donner une assise de crédit aux scénarios concoctés avec de supposées caillassages et matraquages des dociles accompagnateurs de l’équipe égyptienne. Puis c’est au tour de tout un pays et ses symboles d’être l’exutoire propice de ternes auteurs après l’amère raclée reçue sur le terrain.

 Nul doute que la prise de conscience populaire qui en découlera après cette tragi-comédie sur la déroute des « pharaons » n’augure rien de bon en perspective pour le régime égyptien et son instrumentalisation machiavélique de cet événement sportif. Quelque part, et pour rester dans l’inversion carnavalesque, il faudra être reconnaissant aux Egyptiens et à leurs médias d’avoir provoqué notre fibre patriotique et de réveiller de nouveau en nous cette grandeur fantastique dans la spécifité de l’élan de solidarité qui sera à l’origine d’une véritable réconciliation des Algériens avec eux-mêmes et avec leurs dirigeants. Le questionnement qui s’impose de facto aujourd’hui est à quelle fin le pouvoir politique va canaliser cette dynamique et exploiter ses retombées. Cette onde de choc euphorique qui a déferlé sur le pays dont «nos guerriers du désert» en sont les catalyseurs doit être fécondée en longueur comme en largeur.

 Quant aux semeurs de haine de ces chaînes, l’histoire les a déjà relégués, à la pelle, dans ses poubelles. L’adage populaire qui dit : « Bien faire et laisser braire » retrouve toute sa dimension dans cette optique.(Quotidien d’Oran-29.11.09.) par Remmas Baghdad  *Universitaire – Saïda

1-BAKHTINE. M. L’Oeuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen-âge et sous la Renaissance, Ed.Gallimard, Paris, 1982. p. 15.

2-Ibid., p.49

3-Ibid., p.25

4- BAKHTINE. M. La poétique de Dostoievski, Ed.Seuil, 1970. p.175 
 

 







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