Le bien et le mal dans une société en déperdition

*Le bien et le mal dans une société en déperdition

Il nous arrive à tous, tous les jours que Dieu fait, de plus en plus, de nous retrouver confrontés à un choix épineux ; ce choix est lié à la propagation du vice, du mal, de la traîtrise et de la manipulation destructive et au combat que nous nous devons de mener contre vent et marée.
En fait, ce mal qui gangrène la société de manière générale est lié à la perte de repères nobles de la société. Dans un environnement où les passes-droit deviennent Roi, où les corrompus deviennent des repères de réussite, et où les honnêtes gens s’enferment chez eux pour ne pas subir, on se retrouve devant des nébuleuses où les plus mauvais se regroupent, se renforcent et font la Loi, en l’absence des gens biens, éparpillés dans la société, et retranchés dans leurs opinions et dans leurs actes. Les politiques parlent de retrait de la société civile. C’est bien plus grave. La corruption n’est plus un fléau mais un phénomène de société. Ce n’est plus un système de régulation permettant de faire marcher certaines marionnettes pour faire de la figuration civile ou même populaire, mais un virus bien ancré qui a détruit le dernier rempart protégeant les bases mêmes de la société et des relations humaines telles que connues de nos ancêtres.
«Errejla, En’nif,
El’mabda’a»
** Aujourd’hui un fils de famille n’est fils de famille que s’il a réussi à se placer (argent, postes, contacts), peu importe la manière. Le blanchiment d’argent s’est structuré et s’est transformé en blanchiment de réputation. Les autres, ceux qui ont optés pour les principes, la bonne éducation, sont des « pauvres », n’ayant pas encore compris les nouvelles règles du jeu. Avoir des enfants de 14 ans qui conduisent des 4×4 est un signe de bonne réputation, voir son fils prendre le bus est un signe d’échec. On ne se pose même plus la question des origines de la « réussite sociale », du « d’où tiens-tu cela », c’est démodé.
L’Université subit le même sort que partout ailleurs avec pour adversaire supplémentaire le rôle qu’elle est censée jouer en société, celui d’élite. Elle dérange donc doublement. Les mafieux qui gangrènent la société se sont infiltré dans les rangs universitaires. Il y a l’Enseignant « par conviction » et l’Enseignant « par accident », qui recherche des positions aux œuvres sociales pour des billets gratuits pour la Tunisie ou l’Espagne et compléter son salaire de pauvre, des enseignants syndicalistes juste pour avoir un logement vite fait bien fait, des enseignants en symbiose avec des administrations à réformer juste pour avoir des postes de responsabilité rémunérés, et j’en passe des stages et des heures supplémentaires.
Ils ne sont pas nombreux, mais ils sont organisés. Ils se serrent les coudes. Ils coopèrent. Ils sont visibles, ils s’affichent avec fierté. Et pire que cela, ils se reconnaissent entre eux comme se reconnaissent certains politiques pourtant de partis différents, dans l’idéologie et dans le « programme ».
Et le pire, c’est qu’ils se sont érigés en référence, pour détruire l’Honneur des Enseignants dignes qui sont quotidiennement brisés dans leur volonté de construction, humiliés dans les rapports qu’on les obligent à avoir avec des étudiants de moins en moins élèves et de plus en plus maîtres, à cause entre autre d’associations estudiantines malheureusement déviées de leurs objectifs réels (de représentativité dans les franchises universitaires) pour être affecté de manière satellitaire à des partis politiques en mal de représentativité dans la société, ou au cas échéant à des administrations en mal de moyens de pressions et de contrôle officieux, afin de « marquer » les dissidences et les oppositions.
Ces Enseignants dignes subissent aussi le déséquilibre qui s’installe avec de plus en plus de férocité dans les rapports d’équilibre au niveau des instances universitaires (comités et conseils scientifiques, conférences régionales, comités pédagogiques…) et où la loi de l’éthique et du sérieux est outrepassée pour des règles d’équilibre, ou le besoin de satisfaire le critère de qualité de formation est remplacé par le besoin suffisant de satisfaire le nombre, la « stabilité des flux » et le pacte de coopération des clans.
*N’ouvre pas un magister qui veut !
*Ne peut prétendre au professorat qui veut (certains voient régulièrement leur dossier refusé pour des « pièces manquantes », disparues pendant les transferts assurés pourtant par leurs collègues !). « Gagnons les étudiants, quitte à travestir les règles », « brisons l’enseignant honnête, qui représente un risque de dérapage et d’instabilité» « faisons et défaisons la réputation des uns et des autres au gré des besoins du clan et de l’axe du mal ». Ils sont alors soit « vendeurs de modules et de notes », soit harceleurs sexuels ». Un « Chercheur permanent a même aboutit à des statistiques effarantes déclarant que 40% (à peu près, on en est plus aux virgules près) des enseignants harcelaient les étudiantes », oubliant que les enseignantes représentent près de 60% de la masse enseignante, et oubliant le quota des étudiants « mâles ». Ceci implique une moyenne de 10 filles par enseignant minimum ! A cette échelle, ce ne sont plus des promotions mais des harems !! Et le pire, c’est que bien que le fléau est réel, et dénoncé par les enseignants soucieux de leurs images et conscients de l’effet dévastateur de cette épidémie, ce sont souvent les complices de cette perversité qui l’exploitent pour abattre les adversaires du vice. Et avec la complicité de la société devenue friande des scoops sales et vils. J’ai personnellement assisté à des réunions devenues coutumes où des citoyens de tout bord (taxieur, employé de banque, administrateurs,…) citent cette catégorie pour avilir les autres, sans prendre aucunement le temps de faire la séparation du bon et du mauvais. Quant on veut noyer son chien, on crie à la rage !
Il faut noyer les gens de bien. Ils sont trop dangereux, et leur reflet n’est que nuisible pour les autres. Un banquier corrompu, ce n’est pas grave, il a de l’argent. Un politique véreux, c’est acceptable, il a des contacts, mais l’enseignant chercheur, l’élite, qui d’office gagne le label de représentant de l’intelligence et du respect, non, lui il faut le salir et le gangrener, l’user jusqu’à la mort. Ou mieux si possible, le déclasser dans une société rentière et marchande, l’appauvrir et le mettre en situation de soumission perverse. Le pire, c’est que pour cela on peut même exploiter des enseignants infiltrés dans son environnement justement pour générer cette « opposition redressante », dans le sens péjoratif du sens. 

«Kada l’Fakr an Yakouna Koufr»
Cette dernière société voit alors l’enceinte universitaire à travers les yeux pervertis des pervertis de la société, dénigrant chaque jour que Dieu fait l’Elite, la Cause, le Principe, pour avilir ce qui peut l’être et rendre conforme ce qui ne l’est pas en salissant ce qui brille encore pour faire de la saleté la référence unique d’une société en mal de repères.
Cette semaine, j’ai rencontré un Dinosaure de l’Enseignement, enseignant à l’ENSET d’Oran, frisant la retraite, repère reconnu en France, ennemi à abattre dans son pays, combattu parce que voulant défendre l’éthique. Certes, il paraissait usé par l’age. Mais la Force que j’ai vue dans ses yeux m’a donné une énergie que je pensai presque éteinte. Et là je me suis rappelé une vieille règle cybernétique, du combat du bien contre le mal. Le mal a beau être multiple, il demeurera qualitativement plus faible que la Force de la Justice véhiculée par la plus petite minorité en position de se défendre. C’est aussi cela la Justice Divine. Le Mal frappe Fort et Meurt. Le Bien est endurant et survit.
« Youmhil oua la Youhmil »
Et rien que pour çà, pour ses Dinosaures, les Jeunes d’aujourd’hui se doivent de reprendre le flambeau et de ne jamais au grand jamais perdre confiance. Ils ont déjà gagnés, même si les autres ne le savent pas encore.
Question à 1 Dinars : Lorsque les Gens Sales auront définitivement Sali tous les Gens du Bien, Qu’adviendra-t-il du Mal ?
par Sidi Ahmed Benlazaar…pour le Quotidien d’Oran; (23.07.09.)

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*Le monde ne sera plus le même

* l’humanité à l’aube de grands changements

la fin d’un monde et le commencement d’un nouveau monde ? 

*Alors que la pandémie de coronavirus ne cesse de se propager, des futurologues internationaux prédisent que de grands changements vont se produire dans la société. Selon eux, l’humanité adoptera de nouvelles approches orientées vers l’action et réfléchira davantage au sort des générations futures.

*Rien ne sera plus jamais comme avant

Le bien et le mal dans une société en déperdition protection

*Des futurologues prédisent comment le coronavirus va changer le monde

Pendant que les pays cherchent à arrêter la propagation du coronavirus, des futurologues prévoient les changements que le monde pourrait connaître une fois la pandémie passée.

Dans une interview accordée à Sputnik, le futurologue américain Thomas Frey a prédit la «réinitialisation» de l’humanité, ce qui changerait les bases mêmes de la société.

«Nous venons d’appuyer sur le bouton de réinitialisation géant pour toute l’humanité», a-t-il estimé.

Selon lui, les grands leaders sont nés lors des grandes crises, et les leaders actuels seront sévèrement critiqués pour les mauvaises décisions.
De nouvelles approches

Le chef du département de prévision, d’innovation et de transformation de l’École des hautes études commerciales du Nord (EDHEC), René Rohrbeck, a quant à lui suggéré qu’à l’avenir d’autres approches orientées vers «l’action» verraient le jour.

«La capacité d’agir, de créer un élan et de réduire l’incertitude grâce à l’action sera nécessaire», a-t-il ajouté.

John Sweeney, directeur de l’Institut kazakh de recherche en étude du futur (QRIFS), estime que des changements se produiront dans l’esprit humain. Selon lui, les Hommes réfléchiront davantage au sort des générations futures.

L’ère des armes biologique

Un certain nombre de futurologues prévoient également que les forces armées de tous les pays seront à l’avenir prêtes à faire face à toute situation, y compris à une menace invisible.

«L’ère des armes lourdes touche à sa fin, et la guerre biologique et cybernétique, ainsi que la guerre des esprits, ne font que commencer», a déclaré Thomas Frey, notant que l’époque où les menaces deviendront invisibles seront marqués par le développement de l’intelligence artificielle.*source: Sputnik - dimanche 29 mars 2020

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La fin d’un monde

Nous vivons plus qu’une crise sanitaire mondiale. Les pays sont à l’arrêt et les populations angoissées sont confinées. Les bourses et les prix du pétrole s’effondrent. Les gouvernances politiques, l’OMS et le corps médical sont en difficulté. Il est impérieux de les soutenir, d’agir vite, de faire respecter le civisme, les mesures de distanciation sociale et de stricte confinement. Sur le fond, il y a lieu de penser ce moment historique, pour réduire l’incertitude.

Hier

Le fléau du coronavirus marque l’épuisement d’un système injuste né il y a environ trois siècles. Il s’ajoute aux catastrophes qui s’accumulaient : dictature du marché, libéralisme sauvage, marchandisation du monde, loi du plus fort, recul du droit et du multilatéralisme, dérèglement climatique, extrémisme et perte du sens éthique. C’est une fin de civilisation.

Nous vivons un séisme : le système dominant est en train de s’écrouler. Il n’a pas su forger une civilisation égalitaire et protectrice. Il ne s’agit pas uniquement de risque pour l’environnement, l’emploi, la croissance démographique, le développement économique. Un contexte où le prix le plus élevé sera payé par les plus fragiles et les plus pauvres.

Sur le plan immédiat ce qui est en question concerne le rapport Nord-Sud, la sécurité nationale, à cause de la dépendance liée à la technologie et aux approvisionnements, problème stratégique. Sur le plan du projet de société se pose la question de la place de l’humain, les finalités de l’existence, la dignité de l’humanité, son destin et sa survie.

C’est la fin d’un monde, qui a voulu imposer sa conception à tous les peuples. Son hégémonie ne peut fonctionner, même si ses soubresauts veulent faire croire qu’il est pérenne et irrésistible.

L’ambition de devenir maître et possesseur du monde à l’infini et de se passer d’une norme supérieure est en train de s’écrouler. Des sociétés européennes, traumatisées par le dogmatisme religieux, la théocratie et les guerres de religions, sont les premières dans l’histoire à vouloir vivre sans rapport à une transcendance spirituelle. Cette option de la sortie de la religion de la vie, du désenchantement, de la «civilisation de la mort de Dieu», selon l’expression de Nietzsche, n’a pas comblé le besoin de sens. Elle a abouti à de la désorientation.

Aujourd’hui

Ni le marché monde, ni la passion légitime et vitale des arts et des sciences, ni la prolifération des sectes, ne sont arrivés à répondre aux besoins éthiques, aux liens sociaux et affectifs. De surcroît, la modernité reste imprégnée de conceptions théologiques. Le progrès matériel, la raison, la marchandise, l’histoire, l’individu autocentré, sont ses idoles.

Cette situation a fragilisé l’humain. Il est devenu si peu immunisé. Incapable de maîtriser son destin. Malgré de prodigieuses avancées, à force de démesures, de marginalisation du sacré et de la désignation d’un ennemi pour faire diversion, des déséquilibres et dérives ont surgi.

En rive Sud, la situation n’est pas reluisante, mais par bon sens, les citoyens savent qu’ils sont héritiers d’une civilisation qui vise la totalité de la vie. Le problème réside dans le fait que les promesses de l’indépendance n’ont pas été tenues. Ce qui fait défaut, est l’édification d’une société de la connaissance, qui prend soin du bien commun, de la santé et de l’âme. La mondialisation impose un mode d’être incompatible avec les valeurs des peuples.

Malgré tant d’efforts pour favoriser le dialogue des civilisations, des religions, des cultures, réformer les institutions internationales et forger un destin commun, pour corriger les injustices et les aberrations, l’ordre mondial ne veut pas changer de modèle de société.
Cependant, le choc de la mortalité exponentielle causé par le virus et l’ampleur de la crise économique qui va suivre imposent une prise de conscience. Il sera impossible de continuer à vivre comme avant.

Le profit financier illimité, l’instrumentalisation de la technoscience, la jouissance à tout prix, ne peuvent constituer une raison d’être. L’essentiel est absent : la justice et le sens du monde.

C’est le résultat de l’oubli de l’éthique et des limites. La marchandisation du monde, le néo-colonialisme, des actes contre-nature et le dogmatisme matérialiste ruinent l’humanité. Le monde est intoxiqué au consumérisme et à la flatterie des bas instincts, au lieu d’apprendre à vivre l’essentiel, maîtriser ses pulsions et se réaliser pour s’épanouir.

Avec détermination et courage, il s’agit de passer d’un cercle infernal à un cercle vertueux. Le message du virus, pour le croyant est un message divin : respectez les lois de l’existence, sinon les désordres vont redoubler. Il n’y a pas de liberté sans loi, ni de science sans conscience.

Demain

Maintenant que tout est figé, le changement n’est pas impossible. Les réponses techniques aux questions sont insuffisantes. La bonne façon pour relever les défis est de revenir aux fondamentaux. Restons nous-mêmes et donnons la priorité à l’éducation du juste milieu, qui allie tradition et modernité.

En termes de pensée politique, se confirme qu’il y a lieu de garantir l’État de droit, la souveraineté populaire et les libertés publiques, remparts contre les périls. Les peuples musulmans doivent y contribuer en mettant fin à la réaction nihiliste, aveugle et contre-productive du fondamentalisme, en pratiquant la vigilance et en se ressourçant à la culture de la modération, du droit et de la dignité, préconisées par le Coran et le Prophète.

La fin de civilisation nécessite de créer ensemble une nouvelle. Le capitalisme sauvage, le collectivisme matérialiste et l’intégrisme religieux sont disqualifiés.

C’est leur faillite qui s’affirme en ce moment. Un nouveau monde est à notre portée.

Il est possible d’associer économie de marché et éthique, science et morale. Une société éclairée sait que les problèmes, les risques et les difficultés sont inhérents à la vie, mais il reste à les anticiper, à partager équitablement les conséquences, à œuvrer, à lutter pour les résoudre.

Il n’y a pas nous et eux, il y a l’humanité mise à l’épreuve. Les peuples doivent s’entre-connaître et s’imposer pour bâtir un nouvel ordre juste et qui ait du sens. Cette rupture est salutaire si on discute du fond. Les élites ne doivent pas être des spectateurs impuissants. L’intelligence collective à terme trouvera des solutions.

Nous devons nous garder des extrêmes, ceux qui imitent aveuglement le modèle moderniste, marchand et libertaire en faillite et ceux qui trahissent la spiritualité et imposent des conduites obscurantistes. La voie du juste milieu fait cruellement défaut à l’humanité. Articuler modernité et authenticité, mondialité et spécificité, liberté et éthique, est l’avenir.

Le virus est l’expression dramatique du commun en péril. Comme l’énonçait en 1945 le préambule de l’Acte constitutif de l’Unesco «les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix».

Repenser le vivre-ensemble, le modèle de développement et les relations internationales par le dialogue et la solidarité sont les moyens civilisés pour affronter les défis. Chaque nation doit pouvoir préserver sa souveraineté, sa sécurité et son patrimoine, en s’ouvrant à la communauté de destin. Nous sommes frères en humanité.

Nous pouvons retrouver une société équilibrée, attachée à la solidarité nationale et universelle. Sont en jeu les questions de la pensée politique et du droit. Les puissants de ce monde ne vont pas se rendre à l’évidence, mais une juste cause triomphe toujours, l’union fait la force.

La place des valeurs de l’esprit est béante. Il est possible de se garder du vide ou du trop-plein. L’étincelle de la foi réfléchie et de la raison raisonnable ne doit pas s’éteindre. L’espoir est permis. L’humanité doit redevenir responsable, sans perdre le sens de la transcendance, comme guidance. Donner un sens à la vie et à la mort reste une haute mission.

Ni surhumain, ni transhumain, ni infrahumain, l’homme doit se connaître et s’impliquer. Aux yeux du croyant, le divin se révèle pour aider à affronter ce qui n’est pas donné d’avance : un homme équilibré et une cité juste. Sans confusion, esprit scientifique et esprit spirituel doivent se conjuguer. La fin d’un monde n’est pas la fin du monde.

Par Mustapha Cherif , Philosophe. Auteur -paru dans elwatan- 26 mars 2020

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*un avant et un après le coronavirus Covid-19

Il y aura probablement dans le monde un avant et un après le coronavirus Covid-19. Le corona n’est pas seulement une pandémie. Elle n’est ni la première ni la dernière dans l’histoire de l’humanité. Mais pour la première fois, une épidémie n’est pas seulement mondiale mais mondialisée.

seringue

Cette pandémie est vécue, pour la première fois, simultanément, en temps réel, par l’humanité toute entière grâce à la révolution des technologies de communication. Nous vivons les mêmes sentiments, les mêmes inquiétudes, nous avons les mêmes questions, les mêmes interrogations. A Rome, comme à Paris, comme à New York, comme à Alger et comme à Beyrouth, nous voyons les mêmes images, des rues vides, des grandes villes désertes, des monuments déserts, comme si l’humanité avait disparu de la Terre. Le virus est redoutable. Il s’attaque aux voies respiratoires. Paradoxalement, la Terre, elle, respire mieux. De l’espace, les satellites nous transmettent les images d’une atmosphère bien moins polluée. Aura-t-il fallu cela. Peut-être, serons-nous, à l’avenir, plus responsables, plus sages, par rapport à l’avenir de la planète.

Une leçon d’humanité

Le virus ne fait pas de différence, il peut atteindre chaque homme et chaque femme sur la planète. Il nous donne en fait une leçon d’humanité. Jamais nous n’avons eu le sentiment aussi total d’appartenir à la même espèce, un tel sentiment d’unité de destin de l’humanité.

Mais en même temps et paradoxalement, jamais l’idée de nation n’a été aussi forte. Chacun se tourne, se retourne vers sa nation. Cette épidémie fonctionne comme un test des capacités sociales et morales de chaque nation à affronter l’épreuve, comme elle est révélatrice des rapports entre nations.

Les pays dits avancés s’aperçoivent avec stupeur qu’ils sont démunis face à l’épidémie. Le manque cruel de masques de protection pour la population, et même pour le personnel soignant et les policiers, devient un scandale politique en France, à New York. Le peu de lits et de matériel de réanimation dans les pays occidentaux, y compris aux USA, suscitent des interrogations. Dans ce contexte, certains pays asiatiques, la Corée du Sud, Singapour, suscitent, eux, le respect et l’admiration pour leur discipline, leur solidarité nationale et leur capacité à tirer profit socialement de la technologie. La Chine émerge de l’épidémie avec une image qui s’est renforcée. Elle apparaît déterminée, pleine de confiance en elle et d’optimisme pour l’avenir, au contraire de l’Europe qui semble douter d’elle-même et en plein désarroi. L’Italie, la Serbie reprochent à l’Europe de les avoir abandonnées et trouvent de l’aide chez la Chine, la Russie et même auprès de la petite Cuba.

Tout se passe comme s’il s’annonçait une gigantesque redistribution des cartes au niveau mondial, ainsi qu’une révision des repères. Beaucoup de ceux qui haranguaient les Algériens de l’étranger, et donnaient sans cesse en exemple les pays européens, regardent silencieux désormais la progression fulgurante de l’épidémie en Italie, en France, en Espagne, en Angleterre. On a même vu des Algériens, résidents à l’étranger, chercher à revenir en Algérie. Il y a donc un changement, d’où vient-il ? C’est comme s’il y avait un nouvel esprit. Serait-ce celui du Hirak ?

L’esprit du Hirak

Le vendredi 20 mars 2020, l’après-midi, la rue Didouche est étrangement calme. Sur le boulevard Che Guevara, d’où apparaissait à la vue le flot tumultueux des manifestants venant de Bab El Oued, on entend même le cri des mouettes. Dans cet incroyable feuilleton historique que nous vivons depuis un an, de rebondissement en rebondissement, qui aurait dit que la crise politique, du moins dans cette phase, se finirait ainsi. L’effet corona? Ou bien la fin était-elle déjà annoncée dans les élections présidentielles ? Peut-être les deux à la fois. C’était comme si la nation toute entière resserrait les rangs face au danger, reportant à plus tard la solution des questions qui demeurent, qu’on ne s’y trompe pas, posées.

Avant le corona, et comme un signe du destin, nous avons eu deux chances: la première est le Hirak, la deuxième est la sauvegarde de l’État national grâce à la sortie constitutionnelle de la crise.

Et si l’Algérie allait finalement mieux s’en tirer ? Il n’y a pas pour le moment de remède contre le corona. La gestion de l’épidémie n’est donc pas médicale. Elle est essentiellement sociale.

L’influence, l’esprit du Hirak se font sentir d’évidence à travers la façon avec laquelle les Algériens affrontent la crise sanitaire, la discipline sociale, qui était celle du mot d’ordre de «silmiya», les actions de volontariat, la fraternité sociale, l’esprit d’unité nationale.

D’autre part, qu’on songe un instant qu’on ait eu à affronter cette crise sans État, sans la complexité des missions et des moyens d’un État moderne, avec ses différents services, des services sociaux et sanitaires, jusqu’aux services de protection civile et de sécurité, avec son organisation économique, sociale, financière complexe, avec ses institutions dont la présidence de la République. Cela apparaît aujourd’hui, à tous, de façon évidente.

Une contradiction ?

Pour mieux parler ici des particularités de la pandémie de ce coronavirus, il est nécessaire de donner quelques chiffres. En Italie, le pays où il y a actuellement le plus de décès dus au corona (3.405 morts au 19 mars), la létalité (*) apparente de la maladie (beaucoup de porteurs sont sains ou non enregistrés), est de 8% et le taux de mortalité (*) est de 5 pour 100.000 habitants. En France, où le nombre de décès est, à la même date, de 372, le taux de létalité est de 3.3% et celui de mortalité due au virus de 5 pour 1.000.000 d’habitants. En Algérie, au 24 mars, le nombre de décès est de 19, le taux de létalité est de 7% (le nombre de cas de contamination étant probablement plus élevé que ceux confirmés) et celui de mortalité donc de 5 pour 10 millions d’habitants. Au niveau mondial, la létalité due au virus était, au 23 mars 2020, de 4% et la mortalité de 4 pour 100.000 habitants. De façon générale, on estime actuellement le taux de létalité entre 5% et 2%. C’est-à-dire que 95 à 98% des personnes contaminées, soit elles guérissent, soit elles connaissent des formes atténuées, voire asymptomatiques de la maladie. Les jeunes, notamment, ne sont pas en général menacés par cette nouvelle maladie. En d’autres siècles, tout cela serait peut-être passé inaperçu et mis sur le compte de l’âge et de la vieillesse ou d’un hiver particulièrement rigoureux.

Tous ces chiffres sont à rapprocher de ceux d’autres épidémies. Le sida concerne actuellement 38 millions de personnes dans le monde, 75 millions en ont été infectées et 32 millions en sont mortes depuis le début de l’épidémie. En France, la grippe saisonnière est responsable de 15.000 décès chaque année. L’Algérie enregistre en moyenne chaque année 55.000 nouveaux cas de cancer. La canicule de 2003 a été la cause de 25.000 décès de gens âgés en France. Et il y a aussi la mortalité, disons courante: en Algérie, le taux de mortalité global est d’environ 4,5% et 190.000 personnes sont décédées l’année passée. En France, environ 600.000 personnes meurent chaque année. On y estime à 150.000 chaque année la mortalité naturelle dans les seules maisons de retraite, les EHPAD («Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes»). Voici donc quelques chiffres épars susceptibles de permettre de mieux cerner la question. Si, donc, ces chiffres paraissent relativiser la dangerosité de cette maladie du Covid-19, même si d’évidence elle est extrêmement contagieuse, n’y a-t-il pas là une contradiction: pourquoi alors les réactions intenses à celle-ci ? Seraient-elles exagérées, disproportionnées par rapport aux dangers qu’elle représente ?

En effet, il y a non seulement l’émotion intense causée par cette maladie nouvelle, mais aussi ses conséquences économiques et sociales, de plus en plus grandes, au fur et à mesure du développement de la stratégie de confinement qu’elle impose.

Les relations aériennes, les transports s’arrêtent progressivement, les échanges commerciaux ont chuté, l’économie tourne un peu partout au ralenti, les prix du pétrole s’écroulent. Comment concilier à la fois la nécessité du confinement pour arrêter la progression du virus et celle de la continuité de l’activité économique. Les conséquences économiques ne seraient-elles pas plus graves au bout du compte que les conséquences sanitaires avec les images apocalyptiques que décrivent certains: récession économique, troubles sociaux, pénuries alimentaires, famines, émigrations, et finalement pauvreté et morbidité économique…? C’est en tout cas la thèse de certains.

Une question de civilisation

Certains pays songent alors déjà à l’après-épidémie et à la nécessité d’en sortir en conservant leur position économique dans la concurrence et le rapport de force mondial ou même en l’améliorant. C’est un peu le calcul fait par le Président Trump qui se refuse à risquer d’arrêter l’activité économique. C’était le calcul aussi, du moins au départ, du Royaume-Uni qui avait estimé qu’il ne fallait pas entrer dans un confinement mais qu’il fallait tout simplement laisser l’épidémie se développer pour qu’elle s’arrête d’elle-même en atteignant 50 à 70% de la population car, estimait-on, c’est le seul moyen, en l’absence de vaccin, d’immuniser l’ensemble des habitants.

On voit donc l’approche cynique qui pourrait se manifester. Le coronavirus met en danger essentiellement les personnes âgées, pas les jeunes. Pourquoi alors hypothéquer l’avenir, suggèrent certains. Si on applique le taux de létalité de 2% et qu’on estime que 50% de la population pourrait être atteinte au final par le virus, on aurait 420.000 morts dus au virus en Algérie, et 620.000 dans un pays comme la France, pour l’essentiel des gens âgés. Certes, toutes ces évaluations sont discutables car on ne sait évidemment pas comment va se comporter l’épidémie, et tout dépendra de l’efficacité de chaque pays, de l’évolution des traitements. Mais elles permettent de centrer la question sur l’essentiel: peut-on accepter cet immense carnage pour des raisons dites économiques. L’essentiel n’est pas économique, il est humain. On a du coup l’explication de la contradiction apparente dont on a parlé plus haut. L’opinion mondiale ne s’y trompe pas. Et c’est la raison, partout, de l’adhésion profonde à la politique de confinement, malgré ses conséquences économiques. Il ne faut surtout pas conclure que l’épidémie est moins dangereuse parce qu’elle menace surtout la vie des anciens, des aînés. Bien au contraire, elle est précisément dangereuse pour cette raison. Tout le monde comprend de mieux en mieux désormais que si les jeunes, en général, n’ont pas leur vie menacée par l’épidémie, ils peuvent en être les vecteurs dans la population âgée. Pour dire les choses autrement, la politique de confinement n’est pas seulement une nécessité sanitaire, celle d’empêcher la propagation de l’épidémie, elle est une nécessité morale, celle d’empêcher ses conséquences sur la partie la plus fragile de la population.

On touche alors au fond du problème: il s’agit d’une question de civilisation. Il s’agit d’une question fondamentale pour les valeurs humaines, du prix donné à la vie humaine. A quoi peut bien servir le développement économique s’il conduit à perdre son âme ? Et d’ailleurs, serait-il lui-même possible sans sa finalité humaine ? Il y a 11 millions de gens âgés de plus de 60 ans en Algérie, le quart de la population. Partout dans le monde, l’espérance de vie a augmenté considérablement. Et elle intéresse tout le monde, les jeunes comme les anciens. Peut-être que cette crise pourra apparaître plus tard comme un tournant dans l’évolution humaine et dans la manière d’aborder les questions de développement et de civilisation.

(*) Le taux de létalité est le rapport des décès dus à une maladie à celui des personnes touchées par cette maladie. Il mesure donc la virulence d’une maladie.

Le taux de mortalité est le rapport des décès dus à une maladie à celui de la population totale. Il mesure donc l’impact d’une maladie sur toute la population.

*par Djamel Labidi – paru dans le quotidien d’Oran- samedi 28 mars 2020

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La pandémie du Coronavirus annoncerait la fin de l’Union européenne

Union

 29 mars 2020

L’Union européenne (UE) qui a toujours été présentée comme un exemple d’association politico-économique, se dirigerait vers sa disparition. La pandémie du nouveau Coronavirus a dévoilé les carences d’une Union basée sur des intérêts purement économiques, pour ne pas dire machiavéliques. Une Union dépourvue de valeurs, où la loi du plus fort est de rigueur.

En ce sens, la crise de la pandémie du Coronavirus a dévoilé les déficiences d’une Association adossée à un capitalisme sauvage où la solidarité n’a aucun sens.

Avec la pandémie du Covid-19, ce qui se passe en Italie, en Espagne et en France est édifiant à plus d’un titre. Les pays de l’UE se seront finalement associés contre les pays « du reste du monde » en adoptant entre autres le principe de Schengen, un espace où seuls les habitants des 27 pays de l’Union peuvent circuler librement et sans visa.

Il a suffi d’une pandémie pour que cette Union s’écroule. L’Italie et l’Espagne, abandonnées par l’UE, compte désormais sur l’aide de la Chine. Or, l’UE a été théoriquement créée afin que les pays de cette Association constituent une coalition et s’unissent pour le meilleur et pour le pire, pour ainsi dire.

Aujourd’hui, c’est le contraire qui se produit car l’UE est totalement remise en cause.  C’est l’ancien président de la Commission européenne Jacques Delors (1985-1995) qui le déclare.

« Le climat qui semble régner entre les chefs d’Etat et de gouvernement et le manque de solidarité européenne font courir un danger mortel à l’Union européenne », a-t-il indiqué jeudi dernier.

« Le microbe est de retour », ajoute ce grand défenseur de l’Europe, qui a suivi, selon l’Institut, les derniers développements au sein de l’Union et sa réponse face à la pandémie, en particulier le Conseil européen de jeudi qui a montré les divisions entre les 27, en particulier entre pays du Nord et du Sud.

Le Premier ministre italien Giuseppe Conte a tenu le même discours quand il a appelé l’Union européenne « à ne pas commettre d’erreurs tragiques » face au coronavirus, sinon « l’édifice européen tout entier risque de perdre sa raison d’être ».

« L’inertie laisserait à nos enfants le fardeau immense d’une économie dévastée. Nous voulons être à la hauteur de ce défi? Alors lançons un grand plan, un +European Recovery and Reinvestment Plan+ (en anglais, ndlr), qui soutienne et relance l’économie européenne toute entière », a-t-il dit.

« Nous devons éviter de faire en Europe des choix tragiques. Si l’Europe ne se montre pas à la hauteur de ce défi sans précédent, l’édifice européen tout entier risque de perdre, aux yeux de nos propres citoyens, sa raison d’être », met-il en garde.

En somme, l’UE s’apparente à un géant aux pieds d’argile puisqu’elle a du mal à résister et à faire face à la pandémie du Coronavirus, faute de solidarité des pays qui la composent.

**Mohamed Nassim – DIA-  29 mars 2020

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UN COMMANDANT AMÉRICAIN CRAQUE FACE AU NOMBRE DE CAS DE COVID-19 SUR SON PORTE-AVIONS

Par CNEWS - le 02/04/2020
Le virus s’est largement propagé au sein de l’équipage de 4.000 membres, avec une centaine de marins infectés. 
Le virus s'est largement propagé au sein de l'équipage de 4.000 membres, avec une centaine de marins infectés.

Un véritable appel à l’aide. Alors que le coronavirus s’est propagé sur l’USS Theodore Roosevelt, un porte-avions de la marine américaine avec plus de 100 marins testés positifs à bord, le commandant a tout simplement craqué et demandé l’évacuation immédiate de son équipage.

«Nous ne sommes pas en guerre. Les marins n’ont pas à mourir. Si nous n’agissons pas maintenant, nous échouons dans notre tâche de prendre soin comme il se doit de nos plus précieux atouts – nos marins.», a martelé le capitaine de vaisseau Brett Crozier dans une lettre de quatre pages adressée au commandement de l’US Navy et publiée par le San Francisco Chronicle.

Après un amarrage au début du mois de mars à Da Nang, au Vietnam, trois marins du Theodore Roosevelt avaient contracté le coronavirus. Quelques jours plus tard, le virus s’était largement propagé au sein de l’équipage de 4.000 membres, avec une centaine de marins infectés. 

Une situation inacceptable pour le commandant, alors qu’il est particulièrement difficile d’isoler les marins contaminés, les espaces au sein du port-avions étant très étroits.

«LA PROPAGATION DE LA MALADIE SE POURSUIT ET S’ACCÉLÈRE»

S’il mesure le caractère exceptionnel de sa demande, le commandant Crozier a indiqué que la mesure de mettre en quarantaine les personnes infectées pendant deux semaines était absolument nécessaire. 

Brett Crozier a souligné dans sa lettre l’urgence de la situation et demandé que des actions soient prises rapidement, pour éviter «un dénouement tragique». Un responsable de l’US Navy qui a souhaité garder l’anonymat a confirmé que «la direction de la Navy va prendre toutes les mesures pour assurer la santé et la sécurité de l’équipage de l’USS Theodore Roosevelt et cherche des solutions pour répondre aux inquiétudes de son commandant». - CNEWS - le 02/04/2020

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coro-medicament

Le nouveau monde après le corona

Par Pr. Chems Eddine Chitour, Alger.

«Un mal qui répand la terreur, Mal que le Ciel en sa fureur inventa pour punir les crimes de la terre, La Peste
Capable d’enrichir en un jour l’Achéron, faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
Nul mets n’excitait leur envie ; Ni Loups ni Renards n’épiaient
La douce et l’innocente proie. Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d’amour, partant plus de joie…» Jean de la Fontaine (Les animaux malades de la peste)

A bien des égards, le coronavirus, nous rappelle les terreurs passées dues souvent à des maladies comme la peste bien décrites par Jean de la Fontaine. Vu sur internet 6 770 000 000 résultats ! C’est dire si l’inquiétude est là ! De mémoire d’homme jamais un virus n’avait à ce point déstabilisé aussi vite autant de secteurs de l’activité humaine ! Qui trouvera en premier un vaccin contre le coronavirus Covid-19 qui a déjà contaminé près de 200 000 personnes et fait près de 10 000 morts dans le monde ? Le premier essai clinique d’un vaccin test a été mené aux États-Unis et de nombreuses équipes à travers le monde en Allemagne, en Russie s’y attellent. Les Chinois annoncent que leur vaccin est efficace. 

Dans toutes ces informations tristes, il en est une qui réjouit. Ce que n’a pas pu faire le système néolibéral et toutes les nations regroupées autour du GIEC, un virus de quelques microns a réussi à arrêter la machine du diable représentée par le laminoir néo-libéral basée uniquement sur le fossile. En effet, la pandémie a eu des effets pour le moins spectaculaires dans son foyer originel, en Chine. Selon The Independent, des images satellite fournies par la Nasa montrent une diminution drastique de la pollution en Chine, en partie grâce au ralentissement économique provoqué par le coronavirus. Les chercheurs de l’agence spatiale indiquent que la fermeture des usines et la demande aux gens de rester chez eux ont entraîné une forte baisse de la consommation des combustibles fossiles, une des principales causes de la crise climatique.

Comment la Chine compte se relever de l’épidémie de coronavirus

En Chine durement frappée par le coronavirus, le pic de l’épidémie de coronavirus semble être passé. Début mars, les autorités chinoises s’empressent de faire savoir que les cas de contamination commencent à diminuer. Les médias chinois présentent ce déplacement de Xi Jinping comme une «visite d’inspection» au cours de laquelle il rencontre des médecins, quelques malades et des responsables politiques locaux. Il visite notamment l’hôpital préfabriqué Huoshenshan qui a été construit en dix jours. Le 11 mars, plusieurs hôpitaux temporaires ont été fermés. 
«Après deux mois d’arrêt, relancer l’économie chinoise est une impérieuse nécessité. Le 4 mars, le comité permanent du Parti communiste, l’organe suprême du pouvoir chinois, a clairement indiqué qu’il fallait «accélérer la mise en place d’un ordre économique et social compatible avec le contrôle et la prévention de l’épidémie. (…) Pour le moment, le pouvoir chinois a une priorité: mettre en valeur le combat qu’il a mené contre le Covid-19. Des experts chinois emportant 250 000 masques ont été envoyés en Iran où le coronavirus connaît un fort développement. Des kits de dépistage de la maladie ont par ailleurs été expédiés au Pakistan. L’Italie, gravement touchée par l’épidémie, a annoncé le 10 mars l’achat à la Chine de 1 000 appareils d’assistance respiratoire, 20 000 combinaisons de protection et 100 000 masques de protection. Tandis que neuf médecins et techniciens chinois qui ont combattu le coronavirus sont attendus à Rome.»(1)
Le comportement admirable du peuple italien face à l’adversité
L’Italie, frappée de plein fouet par cette pandémie, se bat d’une façon admirable malgré la mise en quarantaine de ce pays par ses voisins européens, voire occidentaux qui les prennent de haut oubliant que l’Italie, avec la Grèce – a été mise en coupe réglée par l’oligarchie néolibérale. Le Président italien a décidé de confiner les 60 millions d’Italiens qui, pour s’encourager, chantent aux balcons et prouvent à la face du monde leur détermination à s’en sortir ; leur belle langue rend plus belles les chansons. 

Malgré le confinement, les fractures sont toujours là

On sait que le confinement est la seule thérapie – en dehors d’un vaccin éventuel, voire d’un médicament ancien qui reprend du service l’hydroxycloriquine — pour empêcher la progression du virus. Dans l’histoire, on rapporte le cas d’hommes illustres obligés au confinement. Isaac Newton, Albert Camus travaillaient chez eux en temps d’épidémie celle de Londres de 1720, et celle décrite justement par Camus à Oran. Pourtant, est-ce une bonne chose et est-ce que ce type de situation soudait la société ? En fait, la peur a fait que l’instinct grégaire refait surface. C’est pour le moment le repli qui fait que chacun se réorganise.
«Tout se passe, écrit Titiou Lecoq, comme si ce virus, loin de nous rapprocher, exacerbait notre conscience des inégalités. Il y avait plusieurs scénarios concernant cette pandémie. (…) Nous ne serions pas seulement l’addition d’individus errant dans leur chambre les yeux hagards, nous formerions un tout, une transcendance, une nation. Nous allions vivre quelque chose d’inédit tous et toutes ensemble. On avait vu des vidéos du peuple italien en train de chanter, de s’adresser au monde d’une seule voix. Nous allions vivre la même expérience. Redécouvrir notre cohésion nationale. Pour l’instant, on peut dire qu’on est face à un échec cuisant. Les fractures habituelles de la société sont toujours là – et je ne suis pas loin de me demander si elles ne s’accentuent pas. En premier lieu, il y a eu la fracture cognitive. D’abord, on s’est demandé pourquoi les personnalités du sport, du cinéma et de la politique, même sans symptômes graves, bénéficiaient de tests. Cette inégalité première, on sentait bien qu’elle allait miner la nation une et indivisible. Ensuite, on a eu les images désastreuses des Parisiens remplissant leur SUV de valises pour se ‘’mettre au vert’’ – l’occasion de rappeler qu’il y aurait trois millions de résidences secondaires en France. Clairement, ça doit changer pas mal de choses d’être confiné·e dans une maison de campagne de 200 m2 avec un jardin d’un hectare. Voir l’exode de personnes suffisamment aisées pour choisir dans quel domicile se confiner, ça n’a pas aidé à «faire nation» (alors que la Norvège, par exemple, a interdit cet exode)».(2)
Une autre fracture est apparue: la fracture fondamentale entre les personnes qui sont en confinement et celles qui ne le sont pas. Dans les «pas», on peut citer les employé·es d’Amazon. Les caissières de supermarché. Les travailleurs sociaux. Une réalité nous saute à la gueule : au sein d’une même entreprise, les cadres peuvent travailler de chez eux et les ouvriers viennent au boulot. C’est comme si ce virus, loin de nous rapprocher, faisait ressortir, exacerbait notre conscience des inégalités. Autant dire qu’on est loin de la concorde annoncée. Il existe tout de même un sujet transversal à toutes les classes sociales: les violences familiales qui risquent de se multiplier du fait du confinement. Comme le rappelle #NousToutes, il est interdit de sortir mais pas de fuir».(2)

C’est le début d’une déstabilisation en cours 

Partout à travers le monde, les pays prennent des dispositions drastiques pour tenter de contenir la pandémie de coronavirus. Le coronavirus va-t-il mettre le système néolibéral et l’oligarchie à genoux ? L’économie et la finance sont déjà fortement touchées à l’échelle mondiale, et les choses n’en sont certainement qu’à leurs débuts. Un krach boursier historique s’est produit jeudi 12 mars. Faut-il déjà penser à des politiques de relance ? Et quels sont les enjeux sociaux liés ? Assiste-t-on à l’effondrement du monde ? A en croire le philosophe Dominique Bourg, oui. «Alors que plusieurs pays européens, dont la France, sont à l’arrêt, tant économiquement que socialement, la question de l’effondrement se pose. La crise du coronavirus marque-t-elle le début de cet effondrement, à entendre comme la convergence de toutes les crises : climatiques, écologiques, biogéophysiques, économiques ? Est-on en train de vivre l’effondrement tel qu’il est décrit par la collapsologie ? Depuis plus d’un demi-siècle, on nous dit que notre système n’est pas durable. C’est logique qu’il s’effondre… le modèle des Meadows [en 1972, le rapport Meadows a mis en avant le danger pour l’environnement planétaire de la croissance démographique et économique de l’humanité (…) Plus que la prise de conscience. Comparons la crise de 2008-2009 et celle d’aujourd’hui. Elles n’ont rien à voir. En 2008-2009, on a une crise financière qui débouche sur une crise économique, qui, elle-même, débouche sur des dommages sociaux. Là, nous avons une crise sanitaire, avec la question de la vie et de la mort des gens ».(3) 
«L’enquête de Philippe Moati, publiée dans Le Monde au mois de novembre, propose un choix entre trois modèles de société : l’utopie techno-libérale, l’utopie écologique et l’utopie sécuritaire. On rentre dans une dynamique de changement extrêmement profond et on y entre en fanfare.  Ce que nous montre le Covid-19, c’est ce que nous devrions faire pour le climat. Réduire nos émissions à l’échelle mondiale, vous ne le faites pas avec des techniques, vous le faites avec des comportements. L’épidémie n’est-elle pas la meilleure façon d’éviter les violences que des pénuries auraient pu créer ? Le Covid-19, c’est une infection qui contraint au civisme. Oui je pense que Covid-19 est salutaire. Il nous contraint à revenir sur les fondamentaux, à comprendre qu’on est en train de changer d’époque, et qu’on ne peut pas continuer nos modes de vie. S’il y a vraiment quelque chose qui met un coup d’arrêt à l’idéologie du progrès, c’est ce qu’il se passe aujourd’hui. On n’est pas du tout dans la notion de progrès, le temps accumulation, c’est fini.»(3)

Rien ne sera plus jamais comme avant

Dans le même ordre du changement inéluctable, Henry Grabar écrit : «Nos modes de vie pourraient être durablement transformés par la pandémie de coronavirus. Si notre avenir proche ressemble à ce qui se passe actuellement en Italie, où tout a été fermé à l’exception des commerces alimentaires et des pharmacies, alors c’est une rupture exceptionnelle d’avec la normalité qui nous attend. Pratiquement, toutes les activités impliquant ou facilitant les interactions humaines physiques semblent en pleine débâcle. Les universités, en train de vider leurs campus, n’avaient encore jamais autant déployé l’enseignement à distance. À bien des égards, voici la réponse: le train-train quotidien. La pandémie fera des morts, garrottera les économies et sabordera les habitudes, mais elle passera. Il y a cependant de réelles raisons de penser que les choses ne reviendront pas à la normale de la semaine dernière. De petites perturbations créent de petits changements sociaux ; les grosses changent la vie pour de bon. (…) En 1918, la pandémie de grippe a permis le développement des systèmes de santé en Europe. Les infrastructures pourraient ne plus être en place pour nous permettre de continuer nos activités comme en 2019. (…) Les campagnes électorales pourraient se faire avec moins de rassemblements et d’événements en direct, tandis que les entreprises pourraient recourir davantage au télétravail et s’installer dans des locaux plus petits. Peut-être allons-nous concevoir des chaînes d’approvisionnement locales plus résilientes. (…) Tout cela n’aura aucun rapport avec la santé publique. Ces changements seront plutôt la conséquence d’une totale réévaluation de notre mode de fonctionnement, un processus qui ne date pas de cette épidémie. Davantage de cuisine chez soi, moins de repas au restaurant. On fera sa psychothérapie, son yoga et ses consultations médicales en ligne».(4)
Naturellement, le système néolibéral est toujours à l’affût d’affaires même en exploitant la détresse humaine. Ainsi aux États-Unis, les entreprises proposant kits de survie et abris de secours enregistrent leurs meilleures ventes. Leur quarantaine est meilleure que votre quarantaine. Les super-riches n’ont pas attendu les consignes officielles pour se mettre à l’abri du coronavirus, explique le Guardian. Au Royaume-Uni, certains ont affrété des jets privés vers leurs résidences secondaires, d’après le site korii.slate.fr/biz/coronavirus. 
Dans le même ordre aussi, la demande d’armes à feu a également augmenté, selon le Los Angeles Times. De nombreux Américains se sont précipités pour se procurer des armes alors que la pandémie due au coronavirus fait des ravages aux États-Unis. Ammo.com, un magasin de munitions en ligne, a récemment constaté une augmentation de ses ventes.(5)

Est-ce que cette pandémie s’inscrit dans une logique de domination permanente salutaire pour l’oligarchie néolibérale ?

Est-ce la fin d’un monde ou le commencement d’un nouveau monde ? Nous avons montré dans une contribution précédente comment l’Occident, qui se voulait un magister indépassable, était sur le déclin après avoir épuisé tout le bréviaire des méthodes discutables pour garder la suprématie planétaire. Tout commença, dit-on, avec les accords de Bretton Woods qui permirent à l’Occident américain de formater le monde. Ceci réussit merveilleusement pour l’empire américain et ses vassaux européens pendant une trentaine d’années. Ce qu’en France on appela les «trente glorieuses» qui permirent à ce pays d’asseoir son équipement avec les bras des «tirailleurs bétons» nord-africains. Souvenons-nous ensuite, à la fin des années 2000, et la chute de l’empire soviétique, l’empire américain, à en croire Fukuyama, était pour l’éternité. C’était la fin de l’histoire. pourtant des craquements se firent sentir . Il fallait trouver autre chose pour garder la suprématie, maintenant que le monde devenait multipolaire et que l’économie néo-libérale s’essoufflait. Les idéologues du Pentagone proposèrent un nouveau logiciel le (Program for American New Century) PNAC, si on devait essayer de trouver un fil conducteur, souvenons-nous seulement d’une phrase Ordo ab Chaos doctrine américaine de Condolezza Rice qui veut que du chaos naîtrait l’ordre. C’est en fait du semblant d’ordre actuel qu’est né sûrement le chaos. Trois pays avaient le niveau de vie le plus élevé (Libye) et le plus développé scientifique (Irak) et les plus cultivés (Syrie, Irak). Qu’en reste-t-il ? Le chaos, parlons-en, on dit que le reshaping du Moyen-Orient obéirait au fameux slogan du Middle East Partenareship Initiative (Mepi) qui veut que le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord soient redécoupés dans le sens de nouvelles frontières pour remplacer les accords Sykes-Picot d’il y a un siècle. Si on y ajoute, donc, les effets ou méfaits de la mondialisation-laminoir qui veut qu’il n’y ait plus justement d’États-Nations, mais des peuplades sans cap, des consommateurs potentiels, nous avons les ingrédients d’un nouveau chaos. Ceci ne fut apparemment pas suffisant car l’Empire vacillait économiquement. Ce sera la crise des subprimes de 2008 qui donna un sursis au système néolibéral . Sursis apparemment insuffisant. 

Le coronavirus et les défenseurs de la mondialisation

Gerard Horny absout la mondialisation et parle de crise à résoudre sans remettre en cause fondamentalement le logiciel de la mondialisation-laminoir. « L’épidémie, écrit-il, due au coronavirus Covid-19 sonne comme une nouvelle crise de la mondialisation. La mondialisation, telle que nous la vivons, fait l’objet de très vives critiques depuis longtemps déjà. Et ces critiques sont loin d’être infondées. Certes, l’ouverture des frontières pour les hommes, les marchandises et les capitaux a eu des conséquences positives : avec l’épidémie en cours, les critiques ressurgissent avec vigueur : la mondialisation est mauvaise pour la santé et pour l’économie ! Une fois que l’on a fait ce constat, quelle conclusion peut-on en tirer ? Que cette situation doit être corrigée ? Oui, mais comment ? (…) croissance mondiale plus harmonieuse incluant les pays en développement implique certes des efforts de la part de ces pays, mais elle suppose aussi une coopération internationale plus poussée, qui devrait être élargie «au-delà de la politique commerciale, pour inclure la fiscalité, la réglementation et l’infrastructure». En clair, si l’on suit cette logique, ce n’est pas d’une démondialisation dont on aurait besoin, mais, au contraire, de plus de mondialisation, sachant que celle-ci devrait alors prendre une autre forme et reposer davantage sur la coopération internationale. (…) les promoteurs d’une mondialisation profitant à tous n’ont pas encore gagné la partie. Il n’est pas du tout sûr qu’ils puissent la gagner un jour ».(7)

Dans le même ordre, les adeptes de la doctrine néolibérale reconnaissent qu’il y a des erreurs mais font assaut d’arguments contre le socialisme. Allison Schrager écrit en substance : «Le capitalisme est toujours le meilleur moyen de gérer le risque et de stimuler l’innovation et la productivité. Pour autant, ces systèmes ne sont pas parfaits. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, le fossé entre riches et pauvres s’est outrageusement creusé, Avec l’instabilité sociale se traduisant par des manifestations de masse, le Brexit, une montée des populismes et une polarisation toujours plus forte frappant aux portes des économies capitalistes, bien des progrès de ces dernières décennies sont aujourd’hui en péril. Pourtant, ce sont précisément les maux ciblés par les socialistes qui sont le mieux soignés par l’innovation, par les gains de productivité et par une meilleure répartition des risques. Le capitalisme est, de loin, le meilleur, voire le seul moyen d’y arriver. Le socialisme contemporain est difficile à définir. Traditionnellement, le terme signifiait ‘’la propriété totale du capital par l’État’’. En Europe, la social-démocratie renvoie à la nationalisation de nombreux secteurs économiques et à un État-providence très généreux. Et les socialistes aujourd’hui en plein essor modifient le concept pour parler d’un système économique offrant le meilleur du capitalisme (la croissance et l’augmentation du niveau de vie) sans le mauvais (les inégalités et les cycles économiques). Sauf que les systèmes économiques parfaits n’existent pas, il y a toujours des compromis. Sur d’autres listes, comme celles des socialistes américains du Green New Deal, on trouve un gouvernement devenu principal investisseur dans l’économie via des projets d’infrastructures massives visant à remplacer les combustibles fossiles par des énergies renouvelables».(8) 
«Du côté des capitalistes contemporains, on cherche non pas à supprimer l’intervention de l’État, mais à la modérer. Aucun système économique n’est infaillible, et il est bien possible qu’on ne trouve jamais le parfait équilibre entre État et marchés. En outre, les marchés sont bons pour répartir les risques. Fondamentalement, les socialistes voudraient les réduire. L’objectif est noble et une certaine réduction des risques grâce à de meilleurs filets de protection est souhaitable. Ce qui nous amène à une troisième raison de se fier aux marchés : la productivité. Des services inaccessibles deviennent de plus en plus disponibles et modifient la nature même du travail, souvent pour le mieux. Ce sont les systèmes capitalistes qui permettent de tels gains, parce qu’ils encouragent l’invention et font grossir le gâteau, pas les systèmes socialistes qui se soucient davantage de la manière dont il sera coupé et partagé. En d’autres termes, il est beaucoup trop tôt pour se passer de productivité. Plus généralement, le capitalisme pourrait devenir plus inclusif, et des politiques gouvernementales peuvent aider à gommer ses aspérités. L’inégalité est tolérable quand les pauvres ont une chance de devenir riches. Ces opportunités n’ont jamais réellement coïncidé avec les promesses du rêve américain. Reste que pour endiguer les instabilités – et faire en sorte que le système capitaliste soit plus séduisant –, les leaders politiques et économiques devraient veiller à ce que chacun ait au moins une chance de gagner à la loterie.»(8)

Quand le Covid-19 devient une occasion historique de changer tous ensemble

Une autre approche diamétralement opposée avance le fait que les solidarités vont «renaître». Dans nos relations sociales, nos comportements, notre conscience collective, notre société et ses valeurs… Quand l’épidémie du Covid-19 aura disparu, que la période de confinement sera levée, qu’en sera-t-il donc de notre société ? La philosophe Laurence Devillairs et les sociologues Rémy Oudghiri, Jean Viard, Gérald Bronner et Serge Guérin se demandent comment le Covid-19 peut conduire à un changement de comportement de la société. Le sociologue Rémy Oudghiri estime que, contrairement aux autres crises antérieures, c’est vraiment un moment historique où le temps de confinement va nous obliger à changer : «Cette crise sanitaire arrive dans un contexte particulier qui fait que la société française n’a jamais été aussi divisée qu’aujourd’hui et que cela constitue le grand enjeu politique.» Le confinement incite, selon lui, à remettre en avant le collectif quand, depuis quelques années déjà en France, les gens allaient dans des directions très différentes. Là, il y a une opportunité historique majeure qui est de remettre au cœur une vision collective : «Tous, en ce moment, nous nous interrogeons à partir de situations extrêmement différentes mais c’est ce qui nous unit. Et il ne tient qu’à nous de faire en sorte que cette unité perdure après la crise. Cette expérience va nous changer en profondeur.»(9)
«Jean Viard donne toute son importance à la période du confinement que tout le monde partage. C’est de là que les liens communs sont susceptibles de se tisser. Ces situations d’urgence sont comme d’immenses moments d’innovation pour le futur. Apprendre à se remettre en question et se centrer sur l’essentiel pour l’avenir. Pour Laurence Devillairs, «cette crise nous montre la nécessité de passer du discours, des paroles, aux faits, et de se remettre soi-même en question. Nous sommes face à une remise en question de nous-mêmes. Il y a une mise à nu de la société. Cette remise en question de soi-même doit se faire en prenant conscience qu’il ne faut pas trop s’échapper vers la vie numérique à laquelle pourrait nous réduire trop facilement le confinement. C’est à travers les écrans que s’inscrit, d’après elle, la véritable épreuve du réel et qu’il faut parvenir à dépasser pour évoluer par la suite dans beaucoup de domaines : l’occasion nous est donnée de faire avec ce qu’on a, non les écrans mais notre pensée ! C’est vraiment l’occasion pour une fois de prendre son temps avec les moyens du bord.»(9) 
Le sociologue Rémy Oudghiri renchérit : «C’est un moment que beaucoup de gens vont pouvoir utiliser pour réfléchir à ce qui compte vraiment pour eux, à ce qui est essentiel à leurs yeux, aujourd’hui.» C’est une opportunité de recréer des liens, de se réinventer, de nous réinventer ! L’esprit de consommation voué à se transformer. Le sociologue Gérard Bronner revient sur la question de nos comportements en termes de consommation et selon lui, déjà depuis la crise de 2009, le décrochage économique avait doublement changé notre rapport à la consommation. Il pense qu’à l’issue de cette crise sanitaire, ce comportement de vigilance sera plus vrai que jamais, malgré l’élan important de consommation  qui s’ensuivra. La crise sensibilise au soin mutuel et collectif. C’est selon le sociologue Serge Guérin, la valeur cardinale de demain : «C’est ce qu’on entend partout et le comportement dont on fait preuve lorsque nous avons nos proches au téléphone en ce moment. Le fais attention à toi, faites attention à vous. C’est cette notion d’éthique, de sollicitude, d’être attentif aux autres qui se manifeste pendant cette période de confinement. C’est le retour du sentiment d’interdépendance qui va progressivement devenir un élément central d’une politique publique et collective qui naîtra après coup.»(9)
C’est de fait toute l’humanité qui se délite. Encore qu’il faille «redéfinir» avec un nouveau paradigme ce que l’on comprend par humanité maintenant que les grands récits de légitimité ont été déconstruits par la modernité et que le «fait religieux», quel qu’il soit, peine à jouer son «rôle» de stabilisateur de l’angoisse existentielle du fait d’une science conquérante et sans état d’âme !! 

Que naîtra-t-il de cette épreuve planétaire ? 

Dans L’Express du 6 mai 2009, Jacques Attali, en véritable prophète, indiquait comment rabattre les cartes quand la gouvernance mondiale par l’oligarchie néo-libérale est en questionnement. Il dévoilait quelques fantasmes intimes du monde oligarchique. En bref : là où le krach financier a jusqu’ici échoué, une bonne petite pandémie pourrait précipiter nos dirigeants à accepter la mise en place d’un gouvernement mondial ! L’Histoire nous apprend que l’humanité n’évolue significativement que lorsqu’elle a vraiment peur.
Jacques Attali reprend sa plume et écrit en mars 2020 dans le même sens de son écrit de 2009 : «Aujourd’hui, rien n’est plus urgent que de maîtriser les deux tsunamis, sanitaire et économique, qui s’abattent sur le monde. Et pour l’écarter, il faut regarder loin, en arrière et devant, pour comprendre ce qui se joue ici : chaque épidémie majeure, depuis mille ans, a conduit à des changements essentiels dans l’organisation politique des nations, et dans la culture qui sous-tendait cette organisation. Par exemple, on peut dire que la Grande Peste du 14e siècle (dont on sait qu’elle réduisit d’un tiers la population de l’Europe) a participé à la remise en cause radicale, sur le Vieux Continent, de la place politique du religieux, et à l’instauration de la police, comme seule forme efficace de protection de la vie des gens. L’État moderne, comme l’esprit scientifique, y naissent alors comme des conséquences, des ondes de choc, de cette immense tragédie sanitaire. L’un et l’autre renvoient en fait à la même source : la remise en cause de l’autorité religieuse et politique de l’Église, incapable de sauver des vies, et même de donner un sens à la mort. Le policier remplaça le prêtre. Il en alla de même à la fin du 18e siècle, quand le médecin remplaça le policier comme le meilleur rempart contre la mort. On est donc passé en quelques siècles d’une autorité fondée sur la foi à une autorité fondée sur le respect de la force, puis à une autorité plus efficace, fondée sur le respect de l’État de droit. On pourrait prendre encore d’autres exemples et on verrait que, à chaque fois qu’une pandémie ravage un continent, elle discrédite le système de croyances et de contrôle, qui n’a su empêcher que meurent d’innombrables gens ; et les survivants se vengent sur leurs maîtres, en bouleversant le rapport à l’autorité.»(10)
Ne s’adressant qu’à l’Occident, il écrit : «Si les systèmes occidentaux échouent, on pourra voir se mettre en place non seulement des régimes autoritaires de surveillance utilisant très efficacement les technologies de l’intelligence artificielle, mais aussi des régimes autoritaires de répartition des ressources. Heureusement, une autre leçon de ces crises est que le désir de vivre est toujours le plus fort ; et que, à la fin, les humains renversent tout ce qui les empêche de jouir des rares moments de leur passage sur la terre. 
Aussi, quand l’épidémie s’éloignera, verra-t-on naître (après un moment de remise en cause très profonde de l’autorité,), une nouvelle légitimité de l’autorité ; elle ne sera fondée ni sur la foi, ni sur la force, ni sur la raison (pas non plus, sans doute, sur l’argent, avatar ultime de la raison). Le pouvoir politique appartiendra à ceux qui sauront démontrer le plus d’empathie pour les autres. Les secteurs économiques dominants seront d’ailleurs aussi ceux de l’empathie : la santé, l’hospitalité, l’alimentation, l’éducation, l’écologie. En s’appuyant, bien sûr, sur les grands réseaux de production et de circulation de l’énergie et de l’information, nécessaires dans toute hypothèse. On cessera d’acheter de façon frénétique des choses inutiles et en reviendra à l’essentiel, qui est de faire le meilleur usage de son temps sur cette planète, qu’on aura appris à reconnaître comme rare et précieux. Notre rôle est de faire en sorte que cette transition soit la plus douce possible, et non un champ de ruines. Plus vite on mettra en œuvre cette stratégie, plus vite on sortira de cette pandémie, et de la terrible crise économique qui s’ensuivra.»(10)
Plus personne n’en doute : cette pandémie aura un impact considérable sur le monde.
Jacques Attali met en garde contre la dérive et propose des pistes de réflexion qui permettraient d’éviter la guerre de tous contre tous : « Une telle situation pourrait faire définitivement basculer nos civilisations dans le comble de l’individualisme, de la lutte sauvage pour la vie. Plus de respect de l’autre. Plus d’empathie. On ne peut pas non plus écarter que la pandémie finisse par avoir un impact très grave sur l’économie mondiale. On n’en est pas là, et on peut encore tout faire pour l’éviter. Pour y parvenir, il faudrait aussi que cette crise, sans faire plus de victimes, marque vraiment les esprits ; et qu’on y décèle au plus vite, dans les interstices de ces catastrophes menaçantes, quelques indices d’un possible monde meilleur. 
Les actions les plus importantes se dessinent clairement : d’une part, agir massivement sur les éléments les plus directs de la crise : il nous faut plus d’hygiène individuelle et collective ; plus de médecins, d’infirmières, d’équipements hospitaliers, de moyens de soins intensifs ; plus de moyens de recherche fondamentale et appliquée. Il nous faut enfin réguler les systèmes financiers et défaire les folles pyramides de dettes qui nous ont emmenés là où nous sommes aujourd’hui. D’autre part, tirer le meilleur des nouvelles pratiques que cette crise, quelle que soit sa gravité, nous aura imposées : se respecter, se laver, se surveiller ; passer plus de temps avec les siens, avec ses amis, et avec la nature ; cuisiner et passer du temps à table ; sélectionner les déplacements les plus utiles ; découvrir les vertus du télétravail ; utiliser vraiment ces nouvelles technologies pour bien écouter de la musique, pour informer, pour enseigner et pour diagnostiquer. Et, en conséquence, promouvoir un tout nouveau mode de croissance, et de nouveaux secteurs économiques jusqu’ici, pour certains, négligés. Surtout ceux de la santé et de l’éducation, dans toutes leurs dimensions. Il n’a d’ailleurs pas fallu longtemps pour que Wall Street regroupe certaines de ses entreprises dans un nouvel index, indice dit Stay Home, où on retrouve, à côté de Netflix, 33 entreprises directement bénéficiaires de cette crise. Plus généralement, cela nous apprendra à prendre au sérieux la seule chose dans le monde qui est vraiment rare, qui a vraiment de la valeur : le temps. Le bon temps. Celui de notre vie quotidienne, qu’on ne doit plus perdre dans des activités futiles. Celui de notre vie personnelle, qu’on peut allonger en y consacrant plus de moyens. Celui de notre civilisation enfin, qu’on peut préserver, en cessant de vivre dans l’agitation, la superficialité, et la solitude. Dans un tout nouvel équilibre entre nomadisme et sédentarité.»(11)

Et l’Algérie dans tout ça ?

L’Algérie fait face au coronavirus qu’elle doit vaincre mais aussi à une baisse drastique du prix du baril. Il est vrai que l’impact de l’épidémie du coronavirus est comparable à une catastrophe naturelle, et même à une guerre planétaire. Cette crise est partie pour durer jusqu’à 2021. Le monde ébranlé ne sera plus jamais comme avant avec un impact sur toute l’architecture des relations politiques et économiques internationales. Une autre épreuve pour le pays est que d’après le rapport de l’AIE du 12 mars 2020, la demande de pétrole devrait fortement baisser, la Chine diminuant drastiquement sa consommation. L’AIE prévoit que le Brent pourrait se coter à 43 dollars moyenne annuelle en 2020, soit une baisse de 29,3%, par rapport à 2019. Nous devons nous y préparer et les premières mesures sur la transition énergétique vers le développement durable sont encourageantes. Nous devons tous ensemble nous unir et contribuer plus que jamais à réparer le lien qui nous unit. 

Comment devrions-nous nous organiser par rapport au danger du coronavirus ?

A sa façon, Razika Adnani, philosophe et islamologue, en appelle à une prise de conscience salvatrice qui transcende les clivages. Il s’agit de sauver les Algériens et nos différends sont vains devant le péril commun. Elle écrit : «Si l’épidémie vient à monter et que le pays entre dans la phase trois, il est évident que des milliers d’Algériens ne pourront pas avoir accès aux soins et que la famine risque de se propager notamment dans les zones reculées. Voilà pourquoi, seule la vigilance des Algériennes et des Algériens et leur sentiment de responsabilité pourront faire barrage à cette maladie et protéger l’Algérie d’une telle situation. Les Algériens, qui ont donné des leçons de maturité lorsqu’ils sont sortis revendiquer leurs droits de citoyens, doivent donner aujourd’hui une autre leçon de maturité contre le coronavirus en suspendant leurs manifestations pour éviter la transmission de la maladie. Il y va de la responsabilité de chacun et chacune de se protéger et de protéger son entourage en suivant strictement les consignes des autorités sanitaires. Aimer son pays consiste aussi à le protéger du coronavirus. Suspendre les manifestations ne signifie pas arrêter le mouvement populaire ni oublier le désir de chacune et chacun de construire une nouvelle Algérie, mais simplement les reporter pour une autre date. Ceux qui pensent qu’il s’agit d’un complot pour casser le mouvement populaire ont juste renoncé à l’usage de leur raison et refusent de regarder autour d’eux ou n’ont pas l’habitude de le faire. Dans les moments de difficultés et de danger, être citoyen, c’est préférer, comme le dit Démosthène, homme d’État athénien, les mots qui sauvent aux mots qui plaisent. Mais aujourd’hui, le coronavirus est là. Il nous rappelle que nous sommes tous les habitants d’une seule planète et que nous partageons tous le même sort.»(12) 

Conclusion

Assurément, nous allons vers une déconstruction, l’ancien monde a vécu malgré toutes les tentatives de replâtrage. Plus rien ne sera comme avant. L’ancien monde se délite devant un petit microbe qui fait plus peur que les changements climatiques qui s’inscrivent dans le temps long. Nous préférons l’analyse de Jacques Attali qui avait décrit d’une façon prophétique la pandémie comme le signal d’un nouveau monde. Peut être que cette fois-ci nous pourrions sortir de l’ébriété énergétique, nous engager dans une nouvelle mondialisation en pente douce. L’humanité ne laisserait personne sur le bord de la route. Nous profiterons alors du temps, nous allons redécouvrir en famille, le rythme des saisons, les solidarités, la sobriété et peut-être que nous pourrions profiter du bon temps. Ce temps qui avait manqué à Alexandre le Grand qui avait conquis la moitié du monde et lui aussi victime d’une bactérie. Cette phrase qui serait de lui : « Nous quittons le monde quand s’épuise pour nous le trésor le plus précieux de tous : le temps.»
Par Pr. Chems Eddine Chitour, Alger. paru dans le Soie d’Algérie - 23 mars 2020


  1. RichardArzt http://www.slate.fr/story/188487/diminution-epidemie-coronavirus-chine 130320
  2. Titiou Lecoq http://www.slate.fr/story/188781/coronavirus-epidemie-confinement-faire-nation-fractures-societe-francaise-inegalites ? 20 mars 2020 
  3. Laure Beaudonnet https://www.20minutes.fr/arts-stars/culture/2743779-20200319-coronavirus-debut-destabilisation-cours-apres-selon-philosophe-dominique-bourg
  4. Henry Grabar http://www.slate.fr/story/188565/coronavirus-covid-19-rien-ne-sera-plus-jamais-comme-avant Traduit par Peggy Sastre — 16 mars 2020
  5. https://aphadolie.com/2020/03/17/coronavirus-alors-que-la-pandemie-se-developpe-les-ventes-darmes-a-feu-augmentent-aux-etats-unis/
  6. http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur _chitour/218320-la-detresse-des-musulmans.html
  7. Gérard Horny 17 mars 2020 http://www.slate.fr/story/188421/coronavirus-demondialisation-echanges-frontieres-chine
  8. Allison Schrager http://www.slate.fr/story/187608/socialisme-echec-capitalisme-economie-marcheTraduit par Peggy Sastre — 25 février 2020 
  9. France Inter  20 mars 2020 https://www.franceinter.fr/vie-quotidienne/quand-le-covid-19-devient-une-occasion-historique-de-changer-tous-ensemble
  10. http://www.wikistrike.com/2020/03/attali-une-petite-pandemie-permettra-d-instaurer-un-gouvernement-mondial.htmlhttp://www.attali.com/societe/que-naitra-t-il/
  11. http://www.attali.com/societe/la-pandemie-permettra-peut-etre-de-comprendre-que-seul-vaut-le-temps/
  12. https://www.tsa-algerie.com/la-citoyennete-consiste-aussi-a-faire-barrage-au-coronavirus/7

**********************************Un coronavirus « cousin » du Sras, baptisé SARS-CoV-2, se propage depuis le mois de décembre dans le monde. Transmissible entre humains, il suscite l’inquiétude de l’OMS. La souche incriminée est un nouveau type de coronavirus qui est à l’origine d’une maladie appelée Covid-19. Cette dernière peut provoquer des symptomes bénins chez l’homme, comme un rhume, mais aussi d’autres plus graves pouvant mener à la mort de l’hôte, particulièrement s’il est âgé ou déjà touché par une maladie qui l’affaiblit. À ce jour, Covid-19, dont le taux de mortalité est estimé à environ 2%, a déjà tué plusieurs milliers de personnes.Parti d’un marché de la ville de Wuhan, dans le centre de la Chine, le coronavirus a ensuite gagné les grandes métropoles du pays, puis les États voisins comme le Japon et la Corée du Sud, avant de se répandre dans le reste du monde, des Etats-Unis en passant par les pays européens, dont la France.

EN PREMIÈRE LIGNE

Journal d’une soignante : « Cette humiliation, je ne la supporte pas »
Rossella, interne dans une unité Covid-19,
publié le 28/03/2020- lexpress.fr – chronique

Journal d'une soignante face au coronavirus : "C'est la vraie ...

Rossella, interne en médecine d’origine italienne de 26 ans, travaille dans un hôpital depuis le lundi 23 mars. En première ligne face au coronavirus, elle livre à L’Express son journal de bord. Pour des raisons de confidentialité, ni son nom, ni celui de son établissement, ne sont révélés dans cette chronique. 

« C’est la vraie troisième guerre mondiale »

DIMANCHE 22 MARS 

J’ai vingt-six ans. Je suis interne en médecine générale à Paris et, dès la semaine prochaine, je serai affectée dans un service de médecine qui se convertit et devient uniquement Covid-19, dans un hôpital parisien dont je ne révèle pas publiquement le nom pour des raisons éthiques. J’occuperai ce poste que jusqu’à la fin de l’épidémie

Mon conjoint est chef de l’une des salles du service que je vais rejoindre et, dès le lundi 16 mars, il a commencé à vider les lits pour se préparer à recevoir les patients qui ont déjà commencé à arriver, nombreux. Je sais à quoi m’attendre. Je suis italienne. J’ai vécu à Gênes jusqu’à l’âge de vingt-quatre ans. J’ai obtenu mon diplôme en juillet 2018, et je suis venue à Paris pour commencer mon internat.  

-Nous sommes en guerre, une guerre qui nous unit

Je parle français depuis moins de deux ans. C’est un enfant, mon français, un môme. Il porte encore des couches la nuit. Or, malgré mes origines italiennes et ma maîtrise naturelle de ma langue maternelle, je ne peux pas me passer d’utiliser le français pour écrire certaines choses. Il y a des histoires, des sujets, pour lesquels en italien je n’aurais pas de mots. Du tout. Il me faut le môme. 

Les livres, le papier, l’encre. Le parfum des pages qui change avec le temps, ainsi que leur couleur. Cela m’a toujours fascinée, passionnée, du plus loin que je me souvienne. J’ai toujours aimé lire, mais à un moment de ma vie j’ai senti que cela ne me suffisait plus. Il fallait que j’écrive moi aussi. J’ai écrit mon premier livre il y a quatre ans, en italien – je ne parlais pas encore français – et depuis je n’ai plus arrêté. Il devrait être publié en mai 2020 et s’appeler « La Fenice ». 

Dans ce journal, je vais raconter ce que je vais vivre dans les semaines qui viennent, à l’hôpital aussi bien qu’à la maison. Je vais changer tous les noms et prénoms pour respecter l’anonymat. Mon histoire pourrait être celle de n’importe quel soignant de France à ceci près que, avec l’expérience de mon conjoint, je sais déjà une chose : nous sommes en guerre. 

Ce que le Président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé lundi dernier n’était pas une affirmation avec comme seul but celui d’impressionner, c’était une simple vérité. On s’apprête à vivre une période qui, dans le futur, sera probablement renommée : « la troisième guerre mondiale ».  

En tant qu’humanité, nous devons être fiers, car nous avons progressé. Nous ne nous battons plus les uns contre les autres : cette fois, nous avons un seul ennemi, commun, qui n’a pas d’apparence humaine. Pour la première fois dans l’histoire, la guerre nous voit tous unis. Malgré la couleur de la peau, la langue maternelle, la croyance religieuse. 

Cela va peut-être nous apprendre combien nous sommes tous frères et soeurs, et dans quelle mesure la vie peut être imprévisible alors que, jusqu’au mois dernier, nous étions absolument convaincus d’être une espèce supérieure, forte, invincible. 

-Tout est en pause, sauf la mort

Parmi nous, certains prévoyaient de se marier, de partir en vacances, de faire un enfant, d’écrire un roman, de partir en voyage, de préparer un concours, de chercher un travail, de déménager, de mourir au calme, entouré par ses proches. 

Maintenant, tout cela n’est plus possible. C’est en pause. Reporté. Sauf mourir, mais ce ne sera ni au calme, ni entouré par ses proches. La mort va nous arriver quand même, mais sans la partie douce. 

Nous irons seuls dans la terre. 

Cette guerre nous contraint à quitter nos vies habituelles et confortables du jour au lendemain. Cela va être dur, douloureux, lourd. Cela va être lent. 

Parfois, on aura l’impression de suffoquer, on vivra la panique et l’impuissance. Mais on apprendra. 

Et à la fin, on sera moins nombreux. 

Ceux qui resteront seront blessés, mais plus forts. Forts d’avoir survécu. Forts d’avoir réappris ce que veut dire être humain. 

« Ce coronavirus tue sans bruit mais laisse un océan de sang »

Lundi 23 mars, 7h

« C’est mon premier jour sur le front. La guerre, avant d’être action, est stratégie. Elle nécessite beaucoup de réflexion. Avant d’aller tuer l’ennemi, on doit l’étudier, essayer d’en savoir sur lui le plus possible. Ses habitudes, ses intentions, ses secrets, ses faiblesses. 

En temps de guerre plus qu’en temps de paix, on s’assoit au bureau et on cherche. Notamment en guerre sanitaire. Ce matin, au réveil, la première chose que j’ai faite est d’aller contrôler les statistiques. Les hôpitaux ne sont pas encore arrivés au stade de la saturation, mais celle-ci ne tardera pas. Aujourd’hui, je tremble et je me demande si, dans les jours suivants je m’habituerai à ce panorama effrayant, si je tremblerai moins, si je développerai une sorte d’immunité devant la peur. J’espère que non, j’ai horreur de perdre mon humanité face à la souffrance. Mais je sais que c’est un risque. 

Avant-hier, la France a vu mourir son premier médecin. Je pense à mon conjoint, Victor, chef de l’une des salles du service que je vais rejoindre, et je tremble plus fort. Je comprends que non, je ne pourrai pas arrêter de trembler, même si l’épidémie devait durer à l’infini. 

-8h00

Je monte sur mon vélo et je me laisse frapper par le vent qui, ce matin, coupe les joues sans aucune pitié. Cette douleur est un avertissement. Pour rejoindre l’hôpital, il me faut compter une petite demi-heure, mais mieux vaut souffrir du froid que de risquer de croiser quelqu’un dans le métro. 

Je traverse une ville nue, blanche et désarmée. Paris est silencieuse, comme paralysée par la terreur. Respectueuse, son âme partage l’agonie des patients en réanimation ; allongés sur le ventre ; la peau entre les sourcils déjà défigurée par les escarres ; les veines et les artères privées de leur circulation ; la gorge coupée et violée par un tuyau, déviée à l’extérieur du corps pour que le sang puisse être oxygéné par une machine car les poumons ne fonctionnent plus. Je roule vite. Je suis en avance, mais l’adrénaline commence à monter. 

-8h30

Quand on imagine la guerre, on pense au bruit, aux cris, à l’action. Ce que je retrouve sur le champ de bataille est un scénario imprégné de silence. Les actions autour de moi sont souvent frénétiques, mais menées à voix basse. Les mouvements sont précis, se succèdent à toute vitesse, mais leur ampleur est moindre : les soignants se doutent de ce qui les attend, ils épargnent leur énergie pour l’après, tout en se donnant au maximum dans l’instant. 

-9h15

La matinée passe dans l’attente. L’attente que les salles soient réorganisées, pour la énième fois, que les médecins et les internes soient réaffectés selon les nécessités ; les rotations des patients qui arrivent, sont transférés, meurent ; les directives administratives… Pourtant, il faut l’accepter, rester immobile alors que l’instinct nous suggère de courir. Parfois, mieux vaut agir au bon moment plutôt que de causer des dégâts prématurément. 

-10h00

Pendant que j’attends d’être affectée à une salle, je règle certains détails. Je récupère les codes d’accès aux logiciels, une blouse, un pyjama bleu et froid que je mettrai à la place de mes vêtements. Je lis des articles, consulte la plateforme qui regroupe les dossiers des patients. Avec, souvent, ce commentaire : « C’est une fin de vie. On a arrêté les antibiotiques et commencé la morphine et l’ipnovel ». 

A peine le temps de dire bonjour à Sara, une collègue que j’aime beaucoup, qu’une patiente tombe en détresse respiratoire. Une femme toute jeune, qui a accouché cinq jours auparavant. Sara veut la transférer en réanimation immédiatement, mais il n’y a plus de lit. Seule solution : l’envoyer dans un autre hôpital, mais son état est tellement critique que les médecins du SMUR s’interrogent sur la nécessité de l’intuber avant le départ. Ils y renoncent finalement, pour ne pas trouer la gorge d’une jeune mère. On la charge dans le camion du SMUR et elle disparaît, vers la vie ou vers la mort. Nous ne le saurons jamais. Ce que nous savons, c’est que, quelque part, un bébé de moins d’une semaine n’a pas de seins où se réfugier. Peut-être sa mère aurait-elle eu plus de chances si certains d’entre nous avaient résisté à la tentation d’aller à la boulangerie la semaine dernière. 

-12h00

Il est midi, je n’ai rien fait , mais je suis déjà épuisée. Mon chef de service m’appelle dans son bureau. Le moment est critique : il me demande de rejoindre la salle isolée réservée aux malades du Covid-19. Je me retrouve enfin sur le champ de bataille, m’immerge dans la souffrance et vais militer contre la mort, en sachant que cette guerre n’aura pas de vainqueurs, seulement des vaincus. 

Le secteur s’occupe des personnes les plus âgées. Celles qui, dès le départ, ont le droit à un document qui les déclare « non réa ». Elles n’auront pas d’accès à la réanimation, car les données le montrent : au-delà de 70 ans, personne, dans le cadre de cette pandémie, ne survit à l’extubation. Pour moi, cela veut dire peut-être moins d’adrénaline, mais plus de larmes, plus d’impuissance. 

Je m’intègre à l’équipe, mais personne n’arrête pour autant de travailler. Pas le temps. Je saute sur un cheval qui galope. Je commence à étudier les dossiers des patients. Avant d’aller les voir, j’apprends à m’habiller, à me déshabiller, à me frotter les mains, une danse de mouvements qui doit être précise, propre et fidèle à une procédure qui n’admet aucune erreur. Or, il n’y a pas assez de matériel pour pouvoir la respecter… 

Au moment où je pars vers la salle, une voix inconsolable s’élève dans le couloir et implore sans relâche : « S’il vous plaît ! S’il vous plaît ! ». C’est un patient qui ne supporte pas de mourir loin de ses proches. Innombrables personnes qui s’aimaient et ne savaient pas qu’elles venaient de passer leur dernier moment ensemble. Ce Coronavirus est une arme blanche, qui tue sans bruit mais laisse un océan de sang derrière lui. 

-16h00

Je n’ai rien emporté pour déjeuner. Les cantines et les salles de gardes de l’hôpital sont fermées, la seule cafétéria ouverte est loin. Heureusement, dans le bureau des internes, il y a du chocolat. Je mange sans arrêter de travailler, en lisant l’histoire clinique d’un patient. Le reste de l’après-midi passe dans un nuage de travail. Assurer des soins, c’est une machine qui ne s’arrête jamais. 

Le papi de 85 ans que Victor a accueilli jeudi dernier et qui, selon les prévisions, aurait dû mourir dans la nuit, est encore en vie. Aujourd’hui, il est devenu l’un de mes patients. Il ne le restera par longtemps. Cette fois, il mourra probablement dans la nuit. Grâce aux traitements, il ne ressent pas de douleur physique. En revanche, il souffre énormément sur le plan moral : il n’a que sa fille au monde et la mort a choisi de venir l’emporter alors qu’ils ne peuvent pas se rejoindre. Il voudrait probablement se révolter, se débattre et s’opposer à ce destin infâme, mais il reste sans énergie. Pleurer, même, lui est impossible. Il parvient juste à voiler ses yeux d’une couche de larmes qui peinent à tomber. 

-20h00

Victor vient me chercher, cela suffit pour aujourd’hui. Il me ramasse à la petite cuillère et me ramène à la maison. Le vélo, ce soir, restera à l’hôpital. Pas la force de pédaler. Il est temps de me reposer car pour l’instant, nous sommes encore en train de nous préparer au combat, nous n’en sommes pas encore à son acmé, les jours suivants seront pires. » 

Rossella. 

Mercredi, 25 mars 2020 

« Le soir, j’essaie d’oublier la guerre »

Ce soir, je laisse mon vélo à l’hôpital. Au moment de rentrer, le besoin de confort et l’envie d’être à deux, en paix, sont trop forts. Je n’ai pas le courage de pédaler dans le froid de Paris. Je rejoins Victor, mon conjoint qui dirige une salle dans ce même hôpital, je lui souris et lui demande : « Ça te dérange si je rentre avec toi? » Victor éclate de rire. « Évidemment pas, Coquillette ! », il me passe un bras derrière les épaules et nous quittons ensemble ce monde septique qui est notre théâtre de jour.  

Vendredi, 27 mars 2020 -

« Cette humiliation, je ne la supporte pas »

L’internat est une avenue de gifles et larmes. C’est un chemin où l’on apprend à se connaître, à toucher ses limites, à rencontrer la désillusion, à admettre ses manques et ses erreurs. Il conduit à l’humilité. Parfois, il nous surprend avec la force d’une claque inattendue, qui déclenche une cascade de larmes que même la nuit ne pourra pas arrêter. 

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58 réponses à “Le bien et le mal dans une société en déperdition”

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