débat sur la criminalisation de la colonisation

**Le colonialisme est un crime.

La loi est trop étroite pour rendre compte de la colonisation. Et Bernard Kouchner paraît si dérisoire dans tout ça. Le colonialisme est un crime. Un député FLN a fait cette étonnante découverte au début de l’année 2010, un demi-siècle après l’indépendance de l’Algérie. Et ce député ne s’arrête pas en si bon chemin. A partir de cette découverte, il veut faire une loi. Un texte qu’il veut soumettre au vote à l’un des parlements algériens les moins crédibles de l’histoire du pays. Y-a-t-il vraiment besoin d’un texte pour se convaincre que le système colonial impose un ordre criminel? Apparemment oui, puisque, paraît-il, des gens continuent d’en douter. La loi du 23 février 2005, en France, en est la preuve évidente. Non seulement elle révélait qu’une majorité de la classe politique française ne croyait pas au caractère criminel du système colonial, mais que les députés français du mérite à cet ordre. Pour d’autres, pourtant, des hommes qui symbolisent ce qu’il y a de plus noble dans l’histoire de l’Algérie, le doute n’a jamais existé. L’émir Abdelkader, Larbi Ben M’Hidi, Mustapha Ben Boulaïd, Ahmed Zabana, et tant d’autres, ont toujours considéré le colonialisme comme un crime absolu. Des militants d’origine française ont adopté la même attitude, comme Pierre Chaulet et Henri Maillot. Ils considéraient que le système colonial, au même titre que l’esclavage ou le racisme, doit être rejeté, combattu, et éliminé. Un pays comme l’Algérie a accepté le sacrifice de dix pour cent de sa population pour y mettre fin. Cela veut tout dire.

 A quoi servirait alors une loi criminalisant le colonialisme? A occulter des difficultés internes, peut-être. A offrir au bon peuple un ennemi externe. A contrer des personnages douteux, dans le genre de Bernard Kouchner, et même à faire pression sur la France. Mais le gain semble dérisoire par rapport à la mise. Et il semble rien que l’Algérie a tout à perdre en réduisant le colonialisme à une loi.

 Le système colonial a traversé les siècles. C’est un phénomène qui a impliqué toute la société occidentale, gauche et droite, avec ses catholiques, ses protestants et ses athées, ses socialistes et ses libéraux. Des personnalités s’affirmant héritières des lumières ont soutenu le crime colonial, par leurs actes ou leurs silences, comme Victor Hugo et Albert Camus. Pire : des personnages devenus des héros dans le combat contre le nazisme sont devenus les pires soutiens du système colonial.

 Peut-on demander à ceux qui ont été les piliers du système colonial de faire acte de repentance, de s’excuser pour leurs crimes ? Encore faudrait-il qu’eux-mêmes soient convaincus qu’ils ont commis un crime. Ce qui n’est pas acquis. La représentation la plus démocratique de la société française, l’Assemblée Nationale, a très librement décidé que le colonialisme avait du bon ! C’est dire le décalage qui sépare encore l’ancien colonisateur de l’ancien colonisé, et comment ce qui est si évident au sud reste hypothétique au nord.

 Ceci est du à de nombreux facteurs, comme l’aveuglement des anciennes puissances coloniales, leur volonté de se faire bonne conscience face aux malheurs des pays nouvellement indépendants, les promesses non tenues des indépendances, et même à l’attitude équivoque de certains dirigeants des anciennes colonies. Mais l’Algérie, qui a pourtant payé un prix effrayant pour mettre fin au système colonial, a elle aussi enregistré des défaillances. Elle n’a pas mené le travail nécessaire pour mémoriser et expliquer ce que fut le système colonial, ni à l’adresse des nouvelles générations algériennes, ni à l’adresse de celles des anciens pays colonisateurs. Seule une partie infime de la société française sait, par exemple, que le système colonial déniait aux Algériens le droit de vote, de propriété, de voyage, et que la colonisation a failli mener à l’extermination à la population arabo-berbère d’Algérie à la fin du dix neuvième siècle. Qui, en Italie, en France, en Allemagne, sait qu’à l’époque du Front Populaire, au moment où apparaissent les congés payés dans les sociétés du nord, la plus grande avancée dans les colonies a été d’accorder à une poignée d’Algériens une demi-citoyenneté ?

 De même, aucun criminel de guerre n’a été poursuivi pour ce qu’il a commis en Algérie. Non parce que les crimes n’existaient pas, mais parce que l’Algérie indépendante n’a pas su gérer ce dossier. Elle n’a pas su mener le travail de documentation et de recherche nécessaires pour recenser les crimes de guerre et crimes contre l’humanité, imprescriptibles, et poursuivre leurs auteurs. Par ailleurs, l’histoire est une affaire qui concerne tous les Algériens. Personne n’a le droit de se l’accaparer, encore moins d’en faire un fond de commerce. A ce titre, elle droit faire l’objet d’un consensus national, et dépasser éventuellement ce cadre pour englober l’ensemble des peuples qui se sont solidarisés avec l’Algérie et ceux avec les quels l’Algérie s’est solidarisée. Cela va au-delà d’une loi. Et bien au-delà d’une déclaration stupide d’un homme considéré comme le symbole de la trahison dans son pays. -par Abed Charef (Q.d’O. 25.02.2010.)
 
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*Ahmed Chenna. Président de la Commission nationale pour la criminalisation de la colonisation :Monsieur Sarkozy : On ne peut pas ignorer l’histoire. Ahmed Chenna préside la Commission nationale pour la criminalisation de la colonisation française réclamant la repentance de la France pour ses crimes coloniaux. Pour lui, la reconnaissance de ces crimes est une étape primordiale pour que les relations entre les deux pays puissent aller de l’avant.

-  L’APN envisage d’adopter une loi criminalisant le colonialisme français (1830-1962). Même si la proposition de loi a été renvoyée par le bureau de l’assemblée pour des problèmes de formulation, elle peut y revenir et être adoptée. Vous êtes, avec le député Moussa Abdi, à l’origine de ce texte. Quelles en sont les motivations ?

D’abord, je veux apaiser les tensions… Le peuple algérien et le peuple français sont des peuples amis, rattachés par des relations politiques, économiques, sociales et culturelles. Mais je le dis, pour développer ces relations, il faut que l’Etat français reconnaisse ses crimes en Algérie pendant 132 ans de colonisation. Je rappelle aux Français les génocides commis par la France comme celui du 8 mai 1945 où 60 000 victimes algériennes étaient à déplorer. L’Algérie a perdu un million et demi de martyrs pendant sa guerre de Libération nationale, et je n’oublie pas les victimes algériennes des essais nucléaires français au Sahara, alors que l’on fête tristement le 50e anniversaire de ces essais. Depuis l’Indépendance, tous ces crimes commis par la France sont un obstacle pour de meilleures relations entre les deux pays.

-  Mais que réclamez-vous exactement à la France ?

Au sein de l’académie de la société civile algérienne, nous nous adressons à la société civile française qui doit nous aider à faire reconnaître par la France ses crimes en Algérie. La proposition de loi a été déposée par un collectif de 125 députés de presque tous les partis représentés à l’APN (FLN, RND, FNA). Il n’y a pas un parti politique seul qui peut revendiquer cette loi. C’est une traduction d’une véritable revendication populaire. Nous envisageons de créer des tribunaux spéciaux pour juger les responsables de crimes coloniaux ou les poursuivre devant les tribunaux internationaux. Nous réclamons aussi des indemnisations financières pour toutes les victimes algériennes de la colonisation.

-  La proposition de loi suscite la polémique en France. Le député français Thierry Mariani pense qu’avec cette proposition de loi, ce sont les « rapatriés qui ont vécu aux côtés du peuple algérien jusqu’en 1962 que l’on insulte, mais aussi, avec l’ensemble de l’armée française, les harkis que l’on méprise et que l’on injurie une nouvelle fois ». Vous répondez quoi ?

Est-ce que la loi qui a été approuvée par le Parlement français le 23 février 2005 et qui vante « les bienfaits de la colonisation » n’est pas une insulte ? C’est pire… Je remercie les associations, les partis politiques en France, qui ont réagi négativement à cette loi française ignoble, qui insulte le peuple algérien. La proposition de loi déposée par nos députés souverains n’est pas une insulte envers le peuple français. Au contraire, à travers elle, nous « donnons la main » à notre partenaire français pour préserver nos relations et les mettre sur les rails d’une collaboration solide, indispensable pour les générations à venir. Je tiens à préciser que notre proposition de loi n’est pas une réponse à la loi française de 2005. Cette dernière est une honte et n’a rien à voir avec notre proposition de loi qui réclame seulement la justice.

-  Donc il faut qu’il y ait repentance de la France pour pouvoir avancer avec Paris ? Nicolas Sarokzy a pourtant exclu toute idée de repentance, expliquant qu’il s’agirait là d’une haine de soi, d’un renoncement…

La repentance de la France pour ses crimes commis pendant 132 ans est une revendication primordiale. Elle honorerait l’Etat français. Ce serait considéré ici comme un acte de bonne foi et d’intelligence de la part de notre partenaire. Je le dis à monsieur Sarkozy : on ne peut pas ignorer l’histoire, on ne peut pas en faire table rase, je le répète, les relations entre nos deux pays ne peuvent aller de l’avant que par la reconnaissance de notre partenaire des crimes qu’il a commis. Les générations qui arrivent en France comme en Algérie ont besoin de cette repentance pour construire un avenir meilleur.

-  Certains députés algériens craignent que cette loi complique toutefois les relations avec la France. Pensez-vous que cette proposition de loi a des chances d’être adoptée par l’APN ?

En ce qui nous concerne, nous n’avons aucun problème avec la France et inchallah cette loi sera adoptée très prochainement. Je m’adresse à la société civile française : faites comprendre que cette proposition de loi n’est ni une insulte ni une revanche, c’est juste un message civilisationnel. L’Italie a reconnu ses crimes en Libye. Pourquoi la France n’en ferait pas autant ? Ce serait un pas décisif qui l’honorerait et un message optimiste pour les générations futures.

|Bio express :

Le docteur Ahmed Chenna est né le 23 février 1967 à Batna. Il poursuit ses études à l’université de Batna et de Annaba et décroche le titre de docteur d’Etat en sciences humaines. En 1990, et pendant quatre ans, il écrit en tant que journaliste dans le quotidien El Nasr, avant d’occuper le poste de chef de daïra dans les wilayas de Batna et de Annaba. En 2004, il passe conseiller chargé de la communauté nationale à l’étranger auprès du chef du gouvernement. Détaché de la Fonction publique, il devient président de l’Académie de la société civile algérienne (ASCA) qui fait le lien entre les citoyens et les institutions de l’Etat. Depuis deux semaines, Ahmed Chenna préside la commission nationale pour la criminalisation de la colonisation française qui regroupe des associations ainsi que des parlementaires comme Moussa Abdi du FLN, réclamant la repentance de la France pour ses crimes coloniaux. (El Watan-12.02.2010.)

***Belkhadem à propos de la criminalisation de la colonisation :

Ce texte de loi visant à criminaliser le colonialisme français a suscité une levée de boucliers en France.

La proposition de loi criminalisant le colonialisme français déposée sur le bureau de l’APN poursuivra son acheminement le plus normalement du monde. » C’est par cette réplique qu’a répondu hier Abdelaziz Belkhadem, secrétaire général du FLN et ministre d’Etat, représentant personnel du président de la République, aux hommes politiques français. En effet, lors d’une conférence de presse tenue à l’issue de la session extraordinaire du conseil national de son parti, Belkhadem est revenu sur la réaction des hommes politiques français, notamment le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, par rapport à la proposition de loi déposée sur le bureau de l’Assemblée populaire nationale (APN) par un député de sa formation. Ce texte de loi visant à criminaliser le colonialisme français a suscité une levée de boucliers en France.

Réponse de Belkhadem à Kouchner

Certains politiciens français ont affiché leur inquiétude quant à ce texte de loi, alors que d’autres l’ont qualifié de regrettable et il y en a même qui ont demandé au gouvernement algérien de clarifier sa position sur cette initiative. Dans une réplique qui sonne comme une mise au point, Belkhadem a indiqué que l’Algérie est souveraine dans ses décisions et adopte des lois qu’elles jugent utiles pour son pays. « L’Algérie est souveraine dans la prise de décision. Nous avons un pouvoir exécutif et un autre législatif qui travaillent de manière souveraine et l’Etat algérien consacre des lois qui sont dans l’intérêt de son pays », a affirmé Belkhadem. Cette déclaration se veut une réponse aux propos tenus par Bernard Kouchner qui a considéré, il y a quelques jours, que « l’exécutif algérien n’a aucunement pris position sur la proposition de loi formulée par le député FLN et son inscription à l’ordre du jour n’est donc pas certaine, car c’est le gouvernement algérien qui en a la maîtrise exclusive ».

Belkhadem a tenu à préciser, dans ce sens, que le projet de loi déposé par le député Moussa Abdi en date du 13 janvier 2010 sur le bureau de l’APN n’a été ni bloqué ni rejeté par les membres du bureau de l’Assemblée. Ces derniers ont seulement demandé au député de retravailler le texte, car il renferme quelques insuffisances. « La proposition de loi formulée par notre élu et soutenue par plusieurs autres formations suivra son cours comme toutes les propositions formulées de par le passé. Elle atterrira une fois acceptée par le bureau de l’APN sur la table de l’Exécutif, et ce, avant son adoption par le Parlement », a annoncé Belkhadem. Notons que la proposition de loi en question a été signée par 125 députés de différents partis, notamment ceux formant l’Alliance présidentielle (FLN, RND, MSP) ainsi que le parti El Islah.

Les initiateurs de ce texte de loi demandent la création de tribunaux spéciaux pour juger les responsables de crimes coloniaux ou de les poursuivre devant les tribunaux internationaux. Les formations qui adhèrent à cette initiative demandent en outre à la France de présenter ses excuses pour la période coloniale et d’indemniser le peuple algérien. (El Watan-13.02.2010.)

***Une partie de la droite française irritée …

La convention de partenariat algéro-française a été ratifiée, hier, par l’Assemblée française dans un « climat tendu » l Des députés de l’UMP se disent « troublés » par la proposition de loi de députés algériens criminalisant le colonialisme français l Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères, estime « prématuré » de réagir.

Le projet de loi criminalisant le colonialisme français irrite une partie de la droite française. Hier, à l’Assemblée nationale française, le climat, tel que décrit par l’Agence France presse, était tendu, lors des débats ayant précédé la ratification de la convention de partenariat algéro-française. Après n’avoir pas réussi à obtenir le report de la séance, quelques députés de la majorité UMP ont voté contre la convention. Leur vote n’a cependant pas empêché sa ratification. Mais ils ont vivement protesté contre le projet parrainé par une centaine de députés algériens. Les avis restent tout de même partagés. Si le député UMP Thierry Mariani, qui a voté contre la ratification de la convention, considère le texte algérien comme une « insulte aux rapatriés qui ont vécu au milieu du peuple algérien jusqu’en 1962 » et à « l’ensemble de ceux qui ont servi en Algérie sous les couleurs du drapeau français, les harkis, les militaires professionnels, les appelés du contingent, qui se sentent méprisés et qu’on injurie une nouvelle fois », d’autres parlementaires appellent plutôt à la sagesse et à plus de lucidité.

« Nous avons été plus que troublés par la prise de position inacceptable de députés algériens », s’est indigné le député Jacques Remiller (UMP, majorité de droite). Mais pour lui, il ne faut surtout pas que « cet énième soubresaut de l’histoire entache sur le fond la volonté commune de travailler ensemble ». Une réaction plutôt mesurée. De son côté, le socialiste Bernard Derosier a émis le vœu que le gouvernement français ait « la sagesse de ne pas écouter les ultras », tout en qualifiant de « malvenue » l’inscription par Paris de l’Algérie sur une liste de pays à risque pour les transports aériens. Le secrétaire d’Etat à la Coopération, Alain Joyandet, appelle à « dépassionner le débat et regarder cette convention à l’aune de l’intérêt des peuples français et algérien ».

Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, a affirmé devant l’Assemblée que l’Exécutif algérien « n’a aucunement pris position » sur la proposition de loi criminalisant le colonialisme français, ajoutant que « son inscription à l’ordre du jour n’est donc pas certaine, car c’est le gouvernement algérien qui en a la maîtrise exclusive ». M. Kouchner estime ainsi prématuré pour réagir. « Aurait-il donc fallu que la France réagisse dès maintenant à un projet qui n’est encore qu’en phase de conception et qui ne fait l’objet d’aucun soutien de la part des Algériens ? Cela me semble prématuré », a-t-il jugé. Pour lui, le traitement du problème du dialogue et de la mémoire nécessite plus de « sérieux ». Le ministre de l’Immigration, Eric Besson, quant à lui, dit sur RMC « regretter cette proposition ».

Il s’agit pour lui d’un « sujet sensible », alors qu’il reste « encore des cicatrices ». Pour le ministre de l’Immigration, « il ne faut pas oublier la colonisation et la post-colonisation ». Mais il est temps de « dépasser » cette question. Au vote, l’UMP était divisée, le PS et le PCF, quant à eux, ont donné leur quitus pour la ratification. « Il ne s’agit pas de battre sa coulpe mais de reconnaître les vérités historiques des méfaits du colonialisme », a déclaré le communiste François Asensi (PCF). La convention de partenariat franco-algérienne avait été signée à Alger le 4 décembre 2007. Le Sénat l’avait déjà ratifiée en juillet. Cette convention a pour objectif de poursuivre et d’approfondir le processus de refondation des relations bilatérales, lancé par les deux pays en juin 2000 et confirmé par la déclaration d’Alger du 2 mars 2003.

Le texte vise à consolider leur coopération dans les domaines scientifique, technique, culturel et éducatif, de la gouvernance et élargit cette coopération à de nouveaux domaines, tels que la coopération décentralisée et la coopération en matière de sécurité. La proposition de loi criminalisant le colonialisme français devrait être soumise au Parlement algérien lors de la prochaine session. L’APN va-t-elle adopter ce texte controversé ? Difficile de parier. Son annonce a déjà suscité l’ire de parlementaires français. Même si, de l’avis de spécialistes des relations algéro-françaises, il s’agit d’une colère passagère qui ne risque nullement d’influer sur les relations globales et solides qu’entretiennent les deux pays depuis bien des décennies.

C’est cependant dans ce climat de brouille que le report de la visite de Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères, en ce mois de février, a été reporté sine die. Même si officiellement, ce report est dû à des impératifs de calendrier. Crise ou pas, les relations algéro-françaises ont toujours été en demi-teinte, alternant éclaircies et brouilles. Elles ont surtout été passionnelles, héritées de l’histoire commune de ces deux pays. (El Watan-10.02.2010.)

 ***La diversion de l’état Français…

La dérive sémantique de Kouchner, insinuant que le gouvernement algérien pourrait ne pas se montrer solidaire des députés de l’Alliance présidentielle, ne signifie rien d’autre que le chef de la diplomatie française se range dans le camp de ceux qui tentent de défendre les bourreaux de centaines de milliers d’Algériens. Entre l’Algérie et la France, il règne désormais un climat de guerre froide. Un climat aggravé, depuis lundi, par la réaction intempestive aux allures d’ingérence de députés de la droite française à l’initiative de plus de 125 parlementaires algériens d’élaborer une proposition de loi criminalisant le colonialisme et une déclaration de Bernard Kouchner, le ministre français des Affaires étrangères, faite le lendemain, laissant entendre que l’Exécutif algérien pourrait ne pas cautionner la démarche initiée par les partis membres de l’Alliance présidentielle.

Il n’en fallait certainement pas plus pour avoir la certitude que les relations algéro-françaises se sont, effectivement, engouffrées dans une crise complexe. Il faut probablement remonter aux années 1970, précisément au temps du président Giscard, pour retrouver une atmosphère aussi délétère entre l’Algérie et la France. La tournure prise, aujourd’hui, par les relations algéro-françaises était prévisible. Depuis près d’une année, il ne se passe pratiquement plus un jour sans que des protestations fusent d’un coté comme de l’autre pour d’innombrables raisons. Fait notable toutefois : les réactions de contestations viennent beaucoup plus souvent de la partie algérienne que française.

Il faut dire que la décision de la justice française d’ordonner au mois d’août 2008, dans le cadre de l’affaire de l’assassinat en 1987 à Paris de Ali Mecili, l’arrestation du responsable du protocole du ministère algérien des Affaires étrangères, Mohamed Ziane Hasseni, et son initiative récente de rouvrir le dossier des moines de Tibhirine ont été perçues à Alger comme des provocations. Si les autorités algériennes ont préféré jusque-là garder leur sang-froid et rester mesurées pour ne pas envenimer davantage la situation, il n’en demeure pas moins que de nombreux observateurs ne se sont pas empêchés d’interpréter l’intrusion inattendue dans les relations algéro-françaises de ces deux dossiers (affaires de l’assassinat de Ali Mecili et des moines de Tibhirine) comme une tentative du gouvernement français de faire pression sur Alger et de peser sur le cours des discussions engagées par les deux parties sur d’innombrables dossiers.

Cela, surtout qu’avec le temps, il ressort que les griefs retenus à l’encontre de Mohamed Ziane Hasseni, tout autant que les accusations portées par le général François Buchwalter à l’encontre de l’armée algérienne dans le cadre de l’enquête ouverte sur l’assassinat des moines de Tibhirine, sont soutenus par des arguments tirés par les cheveux, voire même complètement infondés (lire l’article,paru dans notre édition d’hier, consacré à Mohammed Ziane Hasseni).

Coup de poignard dans le dos

La grande polémique suscitée de part et d’autre de la Méditerranée par ces deux épisodes a participé, dans une large part, à exacerber la tension déjà vive entre les deux pays, créée par l’initiative du Parlement français, d’adopter une loi glorifiant la colonisation française en Algérie. Il n’est un secret pour personne que celle-ci a été ressentie comme un coup de poignard dans le dos par les autorités algériennes surtout que les entreprises françaises commençaient à avoir un réel traitement de faveur en Algérie.

Ce n’est pas tout : le président Bouteflika était également sur le point de signer un accord d’amitié avec la France. Inutile de dire que le « coup » de l’Assemblée française a été appréhendé à Alger comme une « suprême insulte » eu égard au crime colonial commis par la France en Algérie et, bien évidemment, une tentative de la droite française de vendre aux Algériens un traité d’amitié au rabais. En s’illustrant avec une « sortie » aussi provocatrice qu’inamicale, l’Assemblée française prouve non seulement que, près d’un demi-siècle après, le colonialisme et la sale guerre menée en Algérie ne sont toujours pas assumés en France, mais qu’aussi le parti qui a porté Nicolas Sarkozy au pouvoir est demeuré nostalgique de cette sombre et sinistre période de l’histoire de France. Chose d’ailleurs que le Parti communiste français (PCF) a regrettée hier.

La dérive sémantique de Bernard Kouchner – qui insinue, dans ses déclarations de mardi, que le gouvernement algérien pourrait ne pas se montrer solidaire des députés de l’Alliance présidentielle – ne signifie rien d’autre que le chef de la diplomatie française se range, lui aussi, dans le camp de ceux qui tentent aujourd’hui de défendre en France les bourreaux de centaines de milliers d’Algériens assassinés par le colonialisme français. Plus grave, en rappelant avec arrogance que « le gouvernement algérien n’a pas encore pris position », Bernard Kouchner laisse entendre que l’Etat algérien se rendra complice des plus inqualifiables des reniements et que celui-ci travaille, en définitive, à la solde des nostalgiques de l’Algérie française.

Pour tous les observateurs, ces déclarations sont amplement suffisantes pour accuser Bernard Kouchner de complicité de crime et constituent une raison suffisante pour lui ôter, au moins, son titre d’humanitaire.(El Watan-11.02.2010.)

**** La Loi française du 23 février 2005 prônant l’apologie du colonialisme…

L’article 4 sur le « rôle positif de la présence française notamment en Afrique du Nord » de la loi du 23 février 2005 portant « reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des rapatriés » ne sera pas abrogé.

Les députés UMP ont en effet refusé d’examiner l’article unique de la proposition de loi socialiste visant à abroger cette disposition, ce qui a conduit, de fait, au rejet du texte, après la discussion générale. 183 députés, contre 94, ont voté contre l’examen de la proposition de loi. Le groupe communiste et républicain, les élus Verts mais aussi le groupe UDF ont voté avec les socialistes pour l’examen de cette proposition de loi. Quelques centristes ont toutefois voté avec l’UMP. Le gouvernement a, quant à lui, souhaité ne pas modifier la loi promulguée le 23 février 2005, a déclaré le ministre délégué aux Anciens combattants, Hamlaoui Mekachera, à l’issue des débats. Une loi « portant reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés » est votée en première lecture par une poignée de députés, le vendredi 11 juin 2004. S’y est ajouté un amendement proposé par des députés UMP visant à faire connaître, à travers les programmes scolaires, « le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord ». La loi est votée en seconde lecture, le 23 février 2005. La réaction de la classe politique est bien tardive, il a fallu pour ce faire toute la mobilisation d’historiens et d’enseignants pour que l’opposition de gauche se manifeste.

« Histoitre officielle »

A l’initiative de plusieurs centaines d’historiens et d’enseignants, une pétition intitulée « Colonisation : non à l’enseignement d’une histoire officielle » demande à ce que cet article 4 soit abrogé d’« urgence » parce qu’« il impose une histoire officielle, contraire à la neutralité scolaire et au respect de la liberté de pensée, qui sont au cœur de la laïcité ; parce que, en ne retenant que le « rôle positif » de la colonisation, (il) impose un mensonge officiel sur des crimes, sur des massacres allant parfois jusqu’au génocide, sur l’esclavage, sur le racisme hérité de ce passé ; parce qu’(il) légalise un communautarisme nationaliste suscitant en réaction le communautarisme de groupes, ainsi interdits de tout passé ». Le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault, a reconnu « un manque de vigilance », arguant que « l’amendement a été présenté à la sauvette, un vendredi en fin d’après-midi ». Il a souligné que « dès [qu’ils avaient] perçu sa portée », députés et sénateurs PS avaient écrit au Premier ministre, mais ce dernier avait « renvoyé la question à une commission d’historiens, qui n’a jamais vu le jour ». Comme plusieurs orateurs de l’opposition, il a estimé que cet article controversé avait contribué à « l’enlisement » du traité d’amitié franco-algérien. Les députés socialistes et apparentés, à l’origine de la proposition de loi d’abrogation de l’article 4 de la loi du 23 février 2005, soulignent que « (…) Depuis juin 1999, les autorités françaises ont marqué leur volonté de reconnaître, à l’histoire algérienne de la France et à la guerre d’Algérie, sa place dans l’histoire nationale, d’abord par sa reconnaissance officielle par l’Assemblée nationale, par un vote à l’unanimité, puis par l’ouverture des archives, trente ans après les faits, et enfin par l’inscription de la guerre d’Algérie dans les programmes scolaires nationaux. Alors que le fait colonial est reconnu dans toutes ses manifestations, même les plus brutales et les plus récentes, l’article 4 de la loi du 23 février 2005 semble un étrange revirement. » Les députés socialistes soulignent que « les auteurs de cet amendement (article 4) ont volontairement ignoré la réalité de la colonisation, qui a engendré des relations difficiles avec les populations des anciennes colonies ». Et de signaler que « ce texte est une injonction faite aux historiens d’écrire et à l’école de la République d’enseigner une histoire officielle afin de reconnaître le caractère bénéfique de la politique de colonisation française, notamment en Afrique du Nord ». « L’enseignement dispensé dans les écoles de la République doit être exemplaire et donner aux jeunes Français une mémoire afin de bâtir leur avenir. Il serait indigne pour l’ensemble de la Nation de passer sous silence les exactions et les répressions policières dans les territoires colonisés, comme sur le territoire métropolitain, de mentir par omission en oubliant la torture et les massacres. Or, n’avancer que le rôle positif de la présence française outre-mer, et particulièrement en Afrique du Nord, sonne comme une justification de la difficulté qu’a eu la République française à reconnaître le principe de libre détermination des peuples. » Et que cette disposition de la loi « menace l’élaboration et la signature d’un indispensable traité d’amitié franco-algérien, qui devrait permettre à nos deux peuples de devenir, demain, le moteur de la coopération euro-méditerranéenne, comme l’a été le couple franco-allemand dans la construction européenne ». « Nous chanterons à l’unisson l’hymne de la coopération avec la France, pour peu que celle-ci reconnaisse ses responsabilités dans les dégâts de la colonisation », avait déclaré, cet été, le président Bouteflika, appelant la France à « reconnaître ses crimes, commis à l’encontre du peuple algérien durant la période coloniale ». Dans un discours prononcé le 25 août à Sétif, le président Bouteflika déclarait que « les Français n’ont d’autre choix que de reconnaître qu’ils ont torturé, tué, exterminé » durant la colonisation de l’Algérie. Le 28 août à Béchar, le président de la République avait souligné que « l’Algérie travaille avec la France pour la signature d’un traité d’amitié entre les deux pays, dans le respect mutuel et des intérêts des deux peuples », précisant qu’« il n’y a aucune animosité entre l’Algérie et la France », puis d’ajouter : « Notre seul but est d’avoir des relations paisibles et amicales. Nous ne voulons qu’une paix et une quiétude sur un pied d’égalité. » (El Watan-30.11.2005.)

*** L’Histoire travestie …

La droite française a marqué, à sa manière, l’année 2005 et l’histoire des relations entre l’Algérie et la France. La loi portant « Reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés », proposée par l’UMP et votée par le Parlement français, le 23 février 2005, a suscité une vive contestation en Algérie, aux Antilles et même en France.

*****Un article de loi décrié et controversé…

C’est le controversé article 4 de cette loi, glorifiant « la présence française » notamment, en Afrique du Nord qui a ravivé la tension entre l’Algérie et l’ex-puissance colonisatrice. Alors que les regards étaient braqués sur la signature du traité d’amitié entre l’Algérie et la France, la loi du 23 février est intervenue pour retarder l’événement et peut-être le compromettre à tout jamais. Les officiels algériens, à leur tête Abdelaziz Bouteflika, ont réagi avec force en qualifiant le texte en question de « révisionniste », « d’infâme », de « cécité mentale »… En soulevant la polémique sur le colonialisme français en Algérie, cette loi a également provoqué la question de la prise en charge par les Algériens de leur histoire. « Qu’avons-nous fait, depuis l’Indépendance, pour mieux sauvegarder notre histoire ? », se sont interrogés les spécialistes.(18.12.2005.)

Votée dans la plus grande discrétion par une poignée de députés, la loi du 23 février portant « Reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés » suscite l’embarras de l’exécutif français depuis que l’action d’historiens et d’enseignants a pris la forme d’un vaste mouvement de contestation et l’indignation en Algérie.

C’est plus particulièrement son article 4, stipulant que « les programmes de recherche universitaire accordent à l’histoire de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, la place qu’elle mérite et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle l’histoire », qui est contesté. Le président Chirac s’exprimera d’ici à la fin de l’année sur la période coloniale, au moment de la signature du traité, dans la ligne de ses déclarations faites le 21 juillet à Madagascar où il regrettait les « dérives » de la répression lors des décolonisation, et de celles de l’ambassadeur de France en Algérie, qui a qualifié de « tragédie inexcusable » les massacres du 8 mai 1945, selon le journal le Monde. Aujourd’hui, aussi bien l’Elysée que le Quai d’Orsay semblent s’efforcer de désamorcer l’impact de la loi du 23 février 2005, une « erreur colossale » comme l’avait qualifiée un proche du Premier ministre Dominique de Villepin ou de « maladresse » comme il nous l’a été dit au plus près de l’Elysée, en nous rappelant que cette loi est « une initiative de parlementaires et non du gouvernement ». Autrement dit que le rattrapage de cette loi votée « en catimini » et pour « satisfaire un électorat » doit venir du Parlement. Paris ne souhaite pas que les choses s’enveniment, mais « préparer le long terme ». « Le traité d’amitié va clarifier les choses », nous a-t-on affirmé de même source. « Nous sommes en train de préparer un texte qui a cette valeur fondamentale de clarifier » tous les sujets d’intérêt commun. Et « c’est presque une évidence de reconnaître des faits d’histoire coloniale, cela fait partie du travail collectif que nous faisons ». « A Madagascar, on a pensé tout naturellement à l’Algérie. »

Lever les malentendus

Devant la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française le 5 octobre dernier, le ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy déclarait : « La signature d’un traité d’amitié entre la France et l’Algérie faisait partie des objectifs qui figuraient dans la déclaration commune des présidents Jacques Chirac et Abdelaziz Bouteflika de 2003. Cet objectif devrait être atteint avant la fin de l’année 2005. Le traité devra respecter la pluralité des mémoires, fondée sur des travaux d’historiens français et algériens. Il faut parvenir à une reconnaissance assumée et partagée des faits historiques. » Invité par « Le grand rendez-vous Europe 1 – TV 5 » du 2 octobre dernier, le chef de la diplomatie française a précisé : « Dans le cadre de ce traité d’amitié, nous aurons d’abord des relations politiques, scientifiques, techniques, culturelles et universitaires et puis aussi nous jetterons des bases d’orientation politique qui permettent de dépasser ces malentendus actuels pour arriver à trouver les mots qui permettent d’assurer, de part et d’autre, un passé commun. Tout cela est dû à la loi. Que ce soit bien clair, il faut dissiper tous les malentendus, cette loi (23 février 2005) prévoit avant tout des mesures sociales et fiscales pour les Français rapatriés d’Algérie et pour les harkis. Il se trouve aussi que cette loi permet de mettre en avant les historiens, les universitaires, les scientifiques pour trouver, de la manière la plus objective possible, entre les historiens algériens et les historiens français, les mots pour parler de notre passé. »

Recul

Pour sa part, dans une interview publiée récemment par Le Journal du Dimanche (JDD), le ministre de l’Education français, Gilles de Robien, a déclaré que la loi du 23 février qui glorifie le rôle positif de la colonisation française outre-mer et en Afrique du Nord « n’implique aucune modification des programmes actuels d’histoire qui permettent d’aborder le thème de la présence française outre-mer dans tous ses aspects et sous tous ses éclairages ». « Il n’y a aucun domaine d’histoire officielle. En revanche, il y a des programmes officiels, arrêtés par le ministre », a précisé encore le ministre français de l’Education. Gilles de Robien a affirmé que les programmes d’histoire sont élaborés par « des groupes d’experts composés d’universitaires, d’inspecteurs généraux et d’enseignants qui offrent toutes les garanties de qualité scientifique et pédagogique ». Une pétition intitulée « Colonisation : non à l’enseignement d’une histoire officielle » par plusieurs centaines d’historiens et d’enseignants demande à ce que cette loi soit abrogée d’« urgence parce qu’ elle impose une histoire officielle, contraire à la neutralité scolaire et au respect de la liberté de pensée qui sont au cœur de la laïcité ; parce que, en ne retenant que le ‘‘rôle positif’’ de la colonisation, elle impose un mensonge officiel sur des crimes, sur des massacres allant parfois jusqu’au génocide, sur l’esclavage, sur le racisme hérité de ce passé ; parce qu’elle légalise un communautarisme nationaliste suscitant en réaction le communautarisme de groupes ainsi interdits de tout passé ». Le 11 juin 2004, une quarantaine de députés présents à l’Assemblée nationale vote en première lecture une loi portant « reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés ». S’y glisse, sans tollé aucun, un amendement proposé par des députés UMP visant à faire connaître, à travers les programmes scolaires, « le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord ». La loi sera votée en seconde lecture, le 23 février 2005. A ce jour, seuls des sénateurs de gauche (une quarantaine) ont déposé une proposition de loi allant dans le sens de l’abrogation de l’article 4 de cette loi. (El Watan-31.10.2005

***

La colonisation de l’Algérie

Rôle positif ou crime contre l’humanité ?

Le 23 février 2005, le Parlement français vote une loi qui reconnaît le rôle positif de la colonisation. Cela doit être enseigné comme ceci dans les écoles. Si on prenait l’exemple de l’Algérie pour pouvoir débattre et explorer l’ensemble de la question ? Il nous faut simplement comparer l’Algérie avant 1830 et après 1830. Quelques éléments de l’histoire nous permettent de voir plus clair et montrer où se situe la réalité historique, puisque c’est un problème de réalité historique qu’on cherche.

Dans le cadre d’un article de journal, nous ne pouvons tout citer. Une littérature abondante est disponible. Il revient à chacun dans la mesure du possible d’approfondir ses informations. Ferhat Abbas, pharmacien et ancien président du PRA, a écrit un livre en 1962 intitulé La nuit coloniale (R. Julliard, Paris, 233 p). Ce livre contient des informations sommaires sur l’Etat algérien avant 1830. Selon F. Abbas, l’Algérie était un Etat avec ses limites géographiques actuelles qui remontent à 1515. Cet Etat était reconnu par la France, l’Angleterre, la Hollande et même par les Etats-Unis d’Amérique. Il avait d’ailleurs des traités avec tous ces pays. Sa population avoisinait les 10 millions d’habitants, son armée comptait 15 000 hommes réguliers et sa flotte plus de 60 navires de guerre. Ses frontières sont reconnues par les pays voisins de l’Afrique et par la France. Le commerce de cet Etat était développé, il fut évalué à 10 millions-or. Il exportait du blé, de l’orge, du bétail, des chevaux, des tapis, des fruits et des légumes. Sur le plan administratif, il y avait quatre provinces, Alger, Médéa, Oran et Constantine. Un bey était responsable à la tête de chaque province. Au niveau de toute l’Algérie, il y avait un dey comme gouverneur général. La langue officielle était l’arabe. La langue amazigh existe à côté de l’arabe. L’enseignement était pris en charge par plus de 2000 écoles et 5 universités (Alger, Constantine, Oran, Tlemcen et Mazouna). Le général Valaze, en 1834, constatait que presque tous les Arabes savent lire et écrire. Vers 1790, au temps de M. De Robespierre et la révolution, le savant De Paradis disait : « Alger donne son nom à toute la Régence. Elle est le siège du gouvernement et le centre des forces de l’Etat. Il n’a jamais existé d’Etat plus économe des Fonds publics que le gouvernement d’Alger. Le trésor de l’Etat est ménagé avec un scrupule inconcevable. » Dans les villes algériennes, l’artisanat était très avancé. La qualité des tapis de Sétif, de Guergour, du Djebel Amour et de Tlemcen est bien connue pour le prouver. Le maréchal Bugeaud lui-même reconnaît l’existence d’un Etat et d’une nation : « L’existence de cette nation vigoureuse, si bien préparée pour la guerre, si supérieure à ce point de vue aux masses européennes que nous pourrions introduire dans le pays, nous impose l’obligation absolue d’établir devant elle, à côté d’elle, la population la plus vigoureuse possible. » Des intellectuels et des historiens français honnêtes de l’époque comme M. Emerit, E.F. Gautier et P. Leroy-Beaulieu ont reconnu l’existence d’un Etat et d’une nation algériens souverains, civilisés, organisés, développés et d’une grande personnalité. En 1794, l’année où la Convention conduite par M. De Robespierre était en prise avec la réaction royaliste d’un côté et la guerre faite par l’Angleterre pour provoquer la chute de Robespierre d’un autre côté, le Dey d’Alger était venu au secours des révolutionnaires français en les autorisant à s’approvisionner en Algérie. Après la chute de M. De Robespierre et la prise du pouvoir par la réaction thermidorienne, l’Algérie avait offert au Directoire un prêt sans intérêts d’un million-or. L’Algérie était devenue le créancier de la France thermidorienne, bonapartiste puis royaliste. En 1815, quant la guerre était finie, la Restauration refusa de payer la dette à l’Algérie. A partie de 1820, pour éviter de payer la dette, la France royaliste commença les préparatifs pour coloniser l’Algérie. Des subterfuges ont été avancés pour justifier cette colonisation : le peuple algérien d’avant 1830 n’était qu’un ensemble de peuplades comme de la poussière d’individus incultes vivant dans un pays pauvre et marécageux. La colonisation qui a été décidée était une colonisation d’incarnation comme dans la transmigration platonicienne des âmes qui néantiserait l’âme de l’homme algérien pour que celle du Français et de l’Européen prenne sa place exactement telle la colonisation de l’Amérique qui est un remplacement d’un peuple par un autre peuple. Le peuple originel n’existe plus. Pour cela, la conquête de l’Algérie et sa colonisation étaient d’une violence unique dans l’histoire de l’humanité. Violences de tout acabit pratiquées sur un peuple dans sa terre ancestrale qui n’a rien fait de mal. Cette violence transparaît à travers deux déclarations de deux conquérants, la première au début de la colonisation et la seconde au début de la Révolution algérienne 1954, pour ne citer que ces deux, sinon elles nécessitent des ouvrages entiers pour être toutes reproduites : « Plus de cinquante beaux villages, bâtis en pierres et couvert de tuiles ont été pillés et détruits. Nos soldats y ont fait un butin considérable. Nous ne pouvions songer, au milieu du combat, à couper les arbres. L’ouvrage, d’ailleurs, serait au-dessus de nos forces. Vingt mille hommes armés de haches ne couperaient pas, en six mois, les oliviers et les figuiers qui couvrent le beau panorama que nous avons sous nos pieds » (Bugeaud, mai 1844, Oued Ysser). « Ce qu’il nous faut ici, c’est une bonne Saint-Barthélemy » (le Maire de Constantine en mai 1955). Dans l’esprit de ces deux conquérants, la violence doit concerner même la nature à travers les arbres et cela tombe sous le sens qu’elle vise tout simplement l’extermination de l’Algérien par la Saint-Barthélemy. A défaut de trouver des âmes des vivants pour les habiter, il faut chercher les âmes des morts. Des cimetières algériens ont été labourés. Les vivants et les morts sont pareils aux yeux des conquérants. L’Etat colonial est le prolongement de l’Etat précolonial qui considère la conquête, la guerre, l’extermination du vivant, les enfumades, les emmurements, les massacres, les génocides, les pogroms et les viols comme les piliers fondamentaux de la consolidation et l’expansion de l’Etat, ceci notamment après la chute de Robespierre et l’installation des Thermidoriens qui ont vidé complètement la Révolution de son contenu. Pour eux, « que périssent les colonies pour que vivent les principes » de M. De Robespierre est un principe renversé. Ce qu’il faut, c’est « que périssent les principes pour que vivent les colonies ». L’Etat colonial a montré une violence sans précédent qui a marqué plus d’un siècle l’histoire de l’Algérie. Pendant toute cette période, il a excellé dans l’utilisation des armes, des armées, des mercenaires et des matériels de guerre.

Pratique de la terreur

Il a excellé également dans la pratique de la terreur si bien que toute l’Algérie était une terre gouvernée par une loi féroce. Les formes de terreur se résument en meurtres collectifs, internement, déportation, exil, tortures de toutes formes, physiques et morales, individuelles et collectives, peine de mort extra-judiciaire, incarcération, taxation punitive, responsabilité collective, violences racistes, travail forcé sous les ordres de l’armée coloniale et privation de nourriture appliquée à des populations entières jusqu’à ce que mort s’ensuive. Cette terreur devient progressivement la base de promulgation de la loi coloniale. Dans les mêmes moments, l’Etat colonial par le biais de la loi définit la politique vis-à-vis du colonisé de manière qu’elle devienne politiquement correcte. La violence et la terreur coloniales deviennent normales comme dans la bataille d’Alger où des milliers d’Algériens ont péri par tous les moyens. La terreur coloniale était une réalité physique et non pas une chimère comme le veulent aujourd’hui en France les nostalgiques coloniaux. Les corps des Algériens étaient torturés, massacrés, forcés à travailler, emprisonnés et même dépecés pour terroriser plus, cela a été le cas des corps du colonel Amirouche et du colonel Si Haouès. La terreur avait comme objectif le remplacement de la politique. La politique coloniale doit semer la terreur dans le camp ennemi. L’Etat colonial était devenu pour les Algériens un Etat pénal dans lequel les normes coloniales doivent être adoptées et accomplies comme des préceptes normatifs. Les Algériens n’étaient pas seulement des sujets, des indigènes, ils sont aussi des esclaves régis par des lois du racisme, de la sanction, de l’obéissance aux colons et aux autorités. La loi coloniale issue de la guerre se développait à travers la haine, la revanche et les châtiments collectifs et individuels. L’armée colonialiste et les colons menaient des offensives contre le peuple algérien sur toutes les latitudes : offensives armées et répressions à l’échelle nationale. Ils ont combiné la terreur avec la loi. Ils ont démocratisé la terreur et la violence contre l’Algérien si bien qu’elles se popularisent. Ils ont formé des tribunaux spéciaux pour exterminer et des dispositifs opérationnels de protection (DOP) pour torturer jusqu’à la mort. De nombreux accusés étaient guillotinés, fusillés, pendus, démembrés, coulés dans du béton, jetés dans la mer, dans des puits, dans des fosses communes, incendiés, enfin envoyés dans l’univers qui leur est propre comme des pierres, des décors, des objets inanimés de la nature. La loi coloniale définit qui est citoyen, demi-citoyen, indigène et hors-la-loi. Même les intellectuels de la colonisation n’ont pas pensé autre que cette logique. P. Azan disait : « L’indigène n’est pas comparable au Français, il n’a ni ses qualités morales, ni son instruction, ni sa religion, ni sa civilisation. L’erreur est généreuse et bien française ; elle a été commise par ceux qui ont rédigé la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, au lieu de rédiger plus modestement la Déclaration des droits du citoyen français. » (L’armée indigène nord-africaine, ch-Lavauzelle et Cie, Paris, 1925, p.139). A. De Tocqueville le plus sympathique d’entre eux disait : « Aux colons venus du vieux continent, le règne du droit, aux Arabes et aux Kabyles, ni égalité, ni libertés civiles, ni universalité de la loi ni aujourd’hui ni demain » (Travail sur l’Algérie, œuvres, Gallimard, Paris, 1991, p.752). Nous avons enfin un descriptif sommaire de l’Algérie avant 1830 et entre 1830 et 1962. Les deux bilans sont antinomiques. Le premier décrit une Algérie prospère et paisible. Le second montre de bout en bout des génocides, des massacres, des déportations, des pogroms, c’est-à-dire des crimes contre l’humanité. Plusieurs millions de morts, des millions d’analphabètes, des millions d’hectares confisqués aux Algériens, des destructions massives, la disparition de l’Etat algérien, c’est tout cela qu’on présente injustement comme une œuvre positive. Si on ajoutait l’Afrique et les Antilles au bilan de la colonisation, pourrait-on parler de rôle positif ? Quel est l’être humain sain d’esprit, l’Etat qui se respecte, l’élu digne qui prendrait tout cela comme une œuvre positive ? L’arrogance des élus du Parlement français d’aujourd’hui est le prolongement de l’esprit de l’organisation criminelle OAS qui a voulu brûler l’Algérie avant de partir en 1962. La haine est un mal incurable comme le sida chez ces gens. D’aucuns insistent pour dire que la colonisation a laissé des infrastructures, des hôpitaux, des écoles, une agriculture et que sais-je encore ? Il est très aisé d’infirmer ces allégations gratuites. L’Etat algérien était déjà avant 1830 un Etat prospère et riche. S’il n’était pas ainsi, il n’aurait pas pu aider la France et lui prêter une somme colossale sans intérêts. En 1962, la France a laissé aux Algériens un pays ruiné, massacré, incendié avec des millions de chômeurs, de malades, de déportés, etc. En 43 ans, 1962-2005, les Algériens ont construit des milliers d’écoles, des lycées, des universités, des routes, une infrastructure industrielle importante, des aéroports et deux grands projets que la colonisation n’a pas réalisé en 132 ans, à savoir près de 1000 villages agricoles et le grand barrage vert pour stopper le désert. Si cela n’a pas été bien géré, c’est un autre problème que pratiquement tous les peuples décolonisés de la France ont eu. Là n’est pas la question. L’essentiel, c’est que les Algériens en 43 ans ont réalisé beaucoup de choses notamment la récupération de leur âme. Pour infirmer encore les allégations précitées des colonialistes, nous avons deux exemples de pays arabes qui n’ont jamais été colonisés et qui ont des infrastructures plus ou moins importantes : l’Arabie Saoudite et le Yémen. Si les infrastructures ont été construites, c’est d’abord grâce aux richesses de l’Algérie et des Algériens. Ensuite, elles ont été construites pour les colons et l’armée coloniale et non pas pour les Algériens. La France officielle a reconnu la déportation des Juifs et le génocide des Arméniens. En quoi cela regarde-t-il la France officielle pour reconnaître le génocide des Arméniens en Arménie par les Turcs ? Elle n’a aucune partie lié à ce problème. D’ailleurs, les responsables Turcs, à chaque fois, lui conseillent de reconnaître d’abord le véritable génocide des Algériens commis par elle avant de reconnaître celui des Arméniens en Arménie. Mais la France officielle continue à cracher sur le peuple algérien et les peuples colonisés d’Afrique et des Antilles. La morgue colonialiste des députés du Parlement français continue la guerre perdue par Salan, Jouhaud, Lagaillarde, Ortiz, Gutalier, Trinquier, Degueldre et autres, tous des criminels de guerre de l’OAS qui ont voulu établir en Algérie une dictature coloniale fronco-salazariste. Pour finir, nous renvoyons la France officielle et ses députés des Lumières, pour éviter la polémique, au discours officiel du ministre français des Colonies A. Sarrault, prononcé le 5 novembre 1923 à l’ouverture des cours de l’Ecole coloniale : « Ne rusons pas. Ne trichons pas. A quoi bon farder la vérité ? La colonisation, au début, n’a pas été un acte de civilisation, une volonté de civilisation. Elle est un acte de force, de force intéressée. C’est un épisode du combat pour la vie, de la grande concurrence vitale qui, des hommes aux groupes, des groupes aux nations, est allée se propageant à travers le vaste monde. La colonisation à ses origines n’est qu’une entreprise d’intérêt personnel, unilatéral, égoïste accomplie par le plus fort sur le plus faible. Telle est la réalité de l’histoire. » (A. Sarrault, Edition du journal, la presse coloniale, Paris, p. 8). (El Watan-08.01.2006)

Par Abdesselam ..(*) L’auteur est Docteur.

22 réponses à “débat sur la criminalisation de la colonisation”

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